Tenebris et lux - Tome 2 - Lili Haven - E-Book

Tenebris et lux - Tome 2 E-Book

Lili Haven

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Beschreibung

Durant lui nuit où se déroulait le gala de charité organisé par Kiril Savoski, des hommes entièrement vêtus de noir ont retrouvé un corps inanimé, non loin du Pont-Neuf, à Saint-Pétersbourg, lors de leur ronde quotidienne. La femme portait une robe de soirée mauve et son corps arborait les stigmates de coups, plus ou moins anciens. Que lui est-il arrivé ? Faisait-elle partie de la fête organisée par la mafia ou était-elle une de leur victime ? Plus important encore, l'homme qui l'a retrouvée deviendra-t-il son protecteur ou son tortionnaire à son tour ?




À PROPOS DE L'AUTRICE



Passionnée d’écriture, elle s'est lancée dedans en prenant sa plume à l’âge de 11 ans pour sortir sa première histoire. Aujourd’hui, âgée d’une trentaine d’années, elle a plusieurs histoires à son actif, tant dans la romance que dans le fantastique, et elle ne compte pas s’arrêter là. Écrire un roman est pour elle une échappatoire dans laquelle elle peut construire et déconstruire au fil des pages ses intrigues et transformer un protagoniste en antagoniste, et vice-versa. Elle aime également créer des fins “surprenantes” et créer tant de la frustration que de la surprise et des questionnements chez le lecteur. Elle n’envisage pas une histoire où la fin est connue dès les premiers chapitres, ni que les personnages soient ce que l'on attend d'eux. Loin des clichés, elle attache une importance à faire de ses enfants de papier des “monsieur, madame tout le monde”. Dans ses histoires, elle évoque le handicape, l’abandon, la maltraitance, mais aussi l’amour bien sûr et l’humour.




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Veröffentlichungsjahr: 2024

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Tenebris et Lux

Tome II – Lux

De Lili Haven

Prologue

C'était une journée de fin de mois d'août. Les oiseaux chantaient et piaillaient entre eux. Certains se lovaient même contre leur congénère en donnant de délicats coups de tête. Leur douce et agréable mélodie se faisait entendre par ceux qui tendaient l'oreille et savaient apprécier ces sons naturels. Les nuages n'obstruaient pas l'azur céleste. L'astre flamboyant brillait et ses rayons réchauffaient celles et ceux qui lui présentaient son visage en vue de prendre un bon bain de soleil.

Les vitres de la grande porte-fenêtre, aux rideaux ouverts de couleur champagne, laissaient les rayons chauds venir caresser et effleurer avec douceur le visage aux traits apaisés de l'être fragilisé par la vie qui sommeillait dans un lit moelleux, plaqué contre le mur à gauche de la pièce. La chaleur qu'elle ressentait l'aida à ouvrir les paupières. Elle avait dormi deux jours durant.

Elle était vraiment fatiguée.

La jeune femme cligna plusieurs fois des paupières afin d'habituer ses iris à la lumière vive de la journée. Elle s'étira ensuite de tout son long, ce qui fit crépiter l'ossature de son squelette, jusqu'à ce qu'elle soit capable de mouvoir ses membres endoloris. Certaines de ses articulations se mirent à craquer plus fort sous l'effort.

Où était-elle ?

Allongée sur le dos, elle n'avait pas la force de se lever pour l'instant, aussi, elle se contenta d'observer ce qui l'entourait. Elle était étendue sur un matelas deux places extrêmement confortable et recouvert d'un drap blanc maculé et d'une couette à la parure dorée. Elle découvrit, sur sa droite, un joli meuble laqué blanc orné de ligne couleur or. Deux bouquets de fleurs fraîches, des roses blanches et jaunes, se dressaient élégamment dans deux vases dorés, entourés d'un ruban crème. Au pied du lit, un plaid recouvrait de moitié une petite méridienne blanche ensevelie sous d'épais coussins couleur champagne, eux aussi. En face d'elle, le miroir de la coiffeuse blanche au pourtour couleur or lui renvoyait son image, une horrible image.

Elle orienta la tête sur les deux tables de chevet qui cernaient le lit de chaque côté. Une ravissante lampe de chevet design éteinte était posée sur chacune d'elles. D'épais rideaux occultants, retenus par de ravissants nœuds couleur or en satin, habillaient l'encadrement de la large porte-fenêtre qui donnait accès à une petite terrasse meublée d'un ravissant salon d'extérieur. À droite de la fenêtre, une armoire d'angle blanche, construite sur mesure et également laquée de blanc et bariolée de lignes dorées, présentait de grandes glaces sur les portes.

La jeune fille riva ses yeux sur le plafond en plâtre décoratif blanc sculpté et admira le magnifique lustre suspendu au milieu de la pièce décorée avec richesse et goût. Maintenant qu'elle était totalement réveillée, elle se redressa dans le lit en prenant son temps.

Elle écarta la couette et le drap, dégagea sa jambe droite en-dehors du lit, puis sa gauche et avança les fesses au bord du lit. Elle étira ses jambes et ses orteils nus qu'elle posa par terre, sur un tapis moelleux. Le parquet de la chambre était gris clair, comme le plaid jeté sur le lit.

La jeune femme se mit debout en prenant de grandes précautions ; sa tête tournait et un vertige soudain la fit se rasseoir. Elle resta assise un instant, le temps qu'elle retrouve son équilibre, puis elle étira à nouveau ses jambes et tenta de se lever une seconde fois, non sans craindre de tomber. Lorsqu'elle fut debout et stabilisée, elle se dirigea lentement jusqu'au miroir central de l'armoire dans lequel elle s'observa.

Elle portait une ravissante chemise de nuit en soie blanche aux manches ballons. Le tissu fin, presque transparent et délicat, épousait chacune de ses formes généreuses qui se distinguaient derrière l'étoffe, sans pour autant les dévoiler complètement. Ses longs cheveux formaient un magnifique amas de mèches ondulées, mais il était grand temps de les laver ! La racine était grasse et les premiers centimètres commençaient à devenir poisseux. Les traits de son visage étaient apaisés comme si aucune crainte, aucune souffrance, aucune angoisse ne pesait sur elle. Ses pommettes et ses lèvres roses témoignaient de sa bonne mine. D'habitude pâle et blanche, elle avait du mal à se reconnaître. Elle ignorait combien de temps elle avait passé dans les bras de Morphée, mais elle se sentait en pleine forme ; elle ne s'était jamais sentie aussi bien, malgré un réveil difficile.

La jeune fille fit demi-tour et se présenta à la porte de la chambre qu'elle ouvrit doucement. Ignorant où elle se trouvait, elle ne souhaitait pas se faire remarquer et craignait qu'un fou ne lui tombe dessus par surprise. Où était-elle ? Chez qui venait-elle de se réveiller ? En franchissant le pas de la porte, elle lâcha un petit cri de surprise, constant que le verrou n'était pas enclenché ; elle n'était donc pas retenue prisonnière et ne se fit pas prier pour mettre un pied dehors.

 

 

Chapitre 01

 

La jeune fille pencha prudemment la tête par l'embrasure de la porte et l'orienta de chaque côté du couloir afin de vérifier la présence potentielle d'un occupant des lieux.

Personne.

