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Quatre hommes et quatre femmes en mal de richesse et de notoriété tentent leur dernière chance de reconnaissance en participant à une nouvelle émission suisse de téléréalité : Télé-Riviera. Plus personne ne se souvient de ces individus qui ont pourtant connu un jour la célébrité et qui viennent s’exhiber dans l’espoir de la ressusciter : l’une était mannequin, ou Miss Suisse, patineuse, l’un footballeur de la Nati, ou chanteur, acteur, une autre a fait le buzz médiatique et, parmi eux, se trouve un homme qui a perdu la raison. Toutes et tous ont remis leur destin entre les mains d’un producteur impitoyable et aveuglé par le gain… Télé-Riviera est une satire de la télé-réalité, confrontant des personnages caricaturaux dans un huis clos où l’argent est le véritable moteur de l’action. Entre maladie, agression, deuil, blessure, quelle torture supplémentaire pourrait-on leur infliger pour faire de leur malheur un véritable divertissement ?
À PROPOS DE L'AUTRICE
Elise Vonaesch est née en 1999 et suit des études de Lettres à l’Université de Genève. "Télé-Riviera" est son troisième roman après "Clandestines" en 2019 et "Comment volent les oiseaux blessés ?" en 2022. Le premier a été récompensé par le prix de théologie des Universités romandes, ainsi que le prix Colladon. En 2023,
Elise Vonaesch est sélectionnée dans le programme de la Relève littéraire suisse romande
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Seitenzahl: 158
Veröffentlichungsjahr: 2024
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Elise Vonaesch
Télé-Riviera
Le monstre n’a pas de visage,
Le fou n’a pas d’âme,
Judas n’a pas de pitié.
Et l’être humain ?
PROLOGUE
La télé a cela de fascinant qu’elle renferme en elle tout un monde, des mondes, qui font irruption dans le nôtre : on invite chez nous des érudits, des stars, des idiots, des gens avec qui nous ne parlons jamais mais que nous regardons avidement, en oubliant l’écran qui nous en sépare.
Initialement, le but était simple : inaugurer une nouvelle émission de la RTS en remettant des stars passées sur le devant de la scène et leur donner le rôle de banales candidates et candidats de téléréalité. Elle se déroulerait sur un bateau traversant le Léman de Montreux à Genève. Était-ce une idée généreuse à l’égard des stars déchues ? Ou plutôt un moyen de s’assurer l’audience nécessaire pour lancer l’émission en recyclant des protagonistes qui attireraient du monde ?
Ce qui est sûr, c’est que tous les candidats ont connu le succès et la célébrité ; qu’un jour, ils étaient familiers de tous, et tous voulaient savoir si leur public se souvenait d’eux.
« TÉLÉ-RIVIERA » ÉPISODE 1 – MONTREUX
Il fait sombre. L’atmosphère est tendue. Personne ne sait ce qui va leur tomber dessus. Ils attendent, dans la pénombre du bateau, les muscles contractés, la mâchoire serrée. Ils attendent, s’imaginant tout et n’importe quoi, espérant parfois.
Ils ne se distinguent même pas les uns des autres. D’ailleurs, c’est à peine s’ils se regardent.
Un silence de mort règne. On entend seulement une voix grave qui murmure : « Ça y est, les gars. On y est… »
Il est écrit en grand Télé-Riviera sur la coque du bateau qui relancera des célébrités dans la lumière. La production a choisi Montreux pour le départ. Réputé pour ses festivals de jazz et du rire et avec un tel panorama, les palmiers, l’eau turquoise, les palaces et la vue sur les Alpes, il y a de quoi vendre du rêve au public comme aux candidats.
Ils sont huit.
Quatre femmes et quatre hommes.
Huit anciennes célébrités en mal de lumière, d’attention, de luxe. Ils arrivent pleins d’espoir sans savoir ce qui les attend. Ils sont là, prêts à tout, tremblants mais déterminés.
Maelie
Armand
Ludmila
Sasha
Auréliane
Johann
Candice
Martial
Il y a peu, ils étaient encore mannequin, acteur, patineuse, chanteur, Miss, footballeur.
Mais lui là, caché derrière les autres, le plus vieux, impossible de dire d’où il vient, ni de quand date sa célébrité. On a beau chercher, cet homme est un inconnu ; on aimerait simplement savoir de qui il s’agit et comment il a marqué les esprits.
On raconte à son sujet que c’était un homme drôle, puis un homme triste, et que maintenant il est fou. Le plus fou des hommes.
