Si tout changeait - Babeth Atineaulle - E-Book

Si tout changeait E-Book

Babeth Atineaulle

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Beschreibung

Malgré l’âge qui commence à laisser son empreinte, Lisbeth reste une femme au tempérament fougueux. Cette fougue, enfouie sous le poids des tâches quotidiennes, du ménage, des enfants et de la vie de famille, semble pourtant loin derrière elle.

Divorcée et maman de six enfants, Lisbeth n’a jamais le temps pour elle. Jusqu’au jour où elle décide qu’il est temps de changer. Une simple décision peut tout chambouler… mais est-ce vraiment la bonne ?

Lisbeth se lance dans un voyage mystérieux, accompagnée de sa fille et de son gendre, un voyage qui pourrait bien redéfinir toute sa vie.


Un roman sur la quête de soi, le courage de changer et les surprises que la vie réserve à celles qui osent.


À PROPOS DE L'AUTEURE


Passion aurait pu être son deuxième prénom. Babethe, jeune femme de 42 ans née en Normandie, vit chaque instant avec intensité. Maman de six enfants qu’elle élève seule, elle est libre de vivre pleinement. L’écriture est pour elle un exutoire, une passion née d’un simple désir de raconter. Ce qui débute par une idée se transforme en mots sur l’écran, portés par son amour des histoires. En dehors de l’écriture, Babethe s’adonne à des activités manuelles comme le scrapbooking et le Paper Craft, et ne s’endort jamais sans avoir lu quelques pages d’un roman. Femme aimante et dévouée, elle est toujours présente pour ses proches, amis et famille.

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Seitenzahl: 406

Veröffentlichungsjahr: 2022

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Si tout changeait ?

Elisabeth Atineaulle

Roman aventure

Images : Adobe stock

Illustration graphique : Graph’L

Art en Mots éditions

Interface.

Ai-je les épaules assez larges pour supporter le poids d’une famille tout entière pour encore quelques années ? Suis-je faite pour diriger tout un équipage sans encaisser des pertes ? Jusqu’ici j’ai su tenir la barque à flots, mais pour combien de temps avant que je ne me noie sous le poids des responsabilités ?

Quant à l’amour ! Frappera-t-il pour de bon à ma porte, ou bien devrais-je aller le chercher moi-même ? Puis-je vraiment continuer de me battre contre mon propre cœur ? Et si toute ma vie n’était que mensonge, un rêve, un songe ? Et si au lieu de répondre à toutes ces questions, je devais me contenter de vivre et non pas de subir. Vivre vraiment, vivre pleinement, vivre à fond. Apprendre à aimer tout ce qui m’entoure, savourer les petits comme les grands moments de la même manière. Bon avec l’amour à ses côtés c’est vrai que ce serait tout de même plus agréable. L’amour des enfants n’est pas comparable à celui d’être aimé d’une personne de sexe opposé.

Je veux aujourd’hui, vivre le grand amour, la famille, mes passions, tout vivre comme si je devais mourir demain. Si mon cœur me le permet une dernière fois, je jure de me consacrer à cette personne et tout faire pour la retenir.

Bien évidemment, ça reste une théorie ! Mon cœur, s’il existe encore, n’est qu’un amas de déceptions, alors il faudrait déjà que je le guérisse. Et ça, c’est le grand dilemme de ma vie.

Chapitre 1. Un bond dans le passé.

Aujourd’hui je subis le poids des années. Ma vie n’est pas parfaite, mais elle est mienne. Je ne l’ai pas forcément choisie, elle est juste une accumulation de choix et une succession de leurs conséquences. Le constat est fulgurant et il me prend aux tripes chaque fois que je me rejoue ses 40 années qui ont fait de moi celle que je suis aujourd’hui. Et j’en reviens toujours à me poser la même question. Cette foutue interrogation, qui même tourner dans tous les sens ne signifie presque plus grand-chose à mes yeux. Qui suis-je vraiment ?

La réponse est pourtant simple en soi. Une jeune femme de 40 ans, bien que je ne sois pas sûre de pouvoir, de nos jours, mettre les mots « jeune » et « quarantaine » dans la même phrase. Certains diront que oui, après tout, un bon whisky se laisse fermenter pendant de longues années et n’en ai que meilleur, enfin, tant que l’on aime le vieux whisky. Mais j’assume, je n’ai que 40 ans, je ne suis pas fermentée dans les règles de l’art et je me fonds dans la masse. Donc vous voyez, rien d’extraordinaire. En tout cas rien qui ne donne envie à un grand amateur de whisky de s’intéresser à moi plus que nécessaire. Et d’autres diront que non, passé un certain âge, la jeunesse n’est que souvenir, les rides étant là pour nous rappeler que la vie est sans scrupule. Elle défile et vous laisse des marques pour vous le rappeler.

J’ai passé une bonne partie de ma vie à rechercher le grand amour. Mais pas seulement l’amour qui vous fait frissonner sur le moment du premier regard et dont la magie disparaît instantanément, ni celui qui vous fait battre le cœur à un rythme endiablé l’instant où il s’approche de vous et où on oublie aussi vite la raison de cet emballement, ou encore celui qui vous fait voir des étoiles au moment du premier baiser et qui disparaît sitôt les lèvres séparées. Ces amours-là, tout le monde les a déjà connus au moins une fois et la magie ne dure pas, jamais. Non, je parle du grand amour, le seul et unique, celui qui vous fait ressentir tout ça à la fois, en boucle, tous les jours et même plusieurs fois par jour. L’amour qui vous met en haleine le matin avant même d’ouvrir les yeux, qui vous fait cogiter le soir pendant les premiers rendez-vous, celui qui vous fait réfléchir une fois dans votre lit avant même votre première fois. Celui qui vous obsède toute la journée en l’absence de l’autre et même en sa présence, celui qui vous fait vous remettre en question perpétuellement. Le grand amour qui vous fait vous demander chaque fois que vous posez les yeux sur lui, ce fameux pourquoi. Pourquoi il m’aime ? Pourquoi je l’aime ? Pourquoi il me rend dingue ? Pourquoi lui et pas un autre ? Pourquoi moi et pas une autre ? Pourquoi, pourquoi, pourquoi, sans jamais pouvoir répondre de manière précise à ces questions.

