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Plongez dans le monde mystérieux des pharaons...
Fille d’une égyptologue et d’un médecin égyptiens, Aïcha se retrouve orpheline alors qu’elle n’a encore que six ans. Le jour de ses trente-cinq ans, celle-ci découvre être la descendante d’une très illustre et très ancienne famille et se verra remettre un objet contenant des indices sur ses origines.
Elle tentera alors avec l’aide de Quentin, un ami, de percer ce mystère.
Un thriller érudit au suspense haletant !
EXTRAIT
J'achevais de lire un des derniers livres relatant les efforts déployés par les égyptologues en vue de trouver la mystérieuse chambre funéraire de Kheops dans la Grande Pyramide. À ce jour, personne n’avait localisé l’endroit où l’illustre monarque avait ordonné de déposer son sarcophage et les objets précieux qu’il comptait emporter avec lui pour son dernier voyage, mais tout portait à croire qu’une chambre secrète existait bel et bien.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Officier au long cours et ingénieur industriel, Jean Jossart a effectué de nombreux voyages à travers le monde, non seulement dans le cadre de sa vie professionnelle, mais également à titre privé.
Outre le domaine maritime qui a naturellement sa préférence, l’histoire, plus particulièrement l’égyptologie, la généalogie et les sciences de l’espace le passionnent. Il poursuit à présent ses voyages au travers d’anecdotes ou de situations parfois vécues pour aborder un autre monde : celui du rêve, celui du roman ! L’aventure sous toutes ses formes en mer ou sur terre, les intrigues familiales, la fiction raisonnable, un brin d’érotisme élégant sont ses sujets favoris.
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Seitenzahl: 226
Veröffentlichungsjahr: 2018
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À Sissi,mon épouse, première lectrice attentive et critique de mes romans.
Tous mes remerciements à Philippe Donck pour sesremarques pertinentes.
Le présent roman est basé sur des faits fictifs, mais aussi réels.
La mort, nous le savons tous, est le dernier acte d’une pièce de théâtre dans laquelle notre naissance nous a obligés à jouer un rôle, et ce, par le plus grand des hasards.
En effet, nous n’avons choisi ni la pièce ni le metteur en scène et encore moins l’instant où le rideau s’est levé devant nous.
Personne ne nous a jamais demandé si le décor et la société, dans lesquels nous nous trouverions projetés, nous conviendraient !
Nous sommes là, comme un pion sur un gigantesque échiquier, sautant d’une case à l’autre sans savoir qui nous manipule et avec quels desseins.
Mais cette impression est-elle bien réelle ?
Notre existence est-elle aussi fortuite qu’on veut bien le penser ?
Je ne le crois pas.
J’ai le sentiment bien au contraire que certains parmi nous, plus particulièrement réceptifs à des concepts spécifiques d’ordre scientifique ou philosophique, pourraient avoir été « choisis » pour servir de relais et être utilisés comme support par une conscience universelle, une intelligence mystérieuse chargée d’accomplir une mission dans le cadre d’un immense projet, celui de perpétuer le savoir et de faire découvrir l’univers à l’ensemble de l’humanité.
Dès lors, dans la suite logique de cette hypothèse, serait-il possible d’imaginer qu’une partie immatérielle de notre personnalité puisse nous survivre lorsque nous quitterons discrètement la scène après notre dernier rappel du public ?
Pourquoi pas !
Quel intérêt la nature aurait-elle de perdre un capital qu’elle a patiemment investi dans chacune de ses créatures ?
Aucun.
Quel gâchis que d’envoyer définitivement les âmes au paradis ou en enfer, enfermées à tout jamais dans une hypothétique extase ou un éternel repentir !
Il serait plus raisonnable de penser que par une subtile transmigration des âmes, certaines facettes de notre mémoire et peut-être aussi de notre savoir pourraient être un jour transmises ou révélées à un de nos semblables après notre passage sur terre !
Agréable lecture.
L’auteur.
Les noms des personnages et des sociétés ont été choisis au hasard. Toute similitude avec des personnes ou sociétés existant réellement ne serait que pure coïncidence.
J’achevais de lire un des derniers livres relatant les efforts déployés par les égyptologues en vue de trouver la mystérieuse chambre funéraire de Kheops dans la Grande Pyramide.
À ce jour, personne n’avait localisé l’endroit où l’illustre monarque avait ordonné de déposer son sarcophage et les objets précieux qu’il comptait emporter avec lui pour son dernier voyage, mais tout portait à croire qu’une chambre secrète existait bel et bien.
Second pharaon de la IVe dynastie, Kheops, qui avait régné de 2551 à 2528 avant J.-C., était, d’après des témoignages anciens, un personnage craint et respecté et il ne faisait aucun doute que son fils et successeur Djedefrê ainsi que les prêtres à son service avaient scrupuleusement suivi ses ordres et habilement dissimulé dans sa demeure d’éternité son corps et ses précieux bagages, témoignages de sa puissance et de la richesse qu’il avait accumulée.