Les murs du long passage étaient bicolores ; la partie basse d'environ un mètre trente de haut, était faite en lambris de couleur foncée et la partie supérieure peinte en bleu paon. Malgré les tons sombres, des appliques murales diffusaient une lumière tamisée blanche qui égayait la galerie décorée de tableaux magnifiques. Ils, représentaient des paysages et des portraits d'hommes et de femmes qu'elle ne connaissait pas, mais qui devaient être des œuvres d'art.

Lorsqu'elle acquit la certitude que l'endroit était désert et, potentiellement sans danger, elle effectua un pas en avant et sursauta, surprise par la morsure du froid sous sa voûte plantaire, émanant des dalles de carrelages beiges. La jeune femme poursuivit son inspection ; une dizaine de portes présentes de chaque côté du couloir arboraient une couleur vive, originale et unique ; noire, vert émeraude, rouge grenat, marron chocolat, orange cuivre, violet prune, gris argent, beige sépia et bleu minéral. Elle n'envisagea pas une seule seconde de les ouvrir, de peur de tomber sur quelqu'un et de se faire agresser.

Elle avait assez donné comme ça.

Elle se retourna pour voir la teinte de la porte qu'elle venait de franchir ; jaune. Chacun de ces coloris se fondait parfaitement avec celle du couloir et sa décoration. Il ne faisait aucun doute que le ou la propriétaire des lieux avait un sens inné du goût et du luxe, au vu des matériaux utilisés. Soudain, la jeune fille fut prise d'une envie subite de se rendre aux petits coins. Le stress mêlé à l'émotion de se savoir dans un lieu inconnu, sans doute. Elle allait devoir ouvrir les portes pour chercher les toilettes, en espérant qu'il y en avait sur ce palier. Toutefois, à son plus grand bonheur, elle n'eut pas à chercher longtemps ; une petite décoration en porcelaine indiquant deux lettres, W.C., était accrochée à la porte beige.

Elle se saisit de la poignée dorée, l'abaissa et découvrit une pièce d'environ 10m², entièrement constituée de marbre blanc et rose. Un toilette suspendue lui faisait face et une vasque en marbre, suspendue elle aussi, à gauche. Des petites serviettes blanches étaient élégamment entreposées dans une corbeille en osier, à côté d'un distributeur de savon liquide bleu ciel. Même le papier toilette était de qualité et un diffuseur automatique flanqué dans une prise murale diffusait une agréable, mais discrète, odeur de jasmin. Elle verrouilla la porte, de peur qu'on la surprenne faire ses besoins.

Des toilettes de luxe ! s'étonna-t-elle. Il n'y en avait pas des comme ça, où j'étais avant.

La jeune fille releva sa chemise de nuit puis, au moment de saisir sa culotte, elle se rendit compte, horrifiée, qu'elle portait une couche. Elle demeurait choquée quelques minutes avant que sa vessie ne la rappelle à l'ordre. Elle défit la couche qui, heureusement pour elle et pour sa dignité, était sèche. Elle l'enroula proprement sur elle-même, puis à l'intérieur de plusieurs mouchoirs trônant dans une boîte en bois sur la vasque, avant de la jeter dans une poubelle et enfin, prendre place sur le trône. Elle fit sa petite affaire à son aise et gigotant ses orteils rougis par le froid diffusé par les dalles carrelées.

Le papier toilette était doux et parfumé. Elle rit en imaginant que les occupants de cette maison devaient avoir le postérieur délicat. Elle tira la chasse en sachant pertinemment que le bruit pouvait attirer l'attention des gens des habitants, mais elle ne concevait absolument pas de laisser les lieux sales. Elle se lava longuement les mains et s'aspergea le visage d'eau pour se rafraîchir un peu.

Elle fut gênée par le fait de ne pas porter de sous-vêtement, mais en aucun cas elle ne remettra une couche. Elle préférait rester les fesses à l'air. Tant pis !

Elle retourna dans le couloir où flottait une agréable odeur de pain grillé qui se répandait autour d'elle. Affamée, la salive commença à apparaître sur les bords de sa langue. Elle porta une main sur son estomac qui se mit à gargouiller. Une délicieuse effluve de jambon cuit se mêla à la première senteur, ce qui provoqua l'accentuation des gargouillements peu discrets de la jeune fille. Morte de faim, elle suivit ces délicieuses et alléchantes exhalaisons d'un pas pressé, mais alerte. Elle n'oubliait pas qu'elle se trouvait en terre inconnue et donc, potentiellement hostile.

Au bout du couloir, en partant sur sa droite, elle arriva sur le palier. Un canapé scandinave deux places de couleur gris claire était recouvert d'un plaid et calé contre le mur, à gauche du garde-corps de l'escalier. Des magazines de sports automobiles et des véhicules hors de prix recouvraient la table basse au plateau en verre et aux pieds argentés.

Ce qui est sûr, pensa-t-elle, c'est qu'il doit y avoir au moins un homme.

Les balustres verticaux et horizontaux, le garde-corps, la main courante et les marches de l'escalier en L étaient faits en marbre blanc et strié de dorure. Il n'y avait pas d'étage supplémentaire.

La jeune fille agrippa la main courante et entreprit de descendre la vingtaine de marches avec précaution, tout en faisant le moins de bruit possible. Elle ne souhaitait pas se faire surprendre. Après tout, elle ignorait chez qui elle se trouvait. Elle logerait chez un déséquilibré, un malade mental, un fou psychopathe que cela ne l'étonnerait pas. Cependant, elle priait de tout son cœur que cela ne soit pas le cas. Lasse de côtoyer des gens inhumains, dénués de compassion, elle aspirait à, faute de mourir, vivre une vie calme et qu'on la laisse tranquille.

Elle avait le droit au bonheur elle aussi alors, pourquoi se faisait-il si rare qu'elle n'en percevait mêmes pas les premières lueurs ?

Arrivée en bas de l'architecture en marbre, trois choix s'offraient à elle ; sortir par la porte d'entrée, pénétrer dans la pièce en face d'elle qui semblait être la cuisine ou bien, franchir la double porte aux panneaux en verre, sur sa droite. Elle se dirigea vers cette dernière. De toute évidence, quelqu'un cuisinait et elle n'était pas prête à lui faire face. Au moment où son regard dévia sur sa droite, elle découvrit un long couloir qui formait un angle sur le fond. La décoration et l'agencement étaient semblables à celui du premier étage et les murs, de ce qu'elle pouvait en voir depuis le hall, étaient également tapissés de cadres photo.

Elle ne préférait pas s'y aventurer pour le moment.

Elle s'approcha doucement de la double porte en verre ouverte et y passa la tête une fois qu'elle fut assurée que personne ne s'y trouvait. Elle pénétra alors dans un magnifique salon d'inspiration scandinave. La décoration, les meubles, les objets, tout dans cette pièce aspirait au calme. Les tons gris clair, blanc et beige des lieux appelaient à une certaine sérénité et paix de l'esprit. Une table basse en verre se trouvait placée sur un tapis gris, au milieu de deux canapés à l'air moelleux et trois fauteuils scandinaves placés en U. Ils faisaient face à une immense baie vitrée qui permettait d'accéder à une terrasse de jardin en bois d'où s'étendait un magnifique jardin au gazon parfaitement entretenu, mais laissait filtrer la lumière à l'intérieur. Ainsi, le salon était baigné d'une douce clarté.

Un petit coin de Paradis sur Terre, pensa-t-elle en admirant les plantes, les fleurs, les arbustes et même des arbres fournis en feuillage.