A-t-on vraiment besoin d’amour pour vivre heureux ? Heureusement que non ! Chaque personne est libre de vivre selon ses besoins, ses croyances, ses exigences, son orientation sexuelle et selon ses attentes de la vie. L’amour rend la vie plus agréable certes, mais je veux dire, on peut tout aussi bien être avec quelqu’un pendant des années voir même toute une vie et ne pas être heureux pour autant. Alors, pourquoi se forcer à vivre comme la société nous le conseille, comme elle nous le revendique même. Mais moi j’ai choisi d’être heureuse en étant seule. J’ai dit stop à tous ces hommes qui sont persuadés qu’une femme est totalement perdue sans eux. Je ne suis pas de nature à être à la bonne d’un mâle, quel qu’il soit. Certes j’en ai assez de ces soirées fades à lire des romans au fond de mon lit, marre de vivre par procuration et ces personnages me rendent folle avec leur happy end à tous. Mais je sais que ce que je vis est concret, mes enfants, moi, ma vie calme et sans prise de tête. L’amour, ça ne marche qu’à la télé, alors je suis dans le vrai en étant très bien accompagnée par moi-même. Je suis perpétuellement en contradiction avec mes propres pensées.

Dans la vraie vie, celle que je vis, il n’y a pas de chevalier servant qui arrive pour faire basculer ma vie et la rendre meilleure au point de me faire oublier tout ce que j’ai vécu de mal avant de le rencontrer. Ici dans la vraie vie, ce n’est pas la même chose, il y a un bien un chevalier qui peut débarquer, une âme égarée, un mec qui veut me chanter ses louanges, me bercer d’illusions et faire basculer ma vie du côté minable de la force. Car ce genre de mec prend tout. Et j’en ai connu, il arrive tout sourire et il se sert. Il prend l’humilité, la dignité, l’honneur, le cœur, le corps, le temps, la patience, le portefeuille et il disparaît avec tout ça. Il ne reste plus rien sur quoi se rabattre lorsqu’il s’en va. Et lorsque l’on se réveille, il n’en reste plus que l’ombre de soi-même et j’ai réalisé qu’effectivement, un mec ça te fait basculer, mais mon happy end à moi dans le monde réel se résume à « Youpi, je suis encore en vie ! ».

Je suis négative et je n’aime pas ça, je n’aime pas me lamenter sur mon sort, enfin si un peu quand même, je l’avoue. Ça fait du bien de se plaindre sans que personne ne puisse vous contredire, alors je m’accorde un petit aparté de temps en temps. Enfin bref, je suis une femme de 41 ans (je viens de les fêter) avec une vie un peu merdique, enfin sentimentalement parlant. En tant que femme j’ai une vie merdique, ha non je suis bête, je n’ai pas de vie de femme. Je suis, pour résumer de façon rapide et en un mot, une maman. Voilà, lorsque l’on me demande ce que je suis et ce que je fais dans la vie, la réponse est la même, maman. Mais j’adore mon métier de maman, car je peux jongler chaque jour et même plusieurs fois par jour avec plusieurs sous-boulots. Infirmière, gendarme, maîtresse, femme de ménage, médiatrice, psychologue, et plein d’autres. Être maman est une source infinie de métiers et je ne sais jamais dans quelle peau je vais me retrouver. Bon ça donne un côté schizophrène à tout ça, mais vraiment, j’adore ! Et puis il y a les écoles de mes monstres dans lesquelles je passe énormément de temps. Quelquefois j’ai l’impression que je suis plus souvent dans les établissements scolaires que lorsque j’étais moi-même à l’école. Mais j’aime accompagner les maîtresses, les aider dans les ateliers divers, et j’adore encore plus la présence des élèves et voir mes enfants heureux de ma présence n’a pas de mots. C’est enrichissant de pouvoir les aider et les voir évoluer. À la maternelle de ma fille, la simplicité d’appeler le corps enseignant par leurs prénoms donne un côté familier aux contacts.

Mon côté femme est beaucoup moins glorieux. Pendant des années et des années durant, je pensais que mon grand amour était parmi l’un des quelques hommes qui ont partagé ma vie à un moment donné. J’ai précisé partager ma vie, ce qui signifie relation, on est d’accord. Pourtant je sais au fond de moi que je les ai aimés et à l’époque je savais pourquoi. Parce qu’il me fallait quelqu’un, parce qu’ils m’ont porté de l’intérêt ou du réconfort au moment où j’en avais besoin. En amour je donne tout ce que je peux et en amitié aussi bien sûr. Et à ces hommes, je leur ai donné ce que je pouvais le temps de nos relations. Le pire c’est que cette fois-ci, s’il y en avait une nouvelle, je sais que je ferais comme toujours, je donnerais tout en me disant que c’est la bonne. Bon on ne se connaît pas encore lui et moi, il ne sait pas que j’existe et je ne sais pas où il peut vivre, bref, je ne sais pas pourquoi, mais je sens que le prochain sera le bon. Enfin, jusqu’à ce que je réalise que je me suis encore trompé !

Je regrette quelques petites choses dans ma vie, bon pas tout heureusement. Mais c’est vrai que tous les choix que nous prenons nous entraînent dans un effet papillon. Que ces choix soient bons ou mauvais, les conséquences en résulteront bons ou mauvais et le destin, si l’on y croit, fera le reste. Des choix qui nous semblaient bons au départ peuvent finir par une note négative, et les mauvais ont une chance de devenir positifs, car rien n’est écrit, rien n’est définitif. Je ne le sais que trop bien. Seule la détermination nous mène au saint Graal et le résultat de notre quête est bien la preuve que nos projets ont été menés à terme. Enfin, pour ma part, tous mes projets en sont encore au stade d’ébauches !

