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Mémento de l'autrice de ce cosy crime haletant
Situer l'action :
- de nos jours
- au cœur de la belle ville de Tours
- dans le domaine « Bellevue » ou....
« Bellemort » ?
- à Noël, fête des lumières ou...
célébration de noires pulsions ?
- autour d'un repas qui réunit les treize personnages
«Treize à table » joyeuse opportunité ou...
sinistre présage ?
À PROPOS DE L'AUTRICE
Nicole Parlange vit depuis plusieurs années à Tours, ville aux multiples attraits et où elle a situé l'action de son cosy crime "Trois graines mortelles". Elle est l'auteure de nombreux ouvrages dont un grand nombre de romans policiers historiques, tous publiés chez Ex Aequo.
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Seitenzahl: 156
Veröffentlichungsjahr: 2025
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Nicole PARLANGE
Roman policier
ISBN : 979-10-388-1030-3
Collection : Rouge
ISSN : 2108-6273
Dépôt légal : juin 2025
© couverture Ex Æquo
© 2025Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays. Toute modification interdite
Rue Groison
Les oisillons grandiront
...... ou pas !
Mardi 24 décembre
La demie de cinq heures n’avait pas encore sonné au clocher de Saint-Symphorien qu’il faisait déjà nuit.
Après plusieurs jours où la ville était restée enveloppée dans un voile cotonneux, le brouillard s’était brusquement dissipé en début d’après-midi laissant place comme par enchantement à une claire nuit de pleine lune. Une lune enjouée à l’approche de la naissance du divin enfant. Une lune émoustillée par l’approche des festivités de fin d’année qui, au beau milieu du ciel étoilé, exhibait sans pudeur ses blanches rondeurs.
Dans le parc où les feuilles des arbres tremblaient sous le souffle d’une bise glacée, la grande bâtisse était plongée dans un silence assourdissant. Pas âme qui vive alentour, personne en dehors d’une silhouette menue qui fumait sous la terrasse surplombant le large porche d’entrée.
La vieille Angèle, cigarette au bec, tenait dans sa main droite un téléphone tandis que de sa main gauche elle tapait à toute allure avec son index sur l’écran blanc dont la lumière crue soulignait les contours anguleux de son visage. Elle piétinait sur place, se balançant d’un pied sur l’autre pour se réchauffer.
L’air vif lui piquait les joues, elle s’arrêta un instant d’écrire et enfila la capuche de son duffle-coat bleu marine. Puis elle tapota encore quelques mots avant d’écraser par terre son mégot qu’elle ramassa avant de rentrer précipitamment, claquant d’un geste brusque la porte derrière elle.
Dès qu’elle fut à l’intérieur, Angèle entreprit de fermer les volets du rez-de-chaussée. Leur grincement lugubre fit écho à de lointaines notes de musique qui s’échappaient de l’unique fenêtre éclairée au deuxième étage de la façade. Celle de la chambre où s’était installée Chiara, la première arrivée parmi les invités que Martin, l’enfant de la maison, avait conviés pour le réveillon. Denis, le compagnon d’Angèle, jardinier émérite qui veillait avec elle sur le Domaine Bellevue en l’absence de ses propriétaires Martin et Rodolphe, venait de partir les chercher à la gare de Saint-Pierre-des-Corps.
Quant à Angèle, contrairement à d’habitude où elle faisait toujours preuve d’un étonnant sens de l’organisation, elle semblait, ce soir-là, à la fois quelque peu dépassée et de fort méchante humeur. Il faut dire qu’au cours de la journée, tout s’en était mêlé ne lui laissant aucun répit ! D’abord la chaudière qui était tombée en panne sans prévenir. Au bout de plusieurs tentatives infructueuses, Denis furieux et jurant comme un charretier avait finalement réussi à la faire redémarrer sans bien savoir comment. Avec le risque qu’elle s’arrête de nouveau…
Ensuite la lotte et les coquilles Saint-Jacques qui auraient dû être livrées la veille n’étaient arrivées que dans l’après-midi, décalant tout son planning de préparatifs.
