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LE COMPTOIR, riche de personnages typiques et originaux, déroule dans une gargote le fil de la journée, cousu des anecdotes et interactions qui en font un miroir grossissant de la richesse banale des individus et des situations. Chaque scène est un thème, développé par les intervenants, où se révèle leur rapport au monde dans lequel ils vivent. Laissez la lecture vous habiter, de la détente à plus soutenu, mettez-vous en scène avec quelques amis, jouez du quotidien ...
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Seitenzahl: 96
Veröffentlichungsjahr: 2019
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ACTE I OUVERTURE
ACTE II VIRILITÉ
ACTE III ANETTE
ACTE IV DÉMARCHEUR
ACTE V CANICHE
ACTE VI FACTEUR
ACTE VII JOURNAL
ACTE VIII INTÉGRATION
ACTE IX POLITIQUES
ACTE X TURFISTES
ACTE XI L’ÉGALITÉ
ACTE XII IDENTITÉ
ACTE XIII LINGUISTIQUE
ACTE XIV SOLDES
ACTE XV VERS MIDI
ACTE XVI LE SANDWICH
ACTE XVII LE PLAT DU JOUR
ACTE XVIII LE POÈTE
ACTE XIX LES AVOCATS
ACTE XX LES DÉPUTÉS
ACTE XXI PROF
ACTE XXII LA COLLE
ACTE XXIII PLASTICIENS
ACTE XXIV FERMETURE
Les lumières de la scène sont en berne et le rideau baissé.
On entend une voix lourde, provenant des coulisses :
- Alors, t'es prête ? C'est l'début !
Un court silence.
Allez, allez, bon !
Plus que quelques secondes !
Ils vont ouvrir le rideau !
...
Toi, t'es jamais prête quand il faut !
Le rideau se lève, et la scène s'éclaire sur une salle de bistrot avec les chaises sur les tables.
L'homme et la femme commencent à les descendre.
Gargotier : - Bon, et pour le plat du jour !?
Qu'est c'tu fais aujourd'hui ?
Gargotière : - Oh, j'en sais fichtre rien !
Gargotier : - Euh, ..., t'as regardé où elles en sont les andouillettes de la semaine dernière ?
Gargotière : - Non.
Gargotier : - Ben regarde !
Elle s'approche du réfrigérateur, l'ouvre, le referme tout de suite, l'air dégoutée.
Gargotière : - Oooh ... !
Gargotier : - Va quand mêm' pas déjà commencer à râler, non !?
Gargotière passe du dégoût au rire mal contrôlé.
Gargotière : - Eééeh ! eh, eh ! … eh !!! Viens donc sentir toi même !
Il s'approche. Elle a toujours la main sur la poignée du réfrigérateur.
Gargotier : - Ouvre !
Il sent et s’éloigne instantanément.
Gargotier : - Ferme !
Mais ferm' vite !
Oh, là, là, là là, là, là, là, là !
Elle ferme très rapidement la porte du réfrigérateur.
Gargotier : - Ben alors, c'est pour aujourd'hui !
Là, elles sont prêtes !
…
De vraies andouillettes sauvages bien faisandées !
…
À midi : « Andouillettes de gibier à la sauce moutarde ! »
…
J'te dis pas !
Ils y verront que du feu !
De toute façon y sont trop cons pour savoir c'que c'est !
…
Puis quand on a pas d'pognon, on va pas chez les riches !
Il retourne derrière son comptoir, lave quelques verres puis regarde sa montre et parle seul.
Gargotier : - Bon, dans quelques instants j’vais m’servir mon premier blanc !
... Le sien aussi !
... Et ça s'ra pas l'dernier d'la journée !
Entre Poivrot, vêtu d'un vieux costume un peu sale et miteux qui fut sans doute très beau il y a bien longtemps.
Gargotier : - Ah !
Poivrot !
Toujours à l'heure !
Poivrot : - Salut, Gargotier ! Comment ça va ?