Aujourd’hui je suis seule, plus seule que jamais. J’ai des qualités qui me définissent comme tout un chacun, et en pensant à tout ceci, j’ai l’impression de préparer mon éloge funeste. Je suis de nature généreuse et même trop, je suis dynamique, joyeuse, franche, débordante d’énergie même quand tout va mal. Bien évidemment j’ai tous les contraires de mes qualités, je suis casanière et résignée, amorphe parfois, lugubre par moment, franche, triste, mais je suis toujours généreuse même dans les pires moments. Je suis simple et j’aime le monde qui m’entoure, aider, conseiller, soutenir sont mes principes de base de la vie.

Mais aujourd’hui ce que je regrette le plus c’est de ne plus avoir mes 20 ans et l’insouciance qui va avec. Je ne sais pas pourquoi je suis seule, mais le problème ne peut venir que de moi. Si un homme s’en va, c’est parce que la magie de la relation s’est évaporée, ou bien que l’histoire touche à sa fin. Mais s’ils s’en vont tous, c’est que le souci ne vient pas forcément d’eux. C’est peut-être plus facile pour eux de ne vouloir que quelques parties de moi plutôt que moi tout entière et ce pour toujours.

Ma vie est un livre sans fin et mes histoires se répètent inlassablement. J’ai tenté de commencer un nouveau livre, de débuter un nouveau chapitre, mais je ne sais pas si j’en suis capable alors pour le moment je me contente de travailler sur la couverture. Je voudrais tant vivre les sensations d’un amour naissant et qu’il prenne toute son ampleur jusqu’à l’explosion pour vivre heureuse jusqu’à la fin de ma vie. Mais en suis-je encore capable ? Puis-je vraiment croire que cette fois-ci serait différente des autres ? Rien ne me prédestine à être comme les héroïnes de mes romans. Je les imagine lorsque je lis, toutes ces femmes aux courbes parfaites, aux visages impeccables, aux traits fins et poupins, leurs chevelures toutes aussi parfaites, à leurs trains de vie parfaits, leurs passés sans encombre. Et je me regarde dans le miroir et là je sais que je ne suis pas elles. Je me demande même si je voudrais de moi si j’étais un homme. Et la réponse est évidente, c’est bien pour cela que je suis seule !

Je ne savais pas que le cœur pouvait subir autant de fois les conséquences de nos peines de cœur, vu le nombre de fois où le mien s’est brisé, c’est plutôt miraculeux qu’il soit encore entier non ? Surtout pour revivre inlassablement les mêmes tortures.

Mes parents, bien que mon père ait épousé ma mère alors que j’étais là avant son arrivée, ont eu 7 enfants, dont 5 ensembles. J’ai 41 ans, je suis Gémeaux, née en juin, les meilleurs bien sûr. Ha et détail qui a son importance, je me prénomme Lisbeth. J’ai la chance d’être la maman de 6 magnifiques enfants, tous aussi uniques les uns que les autres, je les aime plus que tous mes petits monstres. Nous vivons tous les 7 dans un petit appartement avec seulement 3 chambres. Oui voilà, c’est tout à fait ça, je n’ai pas de chambre ce qui n’arrange en rien ma situation de femme, bien évidemment.

Je mesure 1 min 56 s pour 50 kilos, pas mal pour avoir mis au monde 6 petits bébés, j’ai les yeux marrons et les cheveux châtain clair. Et voilà pour une description rapide et très simplifiée, car je n’aime pas me décrire en détail, mon visage et mon corps ne sont pas des œuvres d’art. Toutes mes histoires de cœur, c’est à elles que je dois le mépris de mon apparence et le dégoût de l’amour, ce sont elles qui m’ont permis de ne plus m’encombrer de cet organe bien trop sensible pour moi.

J’ai vécu ma première histoire à mes 16 ans, avec S et il m’a rendu heureuse. Mais la magie s’est vite estompée. Au début j’étais impatiente d’avoir de ses nouvelles, il était placé et m’appelait tous les mardis, alors j’attendais patiemment devant le combiné ou bien ma mère me prévenait si j’étais occupée. Ma mère se moquait de moi gentiment, car S m’appelait « mon petit bichon ». Je trouvais ça mignon au début, mais je disais, la magie n’a pas opéré assez longtemps. Et puis lorsqu’il était chez ses parents, il me laissait très souvent avec ces derniers et je me retrouvais à passer une soirée reportage sur des sujets super intéressants pour une fille de 16 ans, dans le genre comment peut se reproduire toute une faune sauvage, terre et plantes, petits insectes, règne animal en tout genre. Le pire c’étaient les journées Tour de France, regarder pendant des heures des mecs pédaler comme des forcenés pour je ne sais quelle gloire personnelle. Je n’ai jamais rien compris au plaisir de faire du vélo de course, faire des sprints à en perdre ses jambes, ou bien descendre une pente et monter une côte tout en perdant des poumons au passage. Le vélo c’est soit pour le plaisir soit dans une cave, bien rangée à l’abri. Au rez-de-chaussée il y avait donc ses parents que j’appréciais vraiment et au 4e étage il y avait également un couple S et P, avec 4 enfants, 4 filles. Nous avons vite sympathisé et nous étions toujours chez eux quand nous n’étions pas chez lui. Nous avons vécu les ¾ de notre histoire dans cette famille et au fil des années ils sont devenus ma famille de cœur. Mais entre S et moi, ce n’était plus ça, il était tout le temps parti, il choisissait toujours ses potes, ses soirées et même lorsque je vivais dans son appartement en ville, il était bien trop occupé à recevoir et moi bien trop occupé à les servir, ranger, nettoyer derrière eux. Fumer et boire faisaient partie de son quotidien, et moi mon plaisir de cette vie à deux à vite disparue. Et un jour, comme c’était écrit j’ai fini par dire stop. Chez mes parents ce jour-là, il était là ta alors que je franchissais la porte, il m’attendait et je n’ai pas reculé. J’ai joué la carte de l’indifférence. Il m’a demandé si nous pouvions repartir sur de bonnes bases, il m’a supplié de ne pas le laisser, qu’il pouvait changer et qu’il ferait des efforts, j’ai failli revenir sur ma décision en le voyant si anéanti. Mais dans ma tête c’était déjà fini, les efforts sont à faire au quotidien, pas lorsque l’on sent que la corde lâche. J’avais déjà pris ma décision, je n’ai pas reculé ni même hésité, je lui ai dit honnêtement que c’était fini, et il s’est littéralement jeté à genoux devant moi. La cuisine de chez mes parents n’était pas assez grande pour cette scène qui aurait pu être romantique s’il l’avait fait avant que ce ne soit trop tard. Pourtant je l’aimais, il a su être doux, patient et attentionné quand il le fallait, mais il a oublié la magie entre nous au fur et à mesure. Et sans magie, il n’y a plus que des doutes. Je ne savais pas ce qu’était une histoire d’amour avant de le rencontrer et pour ça je lui en suis reconnaissante. Il a été mon premier et ce n’est pas rien dans la vie d’une femme. Mais ce n’était pas Le Grand Amour.

