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Clara vit en retrait, dans l'ombre des autres. Hypersensible et hantée par un passé qu'elle garde secret, elle s'accroche à ses rêves d'écriture comme à une bouée de sauvetage. Léo, lui, est tout ce qu'elle n'est pas : athlétique, populaire, toujours sous le feu des projecteurs. Mais derrière son sourire impeccable et ses exploits sportifs, il cache une douleur qu'il tait, une peur qu'il n'ose nommer. Une collision banale dans les couloirs du lycée aurait pu rester un simple moment gênant. Mais il y a quelque chose dans le regard de Léo qui réveille des émotions que Clara ne comprend pas. Et lui, pour la première fois, se sent déstabilisé, attiré par cette fille qu'il ne connaît pas mais qui semble lire en lui comme dans un livre ouvert. Alors que leurs mondes s'effleurent, les masques tombent. Clara découvre un Léo vulnérable, marqué par un secret qui pourrait tout changer. Mais peut-elle supporter ce poids sans se briser elle-même ? Et Léo, pris au piège entre les attentes écrasantes de son père et les battements de son propre coeur, trouvera-t-il le courage de faire face à une vérité qu'il fuit depuis des années ? Dans ce jeu fragile où chaque émotion peut faire basculer l'équilibre, Clara et Léo apprennent que parfois, aimer, c'est accepter de tomber ensemble... même si la chute est inévitable.
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Seitenzahl: 511
Veröffentlichungsjahr: 2025
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Il y a des jours où j'aimerais être une autre. Une version plus forte de moi, une fille capable de parler sans bégayer, de croiser un regard sans détourner les yeux, d'exister sans se sentir de trop. Une fille qui ne se demande pas à chaque seconde si elle prend trop de place ou pas assez.
Mais je suis moi. Clara, dix-sept ans, hypersensible et pas franchement douée pour les interactions humaines. Je pourrais essayer de me décrire autrement, parler de mes cheveux trop longs qui s'emmêlent toujours, de mes joues qui rougissent à la moindre émotion ou de mes vêtements choisis avec soin pour passer inaperçue. Mais ce ne sont que des détails. Ce qui me définit vraiment, c'est mon monde intérieur.
J'écris. Tout le temps. Dans les marges de mes cahiers, sur mon téléphone, sur des feuilles volantes que je finis par égarer au fond de mon sac. C'est ma manière à moi d'exister, de me donner une voix quand la vraie reste coincée au fond de ma gorge. J'invente des histoires dans lesquelles tout est plus simple, où les personnages trouvent toujours les mots justes, où les émotions sont belles au lieu d'être étouffantes.
Parfois, je me demande si quelqu'un pourrait réellement me comprendre. Pas juste en surface, pas seulement comme "Clara, la fille discrète qui adore les livres", mais en profondeur. Est-ce que quelqu'un pourrait voir au-delà de mes silences, de mes hésitations ? Est-ce que c'est néanmoins possible ?
Ma seule véritable amie, Anna, dit que je me complique trop la vie. Elle n'a peut-être pas tort. Elle, elle a cette facilité à parler, à rire, à ne jamais avoir l'air de douter d'elle-même. À côté d'elle, j'ai l'impression d'être une sorte de brouillon mal fini, un personnage secondaire dans l'histoire des autres.
Mais ce matin, en entrant dans le couloir bondé du lycée, j'ai décidé d'arrêter d'y penser. Il ne reste plus que quelques mois avant la fin de l'année, avant la fac, avant que tout change. Ce n'est pas le moment de me perdre dans mes pensées.
Je me répète ça en me frayant un chemin entre les élèves, en gardant les yeux baissés, en serrant mon carnet contre moi comme un bouclier invisible.
Ce n'est pas le moment de me laisser envahir par mes émotions.
Et pourtant, quand mon regard croise celui de Léo, juste un instant, je sens que c'est déjà trop tard.
PROLOGUE
CHAPITRE 1
CLARA
CHAPITRE 2
CLARA
CHAPITRE 3
CLARA
CHAPITRE 4
CLARA
CHAPITRE 5
LEO
CHAPITRE 6
CLARA
CHAPITRE 7
CLARA
CHAPITRE 8
LEO
CHAPITRE 9
LEO
CHAPITRE 10
LEO
CHAPITRE 11
CLARA
CHAPITRE 12
CLARA
CHAPITRE 13
LEO
CHAPITRE 14
CLARA
CHAPITRE 15
LEO
CHAPITRE 16
CLARA
CHAPITRE 17
CLARA
CHAPITRE 18
CLARA
CHAPITRE 19
LEO
CHAPITRE 20
CLARA
CHAPITRE 21
CLARA
CHAPITRE 22
CLARA
CHAPITRE 23
LEO
CHAPITRE 24
LEO
CHAPITRE 25
CLARA
CHAPITRE 26
CLARA
CHAPITRE 27
LEO
CHAPITRE 28
CLARA
CHAPITRE 29
CLARA
CHAPITRE 30
LEO
CHAPITRE 31
LEO
CHAPITRE 32
LEO
CHAPITRE 33
CLARA
CHAPITRE 34
CLARA
CHAPITRE 35
CLARA
CHAPITRE 36
LEO
CHAPITRE 37
LEO
CHAPITRE 38
CLARA
CHAPITRE 39
CLARA
CHAPITRE 40
CLARA
CHAPITRE 41
CLARA
CHAPITRE 42
LEO
CHAPITRE 43
CLARA
CHAPITRE 44
CLARA
CHAPITRE 45
LEO
CHAPITRE 46
LEO
CHAPITRE 47
CLARA
CHAPITRE 48
CLARA
CHAPITRE 49
LEO
CHAPITRE 50
CLARA
CHAPITRE 51
LEO
CHAPITRE 52
CLARA
CHAPITRE 53
CLARA
CHAPITRE 54
LEO
CHAPITRE 55
CLARA
CHAPITRE 56
CLARA
CHAPITRE 57
LEO
CHAPITRE 58
LEO
CHAPITRE 59
CLARA
CHAPITRE 60
CLARA
CHAPITRE 61
LEO
CHAPITRE 62
LEO
CHAPITRE 63
LEO
CHAPITRE 64
LEO
CHAPITRE 65
CLARA
CHAPITRE 66
CLARA
CHAPITRE 67
CLARA
CHAPITRE 68
LEO
CHAPITRE 69
LEO
CHAPITRE 70
CLARA
CHAPITRE 71
LEO
CHAPITRE 72
LEO
CHAPITRE 73
CLARA
CHAPITRE 74
CLARA
CHAPITRE 75
LEO
CHAPITRE 76
CLARA
CHAPITRE 77
CLARA
CHAPITRE 78
CLARA
CHAPITRE 79
LEO
CHAPITRE 80
LEO
CHAPITRE 81
CLARA
CHAPITRE 82
LEO
CHAPITRE 83
LEO
CHAPITRE 84
CLARA
CHAPITRE 85
CLARA
CHAPITRE 86
LEO
CHAPITRE 87
LEO
CHAPITRE 88
CLARA
CHAPITRE 89
LEO
CHAPITRE 90
CLARA
CHAPITRE 91
CLARA
CHAPITRE 92
LEO
CHAPITRE 93
LEO
CHAPITRE 94
CLARA
CHAPITRE 95
CLARA
CHAPITRE 96
LEO
CHAPITRE 97
LEO
CHAPITRE 98
CLARA
CHAPITRE 99
CLARA
CHAPITRE 100
CLARA
CHAPITRE 101
CLARA
CHAPITRE 102
LEO
CHAPITRE 103
LEO
CHAPITRE 104
CLARA
CHAPITRE 105
CLARA
CHAPITRE 106
CLARA
CHAPITRE 107
CLARA
CHAPITRE 108
CLARA
CHAPITRE 109
CLARA
CHAPITRE 110
CLARA
CHAPITRE 111
CLARA
CHAPITRE 112
CLARA
CHAPITRE 113
CLARA
CHAPITRE 114
CLARA
CHAPITRE 115
CLARA
CHAPITRE 116
CLARA
CHAPITRE 117
CLARA
CHAPITRE 118
CLARA
CHAPITRE 119
CLARA
CHAPITRE 120
LEO
CHAPITRE 121
LEO
CHAPITRE 122
LEO
CHAPITRE 123
CLARA
PROLOGUE
CLARA
REMERCIEMENT
Le bruit des conversations, des sacs qui se balancent et des pas précipités résonne autour de moi. Le couloir est encombré de cette effervescence typique du lycée, mais je me sens comme une étrangère dans cet endroit. Tout passe autour de moi, mais je suis dans ma bulle, les yeux rivés sur lui, Léo.
