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Un corbeau pollue l'enquête de Manos Xanthakis.
Tournant le dos aux obsessions assassines des tueurs en série, le roman Un corbeau sur la toile privilégie le suspense psychologique et le mystère, avec une innovation : le lecteur est pris à partie et invité à s’exprimer sur l’enquête qu’il découvre sur la toile du web….
Des années après le procès de Kopanas, le policier Manos Xanthakis crée un site internet destiné à recueillir sur la toile du web de quoi faire réviser un procès bâclé, d’après lui. Hélas, un corbeau qui signe « Hannibal le cannibale » va polluer l’enquête…
Allers et retours entre Strasbourg, la Crète, Mycènes, Kopanas... Seule certitude : un crime se préparait. Mais qui en était le véritable auteur ? Le meurtrier va-t-il récidiver ? Les courriers se contredisent sur le web, les fils de la toile s’entremêlent... Comment sortir du labyrinthe ?....
Plongez dans les investigations de Xanthakis, bien décidé à faire réviser le procès bâclé de Kopanas malgré les menaces de « Hannibal le cannibale »
EXTRAIT
Quand elle est entrée, ma première réaction a été de jurer tout bas. Pourtant, elle n’avait pas l’air d’une femme à embrouilles. Une toute jeune femme. Toute frêle. Elle tombait mal, c’est tout.
Elle hésitait au seuil du bureau, je lui ai dit d’entrer d’un ton rogue. Elle a fait un pas, s’est arrêtée, je l’ai apostrophée assez grossièrement. Encore une fois, c’était un jour où je ne supportais rien. Peut-être aussi que j’ai senti que cette femme n’allait m’apporter que des ennuis. Une intuition, en somme, comme j’en ai parfois, assez rarement, il faut bien l’avouer…
À PROPOS DE L'AUTEUR
Originaire de Nice, Anne Basc a enseigné le grec ancien et mêle à ses histoires des souvenirs vivaces de la mythologie revue à la sauce informatique… Elle signe là son 5ème roman policier, où elle se plaît à mêler le suspense et l’atmosphère sombre des romans noirs américains, transposée dans la métropole alsacienne, la Crète et la Grèce où naquit la tragédie antique. Tout un programme…
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Seitenzahl: 330
Veröffentlichungsjahr: 2017
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Tournant le dos aux obsessions assassines des tueurs en série, le roman « Un corbeau sur la toile » privilégie le suspense psychologique et le mystère, avec une innovation : le lecteur est pris à partie et invité à s’exprimer sur l’enquête qu’il découvre sur la toile du web….
Des années après le procès de Kopanas, le policier Manos Xanthakis crée un site internet destiné à recueillir sur la toile du web de quoi faire réviser un procès bâclé, d’après lui. Hélas, un corbeau qui signe « Hannibal le cannibale » va polluer l’enquête…
Allers et retours entre Strasbourg, la Crète, Mycènes, Kopanas... Seule certitude : un crime se préparait. Mais qui en était le véritable auteur ? Le meurtrier va-t-il récidiver ? Les courriers se contredisent sur le web, les fils de la toile s’entremêlent... Comment sortir du labyrinthe ?....
Originaire de Nice, Anne Basc a enseigné le grec ancien et mêle à ses histoires des souvenirs vivaces de la mythologie revue à la sauce informatique… Elle signe là son 5ème roman policier, où elle se plaît à mêler le suspense et l’atmosphère sombre des romans noirs américains, transposée dans la métropole alsacienne, la Crète et la Grèce où naquit la tragédie antique. Tout un programme…
Anne Basc
Un corbeau sur la toile
policier
ISBN : 978-2-35962-685-8
Collection Rouge
ISSN : 2108-6273
Dépôt légal mars 2015
©couverture Ex Aequo
©2015 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays.
Du même auteur
Les coulisses de la mort - Éditions Ex aequo - 2014
Jeux de miroirs – Éditions Ex Aequo – 2014
La présentation de ce roman s’inspire de celle d’un site internet et comporte des liens qui permettraient sur un site de relier par un clic de souris des pages éloignées.
Mais si vous êtes l’heureux possesseur de la version papier et que vous déploriez que les liens indiqués ne vous soient d’aucune utilité puisque malheureusement réservés aux lecteurs d’ebooks, ne vous désespérez pas ! Vous pourrez profiter malgré tout de la version internet de votre roman : il vous suffira de flasher le QRcode et de passer à votre ordinateur, smatphone ou tablette pour être magiquement transporté à l’intérieur du site consacré à « Un corbeau sur la toile » : vous pourrez y naviguer à votre aise et sautiller de lien en lien…
En revanche, si vous êtes un fervent adepte du livre-papier, résolument opposé aux codes, liens et objets électroniques de toute nature, vous n’aurez qu’une chose à faire : ignorer les liens et profiter de votre livre en toute quiétude, tournant les pages dans l’ordre traditionnel et vous laissant porter par l’histoire en toute simplicité…
Le menu principal ? Un bonne vieille table des matières ! Rien de plus pour vous, quoi qu’infiniment plus, pour certains…
ACCUEIL
PLAN du site : quelques échos et correspondances
1er épisode : l’enquête
2ème épisode : extrait du journal de Bérénice Ohlberg
3ème épisode : Bérénice et Howard Trumann
Journal de la vengeance des dieux
Forum
Tristan Leroy
Manos Xanthakis à Strasbourg (récit de l’auteur du site)
Maria et Kostas Daniélidès à Mycènes (extrait du journal de Bérénice)
Bérénice Ohlberg et Kostas Daniélidès
Retour sur le campus strasbourgeois
Agia Deka, la pierre de Kastelli
Agia Deka, le labyrinthe
Howard en congrès à Strasbourg
Conférence explosive à Strasbourg (récit de Manos Xanthakis)
Enquête tous azimuts (suite du récit de Manos Xanthakis)
Mails sur le web : le Minotaure en nous
Pater Athinagoras
Tristan et « les labyrinthes de Crète »
Stratos Stéphanidès
Howard, Bérénice et Anaïs à Strasbourg
Hors du labyrinthe
Kopanas
Église Saint Maurice, Strasbourg
Critique du procès de Kopanas
Vers une révision du procès
Mail ultime : Hannibal, Florence, Italie
Photos du centre de danse Isadora Duncan
Bienvenue !
