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Lorsqu'Elyana se réveille dans un monde cauchemardesque, semblable à l'enfer, elle n'a plus qu'un but : survivre afin de retrouver sa mémoire. Elle y rencontre un démon qui lui propose un marché : en l'échange de son âme, il l'aidera dans sa quête de souvenirs... en jouant avec ses nerfs au passage. Mais à peine de retour sur Terre, Elyana et son nouveau partenaire voient leurs plans contrariés par une mystérieuse Agence, avec laquelle ils se retrouvent forcés de collaborer... Et si tout était lié ? À qui se fier, sans mémoire et contrainte par de multiples mésalliances ? Elyana est-elle réellement prête à découvrir les lambeaux de son passé ?
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Seitenzahl: 868
Veröffentlichungsjahr: 2025
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Cette œuvre de fiction contient des scènes sus
ceptibles de heurter la sensibilité des lecteurs non
avertis. Elle aborde des sujets tels que la violence
psychique, sexuelle et physique, la manipulation
et la mort. Bien que ce récit soit purement fictif, les
propos tenus par certains personnages ne reflètent
en aucun cas mon opinion personnelle.
Celui qui embrasse les
ténèbres en connaissant
leurs conséquences et en
choisissant de s’écarter
de la lumière divine devra
accepter les fardeaux de
son choix.
Bien que les portes
du Paradis puissent ne
jamais s’ouvrir pour lui,
il est possible qu’une
lueur persiste ; celle d’une
rédemption par sa douleur
et ses remords, même dans
la noirceur du Mal.
Prologue
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21
Chapitre 22
Chapitre 23
Chapitre 24
Chapitre 25
Chapitre 26
Chapitre 27
Chapitre 28
Chapitre 29
Chapitre 30
Chapitre 31
Chapitre 32
Chapitre 33
Chapitre 34
Chapitre 35
Chapitre 36
Chapitre 37
Chapitre 38
Chapitre 39
Chapitre 40
Chapitre 41
Chapitre 42
Chapitre 43
Chapitre 44
Chapitre 45
Chapitre 46
Chapitre 47
Chapitre 48
Chapitre 49
Chapitre 50
Chapitre 51
Chapitre 52
Chapitre 53
Chapitre 54
Chapitre 55
Chapitre 56
Epilogue
Bonus
Remerciements
Les cieux étaient déchirés par des éclairs. La pluie battante se déchaînait sur la Terre, telle une litanie de malheurs.
Dans l’ombre vacillante des torches, une salle se dévoilait. Les murs de pierre froide, suintants d’humidité, réverbéraient les murmures d’incantations interdites.
Autour de l’autel, une assemblée de silhouettes encapuchonnées, figées comme des statues morbides, formait un cercle parfait. Leurs visages étaient dissimulés sous des masques de fer, en forme de lunes et de soleils effrayants, tandis que leurs regards, scrutant un point dans l’obscurité, rendaient cette réunion menaçante. Leurs capes noires se confondaient avec les ténèbres environnantes. Seules leurs mains trahissaient une part d’humanité peut-être perdue.
Au centre, sur un autel d’obsidienne, se tenait une jeune femme, les yeux grands ouverts, mais vides, comme si son âme lui avait été arrachée. Ses cheveux, trempés par la sueur et le sang, collaient à sa peau pâle, alors que sa robe blanche, déchirée et souillée, témoignait des tortures qu’elle avait subies.
Un chant guttural, semblant provenir d’un autre monde, s’éleva dans l’air vicié. Une mélodie sinistre qui s’insinuait dans chaque parcelle du corps d’Elyana. Dans chaque fibre de son être, jusque dans ses os.
D’un geste désespéré, elle tendit sa main droite vers le ciel, comme pour implorer une force supérieure de la sauver. Ses lèvres s’entrouvrirent, désirant libérer des prières et des supplications, sans qu’aucun son ne parvienne à s’en échapper.
Sauvez-moi… Je vous en supplie…
Les larmes affluèrent à ses yeux, se mêlant au sang, puis dévalèrent son visage livide. Hélas, les cieux restèrent silencieux, indifférents à son appel.
Aucun éclat de lumière divine ne vint percer les ténèbres. Aucune voix céleste ne répondit à ses prières.
À cet instant, elle réalisa que personne ne viendrait la sauver.
Absolument personne.
Le grondement de ces êtres se fit plus fort, avant que trois d’entre eux ne se détachent des autres pour se rapprocher de l’autel.
Les bras levés, ils prononcèrent de concert :
« Par le pouvoir des ténèbres,
Nous maudissons ta mémoire, sans clémence.
Que tes souvenirs s’envolent,
Que ton esprit soit plongé dans le néant,
Que ton existence soit oubliée,
Et que ton destin soit scellé par la malédiction. »
Lorsque l’incantation fut formulée de vive voix, Elyana sentit une force invisible la saisir tout entière. Elle fut arrachée au monde tangible, son corps semblant se dissoudre dans un gouffre sans fin.
Sans une larme, sans un cri, elle chuta dans le vide. Les ténèbres l’engloutirent jusqu’à ce que la conscience la quitte, ne laissant que son esprit errer dans un abîme de néant absolu.
Dans cet état de flottement entre la vie et la mort, Elyana fut envahie par une sensation aussi étrange que troublante. Elle se sentait à la fois légère et terriblement lourde, comme si son âme était tiraillée entre deux mondes.
Plongée dans cette obscurité absolue, elle perdit toute notion du temps. Désormais, c’était comme si elle ne possédait plus de corps ni de pensée cohérente. Juste une existence éthérée, flottant dans un néant complet.
Elle ressentait une profonde paix, une tranquillité angoissante qui laissait penser qu’elle était… morte. Les bruits de la réalité s’étaient évanouis, remplacés par un silence total. Oppressant.
Des images floues, lointaines, qu’elle ne reconnaissait pas, commencèrent à se manifester. S’agissait-il des fragments de son passé ?
Dans un flash, elle revit des visages, des lieux, des moments heureux et tragiques. Seulement, tout semblait appartenir à une autre vie, comme des reflets dans une eau noire et trouble. Elle essaya alors de saisir ces fragments, en vain. Ils glissaient entre ses doigts comme du sable, insaisissables, fugaces.
Dans cet état de suspension, une voix lointaine commença à résonner, murmurant des mots incompréhensibles. Même si elle lui semblait familière, elle était bien trop faible pour qu’elle parvienne à la reconnaître clairement.
La sensation de flottement devint alors une descente lente, comme si Elyana glissait vers une cavité abyssale.
Soudain, une douleur sourde et profonde la traversa tout entière. Elle se fit plus intense, déchirant le voile de son inconscience.
Elyana se sentit arrachée à cet état de paix, ramenée avec force vers une réalité qu’elle redoutait tant. Avec difficulté, elle décolla ses paupières l’une après l’autre, avant de découvrir qu’elle était étendue sur un sol dur et froid, le corps atrocement endolori par la chute.
Alors que la jeune femme se redressait lentement, chaque mouvement réveilla une douleur lancinante dans ses membres, chaque souffle demanda un effort colossal.
Devant elle s’étendait un monde décharné, exempt de toute couleur, baigné dans une lumière grise, spectrale, d’une monotonie funèbre. La terre semblait morte, couverte de cendres et de poussière, tandis qu’un épais brouillard s’enroulait autour des rares silhouettes de ce paysage désolé. Des ruines cyclopéennes apparaissaient plus loin. L’air était empli d’un grondement sourd, comme un cœur battant au ralenti. Aucun chant d’oiseau, ni aucun autre son aux alentours.
À mesure que les secondes s’écoulaient, l’endroit ne cessait de paraître plus oppressant.
Un frisson la parcourut. Ce n’était pas seulement dû au froid ambiant ; quelque chose dans ce lieu la troublait.
C’est trop calme. Trop… étrange.
Puis, soudain, comme un éclair dans l’obscurité, un morceau d’incantation lui revint en mémoire.
« Et que ton destin soit scellé par la malédiction. ». Les mots résonnèrent dans sa tête. Ils s’éveillèrent pour remonter à la surface de son esprit en fragments épars.
Un sifflement aigu, semblable à un acouphène, s’insinua dans ses oreilles, tandis qu’une douleur lancinante pulsa à ses tempes.
Sa respiration s’accéléra.