Et cerise sur le gâteau, il s’en était fallu de peu que Promesse, l’insupportable chat roux qui n’obéissait à rien ni à personne ne fasse qu’une bouchée des précieux mollusques.
Mais au-delà des diverses contrariétés qui avaient mis ses nerfs à rude épreuve, Angèle se sentait bizarrement la proie d’une colère irraisonnée, une de ces colères dont elle était coutumière quand après une nuit à chercher vainement le sommeil, elle se levait avec l’envie de trucider tous ceux qui par malchance viendraient à croiser son chemin.
Sans compter que ce soir-là le calme apparent de la grande bâtisse qui d’habitude l’apaisait et l’incitait à la sérénité, lui serrait au contraire la poitrine, l’oppressant au point qu’elle était à deux doigts de tout planter là et de s’enfuir au plus vite, loin, très loin sans se retourner… Elle esquissait déjà quelques pas vers le hall quand soudain derrière elle, retentit la voix tranquille de Chiara :
— Eh bien, Angèle, vous vous prépariez à sortir ? S’il vous manque quelque chose, n’hésitez pas à me mettre à contribution, c’est bien volontiers que je me rendrai utile en attendant l’arrivée des autres.
Cette proposition apaisante permit à Angèle de retrouver ses esprits. Elle passa une main sur son front moite puis, secouant la tête énergiquement comme pour en chasser les mauvaises pensées, elle répondit :
— Non, non, merci Chiara, c’est très gentil de votre part. Je me passerai de safran pour la sauce de la lotte. Installez-vous donc dans le salon bleu où Denis a allumé une bonne flambée. Je vous prépare du thé et…
— Oui, du thé bien chaud, voilà une excellente idée ! Mais promettez-moi d’en boire une tasse avec moi !
Angèle sourit et promit.
Elle promit d’autant plus volontiers qu’elle adorait le thé, le thé bien noir, surtout pas le thé vert qu’elle trouvait trop fade. Elle en buvait jusqu’à dix tasses par jour, s’étonnant parfois de peiner à trouver le sommeil.
Et en aucun cas elle n’aurait pu se passer de sa fidèle compagne, sa bouilloire dont le chant joyeux rythmait ses journées.
Dès qu’Angèle entendit siffler l’oisillon blanc de la bouilloire, elle versa l’eau bouillante sur les feuilles du thé noir et corsé que Chiara tout comme elle affectionnait.
Il y avait fort longtemps que les deux femmes se connaissaient. Chiara était entrée dans la vie du père de Martin une trentaine d’années auparavant, peu après que la mère du garçonnet eut subitement disparu. Ou plutôt s’était évaporée sans laisser la moindre trace comme aspirée par une malle à double fond.
La douce Isabelle, l’épouse dévouée, la mère attentionnée, s’était volatilisée un beau matin de novembre 1994, abandonnant du jour au lendemain Paul son mari complètement bouleversé, Sophie sa fille adolescente et Martin son tyrannique fils de dix ans auquel elle cédait tout.
Ni le père ni les enfants n’avaient rien vu venir, n’avaient rien compris. Ils avaient tous trois oublié que derrière la silhouette trop discrète se cachait un être de chair et de sang dont le cœur battait fort au rythme des envies inassouvies qui la submergeaient.
Une enquête de police avait bien sûr été ouverte qui s’était poursuivie pendant plusieurs mois, mais les multiples recherches pour retrouver la disparue n’avaient donné aucun résultat. On l’avait cherchée encore et encore. En vain…
On avait fini par conclure qu’elle avait certainement changé d’identité.
Angèle servit le thé infusé juste à point puis elle prit place au creux du fauteuil de cuir qui faisait face à celui de Chiara.
Angèle, petite et frêle dont le seul luxe à soixante-dix ans consistait à se faire quelques mèches en déposant des touches de couleur dorée dans sa blanche chevelure, en souvenir de sa blondeur d’antan.
Chiara, plantureuse brune au mitan de la cinquantaine, impressionnante par la profondeur de son regard qui vous transperçait de sa flèche noire bleutée.