Bienvenue sur ce site exclusif de Kopanas.com, à l’usage des amoureux de la Justice et de la Vérité !
Je suis Manos Xanthakis, le policier chargé d’instruire, voici bien des années, l’enquête sur les meurtres de Kopanas.
Vous n'avez aucune idée de ce que peut bien être cette affaire ? Aucune importance ! Laissez-vous guider à travers les arcanes et les méandres d’une enquête dont bientôt nul détail n'aura pour vous aucun secret !
Et sachez, chers visiteurs, que vous êtes sur un site interactif : vous pouvez à tout moment ajouter votre pierre à l’édifice de la Vérité.
C'est le juge Lokias qui a instruit cette affaire et je suis convaincu qu'il lui a manqué des éléments-clés pour apprécier les faits dans toute leur ampleur et leur exactitude. Votre rôle sur ce site est donc capital : apporter au moulin de l’enquête l’eau rédemptrice d'éléments nouveaux...
Où que vous soyez, qui que vous soyez, apportez votre contribution, faites progresser l’enquête, et ensemble obtenons la révision du procès.
Car tel est l’objectif avoué de ce site : la révision du procès de Kopanas.
Vous, votre famille, vos amis, vos proches…
COMMUNIQUEZ !
L’enquête sur les meurtres de Kopanas fut un véritable rébus, mieux : un vrai labyrinthe. J’avoue avoir manqué de repères pour m’orienter dans cette toile d’araignée inextricable.
D’où l’idée de mettre l’enquête sur la toile du web.
Cependant voici quelques clés préliminaires pour vous aider à démêler les fils d’une affaire d’une effroyable complexité.
Prenez donc la peine de parcourir d’abord ces quelques pistes géographiques : Strasbourg, Mycènes, Kopanas, Le fort Vauban, La Krutenau, ou temporelles : le labyrinthe de Crète, Oreste et Électre, Clodia et Clodius, ou encore littéraires : Paul et Elizabeth, Maria et Kostas, La légende du Minotaure. Ces pistes mettront à jour dans votre esprit des correspondances subtiles et éclairantes entre le passé et le présent et aussi entre les espaces qui se répondent de façon troublante.
Car parfois les faits-divers s'éclairent par les mythes anciens et l’on retrouve à Bamako ce qui s’est passé à Los Angeles… Alors le mythe apparaît plus saisissant que la réalité qui semble fade, estompée dans une brume irréelle…
STRASBOURG
Lieu essentiel de l’action. Pivot central autour duquel gravitent les autres lieux. Plus précisément l’Université Marc Bloch où Bérénice Ohlberg, l’actrice principale des faits est titulaire d’une chaire de grec ancien. Ce quartier des facs, c’est le « campus », la ville moderne, les grandes places et les rues aux immeubles rectilignes.
MYCÈNES
Ville grecque chère à Bérénice Ohlberg, notre professeur de grec. Pas fondamentalement opposée à la ville ultramoderne ou au campus strasbourgeois. Comme le campus aux larges espaces nus, Mycènes est bâtie sur des étendues sauvages et désertiques, dominant la plaine de l’Argolide où les rois mycéniens, en des temps préhistoriques construisirent leurs palais.
Kopanas, à ATHÈNES
Colline située à Athènes et faisant face à l’Acropole. Elle recèle depuis 1903 un Centre de danse qui se veut la copie du Palais d’Agamemnon à Mycènes, ville qui évoque elle-même le campus strasbourgeois… Correspondances…
LE FORT VAUBAN, À STRASBOURG
Lieu de promenade cher à Bérénice et à d’autres personnages mêlés à cette enquête. Ces constructions massives évoquent encore une fois Mycènes, mais un bâtiment, cette fois : la tombe d’Agamemnon ou « Trésor d’Atrée », antre caverneux, obscur et ténébreux, sorte de bunker massif, comme Vauban les affectionnait…
LE QUARTIER DE LA KRUTENAU, À STRASBOURG
Autre lieu de prédilection des comparses de notre enquête. Petites ruelles tortueuses, près de l’Ill et non loin du quartier des facs. Bérénice Ohlberg y réside : ce n’est donc pas un hasard si ses goûts la portent vers le labyrinthe de Crète.
LE LABYRINTHE DE CRÈTE
Situé à Kastelli, non loin du village crétois de Gortyne. On y retrouvera tous les personnages, mêlés de près ou de loin à l’affaire Kopanas. Réseau obscur de grottes où règne la nuit et où vécut peut-être le Minotaure… L’image même de cette enquête dont les pistes s’entrecroisent de façon apparemment inextricable… Véritable toile d’araignée… Comme la toile du web…
ORESTE ET ÉLECTRE
Frère et sœur extrêmement liés, dans l’Antiquité. Électre poussa son frère Oreste à tuer leur mère Clytemnestre, elle-même meurtrière de son époux Agamemnon.