Une bibliothèque, dont les casiers débordaient de livres, constituait l'entièreté du mur du fond du salon. À gauche de la pièce, une table en verre était entourée de douze chaises. Un gros bouquet de fleurs fraîches trônait en son centre. Un poêle à bois reposait sur une petite estrade en marbre, derrière les fauteuils.

La jeune femme s'y enfonça davantage en admirant les objets de décoration divers qui attisaient sa curiosité.

― Bonjour.

Une voix grave, suave, mais douce, surgit derrière elle, la surprenant dans sa contemplation et lui faisant lâcher un petit cri d'effroi. Elle sursauta et se retourna pour faire face à son interlocuteur, puis elle recula jusqu'à buter contre le poêle éteint. Son cœur battait si fort qu'il semblait vouloir s'échapper de sa poitrine.

― N'aie pas peur ! Je ne vais pas te faire de mal ! clama l'étranger, en levant les mains devant lui, en signe de paix.

La jeune femme joignit ses mains sur sa poitrine en essayant de calmer sa respiration haletante. Il venait de lui causer une de ces peurs ! Il n'avait pas fait de bruit en rentrant ! Il aurait pu s'annoncer au lieu de la surprendre de la sorte !

― Pardonne-moi si je t'ai effrayée ! Là n'était pas mon intention ! Je pensais avoir été bruyant.

La jeune femme dévisagea avec anxiété l'homme lui faisant face. Elle lui donnait une quarantaine d'années, mais il était impossible pour elle de lui donner un âge précis. Ses cheveux blond cendré, mi-longs, étaient retenus à l'arrière de son crâne, dont les côtés étaient rasés, par une petite queue-de-cheval, un peu à la façon des Vikings. Elle se souvenait d'avoir lu des livres sur ce peuple et leur folklore à la bibliothèque municipale, là où elle travaillait. Des petites mèches retombaient devant ses yeux vert clair qu'ils tiraient sur une teinte ambrée. Il étira ses lèvres charnues et dévoila un sourire parfait qui se voulait rassurant, mais qui effraya son hôte. L'homme était grand par rapport à elle ; sa taille avoisinait le mètre quatre-vingt-dix et son corps, parfaitement bâti, intimidait la jeune femme qui ne ferait pas le poids face à lui si l'envie de l'agresser lui prenait.

Il portait un jogging de sport noir et un tee-shirt bleu foncé moulant aux manches longues dont le tissu plaquait sa musculature saillante. S'il lui mettait une gifle, nul doute qu'il lui décrocherait la tête sans problème.

Malgré sa beauté, que la jeune femme ne releva pas et le fait qu'il dégageait une aura apaisante et douce, cette dernière ne put s'empêcher d'éprouver de la crainte envers cet inconnu qui avait fait irruption derrière elle sans crier gare.

― Je m'appelle Markov Orlov. Je vis ici. Tu es chez moi et surtout, tu es en sécurité.

Éléonora ne pouvait s'empêcher de trembler de tous ses membres quand le propriétaire des lieux réduisit les quelques mètres qui les séparaient. Ne pouvant reculer davantage, car elle était bloquée par le poêle, elle ferma les yeux et tourna la tête sur le côté lorsque Markov tendit sa main sur elle. Elle crut, un instant, qu'il allait la frapper. Au lieu de lui porter un coup, il caressa sa joue rebondie avec le revers de sa main.

― Tu n'as pas à avoir peur de moi. Je ne te ferai aucun mal. As-tu faim ? s'enquit-il en se redressant, tout en désignant la table dressée avec sa main.

Elle riva difficilement ses yeux dans le regard perçant de son hôte en gardant le silence. Cependant, son estomac se chargea de répondre à sa place en émettant un gargouillement plus bruyant que la première fois, ce qui fit sourire l'homme et embarrassa la jeune femme.

― Tu as faim ! J'ai compris ! Viens t'asseoir, je vais t'apporter une assiette, dit-il en passant son bras droit derrière le dos de son invitée afin de l'entraîner doucement à table.

Il tira une chaise et fit asseoir la jeune femme.

― Je reviens rapidement. Tu ne bouges pas d'ici.

Où voulait-il qu'elle aille ?

Markov quitta le salon, la laissant seule à peine quelques minutes, avant de réapparaître avec les bras chargés d'un plateau en argent qu'il déposa devant sa convive.

― Tu manges des œufs et du bacon ? Tu n'es pas végétarienne au moins ? Tu n'as pas d'allergies alimentaires ?

Elle secoua timidement et l'homme se pencha au-dessus de son hôte, ce qui la fit se recroqueviller sur elle-même. Son parfum lui monta au nez. Il sentait bon, mais il avait la main lourde.

― Je te laisse manger tranquillement. Je retourne dans mon bureau. J'ai un travail à terminer. Si tu as besoin de quelque chose, utilise ceci.

Il déposa une petite sonnette en argent sur la table.

― Irina s'occupera bien de toi et t'apportera ce que tu souhaites. C'est elle qui a préparé le déjeuner.

La jeune femme hocha la tête en esquissant un léger sourire en guise de remerciement. Toutefois, elle priait pour que son hôte quitte rapidement le salon. Elle était vraiment gênée qu'il se trouve si près d'elle, mais surtout effrayée par sa stature.

― À plus tard.

L'homme se redressa et prit enfin congé d'elle. Il ne fallut pas longtemps à la jeune femme pour se saisir des couverts et dévorer le contenu de son assiette ; deux œufs sur le plat, avec trois tranches de bacon et du pain grillé tartiné de beurre fondu. Malgré ce plat, la faim tiraillait encore son estomac. Elle avisa la sonnette, hésita un bref instant puis, décrétant n'avoir rien à perdre, s'en saisit et la secoua timidement avant de la reposer rapidement sur la table, comme si l'objet en argent lui brûlait les doigts.

Elle n'attendit pas longtemps l'arrivée d'une femme d'une cinquantaine d'années, guillerette et à l'embonpoint bien prononcé. Une multitude de mèches rebelles brunes s'échappaient d'un chignon érigé à la va-vite sur le sommet de son crâne. Son visage rouge, jovial et ses deux petits yeux bleus dégageaient une chaleur humaine dont avait besoin, plus que jamais, la jeune femme. Elle lui adressa un large sourire et s'essuya les mains sur son tablier qui n'était plus très blanc et parsemé de taches.

― Bonjour, petite demoiselle ! clama-t-elle d'une voix de crécelle. Tu as tout mangé à ce que je vois ! Tu as encore faim ? ajouta-t-elle, tout sourire.

La jeune fille hocha timidement la tête.

― Tu veux des œufs ? Tu veux manger autre chose ?

La convive se pinça la bouche. La cuisinière lui fit alors une proposition alléchante qu'elle ne pourrait pas refuser, comme si elle pouvait lire dans ses pensées.

― J'ai un très bon gâteau au chocolat et à la crème recouvert de chocolat fondu dans le frigo. Tu en veux une part ?

Le sourire de l'invitée ne se fit pas attendre. Elle acquiesça vivement de la tête, les yeux pétillants.

― Tu souhaites un verre de jus de fruits avec ta part ?

À nouveau, elle acquiesça.

― Je t'apporte ça tout de suite !

Irina débarrassa le plateau et retourna à la cuisine où elle s'affaira à sortir l'entremets fraîchement concocté du matin. Elle découpa une grosse part qu'elle noya sous un dôme de crème Chantilly. Elle pressa ensuite quatre agrumes et versa le jus orangé rouge dans un verre et apporta le tout à son invitée.

― Si tu souhaites autre chose, tu n'hésites pas à sonner ma petite, je suis là pour ça.

