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En transit dans l'aéroport de Tripoli, Tiago patiente. Sa vie n'est plus que l'ombre de ce qu'elle était, à la suite de deux expériences traumatisantes et fondatrices. Il se rend à Niamey, au Niger, pour prendre un nouveau départ. Il ignore que les heures qui vont suivre vont le mettre aux prises avec des retrouvailles déchirantes, une crise internationale et, finalement, la violence des Hommes...
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Seitenzahl: 298
Veröffentlichungsjahr: 2018
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A Julie
Prologue
Tiago
Marie
Retrouvailles
Si proches, si loin
Turbulences
Otages
Spirale
Entrevues
Blanc et noir
Epilogue
« Je vais me tuer demain ». Une larme naquit au coin de son œil rougissant. Sa légendaire sobriété était tournée en ridicule par la théâtralité exagérée de la scène. Immobile face au miroir, perdu au milieu de l’instant le plus désespéré de son existence, il se surprit à plagier Richie Tenenbaum, héros droopyesque d’un film injustement oublié. Exquise ironie que celle qui mêla ses sanglots à un éclat de rire nerveux.
« Je vais me tuer demain ». Et ainsi allait la complainte de cet homme qui, non content d’avoir oublié sur le chemin de son évolution ses rêves et désirs, avait laissé échapper la seule motivation qu’il n’ait jamais eue en ce bas monde. Toute la magie de ses vingt-cinq années d’existence résumée en un mot, désormais synonyme de souffrance. Anne. Il avait si longtemps cru ne pas être capable d’aimer jusqu’au bonheur qu’il aurait préféré avoir eu raison tout ce temps. Mais, naturellement, la fatalité, ou quelque chose comme l’ironie du sort, l’avait rattrapé. Et l’avait foudroyé au hasard d’un retour prématuré de reportage…
« Je vais me tuer demain », disait l’homme qui avait sans doute été trop honnête pour prétendre au bonheur. Et qui se trouvait désormais dépourvu de toute raison de vivre. Triste, désespérément triste, ravagé de tristesse, il se retournait sur son existence en réalisant froidement que rien n’avait tourné comme il l’aurait souhaité. A 13 ans, il avait résolu de devenir journaliste, ému par les mots illustres d’un futur confrère : « La meilleure des armes reste la plume ». Il n’avait jamais rien voulu d’autre que faire le bien, rendre le monde meilleur ; du moins autant que faire se peut à l’échelle d’une vie. Maîtriser les mots pour ouvrir les yeux de ceux qui n’en ont pas les moyens par manque d’information, manque d’éducation, manque de clairvoyance, manque de conscience. Eclairer les lanternes de tous ceux qui souffrent en leur pointant l’injustice de leur propre situation.
« Je vais me tuer demain ». Un bref examen de sa situation actuelle suffit à lui faire réaliser quel immense gâchis, quelle immense déception était sa vie. Le rêve initial s’était heurté à un système trop bien ancré. Il s’était résigné, il avait baissé les bras et avait embrassé ce système qu’il aurait voulu, qu’il aurait dû combattre. Epuisé, vidé, il jeta un œil sur le reflet du réveil dans le miroir.
« Je vais me tuer demain ».
Il était minuit.
Il saisit la lame de rasoir posée sur le petit comptoir qui, quelques minutes auparavant encore, était blanc. Froidement, mécaniquement, il appliqua l’acier sur son poignet et perça la peau. Un léger filet de sang s’échappa de la blessure. Galvanisé par l’efficacité de son geste, il poursuivit plus avant son entreprise d’autodestruction. Le poignet droit ne résista pas plus. Fasciné par son œuvre, il contempla les deux plaies béantes qui mythifiaient ses avant-bras. Un sourire dément déchirait son visage. Possédé par tant de pouvoir, il ne put résister à l’envie de se scarifier plus encore. Son torse, ses biceps, son cou n’étaient plus que lambeaux de chairs lorsqu’il plongea dans un sommeil profond. Ce sommeil qu’il avait tant désiré.
Il regarda sa montre. 18 heures 17. Encore trois heures d’attente. De quoi user tout passe-temps. Tiago avait beau être d’un naturel assez joueur, il ne s’était jamais trop amusé tout seul. Contrairement à l’image qu’il renvoyait souvent, et qu’il cultivait à envi, il ne supportait pas la solitude. Et, naturellement, il y avait des endroits bien plus ludiques que l’aéroport de Tripoli en 2007.
Tiago y avait atterri à 16 heures 15. Toute la volonté du monde n’y faisait rien : il était, et est toujours, totalement impossible de rallier Niamey sans passer par la capitale libyenne. C’était la mort dans l’âme qu’il s’était résigné à faire une escale de cinq heures dans cette ville dont il avait trop lu le nom dans la presse. Tripoli, Kadhafi, terrorisme, infirmières bulgares, fondamentalisme religieux, sexisme absolu… Lui qui se trouvait en plein retour sur lui-même, en pleine quête de rachat, avait trouvé le moyen d’atterrir dans un des endroits les plus représentatifs de ce qu’il s’était toujours juré de combattre.