PAUL ET ÉLISABETH
Frère et sœur mythiques et sulfureux, imaginés par Jean Cocteau dans son roman « Les enfants terribles ». La sœur pousse son frère chéri à la mort, avant de se suicider à son tour…
CLODIA ET CLODIUS
Autre couple célèbre de frère et sœur, à Rome, cette fois. La belle Clodia tua son mari Metellus, par amour pour son frère Clodius…
MARIA ET KOSTAS DANIÉLIDÈS
Personnages clés de notre enquête. Frère et sœur intimement liés qui dirigent le Centre de danse bâti sur la colline de Kopanas, à Athènes, par Raymond et Isadora Duncan, autres frère et sœur célèbres, danseurs et premiers constructeurs du bâtiment, au début du vingtième siècle.
LA LÉGENDE DU MINOTAURE
Au centre du labyrinthe, se trouvait un monstre à corps d’homme et à tête de taureau qui dévorait chaque année sept jeunes gens et sept jeunes filles, jusqu’à ce qu’il se fasse tuer par le héros Thésée, aidé d’Ariane et de son fameux fil. Mais Thésée abandonna Ariane, lui préférant sa sœur Phèdre qui s’éprit du propre fils de Thésée, Hippolyte…
Ah ! Ces histoires de famille ! Notre enquête concerne aussi deux demi-sœurs, Bérénice et Anaïs, leur père, l’archéologue Howard Trumann et un étudiant intéressé par le labyrinthe de Crète, Tristan Leroy.
Il m’arrive souvent de penser que ces personnages rejouent pour nous le mythe, sur la scène d’un théâtre plus moderne. Et la légende est bien utile pour saisir les implications cachées entre les personnages, les ressorts invisibles que les actions au grand jour ne permettraient pas de soupçonner…
Et maintenant, il ne vous reste plus qu’à vous lancer dans la balade à travers le site de Kopanas.com. Vous avez toutes les cartes en main pour que cette promenade soit fructueuse.
Puissent les dieux vous assister et vous inspirer des idées qui fassent rebondir cette malheureuse affaire ! C’est le véritable objectif de ce parcours plus ou moins fléché…
Premier épisode : l’enquête.
Bon vent !
Nom : Manos Xanthakis. Profession : lieutenant de police. Nationalité : Grec. Mon nom vous dit sûrement quelque chose. Fouillez votre mémoire. Il y a quelques années… Athènes, l’affaire Kopanas… Avec des ramifications vers la Crète (Gortyne, Agia Deka) et la Grèce (Mycènes, Athènes)…
Le centre : la ville de Strasbourg, ou plutôt, le campus universitaire. Rappelez-vous : Bérénice Ohlberg, titulaire d’une chaire de Grec ancien à l’Université Marc Bloch de Strasbourg. Je doute que vous ayez oublié cette sombre histoire. Sombre, oui. Avec des côtés baignés de soleil, comme la colline de l’Acropole…
***
Tout a commencé le jour où j’ai rencontré cette jeune fille, Anaïs… Un jour assez terne du mois de février. Il y avait un vent terrible. La journée avait mal commencé. Mikis, mon collaborateur n’arrivait plus à mettre la main sur un dossier important. Une affaire urgente, pourtant. Le ton avait commencé à monter. Je ne supporte pas le désordre de Mikis. Bref, j’étais d’une humeur de chien.
Quand elle est entrée, ma première réaction a été de jurer tout bas. Pourtant, elle n’avait pas l’air d’une femme à embrouilles. Une toute jeune femme. Toute frêle. Elle tombait mal, c’est tout.
Elle hésitait au seuil du bureau, je lui ai dit d’entrer d’un ton rogue. Elle a fait un pas, s’est arrêtée, je l’ai apostrophée assez grossièrement. Encore une fois, c’était un jour où je ne supportais rien. Peut-être aussi que j’ai senti que cette femme n’allait m’apporter que des ennuis. Une intuition, en somme, comme j’en ai parfois, assez rarement, il faut bien l’avouer…
Quoi qu’il en soit, elle a fini par entrer. Elle s’est assise sur le siège que je lui ai désigné, en face de mon bureau, en me dévisageant d’un air perplexe.
Rien à faire. Il fallait lui adresser la parole. Lui demander ce qu’elle venait faire ici, à cette heure. En feignant la courtoisie. La courtoisie ! C’est justement ce dont j’étais à mille lieues, ce matin-là ! La courtoisie…
C’est Mikis qui m’a sorti d’embarras, m’empêchant de poursuivre sur la voie de la grossièreté sur laquelle je venais royalement de m’engager, à l’égard d’une jeune femme innocente. Innocente ? Voire…
Personne n’est innocent, c’est le B.A.-BA de mon métier ! Dans la police, si tu ne pars pas du principe qu’il n’y a que des coupables, y compris toi, tu es fichu ! Les circonstances atténuantes, l’innocence, c’est le job des avocats. Moi, mon job, c’est de coincer les gens !… Ou plutôt, non ! Coincer la Vérité.
— Vous désirez, Mademoiselle ?
Ah, il me fait marrer, Mikis ! À la place de la demoiselle, je lui aurais répondu avec un grand sourire :
— Mettez-moi un kilo de ces belles tomates !
Mais visiblement la fille n’était pas d’humeur folâtre, elle a balbutié quelque chose comme :
— C’est pour une plainte, je...
J’ai explosé :
— Attendez ! Vous voulez déposer une plainte ? C’est à quel sujet ? J’espère que vous avez un bon motif, parce que mon collègue et moi, on est débordés et...