En apparence rien de commun entre ces deux-là, mais curieusement dès qu’elles avaient fait connaissance trois décennies auparavant, elles s’étaient d’emblée senties proches, unies par une complicité qui intriguait toujours Martin auquel elle vouait l’une comme l’autre une tendresse sans bornes.
Après avoir bu quelques gorgées de la boisson brûlante, Chiara s’étira comme un chat en disant :
— Je suis heureuse d’être là pour fêter les quarante ans de Martin. C’est un anniversaire qui compte dans une vie ! Et puis je me consume d’impatience depuis qu’il m’a écrit avoir une nouvelle importante à nous annoncer.
Elle éclata de rire :
— Ce ne peut être son mariage puisqu’il a déjà un mari. Ma chère Angèle, je suis certaine que vous êtes dans le secret. Par pitié, ne me faites pas languir davantage !
La réponse fusa instantanément :
— Non, non, désolée de vous décevoir Chiara, mais je n’en sais pas plus que vous. Le seul indice pourrait être la présence insolite de ce type, Philippe Rovert qui…
— Mais oui bien sûr, s’exclama Chiara au comble de l’excitation, comment n’y ai-je pas pensé moi-même ? Pourquoi Martin et Rodolphe ont-ils invité cette année leur patron à réveillonner alors qu’ils ne l’ont jamais fait auparavant ? Il y a anguille sous roche et de toute évidence il se trame quelque chose d’important, quelque chose d’essentiel…
Alors qu’Angèle après la courte pause qu’elle s’était accordée regagnait la cuisine, Chiara frissonna tout à coup, se rendant compte qu’il n’y avait plus de bûche dans la cheminée. Elle s’empressa d’en poser une sur les braises encore rouges et le feu repartit aussitôt. Fort heureusement, car Chiara qui avait grandi et vécu à Nice jusqu’à son arrivée en Touraine avait toujours souffert de l’humidité qui régnait dans cette vieille bâtisse datant du 17ème siècle. Plusieurs immenses pièces — dont le salon d’apparat — étaient d’ailleurs inutilisables à cette époque de l’année, car impossible à chauffer.
Balayant la pièce du regard, elle se demanda pourquoi on l’appelait toujours le salon bleu et non la bibliothèque. Tous les murs étaient en effet couverts de haut en bas d’étagères remplies de livres, ne laissant apercevoir que quelques rares pans d’une tapisserie d’un bleu délavé. Lorsqu’elle vivait ici avec Paul, le père de Martin, elle avait d’ailleurs plusieurs fois tenté de le convaincre de rénover cet espace défraîchi, mais il avait toujours refusé, s’abritant derrière le prétexte que c’était sa propre mère qui en avait conçu l’aménagement.
Et puis la mort brutale de Paul, emporté en quelques jours par l’épidémie de Covid à la fin de l’année 2020 avait bouleversé sa vie. Elle avait voulu rapidement prendre de la distance avec cette demeure où par le passé elle avait connu de vrais moments de bonheur, mais qui désormais lui rappelait trop de mauvais souvenirs. Dès le printemps suivant, elle s’était installée à Poitiers où elle avait repris un prospère cabinet de vétérinaire en périphérie de la ville.
Chiara s’étira à nouveau, s’apprêtant à rapporter les tasses de fine porcelaine lorsqu’un objet insolite attira son attention. Que faisait donc cet oisillon bleu posé tout seul sur le rebord de la fenêtre ? Il ressemblait comme un frère à celui qui faisait chanter la rutilante bouilloire chromée de la cuisine. S’était-il égaré ou l’avait-on oublié ? Elle éprouva la fugace et désagréable impression qu’il la surveillait, mais elle n’eut point le loisir d’y réfléchir davantage, car elle entendit crisser les pneus d’une voiture sur le gravier de la cour.
Elle se précipita alors vers l’escalier pour grimper au deuxième étage. Voulant se présenter à son avantage devant son cher Martin, elle troqua ses confortables charentaises contre d’élégantes ballerines noires.
