Si ça me chante - Angélique Maurin - E-Book

Si ça me chante E-Book

Angélique Maurin

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Beschreibung

La variété française fait partie de votre ADN ? Vous adorez chanter à tue-tête et montrer que vous connaissez toutes les paroles ? Alors vous serez peut-être curieux de découvrir quels tubes de la chanson made in France ont inspiré les histoires de SI ÇA ME CHANTE. Une rouquine mi ange mi démon, une starlette d'un bar de province, une petite fille incomprise, une femme amoureuse, une bambina touchante, voici les personnages féminins auxquels l'auteur de ce recueil de nouvelles a choisi de donner vie, au-delà des trois minutes environ de leurs aventures sur vinyle. Des covers ou reprises qui détaillent, précisent, réinterprètent et s'éloignent totalement de l'objet premier d'inspiration. Toutes vos rengaines risquent de perdre leur caractère rassurant, attention ! Alors ? Prêts pour une expérience (en)chantée entre microsillon et stylo passion ? Ce sera seulement si ça vous chante ! Bien entendu !

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Seitenzahl: 84

Veröffentlichungsjahr: 2023

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Du même auteur :

AMÈRE roman (2020)

L’IMPROMISE roman (2022)

Les livres de l’auteur sont à retrouver en broché et en numérique sur toutes vos librairies en ligne et sur commande dans vos commerces habituels.

Retrouver Angélique Maurin sur

Facebook : Angélique Maurin – page d’auteur

Instagram : angelique.maurin.auteur

Préambule

Je dois vous faire un aveu : en tant que lectrice je ne suis pas fan de nouvelles.

Moi ce que j’aime, ce sont les romans, les bons gros pavés qui n’en finissent pas et qui prennent le temps de développer toutes leurs subtilités.

Et pourtant me voici venir à vous avec mon propre petit recueil d’histoires courtes ! Illogique non ?! Ou peut-être oserais-je dire : Sans logique !

Mais voilà…. Je me suis souvenue d’une chanson, une simple Face B, écoutée en boucle à l’époque lointaine où l’on nourrissait de vinyles les bouches voraces de monstres en plastique orange très justement nommés : mange-disques !

Le titre de cette chanson était La Fillette de l’Étang.

Tout a commencé comme ça. Avec cette chanson qui m’a trimballée enfant dans son étrange univers, dans l’intensité de sa pesante atmosphère. Un texte qui m’a toujours bombardée d’images fortes, de sensations, d’une émotion contre laquelle je ne pouvais rien.

Et j’ai réalisé qu’il y avait bien d’autres textes de chansons qui me touchaient ainsi. Ce ne sont pas forcément des chansons aimées d’ailleurs! Mais elles sont capables mieux que d’autres d’aller piocher ce truc indéfinissable en moi.

Alors j’ai écrit…

Les histoires que vous allez découvrir sont donc toutes librement inspirées par les chansons dont elles portent le titre. Elles s’en détachent toujours, pour dériver vers mes propres digressions et elles ne vous parleront que de mes rêveries et de mon imagination.

Je vous souhaite donc une courte mais mélodieuse lecture de ces reprises à ma façon ainsi qu’une réécoute curieuse de ces succès de la chanson française tranformés, développés, réinterprétés.

Et si moi ça me chante…. d’écrire, d’inventer, de me faire plaisir avec ce petit recueil imprévu que je qualifierais d‘album de variétés littéraires,

j’espère que vous… vous serez (en)chantés…

Angélique Maurin

PISTES

SANS LOGIQUE

COULEUR MENTHE À L’EAU

LA FILLETTE DE L’ÉTANG

UNE FEMME AVEC TOI

BAMBINA

Inspiration

 :

Sans logique / Mylène Farmer Clip vidéo et Paroles

Un clip sombre et magistral, un véritable bijou visuel qui sublime les mots. Des personnages très noirs, la religion, la possession, l’amour, la mort et une héroïne à la fois innocente et démoniaque.

Et enfin la phrase qui m’a toujours rendue accro à ce titre :

« aussi satanique qu’angélique ».