En signe de remerciement, elle inclina la tête vers l'avant et lorsqu'elle fut seule, elle s'en prit goulûment à la part de gâteau au chocolat.

Il lui semblait qu'une éternité séparait ce déjeuner à son dernier repas. Elle se délectait de ses saveurs qu'elle croyait avoir perdues. Elle se régalait jusqu'à lécher le fond de l'assiette.

Son dessert terminé, elle avala son jus de fruits et s'essuya la bouche avec une serviette de table en tissu. En vue de remercier Irina, elle débarrassa son assiette et son verre qu'elle apporta à la cuisine où elle découvrit la cinquantenaire étaler une pâte sur le plan de travail de l'îlot central. Elle lui rappelait l'autre cuisinière...

La jeune invitée détailla la sublime pièce boisée dans les tons beige et caramel. L'îlot central était en bois de chêne et comportait un évier noir. Un magnifique piano à six feux était au milieu d'un plan de travail, contre le mur et un four se trouvait encastré dans un meuble laqué, au revêtement en bois. Le frigo devait être niché derrière l'une des nombreuses portes de placard. Des petits spots LED éclairaient la cuisine d'une lumière mêlant le rose et le blanc.

Irina leva la tête et sourit en voyant son hôte s'avancer vers elle les mains pleines.

― Oh ! Je l'aurais fait, mais c'est très gentil à toi ! Tu as aimé le gâteau ?

L'hôte secoua la tête en souriant.

― Peux-tu en apporter une part à Markov ? Il travaille dans son bureau. C'est la porte au fond du couloir, tu ne peux pas la manquer. Il n'a pas pris son dessert, trop accaparé par son boulot. Il a un petit faible pour les pâtisseries... C'est un homme très gourmand ! Il ne finit jamais un repas sans un petit dessert sucré...

La muette sourit, hocha la tête et récupéra l'assiette contenant une part aussi grosse que celle qu'elle avait engloutie plus tôt, ainsi qu'une cuillère en argent.

― Il ne dira rien si tu le déranges pour lui amener son dessert, informa Irina en captant le regard interrogateur de la jeune fille. N'aie pas peur de lui. Il est très gentil.

La conviée sourit et prit la direction du couloir, non sans crainte.

 

 

 

Chapitre 02

À première vue, la maison ne semblait pas grande, mais les couloirs du rez-de-chaussée et du premier étage cachaient une multitude de pièces derrière les portes aux couleurs vives.

Quel drôle de choix de teinte...

Les seules pièces que la jeune femme avait vues étaient sobres, magnifiques et décorées avec beaucoup de goûts. Elle observa durant de longues minutes les différentes peintures et la multitude d'objets décoratifs, jusqu'à ce qu'elle pose les yeux sur la pâtisserie. Obnubilée par la décoration de la maison, elle en avait oublié sa mission.

Elle déambula dans le long couloir où des portes à droite du mur attirèrent son attention de par leur couleur ; rouge, bleu et vert. Celle du fond, derrière laquelle travaillait monsieur Orlov, était dorée et vernie. La jeune femme y donna trois coups timides.

― Oui ? Entrez ! s'éleva une voix puissante, mais calme, de son hôte.

Elle abaissa la poignée et poussa la porte, puis en franchit le seuil, sans oser aviser l'homme assis dans son fauteuil qui l'observait tout sourire, préférant balayer la pièce des yeux. Elle découvrit un magnifique bureau entièrement boisé couleur caramel. À l'instar du salon, le mur en face de l'entrée était constitué de hautes étagères formant une bibliothèque bien remplie. Du crépi chocolat recouvrait les murs. Un parquet rouge foncé constituait le sol qui reflétait la lumière des lampes émises par les appliques murales et celles du plafonnier. Elle ressentit une piqûre froide en posant ses pieds nus dessus et tiqua. Une cheminée en briques rouge éteinte faisait face au bureau en noyer de couleur foncée et vernie, derrière lequel Markov observa la jeune femme sans la lâcher des yeux. Lorsque leurs regards finirent par se croiser, ce dernier lui adressa un sourire qu'elle lui rendit timidement. Elle posa l'assiette sur le bord du bureau, puis fit demi-tour, s'apprêtant à prendre congé de son hôte.

― Attends ! Ne pars pas ! Je ne te chasse pas ! Reste !

L'invitée se retourna. Markov lui fit signe d'avancer en agitant ses doigts, ce qu'elle fit en nouant les siens sur son estomac, comme à chaque fois qu'elle angoissait ou stressait.

― Viens, assieds-toi. Je vais te prêter ma cuisse, ajouta-t-il en la tapotant.

Il s'écarta un peu de son bureau, referma l'écran de son ordinateur portable et tendit la main en direction de la jeune femme qui hésita un instant à la lui prendre.

Pourquoi ne lui mettait-il pas une chaise à disposition ? Il y avait des fauteuils, pourtant... Cependant, face à la douce insistance de son hôte, elle obtempéra. Elle s'avança jusqu'à lui sans le regarder, puis elle prit place sur sa cuisse en essayant de ne pas s'affaisser tout son poids, de peur de lui faire mal et de s'entendre dire qu'elle était grosse. Cela lui était arrivé plusieurs fois à l'école et elle ne voulait plus l'entendre. Elle ne supportait plus les remarques désobligeantes sur son tour de taille qui ne la dérangeait pas, mais les autres.

― Installe-toi correctement, ne t'inquiète pas. Je ne suis pas fait en sucre, dit-il en passant son bras derrière elle.

Lisait-il aussi dans ses pensées, comme Irina ?

À cette idée, elle frissonna, puis elle se laissa aller et sourit, à défaut de parler.

― Moi, comme je te l'ai dit tout à l'heure, je m'appelle Markov Orlov. J'ai trente-deux ans et je vis ici.

Il disait avoir trente-deux ans ? Elle lui en donnait dix de plus !

― Irina est ma cuisinière, ma femme de ménage, ma dame de compagnie. Elle est mon infirmière quand je me fais mal et ma maman de substitution quand j'ai besoin de câlins. Elle est aussi ma mère fouettarde quand je me conduis en vilain garçon... Elle possède un ustensile qu'elle dégaine à chaque fois qu'on se comporte mal... Sa fameuse cuillère en bois... Et elle fait mal.

À ces mots, la jeune femme laissa échapper un petit rire cristallin, avant de plaquer ses petites mains sur sa bouche. Elle ne voulait pas que son hôte croie qu'elle se moquait de lui.

― Dans la vie, je travaille en tant que chef d'entreprise. Je gère une chaîne d'hôtels du nom de Light Phoenix Hotel, une chaîne de restaurants Gallery, des centres de bien-être Onyx Luxury Resort & Spa dans plusieurs pays, ainsi qu'une ligne de vêtements pour hommes Elysium. Tu les connais peut-être ?

Elle secoua la tête.

― Peux-tu parler ?

Elle secoua la tête à nouveau, en baissant les yeux, honteuse.

― Tu es d'accord pour communiquer avec moi en écrivant sur du papier ?

Elle acquiesça. Markov se saisit d'une feuille et d'un stylo-plume en or et en argent.

― Je suis curieux. J'aimerais connaître ton prénom. Tu veux bien me l'écrire ? Ainsi que ton âge ?

Il donna la feuille et le stylo à la jeune femme.

― Tu n'es pas obligée, ce n'est pas un ordre. Je ne te force à rien, mais j'aimerais t'appeler par ton prénom et non pas mademoiselle à chaque fois que je m'adresserais à toi.

