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Un métamorphe ancestral, chargé de protéger son espèce, rencontre son égale et son âme sœur prédestinée durant une mission de sauvetage qui tourne mal de la meilleure façon possible. Prochaine mission : la garder en vie assez longtemps pour neutraliser l’ennemi qui la pourchasse.
On n’échappe pas à un Loup Sinistre en chasse…
Craint même au sein de sa propre espèce, Bez, membre des Loups Sinistres métamorphes, sait exactement comment gagner n’importe quelle bataille. Même si cela implique de causer des dommages collatéraux en chemin. Une mission toute simple dans les marais, pour sauver une louve métamorphe adolescente, aurait dû n’être qu’une recherche et récupération faciles pour un homme possédant son entraînement, mais rien n’est facile quand le destin s’en mêle.
En une nuit, Sariel est passée de l’état de louve oméga, libre et célibataire, à celui de prisonnière, avec une jeune adolescente à surveiller et des gardiens désireux de faire de sa vie, ou de ce qu’il en reste, un enfer. Puis un soldat aux yeux de glace entre en scène, et les sirènes de l’accouplement résonnent. Il est trop inflexible, trop brutal, trop meurtrier… Mais quand votre vie est en jeu, avoir un guerrier mortel de votre côté est bien mieux que de se battre toute seule. Tout spécialement quand celui-ci n’a pas peur de faire preuve d'un peu d'érotisme.
Deux femmes kidnappées, un dangereux soldat inconscient d’être sur le point de faire face à son destin, et un monstre déterminé à tout détruire sur son passage. Dans l’univers des Loups Sinistres, une extraction est une mission très simple pour le groupe de soldats qui composent leur meute. Mais cette fois, un simple coup d’œil suffit à faire disparaître toute simplicité hors des marécages, et oblige Bez à mener seul ce combat.
Un soldat, un combat… une chance de bonheur.
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Seitenzahl: 242
Veröffentlichungsjahr: 2022
Copyright © 2016 by Ellis Leigh
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Cet ouvrage est une œuvre de fiction. Les noms, lieux, entreprises, personnages et incidents sont soit issus de l’imagination de l’auteur, soit utilisés de manière fictive. Toute ressemblance avec des personnes, des évènements ou des lieux existants ou ayant existé, serait une pure coïncidence.
Édité par Lisa Hollett, Silently Correcting Your Grammar
Concepteur de la couverture du livre Cormar Covers
Pour toute demande de renseignements, veuillez contacter [email protected]
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Sabine Ingrao
Ebook ISBN: 978-1-954702-45-5
Craint même au sein de sa propre espèce, Bez, membre des Loups Sinistres métamorphes, sait exactement comment gagner n’importe quelle bataille. Même si cela implique de causer des dommages collatéraux en chemin. Une mission toute simple dans les marais, pour sauver une louve métamorphe adolescente, aurait dû n’être qu’une traque et une extraction faciles pour un homme possédant son entraînement, mais rien n’est facile quand le destin s’en mêle.
En une nuit, Sariel est passée de l’état de louve oméga, libre et célibataire, à celui de prisonnière, avec une jeune adolescente à surveiller et des gardiens désireux de faire de sa vie, ou de ce qu’il en reste, un enfer. Puis un soldat aux yeux de glace entre en scène, et les sirènes de l’accouplement résonnent. Il est trop inflexible, trop brutal, trop meurtrier… Mais quand votre vie est en jeu, avoir un guerrier mortel de votre côté est bien mieux que de se battre toute seule. Tout spécialement quand celui-ci n’a pas peur de se montrer un peu obscène avec elle.
Deux femmes kidnappées, un redoutable soldat inconscient d’être sur le point de faire face à son destin, et un monstre déterminé à tout détruire sur son passage. Dans l’univers des Loups Sinistres, une extraction est une mission très simple pour le groupe de soldats qui composent leur meute. Mais cette fois, un simple coup d’œil suffit à faire disparaître toute simplicité hors des marécages, et oblige Bez à mener seul ce combat.
Un soldat, un combat… une chance de bonheur.