Fidèles à leurs engagements, le fils et les serviteurs avaient quitté ce bas monde sans rien révéler : la chambre funéraire du Roi-Dieu de l’Égypte était restée introuvable !
Le nombre de pierres utilisées pour construire la Grande Pyramide – quelque deux millions six cent mille blocs ! – était tel que, malgré l’emploi d’instruments d’investigation perfectionnés, il était très difficile d’en sonder la masse pour y découvrir d’éventuelles cavités inconnues.
Cependant, à l’instar de la tombe de Toutankhamon, il y avait de fortes chances pour que de fabuleuses richesses y fussent encore dissimulées.
De curieux indices, mis récemment en évidence après un examen approfondi et une longue réflexion, avaient permis de déceler des anomalies dans l’appareillage de pierres à certains endroits, mais était-ce suffisant pour découvrir le chemin qui conduirait à la fameuse chambre ?
Rien de moins certain.
À ce jour, tous les couloirs d’accès avaient été découverts – dont la remarquable grande galerie – ainsi que le puits menant à la chambre souterraine inachevée. Les conduits d’aération avaient été inspectés au moyen de robots téléguidés et toutes les amorces de tunnels creusés par des pilleurs ou d’anciennes excavations réalisées par les premiers chercheurs, explorées. La chambre dite « de la Reine » et celle « du Roi », renfermant par ailleurs un sarcophage en pierre, avaient également été examinées avec soin.
En vain !
Ce sarcophage, censé recueillir le corps du défunt, n’avait probablement jamais été occupé en raison de l’apparition d’inquiétantes fissures dans les gigantesques dalles du plafond de la salle.
Mais alors, dans quel mystérieux recoin de la pyramide pouvait donc bien se cacher la véritable chambre funéraire de Kheops ?
Nul ne le savait encore, mais le cercle des investigations menées par un perspicace chercheur, Gilles Dormion1, architecte de profession, observateur méthodique et éclairé, se resserrait lentement autour d’un endroit inattendu.
C’est ce que j’avais appris par la lecture du livre que je venais de terminer.
Hélas, malgré un faisceau de présomptions plus que vraisemblables quant à la localisation de la chambre funéraire du monarque, les autorités égyptiennes faisaient la sourde oreille à toute demande d’obtention d’une nouvelle autorisation pour poursuivre les investigations.
Pour quelles raisons ?
Craignaient-elles une découverte majeure qui aurait pu surprendre le monde égyptologique ou inquiéter… l’humanité tout entière ?
Kheops, d’après des témoignages bien postérieurs à son règne, était connu pour avoir été un savant qui s’intéressait davantage aux sciences qu’à la religion.
Dès lors, était-il détenteur de quelques fabuleux secrets consignés dans de précieux rouleaux de papyrus ?
À l’exception d’une minuscule statuette en ivoire de neuf centimètres de haut, conservée au musée du Caire, aucun document ni témoignage iconographique n’avait subsisté après sa mort !
C’était assez énigmatique.
Alors, que fallait-il penser de la prudente réserve des autorités archéologiques égyptiennes ?
Leur attitude était plutôt étrange.
Il est certain que la découverte de cette fameuse chambre risquerait fort de réserver quelques surprises peut-être non exemptes de conséquences ?
1 Voir bibliographie
Qui aurait pu penser qu’un jour, mon intérêt pour les mystères de l’Égypte ancienne m’aurait poussé à m’inscrire à un cours de traduction hiéroglyphique ?
Personne dans mon entourage, je crois.
Cependant, je ne comptais plus les ouvrages de toute nature que j’avais déjà acquis et lus à ce sujet. Cette civilisation me passionnait depuis longtemps.
Tout jeune, j’avais réalisé des copies à l’aquarelle de représentations stylisées de bateaux sur le Nil et de papyrus en fleurs ; adolescent, j’avais vu quelques péplums hollywoodiens de mauvais goût sur l’Antiquité égyptienne, mais ma véritable attirance pour l’égyptologie ne s’était révélée que bien plus tard à la suite d’un double coup de foudre : une conférence sur la vie et l’œuvre de Champollion2 et la présence d’une mystérieuse jeune femme qui se trouvait assise à côté de moi lors de cet exposé !
Tout avait commencé un certain soir de septembre…
Il devait être aux environs de vingt heures.
J’avais eu quelque peine à trouver l’imposante maison de maître abritant l’association culturelle « Regards d’Orient » qui proposait la fameuse conférence.
Elle était située dans un quartier que je n’avais jamais fréquenté à Bruxelles.
En entrant dans le hall de l’immeuble au décor austère et à l’odeur particulière, j’eus l’impression de pénétrer dans un lieu où on pouvait s’attendre à tout moment à respirer des effluves d’encens ou de parfums orientaux !
Où étais-je tombé ?
Dans l’antre d’une secte ?
Je ne savais trop, mais comme la conférence avait été annoncée officiellement dans une revue culturelle bien connue, je ne m’inquiétai pas outre mesure.