Et sans attendre la réponse :
Allez, sers moi un petit blanc !
Claude est assis seul à une table.
Gargotier : - Tiens ! V'la Subtil !
Subtil : - Salut à tous !
Il s'approche de Claude.
- Salut, Claude !
Claude : - Salut, Subtil ! Comment ça va ?
Subtil : - Ça va, ça va !
Je viens de finir une pièce de théâtre dont tu me diras des nouvelles !
Claude : - Encore !?
Subtil : - Celle là, j'espère bien que tu viendras la voir quand elle sera montée et mise en scène !
Tout se passe dans un bar !
Claude : - Dans un bar !?
Subtil : - Oui, dans un bar.
Ça va faire un tabac ! ... Sans jeu d'mots.
Claude: - Tu t'arrêtes donc jamais, toi ?
Subtil : - Non !
Claude regarde les mains de subtil :
Subtil : - Ben, qu'est ce qu'y a ? Qu'est ce qu'elles ont, mes mains ?
Claude : - Dis, euh, tu te vernis les ongles à l'incolore, maintenant ?
Subtil prend un air affecté.
Subtil : - Non, je les soigne, monsieur !
Claude : - Tu les soignes ?
Subtil : - Oui ! Ils sont de plus en plus cassants. J'y mets de quoi les durcir !
Claude : - Eeeh, eh, eh !
Dis moi, tu commenc'rais pas à aller taquiner d'la jarretière, toi ? !
Subtil : - Mais non ! Je suis sérieux !
Claude : - Et, y a pas d'autres moyens ?
Subtil : - Si, mais s'occuper de soi est aussi agréable et plaisant !
Claude : - Ah bon !? Tu m'étonnes !
Subtil : - Finalement, je ne vois pas pourquoi ce serait un plaisir réservé aux femmes !
Claude : - Je ne te contrarierai pas ! eh, eh, eh !
Vu un peu les mimiques que tu emploies, ..., des fois ...
Bon ! C'est vrai que t'as pas tord, dans le fond.
Subtil : - Sûr, que j'ai pas tord ! Et l'histoire, depuis toujours, me donne raison.
Claude : - Ça dépend laquelle, hein, d'histoire !
Qu'est ce que tu veux dire ?
L'histoire des ongles ?
Subtil : - Mais non ! L'histoire de ces peuples, de ces races conquérantes !
Ces terribles guerriers !
Claude : - Euh, qu'est ce tu racontes, là ?
Qu'est-ce tu dis ?
Subtil : - Tiens, avant, les jupes courtes, les mini-jupes, c'était réservé aux hommes.
C'était des vêtements de combat.
Terriblement masculin !
Claude : - Oh, oh, eh, tu vas pas commencer à nous sortir ton violon !?
On l'sais ! T'as du savoir !
Bon !
T'as raison ! ... Tous des P.D. à cette époque !
Subtil : - Ah ! Vraiment !?
Allez vas, laisse tomber.
Claude : - Allez, tchao ! Faut qu'j'y aille !
Claude sort.
Poivrot : - Tu sais, Subtil, eux, ils sont enfermés dans c'qu'ils appellent leur VIRILITÉ.
Et c'est quelque chose de terrible !
Subtil : - Que veux-tu dire par là, Poivrot ?
Poivrot : - Ils croient qu'en se privant de tous les plaisirs, qui étaient les leurs avant et que les femmes ont pris pour elles aussi, ils se sentiraient plus forts.
Subtil : - Toi aussi, des fois, tu m'étonnes !
Poivrot : - Surtout faut pas leur ressembler !, aux femmes.
Alors faut changer.
Faut pas partager, …, le plaisir !, le confort !,
la douceur !, le bonheur !
C'est un peut ça qu'ils se disent sans vraiment le savoir.
Il y en a qui semblent même tellement haïr tout ce qui a trait aux femmes qu'on peut se demander pourquoi ce sont surtout ceux-là qui leur courent après !