L’orgueil est le principal péché du diable, et le diable engendre les mensonges.
EDWIN HUBBELL CHAPIN
Nous avons un problème.Présentez-vous à la résidence privée immédiatement.
Bez effaça le message, remit son téléphone en poche et changea de direction. Les gardes de Merriweather Fields hochèrent la tête lorsqu’il passa près d’eux avec dédain. L’un après l’autre, chaque métamorphe stationné aux postes de sécurité lui céda le passage sans poser de questions. Bez n’en attendait pas moins. La seule présence d’un membre de son espèce suscitait des relents de peur et de soumission, même chez les métamorphes les plus forts. Néanmoins, les sentinelles tinrent bon lorsqu’il passa – apeurées, mais ne s’enfuyant pas. Terrifiées, mais luttant contre leur couardise. Bez respectait cela. Les agents du service de sécurité privé du président de l’ANFL – l’association nationale de la Fraternité lycanthrope – restaient au moins à leur poste lorsqu’un des animaux les plus dangereux du monde passait à proximité. Même s’ils ne savaient pas exactement ce qu’il était.
Bez émit un grondement grave et profond lorsqu’il passa devant deux autres gardes. Aucun ne laissa davantage qu’une brève impression au pisteur. Néanmoins, son côté loup catalogua leurs traits et leurs odeurs. Notant chaque détail qui les différenciait des autres. Les agents de sécurité auraient pu figurer dans une étude sur les gènes métamorphes dominants. Chaque homme ressemblait au suivant : grand, musclé et méchant. C'était le genre de métamorphes devant lequel la plupart montreraient le ventre et se soumettraient sans combattre. La plupart… Mais pas lui.
Parcourant à grandes enjambées la moquette du hall, Bez faillit esquisser un sourire narquois à l’idée de se soumettre à quiconque, encore moins aux petits animaux de compagnie du président. Bez et les six autres membres de son espèce respectaient Blaze, ils admettaient qu’il avait mérité ce respect, mais ça ne voulait pas dire qu’ils se soumettraient à lui. Heureusement, Blasius comprenait bien leur dynamique de meute quand il avait demandé à Bez et à ses frères d’armes de travailler avec lui. Tout président de l’ANFL – le pouvoir dirigeant les métamorphes du pays – qu’il était, même Blasius n’essayait pas d’exiger quoi que ce soit de ces sept-là. S’il donnait des ordres, l’équipe les suivait non pas parce qu’ils y étaient obligés, mais parce qu’ils respectaient suffisamment Blasius pour accepter. Mais au bout du compte, Bez et ses semblables étaient une meute différente, une espèce différente.
Des Loups Sinistres. Une espèce à part entière, voilée de mystère. Une équipe de soldats d’élite, pisteurs, hackers, et sales cons narcissiques qui avaient passé des millénaires à se battre côte à côte. C’était à eux qu’on faisait appel quand les meilleurs n’étaient pas assez bons, quand il fallait retrouver rapidement, ou éliminer discrètement, des créatures de différentes espèces… Et Bez venait de recevoir un appel du seul homme en dehors de ceux de sa propre espèce pour qui il accourrait.
Possédant des réflexes animaux accrus, une carrure et un physique plus imposants que ceux de la moyenne des mâles, et possédant un niveau de contrôle plus élevé que le métamorphe lambda sur les deux facettes de leur nature, les sept hommes de la meute de Bez représentaient une force unique dans la communauté métamorphe. Force que le président de l’ANFL avait choisie pour lui venir en aide dans leurs causes communes. La plupart des métamorphes considéraient que les sept faisaient partie des Nettoyeurs, terme décerné à l’équipe de nettoyage que Blasius gardait à portée de main pour s’occuper des affaires de l’ANFL. Mais le groupe de Bez était bien davantage que ce qu’autorisait ce terme. Non pas que le reste de la population métamorphe soit au courant de leur secret.
— Nettoyeur Belzébuth. Le président Zenne m’attend, dit Bez une fois qu’il eut atteint l’aile nord de l’immense demeure connue sous le nom de Merriweather Fields.
