Takotsubo - Yves Rozier - E-Book

Takotsubo E-Book

Yves Rozier

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Beschreibung

"Le corps sans tête a été découvert échoué, accroché à des rochers en contrebas du chemin. Il est environ vingt-trois heures lorsque l'alerte est donnée aux pompiers. C'est un promeneur tenant à son anonymat qui se baladait sur le sentier dit des contrebandiers qui a fait cette horrible découverte : celle d'un cadavre dont la tête aurait été coupée ..." Il y a enquête. Qui était-il ? Quelle était sa vie ? Que s'est-il passé ?

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Seitenzahl: 85

Veröffentlichungsjahr: 2022

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Pour mes amis morts et mes amis vivants …

Comment j’aime Vincent : prêt à m'ouvrir la poitrine pour déposer mon cœur à ses pieds.

Hervé Guibert 14/12/1955 – 27/12/1991 Extrait de « Fou de Vincent »

Sommaire

Dans le journal local ...

Alain, qui a trouvé le corps ...

Georges, employé de la capitainerie...

Jean-Jacques, le témoin ...

Enzo, le pêcheur-dealer…

Augustin, le pêcheur de la tête ...

Pierre-Yves, le médecin-légiste ...

Carmelo, le cafetier Italien ...

Marguerite, la voisine ...

Myriam, la sœur de David...

Sandro, l'ami de toujours...

Gilda, la mère de Gino …

John, de la brasserie de l'avenue ...

Adam, le fils ...

Robert, le propriétaire du garage...

Mathieu, de la brasserie du port ...

Bérénice, l’épouse de Vincent ...

Vincent, le cardiologue...

Sauveur, le policier...

La lettre de Seth ...

DANS LE JOURNAL LOCAL ...

Un corps décapité a été découvert le long du chemin des contrebandiers de la côte entre le port et la basse corniche dans la nuit de jeudi à vendredi. Le substitut du procureur s'est rendu sur place. Ce dernier a requis la présence d'un médecin-légiste. Les gendarmes ont bouclé la zone. L'identité du corps demeure toujours inconnue.

Le corps sans tête a été découvert échoué, accroché à des rochers en contrebas du chemin. Il est environ vingt-trois heures lorsque l'alerte est donnée aux pompiers. C'est un promeneur tenant à son anonymat qui se baladait sur le sentier dit des contrebandiers qui a fait cette horrible découverte : celle d'un cadavre dont la tête aurait été coupée.

Appelés par le témoin qui a trouvé le corps mutilé, les pompiers présents ont alors rapidement sécurisé les lieux ne pouvant rien faire pour la victime, et pour ne pas polluer ce qui pourrait s'apparenter à une scène de crime jusqu'à l'arrivée des gendarmes.

L'affaire a été prise très au sérieux pour que dans la nuit même le magistrat du parquet de permanence de la ville se déplace sur le site pour superviser l'enquête.

— En tenant compte des éléments que nous connaissons, tout ce que je peux dire, c'est que cette découverte macabre est inattendue et inhabituelle.

Il a tenu à préciser également qu'il faisait appel au concours d'un médecin-légiste pour comprendre ce qui s'est passé.

Selon nos informations, le corps serait celui d'un homme. Dans la nuit, les enquêteurs de la brigade de recherches ont débuté leurs investigations en gelant le secteur de ce qui pourrait être le théâtre de cette horreur.

Joint par nos soins, ce vendredi, le procureur est encore peu prolixe sur cette affaire hors normes. Pour l'heure l'identité du corps reste toujours inconnue. La thèse d'un acte terroriste ne serait pas privilégiée. Le parquet national antiterroriste de la capitale nous confirme qu'il n'a pas été saisi.

Extrait du « Côte d'Azur-Minutes »

ALAIN, QUI A TROUVÉ LE CORPS ...

Alain, en réalité Jean-Alain. En fait, je fais court, au plus court, je préfère qu’on m’appelle juste Alain.

Autour de vingt-trois heures, je crois. Oui, jeudi, c'est ce jeudi-là que ça s'est passé … J'y vais de temps en temps. C'est exact … Oui, je sais, c'est un endroit connu pour ça … Oh oui, je m'en souviens très bien, ça m'a fait un choc, un vrai choc. C'est depuis que je vais mal … très mal …

Là-bas ? Pourquoi je traîne là-bas ? Pour voir la mer et les reflets de la lune. Le clair de lune … Oui, il y a des rochers et des recoins, des recoins sympas … Je sais. C'est vrai. C'est vrai, j'y vais aussi pour ça, pour la drague … Pour rencontrer quelqu'un, trouver l'âme sœur … Enfin l'âme sœur, je rêve, mais bon, bon … On ne sait jamais …

Pour le moment, je n'y suis pas retourné, je ne crois pas que j'y retournerai de sitôt, sûrement pas de sitôt …

Donc, ce soir-là, je descendais vers la mer. C'était tranquille. Très tranquille … J'ai un rocher où j'aime bien me poser, où je me mets souvent, oui assez souvent … De là, je vois tout ce qui se passe, ou presque tout ce qui se passe …

Moi ? Je préfère me faire aborder … Je suis du genre timide, assez timide … Je n’en ai pas l'air ? C'est vous qui le dites.