Il est là, au bout du couloir, entouré de ses amis. Il rit, comme toujours. Tout en lui semble fluide, naturel, comme s'il n'y avait aucun effort à faire pour être au centre de l'attention. Mais moi, je le vois autrement. Je vois ce qu'il essaie de cacher, cette tension dans ses épaules, ce regard qui fuit, comme s’il cherchait quelque chose sans jamais le trouver. C’est étrange, parce que tout le monde le regarde comme s’il était un modèle de perfection, mais moi, je vois ses fissures.
Je n’ai même pas le courage de détourner les yeux. Je reste là, figée, observant chacun de ses mouvements, chaque geste qu’il fait. Je suisconsciente de chaque détail, mais je n’arrive pas à m’arrêter.
Pourquoi est-ce que je me fais ça ? Pourquoi me torturer à le regarder alors que je sais que ça ne changera rien ?
— Clara, tu viens ?
Je sursaute et me tourne vers Anna, ma seule amie. Elle est là, juste à côté de moi, avec son sourire chaleureux et ses cheveux blonds qui tombent en cascade. Elle ne remarque pas tout de suite où je regarde, et même si elle l’avait vu, elle n’aurait probablement rien dit. Anna a cette capacité à être toujours dans l’instant présent, à ne jamais vraiment se perdre dans ses pensées comme moi.
Je hausse les épaules, essayant de masquer ma gêne.
— Je ne fais rien, je murmure.
Anna me regarde de haut en bas, puis soupire.
— Clara, tu sais bien que personne ne t’en veut de le regarder. Mais tu devrais peut-être lui parler un jour, non ?
J’aimerais lui répondre, lui dire que c’est plus compliqué que ça, que ce n’est pas aussi simple que de lui parler comme si de rien n’était. Mais je me contente de secouer la tête, sans savoir que dire.
— C’est juste… que je ne sais pas comment faire.
Anna reste un moment silencieuse, puis, comme toujours, elle me lance un regard complice.
— Tu sais, il n’est pas aussi inapprochable que tu crois.
Je sais qu’elle veut me rassurer, mais ça ne fait qu’accentuer l’inconfort dans ma poitrine. Parce que je le sais. Je le sais au fond de moi, mais il y a cette barrière invisible entre lui et moi. Cette distance que je n’arrive pas à franchir. Probablement que c’est moi qui me mets des limites, mais quand je le regarde, je vois ce vide en lui. Et je sais que si je l’approche, il y a de fortes chances que ce vide m’engloutisse aussi.
Je pousse un léger soupir et me force à sourire.
— On y va ? je demande, plus pour changer de sujet que par véritable envie.
Anna me donne un coup de coude.
— On a cours, n’oublie pas.
Je hoche la tête, un peu perdue.
— Ouais, bien sûr.
Nous marchons dans le couloir, et je jette une dernière fois un coup d’œil furtif vers Léo. Il est encore là, avec ses amis, mais déjà en train de s’éloigner. Je me force à regarder ailleurs, mais une partie de moi est restée ancrée à lui, comme toujours.
Arrivée devant la salle, Anna se tourne vers moi.
— Tu vas bien ?
Elle me scrute, comme si elle essayait de déchiffrer quelque chose derrière mon masque.
Je hoche la tête, même si je n’en suis pas certaine moi-même.
— Oui, ça va.
Elle me donne un sourire rassurant avant d’entrer dans la salle de classe. Je la suis, mon cœur encore un peu trop lourd, mes pensées accrochées à lui.
Léo entre à son tour, son regard croise brièvement le mien avant qu'il ne s'assoie à l'arrière de la salle. Je sens ma respiration se bloquer. Pourquoi est-ce qu’il me déstabilise autant ? Pourquoi est-ce que chaque seconde passée à le regarder est comme une brûlure qui me fait hésiter à respirer ? Mais je me contente de poser mon sac sur la table, me concentrant sur le professeur qui entre à son tour. Le cours commence, mais ma tête est ailleurs, accrochée à ce moment où nos regards se sont croisés.
La cloche sonne, me tirant de mes pensées et me forçant à sortir de ma bulle. Je me lève lentement, tout en essayant de ne pas attirer l’attention. Anna, déjà debout à côté de moi, me lance un regard amusé.
— Tu es toujours dans la lune, Clara, me dit-elle, en haussant les sourcils. Qu'est-ce qui t'a encore fait partir comme ça ?
Je lui adresse un sourire un peu forcé, mais elle ne semble pas le remarquer. Anna, c’est un peu comme l’éclair dans un ciel trop gris. Toujours rapide à capter l'attention, toujours prête à faire sourire les autres, mais jamais aussi perdue que moi dans ses pensées.
— Rien, je réponds, en attrapant mon sac. J’étais juste… distraite.
Nous marchons vers la porte. Je jette un coup d’œil furtif vers l’arrière de la salle, là où se trouvent mes autres camarades, mais l’image de Léo ne s’impose pas comme avant. Il est là, dans son coin, mais il ne m’obsède pas. Je suis trop fatiguée pour ça, trop fatiguée de constamment me perdre dans des réflexions inutiles.
— Tu sais, tu devrais lui parler, me lance Anna à voix basse alors qu’on quitte la classe.
Je la fixe un moment, surprise. Comment a-t-elle deviné ? Peut-être que c’est évident, mais je pensais que j’étais plus subtile.
— Tu parles de qui ? je réponds d’une voix qui se veut indifférente.
— Ne joue pas à ça, dit-elle en riant. Léo, Clara. Vous vous regardez depuis des semaines. Il faudrait bien que tu fasses un pas, non ?
Je m’arrête un instant, mon cœur battant un peu plus fort que d’habitude. Mais cette fois, je respire profondément et me force à relativiser.
— Je ne sais même pas quoi lui dire murmurai-je, mes yeux fixés sur le sol. C’est… compliqué.
Anna me dévisage un moment, comme si elle cherchait à comprendre quelque chose de plus. Puis, sans crier gare, elle m’entraîne à nouveau.
— Regarde, dit-elle en me poussant doucement vers la porte de la salle suivante. Tu n'as pas à tout comprendre. Parfois, il suffit juste d’aller vers l’autre.