Elyana réalisa avec effroi qu’elle n’était pas morte, mais piégée dans un monde bien pire que l’Au-delà. Où se trouvait-elle exactement et, surtout, comment réussirait-elle à survivre ?
En voulant faire appel à sa mémoire, elle se rendit compte qu’elle ne se souvenait pas de son passé, ni de ce qui l’avait menée jusqu’ici. Tout ce qui restait en elle n’était qu’un profond sentiment de confusion.
Des bribes de souvenirs flottaient à la périphérie de sa conscience. Hélas, ils étaient insaisissables, comme des spectres dans un brouillard épais. Hormis son identité, elle savait seulement qu’elle devait survivre, trouver des réponses à ses questions et, surtout, un moyen de quitter ce lieu, au plus vite.
Elle se releva avec lenteur, ses membres tremblants, puis posa un pied nu sur le sol. Ses orteils rencontrèrent une surface froide, granuleuse. La sensation, d’abord étrange, se transforma rapidement en une douleur aiguë. Les cendres, mêlées de pierres et de débris, lui mordaient la peau, tandis que ses jambes vacillantes semblaient vouloir la trahir à chaque instant. Ses pas soulevaient un léger nuage de poussière grisâtre, qui s’élevait paresseusement avant de retomber.
Elle avança. Ses pieds s’enfonçaient dans le sol meuble, comme si la terre cherchait à la happer. Son cœur battait la chamade, une pulsation sourde qui la ramenait à sa vulnérabilité.
Elle espérait trouver quelqu’un. Une âme perdue comme elle. Un visage familier qui pourrait apaiser l’angoisse grandissant en elle.
Les ombres dans le brouillard semblaient se mouvoir à mesure que la jeune femme progressait. Elles ressemblaient à des formes indistinctes, inquiétantes, tels les fragments d’un cauchemar éveillé. L’air était de plus en plus lourd, chargé d’une présence malveillante. Une menace palpable qui l’épiait sans relâche. Elle sentit – plus qu’elle ne le vit – les regards d’une ou plusieurs choses tapies dans le voile grisâtre.
Un bruit sourd retentit, brisant le silence oppressant. Elyana se figea, son souffle se coupa. Une silhouette, aussi imposante que déformée, émergea du brouillard.
Oh, bon sang…
La créature se dressait sur des pattes musculeuses et griffues, son corps couvert d’un pelage noir parsemé de protubérances osseuses. Ses traits humanoïdes étaient un cauchemar de défiguration : des yeux globuleux, injectés de sang, une bouche béante aux crocs saillants, distordue dans une expression de haine viscérale.
Un rugissement sortit du fond de son être. Un son guttural et primitif, qui fit vibrer l’air autour de lui.
Aussitôt, Elyana voulut reculer, mais le monstre bondit sur elle avec une rapidité terrifiante. Ses griffes la frappèrent de plein fouet, l’éjectant avec violence sur le côté.
En tombant, elle aspira de la cendre qui lui brûla instantanément la gorge. Un accès de toux la secoua, avant qu’une vive douleur n’irradie dans son bras gauche. Un liquide tiède commença à s’écouler, colorant la cendre grise d’un rouge écarlate.
La bête s’arrêta un instant pour humer l’odeur métallique. Ses iris se teintèrent d’un pourpre profond, signe de son appétit vorace et de sa soif.
Luttant contre la panique, Elyana se mit à ramper. Ses mouvements furent une torture tant son bras blessé la tenaillait de douleur. Les yeux fixés sur une pierre à moins d’un mètre, elle rassembla toutes ses forces pour l’atteindre. Dos à la créature, ses doigts glissèrent sur la surface rugueuse, jusqu’à ce qu’elle parvienne à saisir l’arme improvisée.
En sentant la bête s’approcher, elle attendit, son corps tendu comme un arc prêt à se rompre. Lorsque l’ombre du monstre se profila au-dessus d’elle, elle rassembla sa volonté et lança la pierre avec toute la force que l’adrénaline pouvait lui conférer. Un cri de rage teinté de surprise s’échappa de la gorge de cet être, qui recula, blessé.
La jeune femme se redressa, titubante, sans attendre, elle se mit à courir à travers le brouillard, le cœur tambourinant d’effroi. Le monstre se lança aussitôt à sa poursuite, ses grognements résonnant dans l’air.
Mais où suis-je tombée ? Comment suis-je arrivée dans un endroit pareil ?
Les questions s’entrechoquaient dans sa tête, sans réponse. Pourtant, elle devait survivre. Elle devait échapper à cet enfer.
Les grondements du monstre se rapprochaient, se transformant en bruits de gorge, rauques et profonds. Les sons prirent une cadence qui faisait frissonner Elyana.
À mesure qu’elle courait, ces grondements se mêlèrent à des chuchotements inintelligibles. Des murmures sibyllins qui surgissaient des recoins les plus obscurs du brouillard. Les sons ondoyaient autour d’elle, glissant dans ses oreilles comme des serpents invisibles. C’était comme si le brouillard lui-même conspirait contre elle, amplifiant les mugissements de la créature.
Ses pieds nus foulaient le sol poussiéreux, ils glissaient parfois sur des débris indiscernables. L’adrénaline pulsait encore dans ses veines malgré la fatigue qui menaçait de la submerger.
Il faut que je m’en sorte. Il le faut.
Soudain, une ombre, plus noire que la nuit elle-même, presque éthérée, se détacha des brumes. Le nouveau venu, une silhouette spectrale aux contours indéfinis, flottait à quelques centimètres du sol. Un froid glacial émanait de sa présence, faisant frémir l’air autour de lui.
La créature qui pourchassait Elyana s’arrêta net, ses instincts primitifs semblant la mettre en garde contre cette menace plus grande encore. D’un geste presque languide, le spectre leva une main diaphane, comme tissée de fumée et d’ombre. Une force invisible, irrésistible, saisit le monstre, l’élevant du sol avec une facilité déconcertante. Il se débattit, hurlant de fureur et de douleur. Rien n’y fit. Ses griffes tentaient d’attraper la brume noire qui le maintenait, en vain. Le spectre resserra son emprise. La bête émit un dernier cri déchirant avant de se dissoudre dans une nuée de cendres et de poussière.
Le silence retomba, plus lourd encore qu’auparavant, tandis que les fragments de l’ancien agresseur s’évanouissaient dans le néant.
Figée, Elyana fixait la scène avec des yeux écarquillés d’effroi.
C’est quoi… ça ?
Le spectre se tourna alors vers elle, ses iris blancs la sondant avec une intensité froide. Un frisson d’horreur parcourut l’échine de la jeune femme, qui sentit que cette nouvelle entité, bien plus salvatrice en apparence, était imprégnée d’une malveillance plus profonde que ce qu’elle avait rencontré jusqu’alors.
Pourquoi était-il intervenu ? La question brûlait dans l’esprit d’Elyana, l’enflammant d’une nouvelle angoisse. Pendant un instant, elle se demanda s’il allait la tuer aussi, s’il n’avait éliminé le monstre que pour mieux la dévorer ensuite.
Instinctivement, elle voulut reculer, mais fut incapable de bouger, ses jambes lui paraissant faibles, flageolantes. Le spectre ne s’évanouit pas dans le brouillard. Au contraire, il commença à tourner autour d’elle, flottant avec lenteur comme un vautour autour de sa proie. Ses mouvements étaient calculés, ses yeux translucides restaient rivés sur elle, l’examinant sous tous les angles.
Un froid mordant envahissait la jeune femme à chacun de ses mouvements, comme s’il aspirait un peu plus de sa chaleur vitale. Elle ne parvenait pas à détourner son regard des puits de ténèbres qui la scrutaient. Son souffle se fit plus court, une peur primale se mêlant à une interrogation morbide : qu’était-elle aux yeux de cette entité ? Une simple proie, un objet de curiosité, ou quelque chose de plus sombre encore ?
L’entité finit par s’arrêter devant elle et, d’une voix semblant venir de partout et nulle part à la fois, elle murmura :
— Tu es perdue, n’est-ce pas ? Ce n’est pas un endroit pour une chose comme toi… si fragile… si seule…
Elle frémit, alors que son corps se raidit intégralement. Son intonation était aussi douce que tranchante, comme un couteau lui caressant la peau, promettant une douleur aussi exquise que cruelle. Toutefois, Elyana raffermit sa posture, essayant de dissimuler sa peur derrière un masque de défi.