C’est en sortant de la salle de bains où elle avait remis une touche de rouge à lèvres fuchsia assorti à son pull en cachemire qu’elle aperçut soudain, posé sur le rebord de la fenêtre, un oisillon rouge qu’elle n’avait pas remarqué jusqu’alors.
Un oisillon rouge, rouge sang comme le papier peint de sa chambre…
Martin entra en courant dans la maison, se planta au milieu du hall, se saisit de la coiffe en plumes qui trônait accrochée depuis son enfance sous le portrait de Geronimo et poussa le même cri de guerre que quand il était gamin :
« Hooka Hey ! Qu’on vienne ici sans tarder rendre hommage au chef de la tribu du Bellevue ! »
En entendant cette formule qu’elles connaissaient par cœur, Angèle et Chiara se précipitèrent dans le vestibule à la rencontre de leur cher Martin. Le serrant tendrement contre elles, elles l’embrassèrent à tour de rôle, béates d’admiration comme à chaque fois devant leur héros.
Et il faut avouer que ledit héros portait fort bien ses presque quarante années.
Avec sa haute taille — il mesurait pas loin de deux mètres — son visage carré à la peau mate où ressortaient deux immenses yeux verts qu’il avait hérités de sa mère, son large front qui disparaissait derrière une épaisse mèche de cheveux brun foncé, il ressemblait à l’acteur Daniel Day-Lewis, mais avec quelque chose de plus joyeux, de moins mélancolique dans le regard.
Derrière lui, planté au milieu des valises et des sacs, Rodolphe patientait comme il le faisait à chacun de leur retour dans la maison d’enfance de Martin. Rodolphe de Boicours, le mari de Martin depuis deux ans maintenant, n’était pas non plus franchement vilain à regarder.
Plus petit, mais de bonne taille cependant, il arborait au-dessus d’une dentition parfaite, une superbe moustache du même blond roux que sa longue chevelure qu’il attachait en queue de cheval. Son visage buriné ainsi que ses mains couvertes de cicatrices laissaient deviner qu’il avait largement bourlingué à travers le monde, se plaisant à dire de lui-même « qu’il en avait vu d’autres » avant de revenir à Paris exercer sa profession d’avocat. Ses dix ans de plus que Martin le rendaient indulgent par rapport à tout ce que faisait le « jeunot ». Ce jeunot dont la rencontre avait changé sa vie et qu’il chérissait de tout son être.
Denis, le compagnon d’Angèle qui avait troqué sa tenue de jardinier contre celle de chauffeur, pénétra à son tour dans le vaste hall. Il avait garé la grosse berline que le couple laissait à sa disposition, n’en ayant point l’utilité à Paris. Ôtant le bonnet en laine épaisse qui recouvrait son crâne chauve, il s’arrêta un instant face à Angèle dont le franc sourire le frappa. C’était si rare de la voir ainsi détendue. En la regardant, il se fit la réflexion que seule la présence de ce garçon qu’elle avait élevé pouvait ainsi illuminer son visage. Martin était l’enfant qu’elle n’avait pas eu, qu’elle n’avait pas pu avoir. Il lui avait offert la possibilité d’une bienfaisante revanche en lui permettant de jouer auprès de lui le rôle de la mère qu’elle ne serait jamais.
Martin et Rodolphe rassemblèrent rapidement leurs bagages éparpillés dans le péristyle. Aidés par Denis qui sans doute trop chargé fut saisi par une violente quinte de toux, douloureux héritage de la méchante grippe dont il se remettait à peine, ils les montèrent au premier étage dans la vaste suite où ils s’installaient à chacun de leur retour au Domaine Bellevue.
Tandis qu’Angèle pressée par le temps, car elle avait prévu de se changer avant le dîner grimpait quatre à quatre les marches étroites qui menaient à l’appartement où elle habitait avec Denis à l’entresol de la grande bâtisse, Chiara restée seule dans le hall glacé se dirigea d’un pas rapide jusqu’au salon bleu. Les mains tendues au-dessus du feu pour les réchauffer, elle entendit sonner huit heures au clocher de Saint-Symphorien, songeant au même instant qu’une coupe de champagne lui ferait le plus grand bien.