Un coup d’œil à la donzelle, elle était complètement démontée. Allons bon, elle n’allait quand même pas éclater en sanglots !
Et c’est ainsi que tout a commencé. J’ai reçu sa plainte, contraint et forcé. Une affaire pas banale de lettres volées. Des lettres que personne n’avait vues, sauf elle. Et pas n’importe quelles lettres. Des lettres autographes d’Isadora et de Raymond Duncan, s’il vous plaît.
C’est de là que tout est parti.
Et maintenant que tout a pris une telle ampleur et dérapé de façon si magistrale, j’ai eu envie de créer ce site. Reprendre l’affaire à zéro. Tout recommencer et trouver la vérité. La vraie vérité. Vous voyez ce que je veux dire ? Non ? C’est que vous ne travaillez pas dans les milieux de la police et de la justice…
Bref, aujourd’hui, oui, aujourd’hui, 3 février, jour anniversaire de ma rencontre avec Anaïs Trumann, j’ai décidé de télécharger peu à peu toute l’enquête sur cette affaire. Étaler ces histoires (pas si vieilles) sur la toile du web ! L’idée m’excite. Internet, c’est comme une immense toile d’araignée. Un labyrinthe. Oui, un Labyrinthe. Avec peut-être, qui sait, un monstre tapi en son centre. Un monstre qu’il suffit de débusquer.
Quoi ? Vous pensez que je suis fou ? Peut-être. Mes collaborateurs ne sont pas loin de le penser. Peu m’importe. Moi, je traque la vérité. La VÉRITÉ. Vous entendez ? LA VÉRITÉ !
Avis aux amateurs ! Vous êtes bien sur Kopanas.com. Si le cœur vous en dit, vous pourrez cliquer quand vous voudrez sur les liens indiqués qui vous renverront à d’autres sites amis. Et surtout, surtout, communiquez ! CONTACTEZ-MOI (Manos Xanthakis Tél : 706-613-3888) :
Vos courriels seront peut-être insérés dans le site, et vous contribuerez ainsi à l’enrichir, de façon permanente.
De cette façon, j’espère obtenir du juge Lokias une révision du procès.
L’affaire a été bouclée, certes. Mais pas comme il aurait fallu. Non, vraiment, la façon dont cette affaire a été conclue ne me satisfait pas. Je subodore que la vérité, toute la vérité n’a pas été faite. Qu’elle se trouve ailleurs, tapie dans un no man’s land, là où personne n’a eu l’idée de la chercher. Et j’éprouve pour la première fois de ma vie le désir de revenir sur une enquête terminée. Terminée, oh oui ! ô combien !
Ce que j’espère ? Trouver des échos. Des interlocuteurs. Profiter de la toile du web pour découvrir des témoins inconnus, des collaborateurs inattendus. J’ai la certitude qu’à nous tous, nous autres, tous les internautes (et Dieu sait si nous sommes nombreux !), nous pouvons trouver du nouveau. Oui, du nouveau. Même si c’est une entreprise qui risque de ne pas être du goût de tout le monde.
Pour en revenir aux lettres volées, objet de la présence d’Anaïs Trumann dans mon bureau ce matin-là, je ne peux pas dire que j’ai mesuré aussitôt l’importance de cette affaire. Bien entendu, comme tout un chacun, j’avais entendu parler d’Isadora Duncan, la célèbre danseuse américaine, « la danseuse aux pieds nus », ne serait-ce que parce que je savais qu’elle avait été inspirée pour son art par la Grèce antique.
Car Isadora Duncan reçut la révélation de l’art grec, une révélation profonde, entière, totale, —un de ces chocs mystérieux qui révolutionnent l’être humain en formation et décident de sa destinée. Elle se rendit alors en Grèce et dansa au théâtre de Bacchus, « baisant passionnément la chaude poussière rose de l’Attique… ».
Bien-sûr, à l’époque, je n’avais qu’une vague idée des rapports d’Isadora Duncan avec la Grèce, mais Anaïs Trumann ne se contenta pas, ce matin-là, de se plaindre. Elle me donna aussi de précieux renseignements.
J’appris d’abord qu’Anaïs travaillait comme danseuse au Centre de recherche sur la danse, situé dans la commune de Vyronas, faubourg d’Athènes, sur la colline de Kopanas. C’est un bâtiment conçu et construit en partie par le frère d’Isadora, Raymond Duncan, en 1903, avec la pierre de Pendeli, sur le modèle du Palais d'Agamemnon à Mycènes.
Il était destiné à abriter le rêve d’Isadora Duncan pour « un Temple de la Danse », dans le berceau de la civilisation qui l'avait tant influencée et inspirée. Raymond, le frère chéri de la célèbre danseuse avait élu comme l’endroit idéal la colline de Kopanas, située exactement à la même hauteur que la colline de l’Acropole dont elle offre une vue magnifique, ainsi que sur le Golfe Saronique.
Anaïs m’apprit aussi que la Mairie de Vyronas, pour rendre hommage à l'œuvre et à la contribution d’Isadora Duncan à la vie culturelle et à l'histoire grecque, avait entrepris la reconstruction du bâtiment, classé parmi les monuments modernes par le Ministère grec de la Culture.
C’est dans ce monument historique qu’Anaïs a fait la découverte, abandonnées dans une cave du bâtiment commencé par le frère chéri d’Isadora Duncan, Raymond mais inachevé faute d’argent, les fameuses lettres autographes de Raymond et Isadora.