Le garde, le même homme affecté à ce poste depuis ces trois dernières années, hocha la tête et se dirigea vers le point d’accès verrouillé des doubles portes blindées en ignorant les procédures de sécurité qu’ils savaient tous les deux être requises pour avoir accès au président.
Bez le fusilla du regard, laissant son grondement retentir plus fort tandis qu’il indiquait le scanner rétinien et le pavé numérique à côté de la porte.
— Vous n’oubliez rien ?
La pomme d’Adam du garde monta et redescendit lorsqu’il déglutit. Il garda la tête baissée et détourna les yeux, se soumettant au loup plus puissant.
— Le président Blasius vous attend, Monsieur.
Bez émit un grondement sourd tandis que le garde ouvrait la porte. Scanner rétinien oublié, identité du visiteur non confirmée.
— Bez. Merci d’être venu aussi vite.
Dante, compagnon et âme sœur de longue date de Blasius, accueillit Bez à la porte, les yeux ternes et le visage montrant des signes d’inquiétude.
Bez hocha la tête en passant le seuil, cataloguant chaque petit détail du métamorphe à la peau sombre. Parce que c’était ce qu’il faisait… Il étudiait les détails. C’était un talent qui s’avérait très utile, un talent qui convenait parfaitement à son boulot de pisteur. Il n’oubliait jamais un visage, une forme ou une ombre.
Dès que le verrou fut refermé, Bez poussa un grognement.
— Virez le garde. Il n’est pas assez loup pour constituer la dernière ligne de défense entre Blaze et l’ennemi.
Dante n’eut pas l’air surpris. Bez et son équipe de Loups Sinistres travaillaient avec lui et le président depuis de trop nombreuses années pour ne pas se comprendre mutuellement. Le garde à l’entrée serait parti dans l’heure.
L’aile privée du président Blasius Zenne – connu de ses alliés les plus dignes de confiance sous le surnom de Blaze – était un endroit que la plupart des métamorphes ne verraient jamais. Blaze et ses deux compagnons étaient des cibles toutes désignées pour tout métamorphe, homme ou animal qui voulait accéder au pouvoir de l’ANFL. Mais Bez n’était pas un métamorphe comme les autres ; il avait été accueilli dans ce sanctuaire suffisamment souvent pour remarquer le nouveau chandelier qui pendait dans le vestibule, illuminant une photo posée sur la table de droite. Une photo représentant les trois loups qui composaient le plus puissant trouple d’Amérique du Nord.
Les deux hommes parcoururent le hall à vive allure, sans dire un mot. Jusqu’à ce que Dante referme les lourdes portes à l’extrémité du couloir, insonorisant et protégeant la partie résidentielle de l’extérieur.
— Quelle est la situation ? demanda Bez dès que Dante eut verrouillé la porte.
— Ils ont enlevé une autre oméga.
Bez ne retint pas son grondement tandis qu’il accélérait le pas, ses bottes martelant durement le sol en marbre. Les omégas – des louves métamorphes exceptionnellement rares et puissantes – disparaissaient partout sur le continent. Jusqu’ici, ni l’ANFL, ni les Nettoyeurs, ni les Sinistres n’avaient fait le moindre progrès pour découvrir pourquoi et où elles étaient emmenées. La frustration de l’équipe de Bez atteignait des sommets, le manque d’informations leur faisant ressentir à tous une grande pression. S’il y avait une chose que les Sinistres respectaient par-dessus tout, c’était la puissance innée d’une louve oméga. L’Histoire semblait indiquer que les omégas étaient des descendantes des Loups Sinistres. Le monde pensait que les Loups Sinistres étaient éteints, mais Bez et ceux de son espèce étaient la preuve qu’ils avaient survécu. L’attaque contre les omégas était l’attaque la plus directe envers leur meute que les sept Sinistres aient jamais connue, et ils feraient n’importe quoi pour traquer les kidnappeurs et secourir les jeunes femmes.