Et me voilà donc à 17 ans et demi, seule, mais heureuse, et quelque temps plus tard, j’ai fait la rencontre de D, alors lui, lui j’y ai cru au plus profond de moi. J’ai quitté le domicile familial pour vivre avec lui. Il était un peu plus vieux que moi, pas de beaucoup certes, seulement 3 ans. Il avait un logement, car il était en foyer, il avait un parcours de vie déjà bien compliqué étant plus jeune. Il avait des démons à gérer et ils étaient beaucoup trop forts pour moi. Au début je pensais que je pouvais tenter de le réparer, de le soigner et de lui faire montrer que la vie n’est pas forcément qu’une ligne sans âme. Au début de notre histoire, c’était vraiment magique, nous faisions l’amour tout le temps, comme si nos corps étaient soudés l’un à l’autre. Notre chambre à coucher était notre lieu de prédilection. Nous étions toujours en balade, soit tous les deux, soit avec mon cousin et sa copine. Mon cousin, A, était son meilleur ami. Une fois, D m’a dit, tandis que nous étions installés tous les 2 sur un banc face à une superbe vue, qu’il voulait vraiment faire un bout de chemin avec moi. Et avec le recul je confirme que c’était seulement un bout de chemin, nous n’avons jamais atteint la fin de la route. Il est devenu, au fil des mois, blessant, physiquement et moralement. Il m’a lâchement quitté le jour de mes 18 ans pour une amie à lui. J’étais enceinte, heureuse et effrayée. Lorsque j’avais fait le test dans notre salle de bain, j’étais en pleurs et je ne savais pas pourquoi, et tout se mélangeait dans mon cerveau embrumé. Le bonheur d’avoir un mini D qui était le fruit de notre amour, ou bien si c’était la pire nouvelle du monde. J’étais resté un long moment assis sur la cuvette des toilettes. Je subissais déjà humiliation, coups, mensonges, famine, la honte, l’indignation, des nuits à la belle étoile. Après avoir vécu son petit truc avec sa S, il est bien sûr revenu, et j’ai dit oui, nous avions un nouveau logement, un vrai chez nous, mais ce n’était pas encore ce qui allait le faire changer. Au contraire, ma grossesse interrompue, je me suis retrouvée seule et à la rue, ne sachant pas quoi faire ni même comment m’en sortir. Je revenais toujours près de lui, mais il ne savait toujours pas comment gérer une relation stable, et moi je ne savais pas comment ne plus l’aimer. J’ai fui notre logement en passant par la fenêtre avec mes quelques affaires grâce à ma voisine. D m’avait enfermé avant de partir et là j’ai su qu’il fallait que je parte sans me retourner. Ça a été une décision difficile à prendre. K, ma voisine, avait eu les mots pour me convaincre et si je n’étais pas parti, je ne sais pas ce que je serais devenue. Et à l’inverse je me dis que si j’étais resté il aurait peut-être fini par devenir meilleur. Mais la peur a fini par prendre le dessus et a décidé à la place de mon cœur.

Je me suis retrouvée à presque 19 ans dans un foyer, un foyer pour jeunes travailleurs. Une nouvelle étape dans ma vie. C’est grâce au foyer pour femmes en difficulté que j’ai pu m’en sortir. C’est un foyer d’urgence, qui accueillait les femmes pour un mois, le temps de se remettre sur pieds et de faire les démarches nécessaires. Dans ce foyer pour jeunes j’étais bien, j’avais mes clés, ma chambre avec salle de bain, j’avais mon argent pour faire mes courses, je pouvais faire ce que je voulais sans craindre de rencontrer des poings en rentrant. Je me sentais de nouveau vivante. Mais j’ai mis quelques mois avant de vraiment me sentir en sécurité, car D venait m’attendre devant les portes du foyer jusqu’à ce qu’il se lasse et comprenne que je ne reviendrais pas.

Dans ces murs j’y ai vécu une nouvelle fin d’adolescence, libre et insouciante. Et bien sûr j’y ai fait la rencontre de plusieurs amis, ce qui pour moi était encore une victoire en soi. Et bien évidemment j’y ai fait la rencontre d’un beau et jeune algérien. Il était tout simplement magnifique. Sa voix était douce, des cils faits pour qu’il s’envole à tout moment. Il avait un charisme naturel, un humour fou et de l’amour à revendre. J’ai pris soin de lui, car il était blessé au visage, j’aimais m’occuper de lui et ses brûlures n’enlevaient rien à son charme. Je ne pouvais pas m’empêcher de l’embrasser sur le front. Slili était mon meilleur. Il n’était pas le mec parfait, puisque nous avons pris deux chemins différents, mais il était mon meilleur malgré tout. Il faisait connerie sur connerie, je l’ai aidé à avoir une chambre dans mon foyer et il l’a eue. Nous étions inséparables, nous avions notre petite bande à nous. À la suite d’une connerie de trop j’ai été virée du foyer, j’ai reçu Slili alors qu’il n’était plus résident. Je me suis retrouvée dans un autre foyer pour jeunes, avec de nouvelles personnes, de nouvelles règles, mais toujours cette liberté. J’étais bien ici. Slili a fini par aller en prison et je l’ai attendu, je lui ai écrit presque une lettre par jour et c’est grâce à cette période que j’ai pris plaisir à écrire vraiment. J’ai toujours écrit, mais jamais de manière aussi intense. Lui avec ses malheurs m’a donné l’envie d’écrire pour vider mon sac. Puis il est sorti de prison et a voulu quitter notre petite ville, il voulait que je le suive, mais me jeter dans le vide ce n’était pas pour moi. Je l’ai laissé partir, il avait espoir que je le rejoigne. Nous étions tous les jours au téléphone, et un jour tout a basculé pour moi. J’étais de nouveau pour l’avant-dernière fois, dans ce foyer d’urgence, j’y ai même rencontré sans le savoir, la tante de Slili, j’étais très heureuse de découvrir un bout de sa famille, bien que j’eusse déjà rencontre sa sœur N et son neveu tout petit, M. Et un jour, je suis allée rendre visite à ma tante M-C, qui était bizarre. Sa fille, C, avait un ventre très proéminent et lorsque j’ai demandé si elle avait un copain depuis longtemps, et même si je connaissais déjà la réponse, ma tante m’a répondu que j’étais la seule personne avec qui elle ne pouvait pas avoir cette conversation. J’ai tout de suite compris. Mon monde s’est effondré de nouveau. Je ne pouvais pas avoir d’enfants à la suite de ma première fausse couche qui a abîmé mes ovaires. Et elle, après une seule nuit, la nuit où je leur ai présenté celui qui faisait battre mon cœur, ma cousine l’a mis dans son lit. Personne ne voulait qu’il soit au courant, mais je ne pouvais pas le laisser dans l’ignorance et pourtant j’aurais préféré être la principale concernée pour cette grossesse, mais je lui ai annoncé après lui avoir dit combien je l’aimais, que tout était fini et qu’il allait être papa.