Le calme qui suivit la question du spectre était lourd, oppressant, tandis que la jeune femme fixait cet être, cherchant à percer le voile de malveillance qui l’entourait. Face à son absence de réponse, il émit un rire bas, aussi acéré que moqueur :
— Ah… On choisit le silence ?
Les mâchoires serrées, Elyana ne broncha pas.
— Tu sais…, murmura-t-il, ses mots flottant autour d’elle, je pourrais très bien faire réapparaître le monstre que j’ai tué… Il serait plus qu’heureux de terminer ce qu’il a commencé. Son appétit ne demandait qu’à être satisfait…
Les paroles de l’entité se glissèrent dans l’esprit d’Elyana, pleines de menaces, essayant de s’infiltrer en elle comme un venin. Cependant, elle ne cilla pas, refusant de montrer une once de peur supplémentaire. Elle inspira, puis redressa légèrement le menton, ses yeux lançant des éclairs.
— Tu peux faire ce que tu veux, rétorqua-t-elle avec fermeté. Mais je te préviens, je ne resterai pas ici.
Le spectre sembla sourire, bien que son visage restât indistinct, et continua de tourner autour d’elle, son aura polaire l’enveloppant presque entièrement.
— Oh, vraiment ? se moqua-t-il. Et comment comptes-tu partir ?
— Je trouverai un moyen. Je partirai d’ici, quoi qu’il m’en coûte.
Il s’arrêta pour flotter à quelques centimètres à peine de son visage.
— Comme c’est adorable… railla-t-il d’un ton suintant le sarcasme. Tu ne sembles pas comprendre…
— Qu’est-ce que je devrais comprendre ?
— Personne ne quitte ce monde seul…
— Dans ce cas, je trouverai quelqu’un pour…
— Pas sans avoir pactisé ! précisa-t-il, l’interrompant.
— Pactisé ? répéta-t-elle, une pointe de méfiance dans la voix.
— Tu m’as très bien compris, affirma-t-il d’une voix où transpirait une malveillance amusée.
— Avec qui pourrais-je pactiser ?
— Un démon, voyons ! C’est la seule façon de partir d’ici. Et crois-moi, ils ne sont pas connus pour leur clémence ou leur générosité…
Même si elle s’efforça de la repousser rapidement, Elyana sentit une vague de désespoir la submerger. Très vite, une myriade de questions l’assaillit. Pourquoi avait-elle atterri ici ? Cela signifiait-il qu’elle avait été condamnée à l’Enfer ? Était-ce parce qu’elle avait perdu la foi, ou était-ce le résultat de péchés oubliés ?
La jeune femme resta silencieuse un instant, alors que ses pensées s’entrechoquaient. Elle observait l’entité, essayant de déchiffrer ce qu’elle était. Puis, d’une voix hésitante, elle osa lui demander :
— Et toi, qu’est-ce que tu es exactement ?
Il émit un rire bref et sinistre, son visage indistinct semblant se tordre dans une expression d’ironie.
— Qu’est-ce que je suis ? répéta-t-il avec une intonation moqueuse. Quelle question ! Je suis un démon, moi aussi !
Une fois encore, un frisson désagréable parcourut son échine. Elle ne comprenait toujours pas ce qu’il cherchait en lui tournant autour de cette façon.
— Alors, qu’est-ce que tu veux de moi ?
Le démon se rapprocha jusqu’à ce que son souffle givrant caresse la peau d’Elyana.
— Ce que je veux… Je veux que tu me supplies… Que tu me supplies de pactiser avec toi… Je veux te voir renoncer à tout espoir… Implorer pour une échappatoire, peu importe le prix à payer… Voilà, ce que je veux.
À ces mots, elle sentit la peur s’insinuer plus profondément en elle. Pourtant, elle lutta pour ne pas fléchir. Elle savait que montrer sa détresse ne ferait qu’exacerber la cruauté de l’ombre.
— Ici, tu es seule…, susurra-t-il, son ton se faisant encore plus insidieux. Ce lieu est un labyrinthe sans fin… une prison sans issue. Sans moi… tu n’arriveras pas à t’en échapper, et tu erreras ici pour l’éternité…
Ces paroles étaient un poison qui pénétraient ses pensées pour tenter de briser ses défenses. L’inquiétude se mua soudain en colère, brûlant comme une flamme vive. Elle serra les poings, ses ongles s’enfonçant dans ses paumes.
— Je ne te donnerai pas ce plaisir, répondit-elle avec fermeté, même si elle tremblait intérieurement. Je trouverai une autre voie, sans avoir à pactiser avec qui que ce soit.
— Comme tu es naïve… se moqua-t-il. Tu crois pouvoir échapper à ce monde alors que les règles qui le régissent te sont inconnues ? Tu te berces d’illusions. Mais… très bien ! Lutte autant que tu veux. Nous verrons combien de temps tu pourras tenir avant de m’implorer à genoux de conclure un pacte avec toi…
Sur ces mots, il se volatilisa dans un brouillard, la laissant à nouveau seule. L’air semblait plus respirable, bien que la présence du spectre y ait laissé une marque indélébile.
Peu de temps après cette rencontre, la jeune femme se ressaisit, puis se remit à avancer. Chacun de ses pas paraissait plus lourd que le précédent, comme si le sol cherchait à la retenir. Pourtant, elle marchait avec l’espoir de trouver une autre âme égarée. Elle s’assura de rester vigilante, sondant l’épais brouillard pour tenter de discerner la moindre menace.
En déambulant, elle réfléchit sur sa propre identité. Qui était-elle avant d’arriver ici ? Des bribes de souvenirs indistincts trottaient dans son esprit. Elle se demandait quand elle parviendrait à récupérer la totalité de sa mémoire…
Si jamais elle y arrivait.
Les secondes se transformèrent en minutes, puis en heures. Elyana avait perdu toute notion du temps, comme s’il s’éternisait dans une lente agonie. Elle continuait d’avancer, luttant contre l’impression d’être piégée dans une boucle infinie de désespoir. Ses pieds nus la faisaient souffrir, meurtris par les pierres et les débris qui jonchaient le sol.
La bouche pâteuse, Elyana rêvait d’eau. Juste quelques gouttes pour apaiser sa soif. Ses lèvres fendillées et sa gorge en feu rendaient sa respiration laborieuse. Le besoin de s’hydrater se faisait de plus en plus pressant, mais le paysage désolé n’offrait aucun signe de vie ou de ressources.
Alors qu’elle titubait, une voix s’éleva soudain :
— Tu as soif ?
Elyana se figea, ses sens en alerte. S’agissait-il d’un autre démon ? Le timbre était différent, doux, presque… caressant. Pourtant, il contenait une note de moquerie sous-jacente.
La jeune femme hésita ; sa méfiance la poussait à la prudence.
— Qui est là ?
Un léger rire lui répondit, un son qui résonna dans l’air épais.
— Peu importe qui je suis… Ce qui compte, c’est… ce que tu désires. Tu as soif, n’est-ce pas ? Ta gorge te brûle, tes lèvres… sont desséchées ?
À cette question, Elyana scruta le brouillard, tentant de discerner la source de la voix, sans succès.
— Peut-être, répondit-elle avec méfiance. Mais je ne fais pas confiance aux voix désincarnées qui surgissent de nulle part.
— Oh, mais je ne suis pas ton ennemi… Je veux simplement t’aider. Imagine une eau fraîche… pure, glissant le long de ta gorge, apaisant cette brûlure intolérable… La jeune femme ferma les yeux un instant, luttant contre l’image séduisante que ces mots faisaient naître dans son esprit. Même si son corps criait de besoin, elle refusait de se laisser avoir si facilement. Pourtant, les visions d’eau cristalline, de rivières et de sources limpides s’imposaient à elle, exacerbant sa soif.
— Je ne veux rien de toi…, murmura-t-elle entre ses dents, ses poings serrés avec force. Laisse-moi tranquille !
— Pourquoi résister à ce point ? Tu n’as qu’à accepter… Juste un petit « oui » et tu seras soulagée. Pense à cette sensation…
En sentant ses paroles se frayer un chemin dans son esprit, Elyana se força à penser à autre chose. Mais, à cet instant, les mots du spectre lui revinrent en tête : « crois-moi, les démons ne sont pas connus pour leur clémence ou leur générosité… » Ces créatures ne semblaient pas honnêtes, leur aide toujours empoisonnée. Elle savait qu’elle ne pouvait accorder aucune confiance en cette voix tentatrice.