Allez savoir pourquoi !

Vidéo clip à regarder impérativement après lecture !

SANS LOGIQUE

Elle était née blanche et rousse dans un village noir.

Ylèna.

Elle s’était glissée hors du ventre de sa mère lentement, interminable millimètre par interminable millimètre, consciente sans doute déjà de sa formidable particularité et de l’effet dévastateur, de la fascination et du malheur que sa vue provoquerait.

Elle avait présenté sa face plutôt que le haut de son crâne, décidée – malgré sa prévenance à ne pas se révéler trop vite – à ne rien dissimuler, à s’offrir d’emblée aux regards dans toute sa vérité : une colombe, pâle, si pâle, au visage plus petit qu’un poing d’enfant, un visage surnaturel dans ce pays de corbeaux.

Puis le rouge orangé de ses cheveux avait suivi, cerise époustouflante sur le gâteau empoisonné, ruisselant en long manteau incarnat sur l’incongrue peau d’albâtre.

Les femmes sombres autour de la mère avaient cessé leurs invocations monocordes, entre chants murmurés et cris de porcelets piégés et le silence avait accueilli la naissance.

Un silence de mort.

Deux d’entre elles étaient sorties chercher les hommes et leurs ombres lourdaudes avaient cheminé, sinistres, au plus haut des murs gris. Celles qui étaient restées avaient entouré la mère et l’enfant, sentencieuses, vides des manifestations de leur haine ou de leur peur.

Gena avait observé la petite en ravalant ses larmes. Elle savait le sort qui les attendait. L’imminence de sa punition. Le futur d’Ylèna. Elle s’y soumettait déjà, elle, la responsable de cette nouvelle vie aux atours du démon.

Gena était belle pourtant et avant elle, les femmes dont elle était l’héritière, avaient été de probes brunes à la ténébreuse carnation. Elle devait être maudite pour avoir pu porter en son sein cet être couleur de lune, couronné d’un feu échappé tout droit des forges de l’enfer.

Le village tout entier la condamnerait pour ce mauvais augure qu’elle faisait peser sur la communauté. Pour cette souillure, nichée en sa coupe véreuse, qu’il ne fallait surtout plus laisser profaner la semence précieuse des procréateurs.

Ces derniers se devaient d’exiger des partenaires saines et des accouplements insouciants. Il était donc intolérable que le démérite d’une femme puisse faire peser un quelconque discrédit sur celui ou ceux qui l’avaient honorée. Accorder ses bienfaits à la société des femmes n’induisait pas plus d’investissement que de scrupule, pas plus d’attachement que de constance et les généreux étalons ne pouvaient en aucun cas être tenus responsable de l’anormale constitution ou de la santé déficiente d’un nouveau-né.

Ils représentaient la fierté d’une race que l’on ne dévirilise pas avec des peccadilles. Ils étaient des créatures sacrées, faites à l’image d’un Dieu fanatiquement craint et idolâtré, un Dieu certes père de tous les Hommes mais, tout comme eux, affranchi de leurs imperfections. Ils prévalaient, parangons de puissance et de masculinité, aussi fougueux et combatifs que les taureaux Miura auxquels ils se confrontaient dans l’arène, parfois jusqu’à la mort, toujours jusqu’à la gloire, offrant ainsi au village une caste de guerriers rogues.

Dans ce territoire aride et inhospitalier où la prière et la lutte n’offraient que de maigres mais ferventes distractions, les hommes assommaient ce qui leur restait de vigueur au corps des femmes. À celui de leur mère d’abord, petits mâles pendus à des seins vampirisés, asséchés, tailladés. Puis à celui des autres. Toutes les autres. Elles leur appartenaient toutes. Vieilles femmes. Mères. Jeunes filles. Celles dont ils choisissaient de se servir, de tester les limites, de se repaître, d’affliger l’âme ou de caresser la peau, oubliant qu’ils devaient aux plus âgées d’entre elles la douceur de leur enfance miséreuse et aux plus chaleureuses les jouissances de leur ardente jeunesse. Celles qu’ils décidaient de prendre et de faire plier à leur frénésie. Pour les dénier ensuite. Insoucieux de faire d’elles des pions échangeables dans un groupe à part. Nécessaires et convoités sans doute, mais à l’importance relative.