Elle réfléchit et plongea rapidement dans les yeux verts ambrés de son hôte, avant d'admirer le stylo. C'était un bel objet qui devait coûter une petite fortune. Aussi, elle retira le capuchon avec la plus grande délicatesse dont elle pouvait faire preuve et coucha sur le papier son nom, son prénom, son âge et une petite phrase de remerciement.

― Bien, voyons cela, dit Markov en s'emparant de la feuille en souriant. Cette demoiselle a vingt-deux ans. Oh ! J'ai une jeune invitée chez moi alors, sourit-il en adressant un regard taquin à la jeune femme qui s'amusa de son attitude infantile. Ta jeune présence me changera de la vieille rombière qui cuisine pour moi... ajouta-t-il en chuchotant contre son oreille, ce qui la fit sourire. Irina est gentille, mais parfois, elle peut faire peur ! Surtout quand elle brandit sa cuillère en bois !

La jeune fille rit en silence, mais elle était néanmoins gênée par ce genre de remarque qu'elle ne sut interpréter comme une plaisanterie.

― Continuons. Elle s'appelle Éléonora Sedov. Éléonora... C'est un joli prénom. Ton écriture aussi est jolie.

La jeune fille se mordilla les lèvres et baissa la tête, embarrassée.

― Tu me remercies pour le repas qui était très bon. Je t'en prie, reprit-il en souriant. Et d'où venez-vous, mademoiselle Sedov ? Que faisiez-vous avant de jouer à la Belle au bois dormant ?

Cette dernière eut soudainement un pincement au cœur et une larme commença à naître au coin de son œil vert. Elle ne voulait pas se rappeler les tragiques événements l'ayant conduite à ce pont, encore moins la personne qui en était responsable.

― Non, ne pleure pas, s'il te plaît, l'intima gentiment Markov en lui caressant la joue. Si tu ne veux pas me le dire, ce n'est pas grave. Tu n'es pas obligée de répondre à mes questions. Je ne t'en voudrais pas. Le jour où tu te sentiras prête à me le dire ou à me l'écrire, alors je t'écouterai ou te lirai. Libre à toi de te confier à moi ou à Irina. Je pense que les femmes aiment parler entre elles de sujets qu'elles n'oseraient pas aborder avec un homme.

Elle hocha la tête en se pinçant les lèvres. Elle se sentait ingrate et peu reconnaissante de ce qu'avait fait cet homme en la sauvant. Après tout, il voulait connaître l'identité de la femme qu'il hébergeait chez lui, ce qui était légitime, mais elle ne se sentait pas d'évoquer son passé douloureux. Pas tout de suite, en tout cas.

― Tu sais... commença-t-il, l'air gêné. Tu... Je ne sais pas comment te le dire de la meilleure des manières sans te mettre mal à l'aise, mais...

Éléonora riva ses yeux vairons dans ceux de Markov qui passa son index sur sa bouche.

― Tu es une demoiselle fort ravissante, mais d'ici peu de temps, dit-il en rivant son attention sur l'horloge murale qui indiquait treize heures passées, dans quarante minutes environ, je vais avoir de la visite et...

soudain, les yeux de la jeune femme devinrent tristes et sa lèvre inférieure se mit à trembler. Elle récupéra le stylo-plume et griffonna quelques mots sur le papier que Markov s'empressa de lire.

Voulez-vous que je m'en aille ?

― Non ! Bien sûr que non ! Je ne veux pas que tu partes ! Tu peux rester chez moi autant de temps que tu veux. Je vis seul avec Irina et Anton, son mari. Avoir une présence en plus, jeune et féminine de surcroît, est loin d'être désagréable. Reste, s'il te plaît... renchérit-il en faisant la moue, tordant sa bouche comme s'il allait pleurer. Ne me laisse pas avec ce couple de grabataires séniles qui portent des couches...

Éléonora rit une nouvelle fois sans émettre le moindre son.

― Il m'arrive de recevoir des amis de temps en temps, reprit l'hôte. En fait, presque tous les jours. En général, ils passent l'après-midi à mes côtés et parfois, une partie de la soirée. Bref, tout ça pour dire que... Tu es ravissante, mais je crois que tu devrais...

Il lâcha un petit rire embarrassé, ne trouvant pas les mots pour ne pas heurter la sensibilité de son invitée.

― Tu ne devrais pas exposer tes charmes, du moins, pas devant eux, lâcha-t-il.

Éléonora arqua un sourcil. Elle ne comprenait pas où il voulait en venir. Markov se pencha sur elle et lui murmura à l'oreille, comme si tout le monde pouvait l'entendre alors qu'ils n'étaient que deux.

― Votre chemise de nuit vous va à ravir, mademoiselle Sedov, mais le tissu est fin et transparent. On peut ainsi admirer vos jolies formes, mais j'aimerais que cela soit notre secret. Inutile que mes convives soient mis dans la confidence.

À peine avait-il dit cela qu'Éléonora se redressa vivement, manquant de peu de donner violent un coup de tête dans le nez Markov au passage. Elle haleta et plaqua ses bras sur sa poitrine, l'air affolé. Elle avait complètement oublié la transparence de son vêtement. Pourquoi Irina ne lui avait-elle rien dit ?

Elle essaya d'échapper au regard de son hôte, morte de honte. Ses joues étaient de la même couleur que sa chevelure flamboyante.

― Eh ! Eh ! Eh ! N'aie pas peur ! T'as manqué de me casser le pif ! plaisanta-t-il afin de calmer l'angoisse de la jeune femme. Ne t'inquiète pas, ce n'est pas grave ! Je te l'ai dit, tu es ravissante ! J'ai commandé des vêtements pour toi et ils ont été livrés hier. Mon majordome les a déposés sur ton lit pendant que tu mangeais. Choisis ceux qui te plaisent et redescends ensuite, si tu le souhaites.

Il se leva de son fauteuil et passa le revers de sa main sur la joue rebondie d'Éléonora.

― N'aie crainte ! Personne ne te fera de mal ici, tenta Markov en vue d'apaiser les craintes de la jeune femme quand il la vit se cramponner à sa chemise de nuit comme si sa vie en dépendait. Je veillerai personnellement à ta sécurité.

Elle esquissa un léger sourire et inclina la tête en signe de reconnaissance, puis elle quitta précipitamment le bureau.

La honte ! Comment a-t-elle fait pour ne pas se rendre compte de sa nudité dans le miroir ? Heureusement qu'elle s'est rendue aux toilettes, sinon, il aurait vu la couche qu'elle portait... Pourquoi en avait-elle une, d'ailleurs ?

 

Chapitre 03

En se rendant dans le hall, elle jeta un œil par l'embrasure de la porte de la cuisine ouverte. Irina préparait des petites ravioles farcies, tout en chantonnant. Cette femme respirait la joie de vivre. Si Markov était mauvais, comme l'autre, elle ne sourirait pas autant ni ne chantonnerait.

Pouvait-elle avoir confiance en ces gens ? Elle l'ignorait. Ses nombreuses expériences passées lui ont prouvé qu'elle ne devait pas donner sa confiance à autrui, car ils finissaient toujours pas la trahir, d'une façon ou d'une autre.

Éléonora remonta dans la chambre qui lui avait été attitrée et en poussant la porte, elle resta hébétée en découvrant une multitude de paquets et de sacs posés sur son lit et par terre. Émue par la multitude de présents, elle s'approcha doucement du lit, qui avait été fait, comme si une paire d'yeux était posée sur elle, jaugeant ses moindres faits et gestes.