Il veut me séduire pour mieux me tuer.
Ainsi, elle se remit à marcher, luttant contre la fatigue et la soif. Ses pieds nus foulaient le sol rugueux, la douleur devenant une constante qu’elle devait ignorer. Ses pensées se concentrèrent sur une seule chose : survivre sans céder.
— Alors, tu préfères souffrir ? siffla la voix, soudain plus aiguë, plus perçante. Tu es vraiment stupide…
Son ton devint plus agressif, plus déformé. L’écho des mots semblait s’étirer dans l’air, comme si la présence malveillante imprégnait chaque particule autour d’elle.
— Petite imbécile ! rugit l’entité, sa colère devenant palpable. Tu penses pouvoir échapper à ce qui t’attend ?
L’angoisse commença à lui tordre les entrailles, tandis que son souffle se raccourcissait sous la panique. Une sueur froide perla sur son front en réalisant que cet être était différent du spectre qu’elle avait rencontré plus tôt. Ce n’était pas une entité qui cherchait à pactiser avec elle, à jouer avec ses nerfs pour la manipuler. Non, cette créature semblait animée d’une soif de destruction pure et simple.
Soudain, un frisson glacial parcourut son échine lorsque des ténèbres épaisses se mirent à bouger devant elle. Un monstre, d’une envergure effrayante, surgit des ombres. Ses yeux brûlaient d’une lueur malveillante, alors que sa silhouette massive et difforme se profilait dans le brouillard comme une menace imminente. Elyana sentit son cœur s’emballer, marteler dans sa poitrine avec force.
Sans attendre une seconde, la jeune femme se mit à courir. Il la pourchassa. Ses pas lourds résonnaient comme des tambours de guerre derrière elle. Elle fuyait aussi vite que ses jambes le lui permettaient.
Au bout d’un moment, elle émergea du brouillard qui l’enveloppait depuis le début de sa course et découvrit une forêt dans laquelle elle pénétra plus profondément. Autour d’elle, les arbres se dressaient comme des géants sinistres. Les ramures noueuses se contorsionnaient. Le silence pesant n’était interrompu que par le bruissement occasionnel des feuilles et le craquement des branches sous ses pieds.
Les ombres dansaient autour d’elle, formant des silhouettes inquiétantes. Elyana avait l’impression d’être observée, comme si les ténèbres elles-mêmes la guettaient, tapies juste hors de son champ de vision.
Le sentier se faisait de plus en plus abstrait. Les racines noueuses formaient des obstacles traîtres. Même si son instinct lui criait de faire demi-tour, elle savait que la créature n’était pas loin derrière.
Le sol trembla, comme si la forêt elle-même voulait entraver sa fuite. Soudain, les racines, d’abord inoffensives, commencèrent à bouger, animées d’une volonté propre. Puis, elles s’enroulèrent autour de ses chevilles pour l’agripper avec force.
Sans qu’elle puisse réagir, Elyana sentit son corps basculer vers l’arrière. Elle chuta lourdement. Son cri résonna dans l’obscurité. Les racines l’entraînèrent dans les profondeurs, la terre meuble se refermant lentement sur elle comme un linceul vivant.
En sentant la panique l’envahir de nouveau, elle repensa au spectre rencontré un peu plus tôt et à ses mots. Sa voix lui revenait en mémoire, l’avertissement de pactiser avec lui résonnant comme un glas.
Non, elle ne pouvait pas se résoudre à demander de l’aide à une telle créature. Cela allait à l’encontre de ce qu’elle avait essayé de fuir jusqu’à présent.
Elle serra les dents, essayant de se libérer, mais les racines s’enroulaient de plus en plus autour de ses membres avec une force qui lui arracha un nouveau cri.
Non, je ne demanderai pas son aide… Je… Je ne peux pas…
Cependant, chaque tentative de se délivrer ne faisait que l’enfoncer plus profondément dans ces sables mouvants. Alors que le sol se refermait peu à peu sur elle, la panique monta en elle comme une marée noire, atteignant son paroxysme.
La situation devenait ingérable. Désespérée.
En réalisant qu’elle n’avait aucune chance de s’en sortir seule, elle ferma les yeux, la rage et le désespoir pulsant dans ses veines. À contrecœur, elle accepta l’inévitable et hurla :
— C’est d’accord ! Je veux pactiser avec toi ! Sauve-moi !
Le silence se fit soudain plus lourd, comme si le monde lui-même retenait son souffle. Une froideur extrême enveloppa la jeune femme avant qu’elle ne sente une présence se matérialiser au-dessus d’elle. Son cœur martela avec frénésie dans sa poitrine.
La terre cessa de la recouvrir, s’arrêtant juste avant d’atteindre son visage. Elle parvenait encore à respirer, même si chaque souffle était un effort. Seuls ses bras dépassaient du sol, tendus comme de fragiles branches qui cherchaient à se libérer de l’étreinte oppressante. Immobile, elle restait enchaînée par les racines qui s’étaient enroulées autour de son corps, la maintenant fermement prisonnière.
— C’était plus rapide que je l’imaginais…, dit une voix traînante.
Le spectre émergea enfin des ténèbres, ses yeux blancs la fixant avec intensité. Il se tenait là, regardant sa proie lutter, savourant chaque instant de sa souffrance. Puis, il tendit la main vers elle, ses doigts longs et décharnés effleurant sa joue. La fraîcheur de son toucher la fit frissonner jusqu’à la moelle.
— Qu’est-ce que… Qu’est-ce que tu attends pour me libérer ?
— Allons… Pourquoi se précipiter ? susurra-t-il, sarcastique. L’impatience ne te sied guère, ma chère…
Il laissa ses paroles s’imprégner dans l’air, comme s’il voulait jouer avec ses émotions.
— Sors-moi de là, je t’en supplie… ahana-t-elle d’une voix brisée par la terreur.
Satisfait de sa soumission, il arracha avec rapidité les racines qui la retenaient, la libérant partiellement de son emprisonnement terrestre.
Puis, il tendit à nouveau une main vers elle, qu’elle saisit dans un geste désespéré. Une vive lumière jaillit entre eux, illuminant momentanément les ténèbres environnantes. L’éclat lumineux enveloppa la jeune femme, dissipant les racines restantes, alors que le démon la tirait de la terre, comme si elle n’était qu’une plume. En quelques secondes, elle se retrouva sur le sol, haletante, terrifiée, mais vivante.
Le spectre, toujours présent, la fixa avant de faire face à la créature difforme qui arrivait tout juste. Avec une facilité déconcertante, il leva une main et une force invisible la projeta en arrière. L’entité démoniaque poussa un hurlement strident, avant de se dissoudre en cendres, balayée par une brise froide.
Sans perdre un instant, l’être sombre se retourna ensuite vers Elyana et, d’un mouvement fluide, la souleva du sol. Elle sentit une force irrésistible la saisir par la taille pour la transporter à travers la forêt, le paysage défilant autour d’elle dans un tourbillon de brouillard et d’obscurité. Le vent sifflait à ses oreilles, mêlé aux murmures indistincts des arbres.
Le spectre avançait sans s’arrêter, tout en la tenant avec fermeté. Malgré la terreur qui bouillonnait en elle, la jeune femme ne pouvait que se laisser porter, trop épuisée pour résister.
Enfin, après ce qui lui sembla une interminable traversée, ils émergèrent de la brume, atteignant une clairière. L’air y était un peu moins oppressant, une lueur pâle éclairant faiblement l’espace dégagé.
Le démon la relâcha sans ménagement pour la laisser tomber sur le sol. Elle resta là un moment, à reprendre son souffle, son corps tremblant encore de peur et d’épuisement.
Ses yeux se levèrent vers lui, qui la fixait de son regard insondable. Penché au-dessus d’elle, il fit apparaître sans un mot une coupe en argent, remplie d’un liquide scintillant. L’eau semblait surnaturelle, d’une pureté trompeuse.
— Bois, ordonna-t-il en tendant le récipient vers elle.
Presque instinctivement, Elyana recula, sa main se posant sur le sol rugueux pour se stabiliser. Son esprit, encore embrouillé par la terreur, luttait contre l’envie de saisir ce qu’il lui présentait. Ses lèvres étaient gercées, sa gorge en feu, mais son instinct lui criait de ne pas accepter.