L’aéroport, en soi, n’avait rien d’extraordinaire. Deux immenses portraits du guide suprême de la révolution se faisaient face, ornant les immenses murs jaunâtres. Une baie vitrée, à l’autre extrémité du terminal offrait une vue sur les pistes poussiéreuses. En dehors de cela, rien d’autre que le nombre affolant de militaires présents sur les lieux ne distinguait ce hall d’un autre. Les quatre rangées de banc n’étaient occupées que par les membres du vol de Tiago. Des Français, pour la plupart.
Un couple de retraités semblait se dessécher à vue d’œil. Les distributeurs de boisson se situant à l’autre bout de l’immense salle, ils avaient demandé à un trentenaire massif et barbu d’aller leur chercher de l’eau. Aimable, ce dernier s’était exécuté, et avec le sourire avait ramené une petite bouteille d’eau.
Derrière les deux anciens se tenait une famille de Nigériens. L’espace d’une seconde, Tiago se demanda s’ils n’avaient pas été expulsés par le gouvernement français. Mais les visages semblaient sereins, paisibles. Pas l’ombre d’un sentiment de tristesse n’éma-nait des deux fillettes, ni de leurs parents. Lesquels semblaient avoir fait connaissance avec le samaritain porteur d’eau, dont la présence sur ce vol demeurait une énigme pour Tiago.
Certes, le couple de retraités ne semblait pas non plus disposer d’une raison évidente de se diriger vers Niamey. Mais la famille locale retournait manifestement chez elle, tout comme les deux bonnes sœurs assises un peu plus loin devaient effectuer quelque chose comme un voyage initiatique. Voire d’évangélisation. Idem pour la jeune femme en tailleur, cinq places à droite de Tiago, dont le look tiré à quatre épingles, l’attaché-case et le sérieux manifeste témoignaient d’un voyage d’affaire. Mais cet homme, colossal du haut de son mètre 90 et de ses 100 kilos bien tassés, apparemment d’un naturel aimable et serviable, et dont les traits rondouillards étaient accentués par une barbe fournie, que faisait-il à bord d’un Paris-Tripoli-Niamey ?
Cette interrogation futile provoqua chez Tiago un mal de crâne d’une violence inouïe. Il y était souvent sujet depuis son « accident ». En général, ses migraines s’accompagnaient de douleurs brutales au niveau des cicatrices de ses poignets.
Un an était passé depuis que son frère l’avait trouvé allongé dans sa salle de bain, baignant dans son propre sang. Bruno avait eu toute une série de réflexes salvateurs qui avaient permis à Tiago de survivre à sa tentative de suicide. Fort heureusement - une question de point de vue - aucune artère n’avait été touchée. Son heure n’était pas encore venue. Seulement celle d’un changement radical de cap.
Après un moins d’hospitalisation, Tiago fut contraint de séjourner six mois dans un établissement psychiatrique. Les médecins avaient été pour le moins troublés par les impressionnantes cicatrices au niveau du torse et, surtout, du haut des bras. Croyant à un acte de folie passager susceptible de se reproduire, ils conseillèrent à Tiago un séjour médicalisé dans un établissement fort recommandable et, en l’occurrence, fort recommandé.
De cette période, il ne conservait pas beaucoup de souvenirs. Assommé la plupart du temps par le lourd traitement prescrit par quelque médecin zélé, il n’était plus ou moins lucide qu’au cours de ses crises d’angoisse nocturnes. Lesquelles provoquaient une augmentation de la charge médicamenteuse. Les promenades dans le parc de l’hôpital ne donnaient lieu qu’à des siestes sans rêve tandis que la plupart de ses repas lui étaient administrés par une infirmière moyennement douce prénommée Thérèse.
Tiago ne sortit de ce long rêve qu’au bout de huit mois. Totalement anéanti physiquement, il mit plus d’un mois à se remettre sur pied à sa sortie. Largement aidé en cela par Bruno. D’une simple cure de vitamines, ils étaient passés à un régime à base de fer puis à un entraînement physique particulier. Si l’esprit demeurait engourdi par les cachets, le corps se remit d’aplomb en quelques semaines.
