Erhalten Sie Zugang zu diesem und mehr als 300000 Büchern ab EUR 5,99 monatlich.
Quand la madeleine de Proust devient un Sushi et que ces petites bouchées s'arrachent à prix d'or, il convient d'en faire profiter le tout Paris. Le narrateur est un livreur qui évolue au sein de la première enseigne de fast food de luxe"SOUCI SHOP"
Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:
Seitenzahl: 90
Veröffentlichungsjahr: 2016
Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:
Don Quichotte
Bang bang !
Alors je décidai le jour même de mon licenciement, Je décidais qu'il était temps,
L'heure était venue d'agir.
Je ne devais pas juste partir comme tous les autres.
Il fallait partir la tête haute, comme on le dit d'une personne qui n'a rien à se reprocher.
J'avais trop attendu.
Mes parents mes amis Et même mes collègues Théo, Shaar, Domingo, Hanna, Brahim, Jimmy me l'avaient maintes et maintes fois répété.
Tous me le criaient mais je tenais quand même à rester jusqu'au bout.
Jusqu'au moment extrême ou mon comportement dérangerai au point de susciter une réaction quelle qu'elle soit.
J'étouffai de faux semblants, de croches-pieds piteusement déguisés, de réponses sans questions, au fond tout cela constitue les seuls
mobiles du crime qu'il m'a été reproché. Les preuves sont accablantes vous le constaterez : Avoir mangé pendant mon service.
Avoir été absent.
Avoir écrit un courrier à la direction pendant mon service.
Il fallait être moi à cent pour cent.
Ne plus avoir peur de dire ou d'être ce que j'avais toujours été.
Il fallait y aller.
Tout mon dossier était prêt.
Je décidai d'appeler les prud’hommes.
Au téléphone, un répondeur me fait légèrement patienter pour que l'on finisse aimablement de m'expliquer le déroulement de la procédure sans qu'à un seul moment le ton soit affable ou pompeux.
Tout fut limpide.
Seul l'argent me manquait.
En effet, l'efficacité n'est pas gratuite et tant mieux!
Car même si mon procès venait à ne pas aller dans le sens de la victoire.
Je serai bien lâche de ne pas reconnaitre le talent indéniable des personnes avec lesquelles j'ai eu le plaisir d'échanger.
Qui pourra prétendre au refus d'oublier ces brefs instants.
Comme ces moments insignifiants qui pétillent à chaque paliers de nos vies vides et nous réveillent en nous miroitant un sens que l'on oublie déjà aussi vite.
Dans la difficulté, on se renforce.
Je me surprend à revoir des instants fugaces.
Sur mon scoot à 50 dans une ruelle sombre de la gare de Lyon.
Ce quartier fourmille d'individus en tout genre.
Sex shops Macs prostitués clients cinéma gare de Lyon le carrousel plus frappant que nul part ce quartier ruisselle de contradictions.
Souvent les mêmes figurent tout le temps.
Parmi les masses plus nombreuses d'êtres errants accompagnés d'animaux, les clichés se répètent comme de vieilles diapos.
Ils sont juchés parfois ignobles mais le tout glisse, je suis à 45.
J'oublie que le feu est rouge mon clignotant ne clignote pas et j’amorce de me carrer entre deux voitures qui se faisaient la course depuis Bastille. Comme si j'étais meilleur moi, prétendant ne pas voir les piétons qui ne respectaient pas plus que moi que personne d'ailleurs le fameux code vous savez celui de la rue.
Je les revois détaler comme des poules picorants le passage béton.
Aucun accident majeur ne m'est arrivé.
Rassurez vous.
Les insultes fusaient sur mon casque luisant •souci shop•, le tout se jouait dans un tonnerre de Klaxons un vrai ptit végas à la française en plein Panam.
Voilà où j'étais moi! Zigzaguant! Suant! Surement une clope au bec.
On couronne le tout comme on peut.
Mon casque, parlons en de ce casque.
Trop petit pour mon bien trop gros crâne il fallait en permanence penser à le réajuster.