Pourquoi cet homme lui offrait-il des vêtements en si grands nombres alors qu'ils ne se connaissaient pas ?

Elle prit place sur le bord du lit et se saisit d'un paquet, au hasard. Il contenait un chemisier blanc en soie, décolleté sur le devant et comportant un élastique dans la couture du bas pour permettre un mouvement bouffant. Des petits nœuds décoraient les boutons qui maintenaient les manches fermées. Elle le posa sur ses genoux, puis récupéra un second paquet. Il contenait une jupe trapèze, noire, sans fioritures.

Éléonora poursuivit l'exploration des colis. Ils contenaient des pulls, des hauts à manches longues et courtes, des chemisiers, des blouses, des pantalons, des collants épais ou fins de couleur noire ou chaire, des jupes, des robes, des sous-vêtements classiques et affriolants qui la firent rougir. Il y avait également des vêtements de nuit ; des pyjamas, des chemises de nuit, des nuisettes et des kimonos. Les sacs, quant à eux, contenaient des chaussures ; des bottes, des bottines, des ballerines, des chaussures plates, des baskets, des escarpins et des talons aiguilles.

Elle n'en revenait pas. Son sourire s'élargissait au fur et à mesure qu'elle déballait les affaires des paquets, jusqu'à ressentir des petites douleurs dans les commissures de ses lèvres.

Elle n'en croyait pas ses yeux.

Son regard dévia sur un énorme ballot, placé bien en vue sur la coiffeuse. Elle se leva et dénoua le ruban qui maintenait les morceaux de papier attachés ensemble ; ils dévoilèrent une grosse boîte noire recouverte de cuir. Elle ouvrit les compartiments et fut saisie de stupéfaction ; une multitude de bijoux, tous aussi magnifiques les uns que les autres, étaient soigneusement disposés ; des parures, des bagues, des bracelets et des colliers... Il y avait même des bijoux de tête et des bracelets de cheville. Certains étaient en or jaune, rose ou blanc. Les pierres étaient des rubis, des saphirs, des topazes, des diamants... Aucune camelote.

Des larmes perlèrent au coin de ses yeux et finirent par glisser sur ses joues rebondies, émues. Cet homme devait être riche et de toute évidence, généreux, pour faire de tels cadeaux à une parfaite inconnue...

Elle dévia son regard sur l'armoire placée dans le coin de la chambre. Elle souhaitait y ranger ses nouveaux vêtements afin de ne pas les abîmer ni de les froisser. Elle ouvrit la porte et resta ébahie en voyant les manteaux, les vestes et les sacs à main suspendus. Il y avait également des robes de soirée dignes des plus belles tenues de princesse. Tous les vêtements semblaient être à sa taille. Elle les regarda, les examina, les contempla et toucha les tissus qui sentaient le neuf. Aucun des vêtements qu'elle venait de recevoir n'avait été porté.

Pourquoi ce monsieur Orlov lui a-t-il offert de si somptueux cadeaux ? Allaient-ils les lui reprendre ? Que lui demanderait-il en échange de ces présents ?

Elle craignait que tout cela ne soit qu'un rêve. Elle avait l'habitude qu'on lui prenne, qu'on lui arrache ce qu'on lui donnait. Il lui fallait connaître la raison pour laquelle ce trentenaire se montrait gentil avec elle.

Connaissait-il l'autre et était-ce sa manière de l'amadouer pour la ramener à lui ?

Elle chassa cette mauvaise pensée de sa tête.

Éléonora se déshabilla et enfila des sous-vêtements en coton blanc, le chemisier blanc en soie et la jupe noire. Elle chaussa une paire de ballerines grises et s'installa face à la coiffeuse. Elle ouvrit le tiroir et découvrit tout un attirail de peignes, de brosses et d'accessoires à cheveux. Elle se contenta de les brosser pour les démêler, puis elle les retint en arrière à l'aide d'un cerceau rose. C'était la première fois qu'elle en mettait un. Cela lui dégagea le visage, mais elle tiqua. Il était temps qu'elle s'épile les sourcils.

Elle fouilla la coiffeuse à la recherche d'éventuels objets de beauté, mais ne trouva rien. Elle se releva et orienta machinalement la tête sur une porte, à droite de l'entrée. Elle n'avait pas fait attention à sa présence avant de descendre. Elle l'ouvrit. Une magnifique salle de bains de couleur or et blanc se révéla à la jeune femme. Une baignoire jacuzzi à la paroi vitrée était calée contre le mur, en face de l'entrée. À gauche, un meuble laqué or surélevé accueillait deux vasques en porcelaine blanche. Un miroir, de la longueur du mur, réfléchissait son image.

La rousse s'approcha d'une vasque et la toucha du bout du doigt afin de s'assurer qu'il était réel. Elle admira le miroir LED et fixa ses propres yeux, vairons, puis se rappela l'objet de sa mission. Elle ouvrit les tiroirs contenant une panoplie de maquillage et une multitude de pinceaux et trouva enfin plusieurs pinces à épiler de différentes formes. Ravie, elle commença l'opération épilation des sourcils. Cela lui prit une dizaine de minutes. Elle récupéra un tube de rose à lèvres dans les teintes beige clair et l'appliqua sur sa bouche charnue, puis elle appliqua du blush sur ses pommettes.

Éléonora redescendit, sans vraiment savoir quoi faire. Elle passa la tête à travers la porte de la cuisine ouverte. Irina semblait concentrer sur le repas qu'elle préparait, sans doute, le dîner. La jeune femme la voyait tourner une substance dans une marmite rouge placée sur le feu. Le plan de travail croulait sous des légumes et divers ingrédients.

De toute évidence, elle était occupée et la rousse n'osait pas la déranger. Elle décida de retourner voir son hôte pour le remercier des cadeaux et lui demander, ou plutôt lui écrire, ce qu'elle pouvait faire en retour pour le remercier.

― Entrez.

Markov, installé au fond de son fauteuil, face à l'écran de son ordinateur, leva les yeux sur son invitée et esquissa un sourire satisfait. Il remarqua immédiatement le rose à ses joues et à ses lèvres et la trouva adorable. Elle avait même retenu en arrière sa belle chevelure cuivrée par un cerceau noir. Ravi, il repoussa l'assiette à dessert vide en invitant la jeune femme à se rapprocher de lui.

Irina avait eu raison de lui commander des trucs de filles, comme du maquillage et des accessoires divers... Il fallait toujours écouter les femmes.

― Rentre, n'aie pas peur. Tu es ravissante.

Elle inclina la tête en rougissant, puis noua ses doigts sur son ventre.

― Je ne connais pas tes goûts, alors j'ai demandé à ce que tu aies un peu de tout.

Le large sourire et les yeux brillants de la rousse exprimaient, à la place de sa charmante bouche pulpeuse, son contentement et sa gratitude. Elle lui était vraiment reconnaissante.

Elle lui fit signe avec ses mains qu'elle voulait écrire. Markov s'empressa de lui tendre un petit carnet en cuir teint en rose et un stylo à l'encre violette.

― Garde-les, c'est pour toi. Tu pourras communiquer avec nous comme ça.

Elle s'empressa de griffonner aussitôt à l'intérieur.

Markov était intrigué par le temps qu'elle mit à écrire. Une fois son texte achevé, elle lui tendit le carnet.