L’oisillon bleu la regardait fixement…
Denis rejoignit Angèle sans tarder dans leur chambre, car lui aussi avait prévu de se changer pour faire honneur à leurs hôtes. En effet, comme tous les ans le 24 décembre, le couple était convié à partager le dîner du réveillon qui se déroulait toujours en petit comité avec Martin, Rodolphe et Chiara. La seule différence ce soir serait la présence d’un invité de dernière minute, Philippe Rovert, le propriétaire du gros cabinet d’affaires parisien où Martin et Rodolphe exerçaient comme avocats depuis plusieurs années déjà.
Le Rovert en question ayant la réputation d’être un détestable individu, à la fois complètement imbu de lui-même et véritable requin en affaires, Angèle s’inquiétait beaucoup. Elle redoutait que sa seule présence ne vienne gâcher la sérénité d’un repas dont elle se réjouissait des mois à l’avance et qu’elle préparait toujours avec le même soin jaloux. Elle ne comprenait pas pourquoi cet indésirable avait été convié dès ce soir et non demain comme tous les autres.
Si elle avait été en mesure de reprocher quoi que ce soit à Martin, elle lui aurait avoué regretter fort qu’il ne l’ait pas consultée avant de lancer cette invitation incongrue, mais elle ne lui avait rien dit ne voulant surtout pas contrarier son protégé. D’autant qu’il s’agissait peut-être aussi d’une décision de Rodolphe…
Angèle était d’autant plus déçue que cette année, elle avait fait une folie. Pour paraître à son avantage lors du réveillon, elle s’était acheté une robe en velours noir avec un diadème du même tissu où scintillaient trois petits diamants. Des faux évidemment, mais dont elle trouvait qu’ils étaient du plus bel effet, rehaussant sa chevelure dorée.
Tandis que Denis, un peu serré dans son costume bleu marine, sortait chercher du bois dans la remise protégeant sa gorge fragile avec l’épais cache-nez qu’elle lui avait tricoté, elle s’arrêta un instant dans la salle à manger où dès le début de l’après-midi elle avait disposé le couvert sur la nappe brodée d’une blancheur immaculée.
Les verres en cristal transparent trônaient derrière les assiettes colorées du service coq de bruyère. Les couverts en argent scintillaient sous la lumière crue du grand lustre. La coupe de jacinthes mauves posée au centre de la table parfumait délicieusement la pièce.
Les guirlandes lumineuses du grand sapin qu’elle avait décoré avec soin, exclusivement en rouge et or, clignotaient en rythme, se reflétant dans la glace monumentale qui ornait le plafond ainsi que sur les baies vitrées de la véranda attenante.
Comme chaque année, Angèle avait passé plusieurs jours à parer la demeure pour que malgré son aspect intérieur vieillot et suranné, elle soit la plus accueillante possible. Elle avait ainsi disposé des fleurs, d’odorantes jacinthes roses et bleues dans toutes les pièces, y compris dans les chambres.
De plus elle s’était également autorisé, tout comme pour sa tenue vestimentaire, une fantaisie de décoration.
Appréciant fort le joyeux sifflement de l’oisillon en acier blanc qui trônait sur sa bouilloire et rythmait ses journées, elle avait demandé à Denis si habile de ses mains qu’il savait tout faire d’en sculpter d’autres en bois sur le même modèle. Elle avait ensuite passé de longues heures à les peindre, les peindre de toutes les couleurs pour apporter une touche de gaîté bienvenue au Domaine Bellevue.
Elle en avait mis partout, absolument partout sur le rebord des fenêtres de chaque pièce. Persuadée que ces oisillons colorés veilleraient au bon déroulement de la fête ! Qu’ils seraient également les garants du sommeil apaisé des participants à ce rendez-vous annuel qui comptait tant pour elle et dont elle se réjouissait si fort par avance !
Satisfaite de constater que tout était en ordre, Angèle se dirigea ensuite d’un bon pas vers la cuisine où elle avait encore beaucoup à faire.
Sans prêter attention à l’oisillon vert qui la regardait fixement.