— Allons… Je ne te demande que de boire. Est-ce si difficile ?
La jeune femme serra les poings, ses ongles s’enfonçant dans ses paumes, tandis qu’elle luttait pour garder le contrôle de ses émotions. Elle sentit le goût amer du doute sur sa langue, mais elle devinait que céder signifierait tomber dans un piège dont elle ne se relèverait jamais.
Alors, elle secoua la tête, ses iris ne quittant pas les siens.
— Non…, refusa-t-elle faiblement. Je n’ai pas soif.
Le sourire du spectre se figea, ses yeux se plissant, puis un petit rire, dépourvu de toute chaleur, lui échappa.
— Comme tu veux !
D’un geste nonchalant de la main, il fit disparaître la coupe en un instant, se dissolvant dans l’air comme une illusion.
— Dans ce cas, revenons-en à nos moutons… Le pacte ne peut pas être scellé aussi facilement.
Elyana fronça les sourcils, la confusion se mêlant à la fatigue, puis elle s’appuya sur ses bras pour se redresser.
— Pourquoi ça ?
— Tu dois prononcer un vœu clair et précis, expliqua-t-il, savourant chaque mot. Un souhait qui te liera à moi…
Un vœu ?
Le spectre s’approcha davantage, alors que sa présence glaciale envahissait l’espace entre eux.
— Et cela dépend de toi…, dit-il avec une fausse douceur. Que désires-tu le plus en ce moment ? La vengeance ? La liberté ? La richesse ? Ou… le grand amour, peut-être ?
Alors que les questions tourbillonnaient dans son esprit, Elyana resta silencieuse. Son cœur battait encore à tout rompre, mais une partie d’elle commençait à se calmer, à analyser la situation. Que désirait-elle vraiment ? L’idée de prononcer un vœu qui la lierait à ce démon la remplissait de crainte. Pourtant, elle savait qu’elle devait choisir ses mots avec soin.
Je n’ai pas le choix.
La chose qu’elle désirait le plus à cet instant était de quitter ce lieu infernal. Les ténèbres oppressantes, la forêt sinistre, la terreur constante… Tout cela devait prendre fin.
Ce n’était pas tout. Elle voulait aussi retrouver ses souvenirs, comprendre comment elle en était arrivée là, pourquoi elle se trouvait dans cet endroit cauchemardesque. La perte de sa mémoire lui pesait presque autant que la peur qui la tenaillait.
Ses pensées s’entrechoquaient, cherchant une solution, une formulation qui lui permettrait d’obtenir ce dont elle avait besoin sans se condamner. Elle riva les yeux sur le spectre, qui la scrutait avec impatience, savourant visiblement son dilemme.
— Choisis bien, car une fois le vœu prononcé, il ne peut être annulé…
— Et si je refuse ? le défia-t-elle, comme pour chercher à gagner du temps.
— Refuser ? répéta-t-il d’un ton dédaigneux. Tu l’as déjà oublié ? Tu m’as supplié de te sauver. J’ai arraché les radicules qui te retenaient, et maintenant, tu penses pouvoir t’en sortir sans moi ? Je peux très bien te tuer ici.
Elyana sentit une vague de panique monter en elle, qu’elle refoula rapidement.
Hors de question que je me laisse intimider !
— Eh bien, vas-y ! Fais-le ! répliqua-t-elle, le défi brillant dans ses yeux. Mais si tu voulais vraiment me tuer, tu l’aurais déjà fait. Tu as besoin de moi, sinon tu ne serais pas en train de perdre ton temps avec tes menaces !
Le spectre se figea, une lueur de surprise traversant soudain ses iris.
— Tu es plus courageuse que je ne le pensais… Mais ne te méprends pas, courage et folie ne sont pas si différents. Si je ne t’ai pas encore tuée, c’est parce que je savoure ta lutte. Ta bravoure ne te protégera pas éternellement.
Elyana soutint son regard, refusant de montrer la moindre faiblesse.
— Tu veux un vœu clair et précis ? Très bien…
Le cœur battant, Elyana se redressa, tandis que la sueur commençait à perler sur son front.
Il faut que je me calme, bon sang ! Je dois réfléchir, peser chaque mot. Une mauvaise formulation et je suis perdue !
Son esprit s’emballait, repassant en boucle les paroles du démon. Une terreur froide s’empara d’elle à cette pensée, mais elle la repoussa pour rassembler son courage. Elle inspira profondément, concentrée sur son vœu. Une lueur d’espoir traversa ses yeux au moment où une idée lui vint à l’esprit.
— Je veux partir de là pour comprendre comment… ou plutôt… qui m’a conduite en ce lieu et, surtout, retrouver mes souvenirs.
— Ma chère…, susurra-t-il d’une voix aussi douce que venimeuse, tu es bien gourmande… Cela fait bien plus qu’un seul vœu, tu le sais. Quitter ce monde… retrouver tes souvenirs… comprendre qui t’a conduite ici… Ce sont trois demandes distinctes. Je suis un démon, pas un génie…
À ces mots, une vague de frustration s’empara d’elle, mais Elyana prit sur elle pour ne pas laisser paraître son irritation. Il était important qu’elle trouve un moyen de formuler son vœu pour qu’il soit acceptable tout en répondant à ses besoins.
— Certes, dit-elle en serrant les poings, tentant de garder son calme. Alors… je souhaite quitter ce monde pour pouvoir retrouver mes souvenirs.
— Voilà qui est mieux ! concéda-t-il enfin. Ton vœu est accepté.
Un frisson parcourut son échine, tandis que l’entité tournoyait autour d’elle avec lenteur. Sa présence froide, oppressante, emplissait l’air d’une tension insupportable. Pourtant, ce n’était pas terminé. Il avait encore quelque chose à ajouter.
— Cependant…, poursuivit-il d’une voix mielleuse, il y a un prix à payer.
— Lequel ? interrogea-t-elle, les sourcils froncés.
— En échange de ce que tu demandes, tu devras m’offrir ton âme lorsque le contrat arrivera à son terme.
Elle plissa les yeux, une méfiance dans son regard.
— Qu’est-ce que tu entends par « arriver à son terme » ? Si ça se trouve, tu vas réclamer mon âme quand bon te semble, et je n’aurais aucun moyen de m’y opposer !
— Tu es plus prudente que je ne le pensais ! se moqua-t-il, ses iris pétillant d’une lueur malicieuse. Si je souhaitais prendre ton âme, je le ferais directement, sans avoir besoin de passer par… ce pacte.
Elyana fronça davantage les sourcils, tentant de déchiffrer ses intentions derrière ses paroles.
— Et puis…, continua-t-il, le contrat que nous passerons me permettra également de fuir cet endroit pour une période indéterminée. Considère cela comme une sorte de sursis avant que je ne réclame ce qui me revient…
Elle resta silencieuse un instant, réfléchissant à ses mots. Si elle acceptait ce pacte, elle pourrait retrouver sa vie et ses souvenirs, au moins pour un temps.
— Et comment je saurais quand ce terme sera atteint ?
— Quand le moment viendra, tu le sauras. Mais d’ici là, tu auras tout le temps nécessaire pour accomplir ce que tu désires…
À ces mots, son cœur se comprima. Elle savait que tout avait un prix, mais l’idée de céder son âme la terrifiait. Pourtant, elle n’avait pas le choix. Elle devait sortir de cet enfer et retrouver ses souvenirs pour comprendre ce qui s’était véritablement passé.
Il était son seul moyen d’y parvenir.
— J’accepte, affirma-t-elle malgré la peur qui nouait son estomac.
— Parfait…
Elle sentit la noirceur, mêlée à la détermination, vibrer dans la voix de cet être. Puis, d’un mouvement lent et délibéré, il commença à la scruter de la tête aux pieds, son regard semblant sonder les profondeurs de son âme.
— Qu’est-ce que tu fais ? interrogea-t-elle, les sourcils froncés.
— Je cherche l’endroit idéal pour te marquer.
— Me marquer ? répéta-t-elle avec une pointe de panique mêlée de colère. Comme un animal ?
— Allons… Ne sois pas si dramatique ! C’est une simple formalité pour sceller notre pacte…
Son regard se riva précisément sur la poitrine de la jeune femme, juste au-dessus de son cœur. Il s’approcha lentement, une main levée, laissant sa froideur se répandre autour d’eux.