Gena était jeune et n’avait été visitée que par un seul. Nul ne pouvait éviter de savoir qu’Ylèna était née de lui. Mais il nierait, même si personne ne songerait jamais à lui imputer la dénaturation de son fruit. Il nierait et accuserait la pauvresse d’avoir attiré dans sa couche putride les fornications d’un damné. On prierait pour l’infortuné et son bel attirail, suppliant le Seigneur de leur attribuer à l’avenir de nombreux et valeureux coïts, aptes à offrir à la communauté des citoyens conformes.

Lorsque celui qu’elle savait être le père de son bébé pénétra dans la pièce obscure avec les autres, Gena lui offrit un long gémissement et ses yeux éplorés. Il ne regarda ni celle dans les bras de laquelle il avait connu l’abandon et l’amour, ni l’abominable enfant qui leur était venu. Il était un homme parmi les autres, froid, dur, plus cuirassé que le plus implacable de ses compagnons dans son devoir et la tâche à accomplir.

La troupe muette saisit la jeune accouchée par les bras et la traîna, nue et des pertes sanglantes maculant ses cuisses tremblantes, sur la plaine asséchée, sous des lames et un ciel lourds de menaces. Les femmes, parées de leurs voiles de deuil avaient suivi. Quelques chiens maigres aussi.

Gena fut longue à mourir et lorsque les corniauds trempèrent leur langue dans son sang, il faisait déjà nuit noire.

***

Toute naissance étant ici une bénédiction, Ylèna, malgré son inquiétante apparence, fut comme tous les autres gamins du village, placée sous la protection et la responsabilité des habitants. Et même s’ils se méfiaient tous d’elle, de l’éclat vert de ses yeux fiévreux, de sa peau translucide qui accrochait chaque brin d’une lumière pourtant si rare dans ce décor de nuages et de brume, du foisonnement fauve de sa crinière rousse, personne, jusqu’à ces seize années révolues qui sonneraient le glas de l’enfance, ne porterait atteinte à sa jeune vie.

Bien sûr elle était sans conteste un émissaire du Malin. Les textes saints annonçaient depuis la nuit des temps l’immiscion de la Bête et le combat nécessaire des hommes contre son emprise. Le Très-Haut éprouvait son peuple, encore et encore, et la naissance de l’affreuse résonnait en chaque âme comme une sanction divine.

Il serait humble d’accepter et de se repentir pour avoir provoqué pareille disgrâce. Il serait avisé de se montrer attentif, prudent et de faire attention à l’enfant dans tous les sens du terme.

Par chance, dans sa rigueur, le Seigneur avait été miséricordieux à l’égard de ses brebis : la présence étrange de la fille était bel et bien une épreuve, mais c’était une épreuve facile. Ylèna se montrait douce, réservée, attentive aux autres et présentait dans son comportement finalement plus de similitude avec les anges qu’avec les démons. Elle parlait peu, laissant l’expressivité fascinante de son regard délivrer tous ses messages. Quant à ceux qui lui étaient adressés, elle y répondait en penchant simplement sur le côté sa délicate tête de renarde, mouvement tout simple qui paraissait questionner intensément et apportait pourtant magiquement mille réponses. Lorsqu’elle ouvrait la bouche, perlait une voix ronde, basse et susurrée qui faisait immanquablement frissonner ses interlocuteurs. Mais aucun n’aurait pu dire si c’était de crainte ou de ravissement. Elle grandissait avec grâce et mesure et les hommes qui savaient devoir aiguiser leur estoque à l’heure de son exécution redoutaient de devoir jeter un voile définitif sur la lumière manifeste de cet être dont personne n’arrivait à déterminer encore s’il se situait du côté du vice ou de celui de la vertu.