Peut être un retour inconscient de jalousie, une violence envers leur propre bêtise incarnée dans l'autre sexe et envers tout ce qu'ils ont perdu par leur principale faute.
Subtil : - Là, Poivrot, tu marques un point.
Gargotier : - J'ai pas tout compris, mais on voit qu'il est encore bonne heure, Poivrot !
Poivrot : - Et p'tit à p'tit ils se sont enfermés là-dedans.
Ils n'ont plus grand chose d'agréable.
Seulement le nécessaire et indispensable inconfort.
Fada : - Ouais !
Et les femmes, qu'est ce t'en fais !?
Poivrot ne prête aucune attention à l'intervention de Fada et continue.
Poivrot : - Les femmes, il ne leur manquait plus que l'argent et le pouvoir ! Régner !
Régner … OFFICIELLEMENT !
Fada : - Eh, régner, …, régner comme un prince !
Poivrot : - Oui ! Régner ! Et payer !
Ça aussi, les hommes sont en train de le perdre !
Subtil : - Je crois bien que t'as raison !
Poivrot parle en montant le ton crescendo.
Poivrot : - Eh !, sûr que j'ai raison, mon gars !
Ils se sont enfermés et ils ne le voient même pas !
Puis maintenant pour en sortir, ..., mon cul !
Et tout ça pour celui des femmes !
C'est lui qui dirige tous ces hommes faibles !,
ceux qui se disent de gros virils et qui n’ont rien dans l'cigare !
Elles leur font faire ce qu'elles veulent, et eux, en se tapant sur le torse, le font et ils sont contents !
Les ...
Subtil le coupe.
Subtil : -Oooh, stop !, attends, .., écoute !
Poivrot : - Bon, ça va ! J'arrête !
Parait qu'j'suis trop vulgaire ! , des fois, ...
Mais j'ai pas tort.
Subtil : - Non, t'as pas tort.
Mais pour en sortir, maintenant, faudrait l'aide des femmes.
Et ça, c'est pas d'la tarte !
Fada : - Ouais !
Ça, c'est bon, ..., quand la femme fait la tarte !
Puis, les gonzesses, faut leur laisser les choses des gonzesses !
C'est pas pour les hommes, ça !
Poivrot : - O.K., Fada, O.K. !
C'est bon, t'as encore tout compris !
Épilog vient s'installer au bar à coté de Poivrot qui se retourne vers Gargotier.
Poivrot : - Eh, Gargotier, un blanc, un !
Et mets en un pour mon ami !
Poivrot lui tend son verre, Gargotier en met un autre à côté et les remplit.
Épilog : - Tu sais, Poivrot, si on tient compte de la définition réelle du mot virilité, pris dans son contexte naturel, et non au sens où il est largement utilisé par la population, comme aurait dit Guitry, courante autant que traditionnelle, en tenant compte, bien sûr, des us et coutumes inhérents à notre époque, il me semble pouvoir soulever un coin du voile sur le problème en supputant, tout autant que les ...
Poivrot le coupe.
Poivrot : - Eh, dit donc, toi !
T'as lu l'bouquin, là, sur les masturbations intellectuelles, hein, qu’y est sorti y a pas longtemps, quoi, ..., hé ! OH !!
…
Si j'te paye un coup à boire, c'est pour que tu boives, pas pour que tu parles !
…
Dis !, tu nous mets cinquante mots pour affirmer un truc, euh, que quand t’as fini la réponse on a oublié la question.
Où on va, là ?!
Y en a marre, hein ! …
T'as des actions chez Larousse ou quoi !?
…
Du calme !
…
C'est l’début de la journée et tu commences déjà à nous soûler avec tes romans à rallonge pour dire deux mots !
…
Alors c'est bon ! Arrête de suite, hein ! Stop !
Épilog : - Certes, mais toutefois il me semble que ...
Poivrot : - Ouais, oh, oh ! Il te semble, … euh, ..