Autant dire que le producteur ne l’avait même pas vu. Lorsque Martial apparaît à l’écran, le producteur écarquille les yeux et se tourne vers la productrice adjointe de l’émission :
« Tu peux me dire où vous êtes allés le chercher, celui-là, l’illuminé ?…
– C’est ton assistant qui l’a trouvé, répond-elle.
– Qui ?
– Lui, là-bas, le jeune. Il dit qu’il en a été traumatisé à l’époque.
– Pourquoi traumatisé ?
– Je sais pas, je lui ai pas demandé. »
Le producteur hausse simplement les épaules : « Si elles finissent toutes comme ça, les stars déchues, on n’est pas dans la merde… »
Il se lève et fait les cent pas, se retenant de se ronger les ongles. Il est tellement nerveux que la productrice adjointe sent la tension la saisir dès qu’il s’approche.
« C’est pas des femmes qu’on nous a mises sur ce bateau, dit-elle pour briser le silence. Regarde-les, ce sont des barbies, elles sont rafistolées comme c’est pas possible. Elles brillent comme du plastique !
– Ça, c’est pas un problème.
– C’est parce qu’à la télé on montre des pseudo-femmes. Avoue que, quand on a vu arriver Ludmila, on a tous dit ouf, parce qu’elle a l’air à peu près humaine… »
Ludmila était championne de patinage artistique. En simple ou en couple, on la voyait jusqu’au bout de chaque compétition, elle était la sportive la plus médiatisée et on n’a vu qu’elle lors des Jeux olympiques d’hiver il y a huit ans. Elle était la plus jeune. On faisait l’éloge de sa grâce et de sa légèreté sur la glace, des chorégraphies remplies d’émotion qui touchaient chaque spectatrice et spectateur.
Si elle ne patine plus depuis quelques années, c’est à cause d’une blessure en pleine représentation, devant tout le public qui l’acclamait. Elle a subi leurs regards de pitié comme une véritable humiliation. N’ayant pas osé retourner affronter la glace, elle s’est tapie dans l’ombre dans l’espoir de revenir bien plus forte, presque une nouvelle patineuse. Mais il n’en fut rien.
« Le public va trouver direct, je le crains, s’inquiète le producteur. Et l’émission sera foutue en une semaine seulement.
– Pas sûr…
– Pour Sasha d’accord, on ne peut pas savoir qu’il est chanteur. Mais la top model, ça crève les yeux ! Elle pourrait rien faire d’autre que du mannequinat ! Et puis la Miss aussi, avec son sourire qui lui colle au visage, elle change jamais d’expression.
– Laisse-leur le temps de se dévoiler, c’est normal qu’ils ne dégagent rien encore. Et t’exagères, le public ne va pas trouver tout de suite.
– Mais Armand, cette espèce d’acteur, là, je suis sûr qu’il a été pistonné. Quand t’as vraiment du talent, ta carrière dans le cinéma ne s’arrête pas, surtout qu’il avait envie que ça continue. »
La productrice adjointe se tourne vers le producteur et demande : « Mais cette émission, c’est aussi pour relancer leur carrière, non ? »
Le producteur ricane, comme il adore le faire : « On n’a jamais prétendu que notre émission était philanthropique, répond-il. On cherche à bénéficier de leur prétendue notoriété, mais je sais pas toi, j’ai pas encore mis la main dessus. Il y a intérêt à ce qu’ils se révèlent, parce que cette émission elle doit pas rester qu’en Suisse, hein. Je veux vendre mes droits d’auteur dans toute l’Europe. Je vais te faire remonter le niveau de la téléréalité, moi, tu vas voir… »
Elle se tait. Ce n’est que le début de l’émission, il va falloir tenir. Et le producteur n’aura plus d’ongles à ronger vu comme il les dévore en ce moment, avant de les lâcher pour dire : « Du coup, pour le vieux fou, là, c’est quoi son prénom ?
– Martial ?
– Voilà, personne ne va trouver. On sera obligés de mettre que deux propositions à choix pour lui… Serais curieux, quand même, de savoir ce qui lui est arrivé… »
Il en sera de même pour Armand, l’acteur qui ne tourne plus depuis quelque temps. On le connaît surtout depuis qu’il est apparu dans une publicité particulièrement lascive aux côtés de Cindy Crawford il y a plusieurs années et qui a fait le tour du monde. On se l’est arraché un moment pour de grands films, puis d’autres comédiens ont pris sa place. Comme il ne restait de lui que cette publicité dans la mémoire collective, on ne lui proposait plus que du X.