***
Je dois reconnaître qu’à l’époque je n’ai pas prêté une oreille très attentive aux propos d’Anaïs. Il est vrai que j’étais bien peu préparé à écouter cette histoire qui me paraissait ressortir plutôt de la fable, inventée par une jeune fille assez fragile… De là à la juger hystérique…
Je me gardai pourtant de franchir le pas. Après tout, Anaïs était charmante, l’affaire sortait de l’ordinaire, de quoi me tirer d’une routine assommante. Je décidai aussitôt, sans trop savoir pourquoi, de recevoir sa plainte.
Je n’eus pas d’abord à m’en repentir. La délicate jeune fille, à l’air si bien élevé, avait mis la main sur une affaire assez croustillante, semblait-il… Le ton des lettres, très libre, semblait indiquer une intimité plus qu’étroite entre le frère et la sœur.
Quoi ? Une affaire d’inceste, à près d’un siècle de distance ? De quoi étoffer le mythe déjà scandaleux de la danseuse américaine qui avait défrayé la chronique, avec ses nombreux amants dont au surplus la célébrité rendait la vie de l’artiste… affriolante !
Ainsi le véritable, le grand amour de sa vie… aurait été son propre frère, Raymond ! À côté du metteur en scène Gordon Craig, du milliardaire Paris Singer, du poète alcoolique russe Essenine… Qui étaient déjà de beaux fleurons à son actif ! Ah, le beau scoop !
Bon. Nous sommes au tout début, pour ainsi dire à l’aube de cette affaire. Pour l’instant, je ne fais que prendre une déposition, recevoir une plainte. Ces lettres, je ne sais même pas si elles existent, puisque précisément je ne viens d’apprendre leur existence que parce qu’elles ont disparu ! Et qui me dit que cette jeune fille n’est pas en train d’affabuler, en un mot de se payer ma tête ?
Ce matin-là cependant, tout avait mal commencé, j’étais d’une humeur massacrante : j’ai décidé, comme ça, sur un coup de tête, d’ajouter foi à cette histoire. Une histoire qui me plaisait bien, qui m’attirait… Quant à mon affabulatrice, elle n’était pas trop mal non plus ! Une jolie blondinette aux yeux de porcelaine, toute mince, toute menue… Un physique de danseuse.
Alors moi qui d’habitude n’apprécie que les brunes bien en chair, je l’ai regardée avec sympathie, presque avec tendresse… Si j’avais pu savoir sur quel terrain je m’engageais…
***
Brève parenthèse.
Je quitte Anaïs et l’enquête passée pour un bref aperçu des conséquences de l’ouverture de ce site. Quand je l’ai commencé, j’étais bien naïf. J’étais loin de soupçonner que la toile du web était le lieu idéal pour qu’un corbeau s’y pose ! Bref je n’ai pas tardé à recevoir, en guise de contribution à l’enquête un mail que je mets sur le même plan qu’une lettre anonyme, un courriel insultant qui prouve simplement que la réouverture de l’enquête n’est pas du goût de tout le monde. Voici ce message, in extenso :
« Objet : Aïe !
Quelle prétention que cette enquête ! L’auteur (un policier) use et abuse des apostrophes à des lecteurs qu’il estime devoir être innombrables ! Dans un style confus et désordonné, il relate une histoire où il mêle des éléments de sa vie personnelle -peu palpitante- et des faits ultra-connus se voulant nouveaux. Jamais je n’avais lu pareil immondice, d’un point de vue moral, comme toute insulte à la Beauté et à la Vérité, c’est grave. La tragédie bien pathétique d’un policier raté.
Hannibal, Florence, Italie ».
Inutile de vous dire que j’ai pris ce message de style à la fois précieux et ordurier comme un encouragement à continuer, avec la certitude que mon entreprise dérangeait certaines personnes... Et je crois savoir lesquelles... Mais n’anticipons pas. J’ai quelques autres « scoops » dans ma manche. Je vous en ferai part en temps utile...
***
Revenons à ma jolie et fragile danseuse. Elle parlait d’une voix fluette :
— Je travaille au centre de recherche sur la danse de Kopanas. Mon maître de ballet s’appelle Kostas, Kostas Daniélidès.
Je connais ce Kostas. Il donne des spectacles un peu partout à Athènes, en Grèce, mais aussi dans le monde entier. Je ne m’intéresse pas spécialement à la danse, mais je sais qu’il a une grande notoriété dans le milieu. Pour le moment, j’enregistrais simplement les propos de la demoiselle. Avec un œil sur ses jeux de physionomie.
Je ne me prends pas pour un fin psychologue, mais enfin, là, c’était flagrant… Le regard de la douce jeune fille s’était mis à pétiller en parlant du grand danseur. Oui, je le voyais, hélas ! si jamais j’avais eu des visées sur la jeune fille, j’avais un rival redoutable dans la personne de ce Kostas… Je feignis l’ignorance, teintée d’un flegme et d’une indifférence très calculées…
— Kostas Daniélidès... N’est-ce pas ce célèbre danseur qui...
— Oui, lui-même ! Je savais que vous le connaîtriez, il est...
— Merveilleux, je sais ! Mais, dites-moi, il n’est pas le seul enseignant, au Centre ?
— N... Non ! Mais, comme je vous l’ai dit, c’est lui le maître de ballet, il dirige les cours de danse, il est…
La patience n’est pas mon fort. Ou était-ce le vent de février, très fort, en cette saison, qui m’énervait ? J’ai mis un terme à l’entretien. Je lui ai dit que j’allais me livrer à une enquête approfondie. J’ai fait signe à Mikis. Il a été très bien. Il l’a doucement raccompagnée vers la sortie…
Fin du premier épisode.