Il m'arrivait de rouler avec la main dessus posée bien à plat.
Je devrais avoir honte d'avoir à un âge déjà bien avancé 28/ 29 ans d'avoir à accepter la déchéance que nécessite cette basse besogne que d'être livreur.
J'ai ravalé cette fierté qui m'a souvent été reprochée.
Je ne suis meilleur que personne, je veux juste faire un travail rémunéré à durée indéterminée. Point barre.
J'ai un loyer à payer. C'est ici que j'aspire à vivre.
Il m'est impensable de penser le sable.
Se représenter chaque grain.
En deviner le nombre.
Je pense qu'il en va ainsi pour les hommes.
Notre devoir est universel.
Nous devons à chaque moment qu'il nous est offert, nous figurer l'humanité.
Nos origines, nos raison d'êtres et nos choix.
Il est donc vain de perdre son temps à argumenter avec un voleur ceci vaut pour le chauffard, le flic ou l'ivrogne... Ils font leurs job et le feront jusqu'à la nuit des temps.
Dans un monde utopiste, il serait donc anodin qu'on soit même contraint de devoir penser.
Deux cotés s'imposeraient.
Il y aurait ceux qui ne veulent pas réfléchir.
Et ceux qui s'y adonnerait avec passion.
Deux groupes bien distincts. Comme la droite et la gauche ou inversement il n'est pas question de politique ici quoique...
Les deux n'auraient aucun conflit, pas une embrouille.
N'auraient jamais à faire avec l'un et l'autre.
Les plus riches ne seraient pas envieux des plus démunis.
Qu'il serait beau et chiant d'imaginer ceci.
Puisqu'on ne pourrait le vivre.
On serait forcé de le rêver.
Le réveil serait bien amer.
Je n'ai rien d'un utopiste.
La carte "artiste" je l'ai joué à un mois de mon départ de l'entreprise il me semble.
Pas d'autre option ne s'imposait à moi il fallait non plus intérioriser mes émotions mais les chanter dorénavant.
C'est tout ce que j'étais tenu de faire.
Rien d'autre.
Choisir un cap et m'y tenir. Bordel! En matière fiscal je crois être un parfait novice, j'en ai bien peur.
Cela ne m'empêcha pas de me rendre à l'urssaf afin d'obtenir un numéro de siret m'autorisant à exercer cette profession (si s'en est une.)
Je suis artiste.
Ça y est!
Merci Laurent.
L'importance du mot merci.
Je l'emploi très souvent.
Ce mot est crucial capital, indispensable.
Il est doux à dire comme à entendre.
Il est simple, court, facile à prononcer mais si lourd de signification car son absence pèse dans une conversation.
Il peut envenimer un débat ou le clore presque immédiatement.
C'est un passeport.
Une incitation au voyage.
Il invite au respect mutuel à la courtoisie limpide à la paix immédiate.
« C'est drôle comme je me plais à l'employer » et ce particulièrement depuis que j'ai mis les pieds chez •Souci Shop• Il m'est familier, me représente c'est vous l'aurez compris c’est un de mes mots favoris.
J'ajoute que l'urgence qui m'anime à le répéter s'intensifie dans un univers où on le néglige particulièrement, du coup j'ai tendance à beaucoup le dire et je le sais ça dérange, je le sens.
Je continue et continuerai d'être poli autant que je le peux.
Du moins, autant que je le devrai car il m'arrive hélas, d'oublier de l'être.
Et je pourrai m'en vouloir, j'aurai toutes les raisons possibles.
Le rush constant, le mauvais temps les gens, le manque d'argent.
J'ai toutes les raisons imaginables de devenir affable et puisque à Paris il est coutumier de l'être ( sport n•1 bien avant le football ) Je ne devrais pas m'en plaindre.
Justement.
J'ai fais la connaissance d'un joueur hors pair, expert absolu dans l'art de la fuite, svelte, l'air fébrile il était pourtant pourvu d'une endurance des plus surprenantes.