Il a eu un petit garçon, qu’il ne connaît pas, que quelques photos pour mettre un visage sur un nom. Et moi j’ai perdu une famille de ce côté-là aussi, car je ne voulais plus les voir, sentir la trahison en croisant leur regard c’était au-dessus de mes forces. Mais Slili restera pour toujours mon Slili, celui qui sait comment me rendre le sourire sans même me voir, celui qui sait atteindre cette petite partie qui est un reste de ce qui était autrefois un cœur. Mais je sais que ce n’est pas assez pour refaire vibrer tout le reste des morceaux éparpillés aux 4 coins de mon organisme. Il est néanmoins quelqu’un de très important pour moi. Et c’est comme ça que j’ai écrit ma première histoire, que j’ai fait lire à mes profs de formation, j’avais mis sur papier tout ce que j’avais pu ressentir à la suite de notre histoire. Le sujet était le départ et tout son lexique, et j’étais très inspiré, car le départ était pour moi un mot fort qui peut s’exprimer pour plusieurs raisons. Que je ne détaillerais pas trop ici, chacun vit un départ de la façon qui lui correspond le mieux.

À partir de là, j’ai de nouveau erré, je ne savais plus quoi faire. En étant pour la 7e et dernière fois, au seul endroit où tous connaissaient mon parcours et qui m’ont toujours ouvert le portail, je ne savais plus si j’aurais de nouveau une vie digne. Le foyer d’urgence, qui était devenu mon rempart, mon lieu d’ancrage, ma bouée de sauvetage, le seul endroit où je pouvais me reprendre en main. Mais cette fois-ci je n’ai pas fini le mois complet. Non, cette fois-ci je partageais ma chambre avec une folle, C, qui étais enceinte et qui planquait sa bouffe sous son lit plutôt que dans le frigo. J’ai pété les plombs non pas pour elle, mais pour l’enfant qu’elle portait. Elle avait peur que je me serve donc elle mettait la santé de son bébé en danger pour des conneries. Je suis partie avec le premier qui a croisé ma route. Ce n’était pas là ma meilleure idée bien sûr, mais pourquoi pas, chaque fois que j’écoutais mon cœur, il se foutait de ma gueule alors j’ai tenté. Un coup de bluff pour tenter ma chance. Au début il me suivait sans me parler, puis il m’attendait devant le portail ou dans la descente vers la ville. Il était toujours bien habillé, propre et il me regardait comme si j’étais la plus désirable de toutes. Et j’ai fini par céder assez vite. Mais je me suis retrouvé dans la famille des anciens voisins de mes parents, je les connaissais déjà et ce M venait du bled. Mais sa famille ne m’était pas inconnue. Lui avait de grands cils, des yeux charmeurs, une présence incroyable. Je me suis reconvertie à l’Islam pour pouvoir vivre sous le même toit que lui, et donc pas pour les bonnes raisons. Et puis nous avons pris un logement et je me suis mariée. Je pensais que tous mes problèmes étaient enfin réglés. Tout me souriait. Tout était parfait. Mais justement, tout était trop parfait. Et tout a été très vite à partir de là, et j’aurais dû être plus attentive. Il me bloquait dans un cercle restreint qui se limitait à sa famille et à la mienne de temps en temps. Moi qui pensais que tout changeait enfin pour moi, c’était mal connaître la noirceur de mon destin. Il a changé ma vie, mais à changer de comportement encore plus. M a été mon histoire concrète la plus expéditive de toutes. Mariée en mars 2002 et séparé en juin 2002. Mon histoire s’est de nouveau répétée, il m’a enfermée dans mon logement, même lorsqu’il était là. Et le dernier soir de ma captivité, j’ai attendu que sa soirée pour une fois un peu arrosée se finisse par un abandon total de contrôle et j’ai attendu patiemment qu’il s’endorme, je ne voulais pas fermer les yeux avant lui. Je n’ai rien préparé, juste un petit sac avec 2, 3 tenues, j’ai pris les clés dans sa poche et je suis parti en les laissant dans la serrure. Je n’ai pas cherché à comprendre et j’ai foncé dans le quartier de mon enfance. Non pas pour filer chez mes parents, beaucoup trop fiers pour avouer mes échecs. Je me suis rendue chez mon ancienne voisine K, et cette fois-ci elle n’a pas eu à m’aider à quitter mon logement. Mais elle m’a ouvert la porte du sien et m’a accueillie. Une fois de plus je me retrouvais au pied du mur et sans rien. Mais toutes ces épreuves m’ont rendue plus forte, plus suicidaire aussi. Au bout de 2 semaines de fugue, je me suis rendue chez moi, j’ai affronté mon mari, son frère et après quelques coups j’ai annoncé que je ne rentrerai pas tant qu’il serait là, alors mon mari a cédé et il est parti. J’ai donc pu récupérer mon logement qui était à mon nom, et malheureusement sans un sou pour le payer.