En acceptant de participer au jeu, Armand a choisi de faire le buzz de sa vie : se suicider en direct, face caméra, à l’issue de l’émission.
Il a longtemps hésité à simuler sa mort, mais finalement c’est décidé, il se tuera réellement. C’est le seul moyen pour s’élever à nouveau.
Dans le hall trône un canapé. Il symbolise les ébats, la télévision, la promotion. Personne ne s’assied dessus de peur de ne plus pouvoir se relever.
Lorsque les candidats font irruption sur le bateau, ils se précipitent dans toutes les pièces, et il s’avère ne pas y en avoir beaucoup. Un salon, une cuisine, une chambre et le pont. Le reste ce sont les loges : le producteur de l’émission tenait à être sur place, sur le bateau même. Il tenait aussi, sans que personne ne comprenne pourquoi, à orner les murs de miroirs. Les protestations des cameramen n’y ont rien fait. Il désirait être le seul maître à bord.
Candice et Auréliane, le mannequin, découvrent les premières la salle de bains, suivies du footballeur, tandis que les autres candidats visitent le salon. Ils semblent à la fois euphoriques et inquiets, se demandent si ce bel endroit n’est pas un peu étroit pour huit personnes, sans compter toute l’équipe de tournage déjà appliquée à filmer leur moindre intimité. Mais ils se répètent tous : « C’est incroyable ce qui nous arrive ! »
Maelie, la Miss, repère rapidement le pont, lieu un peu à l’écart pour les moments de ras-le-bol. Le bateau est encore à quai et on aperçoit au loin le Château de Chillon au bord du lac, un lieu familier pour les petites princesses que la production a recrutées ; Armand, l’acteur, ne repère rien. Il regarde tout de haut, décontracté, les mains dans les poches, ne laissant rien paraître ; Sasha, le chanteur, semble effrayé, mais encore sous l’effet de la surprise : il ne s’imaginait pas un espace aussi restreint et redoute déjà quand, bientôt, ils commenceront à tous se marcher dessus et ne se supporteront déjà plus. Il scrute chaque pièce, à la recherche de quelque chose de familier. Quand il traverse la chambre et se dirige vers la salle de bains, il aperçoit dans le reflet du miroir Auréliane s’enfermer dans les toilettes.
Il ne l’a jamais vue. Il ne sait pas qui elle est et elle ne lui rappelle rien. Elle a un physique terrible, un corps qui semble inexistant sous les vêtements, et ses cheveux, visiblement abîmés et brûlés, recouvrent en partie ses épaules frêles. Son allure élancée et maigre pourrait l’inspirer s’il avait la tête à ça, la comparer à un fil suspendu au-dessus du vide pour rappeler la fragilité de la vie. Il suffirait d’un coup de vent un peu trop fort pour faire renverser la silhouette qui marche et s’accroche comme… comme…
Il sort de ses pensées au moment où Auréliane quitte les toilettes en s’essuyant la bouche. Il distingue une larme au coin de son œil. Elle ne va pas bien, il en est certain. Il lui est arrivé quelque chose. Mais quoi ? Quelque chose de terrible, peut-être. Comme eux tous ici probablement, pense-t-il en réalisant brusquement où il a mis les pieds.
Quel téléspectateur penserait ainsi ? Elle déambule comme une déesse : démarche chaloupée, épaules en arrière, bras à peine ballants. En réalité, elle se camoufle, car son corps décharné n’est admirable que sous les projecteurs lorsqu’elle arpente les podiums à moitié nue. Hélas, elle ne les sillonne plus depuis quelques années. Auréliane était mannequin : très connue dans le milieu de la mode, et de loin la préférée des couturiers, elle représentait tous les défilés lors des fashion weeks. Si on retient davantage son visage que son nom, c’est à cause d’images d’elle utilisées par des journalistes afin de dénoncer l’extrême maigreur dans le monde de la mode. Il faut dire qu’elle faisait du 34, mais en période de défilés, elle s’arrangeait pour entrer dans une taille 32. Bien que la singularité de ses traits reste intrigante, elle disparaît sous les os saillants de tout son corps, et ce jusqu’au visage. Pour Auréliane, ces photos ont ruiné sa carrière.
Elles ont ainsi servi de prétexte à sa subite chute dans l’ombre, lui permettant d’éviter de s’avouer qu’elle n’avait tout simplement plus la cote.