Dante ouvrit la marche et les mena vers un couloir latéral, puis vers le bureau privé du président où Blaze et sa seconde âme sœur, une métamorphe nommée Moira, étaient assis et examinaient des cartes et des papiers. Seuls les métamorphes les plus puissants connaissaient le bonheur d’avoir deux âmes sœurs et de créer un trouple. Une autre preuve de la force innée de Blasius Zenne.
— Blaze, il est ici, dit Dante lorsqu’ils entrèrent.
L’homme en question leva la tête, ses yeux bleus remplis de dureté. Blaze prenait son travail au sérieux, prenait ses responsabilités envers ses camarades métamorphes au sérieux. Ceux qui en doutaient n’auraient qu’à voir la fureur dans ses yeux, à cet instant, pour en être convaincus. La perte d’une autre oméga n’était pas quelque chose que Blaze allait prendre à la légère.
— Merci d’être venu si vite.
Blaze se leva avec une grâce animale, un indice certain que son loup était proche de la surface de sa conscience. Bez remarqua la manière prédatrice avec laquelle le regard de Blaze faisait le tour de la pièce, l’inclinaison pas-tout-à-fait-humaine de sa tête. Blaze perdait rarement le contrôle, ce qui voulait dire que quelque chose dans ce kidnapping l’avait mis en colère.
— Vous appelez, j’arrive. C’est comme ça que ça marche, Monsieur.
Bez lui agrippa l’avant-bras et lui adressa un unique hochement de tête, un salut métamorphe traditionnel montrant son respect pour le loup le plus dominant. Blaze imita son geste, chose qu’il faisait rarement, montrant sa volonté à accepter Bez comme un égal.
— Oui, eh bien, je vous en suis reconnaissant.
Blaze désigna à Bez le canapé inoccupé, se dirigeant lui-même vers celui où était assise Moira.
— Bonsoir, Bez, dit Moira en lui souriant.
Elle était nouvelle dans leur groupe, rencontrée très récemment à une réception que Blasius et Dante organisaient chaque décembre pour permettre aux couples prédestinés de se rencontrer.
— Ils ont kidnappé une quatrième oméga, gronda la voix de Blaze. Très jeune, cette fois-ci.
Bez s’assit sur le bord du siège, se penchant vers l’avant.
— Très jeune ?
Blaze secoua la tête, contenant visiblement son côté loup tandis que son grognement résonnait dans la pièce.
Moira posa une main sur la cuisse de Blaze pour le calmer, avant de tourner vers Bez son regard droit et courageux.
— Elle n’a que quinze ans. Nous n’étions même pas au courant que cette meute comportait une oméga. L’alpha a refusé de fournir des données de recensement à l’ANFL durant les trente dernières années et n’a pas répondu à nos avertissements au sujet des kidnappings. Ce que nous avons découvert, c’est que la meute était relativement petite, seulement seize membres, vivant tous sur une propriété du genre communauté dans la région de Texahoma.
— Était ?
Bez connaissait suffisamment la jeune femme pour savoir qu’elle n’était pas du genre à faire des erreurs. Si Moira disait « était », les nouvelles concernant cette meute ne devaient pas être bonnes.
Moira cilla et pinça les lèvres.
— Ils ont été décimés. Seul un membre de la meute a survécu à l’attaque en dehors de l’oméga.
— Nous l’espérons. Le survivant est mort peu après avoir été retrouvé, mais il a été capable de nous donner quelques informations.
Blaze serra les dents, un muscle tressaillant le long de sa mâchoire.
Dante traversa la pièce pour prendre une télécommande et allumer l’écran plat d’une télévision au-dessus de la cheminée. L’écran s’illumina, montrant la photo d’un homme. Granuleuse et légèrement floue, la photo avait visiblement été prise au téléobjectif. Très probablement le travail du Loup Sinistre Lévi, qui collectionnait les photos des métamorphes qu’il rencontrait au lieu de les répertorier mentalement comme le faisait Bez. Une bonne chose… L’homme à l’écran était quelqu’un que Bez n’avait jamais rencontré.