Je vous remercie, monsieur, pour les très beaux cadeaux que vous m'avez offerts. C'est très gentil de votre part et cela m'a beaucoup émue. Je vous remercie de m'avoir permis de dormir dans le lit et de m'avoir donné à manger. Cependant, s'il vous plaît, pouvez-vous me dire un peu à l'avance le jour où vous souhaiterez que je m'en aille ? De même, pourriez-vous me laisser une seule tenue le jour où cela sera le cas ?

Markov se pinça les lèvres et orienta son regard sur la jeune femme, troublée.

Elle n'a pas dû avoir une vie facile, pensa-t-il en repensant aux cicatrices qu'il a vues sur ses bras et ses jambes.

― Éléonora, dit-il en lui faisant face, je ne te mettrai pas dehors. Je ne vais pas non plus te retirer tes vêtements. Irina et toi êtes les seules femmes ici et aussi adorable soit ma dame de compagnie, elle n'a pas ton tour de taille.

Éléonora se retint de rire.

― Je n'ai pas l'habitude d'offrir des cadeaux pour les reprendre ensuite. Ce n'est pas non plus dans mes habitudes de sauver quelqu'un pour le mettre dehors.

Elle récupéra le carnet et gribouilla dedans, puis elle le lui tendit. Ce dernier leva les yeux au ciel.

Je n'ai pas d'argent pour vous payer, pour payer la nourriture, l'eau...

― Éléonora... Je ne te demande rien. Reste autant de temps que tu veux chez moi. Je n'allais pas te laisser dehors, trempée jusqu'aux os et à moitié nue. Je n'attends rien de ta part et je ne veux rien non plus. Je te l'ai dit, une jeune présence féminine supplémentaire n'est pas désagréable.

Elle inclina la tête et à nouveau et griffonna quelques mots.

Je ne peux pas accepter que vous me logiez, me nourrissiez ou me vêtissiez gratuitement. Je souhaite faire quelque chose en retour.

Markov sourit face à l'insistance de la jeune fille. Il n'avait pas l'habitude que les personnes de son entourage insistent pour se rendre utiles et le remercier.

― Je n'ai pas besoin d'employés. J'ai ce qu'il me faut.

J'insiste, écrivit-elle. Je peux faire le ménage ?

― Éléonora... murmura-t-il. Reste chez moi autant de temps que tu le souhaites. Tu mangeras tout ce qui te fera plaisir et s'il te manque quelque chose ou si tu as une envie particulière, demande-le à Irina. Si tu as envie d'un vêtement ou d'objets particuliers, dis-le-moi. Si tu veux consulter un médecin, pareil. D'accord ?

Elle hocha la tête.

― Tu n'es pas ma domestique ni ma femme de ménage. Si tu souhaites t'occuper, occupe-toi. Tu peux proposer ton aide à Irina si tu veux. Parfois, les filles aiment cuisiner ou faire des trucs de filles entre elles, ajouta-t-il en mimant une pose de vernie.

Cette remarque fit sourire la rousse. Elle n'a jamais fait de trucs de filles.

― Tu es mon invitée ici, tu n'es pas ma prisonnière. Si tu veux sortir en ville ou à l'extérieur de mon domaine, je te demanderais de le dire à Irina, Anton ou moi-même. Anton est mon majordome et le mari d'Irina. De même, je te demanderai de ne jamais ouvrir la porte noire, au premier étage, ni la porte rouge dans le couloir du rez-de-chaussée. Quant aux autres portes, c'est à tes risques et périls. Ce sont les chambres de mes collaborateurs, d'Irina et son mari et la mienne. Je ne suis pas responsable de ce que tu pourrais voir derrière si tu venais à les ouvrir à l'improviste.

Éléonora sourit, puis reprit son écriture.

Est-ce qu'il a du danger dehors ?

― Non, mais mon domaine est vaste. Il est situé à l'extérieur de la ville. Je n'aimerais pas te perdre. Il y a des vilains loups qui traînent dans les bois, l'informa-t-il en se penchant sur elle, tout en murmurant.

Elle sourit à nouveau et hocha la tête. Markov se redressa, prit son visage en coupe et le souleva doucement.

― Gentille, petite Éléonora... Quelle peut bien être le son de ta voix... Est-elle aussi unique que tes beaux yeux ?

Il caressa ses joues rebondies avec ses pouces qui se mirent à rosir. Ainsi, il essuya le surplus de blush qu'elle avait mal appliqué. Il se dit qu'elle n'en avait jamais mis. Soudain, de grands éclats de rire se firent entendre dans le hall d'entrée, mettant fin à ce tête-à-tête gênant pour la jeune fille.

― Ah ! souffla Markov en levant les yeux au ciel. Mes invités sont là... Allons accueillir ces demeurés, douce Éléonora.

Cette dernière se braqua et Markov s'en rendit compte.

― Ne t'inquiète pas, ils sont gentils. Ils sont bêtes, stupides, idiots, grossiers, maladroits, couards, cochons, ignares et moches, mais vraiment moches ! Quand je dis moches, c'est vraiment très très moche, dégueulasses quoi, limite à gerber, mais ils sont gentils. Parfois, je me demande même s'ils ont la lumière à tous les étages... se moqua Markov en faisant le moulinet avec son index, à côté de sa tempe droite. Tu m'accompagnes ? Je parie que tu n'as jamais vu la tronche d'un groupe de macaques échappé d'un zoo !

Elle lâcha un petit rire discret. Markov lui donna le carnet, puis ils sortirent du bureau et se rendirent dans le hall.

 

 

Chapitre 04

Fortement intimidée, la jeune femme marcha lentement derrière son hôte, sans oser adresser un seul coup d'œil aux trois hommes bruyants qui ôtèrent leur veste. Markov glissa un mot à l'oreille de l'un de ses trois invités, un homme brun, puis leurs regards se tournèrent d'un coup et ensemble vers elle, ce qui ne fit qu'accentuer son trouble. Voyant toutes ces paires d'yeux sur elle, Éléonora ne savait plus où se mettre. Elle voulait se dérober à leurs vues, fuir dans sa chambre ou se cacher dans un placard, d'autant plus qu'il n'y avait que des hommes.

― Éléonora, approche, l'enjoignit avec douceur Markov en tendant le bras.

Elle hésita un instant, posant ses yeux, vairons sur les uns et les autres hommes qui la regardaient en souriant.

― Approche, petite, on ne va pas te manger.

― Ferme-la, crétin ! Tu vas l'effrayer encore plus avec ta voix de canard ! Bouffon !

― Éléonora ? répéta l'hôte en lui souriant, tout en agitant ses doigts pour qu'elle s'exécute.

N'ayant pas d'autres choix que celui d'obtempérer, la rousse s'approcha du quatuor. Markov enroula son bras gauche autour de ses épaules dans le but de la rassurer afin qu'elle se sente protégée, mais elle sursauta au contact du corps de l'homme contre le sien.

― Éléonora, je te présente mes plus proches collaborateurs, Vladislav, Yéfîm et Tikhôn.

La jeune femme jeta un coup d'œil rapide sur chacun d'eux tout en se collant davantage contre Markov.

Vladislav avait les cheveux blancs dressés sur le sommet de sa tête. Ses yeux gris clair étaient surlignés par deux lignes de sourcils presque invisibles. Une très légère ombre de quelques heures passait sur son visage pâle et lui donnait l'air d'être un personnage tout droit sorti d'un manga animé. Il lui adressa un sourire parfait. Ce qu'Éléonora ignorait de lui, est qu'il était albinos. Aussi, elle ne s'étonna pas de la particularité de son physique.