— Ne bouge pas… ordonna-t-il d’un ton calme.
Malgré la peur qui nouait son estomac, elle resta immobile, les yeux grands ouverts. Son souffle devint plus court, alors qu’il posait délicatement la main sur sa poitrine. Une fraîcheur intense la traversa, comme si la mort elle-même l’effleurait.
Dès que ses doigts éthérés entrèrent en contact avec sa peau, elle ressentit une douleur aiguë, brûlante, comme si sa chair se consumait de l’intérieur. Sa bouche s’entrouvrit, ses genoux cédèrent sous le choc. Puis, un cri d’agonie étouffé s’échappa de ses lèvres, alors que la marque s’ancrait profondément dans son être.
La souffrance semblait sans fin, une torture indicible qui la plongeait dans les abîmes de l’horreur. Le démon l’observa avec impassibilité, ne laissant paraître aucune émotion.
Enfin, lorsque la marque fut gravée, il retira sa main, laissant Elyana haletante, tremblante et affaiblie sur le sol.
— Désormais, tu es liée à moi et je suis lié à toi…
Pour toute réponse, elle gémit, sentant la brûlure persistante de la marque contre sa peau. Elle savait qu’elle ne serait plus jamais la même ; elle avait accepté les ténèbres en son sein, elle devrait affronter les conséquences de son choix, quelles qu’elles soient.
Secouée par l’intensité de l’expérience qu’elle venait de vivre, elle cligna des yeux pour tenter de comprendre ce qui se passait autour d’elle. Une seconde plus tard, elle assista à un spectacle aussi étrange que fascinant : le spectre, toujours enveloppé de ténèbres, commença à se métamorphoser. Une lueur émanait de son corps. Les ombres qui l’entouraient se contractèrent pour se dissoudre dans l’air, comme si elles étaient absorbées par une force invisible. Elyana ne pouvait détacher son regard de ce phénomène surnaturel.
La silhouette de cet être se redressa, gagnant en substance et en forme. Ses contours, auparavant flous et éthérés, devinrent progressivement plus nets, définis. Ses yeux commencèrent à changer de couleur, passant d’une blancheur fantomatique à un brun profond. Les traits de son visage se précisèrent, laissant apparaître des pommettes hautes, un nez droit et des lèvres fines. Les vêtements du spectre se transformèrent également. Les haillons noirs et vaporeux qui l’enveloppaient se métamorphosèrent en un costume élégant, ajusté parfaitement à sa nouvelle apparence. La texture du tissu sembla changer sous les yeux écarquillés de la jeune femme, devenant plus tangible, luxueuse.
Enfin, la transformation atteignit son apogée lorsque ses mains éthérées prirent une consistance humaine. Les longs doigts décharnés se raccourcirent pour se remplumer, devenant des mains d’homme couvertes de gants noirs. La peau de son visage, auparavant d’un gris morbide, prit une teinte chaude et vivante.
Fascinée malgré elle, Elyana observait ce changement radical avec une intensité mêlée d’appréhension et de curiosité. La métamorphose achevée, le démon se tenait désormais devant elle sous les traits d’un homme d’une trentaine d’années, aussi séduisant qu’énigmatique. Ses cheveux, autrefois volutes de fumée noire, étaient devenus des mèches sombres, légèrement ondulées, qui encadraient son visage.
À cet instant, Elyana réalisa qu’il incarnait une beauté à la fois troublante et envoûtante, divine et démoniaque, tel un ange déchu. Une vague de vertige la submergea, alors que son esprit luttait pour accepter la réalité de ce qu’elle voyait.
Le Diable. Ce n’est pas un petit homme rouge avec des cornes et une queue fourchue, mais un être d’une beauté surnaturelle, presque… insupportable.
Celle-ci n’était pas seulement physique, elle semblait émaner de lui comme une aura, un charme irréfragable qui rendait sa présence à la fois irrésistible et terrifiante. Elyana se rendit compte de la puissance de cet être, de la séduction qu’il pouvait exercer sur les âmes faibles.
Une partie d’elle voulait détourner le regard, se protéger de cette influence, mais une autre, plus curieuse, désirait comprendre, voir au-delà de ce qu’il arborait.
Il la regardait en silence, ses iris bruns semblant sonder son esprit tout autant que lorsqu’ils étaient blancs et spectraux. La jeune femme sentit un frisson parcourir son échine. Cette nouvelle apparence… le contraste entre l’horreur de la situation et la beauté de l’homme qui se tenait devant elle la désorientait.
— Qui es-tu vraiment ? murmura-t-elle de façon à peine audible.
— Celui avec qui tu as pactisé… souffla-t-il en inclinant la tête.
Le démon semblait satisfait de sa nouvelle forme, bien que la jeune femme fût encore secouée par l’expérience qu’elle venait de vivre. En percevant son trouble, il haussa un sourcil, un sourire moqueur étirant ses lèvres :
— Ne te plais-je pas ainsi ?
Elyana secoua la tête, abasourdie, puis sentit son malaise grandir. Pourquoi aurait-il besoin de changer pour lui plaire ?
— Je ne m’attendais pas à ce que tu… changes de forme, je suppose. Et puis, ce n’est pas comme si ça avait de l’importance pour ce qu’on a convenu.
— Oh, mais cela a toute son importance ! rigola-t-il. Mon apparence est un atout ! Sous cette forme humaine, je peux mieux me fondre dans la masse. Et puis, n’est-ce pas plus agréable de converser avec quelqu’un qui a un visage… séduisant ?
La jeune femme l’observa d’un air las, presque blasé. À vrai dire, elle était épuisée par les événements, et cette transformation ne faisait que la lasser davantage. Percevant son désintérêt, le démon s’approcha un peu plus, un sourire sournois sur les lèvres.
— Tu sembles désenchantée, commenta-t-il, sarcastique. C’est… décevant. J’ai toujours cru que les humains étaient fascinés par le beau et le mystérieux…
— Peut-être, mais je suis plus intéressée par la vérité et les actions que par les apparences. Ce n’est pas ton visage qui m’intéresse, c’est ce que tu vas faire pour honorer notre accord.
À ces mots, il haussa un sourcil, amusé par sa réponse, puis il croisa les bras, la dévisageant avec un mélange de curiosité et de mépris.
— Très bien, admit-il. Tu veux de l’authenticité, je vois… Sache que je possède de multiples facettes. Celle-ci n’est qu’une des nombreuses que je peux adopter…
D’un geste gracieux, il se transforma en biker, vêtu de cuir noir et arborant de nombreux tatouages sur ses bras. Ses cheveux, auparavant sagement coiffés, se dressaient maintenant en une crête rebelle.
Mais… qu’est-ce qu’il fait ?
Il fit un geste théâtral et, en un battement de cils, il se métamorphosa en un cliché de hippie. Sa chevelure s’allongea, flottant dans une brise invisible. Des fleurs multicolores ornaient à présent ses vêtements amples et colorés. Il leva les bras en signe de paix et de sérénité, un sourire bienveillant aux lèvres.
Enfin, il ferma les yeux et, en une fraction de seconde, il prit l’apparence d’un cow-boy. Un Stetson reposait fièrement sur sa tête et ses bottes à éperons résonnaient à chacun de ses pas. Il ajusta son ceinturon, avant d’adopter une posture confiante.
Elyana plissa les yeux, surprise par ces transformations soudaines. À vrai dire, elle ne comprenait pas vraiment le but de ce changement de forme. Le démon, conscient de son malaise, décida de tester d’autres styles, espérant trouver celui qui conviendrait le mieux à sa contractante, mais rien ne semblait apaiser sa gêne.
Il décida même de changer de genre, adoptant l’apparence d’une jeune femme aux traits délicats et à l’allure plus douce. Mais, malgré ses efforts, la lassitude d’Elyana s’intensifiait. Elle leva une main pour interrompre cette mascarade.
— Arrête, garde ta première forme, dit-elle d’un ton agacé. Tu n’as pas besoin de changer constamment pour prouver quoi que ce soit.
Le démon, maintenant sous les traits d’une femme, esquissa un sourire narquois.
— La simplicité… murmura-t-il d’une voix pernicieuse. Je pensais que tu apprécierais un peu de diversité. Mais si tu préfères l’original, alors soit !