Pour le second épisode, nous allons passer au journal de Bérénice Ohlberg. À l’époque, le juge Lokias m’avait permis de le saisir et j’en avais indiscrètement mais judicieusement fait des photocopies. Je sais bien qu’on pourra me reprocher de rendre public un journal fait pour rester intime. Mais… N’en déplaise à Hannibal, je recherche la Vérité, sinon la Beauté, car… La Beauté, dans cette affaire…
Bref, Bérénice Ohlberg, vous le savez, fut un pivot dans l’affaire de Kopanas. De plus, elle était la demi-sœur d’Anaïs. À ce titre, elle mérite bien de figurer à ce point de mon enquête.
Voici des extraits de son journal :
16 janvier
J’ai passé l’après-midi à déambuler et flâner sur le campus de l’Université Marc Bloch. J’y trouve un plaisir pervers mêlé de beaucoup d’ironie.
Figurez-vous un espace immense et dépouillé. On marche sur une sorte de damier de dalles grises et nues : le quartier des Facs à Strasbourg est très proche par sa configuration du quartier de la Défense à Paris. Vous obliquez ensuite vers le quartier de l’Esplanade, par l’avenue du Général De Gaulle, rectiligne, bordée d’immeubles hauts de dix étages, tous semblables ou presque, avec leurs balcons reproduits à des dizaines d’exemplaires, sans la moindre fantaisie. Depuis l’existence du tram, l’avenue est coupée en deux par une paire de rails, garnis de gazon ras et très vert (trop ! On jurerait du gazon synthétique !). Et toujours cette impression de lignes tracées au cordeau. Pensez donc ! Des rails ne pouvaient que prolonger le dessin général rectiligne, fait de lignes droites, à l’infini…
J’ai parlé de plaisir pervers. Oui, comment une spécialiste de l’architecture grecque, de l’harmonie divine des colonnes du Parthénon pourrait-elle s’accommoder de ce modernisme provocant ?
Le bâtiment où j’officie a été baptisé « Portique », allusion transparente au philosophe grec Zénon de Citium qui rencontrait ses étudiants au Nord de l’agora d’Athènes, sous un portique célèbre pour ses peintures murales. Si, dans l’Antiquité, le portique désignait des galeries à colonnes s’ouvrant sur un espace découvert, nous en avons à Strasbourg une version hyper contemporaine, consistant en deux bâtiments quadrangulaires d’inégale hauteur et reliés, à la hauteur du cinquième étage, par une passerelle métallique. Tout autour, des espaces pavés alternent avec des terrains verdoyants.
Savourant le mélange paradoxal des genres et des temps, j’aime à méditer des heures entières sur ces places qui évoquent pour moi dans l’idée sinon dans la perception la place publique, l’agora athénienne. Je m’y promène en songeant à mon prochain cours sur Socrate, le philosophe aux pieds nus qui enseignait sa doctrine à ses disciples, en déambulant à travers les rues d’Athènes… Et je songe à ma petite sœur Anaïs qui perpétue le souvenir de la célèbre « danseuse aux pieds nus », dans son centre athénien de danse, dédié à l’américaine Isadora Duncan. Dans mon esprit, tout se recoupe et se chevauche. C’est comme une immense toile d’araignée. Un écheveau inextricable. Un Labyrinthe…
***
Note de Manos Xanthakis :
Vous aurez sans doute constaté que j’ai emprunté à Bérénice la métaphore du labyrinthe quand j’ai parlé du web. L’expression m’a séduit… « Les labyrinthes informatiques ». Quelque chose comme un superbe anachronisme… Je préfère de loin cette image à celle des autoroutes d’Internet. Les chemins des « surfeurs » sont pleins de méandres, de retours en arrière, d’impasses… On est loin des autoroutes qui vous mènent en droite ligne à votre objectif ! Quel surfeur ne s’est jamais égaré, ayant définitivement perdu de vue le but de sa recherche ? Mais redonnons la parole à ma belle érudite !
***
20 janvier
J’ai reçu aujourd’hui une lettre de mon cher beau-père, Howard Trumann. Outre le plaisir que j’éprouve toujours à recevoir des lettres de cet homme fin et cultivé, une surprise m’attendait. Nos recherches communes risquent d’obliquer d’un côté très inattendu. Jugez plutôt :
« Agia Deka, 18 janvier
Ma chère Bérénice,
Je ne puis résister à l’envie de te communiquer aussitôt une découverte sensationnelle que je viens de faire, avant même d’avoir pris la précaution élémentaire de faire les vérifications d’usage en pareille circonstance.
Tu sais que mes occupations à Athènes sont aussi nombreuses que variées. Outre mes travaux d’architecture comparée, à Mycènes et au centre de recherche sur la danse à Kopanas, en étroite liaison avec les plus célèbres architectes du monde entier -dont Daniel Libeskind et, tout récemment, Jean Nouvel- je poursuis avec toi mes recherches sur le Labyrinthe de Crète, que je situe, avec le savant Michel Fournier, non loin de Gortyne, au village de Kastelli.
Eh bien, ma chère Bérénice, je crois pouvoir dire que nous touchons au but ! À l’heure où je t’écris, je tourne entre mes mains un objet plusieurs fois millénaire, une pièce d’Antiquité, une pierre très ancienne, trouvée à l’intérieur de ce que nous autres, initiés, appelons « le VRAI labyrinthe », le labyrinthe de Crète, le réseau de grottes situé à Kastelli et qui, nous le savons, n’a rien à voir avec le Palais de Cnossos que notre vieil érudit Evans crut bon d’assimiler aux environs de 1900 au Labyrinthe du Minotaure…
Cette pseudo-découverte déclenche encore mon hilarité !… Le magnifique Palais de Cnossos aux nombreuses pièces spacieuses est visiblement conçu comme un lieu de réjouissances et de fêtes, avec quelques pièces qui servaient de sanctuaires. Comment croire qu’il ait pu servir de prison au Minotaure, fût-ce dans le mythe ? Cela ressemble à une farce !