— Harkens Thearouguard, ancien membre de la meute Nez Percé dans l’Idaho, dit Dante en passant en revue quelques photos du même sujet. Soixante-dix-huit ans en âge métamorphe, ressemblant à un humain dans la trentaine, avec des cheveux et des yeux foncés. Son loup est un loup de l’intérieur de l’Alaska, principalement noir avec les extrémités brunes et nuancées. Le dernier repérage documenté par un membre régional de l’ANFL affirmait que Harkens mesure un mètre soixante-quinze sous forme humaine et approximativement la même taille, de la tête à la queue, sous forme de loup. Il a quitté la meute Nez Percé il y a huit ans et n’a plus été revu par les membres de l’ANFL depuis. Le membre survivant de la meute de l’oméga l’a reconnu comme l’un de ses attaquants.
— Alors Harkens est ma cible. Rien d’autre ?
Bez regarda l’image à l’écran, mémorisant chaque creux et chaque ligne du visage de l’homme.
Dante jeta un coup d’œil à Moira, une expression de malaise sur le visage.
— Le membre de la meute de l’oméga était mourant quand il a été retrouvé presque exsangue. Le métamorphe qui lui a parlé ne savait pas s’il était complètement lucide ou non, sur la fin.
Bez se rassit et releva un sourcil, intrigué par l’hésitation dans la voix de Dante.
— Continuez.
Mais Dante ne pouvait pas – ou ne voulait pas – achever son idée. Ni lui ni Blaze ne semblaient désireux de parler de ce qu’ils pensaient être arrivé à la meute.
Moira se pencha en avant, le visage plein de colère.
— Oh, pour l’amour du ciel. Dawes marmonnait sans cesse quelque chose à propos d’un monstre que leurs agresseurs auraient lâché sur eux. Un monstre n’attaquant que les louves de la meute.
— Vous croyez qu’ils ont apprivoisé un loup-garou ? demanda Bez en relevant un sourcil devant l’improbabilité de cette suggestion.
Les loups-garous ne pouvaient être ni capturés ni dressés comme des singes savants.
Moira se rassit avec soupir agacé.
— Évidemment. Que connaissez-vous d’autre qui terrifierait un métamorphe et ne chasserait que les femmes ?
Bez haussa un sourcil devant son culot et son intelligence. Elle l’avait impressionné dès leur première rencontre. Dans une allée peu éclairée, au dernier Rassemblement, Moira lui avait souri et l’avait charmé, protégeant des compagnons qu’elle devait encore rencontrer, ne sachant rien d’eux ni de leur relation avec les Sinistres. Elle s’était offerte aux lions, pour ainsi dire, et avait démontré sa valeur en un seul acte désintéressé. Cette nana était courageuse, et Bez respectait le courage. Même s’il mettait sérieusement en doute sa théorie sur l’implication d’un loup-garou dans le kidnapping.
— Moira, dit Blaze d’une voix calme, mais pleine de frustration.
Bez garda la bouche fermée et les yeux sur l’écran de télévision, offrant au trouple autant d’intimité que possible. Il détestait les entendre se disputer tous les trois. Tout comme ses frères Loups Sinistres, il n’avait jamais trouvé son âme sœur et ne s’attendait pas à la rencontrer. La plupart des loups métamorphes ne vivaient guère plus d’une centaine d’années sans trouver la personne que le destin avait créée rien que pour eux. Mais les Loups Sinistres étaient différents de leurs cousins. Ils avaient vécu tous les sept sans âme sœur durant bien trop de siècles pour les compter.
Dante contourna le sofa par l’arrière et vint s’agenouiller devant Moira et Blaze.
— Les loups-garous ne se nourrissent que de femmes métamorphes, ma colombe. Ils tuent tout ce qui les sépare de leur prochain repas quand la pleine lune se lève. Ce sont des monstres sans cervelle, indomptables.
Les yeux de Moira s’adoucirent, ses épaules se décrispant.
— Je sais, mais–
Blaze se leva et traversa la pièce en trombe, puis se versa un verre de whisky d’une bouteille sur la table basse. Moira le suivit rapidement.