Durant ces nombreux jours, l’esprit de Tiago tenta de comprendre ce qui avait pu lui arriver. Certes, la perte conjointe de ses idéaux, de son amour et de tout but constructif dans la vie n’était pas une mince affaire. Mais de là à commettre le quasi irréparable ? Il se souvint que la maturité avec laquelle il avait abordé son suicide lui était venue d’une double interrogation : comment en suis-je arrivé là et qu’ai-je encore à espérer ? S’il est légitime de se demander ce que des hommes comme Bill Gates ou Richard Bronson ont encore à attendre de leurs existences, il en va de même avec celui ou celle qui a tout raté. Tiago se voyait vivre éternellement aux côtés d’Anne, combattant l’injustice armé de sa plume, ne cherchant la reconnaissance que dans les yeux du petit Rwandais enfin nourri. Il s’était trouvé journaliste minable d’un minable quotidien régional, vautré dans sa propre médiocrité, l’esprit tellement vaquant qu’il n’avait pas vu son ange s’envoler. Et il s’était trouvé trompé, trahi, abusé…
« Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort ». Bruno lui avait souvent répété cette sentence irrévocable. Comme un fait entendu, une vérité universelle. Forcément, il y avait beaucoup réfléchi. « Ce qui ne tue pas nous rend plus fort ». Mais qu’entend-on exactement par « plus fort » ? Plus fort veut-il dire plus apte à affronter les épreuves de la vie ou littéralement immunisé à toute forme de blessure sentimentale ? Si tel était le cas, Tiago n’avait jamais rien souhaité d’autre que de demeurer faible. Garder sa révolte, sa capacité d’indignation, sa rébellion constante, voilà ce qu’il désirait. Bien sûr, cela rendait particulièrement vulnérable aux différentes attaques que le destin met sur notre chemin. Mais plutôt mourir que de faire partie de cette caste des « forts », cette élite composée de cœurs de pierre, de cyniques malveillants, incapables du moindre mécontentement face à l’ordre du monde. Car, enfin, un blindage sentimental n’est pas lui non plus dénué d’inconvénients. Il n’y aurait qu’à voir la réaction de François Pinault lorsqu’un clochard lui demande une-pièce-ou-deux-siou-plé…
Tiago était sorti de cette longue et douloureuse épreuve renforcé, certes, mais dans son sentiment que rien ne saurait remplacer un cœur bien placé et un esprit d’indignation à toute épreuve. Et maintenant qu’il avait touché le fond, il n’avait plus rien à perdre. Ça, il voulait bien le croire.
Tiago s’éternisa une fois de plus sur sa montre. 18 heures 39. Dingue ce que le temps n’avance pas quand on s’ennuie.
Près de lui, deux gardes barbus s’échangeaient des blagues en arabe, juste après avoir sévèrement rabroué une femme voilée pour n’avoir pas baissé les yeux devant eux. Les traditions les plus aberrantes sont souvent celles qui ont la peau la plus dure. Un peu plus sur sa gauche, la jeune « working girl » s’énervait sur son attaché-case. Elle lui disait vaguement quelque chose. Sans doute un reportage ou un passage télé éclair où elle expliquait les bienfaits de la nouvelle technologie inventée par sa compagnie qui, on vous le jure, ne pollue plus du tout. Tiago ressentit soudainement un grand sentiment de lassitude. Il se demanda si tout cela en valait bien la peine. Si toute cette gigantesque mascarade n’allait pas le desservir finalement. S’il n’aurait pas mieux fallu qu’il ne se rate pas un an plus tôt…
C’était le printemps. Tiago venait de sortir de HP. Son frère l’avait recueilli et avait résolu de le retaper intégralement. Entraînement physique, certes, mais aussi reconstruction morale et psychique. Un de ses amis, psychiatre, lui avait concocté tout un programme de remise en forme global. « Mais attention, avait-il précisé. Si tu veux que ça fonctionne, il lui faut un but. Quelque chose qui lui donnera la motivation nécessaire pour se bouger. Sinon, ça va être très compliqué ». Bruno eut l’impression de se trouver face à un mur. Comment diable allait-il pouvoir trouver à son frère une raison de se retaper, lui qui venait de vivre le pire enfer de sa vie après avoir tenté de se suicider ?
Les premiers jours furent compliqués. Tiago refusait catégoriquement de se nourrir. Il passait ses journées dans son lit à regarder tout ce qu’il y a de sport à la télévision : golf, équitation, curling, cyclisme… Le reste du temps, il fixait le plafond, immobile. Cette période fut tout aussi pénible pour Bruno, lui qui voyait son frère souffrir sans ne rien pouvoir faire d’autre que se torturer l’esprit à la recherche du plus petit quelque chose capable de le sortir de sa léthargie.
Ainsi se déroulèrent les mois de convalescence de Tiago, totalement muré dans sa dépression, manifestement encore plus écœuré du monde qu’au moment de son accident. Désormais, il songeait rationnellement au suicide. Pas sur un à-coup, pas sur une crise, un stimulus quelconque lui donnant soudainement l’envie de se supprimer. Non, ce projet, ce fantasme était le fruit de l’intense réflexion que les commentaires décérébrés de journalistes sportifs lui laissaient l’occasion d’effectuer. Très schématiquement, il avait pesé le pour et le contre, et tiré le bilan : il voulait mourir. Au cours de ses années de vie « normale » (aussi valable que soit le terme), il s’était légitimement convaincu, comme tout dépressif chronique, qu’un jour ou l’autre, on finit par accepter de vivre avec sa tristesse inhérente et à s’y faire. Lamentable erreur que ces mois d’enfer avaient au moins servi à révéler. On ne s’habitue à rien qui ne soit pas négligeable, voilà la seule et unique vérité de cette vie, celle dont Tiago ne voulait plus, lui qui comprenait désormais toutes les phrases toutes faites auxquelles tout un chacun finit par arriver. Non, « on ne fait pas toujours ce qu’on veut dans la vie » et oui, « elle est dure » cette « chienne de vie ».