La vie ne veut pas m’épargner. Je dois avoir un gène de mon ADN qui clignote à chaque passage du premier connard qui croise ma route. Lorsqu’il s’allume, il envoie des signaux du genre « si tu es une pure race de gros connard, voici la bonne poire » ou bien « si tu cherches une petite chose fragile pour te faciliter la vie et en profiter sans qu’elle ne se plaigne, c’est par ici ». Et je sais que ça doit être vrai, car par la suite, j’ai fini par trouver celui avec qui passer le reste de ma vie. Mais bon, on sait déjà que ce n’est pas le cas à l’heure actuelle. Mais sur le moment on en est là, il est mon futur. Et pour cette histoire j’ai tenu aussi longtemps que je le pouvais, et ma patience a tenu 17 ans, c’est pour dire la force mentale dont je dispose.

Car oui j’ai de nouveau rencontré quelqu’un, pendant ma fugue précédente. Et en juin de cette même année, j’étais avec lui, le grand blond répondant au nom de R. pourtant toutes mes alarmes étaient en marche et hurlaient à tue-tête. Mon petit cerveau me criait de ne pas m’arrêter sur lui et de ne pas céder. Et pourtant ! Lui fut le summum de l’apothéose. Il est celui qui a combiné tous mes espoirs, toute ma tolérance, toutes mes déchéances, tous mes échecs le tout en 17 ans, hé oui ma patience est inébranlable. Pendant toutes ces années, alcool, shit, soirées ont été son quotidien pendant une bonne partie de nos années de vie commune, ce qui résume mon histoire. Bon, heureusement, il n’y a pas eu que ça. J’ai eu enfin des enfants, à l’annonce de ma première grossesse j’étais la femme la plus heureuse, et même si nous étions séparés au moment de ma première échographie j’ai tout partagé avec lui ce qui nous a rapprochés. Et puis, ont suivi mes autres bébés. Pour faire court et éviter d’ébranler mon petit moral, pour expliquer cette histoire, je vais prendre un raccourci. Nous nous sommes mariés pour nos 10 ans, nous nous sommes séparés au bout de 5 ans de mariage. Il m’a trompé virtuellement avec une autre, puis je l’ai gardé, il est parti à Lyon pour refaire sa vie avec une autre, rencontrée également sur les réseaux sociaux, bien sûr sans me le dire et après que je lui ai payé son billet de train pour aller « travailler » là-bas. Bien évidemment je l’ai repris sans savoir au début. Au bout de 15 jours, on m’a appelé, de la famille de Lyon que je ne côtoie presque jamais, qui m’a expliqué ce que mon très cher mari faisait réellement sur place. Mais je lui ai laissé malgré tout une dernière chance, mais je savais que tout était brisé et donc fini. Je me suis accroché à quelque chose que je savais mort. Nous nous sommes séparés définitivement, mais comme je ne sais pas qu’il faut laisser les gens se débrouiller surtout après qu’ils nous ont eu trahis, je l’ai aidé. Je l’ai hébergé, nourri, blanchi, je payais son forfait téléphone, il vivait avec ses enfants malgré tout, il ne payait rien de chez rien, je payais tout même son tabac. Il ne manquait de rien et pourtant il a trouvé le moyen de se plaindre à nos amis communs. Il disait qu’il était à la rue, que je l’empêchais de voir ses enfants, qu’il était dans la merde etc. Là, j’ai touché le fond, s’il y a un enfer, moi je me suis retrouvée propulsée plus bas que ça, j’ai même croisé Lucifer en chemin. J’ai porté ma famille sur mon dos pendant toutes ces années. J’ai supporté tout ce qui était humainement possible et même plus. Mais mes épaules ne pouvaient plus supporter le poids que représentait R. une fois que j’ai réellement dit STOP en me hurlant dessus, j’ai tenu bon. Je l’ai aidé à avoir un logement, je l’ai aidé à le meubler et c’était enfin terminé. Je pouvais enfin fermer ce livre dont la couverture ne m’attirerait plus jamais.

Pendant notre relation, nous avons eu une coupure d’un an à peu près. Entre les soirées alcoolisées et les prises de bec qui s’en suivaient, je n’en pouvais plus. Nous nous sommes séparés, j’ai revu un ami en commun de S et P. nous avons eu une brève histoire, mais j’ai aimé son contact. Steph est le contraire de tout ce que je connais. Un homme droit, un parler presque trop parfait, une vie stable, un travail, une voiture, une maison dans le sud. J’ai même passé presque deux mois dans cette maison à Valence. Steph travaillait et nous restions souvent dans le jardin, sans vraiment pouvoir aller nous balader. Steph était un peu trop bien pour moi. Je ne savais pas vraiment ce qu’il attendait de notre histoire. Et moi je ne m’imaginais pas en ressortir avec un ventre proéminent. Nous avons eu de bons moments, Steph était présent pour moi, mais il n’était pas celui que je pensais, ou bien je n’étais pas certaine de tourner la page. Il avait des défauts et il était lunatique par-dessus le marché. J’avais l’impression d’être diminuée dans tout et de ne pas être la vraie moi. J’étais comme dans la peau d’une autre, et je ne sais pas jouer un rôle. Je voulais être comme lui, être à son image, mais ce n’était pas suffisant et je n’ai pas réussi à faire croire que j’étais telle qu’il l’aurait voulu. Mais de notre histoire est né un petit bout, mon fils. Et rien que pour ça, je suis heureuse d’avoir partagé un moment de ma vie avec Steph. Aujourd’hui nous nous entendons bien, même s’il a disparu pendant de longues années de nos vies. Mon fils est heureux de le connaître et l’entente est au rendez-vous.