Ludmila, la patineuse, est la dernière à ouvrir ses bagages et à déballer ses affaires dans la chambre… ou presque. Martial, le plus âgé des candidats, se trouve dans un coin de la pièce. Il n’a visiblement pas de valise. Quand elle lève les yeux et l’aperçoit, Ludmila sursaute. Elle ne l’avait même pas vu arriver sur le bateau. Il est tourné dans sa direction mais, bien qu’il semble la regarder, il ne la voit même pas. Elle n’ose pas s’approcher, mais cherche à capter son regard : « Tout va bien ?
– Bien. »
Il n’a pas bougé. Elle regarde autour d’elle, ne voit personne, alors elle s’avance un peu : « Tu veux pas rejoindre les autres ? » demande-t-elle avec un léger accent russe. Cette fois il la regarde : « Pour quoi faire ?
– Je sais pas… pour faire connaissance ?
– Ah… oui, peut-être. »
Il se décolle du mur contre lequel il était adossé, puis se dirige vers la porte. Mais avant de franchir le seuil, il se tourne vers Ludmila qui voulait le suivre, et lâche :
« Je sais pas comment faire…
– Comment ça ? Comment faire quoi ?
– Je sais pas vivre avec des gens.
– Ben, pourtant il y en a partout des gens…
– C’est vrai. »
Ludmila le considère un moment, Martial de même. Mais lui ne se demande pas à qui il a affaire, qui est cette personne devant lui venue faire de la téléréalité. En l’observant de plus près, Ludmila est troublée : elle se croit face à un corps vide, voit des yeux sans regard. C’est l’expression de quelqu’un qui a décidé d’en finir, ou en qui quelque chose, déjà, est éteint, comme mort de l’intérieur.
« Ça peut être dur, avoue-t-elle. Moi aussi j’ai peur de pas réussir… mais faut essayer… prendre sur soi et se taire. Et puis surtout faire semblant d’aller bien. Si j’y arrive, tu peux le faire aussi. »
La regardant droit dans les yeux, Martial répond, apathique : « Je sais rester de marbre. »
Au même moment, le bateau quitte le port du Basset à Montreux.
La production a immédiatement repéré les regards de Johann sur Maelie, sur ses fesses surtout. Elle s’empresse d’organiser aussitôt un dîner aux chandelles sur le pont à la nuit tombée, car il faut des amoureux. Maelie ouvre de grands yeux quand l’animatrice lui annonce une surprise. Elle regarde Johann avec crainte, sent venir quelque chose de dérangeant, de mal peut-être. Elle aimerait beaucoup ne pas s’y rendre et simuler un malaise. Mais il est trop tard quand Johann vient vers elle, tout sourire, et la prend par la main. Sauf qu’elle remarque très vite qu’il ne la regarde pas dans les yeux…
Il ne lâche sa main que pour l’aider à s’asseoir en tirant la chaise, et en profiter pour la reluquer encore une fois. Il s’assied en face d’elle sans la quitter des yeux. Maelie est au plus mal. C’est terrible. Tout ce qu’elle redoutait en venant ici. Il y a les vagues à deux mètres ; si c’est trop insupportable, elle peut toujours se jeter par-dessus bord. Au moins il existe une sortie de secours, et elle y pense très fort dès que Johann ouvre la bouche en lui tenant la main, mal éclairé par la bougie : « Je voulais te dire… tu me plais de plus en plus. Je te trouve très jolie… »
Il sent la main aux ongles rongés se crisper.
« J’aimerais vraiment commencer quelque chose…
– Attends.
– Quoi ? »
Elle regarde partout sauf ses yeux à lui. La nuit est tombée sur la Riviera vaudoise, le panorama ne la sauvera pas. La main de Johann pèse toujours plus sur la sienne. Elle est lourde. Elle aimerait la retirer mais il la retient. Elle ne pourra même pas sauter par-dessus bord. Elle commence à trembler, aimerait se retenir mais Johann va le sentir. S’il sait qu’elle a froid, il se rapprochera d’elle pour la réchauffer, la prendra dans ses bras, ou pire peut-être. Elle préfère ne pas y penser et tente de se convaincre qu’elle a chaud.