18 heures 54. Un maléfice ralentisseur de temps était manifestement à l’œuvre dans l’aéroport de Tripoli. Tiago sourit à cette pensée. « Maléfice ». Un terme qu’Anne et sa fascination pour les mondes fantastiques n’auraient pas renié. Anne…
« Ça a pas l’air d’aller toi !
Etre tiré d’une douce et nostalgique rêverie par un immense barbu dont l’hygiène permettait l’interrogation, voilà qui en refroidirait plus d’un. Pas lui, il était trop en manque de contact humain.
Bonjour. Non, en effet, ça ne va pas trop. Ça commence à être long !
Son alter ego éclata d’un de ces rires gras et communicatifs que tout préjugé physique lui aurait prêté comme par enchantement.
- Ca, c’est sûr ! Et c’est pas près de bouger.
- Comment vous le savez ?
- Et ben ça fait plusieurs fois que je vais à Niamey, et je peux te dire qu’on n’y atterrira pas aujourd’hui.
- Mais on doit redécoller à 21 heures 15.
- Ah ça oui, on doit. Mais on dirait que tu ne connais pas l’Afrique, toi ! Tout stéréotype mis à part, il faut bien dire que tout ne fonctionne pas sur des roulettes par ici.
Tiago encaissa le très probable délai. Son interlocuteur avait l’air de bonne foi et, en tous les cas, pas suffisamment blagueur pour en faire un canular. Quand bien même, ça lui ferait une bonne surprise. La barrique barbue s’étira, toujours aussi bruyamment, et posa ses pieds sur les sièges devant lui pour reposer ses jambes. Pas de doute, l’homme s’installait et souhaitait continuer la conversation.
- Alors, mon ami, qu’est-ce que tu vas faire à Niamey ? »
« Un but, une motivation nécessaire pour se bouger ». Les mots du médecin résonnaient dans la tête de Bruno. Mais les jours se suivaient et se ressemblaient. L’été était fini depuis bien longtemps et les premières températures négatives faisaient leur apparition. « C’est beau une ville l’hiver », se plaisait-il à penser lorsqu’il regardait par la fenêtre. Il l’avait dit à voix haute une fois, début novembre. Mais Tiago ne lui avait répondu que par un grognement distrait. Son état de conscience n’était pas encore assez rétabli pour qu’il fasse preuve de la moindre gratitude à l’égard de son frère.
« Un but ». Bruno tournait en rond. Il aurait pu se complaire dans cette situation et attendre patiemment que Tiago ne devienne assez lobotomisé pour retourner en HP. Son frère ne lui coûtait presque rien. A peine un repas tous les jours et demi. Mais son état de conscience à lui ne lui laissait pas de répit et il pensait, encore et toujours, à un moyen de redonner à son frère goût à la vie. Il avait voulu surfer sur la vague sportive et l’inscrire à un club quelconque, quelque chose de physiquement peu exigeant et de dé-ontologiquement peu engageant. Mais Tiago s’était refusé à faire un choix. Idem pour les ateliers artistiques, les séances de cinéma et les défilés de mode. Quant aux journaux, il refusait quasi autistiquement de les ouvrir. Un mutisme, une léthargie, une dégénérescence qui dura sans doute plusieurs semaines. La chronologie était floue dans l’esprit des deux frères, chacun ayant une bonne raison pour oublier cette période.
Période qui prit fin le 18 janvier, jour d’un match Allemagne-Suisse en curling…
« Mon ami ? Mon ami ? Tu m’écoutes ? T’es quoi ? Un genre de narcoleptique ou un truc comme ça ?
Tiago se surprit à retrouver, l’espace d’un instant, sa fulgurance d’esprit d’antan en se disant, avant même de rouvrir les yeux, que cela faisait deux fois en trop peu de temps que ce grizzly le tirait d’un songe. A ceci près que le second n’avait rien d’agréable, tout légèrement nostalgique qu’il fut.
Désolé, j’étais perdu dans mes pensées.
- Le meilleur endroit du monde pour se perdre, mon ami, si les bras d’une femme n’ont plus de sens pour toi.
Tiago sourit tristement. Les grandes déclarations pseudo poétiques sur les femmes ne lui disaient rien.
- Mes pensées n’ont rien du meilleur endroit au monde, faites-moi confiance.