C'était d'ailleurs l'une de ses qualités les plus nobles. Elle ne faisait jamais attention de la particularité physique d'une personne. On était comme on était à ses yeux ; petit, gros, grand, beau ou laid. Tout le monde trouvait grâce à ses yeux, sauf elle.

Yéfîm, quant à lui, était l'homme le plus grand du groupe. Ses cheveux noirs, mi-longs et coupés en dégradés, lui arrivaient au-dessus des épaules. Ses yeux bleus dévisageaient la jeune femme et dégageaient une forme de sympathie qui la rassurait, mais d'un côté, Éléonora se demanda s'il ne voulait pas la dévorer au vu de son air qu'elle jugeait bizarre.

Tikhôn, lui, avait des cheveux courts blond clair coupés comme les militaires et les yeux marron. La jeune femme fut surprise que ces hommes, bien que différents physiquement, avaient à peu près le même âge, étaient jeunes, grands, musclés et bien faits de leur personne.

― Éléonora, je vais m'entretenir un instant avec eux, dans mon bureau. Je te laisse un moment. Tu peux aller au salon, il y a une bibliothèque ou bien aller voir Irina. Tu veux bien ? Je te rejoins plus tard.

Toujours collée contre son torse, elle hocha la tête, puis elle s'exécuta sagement en se rendant dans la cuisine, rejoindre Irina. Les hommes, eux, partirent dans le bureau de Markov. Éléonora aurait souhaité rester avec lui, mais bon... Elle se fit une raison ; elle ne pouvait pas le coller toute la journée.

Il était la première personne qu'elle a vue depuis qu'elle a tenté de mettre fin à ses jours et pour l'instant, il lui semblait gentil. Néanmoins, elle se demandait encore qui il était, ce qu'elle faisait chez lui et pourquoi elle était encore en vie. Même si elle espérait de tout cœur que Markov est un homme bon, une part d'elle ne pouvait s'empêcher de craindre qu'il joue avec ses sentiments tôt ou tard.

Passé la porte dorée, Vladislav se jeta sur l'un des fauteuils en cuir qui se trouvait au fond du bureau. Il avait toujours eu cette sale habitude que celle de s'élancer avant de s'asseoir sur une chaise, un canapé, un lit ou un fauteuil, ce qui agaçait profondément ses collègues ; il abîmait le mobilier en se vautrant de tout son poids. À croire que cela lui coûtait de s'installer normalement.

― Un jour, tu te jetteras sur une chaise qui se brisera sous le poids de ton incommensurable connerie. Ce jour-là, fais-moi confiance, je filmerai la scène et j'enverrai la vidéo à tous les mecs ! avertit sérieusement Yéfîm en s'adossant au mur, à côté de la porte d'entrée.

En guise de réponse, le bel albinos lui adressa un doigt d'honneur en haussant les sourcils, tout en esquissant un sourire contempteur.

― Elle est mignonne cette petite, lança-t-il en croisant ses pieds sur la table basse, ce qui lui valut un regard noir de la part de Markov qui s'installa à sa place, derrière le bureau.

L'effronté avait déjà abîmé plusieurs meubles de Markov en agissant de la sorte. Le dernier en date remontait à la semaine dernière ; il avait brisé le plateau en verre de la table basse du salon en posant lourdement ses pieds chaussés de Rangers renforcés.

Tikhôn, lui, toujours d'un calme olympien, s'installa en face du maître des lieux et sortit un dossier de sa mallette noire.

― Qu'as-tu appris sur ma petite protégée ? s'enquit le blond, tout ouïe en se calant au fond du dossier de son siège.

― C'est une mission bien difficile que tu m'as donné là Markov, d'autant plus que je n'ai eu que deux jours pour récolter des informations. Cependant, je pense en avoir assez pour te renseigner, mais mon indic continue de bosser dessus. Tu te souviens de la réception donnée au Palais des Glaces où tu t'es rendu, il y a trois jours ?

― Tous les chefs des clans, des gangs et des mafias du pays et d'Europe de l'Est étaient conviés, répondit Vladislav à la place de son patron. C'était une belle petite soirée. J'y ai bien mangé, mais qu'est-ce que je m'y suis fait chier.

― La petite était à la réception, au bras de Kiril Savoski.

― Au bras de Savoski ? s'étonna Markov en se redressant comme une flèche. Qu'est-ce que ce petit ange faisait au bras de ce gros enfoiré de Savoski ? Comment l'a-t-elle rencontré ? Il est l'ordure la plus immonde que je connaisse ! Ils n'ont rien à voir ensemble !

― Ils sont allés à la réception ensemble, avec son garde du corps et son brigadier, le fameux Sergeï, l'ancien contre-amiral et Piotr, l'ex-garde du corps de son père Maxim, reprit Tikhôn en tournant la première page de son dossier.

― L'ancien contre-amiral de la marine de guerre de Russie, l'ex-garde du corps de Maxim Savoski, cet enfoiré de Kiril et la petite... Tu parles d'une brochette ! Je ne l'ai pas vue, elle.

― On a squatté le buffet et le bar une bonne partie de la soirée ! renchérit l'albinos en changeant ses pieds de position.

― Continue, l'incita Markov.

― Au cours de la soirée, comme tu as pu l'entendre, Savoski a dévoilé son projet pharaonique qui va lui permettre d'amasser plusieurs millions de roubles supplémentaires par mois, en plus de tous ses autres business, tant légaux qu'illégaux. Mon indic m'a informé qu'il a organisé cette soirée pour présenter son projet, mais surtout, pour humilier son ex.

― Ce connard n'a jamais bien traité les femmes, lâcha Yéfîm qui éprouvait un profond ressentiment pour le mafieux le plus puissant du pays.

― Tu daigneras nous donner le nom de ton indic, un jour ?

― Vlad, tu sais bien que notre cher informateur ne divulgue jamais ses sources...

― Bien, je poursuis. Aux alentours de minuit, la petite a été filmée en train de sortir du palais en pleurs. Les caméras de la ville ont relevé sa présence sur le Pont-Neuf et là, elle a sauté dans l'eau.

― Elle a été retrouvée dans l'eau, car elle a voulu se suicider ? répéta Vladislav, surpris, en se redressant. J'ai cru qu'un connard l'avait jetée par-dessus le pont !

― Sa tentative de suicide a un lien avec le fait que Savoski ait humilié son ex, ajouta l'informateur en se rendant à la page trois de son dossier.

― Laisse-moi deviner, Tikhôn, le coupa Markov. Ma petite protégée était le lien ? Il s'est servi d'elle pour montrer à son ex-fiancée, qui lui a fait cocu avec quasiment tous les chefs qu'elle avait sous la main, ce qu'elle avait perdu en le trompant ?

― Bingo ! Entre autres. Kiril est une véritable pourriture.

― Quel fils de... lâcha Vladislav.

Markov replongea dans son fauteuil, agacé.

― Comment peut-on faire du mal à une aussi fragile petite créature...

― Ce n'est pas le pire qu'il lui ait fait.

― Quoi ? s'écria Vladislav en enlevant ses pieds de la table, tout en s'asseyant. Qu'est-ce qu'il y a de pire qu'un bouffon qui utilise une innocente pour faire enrager son ex et ce, devant une foule d'invités ?

Tikhôn cherchait ses mots.

― Accouche ! lui lança Yéfîm.