Sa voix est douce, mais il y a une petite insistance dans son ton, comme si elle ne pouvait pas comprendre pourquoi je me refuse une chance d’aller vers lui. Mais moi, je sais. Je sens au fond de moi que je ne peux pas. Pas encore.
Le reste de la journée se passe dans un flou. Mes pensées tournent autour de ce que j’aurais pu dire à Anna, à ce moment-là. Peut-être que j’aurais dû lui répondre autrement, mais tout me semble si lourd parfois. J’essaye de ne pas laisser ces pensées m’envahir.
Le lycée, les cours, les bruits autour de moi, tout ça fait partie de ma routine et j’essaie de m’y accoutumer. Anna est là, elle parle de ses projets, des dernières nouvelles, et je la laisse faire. Ses récits me sortent de ma torpeur.
— Tu viens ce soir au cinéma ? me demande-t-elle un peu plus tard, alors qu’on prend une pause entre deux cours.
Je la regarde un peu surprise par la question. Le cinéma, c’est quelque chose que je n’ai pas fait depuis un moment. Anna, elle, aime toujours bouger, rencontrer des gens. Moi, je suis plutôt du genre à me contenter de rester chez moi. Mais ce soir, je sens que j’ai besoin de sortir. D’échapper à mes pensées.
— Pourquoi pas, je réponds enfin, en souriant doucement.
Le reste de la journée se déroule sans accroc, mais je me sens un peu ailleurs, comme si tout était flou autour de moi.
J’essaie de me concentrer sur mes cours, mais mes pensées vagabondent parfois. Pas vers Léo cette fois, mais vers d’autreschoses. Vers les choix qui m’attendent. Vers le fait que, même si je me sens parfois isolée, j’ai encore des amies qui comptent. Et peutêtre que c’est ça qui compte avant tout. Sortir de ma tête un peu plus souvent.
Quand la cloche sonne pour la fin de la journée, je me sens, pour la première fois depuis longtemps, un peu plus légère. Je marche vers la sortie, avec Anna à mes côtés, prête à goûter à un peu de normalité.
Le cinéma est mon échappatoire. L'endroit où je peux être une autre version de moi-même, où je peux rêver sans retenue, sans me soucier des réalités de la vie. C'est drôle, mais le cinéma a cette magie de transformer le quotidien en une aventure palpitante, même si, dans la vraie vie, tout semble toujours un peu plus compliqué.
Anna et moi entrons dans la salle obscure, le bruit des conversations s'estompe autour de nous. Quand l'obscurité de la salle nous engloutit, je me sens un peu comme une spectatrice qui regarde sa propre histoire se dérouler. L'éclat des écrans, la lumière douce des projecteurs, ça me fait toujours rêver. C'est comme si chaque film était une promesse de quelque chose de plus grand, de quelque chose d'intense. Et moi, j'adore ça.
Les comédies romantiques, surtout, m'envoûtent toujours. Les histoires d'amour impossibles, les gestes maladroits, les regards échangés dans des moments suspendus... Tout ça me parle. Ça me fait croire que, peut-être, quelque part dans le monde, il existe desmoments parfaits. Que l'amour n'est jamais aussi simple, mais qu'il peut être beau malgré tout.
— C'est toi qui m'as convaincue de venir, tu sais ? je dis à Anna en m'installant confortablement dans mon siège, mes yeux brillants d'anticipation.
Elle me lance un regard amusé.
— Je sais. Tu m'en remercieras quand le film sera fini. Je suis sûre que tu vas fondre.
Je ris doucement, un peu gênée. Anna me connaît par cœur. Elle sait que je suis cette éternelle rêveuse, celle qui croit encore aux contes de fées, même si la réalité me rattrape souvent.
— Sûrement. Mais tu sais, les films sont tellement plus simples que la vraie vie. C'est plus facile de rêver dans une salle de cinéma.
Elle hoche la tête, un sourire sur les lèvres.
— Tu as raison. Mais parfois, dans la vraie vie, il suffit de chercher un peu pour trouver de la magie.
Je laisse sa remarque résonner en moi, mais je ne m'attarde pas dessus. Le film commence, et je me laisse emporter. Les personnages, leurs péripéties, leurs moments de doute et de bonheur... Tout me parle. J'ai l'impression d'être ces personnages. De vivre à travers eux, d'être l'héroïne de ma propre histoire.
J'imagine les scènes à ma façon : des regards échangés avec ungarçon mystérieux, des discussions tard dans la nuit, des gestes tendres. Il n'y a rien de plus fascinant pour moi. Un monde où l'amour est toujours possible, même dans les moments les plus improbables.
Je suis tellement absorbée par l'intrigue que je ne remarque pas le temps passe. Les scènes s'enchaînent, et je suis là, les yeux brillants, souriant aux moments les plus émouvants, comme si, moi aussi, je vivais cette histoire. Il y a quelque chose de magique dans ces films. Quelque chose qui me fait croire que l'amour peut arriver au moment où on s'y attend le moins.
À un moment donné, je tourne discrètement la tête vers Anna. Elle est plongée dans le film, mais j'ai l'impression qu'elle se dit la même chose que moi. Elle aussi, elle rêve. Nous sommes deux rêveuses, perdues dans un monde où tout semble possible. Où les cœurs battent à l'unisson, où les promesses d'amour sont faites sans hésitation.
Quand le film touche à sa fin, je me sens un peu triste. Triste que cette aventure touche à sa fin, mais aussi pleine d'espoir. Parce qu'au fond, je sais que chaque film, chaque histoire, me donne un peu de force pour croire que l'amour peut exister, même dans un monde imparfait. Que ce soit dans un film ou dans la réalité, il faut juste y croire.
— Alors, tu as aimé ? me demande Anna en se levant de son siège, un sourire malicieux sur les lèvres.
Je lui réponds par un sourire sincère.
— Oui. C'était parfait. Comme toujours.
Le lendemain matin, je me réveille avec une vague de fatigue qui me colle aux os. Le film d'hier soir m'a emportée, mais ce n'est pas suffisant pour effacer les doutes qui m'envahissent. Tout semble flou et lourd, comme une brume qui enveloppe mes pensées. Écrire, c'est ce qui me permet de sortir de cette brume, de poser tout ce qui m'agite dans un carnet, de retrouver un peu de clarté dans ce monde qui m'échappe. C'est mon moyen à moi de m'évader, de capturer des émotions qui, autrement, resteraient prisonnières.
Je me lève lentement, la tête pleine de mots que j'aimerais poser sur du papier. Je veux écrire, exprimer tout ce qui me traverse, mais je sais aussi que cela demande du temps et de l'énergie. Et aujourd'hui, je n'ai pas forcément la tête à ça.
Je me rends à la fenêtre. Le ciel est gris, comme hier. La pluie tombe par intermittence, et je trouve un étrange réconfort dans ce temps maussade. Je me perds un instant dans le spectacle des gouttes d'eau qui glissent sur le verre. Peut-être que je pourrais écrire à ce sujet,sur cette pluie qui semble laver tout, effacer les pensées noires.
Debout dans le couloir du lycée, mes pensées partent une fois de plus un peu trop loin.
— Clara ! Tu viens ou quoi ?
La voix d'Anna me sort de mes rêveries. J'aurais bien aimé rester dans mon monde un peu plus longtemps, mais il faut bien que je fasse face à la réalité.