- Ah, mais ça, mon ami, ce n’est pas à toi d’en juger, mais à ton cœur. Et m’est avis que tu sais, comme moi, qu’il agit à sa propre guise.
Tiago marqua un silence et se demanda quoi penser de son camarade pseudo philosophique. Il avait quelque chose de profondément répugnant et de franchement attachant à la fois. Comme une brutale tendresse de bûcheron canadien.
S’ils devaient apprendre à se connaître, au moins la discussion ne se ferait pas dans un seul sens. Tiago se redressa sur son siège et tutoya son voisin.
- Et toi, « mon ami », tu poses beaucoup de questions, mais tu ne dis rien. Comment tu t’appelles ? Et pourquoi est-ce que tu vas Niamey ?
L’homme esquissa un sourire.
- Je crois avoir posé la question le premier.
Tiago se gratta la tête et ne se sentit pas la force d’aller contre la douce persuasion du bûcheron.
- C’est une longue histoire, tu sais.
L’ours ramena ses jambes vers lui, se tourna face à Tiago, les croisa confortablement.
- Mon ami, nous avons tout notre temps et il ne nous est précieux ni à toi, ni à moi ».
La Suisse menait face à l’Allemagne et une très petite quantité de personnes sur Terre en avait quelque chose à faire. Tiago n’en faisait pas partie, Bruno non plus. Mais ils étaient tous deux rivés sur l’écran comme captivés, presque anesthésiés. A dire vrai, les gens ne se rendent pas bien compte de l’intérêt d’un match de curling. Le stéréotype a la vie dure car, en vérité, il n’est pas rare d’y être aspiré.
L’Allemagne venait d’égaliser lorsqu’un cri retentit dans la rue. Bruno vivait dans un quartier où cela tenait presque du rituel, mais ce hurlement-là avait quelque chose de particulier, quelque chose qui retint son attention mais aussi, et l’événement se situait là, de Tiago. Pour la première fois depuis plusieurs semaines, celui-ci se leva péniblement, mais spontanément, pour aller s’enquérir de la nature du cri. Et là, le visage collé à la vitre libérée par sa main écartant les rideaux, Tiago se réveilla. Il sortit d’un sommeil qui l’avait trop longtemps plongé dans les abîmes. Ce quasi-coma conscient, cette léthargie absolue dans laquelle il s’était vautré depuis trop longtemps prit fin à cet instant précis.
Sous le regard mi-halluciné, mi-bouleversé de son frère, il prit, claudiquant, la direction de la porte et emprunta les escaliers. En caleçon et t-shirt, il dévala tant bien que mal les Marches en direction de la porte de sortie, au propre comme au figuré. Le soleil l’aveugla et il ne put donc pas se rendre compte de l’incongruité de la scène à laquelle, involontairement, il participait. Devant lui, un escadron de policiers nationaux interpellait un homme. Celui-ci, hurlant à la mort, avait attiré vers lui une foule qui désormais partageait son attention entre son calvaire et cet énergumène chétif qui venait de faire son apparition en sous-vêtements.
Tiago, une fois sa vue récupérée, ne prêta pas la moindre attention à la honte que neuf personnes sur dix auraient ressenti et prit la direction des uniformes. La détermination qui, à cet instant, était la sienne échappa à tout le monde, mais pas à Bruno qui, posté à la fenêtre de son appartement, ne savait s’il devait s’inquiéter ou se réjouir de ce qu’il voyait. Oui, Tiago était poussé par une force quelconque qui lui avait permis de dévaler les escaliers et boiter jusqu'aux hurlements. Les badauds, eux, ne voyaient qu’un jeune homme maladif progresser tel un zombie dans une rue embaumée de cris, de palabres et des klaxons des voitures qui manquaient de l’écraser à chacun de ses pas.
Depuis cinq bonnes minutes que l’incident avait démarré, les hurlements n’avaient pas faibli et s’étaient même intensifiés. L’homme, manifestement placé en état d’arrestation, était âgé d’une quarantaine d’années et l’accent accompagnant ses revendications plaintives ne laissaient aucun doute quant à ses origines noires africaines. Modestement vêtu, il semblait présenter toutes les caractéristiques du sans-abri type : hygiène douteuse, chaussures trouées, carton et boîtes à chaussures pour seules possessions… Les trois policiers qui tentaient de l’enfourner dans leur voiture semblaient clairement s’impatienter. Malgré l’évidence de l’issue, la foule de curieux amassée alentours voyait plus dans la scène une anecdote à raconter en société, faussement outragée ou clairement amusée. Là encore, ils n’étaient que deux à avoir perçu le drame et à vouloir s’y opposer : les frères Santos, dont l’aîné avait quitté son observatoire pour, à son tour, descendre sur place.