Bez subdivisa son attention, surveillant subrepticement le trouple tout en continuant à mémoriser le visage de Harkens. Bez étant le principal garde du corps de Moira et membre de l’équipe la plus loyale de Blaze, il en savait davantage sur leur relation de trouple que la plupart des métamorphes n’en sauraient jamais. Il savait précisément combien Blaze craignait pour la sécurité de Moira, il savait que Blaze craignait tout autant pour celle de Dante, même s’il ne le lui montrait pas aussi ouvertement. Bez ne comprenait pas vraiment ce genre d’inquiétude, cela dit, n’ayant jamais aimé quelqu’un de cette façon. Tout ça semblait un peu excessif et chronophage.
Finalement, les deux âmes sœurs rejoignirent Dante sur le sofa en face de Bez, aucun n’ayant l’air heureux, mais s’accrochant les uns aux autres malgré tout.
Blaze toussa.
— Je vous dois des excuses–
— Pas la peine de vous excuser, Monsieur. Des indices sur la localisation actuelle du sujet ?
Bez inclina la tête vers l’écran, soulagé de revenir au sujet de départ.
Dante secoua la tête.
— Avant l’attaque, il a été aperçu plusieurs fois avec deux autres métamorphes. On a supposé qu’ils s’étaient créé une petite meute sauvage, bien que nous n’ayons pas été en mesure de le confirmer. Les observations ont eu lieu à La Nouvelle-Orléans et à Bâton Rouge, toujours fin février. Personne ne l’a vu depuis près d’un an, cependant.
Bez grogna un petit rire et frotta un doigt le long de sa mâchoire tandis que les pièces du puzzle que représentait Harkens se mettaient en place dans son esprit.
— Bien sûr que non. Ce n’est pas encore le moment.
Les yeux de Blaze volèrent à la rencontre de ceux de Bez, intrigués.
— Le moment de quoi ?
— De l’ouverture du bordel.
Bez se leva et se dirigea vers la porte, trop agité pour attendre plus longtemps. Même son loup paraissait impatient, l’animal geignant pour qu’on le libère. Désirant ardemment l’excitation de la chasse.
— Miss Terri ne commence à prendre des clients qu’en mars, continua-t-il. C’est le seul bordel de tout le Sud à avoir du personnel pour satisfaire les goûts particuliers d’un métamorphe. Ce genre de discrétion n’est pas bon marché, cela dit, ce qui veut dire que notre homme a travaillé dur tout le reste de l’année pour pouvoir se payer une concubine pour la saison des amours.
— Il faut suivre l’argent, dit Moira.
— Exactement.
Bez atteignit le hall et s’arrêta, regardant par-dessus son épaule vers le seul loup non-Sinistre dont il acceptait les ordres.
— Ramener ou détruire la cible, Monsieur ?
Blaze jeta un coup d’œil à Moira, qui le fixa en retour, sûre d’elle et forte.
— Ramener. Je ne crois pas qu’il soit l’organisateur de ces kidnappings, mais nous aurons besoin d’un interrogatoire complet pour en être sûrs. Sauver l’enfant est notre but ultime.
Bez hocha la tête.
— Oui, Monsieur. Vous savez que je m’en occuperai.
— Je le sais ; c’est pour ça que nous vous avons appelé.
Blaze escorta Bez dans le hall et lui fit franchir le seuil des deux portes massives qui les avaient enfermés dans les quartiers privés. Les épaisses portes insonorisées s’étendaient depuis le sol jusqu’au plafond à caissons quatre mètres cinquante plus haut. Sombres et lourdes, elles soulignaient le talent d’ébéniste d’un autre membre de l’équipe de Bez. Le Loup Sinistre Mammon les avait sculptées après avoir attrapé un garde vendant des informations à propos de Dante. Mammon avait compris que cet enfoiré cupide planifiait un kidnapping pour usurper la place du président en utilisant son compagnon comme garantie, un plan détestable parce qu’il dénotait de la faiblesse et de la lâcheté. Une fois que Bez eut retrouvé la piste de l’acheteur et du vendeur, les Loups Sinistres étaient intervenus en meute pour éliminer la menace, chose qu’ils avaient rarement le plaisir de faire. En raison de la menace constante contre Blaze, et des talents particuliers de chaque Sinistre, ils travaillaient généralement chacun de leur côté, s’appuyant sur les véritables Nettoyeurs comme soldats et renforts. Mais cette nuit-là, ils avaient travaillé en équipe, victorieux comme toujours. Deux jours plus tard, Mammon avait commencé à sculpter les portes. Il avait taillé et raboté le bois au milieu de la pelouse en façade de Merriweather Fields en utilisant les griffes et les dents des traîtres, s’assurant ainsi que chaque métamorphe parmi le personnel comprenne quelle serait la sentence si l’un d’eux choisissait l’argent plutôt que la loyauté.