J'ai toujours voulu être écrivain, même si ça me paraît presque irréel, comme un rêve un peu trop grand pour moi. Mais c'est ce rêve qui me pousse à avancer, même si je doute souvent. La fac de lettres, c'est là que je pourrais me retrouver, me plonger dans ce que j'aime, loin des réalités trop pesantes.
— Alors, tu t'es enfin décidée à faire ce que tu veux, hein ? me dit Anna en me rejoignant à l'entrée du lycée. Elle a ce sourire qui me pousse à croire que tout est possible, même quand je doute de moimême. L'écriture, c'est vraiment toi, Clara. Tu vas y arriver.
Je lui rends un sourire timide.
— Oui, c'est ça... Mais parfois, j'ai l'impression que c'est juste un rêve. Une utopie.
Elle secoue la tête, comme si elle ne comprenait pas pourquoi je doute encore.
— Si tu ne fais pas ce que tu aimes, tu vas passer ta vie à regretter. Etpuis, tu n'es pas seule, tu as plein de ressources et tu sais très bien écrire. N'oublie jamais ça.
Ses mots me réchauffent, mais je reste dans mes pensées. J'ai cette envie de partir loin, de m'échapper dans les histoires que j'écris, mais je sais aussi que c'est un chemin semé d'embûches. Il y a des moments où je me demande si je suis assez forte pour affronter les réalités de la vie adulte, de l'université, de l'avenir. Mais quand je pense à l'écriture, je sais que c'est là que je me sens vraiment vivante.
La journée passe sans grand bouleversement. Les cours défilent, mais je n'arrête pas de penser à mon projet, à cette fac de lettres qui, je l'espère, sera ma porte d'entrée dans un monde dans lequel je pourrai m'épanouir pleinement. J'écris des poèmes dans ma tête, des histoires qui se construisent à mesure que les minutes passent. Mais le plus étrange, c'est que ces idées, ces mots, ne trouvent pas leur place sur le papier. Ils restent là, tout au fond de moi, comme des fragments inachevés. Peut-être que j'ai peur d'y mettre trop de moi. Ou peut-être que, au fond, je ne suis pas prête à les partager avec le monde.
À la pause déjeuner, je retrouve Anna à la cantine. Elle me parle de ses projets pour l'été, de ses vacances à venir, mais moi, je suis ailleurs, perdue dans un tourbillon de mots et de rêves. J'ai envie de lui parler de ma passion pour l'écriture, de ma peur de l'avenir, mais je n'arrive pas à exprimer tout ça.
— Et toi, Clara ? Qu'est-ce que tu as prévu ? me demande-t-elle soudainement, me sortant de mes pensées.
Je la regarde un peu surprise.
— Eh bien... j'aimerais vraiment intégrer la faculté de lettres. Je veux écrire, Anna. C'est tout ce que je sais faire. C'est tout ce que je veux faire.
Elle me regarde, un sourire plein de soutien et de compréhension.
— Tu vas y arriver, tu sais. Tu es faite pour ça.
Je hoche la tête, mais au fond de moi, il y a toujours cette petite voix qui doute. Doutes sur mes capacités, sur mes choix, sur mon avenir. Mais je me force à les ignorer. Ce projet, c'est ce qui me tient debout. C'est ce qui me fait croire qu'il y a quelque chose de plus grand qui m'attend, quelque chose que je pourrai atteindre si je m'en donne les moyens.
La cloche sonne, et la journée reprend son cours. Mais dans mon esprit, un seul mot résonne : "écrire". C'est là que je veux être. C'est là que je me sens vivante.
Je suis allongé sur le banc du vestiaire, épuisé. Mes muscles sont tendus, mes poumons brûlent encore de l'effort, mais ce n'est pas ça qui me pèse. C'est la pression. Celle qui me broie, celle qui ne me laisse jamais de répit. Mon père, mon entraîneur, l'équipe entière. Tout le monde attend quelque chose de moi, et je ne suis même pas sûr de ce que je veux moi-même.
Léo, tu as l'air de crever, me lance Max, en s'asseyant à côté de moi. Il m'observe, un sourire en coin, mais je vois bien qu'il capte quelque chose.
Il sait. Il sait que je ne suis pas juste fatigué. Il sait que c'est bien plus que ça.
— Ce n'est rien, je réponds d'un ton fuyant, me redressant pour attraper ma serviette. Juste un entraînement de plus.
Max me regarde longuement, son regard perçant.
— Tu sais, t'as pas à tout porter tout seul. Tu n'es pas obligé de faire semblant, Léo.
Je soupire, m'évitant de croiser son regard. Ça fait des semaines que je me répète la même chose, que je dois garder la face, faire comme si tout allait bien. Parce que si je lâche, même un instant, tout va s'effondrer. La pression, les attentes... Mon père ne comprendra jamais que je ne suis pas une machine.
— Je sais, je réponds enfin.
— Mais c'est plus fort que moi. C'est comme si je n'avais pas le choix.
Max ne répond pas tout de suite. Il sait que je n'ai pas envie de lui en parler plus. Il sait que, de toute façon, ça ne changerait rien. Il en a assez vu pour comprendre que j'ai l'impression de devoir tout assumer. Pas juste pour moi, mais pour tout le monde. Et surtout pour lui.
Je me lève enfin, prêt à quitter le vestiaire. J'ai à peine fais quelques pas que je croise Clara dans le couloir. Elle marche, tête baissée, ses cheveux tombant en cascade autour de ses épaules. Elle parle avec Anna, mais quelque chose me frappe. C'est sa posture, sa manière de se tenir. Elle ne semble pas avoir d'attentes envers moi, ni de regards intéressés. C'est comme si elle était détachée de tout ce qui me concerne, et c'est exactement ce qui me déstabilise.
Je ralentis un instant, attiré malgré moi par sa présence, mais je me force à continuer à marcher. C'est bizarre, mais chaque fois que je la croise, quelque chose en moi s'agite. Elle n'est pas comme les autres filles, celle qui cherche à attirer l'attention. Elle semble juste... être là. Et ça me fait me demander si elle me voit vraiment, ou si, comme tout le monde, elle me perçoit uniquement à travers cette image de l'athlète parfait.
Je jette un coup d'œil furtif dans sa direction avant de détourner les yeux. C'est à peine perceptible, mais je suis presque sûr qu'elle m'a remarqué. Elle ne dit rien, mais elle a un regard qui me traverse comme si elle savait exactement ce que je ressens. C'est une sensation étrange. Je pourrais l'ignorer, comme je le fais avec les autres, mais il y a quelque chose chez elle qui m'arrête à chaque fois.
— Léo ! Max me ramène à la réalité en me tapant sur l'épaule.
— Tu veux toujours aller manger avec nous après l'entraînement ?
Je hoche la tête, mais je suis à peine concentré sur ce qu'il dit. Mon esprit tourne encore autour de Clara et de cette sensation qu'elle a en moi. Pourquoi elle, et pas les autres ? Pourquoi est-ce qu'elle me touche d'une manière que je ne comprends pas ? C'est comme si elle était la seule à voir à travers la façade que je porte tous les jours.
— Léo ! Max insiste, visiblement frustré. T'as l'air ailleurs. T'as vraiment pas envie de sortir un peu, de respirer ?
Je le regarde, mais mon esprit est ailleurs.
— J'ai juste... besoin de quelques minutes.