Tiago, lui, avait retrouvé au plus profond de lui la nécessaire indignation et le louable courage de se révolter. Il fendait désormais la masse et ne tarda pas à se présenter face à la force publique. Essoufflé, il tenta d’intimer aux policiers de s’arrêter lorsque, exténué, l’un deux dégaina sa matraque et frappa l’homme à terre. Le craquement qui en résulta fit grimacer une partie de la foule. Tiago essaya à nouveau de crier son opposition mais, constatant que ses cordes vocales anesthésiées refusaient de lui obéir, il se rua sur le porteur de la matraque et prit, en lieu et place de l’interpellé, le second coup. Sa voix fit sa réapparition sous la forme d’un hurlement de douleur. Bruno arriva quelques secondes trop tard pour empêcher son frère de commettre l’irréparable. « Arrêtez ! Foutez-lui la paix bande de fils de putes ! » L’insulte arracha un murmure indigné de la foule et provoqua l’ire des policiers. Bruno ne put ni su faire quoi que ce soit pour briser l’inéluctabilité du scénario : le sans-abri et son presque-sauveur furent battus sous les yeux mollement dégoûtés des curieux et seule une personne trouva la force de s’opposer à leur interpellation. Les flics eurent leur arrestation, et la foule eut son spectacle à moindre frais. Il était 17 heures en ce mardi ensoleillé et chacun reprit ses activités. Qui de retour au bureau, qui prenant le volant de sa Clio, qui reprenant le cours de sa vie à peine bousculé…
Bruno arriva au commissariat une demi-heure plus tard. Il fit une entrée spectaculaire, réclamant à cor et à cri de voir son frère. La revendication qui aurait consisté à exiger sa libération immédiate n’aurait été ni justifiée, ni productive. Il le savait. Un agent grognon lui expliqua que Tiago était en garde à vue pour opposition à la force publique et outrage à agent. Evidemment, il n’y avait rien à redire là-dessus. Il avait vu la scène et n’avait même pas trouvé le temps de s’attarder sur la suite des évènements. La question était plutôt de savoir combien de temps Tiago resterait-il en prison ?
Il fut désigné à Bruno un siège où on lui demanda de patienter en attendant d’envisager la suite des opérations. Une heure s’écoula, durant laquelle il put réaliser l’extraordinaire bouleversement qui venait de se dérouler. Tiago avait réagi, il avait bougé, hurlé, ressenti quelque chose. Autant de paliers qu’il avait prévu de passer un par un, progressivement, au fil du temps. « Un but, une motivation nécessaire pour se bouger ». Ainsi, cette condition sine qua non du rétablissement de son frère était bel et bien inhérente à sa nature propre. Bruno avait cherché à trouver une passion, une occupation à son frère. Il suffisait en fait de réveiller ce qu’il avait de plus profondément ancré en lui : son dégoût pour l’injustice. Au milieu du commissariat où son frère croupissait dans une geôle, assis sur une pauvre chaise où ni café, ni magazine ne lui auraient permis de patienter, Bruno, pour la première fois depuis un an, sourit à la pensée de son frère. Il se trouva finalement bien ridicule avec ses idées de poterie et de badminton. Une interpellation musclée, voilà ce dont son frère avait eu besoin. Et il était désormais réveillé. Pourvu que ce soit pour de bon.
A quelques mètres de là, Tiago gisait, allongé sur une banquette minable. Les effluves d’urine, d’excréments et de sueur lui firent penser à tort que, finalement, les prisons mexicaines ont au moins le soleil pour elles. A ses pieds, sur le sol à la propreté plus que négligeable, l’homme qu’il avait tenté de sauver était vautré, inconscient. A aucune seconde Tiago ne se demanda s’il avait eu raison d’intervenir. Sa nature profonde, encore une fois. Il était né comme cela, il avait vécu comme cela et il n’avait jamais émis le moindre doute quant à la justice de ses principes. Exténué, blessé, groggy, allongé dans une cellule dont il ne sortirait probablement pas avant, au moins, quelques jours, il se sentit revivre et se répéta une chose, une chose fondamentale : un combat justement mené n’est jamais inutile. Et quand bien même la liberté de cet homme qui gisait en face de lui n’avait pu être sauvée, peut-être avait-il réveillé une ou deux consciences par son intervention. « La vie, la vie seule compte, l’humanité seule compte ». Sa pensée évolua, progressa et s’acheva en quelques fulgurances retrouvées. Son alpha et son oméga étaient passées, passaient et passeraient à l’avenir par là. Il y était résolu et comprit enfin comment mettre en adéquation une nécessaire plénitude morale, un absolu besoin d’utilité et la création d’un objectif lui permettant de retrouver, sinon le goût, du moins la volonté de la vie. Il était 18 heures, ce mardi, et Tiago redevint Tiago, allongé dans une cellule quelconque d’un commissariat quelconque d’une ville quelconque.