Mais trêve de plaisanteries. Je ne peux t’en écrire davantage. Je crois pouvoir affirmer sans rire que nous tenons dans cette pierre trouvée à Kastelli une découverte sensationnelle, capable de révolutionner notre petit monde très fermé -et parfois, il faut bien l’avouer, sclérosé !- d’archéologues.
Tu devras attendre, hélas, mon voyage à Strasbourg et notre communication conjointe à l’Université de la capitale alsacienne pour en savoir davantage sur « la pierre de Kastelli ». Je ne tiens pas à ce que le fruit de mes travaux soit capté et dérobé en cours de route, même si tu attribues à ma paranoïa légendaire cette crainte délirante que mon courrier ne soit intercepté !
Mais patience ! Je ne désespère pas de te voir ici en Grèce, bien avant. Je veux aussi te mettre au courant de mes travaux de reconstitution du Palais d’Agamemnon à Mycènes et de mon aide aux architectes du Centre de Kopanas pour bâtir, suivant le vœu de Raymond Duncan, une copie de ce Palais de Mycènes, à Kopanas, juste en face de l’Acropole.
Tout cela serait très excitant, s’il ne venait malencontreusement s’y mêler mes inquiétudes de père sur ce que j’appelle les complications sentimentales de ma fille, notre petite Anaïs. Tu es sa sœur, mais aussi un peu sa mère, étant donné votre différence d’âge, considérable... Tu vois où je veux en venir ?…
Figure-toi qu’Anaïs s’est mis en tête d’épouser son professeur de danse ou plutôt le maître de ballet de sa compagnie, un certain Kostas Daniélidès.
Tu me diras, elle a vingt-sept ans, c’est de son âge, et, de plus, son vieux papa n’a pas à s’en mêler. Mais quand tu sauras qui est ce Kostas, tu ne pourras que partager mes craintes, ma chère Bérénice. Il y a certains faits qui se sont déroulés au Centre de Kopanas et qui ont alerté l’opinion et inquiété mon cœur de père. Des disparitions, dit-on. Et l’on mêle le nom de ce Kostas à l’affaire.
Là encore, je ne veux pas t’en dire davantage, j’ai peur de divaguer, il se peut que je ne sois qu’un vieux papa gâteux et jaloux de la vie sentimentale de sa petite fille chérie… Bref, en tout état de cause, il y a bien des raisons pour que tu fasses le voyage de Strasbourg à Athènes.
Mais je sais aussi que ta vie professionnelle te retient sur le campus. Cependant je me permets d’insister, je ne suis pas tranquille. Anaïs est de plus en plus nerveuse. Tu connais sa fragilité qui n’a rien à voir avec ton solide équilibre… »
C’est ici que j’ai arrêté la lecture de la lettre de mon cher beau-père. Certes son contenu piquait ma curiosité à plus d’un titre. La pierre de Kastelli qui devait mettre un terme aux controverses archéologiques sur la situation du Labyrinthe du Minotaure, le jeune Kostas Daniélidès dont le Centre était, je le savais, en train de défrayer la chronique, il y avait là matière à s’interroger, pour le moins…
Mais les mots « solide équilibre » m’ont fait sursauter, réveillant de vieilles irritations personnelles. Solide équilibre ! Allons donc ! Personne ne sait ce qui se passe à l’intérieur de moi, personne ne me connaît vraiment ! Tonton Howard, comme il m’arrive de l’appeler familièrement, n’a aucune idée de ce que dissimule mon imperturbable apparence. Et puis, ne le dit-il pas lui-même, je n’ai pas le même âge que sa fille.
Quarante-neuf ans… Même si je n’y pense jamais, oui, j’ai quarante-neuf ans… Même si ma sage vie de labeur studieux a préservé chez moi une apparence et des manières de jeune fille, hélas, oui, j’ai quarante-neuf ans…
29 janvier
Howard Trumann... Le seul énoncé de ce nom fait lever en mon âme des ondes de tendresse !
D’où vient donc ce préjugé qui voudrait que belle-fille et beau-père se vouent une haine inexpiable ? Il est certes le mari de ma chère maman, celui qui m’a arrachée à son affection, quand je n’avais pas encore dix ans, me laissant à la garde d’un père tellement occupé que je ne garde de mon adolescence que le souvenir de longs jours monotones et solitaires…
Je devais attendre le soir, parfois la nuit, pour obtenir un peu d’affection, le plus souvent interrompue par des coups de téléphone professionnels dont mon père ne pouvait s’abstenir, même une fois revenu au foyer.
Oh combien j’ai pleuré, oh oui, j’ai souvent pleuré, appelant tout bas maman qui m’avait abandonnée, laissée derrière elle, avec tout le reste, comme un vulgaire bagage…
Lisa, la collaboratrice de mon père faisait certes de son mieux pour me faire oublier ce manque, me servant tout à la fois de répétitrice, de gouvernante et aussi d’amie. Mais comment combler cette frustration essentielle, ce sentiment élémentaire d’abandon ?
Cette rage aussi. Ma mère m’avait laissée à la garde de mon père sans me demander mon avis, pour suivre à l’autre bout du monde un homme plus âgé qu’elle. Pourquoi, me demandais-je inlassablement, pourquoi ?