Max me regarde d'un air dubitatif, mais il se contente de soupirer et de s'éloigner, me laissant seul un moment. Je me tiens là, dans le couloir, fixant le sol, en proie à ces pensées qui ne cessent de m'as saillir. Clara, son regard, son calme. Pourquoi est-ce qu'elle m'envahit comme ça ?
Je me force à faire un pas. À avancer. Parce que c'est ce que je sais faire. Parce que c'est ce que mon père attend de moi. Mais au fond, je sais que quelque chose change. Clara fait partie de ce changement, même si je ne sais pas encore comment.
Je me pousse à avancer dans le couloir, mes livres serrés contre moi, mais j’ai l’impression que chaque pas pèse un peu plus lourd. Comme si, d’une manière ou d’une autre, je portais tout avec moi. Pas juste mes cours, mais aussi mes pensées. Des pensées qui s’entrelacent les unes avec les autres, comme un fil qui ne veut jamais se dénouer.
— Clara, tu m'écoutes ? Anna me sort de mes pensées et je me force à la regarder, à sourire comme si tout allait bien.
Mais je sais que ce n’est pas le cas. Tout va bien superficiellement, mais à l'intérieur, c’est tout un autre monde. J'ai l'impression de ne pas savoir où je vais, de ne pas savoir qui je suis vraiment.
— Oui, désolée, je pensais juste à… à mon projet pour la fac, je réponds rapidement, avant de me rappeler que je n’ai même pas commencé à rédiger quoi que ce soit.
Je m’accroche à cette idée de fac de lettres comme à une bouée de sauvetage, mais je doute tellement de mes chances. Et puis, est-ce que c’est réellement ce que je veux ? Ou est-ce juste ce que je crois que je devrais vouloir ?
Anna hoche la tête, continuant à parler de ses derniers coups de cœur pour ses séries, mais je ne l’entends plus. Je marche à ses côtés, mais mon esprit s’évade immédiatement. Je revois Léo, juste là, dans le coin de mon esprit, comme une ombre indéfinie. C’est bizarre, parce que je ne devrais pas me laisser envahir par ces pensées. Je devrais être plus concentrée sur mes projets, sur mes propres rêves. Mais quand je pense à lui, c’est comme si tout se mélangeait.
Je sais que je ne devrais pas penser à Léo tout le temps. Je ne le connais même pas vraiment. Il est juste là, un peu mystérieux, un peu lointain. Mais il y a ce truc, ce truc dans son regard, dans sa façon de se tenir, qui fait que je me sens… insuffisante. Chaque fois qu’il parle à ses amis, que je le vois rire avec eux, je me sens comme une intruse, comme si je n’étais pas à ma place. Peut-être que c’est ça, la vérité. Peut-être que je ne suis pas faite pour faire partie de ce monde-là.
— Clara, t'es absolument sûre que tu ne veux pas prendre une pause ? Anna insiste, me tirant de mes pensées, et je lui offre un sourire forcé.
— Non, je vais aller en cours. C’est bon, je gère. Mais je ne gère rien du tout. Parce qu'au fond de moi, je suis perdue. Je me sens invisible, comme si je n'avais pas de véritable place ici. C’est étrange, parce que je suis entourée de gens, mais je me sens souvent seule, comme si j’étais coincée dans un coin de ma tête d’où il n’y a pas d’échappatoire.
Quand je passe devant la salle de sport, je vois Léo. Il est là, en train de discuter avec Max et quelques autres garçons. Il parle sans vraiment y prêter attention, et je me demande ce qu’il pense, ce qu’il ressent. S’il se soucie de moi, même un peu. Mais je n’ose pas y penser trop longtemps. Parce que je sais que j’ai tendance à me faire des films, à imaginer des choses qui n'existent pas. Peut-être que tout ça est dans ma tête. Peut-être que je me fais des illusions.
Je m’arrête quelques secondes devant la porte de la salle de classe. Je pourrais entrer maintenant, mais je n’ai aucune envie de me retrouver là, à écouter des gens parler de choses qui me semblent insignifiantes. Je veux juste m’évader. M’évader dans les mots, dans les histoires que j’écris dans mon carnet. C’est mon seul endroit où je me sens vraiment moi, où je n’ai pas à me justifier, où je peux être libre.
Je me tourne alors vers la fenêtre, un peu perdue. Tout semble tellement flou parfois. Le bruit des élèves, les rires, les discussions… tout ça semble si lointain. J’essaie de me concentrer sur autre chose, mais je sais que je suis en train de me perdre dans des pensées qui ne m’aident pas. Le regard de Léo, son calme, sa distance… tout ça me déstabilise. Mais au fond, est-ce que c’est lui qui me trouble ou estce moi ? Est-ce que c’est sa manière d’être ou est-ce que c’est ma propre incapacité à savoir ce que je ressens qui me met dans cet état ?
Je ferme les yeux quelques secondes, essayant de reprendre le contrôle. Mais tout est flou, tout est incertain. Et je suis là, à essayer de comprendre pourquoi il m’affecte autant. Je n’ai pas confiance en moi, je n’ai jamais eu confiance en moi. Je doute de tout, tout le temps. De mes choix, de mes rêves, de qui je suis vraiment. Et peutêtre que c’est ça, au fond. Peut-être que je cherche une validationchez quelqu’un d’autre pour combler cette incertitude qui est en moi. Peut-être que c’est Léo ou quelqu’un d’autre, mais je n’ai jamais su comment être assez pour moi-même.
Je prends une grande inspiration avant de pousser la porte de la salle de classe. Je me force à oublier, à avancer. Parce que, au fond, c’est tout ce que je peux faire. Avancer. Même quand je ne sais pas où je vais.
Je n'arrête pas de jeter des coups d'œil à l'horloge. Le temps semble s'étirer de manière étrange, comme si chaque minute prenait une éternité. C'est un de ces jours où je me sens un peu déconnectée, comme si tout autour de moi se déroulait dans un flou lointain. Je me force à écouter le professeur, mais mes pensées vagabondent, s'échappant sans que je puisse les retenir.
Léo est là, à quelques rangées de moi. Je le vois du coin de l'œil, concentré, pensant probablement à quelque chose de bien plus important que ce que nous sommes en train d'étudier. Il est toujours là, avec son calme implacable, son regard distant. Et même s'il ne le montre pas, je sais qu'il a cette pression qui pèse sur lui, cette attente constante de son père. Je me demande comment il fait pour supporter ça. Comment il fait pour ne pas exploser sous la pression.
Je déteste cette idée que je n'ai jamais l'occasion de lui parler, d'aller au-delà de ce regard furtif dans les couloirs ou de ces moments oùnos regards se croisent sans jamais vraiment se toucher. Parfois, je me dis que c'est mieux ainsi. Que c'est peut-être mieux de rester éloignée, de ne pas ajouter du flou à ce qui est déjà incertain. Mais il y a toujours cette sensation persistante, comme une petite graine plantée quelque part en moi, qui me fait croire qu'il pourrait y avoir autre chose. Quelque chose que je ne sais pas encore.
— Clara. La voix du professeur me ramène à la réalité. Je relève la tête, confusion dans les yeux.
— Peux-tu nous dire ce que tu penses de ce passage ?
Je sens tous les regards sur moi et je prends une grande inspiration. Mes mains sont légèrement moites. Je déteste être le centre de l'attention, mais je n'ai pas le choix. Je me force à parler, à organiser mes pensées, à m'exprimer correctement. Je parle des personnages, de leurs motivations. C'est facile de parler d'histoire, de littérature, parce que c'est là que je me sens à l'aise, là où je trouve mes repères. Mais même pendant que je parle, il y a cette petite voix dans ma tête qui se demande si Léo écoute, si lui aussi, comme moi, il se perd parfois dans ses pensées au lieu d'écouter.