Une fois séparée de mon très cher mari, je ne voulais plus aucune histoire. À partir de ce moment précis, j’ai décidé que mon cœur ne se ferait plus jamais avoir par quiconque. Cet organe indispensable à la vie est important, mais moi je l’ai scellé, je l’ai emprisonné dans un abîme sans fin, là où personne ne pourrait l’atteindre.

Heureusement, entre deux prises de tête avec moi-même j’ai mes réunions aux écoles, mes sorties scolaires en tant qu’accompagnatrice. Mes enfants me permettent de vivre en dehors de mon appartement. Les maîtresses et les directrices sont très gentilles et très professionnelles. Entre la primaire et la maternelle, il y a de quoi faire. J’essaye d’être présente au maximum pour chacun de mes monstres et j’aime les accompagner dans leurs scolarités. C’est important pour eux de savoir que je suis présente en dehors du cadre de maman. Mme Valine, directrice de l’école primaire connaît tous mes enfants, elle les a vus grandir et évoluer, elle aime son métier et le rend bien à ses élèves, elle ne s’investit comme personne. Mme Maliouse, directrice de la maternelle se bat pour que ses élèves soient toujours bien encadrés et dans les meilleures conditions. Enfin les deux font leur maximum pour que leurs écoles soient les meilleures. Et je dois bien avouer que je n’ai jamais regretté que mes enfants soient scolarisés chez eux.

C’est la fin de l’année, mais je les retrouverais à la rentrée et je sais que je serais toujours aussi présente dans les locaux des deux écoles. Elles sont un peu mon chez-moi aussi.

Je fais beaucoup de choses dans ma vie, comme du scrapbooking, des décorations de mariage, du dessin, du cartonnage, du Paper Craft, de la lecture, de l’écriture. Pourtant je n’arrive jamais à prendre de décision lorsqu’il s’agit de moi et de mon bien-être. Je n’arrive jamais à statuer sur une chose et m’y fixer. Je jongle sans cesse sans vraiment me positionner. Je ne sais jamais ce que je veux et même si je suis pleine de volonté je ne tranche jamais. Lorsque j’aide les autres, j’ai des arguments parlants et poignants, mais lorsqu’il s’agit de moi, plus rien n’a de sens. Plus rien n’est concret, mes conseils sont vite oubliés, mes arguments ne tiennent plus la route. J’ai envie de changer tout ça, j’ai envie d’évoluer à mon tour. Mais l’envie ne va pas toujours avec la raison. Car ma raison à moi me laisse toujours penaude et mes doutes s’intensifient avec le temps. Rien n’est bon pour moi, jusqu’ici j’en étais persuadée. Mais je sens que ma vie va basculer.

Chapitre 2. Un nouveau message.

L’amour comme je le voudrais n’existe pas, personne ne peut réellement cocher toutes les cases de la petite liste du parfait petit-ami que je me suis faite il y a des centaines d’années lunaires.

Une liste pourtant enfantine qui ne demandait pas grand-chose. Avec quelques points qui me paraissaient les plus importants à l’époque.

— Que son âme soit belle.

— Qu’il soit mon meilleur ami.

— Qu’il soit attentionné.

— Qu’il soit drôle.

— Qu’il soit à l’écoute.

— Qu’il soit gentil, mais pas trop.

— Qu’il soit aussi gentleman que moi.

— Qu’il soit confiant, mais pas arrogant.

— Qu’il soit intelligent, mais pas manipulateur.

— Qu’il soit honnête et qu’il communique avec moi.

— Qu’il soit mature, mais ouvert d’esprit.

— Qu’il soit mon protecteur.

Les hommes qui ont partagé ma triste vie n’avaient pas toutes ces qualités, ou bien quelques-unes, mais juste pour se donner bonne figure. Depuis je ne crois plus en cette liste. Mon cœur est mort je le sais, il bat certes, mais ne fonctionne que pour me maintenir debout. Il est dépourvu de tous sentiments qu’une femme devrait ressentir. Il ne bat que pour mes enfants. Eux seuls sont censés être là pour moi toutes leurs vies. Personne ne peut remettre la machine en route, la flamme de mon cœur est éternellement gelée. Aucun beau discours ne saurait faire fondre cette couche épaisse de froideur que les années de souffrance et de remise en question m’ont aidé à ériger.

J’aimerais vraiment y croire, je voudrais vraiment me réveiller un matin et me dire : « OK, je crois en l’amour et en toute cette connerie et je vais le trouver aujourd’hui ». Mais non, il ne se passe jamais rien. Il y a bien eu des hommes depuis mon divorce, que j’aurais tant voulu sabrer au champagne d’ailleurs, mais personne ne souhaite autre chose que du sexe. J’ai bien tenté pendant un peu plus de 2 ans tout de même avec mon 1er amour d’enfant, Terry, depuis que j’ai 10 ans il est dans mon cœur. Il a ensuite été un plan cul, enfin j’étais son jouet qui ne savait pas lui dire non à l’époque. Car quand un homme vous dit des mots doux et que votre abruti de cœur vous dit « s’il le dit, c’est que c’est vrai » ou bien « cette fois-ci, il est peut-être sincère » et bien vous foncez tête baissée sans écouter votre conscience. Et avec Terry, je l’ai tellement aimé que j’écoutais niaisement tout ce qu’il me disait, alors qu’il était toujours en couple lorsqu’il venait me voir, moi je n’étais que la fille qui lui disait toujours oui. J’y ai cru pendant longtemps avec lui, mais en essayant enfin d’être ensemble, rien ne marchait, et finalement on n’y arrivait pas tout simplement. Notre relation était trop passionnelle, presque destructrice pour lui comme pour moi. Il y avait bien de l’amour, mais les sentiments ne suffisent pas. J’ai peut-être trop idéalisé Terry à force de l’attendre et une fois qu’il était à moi il n’était pas celui que j’espérais. Ou bien je mets trop d’attente dans mes histoires. Mais finalement nous avons mis un terme définitif à notre histoire.