Les portes offraient deux niveaux de protection : une protection physique, en raison de leur solidité et de leur poids, et l’autre auditive. Une fois refermées, les portes empêchaient tous les sons de passer vers ceux se trouvant de l’autre côté. Blaze venait de les isoler de Dante et Moira, rendant par-là leur conversation aussi privée que possible, même si un métamorphe assez fort pouvait les entendre depuis le couloir principal s’il essayait. Bez supposa qu’aucun des gardes de la maison n’essaierait, ignorant comment les Nettoyeurs réagiraient s’ils le faisaient.
Bez attendit ses véritables ordres, au repos, le cou raide et les épaules durcies par la tension. Il valait mieux ne pas discuter de certains sujets devant les autres, une chose qu’il avait apprise il y a longtemps. Quelque chose que son président savait également. Blaze jeta un coup d’œil par-dessus l’épaule de Bez, puis se pencha vers lui.
— Officiellement, la mission est de rechercher Harkens pour interrogatoire, murmura Blaze en formant les mots avec bien plus d’air que de voix, provoquant chez Bez un froncement de sourcils interrogateur.
Blaze pinça les lèvres un instant avant de continuer.
— Officieusement, vous avez ma permission pour faire ce qu’il faut et utiliser tous les moyens nécessaires, que ce soit ceux de l’ANFL ou mes ressources personnelles, pour interroger Harkens à votre façon. Je veux que cette oméga revienne à Fields en un seul morceau, et je veux que vous me rameniez l’équipe de kidnappeurs avec elle.
Blaze se recula, ses yeux croisant le regard d’acier de Bez.
— Harkens n’est pas notre homme, poursuivit Blaze, et il ne sait probablement pas qui est la tête pensante, mais il en est suffisamment proche pour savoir comment trouver quelqu’un qui la connaît.
Bez ne se méprit pas sur les paroles du président, mais il demanda malgré tout :
— Et le sort d’Harkens ?
Les yeux de Blaze rougeoyèrent, son loup refaisant surface tandis qu’il grondait :
— Sans importance. Harkens n’est rien de plus qu’un moyen d’arriver à nos fins. Ramenez-moi mon oméga et les gens qui la détiennent.
— Compris, Monsieur.
Bez abandonna Blaze dans le couloir, se dirigeant vers les portes de sortie de l’aile. Son loup était prêt à courir, impatient de commencer la chasse. Et si Bez était honnête avec lui-même, il l’était aussi. Blaze voulait la mort d’Harkens ; par conséquent, les jours du métamorphe étaient comptés.
La chasse était ouverte.
Sariel griffa le sol de son ongle, creusant une marque dans le bois. Une autre ligne, un autre jour de survie. Vérifiant la profondeur de sa dernière marque, elle passa les doigts sur les creux. Elle n’avait pas besoin de les compter. Vingt-sept marques. Vingt-sept jours, enfermée dans une péniche au milieu d’un marécage. En ajoutant environ une semaine entre le moment où les hommes l’avaient capturée et le moment où ils l’avaient jetée dans la cage où elle se trouvait actuellement, elle avait disparu de chez elle depuis plus d’un mois. Cela paraissait une vie entière.
Tandis que les chants des créatures nocturnes commençaient à se faire entendre, de lourds bruits de pas approchèrent, à vive allure. Sariel se releva précipitamment et gagna le coin. Les mains tremblantes, elle resta debout, la tête légèrement inclinée et les épaules recourbées vers le mur. Soumise.