Je termine rapidement, me sentant soudainement épuisée par cette simple interaction. Le professeur me sourit, satisfait, mais je retourne rapidement à mes pensées. Les autres élèves, eux, sont déjà passés à autre chose, plongés dans leurs propres préoccupations. Moi, je reste là, à me demander pourquoi je me sens toujours aussi déconnectée.
À la fin du cours, je me précipite vers la sortie, cherchant à éviter les discussions inutiles. Je traverse le couloir, et là, je le vois. Léo. Il est là, avec Max, en train de discuter de football, de stratégie. Et mêmesi je ne devrais pas m'arrêter, même si je sais que je n'ai rien à y faire, je me trouve à l'observer, un peu en retrait.
Ils sont tellement absorbés dans leur conversation que je doute qu'ils me remarquent. Mais je les regarde, fascinée par la facilité avec laquelle Léo semble s'intégrer dans ce monde qui est loin de moi. Il semble si sûr de lui, si naturel dans son rôle. Et moi, je me sens comme une spectatrice, toujours en dehors de tout ça, toujours en train de me poser mille questions sans réponse.
Je détourne finalement les yeux. Peut-être que c'est ça, tout simplement. Je me sens souvent à l'écart des autres, comme si je n'avais pas trouvé ma place. Pas encore. Pas dans ce lycée, pas avec eux, pas avec moi-même.
J'essaie de me concentrer sur ce que je peux contrôler. L'écriture. L'univers dans lequel je m'évade, qui est le seul endroit où je me sens vraiment à ma place. Mais même là, il y a ce vide, cette sensation de ne pas être à la hauteur, de ne pas avoir ce qu'il faut pour réussir. Léo, avec sa confiance, son assurance, il semble avoir tout ce qu'il faut pour se faire entendre. Moi, j'ai l'impression de parler sans jamais être écoutée, de crier dans un vide insondable.
Je pousse la porte de la bibliothèque, espérant trouver un peu de calme. Je m'installe à une table près de la fenêtre et je me perds dans l'écriture. Les mots viennent plus facilement quand je suis seule, quand je laisse mon esprit divaguer. Mais même ici, je ne peux m'empêcher de penser à lui. Pas à Léo en tant que personne, mais à ce qu'il représente dans ma vie. À cette idée qu'il semble avoir trouvé sa place, alors que moi, je me sens toujours comme si je n'étais pas à la hauteur.
Je prends une pause, le regard perdu dans les pages blanches. Mes pensées se mélangent. Si seulement je pouvais être aussi sûre de moi que lui. Si seulement je pouvais voir ce qu'il voit, sans ce filtre de doutes qui m'envahit à chaque geste, à chaque parole. Mais je ne suis pas Léo. Et peut-être que c'est ça, le problème. Je ne sais même plus si je veux être quelqu'un d'autre, ou si je veux juste savoir qui je suis.
La sonnerie me ramène à la réalité. Le cours suivant commence dans quelques minutes. Je ferme mon carnet, me levant lentement. Peutêtre qu'un jour, je saurai qui je suis. Peut-être qu'un jour, je trouverai enfin ma place. Mais pour l'instant, tout ce que je sais, c'est que ce n'est pas encore le moment.
Les vestiaires sont en effervescence après l'entraînement, comme toujours. Les gars rigolent, se foutent de la gueule de l'un ou de l'autre, et certains font déjà des paris sur le match de samedi. Moi, je suis là, mais pas vraiment là. Mes pensées sont ailleurs. La pression de mon père, les attentes de l'équipe, le match à venir… Ça m'oppresse, comme une lourde couverture qui ne me laisse pas respirer.
— Tu vas bien, Léo ? Max me lance un regard alors qu'il se change. Il me connaît bien, peut-être trop bien. Mais ça ne change rien. Je me contente de hocher la tête, un « ça va » qui n'a pas grand-chose de convaincant. Je pourrais lui parler de tout ça, lui dire que je me sens étouffé par tout ce qui m'entoure, mais ça ne servirait à rien. Max est là pour déconner, pas pour écouter mes angoisses.
Je me concentre sur mon casier, mes affaires. Je n'ai pas envie de discuter, de réfléchir. L'entraînement m'a vidé, mais il n'y a pas queça. C'est la pression qui me tue. La peur de décevoir. La peur de ne pas être à la hauteur de ce que mon père attend de moi.
J'entends les discussions autour de moi, les rires, les éclats de voix, mais je suis à des années-lumière de tout ça. Je me perds dans mes pensées pendant un instant, et c'est là que je la vois, ou plutôt, je la ressens. Clara. Elle n'est pas ici, bien sûr, mais quelque part, elle est là. Je ne sais pas pourquoi je pense à elle, mais c'est comme si quelque chose chez elle m'interpellait. Elle est différente des autres filles. Pas dans le sens où elle cherche à attirer l'attention, loin de là. C'est plutôt… mystérieux. Comme si elle avait une sorte de monde à elle, auquel je n'ai pas accès, mais que j'aimerais comprendre.
Je n'arrive pas à cerner ce qu'il y a chez elle. Peut-être que c'est son regard, souvent perdu, comme si elle était ailleurs. Ou bien cette manière qu'elle a de se fondre dans l'arrière-plan, de rester discrète, mais d'avoir toujours quelque chose dans l'attitude qui fait qu'on la remarque sans vraiment le vouloir. C'est une étrange contradiction. Peut-être que c'est ça qui m'intrigue. Peut-être que c'est juste ça, au fond. Elle n'est pas comme toutes les autres filles du lycée. Elle est… différente.
Je secoue la tête, me reprochant intérieurement de m'arrêter sur des détails qui n'ont aucune importance. Ce n'est pas ça qui compte. Ce qui compte, c'est le match de samedi. Ce qui compte, c'est ce que mon père attend de moi. Et tout le reste, tout le reste, je dois l'oublier. Je dois garder les yeux sur le but, garder la tête froide, même si une petite voix dans ma tête continue de me dire que je ne peux pas tout contrôler. Que tout ça n'est pas aussi simple qu'on voudrait nous le faire croire.
Je m'approche de l'entrée des vestiaires, mes pensées flottant encore autour de Clara. Je ne sais même pas pourquoi je pense à elle, mais c'est comme ça. Je la vois de plus en plus, sans vraiment comprendre pourquoi. Je prends une profonde inspiration. Il est temps de revenir à la réalité.
Je ne me dirige jamais vers la douche, comme chaque jour après l'entraînement. Les autres sont déjà sous l'eau, rigolant, discutant sans se soucier de rien. Moi, je m'éclipse. Je n'ai jamais aimé me mélanger aux autres dans ces moments-là. Ce n'est pas une question de gêne, mais je n'ai pas besoin qu'ils voient certaines choses.
Je me force à ignorer les regards furtifs des autres, les éclats de voix. Il y a trop de bruit dans ces moments-là, trop de choses à entendre, de choses que je préfère éviter. Je préfère l'isolement, juste un instant de calme avant de repartir dans le tourbillon de tout ce qui m'attend.
Il y a ce poids constant, ce sentiment que je dois toujours en faire plus, que je ne peux jamais me relâcher.