Une musculature inexistante, un long corps osseux, aucune estime de lui même, une simplicité exemplaire pourtant il occupait le poste de responsable de boutique.
Laurent ou l'excellence de la démotivation.
J'avais du le voir sourire 2 fois en 3 ans si ce n'est moins.
Je ne hais pas l'humain mais ses actions me donnent la nausée.
Toujours enclin à déprécier, railler, moquer.
Une fois fini.
La lueur qui l'animait s'éteignait presque aussitôt comme une allumette.
Je me souviens avec détail de l'air angélique de sa femme ou des sourires répétés que sa petite fille âgée de quelques mois à peine adressait à mon égard.
Ce bleu intense.
Pleine de vie, débordante d'énergie son petit minois aurait ravi quiconque.
Pas Laurent.
Il semblait pourtant si bien entouré.
Nombre de ses amis lui rendait fréquemment visite.
Je revois très bien sa soeur si vive, expressive.
Lui si terne.
Il possédait des appartements qu'il mettait en location tout en jouissant de la chance qu'offre une habitation cossue dans l'arrondissement parisien le plus calme.
Le Septième.
Olympe terrestre il offre un luxe discret à ses habitants qui chuchotent en permanence afin de ne surtout pas ébruiter un indice permettant son accès.
Peut-on être malheureux dans un bonheur semblable?
En a t'on seulement le droit?
ABSOLUMENT!
Lui en tout cas semblait cultiver cette idée.
Sur son visage, dans ses traits, dans son regard absent en permanence, quasi tout le temps.
Avachis sur le comptoir, il balayait le mercato sur le tout dernier iphone.
Fan absolu du Paris Saint Germain, il ne négligeait pas pour autant les classements et statistiques de toutes les autres équipes du championnat français et européen.
Voir mondiale.
Il possédait maintes applications lui permettant de déterminer en un coup d'oeil le sort du monde footballistique.
A l'affut du moindre commentaire.
Il était intarissable sur le sujet.
Pouvant citer par coeur tel ou tel phrase d'un joueur interviewé il y a cela des semaines.
Connaissant jusqu'aux blessures de chacun de ces hommes dont les noms imprononçables roulaient clairement entre ces lèvres.
Les hausses de salaire d'un joueur suite à un transfert était sa spécialité.
Et si on lui tenait tête il allait jusqu'à sortir son portable en plein service pour prouver la source de l'information.
Il était implacable.
Le Lorenzo les soirs de match? Où il était?
Chez lui ou au stade.
Extrêmement sévère, Il se refusait à argumenter les raisons de ses empêchements mais s'arrangeait toujours pour paraitre aimable au moment de la demande.
Si bien que n'importe quel employé voulant évoluer se pliait au fonctionnement mis en place sans le moindre commentaire.
Je serai incapable de compter le nombre de soirs difficiles passé à travailler en sous effectif.
Pendant que des tas de gens commandaient devant leur télé pour voir le match en mangeant.
Le monde allait mal mais tout le monde voulait le voir ce fameux match.
Peut être est ce pour cela qu'ils voulaient tous leur places pour être ensemble.
Ces soirs "jackpot" était notre fond de commerce.
Tout se jouait sur les coupes du mondes, d'Europe, championnats etc...
Mais lui n'était pas là.
Quasiment jamais à combattre avec nous.
Si il y a des rencontres qui changent une vie, la connaissance de Benjamin est un exemple parfait.
Le pourcentage de chance pour quelqu'un comme moi de rencontrer un jour une personne aussi brillante est quasi inexistant.
J'aurai mis 28 ans pour le découvrir à moins que ce soit lui qui m'ait découvert et permis d'être l'homme que je suis à présent.
Mon admiration pour cet être va au delà des mots.
A la fois érudit, alerte, maître de son argent et à l'écoute du monde qui l'entoure.
Cet acrobate réussit la prouesse de jongler habilement tout en se dandinant sur un fil tendu entre deux gratte ciel. Benji! Toujours en quête d'absolu. Jamais il ne désespère.
Jamais.
C'est une des raisons de ma motivation.