Cela faisait désormais plus de deux heures que Bruno végétait sur son banc. Son dos commençait, doucement mais sûrement, à le faire souffrir. Il avait épuisé tous les jeux disponibles sur son téléphone portable et la réceptionniste du commissariat avait clairement montré son ras-le-bol face à ses questions après à peine une demi-heure. Tout ce qu’il lui restait à faire se résumait en un clin d’œil : penser à son frère, se réjouir et s’inquiéter.
« Monsieur Santos ?
Bruno ne s’était pas même rendu compte qu’il était allongé par terre, noyé dans ses pensées et tournant le dos à l’homme qui venait de s’adresser à lui.
- Oui… Oui, c’est moi…
- Je suis le lieutenant Le Donec. Votre frère est donc gardé à vue pour différents chefs d’accusation.
- Je sais, oui. Vous savez quand il pourra sortir, à peu près ?
- Il sera présenté au juge demain matin. Il sera décidé s’il sera remis en liberté ou non en attendant son jugement définitif. Après, en revanche, je ne peux rien vous certifier.
- Et il risque quoi pour ce qu’il a fait ?
- Euh… Eh bien, au maximum, je suppose qu’il encoure jusque deux ans de prison. Mais, à mon avis, au vu de ses antécédents psychiatriques et de son casier judiciaire vierge, on se dirige plus vers du sursis.
Bruno demeura sonné quelques secondes, le temps d’accuser le coup. Le policier avait beau avoir été tout ce qu’il y avait de plus cordial et d’aimable, il lui avait fait miroiter l’image de son frère convalescent pourrir dans une cellule pendant deux ans.
- D’accord. Merci. Je reviendrai demain matin. »
Il avait prononcé ces mots presque machinalement. Il tourna les talons, sortit du commissariat et rentra chez lui. Soirée pénible, film pourri, idées noires et sommeil troublé…
Tiago fredonnait un air connu des Rolling Stones, la tête appuyée sur le mur de sa cellule, lorsque son compagnon de galère se réveilla. Manifestement groggy, ce dernier peina à se relever et ne sembla pas reconnaître Tiago.
« Vous êtes qui ? Je suis où là ?
Malgré son fort accent, il ne faisait avait aucun doute que le français était sa langue maternelle.
- Tu es en taule mon pote. Et, a priori, ce n’est pas ce qui t’attend de pire !
La réponse de Tiago, toute désinvolte qu’elle fût, était cordiale et accompagnée d’un sourire. L’homme qui lui faisait face le dévisagea et l’examina sous toutes les coutures. La scène cocasse dura quelques longues secondes jusqu’à l’illumination finale de l’observateur.
- C’est toi ! C’est toi celui qui a voulu m’aider ! C’est toi qui t’es mis entre la police et moi.
Tiago se contenta de sourire. Il n’en tirait pas de fierté particulière mais le contraste entre la soudaine euphorie de son interlocuteur et sa méfiance préalable avait quelque chose de rafraîchissant.
- Merci beaucoup. Je suis désolé que tu aies pris des coups pour moi. Comment tu t’appelles ?
- Tiago. Tiago Santos. Enchanté. Et toi ?
- Boubacar Imoudja. Ravi de te connaître, Tiago.
Les deux compagnons de cellule se serrèrent chaleureusement la main et se regardèrent droit dans les yeux avec un franc sourire. L’espace d’un court instant, toute la cordialité et tout l’humanisme du monde prirent corps dans une cellule de prison, sous les traits de deux présumés coupables et futurs condamnés.
- Tu viens d’où, Boubacar ?
- Du Niger.
- Et ça fait longtemps que tu vis en France ?
- Trois ans. Et ce n’ont pas été de belles années.
- Ça ne m’étonne pas. Tu venais chercher du travail parce qu’on t’a raconté que tout était beau et gratuit ici ?
- Non, pas vraiment. Je suis venu parce que je ne pouvais pas rester chez moi.
- Ah. Pourquoi ?
L’homme changea de position et prit une profonde inspiration.
- Je viens d’un endroit qui s’appelle Imouraren. C’est plutôt joli. J’y ai grandi avec mes frères et sœurs. C’était un des seuls endroits dans le pays où on pouvait vivre normalement. Mais, depuis quelques temps, les gens d’ici, la France, se sont installés à Imouraren. Ils ont chassé tous les habitants qu’ils n’ont pas engagés pour travailler pour eux. Moi, ils ne m’ont pas engagé. Je n’avais plus d’argent, plus de travail. C’est pour ça que je suis venu ici.
Tiago étouffa un rire sincère.
- Ah merde, désolé Boubacar. On t’a mal renseigné sur ce pays. Tu vois, les étrangers, ici, ne sont pas les bienvenus. Nos hommes politiques avaient besoin de boucs émissaires, comme de tous temps. Et comme assez souvent, en ce moment, c’est vous.