Bon, une fois installé à mon poste, je regarde tout autour. Oui, autour de moi … Et c'était calme. Le jeudi, c'est au cœur de la semaine, alors … Et là, juste en contrebas, au niveau de l'eau, là juste là ! Presque à cinq ou six mètres de moi, j'ai vu un truc bizarre qui allait et qui venait …

Qui flottait … Qui était ballotté par les vagues, des petites vagues, des vaguelettes … Non, il faisait clair, assez clair et doux. Oui, le ciel était dégagé. Il y avait la lune. Pas pleine totalement mais assez pour qu'il y ait une certaine clarté. Non. Il n'y avait pas de vent, aucun. Même pas une petite brise. C'était comme si ce truc-là était bercé par la mer. Comme porté tout doucement par la mer, tout près des rochers.

Je me suis levé et je me suis rapproché de ce machin, au plus près, jusqu'au niveau de l'eau, oui de l'eau. Et là, je vous dis, ça m'a fait un choc, un vrai choc … Quand j'ai compris ce que c'était. Malheur, ce que c'était. Un vrai malheur : c'était un homme … Un homme nu … Il était nu, entièrement nu. C'était ce que je voyais, c'était facile à voir, à voir ce type comme ça … Je pouvais voir son sexe, alors oui, j'ai vu que c'était un homme, un vrai homme … Il était éclairé par la clarté de la lune. La lune blanche …

C'était bien suffisant pour voir ce que j'ai vu. Assez suffisant … Et … Il n'avait pas de tête. C'est ce que j'ai vu. Il n'y avait pas sa tête. Un choc. Un vrai choc. Un corps sans la tête. C'est affreux. Vraiment affreux … J'ai eu peur, très peur. Un film d'horreur, une horreur totale … J'ai cru que j'allais me pisser dessus. Ça m'a pris comme ça … Exactement comme ça … Et j'ai eu un haut-le-cœur, une nausée. J'ai paniqué. Je me suis mis à trembler. Je tremblais fort de tout mon corps, ça devait être la panique ou quelque chose comme ça …

Je ne savais plus ce que je devais faire. Rester ou partir. Ou courir très loin … Alors, je suis remonté en vitesse jusqu'à la route. J'ai franchi les marches de l’escalier. Deux par deux. Ce soir-là comme par hasard il n'y avait personne ... Bien sûr, personne pour m'aider … Pas un seul promeneur, pas un seul mec, quoi ! J’étais seul avec ça. C'était l'enfer. J'étais en enfer …

J'ai senti qu'il fallait que je pisse. Vite, j'ai fait contre le parapet en haut des escaliers. Les escaliers en pierre et après, j'ai traversé à la route … Et là, je me suis assis au pied d'un pin parasol. Mes jambes tremblaient encore, elles étaient en coton. En coton tout mou … Je me suis dit que cet arbre allait me protéger ... Me protéger de quoi ? Je sais pas. Après ...

Après un long moment, je me suis dit que je devais vérifier si j'avais pas rêvé. Je suis redescendu tout doucement jusqu'à la mer et c'était toujours là. Il était toujours là ! Au même endroit, c'était sûr, j'avais bien vu ce que j'avais vu. Alors, à nouveau, je suis remonté jusqu'à la route. Il fallait que je retrouve le calme. Que je me pose et que j'arrête de trembler bêtement, que j'arrive à me maîtriser. Enfin, quand je me suis calmé …

Alors, j'ai appelé les pompiers, c'est ça. Les pompiers … Qu'est-ce que je pouvais faire ?

Pourquoi les pompiers ? je ne sais pas … Je ne sais plus … J'avais peur. Je transpirais et j'avais froid en même temps. J'avais pas toute ma tête. Pas la tête … Pourquoi pas la police, je vous le dis, je ne sais pas … Je ne sais plus. Après c'est le noir total. Je me suis évanoui …

C'est un pompier qui m'a réveillé au pied de l'arbre, du pin … Il m'a pincé le téton. Mon téton droit. J'ai gardé un bleu au sein … Ça fait énormément mal, très mal. Mais oui c'est sûr, ça vous réveille. Ça m'a bien réveillé. C'est certain … Il m'a dit que j'avais perdu conscience. Moi, je sais que je me suis évanoui. J'étais sous le choc … Ils m'ont installé en attendant dans la cabine du camion avec une couverture argentée sur les épaules … Toute argentée, vous savez comme en aluminium …

Ils n'ont pas repêché le corps tout de suite. La police est arrivée très vite. Et ils ont fait des photos, plein de photos. Je voyais les flashs. Les flashs qui se reflétaient dans l'eau … Ils ont fait tout ce qu'ils avaient à faire. J'imagine que oui. Tout au moins, oui je l'imagine … Je ne voyais pas tout depuis la cabine, j'étais un peu choqué …

Et, au bout d'un long moment, les pompiers ont récupéré le bonhomme. Le bonhomme sans tête … Ils l'ont mis dans une espèce de sac. Un sac costaud … Ils l'ont remonté. Et après, on est partis à l'hôpital. L'hôpital du centre-ville …

Oui, j'y ai vu un médecin et aussi un psychologue. Plutôt une femme psychologue … Oui bien sûr, je continue à voir un psychiatre, enfin celui de ma mère. De ma pauvre mère qui est partie l'an dernier …

Je sais. Je vous dis qu'il était nu. Il avait une drôle de couleur, une couleur de peau cirée, lisse, blanchâtre sous la lumière de la lune …

S'il avait des tatouages ? Des gros tatouages ? Alors-là, impossible à dire, pas possible, dans l'état que ça m'a mis …

Malheureusement je vois encore cette image. Elle revient à certains moments. Comme ça par moments … Comme un flash … J'en suis fatigué, vous savez.