Je ne veux pas rester là plus longtemps, me noyer dans ces pensées. Mais quelque chose me taraude. Clara. Elle n'est plus loin dans mes pensées, elle est juste là, quelque part, et je n'arrive pas à m'empêcher de me demander pourquoi elle occupe autant de place dans ma tête.
Je rentre à la maison, la porte d'entrée qui grince me tire un peu de mes pensées. Je suis fatigué, pas seulement physiquement, mais mentalement. L'entraînement de ce soir a été encore plus lourd que d'habitude, et la pression que je ressens depuis des semaines me pèse sur la poitrine. Le match de samedi approche, et c'est comme si chaque minute, chaque seconde, me rapprochait de l'inévitable : l'attente de mon père.
— Tu es en retard, Léo, me lance ma mère, en levant à peine les yeux de son livre. Elle n'est jamais vraiment en colère, juste inquiète, comme toujours. Elle sait que je porte beaucoup sur mes épaules, mais elle ne sait pas ou refuse de voir, à quel point c'est difficile.
— Je sais, désolé, je réponds en enlevant mes chaussures, mon sac de sport traînant derrière moi. Il y a une lourdeur dans l'air, une sorte de tension à laquelle je ne peux pas échapper.
— Tu veux manger quelque chose ? Elle se lève et se dirige vers la cuisine, mais je n'ai absolument pas faim. J'ignore si c'est l'épuisement ou simplement l'indifférence de ce soir, mais je me contente de secouer la tête.
— Non, ça va.
Je me laisse tomber sur la chaise de la salle à manger, mes mains posées sur la table, le regard perdu. Je n'ai pas envie de parler, pas maintenant, pas avec eux. Mais je sais que c'est inévitable. Mon père va arriver, et il aura ses attentes. Toujours ses attentes.
Quelques instants plus tard, il entre dans la pièce, son visage grave comme d'habitude. Il me jette un regard rapide, puis il se dirige vers la table.
— Tu ne manges pas ? Il me fixe, un peu trop intensément, et je sens le poids de son regard se poser sur moi.
— Tu n'as toujours pas l'air d'avoir faim après l'entraînement. Qu'estce qui ne va pas, Léo ?
Je hausse les épaules, fuyant son regard.
— Rien, ça va.
Il fait une pause, et je sais qu'il attend que je lui dise quelque chose de plus. Mais je n'ai pas envie de lui dire quoi que ce soit. Pas ce soir.
— Tu sais, ce n'est pas normal, reprend-il, sa voix plus basse maintenant, mais toujours aussi ferme.
— Tu te dois d'être au sommet de ta forme. Ce n'est pas juste un entraînement comme les autres. Ce match de samedi, il n'y a pas de place pour l'erreur. Tu as ce potentiel, Léo, mais si tu continues à traîner, tu vas tout gâcher.
Je sens la colère monter en moi, mais je la retiens. Je ne veux pas de confrontation maintenant. Pas ce soir.
— Je fais de mon mieux, je finis par dire, les mots presque étouffés. Mais ça ne suffit pas. Ça ne suffit jamais.
Ma mère, qui jusqu'alors était restée en retrait, intervient doucement, son ton plus doux, mais on sent l'inquiétude sous ses mots.
— Léo, tu sais que tu peux nous en parler, non ? Si tu es fatigué ou si tu as besoin de repos, il n'y a pas de honte à ça. On peut comprendre que tout ça te pèse.
Je la regarde un instant, une étrange sensation de frustration me serrant la gorge. Elle ne comprend pas, elle ne peut pas comprendre. Elle pense que tout ça, tout ce que je ressens, c'est simplement de la fatigue, qu'il suffit de dormir pour que ça passe. Mais ça ne passe pas. Ça ne part pas, peu importe combien je dors. C'est en moi, au fond, ce poids constant. Et c'est de plus en plus difficile à porter.
— Je suis juste fatigué, je dis enfin, mais mes mots sonnent faux, même à mes propres oreilles.
C'est tout ce que je peux dire, tout ce que je peux offrir. Parce que la vérité, c'est que je ne sais pas comment expliquer ce qui se passe dans ma tête. Ce n'est pas juste la fatigue physique. C'est tout lereste. La pression. Les attentes. Les rêves que mon père projette sur moi, et ce vide qui se creuse de plus en plus à l'intérieur.
Mon père me fixe un instant, puis il soupire.
— Tu ne peux pas te permettre de ralentir maintenant, Léo. Tu veux jouer dans une grande équipe universitaire, tu veux faire partie de l'élite ? Alors il va falloir que tu donnes tout ce que tu as. Chaque jour. Chaque minute. C'est ça, la réalité.
Je baisse les yeux. Mon père a raison, à sa manière. Mais à quoi bon ? Si je le fais pour lui, je ne sais même pas si ça me rendra heureux. Je ne sais même pas si c'est ce que je veux au fond.
Ma mère, voyant la tension dans l'air, essaie de détendre l'atmosphère.
— Léo, tu as le temps. Pas besoin de tout gérer d'un coup. On est là pour toi.
Je ne réponds rien. Je me contente de fixer mon assiette, de laisser le silence s'installer entre nous.
La table est encore pleine des restes du dîner, mais il fait déjà sombre dans la maison. Ma mère commence à débarrasser, tandis que mon père se lève de sa chaise, jetant un dernier regard vers moi. Il ne dit rien, comme s’il attendait quelque chose de moi. Mais je sais qu’il n’attend pas vraiment des mots. Il attend des résultats. Il attend que je sois prêt.
Je me lève lentement, le regard perdu dans mon assiette, la sensation de ne pas avoir mangé grand-chose, même si j’ai englouti tout ce qui était devant moi. Je n’ai pas faim de toute façon. Je me pousse à finir pour que ça paraisse normal, pour qu’ils n’aient pas à s’inquiéter davantage. Mais au fond, je sais que ça ne changera rien.
— Tu vas t'entraîner ce soir ? me demande mon père, sa voix calme, mais avec cette pointe de fermeté qui me fait grimacer intérieurement.
Je me tourne vers lui, mais je n’ai pas de réponse immédiate. Le poids de ses attentes me tombe dessus une nouvelle fois. Je ne veux pas, mais je sais qu’il n’y a pas d’autre choix.
— Oui, je finis par dire en hochant la tête. Je vais me préparer.
Il hoche la tête, satisfait de ma réponse, et s’éloigne dans le salon, sans un mot de plus. Ce genre de conversation, c’est toujours pareil avec lui. Pas de place pour les doutes ou les questions. Ce n’est pas dans ses plans. Il n’y a que l’objectivité, la rigueur et la recherche de la perfection.
Ma mère, elle, me regarde un instant, ses yeux pleins de cette inquiétude silencieuse qui ne me quitte jamais. Elle sait que quelque chose ne va pas, mais elle préfère ne rien dire. Elle a l’habitude de me voir me replier sur moi-même, de m’entendre dire que « ça va », même quand ça ne va pas. Elle se contente de nettoyer la table, sans chercher à en savoir plus.
Je n’ai pas envie de parler ce soir. Je suis épuisé, mais pas seulement physiquement. C’est comme si tout en moi était vidé, comme si chaque mot que je dirais serait un fardeau de plus à porter. Je me dirige vers la porte de ma chambre, le silence de la maison pesant sur mes épaules.
— Bonne soirée, Léo, prononça ma mère dans un murmure, sans vraiment me regarder.
— Bonne soirée, je réponds presque automatiquement.