Avant que, l’âge et une certaine sagesse m’étant venus, je comprenne, un tout petit peu, qu’entre l’homme d’action riche mais absorbé par son travail qu’était mon père et l’homme fin, cultivé et disponible qu’était mon beau-père, maman n’avait pas balancé. Le goût du bonheur avait tout balayé, y-compris ce sacro-saint devoir ou sens de la maternité qui n’existe que dans les codes de bienséance et de morale chrétienne et ne saurait résister aux circonstances ni… Pourquoi ne pas prononcer le mot ? À l’amour.
Certes les circonstances s’étaient révélées très exceptionnelles. Howard Trumann, un archéologue américain d’un certain renom était de passage à Tübingen pour une communication à l’Université sur ses fouilles archéologiques en Crète, lorsqu’une réception l’avait mis en présence de ma mère, Marie-Angèle Dulac, une Française à la personnalité hors du commun. Elle était chargée de représenter son mari, empêché ce soir-là, Mathias Ohlberg, industriel allemand pressenti comme sponsor d’une des nombreuses missions de l’archéologue.
Autant que je me souvienne et que le manifestent avec évidence les photographies, ma mère attirait l’attention par une certaine qualité du regard, de la physionomie et par une manière d’être, faite d’élégance et de finesse extrêmes. Ils s’étaient promenés au bord du Neckar, non loin de la Tour jadis habitée par le poète Hölderlin. Sans doute, un peu plus tard, avaient-ils vogué sur le fleuve, à bord d’une de ces barques romantiques évoquant la mythique Venise…
Maman ne fut pas longue à s’enfuir… Je ne la revis que rarement, au hasard des voyages de son nouveau mari et de ses communications d’archéologue à la fameuse Université de Tübingen.
Quant à moi, fut-ce un hasard ? Je comblai mon père que j’adulais en faisant des études fort poussées en grec ancien. Un domaine très proche de celui de mon beau-père archéologue, cet homme qui avait séduit et emporté au loin ma mère…
Ainsi, tout naturellement, après la mort prématurée de ma mère qui suivit de peu la naissance de ma demi-sœur Anaïs, je me rapprochai d’Howard Trumann pour lequel je nourrissais et nourris encore une affection quasi-filiale.
Il y avait longtemps que mon père s’était remarié avec sa proche collaboratrice Lisa. Quant à moi, par fidélité à ma mère, je m’étais établie en France, sa patrie d’origine, dans la ville frontalière et universitaire de Strasbourg.
Je ne revis plus que rarement mon père, tout entière vouée à mon métier d’enseignante et de chercheuse.
Je considère Howard et Anaïs comme ma vraie famille…
Note de Manos Xanthakis
Voilà donc un extrait de ce qui passa entre mes mains durant l’enquête. Des phrases à l’eau de rose d’une belle-fille dont l’Œdipe, comme on dit, avait dévié de son père à son beau-père. Quoi d’étonnant ? Ne devait-il pas être bien séduisant celui qui avait arraché sa mère à l’affection de son mari ?
Les experts psychiatres se sont penchés sur ce cas d’école, avec des sourires entendus. Quant à moi, je ne me prononcerai pas, considérant que le problème est plus complexe.
Je l’ai rencontré ce Howard Trumann, avec son accent américain à couper au couteau. Un vieil homme. Un bel homme. Grand, légèrement voûté, l’œil vif et petit, profondément enfoncé sous l’arcade sourcilière broussailleuse. Un éternel demi-sourire au coin des lèvres. Lui et moi on n’était pas de la même planète. La réalité sordide à laquelle je m’intéresse ne le concerne pas. Il vient et il est d’ailleurs…
En tout cas, pour le juge Lokias et moi-même, cette partie du journal de Bérénice Ohlberg explique parfaitement pourquoi elle prit tant à cœur les affaires de sa sœur Anaïs.
« Je considère Howard et Anaïs comme ma vraie famille ». Ces mots sont la clé de cette affaire.
C’est du moins ce que décréta alors le juge Lokias. Et c’est ce que moi, avec le recul du temps, je me suis mis peu à peu à mettre en doute.
Vous lirez la suite du journal de Bérénice Ohlberg. Et je suis sûr qu’au fil des pages vous découvrirez des aspects de sa personnalité beaucoup moins clairs qu’il n’y paraît au premier abord.
Non, décidément, je ne crois pas, je ne crois plus que la sœur de Kostas, Maria Daniélidès, qui, vous le savez, fut au centre tragique de cette affaire soit la véritable protagoniste de cette affaire.
Je livre à votre méditation un autre extrait du journal de Bérénice.
Cédant aux instances de son beau-père, elle s’est rendue à Mycènes. Et comme, décidément, cette femme ne fait rien comme les autres, la rencontre a eu lieu dans « le tombeau d’Agamemnon », une sorte de bunker obscur et sans ouverture, sinon l’entrée. Non, vraiment, cette femme ne se trouve jamais où on l’attend ! Jugez plutôt !
Athènes, 5 février
Howard a tellement insisté que je me suis envolée vers la Grèce, sans prévenir personne. Ce sera l’affaire de trois jours à peine et c’est toujours une telle joie de fouler le sol de l’Hellade et de me retremper aux sources de notre civilisation !
Il m’attendait dans le hall de l’aéroport, j’ai tout de suite repéré de loin sa longue silhouette un peu voûtée. Tout de suite enveloppée dans le regard chaleureux de ses petits yeux enfoncés. J’ai su aussitôt que j’avais bien fait de venir.