En un instant, il reprit son apparence d’homme élégant, vêtu de son costume parfaitement ajusté. Il inclina légèrement la tête, alors que ses yeux bruns pétillaient de malice.
— Heureuse maintenant ?
— Heureuse, non, rétorqua-t-elle sèchement. Mais au moins, je n’ai plus à supporter tes métamorphoses incessantes.
— L’impatience humaine, toujours si prévisible…
En sentant son irritation monter, elle serra les poings, luttant pour maintenir son calme.
— Bon, ça suffit. Qu’est-ce qui vient ensuite ?
— Avant de poursuivre notre chemin, il est nécessaire d’établir les termes de notre contrat.
Elyana se figea, la confusion et l’agacement se mêlant à une pointe d’inquiétude.
— Les termes de notre contrat ? Mais… on a déjà un accord, non ?
— Un accord ? Quelle naïveté… Nous avons une entente préliminaire. Seulement, pour sceller véritablement notre pacte, il nous faut plus de précisions.
Elle plissa les yeux, essayant de saisir ses intentions.
— Plus de précisions ? Qu’est-ce que tu veux dire ?
— Eh bien, je vais te permettre de formuler trois conditions que je m’engagerai à remplir. Trois souhaits, si tu préfères.
— Trois souhaits ? répéta-t-elle, surprise. Comme un génie ?
— Je croyais t’avoir dit que je n’en étais pas un… soupira-t-il, se pinçant l’arête du nez. Mais si cela te rend les choses plus compréhensibles, alors, oui… comme un génie !
Elyana croisa les bras, essayant de cacher son agacement.
— Tu dis que tu n’es pas un génie. Maintenant, tu m’offres trois souhaits. Comment je peux être sûre que tu ne cherches pas à me piéger ?
— Oh, mais c’est précisément là tout l’intérêt ! Chaque souhait a un prix. C’est à toi de formuler tes désirs avec prudence. Un mot de travers et les conséquences pourraient être… inattendues.
— Que se passera-t-il si tu ne respectes pas ce que je demande ?
Cette fois, le démon éclata d’un rire méprisant.
— Je te garantis que chaque souhait que tu formuleras sera exaucé exactement comme tu l’as demandé !
Elyana cligna des yeux, réalisant peu à peu ce que cela signifiait. Trois souhaits… Trois opportunités de changer son destin, de rectifier les erreurs du passé, ou peut-être même de réaliser ses rêves les plus fous. C’était une offre tentante, mais elle savait que cela impliquait également de prendre des décisions cruciales dont les conséquences pourraient être irréversibles.
— Trois conditions… murmura-t-elle, réfléchissant déjà à ce qu’elle pourrait demander. Et si je refuse ?
— Alors, notre pacte restera incomplet et tu seras laissée à la merci de ce monde impitoyable.
La jeune femme acquiesça lentement, comprenant la gravité de la situation, puis elle leva les yeux vers lui.
— Dans ce cas, établissons les termes du contrat, décrétat-elle avec fermeté.
Le démon parut satisfait de sa décision.
— Bien, murmura-t-il, ce mot résonnant dans l’air calme. Alors, permets-moi de t’emmener dans un endroit un peu plus sûr. Nous ne sommes qu’à quelques minutes de marche d’un lieu où tu pourras te reposer en toute tranquillité.
Sans mot dire, Elyana hocha la tête, reconnaissante de cette proposition. Bien qu’elle se sentît encore secouée par les événements récents, elle était quelque peu soulagée à l’idée de s’éloigner du danger ambiant.
L’homme tendit la main, un geste silencieux pour l’inviter à le suivre. Ensemble, ils commencèrent à avancer à travers les ténèbres, vers un lieu de repos temporaire.
Après de longues minutes de marche, ils arrivèrent dans un endroit étrangement mélancolique, un contraste frappant avec les horreurs qu’Elyana avait rencontrées jusqu’à présent. Devant eux se dressait une paroi rocheuse d’une beauté lugubre, sa surface sculptée avait la forme d’un visage de femme. Des larmes semblaient couler de ses yeux fermés, formant de fines cascades d’eau scintillante qui se perdaient dans le fleuve.
Elyana s’arrêta, fascinée et troublée par cette vision. La tristesse émanant de cette figure rocheuse semblait palpable, comme une douleur silencieuse qui imprégnait l’air.
Remarquant son intérêt, le démon s’avança encore de quelques pas pour se rapprocher d’elle.
— Intriguant, n’est-ce pas ?
— De qui s’agit-il ? interrogea-t-elle, chuchotant à demi.
— Myria. C’est l’un des nombreux points fascinants de ce Monde.
Elyana tourna la tête dans sa direction pour le regarder, attendant qu’il poursuive ses explications.
— Ici, l’environnement est vivant. Il change de forme et d’apparence en fonction de nombreux facteurs.
— Lesquels ?
— Parfois, il est influencé par l’humeur des âmes présentes. Ça peut être une manifestation des tourments ou des désirs enfouis de celles-ci. Cette partie remarquable du monde semble être le reflet d’un esprit profondément tourmenté, emprisonné dans cette falaise.
À ces mots, la jeune femme sentit un frisson lui parcourir la colonne vertébrale.
— C’est assez… triste… murmura-t-elle, ses yeux fixés sur les larmes qui coulaient lentement.
Le démon maintint son regard sombre sur le visage de Myria, tandis qu’Elyana restait silencieuse, absorbée par la contemplation de la falaise vivante. Cette vision, bien que poignante, lui apportait une étrange forme de réconfort, comme si elle comprenait qu’elle n’était pas seule dans son malheur.
— C’est ici que nous allons établir les termes de notre contrat, annonça-t-il en se tournant vers elle. Toutefois, avant de commencer, il me semble pertinent de connaître ton prénom. Du moins… si tu t’en souviens.
Elle le regarda, quelque peu décontenancée par la question. Mais, à sa propre surprise, la réponse lui vint naturellement, comme une certitude gravée au plus profond de son être.
— Je m’appelle Elyana, déclara-t-elle sans hésitation. Elyana Marshford.
— Elyana Marshford… répéta-t-il, semblant goûter chaque syllabe de son nom. Et quel âge as-tu ?
Elle fronça les sourcils, un voile d’incertitude passa dans ses yeux.
— Eh bien… je ne suis pas sûre, avoua-t-elle, déconcertée. C’est… C’est assez flou.
Il l’étudia avec attention, sa main gantée appuyée contre le menton, observant chaque détail de son visage et de son allure.
— Si je me fie à ce que je vois, je dirais que tu as entre 20 et 30 ans, déclara-t-il enfin, sûr de lui. Certains détails ne trompent pas.
— Entre 20 et 30 ans… murmura-t-elle, comme pour s’en convaincre. Mais de quels genres de détails parles-tu ?
— Les contours de ton visage, sourit-il, amusé par sa question. Ta peau est encore lisse, sans les traces du temps que l’on voit chez les plus âgés. Il y a aussi la vivacité dans tes yeux, cette lueur d’énergie que l’on ne trouve que chez les jeunes adultes… Ta démarche est plutôt fluide, ton corps est encore plein de cette vitalité que le temps n’a pas encore érodée…
Il fit un pas de plus vers elle, ses yeux bruns plongeant dans les siens.
— Ensuite… il y a la texture de tes cheveux. Ils semblent épais, plutôt brillants, et leur croissance rapide est un signe de ta jeunesse. Même tes mains, bien que tremblantes de peur en ce moment, sont lisses et sans les rides que l’on voit apparaître avec les années. Les petites choses, Elyana. Ce sont les petites choses qui révèlent beaucoup.
À la fois sceptique et légèrement agacée, elle croisa les bras sur sa poitrine.
— L’apparence peut être trompeuse, tu sais. Je pensais qu’un démon pourrait me fournir une réponse plus précise, rétorqua-t-elle, une pointe d’irritation dans la voix.
— Oh ! pardonne-moi, ma chère ! répliqua-t-il avec un sourire narquois. Je n’avais pas réalisé que tu attendais un diagnostic médical. Peut-être devrais-je sortir ma boule de cristal ?
— Oui, et peut-être que je devrais te demander de lire les lignes de ma main pendant que tu y es ! lâcha-t-elle sur le même ton. Je pensais que tu aurais quand même des méthodes plus… sophistiquées.