Vingt-sept jours, seule avec les quatre mêmes hommes, lui avaient beaucoup appris, principalement comment prétendre qu’elle les respectait pour qu’ils ne cherchent surtout pas à lui enseigner la hiérarchie de leur meute. Elle ne portait peut-être plus les marques de ces quelques premières leçons, quand elle avait essayé de s’échapper et de les combattre, mais elle ne les avait certainement pas oubliées.
— You-hou, la nullarde. On a un cadeau pour toi.
Sariel ravala un gémissement, terrifiée à l’idée de ce que ce présent pourrait être. Elle avait déjà eu beaucoup de chance en étant gardée par des hommes qui écoutaient leur chef, et ce chef avait dit qu’il ne fallait pas la toucher. Cela ne les avait pas empêchés de la torturer par d’autres moyens, cela dit.
Elle se recroquevilla quand la porte s’ouvrit à la volée, dévoilant le grand métamorphe se tenant sur le seuil.
— Chérie, on est rentrés.
Il ricana en entrant avec, sur son épaule, un genre de grand paquet emballé. Sariel renifla par réflexe, mais ses sens de louve étaient beaucoup trop affaiblis pour avoir une bonne lecture de ce qu’il avait apporté. Vingt-sept jours étaient une longue durée sans pouvoir se métamorphoser, et bien que sa louve soit toujours fortement présente dans son esprit, les caractéristiques physiques qui avaient toujours été à portée de main grâce à sa louve intérieure avaient presque disparu. Elle était pratiquement humaine, à ce stade.
L’homme jeta le paquet sur le lit de camp opposé à celui de Sariel avant même de regarder dans sa direction. Il avait les yeux pratiquement rougeoyants, son excitation devenant presque palpable. Et cela la terrifiait encore plus. Elle se recroquevilla tandis qu’il s’approchait d’un air menaçant et elle fit, pour la millionième fois, le vœu d’être n’importe où, sauf ici. Il lui adressa un sourire qui s’élargit en la voyant se presser contre le mur, un sourire cruel, pervers, qui lui donna envie de vomir.
— Oh, pauvre nullarde. Ne t’inquiète pas, ton tour viendra.
— Je vous en prie. Je veux seulement rentrer chez moi.
Sariel frémit quand il fit courir l’un de ses doigts le long de son bras.
— Ce n’est pas au programme pour toi, chérie.
Il lui saisit le poignet, le porta à ses lèvres et le lécha sur toute la largeur. Sariel ravala un sanglot et enfonça plus profondément ses épaules contre le mur.
— Je sais que tu te sens seule, alors je t’ai apporté une surprise.
Sariel respira plus librement quand il laissa retomber son poignet. Elle le haïssait, haïssait la façon dont il la regardait et la façon dont il la touchait constamment quand il s’approchait. De petites choses, des indications de ce dont il avait envie, s’additionnant pour la rendre malade chaque fois qu’il passait la porte. Il ne s’était pas encore servi, mais elle savait que le pas encore était la partie la plus importante de cette affirmation. Son heure approchait, et ils le savaient tous les deux. Ce salopard sadique aimait la taquiner à propos de ce qu’il lui ferait un jour, pour la maintenir sur le fil du rasoir.
Avec un sourire entendu, suffisant, il gloussa avant de retourner vers le lit de camp. Il sautilla pratiquement jusque-là, tirant avec jubilation sur le tissu enveloppant la forme oblongue.
— Tu vois, on avait besoin d’une remplaçante pour toi, puisque tu es une nullarde et tout.
Le cœur de Sariel manqua un battement et son ventre se contracta.
— Oh, non.
— Oh, oui.
Il sourit lorsqu’il tira sur le restant de tissu. Une petite femme, une jeune adolescente en fait, roula sur le sol à ses pieds. Elle ne bougea pas, ne réagit pas. Sariel ne pouvait même pas dire si la jeune fille respirait.
— Qu’avez-vous fait ? murmura Sariel, incapable de retenir ses mots.
L’homme eut un large sourire et haussa les épaules.