Lui aussi a chaud. Très chaud. Ce dîner pseudo-romantique en face de cette jolie fille l’émoustille terriblement. Il se voit déjà dans une petite heure les deux dans une chambre se sauter l’un sur l’autre et faire l’amour sauvagement. Et s’il n’y a réellement qu’une chambre pour tous comme il a cru le comprendre en faisant le tour du bateau, les toilettes feront l’affaire. Il commence déjà à trépigner d’impatience sous la table.
« En tout cas, je voulais te dire : si un mec s’approche de toi je lui éclate la gueule ! » reprend Johann.
Elle écarquille les yeux, sans savoir quoi répondre. Johann serre sa main. Il voudrait la tirer vers lui mais elle résiste, reste là où elle est, terriblement figée. C’est un supplice pour Maelie, et encore davantage quand Johann renonce à se taire : « Tu m’as fait quelque chose quand je t’ai vue. Vraiment. Je sais pas si c’est réciproque, mais… ?
– De quoi ?
– Ben, que tu me laisses pas indifférent. Est-ce que moi aussi je… est-ce que tu trouves pas qu’on est fait l’un pour l’autre ? »
Son sourire est affreux. Il l’écœure. Elle voudrait partir en courant, croit se retrouver en face d’un monstre. Il faut qu’elle retire sa main. Il faut qu’elle se débarrasse de lui et que l’un d’eux s’en aille, elle doit s’éloigner de lui…
Maelie est arrivée après les autres sur le bateau, passant discrètement devant les caméras, et s’est faufilée entre ses rivales. Mais sont-elles seulement ses rivales ?
Maelie fut élue Miss Suisse à Berne il y a exactement neuf ans. Désignée quasiment à l’unanimité, elle avait remporté à la fois les votes du jury et du public. Mais si son nom a persisté après son année de règne, c’est en raison de son coming out forcé. Il ne s’agissait pas d’un aveu, mais d’une dénonciation du Blick qui se voulait calomnieuse, et qui a finalement révélé la véritable orientation sexuelle de la Miss.
Elle a gardé de sa beauté naturelle des concours, un peu vieillie, certes, mais elle subsiste. Son sourire semble toujours aussi figé que lors du couronnement. Certains disent que c’est la beauté du diable, qu’elle vous séduit au premier regard.
Peut-être.
Peut-être bien que dans ses veines coule une part du Malin.
Johann revient sur les nerfs de ce dîner avec Maelie. Il n’a pas réussi son coup et ça le met chaque fois en colère, alors il en veut à tout le monde, sauf à lui-même. Il claque la porte le plus fort qu’il peut et va se jeter dans un fauteuil où, une fois assis, plus personne n’aura intérêt à venir lui adresser la parole.
Maelie n’est pas descendue. Elle aimerait bien, surtout qu’il fait froid là-haut. Mais elle a peur que ça lui retombe dessus, qu’il se défoule sur elle alors que l’émission vient tout juste de commencer. Elle préfère affronter le vent glaçant plutôt que Johann devant tout le monde, et surtout les caméras.
Pendant que Johann rumine sa colère, les autres candidats se rassemblent à la cuisine pour préparer le premier repas du soir. Ils discutent allègrement, cassent des œufs, coupent des légumes, la bonne humeur semble régner. Seule Ludmila, la patineuse, est un peu à l’écart.
Quand ils reviennent au salon et commencent à manger, Armand, l’acteur, que personne encore n’a entendu parler jusqu’alors, s’adresse à la tablée : « Je me demandais, maintenant qu’on est tous là : pourquoi vous participez à l’émission ? »
Les candidats semblent réfléchir, se regardent, ne savent pas s’ils doivent le dire…
« L’argent, répond Johann du fond de son fauteuil.
– Que l’argent ?
– L’argent surtout.
– Moi c’est pour retrouver la vie d’avant, dit Auréliane, le mannequin.
– La célébrité, du coup ?
– Ben c’est un ensemble : la célébrité, l’argent, le bonheur…
– Parce que tu crois que t’étais heureuse ? »
Tous se tournent vers Sasha :
« Ben… oui, répond Auréliane. En tous cas plus que maintenant.
– Mais c’est pas le vrai bonheur.
– Pff…
– Il veut nous faire croire qu’il s’y connaît en bonheur, le poète maudit ! s’exclame Johann. Ben nous on sait qu’on peut pas vivre sans argent, et ça personne peut dire le contraire.
– Mais c’est vrai au fond, lance Ludmila. Pourquoi on vivrait pas comme tout le monde ?
– Parce qu’une fois qu’on a connu le luxe, répond Johann visiblement agacé, on peut plus s’en passer