À chaque fois qu'je te rencontre, euh, … « Ouais, bonjour, il me semble que, il te semble que, allez viens, on va disserter, on va conjuguer, ... »
Eh, oh, oh, oh, oh, oh !
Poivrot, déjà très insistant s'énerve tout d'un coup.
- Stop ! Il ne te semble rien ! D'accord !?!
Épilog : - Bon, …, bon ! Si nul ne veut m'entendre, je m'arrête. Je m'arrête !
Poivrot : - Ouais, hop ! Stop !
C'est, ..., c'est, c'est ça ! Arrête-toi !
Un homme arrive, vêtu d'une tenue de livreur.
Gargotier : - Salut, Canette !
Qu'est ce que tu m'apportes, aujourd'hui ?
Canette : - Salut, patron ! Comme prévu !
Canette regarde sa feuille et débite rapidement sa liste.
Canette - Quinze bières, douze cocas, six sodas, trois Schweppes, trois sirops, cinq limonades, ET ... quatre fûts de pression !
Gargotier : - Parfait ! Parfait ! Eh, eh, eh, eh !
Canette : - Je les range comme d'habitude !?
Gargotier : - Ouais ! Comm' d'hab !
Ouais, ouais, ouais, ouais !
Après tu viens boire un demi avec moi !
Canette : - O.K., mais vite fait, hein ! J'suis garé en triple file ! Ah, ah, ah !
Ils vont encor' gueuler ! Ah, ah, ah !
Ils vont klaxonner ! Tut !Tut !
Rien à foutre !
Eh ! Boire un coup, c'est une OBLIGATION ! Canette disparaît pour décharger puis revient boire son demi.
Canette : - Alors, tout va comme tu veux !?
Gargotier : - Ouais, ouais, ouais ouais, euh, toujours le train train, hein, ça devient lassant.
…
« Madame va bien ? »
« Oui. Elle a jamais l'sourire, mais bon, eh, ça a toujours été comm' ça ! »
« Ah ouais ? »
« Ouais »
« Très bien !, à bientôt »
…
J'en ai un peu marre de voir tous les jours les mêmes têtes, entendre les mêmes plaisanteries, les mêmes plaintes, et surtout les mêmes
CONNERIES !
Canette : - Allez, va ! T’plains pas !
T'as un boulot où ça change.
T'as d'la chance d'pas fair' toujours pareil, t’as la chance d’avoir d’la variété dans la journée.
Tu vois toujours les mêmes cons, mais ils disent pas toujours la même chose.
T'as au moins des têtes qui tournent !
Ouais, c'est comme une roulette !
Quarante neuf cons mais avec un zéro !
Quand tu tomb's sur l'zero t'es content !
…
T'as pas compris ! ...
C'est pas grave !
Gargotier : - Ouais ! Si on veut !
C'est vrai, quelque part t'as raison, mais y a la routine qui fatigue !
Canette : - Allez, va ! Plains-toi !
Moi, faut qu'je file ! T'as vu l'boulot ! Hein ! ?
Toujours en triple file !
... Y vont encore m'engueuler !
... Mais j'm'en fou !
Et il sort.
Entre un homme d'affaires, vêtu en costume et cravate.
L'homme : - Salut, Gargotier !
Jette-moi vite un petit blanc, ..., pour la route !
Gargotier le sert.
L'homme : - Encore une tournée de toute la journée pour leur déballer, ..., mon bla-bla !
Poivrot : - Toi, au moins, t'es un homme de parole !
L'homme : - Mais j'en ai marre, tu sais, de raconter la même chose, tous les jours, toute l'année, toujours la même chose ! ...
Efficacité !
Poivrot : - Ben ... change de refrain !
Poivrot se retourne vers Gargotier en lui désignant son verre.
- Eh, Gargotier ! Il est vide !
Et un verre vide, c'est pas un verre plein !
Donne-moi son frère !
L'homme : - Lucidité !
Gargotier remplit le verre.