Je ferme la porte derrière moi, le bruit de l’obscurité m’enveloppant. Les murs de ma chambre semblent se resserrer autour de moi, comme si l’espace se réduisait chaque jour un peu plus. Je me laisse tomber sur mon lit, le regard perdu au plafond.
Je n’arrive pas à chasser cette sensation de vide. Et cette pression… elle ne me quitte jamais. Pas un instant. C’est comme une ombre qui me suit partout, m’empêchant de respirer, de penser à autre chose.
Je prends un moment pour respirer profondément, mais la tension est toujours là, dans mon ventre, dans ma gorge. Peut-être que je devrais juste m’endormir. C’est une pensée qui m’effleure, mais je sais que ce n’est pas la solution. Parce que le lendemain, tout recommencera. Et je serai là, encore, à courir après ce rêve, cette image de perfection que mon père attend de moi.
Je me relève et me dirige vers mon sac. J’en ai assez de rester là, à ruminer dans le silence de ma chambre. J’enfile rapidement mes vêtements de sport, toujours un peu trop serrés, toujours trop ajustés. Une partie de moi se dit que peut-être, si je me pousse encore un peu, si je fais encore plus d’efforts, tout ça finira par avoir un sens. Mais je sais au fond que ce n’est pas ça. Que ce n’est jamais ça.
Je prends mes baskets, les enfile et me dirige vers la porte. Ce soir, je vais courir, m’entraîner. Je vais repousser mes limites, comme toujours. Parce que c’est ce qu’on attend de moi. Puisque c’est ce que je suis censé faire. Mais au fond, je me demande si je le fais pour moi, ou juste pour satisfaire les attentes des autres.
Je passe devant la porte du salon, où mon père est assis dans son fauteuil, plongé dans son journal. Il me jette un regard, mais il ne ditrien. Je n’en attends pas moins de lui. Il n’a rien à me dire. Il attend juste que je prenne mes responsabilités. Que je fasse ce qu’il faut.
Quand je sors de la maison, l’air frais de la nuit me frappe en plein visage. C’est un contraste brutal avec la chaleur de la maison, et ça me fait du bien. Mais même ici, la pression est là. Elle reste avec moi, comme une compagne invisible, mais omniprésente.
Je me mets à courir. Un pied devant l’autre, encore et encore, jusqu’à ce que ma respiration devienne haletante et que mes muscles me supplient d’arrêter. Mais je continue. Parce que c’est ce que l’on attend de moi. Puisque je ne peux pas m’arrêter. Je ne peux pas.
Je m'arrête net, j'ai l'impression que mon cœur va sortir de ma poitrine tant il bat fort.
Je rigole amèrement en repensant à ce que me dit presque chaque jour mon père : ne te plains plus, au moins il bat...
Le matin est toujours le même. Le réveil sonne trop tôt, et je lutte un peu pour sortir de mon lit, la tête encore pleine des rêves que j'ai laissés derrière moi. Je me traîne hors de la couverture, les pieds froids contre le sol, et j'enfile mes chaussons avant de m'avancer vers la salle de bain.
Le miroir me renvoie une image un peu floue, un peu terne. Je me regarde un moment, comme si je pouvais y trouver quelque chose qui m'échappe. Quelque chose que je n'ai pas vu. Mais non, c'est toujours la même Clara qui me fixe avec ses yeux fatigués et son esprit embrouillé.
Je finis par me préparer sans grand enthousiasme, comme chaque matin. Le bruit de la porte de la salle de bain qui s'ouvre me tire de mes pensées. Ma mère entre, un sourire fatigué aux lèvres, ses cheveux encore un peu éparpillés, mais elle dégage une chaleur qui me réconforte.
— Tu as bien dormi ? demande-t-elle en se penchant pour poser une main douce sur mon épaule. Elle a cette manière d'être à la fois présente et discrète, comme si elle savait toujours quand j'avais besoin d'un peu de réconfort, même si je ne le demande pas.
— Oui, ça va. Un peu… de mal à m'endormir. Je réponds avec un sourire qui ne cache pas vraiment l'anxiété qui me serre la gorge. C'est toujours pareil, chaque soir. Des pensées qui tournent en boucle, des rêves qui se mélangent à des réalités qui me font peur.
Elle me regarde avec une légère inquiétude dans les yeux.
— Tu sais, si tu veux en parler, je suis là.
Je hoche la tête, mais je n'ai pas envie de lui dire ce que je ressens. Ce n'est même pas que je ne lui fais pas confiance. C'est juste… je ne trouve pas les mots. Et puis, je ne veux pas l'inquiéter. Elle a déjà assez à faire avec son travail, et je ne veux pas lui ajouter une nouvelle préoccupation.
Je m'habille rapidement, jetant un coup d'œil à l'horloge. Il est déjà temps de partir. Ma mère est toujours là, mais elle me laisse me préparer, comme si elle savait que je préfère avoir quelques minutes seule avant de sortir. Elle finit de préparer mon petit-déjeuner, et je m'assois à la table, mais je n'ai pas faim. Je prends juste une tasse de thé, ça me suffit pour ce matin.
Elle s'assoit en face de moi et regarde mes cheveux, un peu en bataille.
— Tu devrais peut-être les attacher, non ? Comme ça, ça te gênemoins.
Elle a ce ton doux, mais qui me fait sentir que, d'une certaine manière, elle connaît bien mes habitudes, mes doutes.
— Tu sais, tu n'as pas à tout garder pour toi. Tu es ma fille, Clara. Et j'ai vu que quelque chose te tracasse.
Je soupire, posant ma tasse. Elle me connaît trop bien.
— Je sais, maman. C'est juste… je pense trop à des choses inutiles. Je me demande si je vais réussir à faire tout ce que je veux.
Je cherche mes mots, mais ils semblent se perdre sur le chemin.
— Comme si je n'étais pas assez bonne.
Elle me fixe un instant, comme si elle pesait chaque mot avant de répondre.
— Tout ce que tu fais, c'est pour toi, Clara. Pas pour les autres. Tu n'as pas à être parfaite, tu n'as qu'à être toi-même.
Elle me sourit doucement, un sourire rassurant qui semble effacer un peu de la pression que je ressens.
— Ne laisse pas les doutes te contrôler. Tu es plus forte que tu ne le crois.
Je baisse les yeux, gênée.
— C'est juste que… je me sens souvent à côté de la plaque. Comme si les autres avaient tout compris, et moi, je suis là à essayer de tout caser dans ma tête.
Elle se lève alors pour poser une main sur ma tête, comme si cela suffisait à me donner un peu de réconfort.
— Tu as tout le temps d'y arriver, Clara. Ne te mets pas trop de pression. Et surtout, n'oublie pas que tu n'es pas seule. Je suis là, et tout ira bien.
Je la regarde, touchée par ses paroles. Parfois, il suffit de si peu pour se sentir un peu plus légère. Mais tout de même, une partie de moi reste ancrée dans ce sentiment de ne pas être à la hauteur. Et ce n'est pas simple à effacer, même avec tout l'amour et le soutien du monde.
— Merci, maman, je dis, presque en murmurant, avant de me lever et d'attraper mon sac.
Elle me suit jusqu'à la porte, et avant que je ne parte, elle me donne une dernière recommandation.
— Et souviens-toi, Clara, tu es déjà exceptionnelle.
Je lui souris, puis je ferme la porte derrière moi, le cœur un peu plus apaisé, mais toujours en proie aux doutes qui me rongent.