- Je sais. J’avais seulement pensé que, si mon pays donnait toutes ses richesses au tien, peut-être que je pourrais, moi, honnêtement gagner ma vie ici. Tu sais, je n’ai jamais demandé la charité. Je n’ai jamais mendié. J’ai cherché du travail. J’en ai trouvé un peu. Je vivais dans la rue, je ne dérangeais personne. Et puis, un jour, la police m’a attrapé et, pour être honnête, je ne sais toujours pas pourquoi.
- Tu vas être expulsé. Ils vont t’envoyer dans un endroit qui s’appelle un centre de rétention et ils vont te renvoyer au Niger. Je suis désolé.
Boubacar ne laissa pas transparaître la moindre émotion à cette annonce. Au fond de lui, il l’avait toujours su. Il avait simplement gardé le fol espoir des pauvres, celui qui, comme le dit la sentence, fait vivre. Tiago n’avait rien changé : Boubacar était condamné.
- Eh bien, puisqu’on est là, autant faire connaissance. »
Tiago demeura coi devant tant de résilience. Cet homme, qui venait d’apprendre qu’il allait retourner dans le pays qu’il avait mis tant d’énergie à quitter, trouvait en lui suffisamment d’humanité pour aller vers son prochain et essayer de la connaître. Il y avait dans ce seul acte tant de décalage par rapport à tout ce que Tiago avait vécu jusque-là que les larmes lui montèrent.
Ainsi, donc, deux hommes passèrent une nuit entière à « faire connaissance ». Tout y passa : la tentative de suicide de l’un, la traversée de la Méditerranée de l’autre, les mois en hôpital psychiatrique de celui-ci, les patrons exploitant la main-d’œuvre sans-papiers de celui-là, Anne, Imouraren… Aucun n’ignorait le funeste destin qui l’attendait, prison et expulsion. Mais chacun avait trouvé, ce soir-là, dans cette cellule absolument banale, ce qu’il cherchait : un peu d’humanité dans un pays qu’il aurait dû haïr pour l’un, une vision du monde en accord avec ce qu’il avait de plus profond en lui pour l’autre. Et, comme par magie, comme par enchantement, l’alchimie opéra. Boubacar et Tiago s’étaient trouvés et rien ne serait plus jamais pareil pour le second.
Le lendemain matin, lorsque les policiers vinrent les chercher, les résolutions étaient prises. Ils ne se reverraient sans doute jamais, mais ils avaient décidé, ensemble, de poursuivre leurs rêves et leurs principes jusqu’au bout. Et qu’importe si Boubacar fut, effectivement, envoyé en centre de rétention puis expulsé vers le Niger, qu’importe si Tiago fut laissé libre jusqu’à son procès. Le premier tenterait encore et toujours de trouver le bonheur d’une vie décente, en Europe ou ailleurs, et le second userait de tout ce que le désespoir de la vie ne lui avait pas enlevé pour donner corps à ses idées en aidant son prochain. Et il savait parfaitement où il y parviendrait le mieux.
« Au Niger ». Le géant barbu murmura ces mots presque malgré lui. Tiago l’observa en souriant et hocha la tête en signe d’acquiescement. Il regarda sa montre : 19 heures 45.
« Voilà toute l’histoire.
- Toute l’histoire ? Mais j’ai des questions à te poser, moi.
- Lesquelles ?
- Et bien, pour commencer, comment ça s’est terminé pour Boubacar ?
- Je n’en sais rien ! J’ai été emmené au tribunal avant lui et, quand je suis revenu au commissariat chercher mes affaires, il n’était plus là. J’ai demandé où ils l’avaient transféré et on n’a pas voulu me répondre. D’un côté, ça me rassure de voir les flics aussi mal à l’aise avec le phénomène des expulsions. Ça confirme bien qu’il y a quelque chose de contre nature là-dedans.
- Tu n’as jamais cherché à en savoir plus sur lui ?
- Pas vraiment. J’ai l’impression de savoir ce qu’il y a à savoir. Il n’a jamais été marié. Ses frères et sœurs ont été dispersés ici et là, certains travaillant même sur le site d’Imouraren. Lui est resté deux ans en France, pas plus. Maintenant, je suppose qu’il a dû être expulsé.
- Et ton frère ? Tu ne m’as pas dit ce qu’il est devenu.
Tiago était mal à l’aise avec cette question. Il baissa légèrement la tête et s’exprima plus lentement, plus bassement, comme s’il s’agissait d’un sujet tabou.
- Mon frère… Je ne saurais pas trop te dire. Bruno s’est très bien occupé de moi, je n’en serais pas là sans lui. Il a montré une vraie dévotion de frère à mon égard mais il ne me comprenait pas. Disons, en tout cas, qu’il ne me comprenait pas suffisamment pour admettre ce que j’allais faire. Pour le reste, je ne sais pas ce qu’il devient…
- Comment cela ? Tu l’as revu quand pour la dernière fois ?
- Précisément… Je ne l’ai pas revu.