Ma conscience a été pendant quelque temps, obnubilée par un jeune. Il est vraiment jeune, presque un gosse pour moi. Il est ridicule pour beaucoup de personnes, mais vraiment beaucoup de monde, même par ses amis. Il est malmené par certaines d’entre elles, mais dans son dos évidemment. Il est adulé par toutes les petites du quartier tout entier, et pourtant c’est grand par chez nous. Il est idéalisé, aimé, envier, presque idolâtré par toute une horde de femelles en chaleur. Si vous croisez une bande de filles et qu’elles sont 10, vous pouvez être sûre que 9 d’entre elles ont pu le tester et que la 10e est là pour comprendre le phénomène en le testant à son tour. Mais je ne montre rien, il est trop jeune. J’ai beau avoir assumé ce qu’il y a eu, et même sans avouer que ça a été réitérer par la suite, je ne me résous pas à mettre un nom sur ce qui s’est passé. Il y aurait bien quelques explications comme, une erreur de parcours, un moment de faiblesse, un égarement incontrôlable, une envie, une pulsion, un besoin de l’avoir. Il y a les coureurs de jupons et K est en tête de peloton. C’est un aimant à filles, mais moi je suis une femme et je ne peux pas me permettre de faire ce genre de connerie. Mais qu’est-ce qui est le plus mal ? De céder à la tentation ou bien d’aimer sa présence ? Mais plus il vient ici plus je m’attache à lui et plus je suis attirée par son attraction naturelle. Même s’il ne se passe rien, je ne peux pas m’empêcher de penser à lui et à toutes les conneries qu’il fait. Mais pourquoi ? Je ne répondrais jamais à cette question, car comme pour le reste, je fais comme si cela n’était jamais arrivé, je passe outre ce que je pense et voilà. J’ai le don de me mettre dans des situations gênantes et malsaines. Si j’avais été plus jeune, je ne me serais jamais posé autant de questions, j’aurais juste profité de ce qu’il pouvait me donner en espérant secrètement. Mais je dois avouer que j’aimais bien lorsqu’il nous rendait visite à la maison. Parfois il dormait sur le canapé et le matin je me surprenais à le regarder dormir. Son visage serein, complètement calme et doux. J’espère qu’un jour il trouvera l’amour et qu’il se posera enfin sans faire souffrir celle qu’il aura choisie. Profiter de sa jeunesse c’est bien, mais il faut savoir respecter les autres et se respecter soi-même.

De nos jours, les réseaux sociaux sont un vrai souci. Il n’y a rien de pire pour trouver les ennuis aux pas de votre porte, et c’est même vous qui faites entrer l’ennemi au sein de votre demeure quand danger il y a. Et pourtant cela peut également vous redonner le sourire et changer votre vie positivement. Bon, il faut avoir l’esprit ouvert et y croire. Ce qui n’est pas mon cas n’est-ce pas ! J’ai dit esprit ouvert et non pas portefeuille, même si la nuance n’est pas très claire pour certaines personnes. Il faut savoir filtrer les individus qui font la conversation, par exemple si un mec commence une conversation avec une phrase qu’un enfant de CP pourrait mieux écrire alors ce n’est pas du tout le mec en photo de profil qui écrit. Si le mec au bout de quelques minutes te donne un surnom trop chou comme mon bébé, ma chérie, c’est fini, stop là, car c’est un faux compte et non pas le mec en photo de profil. Et le pompon c’est celui qui te fait languir pendant un petit moment, qui a l’air sincère et attachant, mais qui au bout d’un mois te demande de l’argent pour venir te voir, alors celui-là, bloque, signale, efface, partage, bref lamine-le. Si ledit profil a été créé le jour de la conversation c’est pareil, ne pas gaspiller son temps inutilement, c’est du fake à 99 % alors à oublier immédiatement.

Et pourtant je me suis laissé tenter par un homme qui paraissait inoffensif d’après sa photo de profil et d’après le profil en lui-même. Il m’a envoyé un message sur une application que je n’avais pas ouverte personnellement depuis 2015. Eh oui c’est possible, je n’en avais plus l’envie ni l’utilité alors je l’ai juste supprimé de mon téléphone et voilà que 6 ans après elle refait surface. Bon bien sûr je suis une adepte de Snopchot et Facebake, je n’ai pas écrit les bons noms, car je n’ai pas fait de droit et dans le doute je préfère ne pas prendre de risque et au moins on sait de quoi je parle. Du coup j’ouvre l’appli Instagram, mon compte est encore actif, heureusement car il serait impossible que je me rappelle le mot de passe. Un message m’attend dans ma boîte de réception, je clique dessus, regarde aussitôt le profil, rien de suspect aux premiers abords, mais je laisse couler malgré tout.

Je laisse défiler de longues et longues heures, c’est-à-dire trois pour être précise, après lesquelles je décide d’analyser ce fameux message. Car poussée par la curiosité, qui est une vertu pour nous les femmes, je décide de savoir ce qu’il en est. Le profil à l’air vrai, il n’y a pas beaucoup de photos, mais elles sont un peu anciennes. Il est super beau, peau hâlée, yeux ébène, une barbe de quelques jours, du charisme, baraqué, un sourire charmeur. Il n’est vraiment pas dégueulasse, mais je ne lui réponds toujours rien.

Je ne sais pas pourquoi, mais tous les jours je vais lire ce message, une simple phrase d’introduction qui reste en suspens.

— Coucou, comment allez-vous ?

Mais je ne sais pas pourquoi, je suis obnubilé par cet homme, surtout par ses yeux. Alors 10 jours plus tard je réponds enfin en mentant effrontément.

— Désolé, je n’avais pas vu votre message. Je vais bien et vous ?

Et là je me maudis de l’intérieur. Je ne sais pas pourquoi j’ai répondu et encore moins une phrase aussi ridicule que celle-ci. Mais trop tard c’est envoyé et je ne vais pas me ridiculiser à le supprimer. Ce n’est pas grave, j’ai juste à refermer cette appli et ne pas y retourner. Je ne sais pas trop ce que je veux. Est-ce que je veux qu’il me réponde, ou bien qu’il m’évite ? S’il ne me répond pas, histoire réglée et je n’aurais pas à me torturer les méninges. Discuter avec des inconnus, hommes ou femmes, sur internet est beaucoup plus facile, on ne connaît pas la personne et si les conversations sont suspectes ou fades, hop tu vires et voilà.