— Ne t’inquiète pas, rigola-t-il, comme s’il appréciait sa répartie. Je garde mes tours les plus sophistiqués pour des occasions… spéciales.
— Alors, j’espère que cette occasion spéciale inclut une réponse plus utile que des observations banales…
— Pour l’instant, concentrons-nous sur le contrat, concédat-il, son sourire s’élargissant. Je suis sûr que tu trouveras mes compétences plus impressionnantes dans ce domaine.
— Je demande à voir pour le croire…
D’un geste de la main, il fit apparaître une table en bois sombre et deux chaises élégamment sculptées, sorties de nulle part, comme si elles avaient toujours été là, cachées dans les ombres.
— Installons-nous, décréta-t-il en désignant les sièges.
Encore choquée par la magie déployée sous ses yeux, Elyana prit place sur l’une des chaises, sa surface étonnamment confortable malgré son apparence austère. Le démon s’installa face à elle, son regard sombre la détaillant.
— Bien, Elyana ! commença-t-il, posant ses mains gantées sur la table. N’oublie pas que chaque condition doit être formulée avec la plus grande clarté pour éviter toute confusion.
La jeune femme hocha la tête, rassemblant ses pensées, et prit un moment pour réfléchir, consciente qu’elle n’avait pas le droit à l’erreur. Après tout, elle avait affaire à un démon, elle se doutait qu’il pourrait la manipuler s’il le souhaitait.
La tension qui suivit devint presque palpable, et elle sentit l’impatience croissante de l’entité face à elle.
Finalement, elle leva les yeux, puis déclara d’une voix claire :
— Tu devras m’assister dans ma quête de souvenirs avec tes capacités surnaturelles.
— Mmh… C’est une demande bien vaste ! Sois un peu plus précise… Après tout, je ne voudrais pas risquer de mal interpréter tes souhaits !
À cette requête, son cœur s’emballa. Elle savait qu’il chercherait à exploiter toute ambiguïté dans ses mots. Elyana prit une profonde inspiration, cherchant à clarifier sa demande :
— Tu me serviras d’arme et de conseiller. Quand le doute s’installera, tu devras m’aider à trancher. Et quand le danger se présentera, tu devras me protéger. Est-ce que c’est clair ?
— « Arme et conseiller », répéta-t-il, goûtant les mots, comme s’il les savourait. Tu as donc l’intention de me transformer en un simple outil à ta disposition ? Et si je me lasse de te conseiller, que feras-tu ? Me supplieras-tu d’intervenir ? Peut-être devrais-je me contenter de te regarder te débattre dans le doute, comme un chat jouant avec une souris…
— Si tu refuses de m’aider dans les moments critiques, alors cet accord ne sert à rien. Mais je me doute que tu ne résisteras pas à l’idée de jouer un rôle crucial, surtout quand ça peut te rapporter quelque chose…
Il sourit, visiblement satisfait de cette précision.
— Certes. Dans ce cas, ta première condition est acceptée, Elyana.
À ces mots, une vive douleur se propagea dans sa poitrine, au niveau du sceau gravé sur sa peau. Elle grimaça, la sensation brûlante s’intensifiant un instant avant de s’atténuer progressivement, laissant derrière elle une étrange chaleur.
En observant son expression, ce fut comme si l’être se délectait de sa réaction.
— Le sceau réagit à chaque condition scellée, expliqua-t-il d’un ton presque didactique. C’est ainsi que tu sauras que nos termes sont officiellement établis et inaltérables.
Elyana prit une profonde inspiration, essayant de se concentrer malgré la douleur résiduelle. Le démon changea de position, croisant les jambes et joignant les mains sur ses genoux, ses iris bruns fixés sur elle :
— Condition suivante. Je t’écoute.
— Mes désirs et besoins seront des ordres.
Il haussa soudain les sourcils, aussi surpris qu’amusé par l’audace de sa demande. Avec lenteur, un sourire sournois se dessina sur ses lèvres, dévoilant une rangée de dents impeccablement blanches.
— Des ordres, dis-tu ? répéta-t-il, le ton chargé d’ironie. Je vois que tu ne manques pas de culot ! Mais dis-moi… es-tu certaine de vouloir formuler une telle condition ? Après tout, les démons sont réputés pour leur… interprétation créative des désirs…
Il marqua une courte pause pour se pencher en avant, son regard devenant plus intense, presque hypnotique.
— Imagine un instant… que je décide de te donner exactement ce que tu demandes, mais pas tout à fait comme tu l’imaginais. Tes désirs pourraient se retourner contre toi, et tes besoins, se transformer en pièges. Es-tu prête à accepter ces risques ? Parce que je me délecterais de suivre tes ordres… à ma manière.
Même si son cœur martelait sa poitrine avec force, Elyana ne recula pas. Elle savait que cet être cherchait à la déstabiliser, à semer le doute en elle. Elle ne pouvait pas se permettre de fléchir. Pas maintenant.
— Je suis consciente des risques, répondit-elle avec fermeté. Mais je sais aussi que si mes désirs sont clairs, tu devras les respecter. Je ne te donnerai aucune marge d’interprétation, aucun flou à exploiter. Compris ?
Cette fois, sa remarque provoqua une hilarité soudaine chez lui.
— Eh bien ! Quelle confiance ! C’est… rafraîchissant. Toutefois, n’oublie pas : même les désirs les plus clairs peuvent être teintés de contradictions. Et moi, je me délecte de jongler avec les paradoxes…
Il se redressa, reprenant sa posture détendue, tout en la fixant avec intérêt.
— Ta seconde condition est acceptée.
À ces mots, elle ressentit une douleur encore plus vive que pour la première. Une brûlure intense irradiait depuis le sceau gravé sur sa peau. Elle serra les dents, ses poings crispés sur la table, tandis qu’une larme coulait sur sa joue. La sensation corrosive s’intensifia un instant avant de s’atténuer progressivement, laissant Elyana pantelante et affaiblie. Allait-elle réussir à tenir le coup jusqu’à la fin ?
Prenant un moment pour reprendre son souffle, elle rassembla ses pensées une dernière fois, puis articula avec difficulté :
— Ma troisième condition est que… que tu me devras une transparence… totale.
Le démon leva les yeux vers elle, puis il prit une expression faussement choquée, portant une main gantée à son cœur, comme s’il venait d’entendre quelque chose de profondément insultant.
— Oh… mais tu as l’air de me prendre pour un enfant ! Est-ce que tu réalises vraiment à qui tu parles ? Les démons et la transparence… c’est comme demander à une ombre de devenir lumière !
— Et pourtant…, reprit Elyana, les sourcils froncés. Tu as été étonnamment « transparent » quand tu m’as dit que mes souhaits n’étaient pas assez précis. Donc… pourquoi jouer la carte de l’honnêteté cette fois-ci alors que tu n’as rien à y gagner ?
Sa question fit naître un éclat sournois dans le regard de l’entité. Cette dernière fit claquer sa langue contre son palais, avant de répondre d’un ton moqueur, presque joueur :
— Tu ne comprends pas… C’est tellement plus amusant quand je dois faire preuve de créativité pour contourner les souhaits ! Si tu étais trop claire… où serait le plaisir ? Aucun défi. Aucune surprise. C’est d’un ennui… mortel.
Il marqua une courte pause, avant de poursuivre :
— Et crois-moi, je déteste m’ennuyer. Ça fait si longtemps que je ne me suis pas vraiment amusé…
Son sourire s’élargit, révélant l’ombre d’une certaine satisfaction. Elyana, quant à elle, soutint son regard, luttant intérieurement contre la vague de malaise qui l’envahissait.
— Amusé ? répéta-t-elle d’une voix chargée de mépris. Tu joues avec les vies des autres simplement pour… t’amuser ?
— Oh… Allons ! Ne sois pas si dramatique… Les humains compliquent toujours tout ! Je te l’ai dit, je préfère les challenges. Ils rendent les choses intéressantes. Et toi, ma chère… tu es devenue l’un d’eux.
À ces mots, une vague de colère monta en elle, se propageant comme une traînée de poudre. Ses mâchoires se crispèrent, ses poings se serrèrent involontairement sur ses cuisses. Elle le toisa, ses yeux plissés, cherchant à contenir l’envie de répliquer avec violence. Comment osait-il la réduire à un simple « défi », comme si elle n’était qu’un jeu, une distraction dans sa longue et ennuyeuse existence ?