J’achevais de monter la première volée de marches en marbre blanc quand tout à coup une porte s’ouvrit.
Un homme d’une cinquantaine d’années apparut.
Le crâne entièrement rasé, la tenue sobre, le geste mesuré, très affable, il m’invita à pénétrer dans le salon transformé en auditoire. Une vingtaine de personnes s’y trouvaient déjà rassemblées.
Pour avoir vu des photos de fresques peintes dans les tombeaux de la Vallée des Rois, je dois dire que mon hôte ressemblait à s’y méprendre à un prêtre égyptien. Il en avait en tout cas la stature et le maintien raide comme sur les gravures.
Il ne lui manquait plus que la peau de léopard sur les épaules !
Tous les regards se braquèrent sur moi quand j’entrai dans la petite salle.
Je fis un léger signe de la tête à l’assemblée en affichant un sourire pincé.
Il restait quelques places disponibles.
En me voyant, une jeune femme au premier rang débarrassa le siège sur lequel elle avait déposé son sac.
L’invitation étant on ne peut plus claire, je m’installai à ses côtés.
— Bonsoir. Merci, fis-je.
— Bonsoir. Il n’y a pas de quoi, me sourit-elle.
Je la dévisageai un court instant.
Le visage aux traits fins, la peau légèrement basanée, elle avait de longs cheveux de jais retenus par une pince en argent.
Elle pouvait avoir trente-quatre, trente-cinq ans.
Habillée avec distinction, elle n’avait pas échappé à mon attention.
Son léger accent trahissait une origine probablement nord-africaine. Son parfum était, en tout cas, particulièrement pénétrant.
Deux, trois personnes entrèrent encore dans le salon après moi, puis le silence se fit.
Le conférencier, celui-là même qui m’avait accueilli, prit la parole.
Il se présenta : Pierre Samarian, docteur en langues orientales.
Il déploya un écran en toile, alluma un projecteur de diapositives et commença son exposé.
Champollion, dont j’avais visité brièvement la ville natale de Figeac, avait toujours suscité mon intérêt, ce qui avait motivé ma présence à la soirée, mais la manière particulièrement didactique, intéressante pour ne pas dire passionnante dont le conférencier parla de ce génial déchiffreur des hiéroglyphes m’enthousiasma véritablement.
Illustré par la projection de nombreuses vues de monuments anciens comportant d’étranges inscriptions qu’il s’appliquait à nous traduire, son récit me captiva.
Attiré depuis longtemps par les secrets de l’Histoire et la littérature foisonnante s’y rapportant – que d’énigmes ne restait-il pas à résoudre ? –, je fus littéralement emporté par le désir de faire davantage connaissance avec cette mystérieuse civilisation égyptienne pharaonique.
Après une petite heure, notre hôte proposa d’observer un break pour permettre aux participants de se détendre un peu, de se désaltérer et… sans doute aussi pour recueillir quelques recettes supplémentaires !
Il faut dire que nous étions tous littéralement suspendus à ses lèvres et que la traduction de certains textes hiéroglyphiques s’inscrivant parfois dans un contexte religieux ou initiatique demandait une grande attention.
De plus, la température commençait à monter dans le salon auditoire.
Je profitai de l’occasion pour tenter de faire plus ample connaissance avec ma voisine qui, comme moi, s’était montrée très attentive.
Je me tournai vers elle.
— Puis-je me permettre de vous offrir une boisson pour vous remercier de m’avoir gardé une place ? Je vois qu’on nous propose de l’eau minérale, de la limonade, du Coca-Cola ou une tasse de café.
Un brin surprise d’abord par ma remarque, elle comprit mon allusion et se mit à sourire.
— Vous voyez que j’ai été bien inspirée de laisser mon sac sur la chaise !
— C’est vrai et je dois vous confesser que je suis heureux de ne pas être assis à côté d’une vieille barbe !
Les joues de ma voisine rosirent légèrement…
Elle se reprit.
— Puisque vous me le proposez si gentiment, je boirai volontiers une limonade. J’aurais préféré une tasse de thé… mais comme il n’y en a pas.
— Très bien. Je prends note de la commande.
Je me servis un gobelet de café et lui apportai ce qu’elle avait choisi, puis je lui posai la question :
— Avez-vous déjà eu l’occasion d’assister à d’autres conférences concernant l’histoire de l’Égypte ancienne ?
— Non, c’est la première fois. C’est un domaine que j’aimerais explorer davantage, au propre comme au figuré. Jusqu’à présent, je n’en avais pas encore eu l’occasion. Je ne regrette pas d’être venue ce soir. Et vous ?
— Moi non plus. Comme vous, j’ai toujours été attiré par cette civilisation, plus spécialement par cette curieuse écriture que sont les hiéroglyphes. J’en avais déjà eu un avant-goût durant mes études secondaires. Hélas, par après, j’ai eu d’autres préoccupations. À présent, je compte bien approfondir mes connaissances. Heureusement que Champollion nous a précédés !
— Oui, sans lui, sans son opiniâtreté et la découverte de la pierre de Rosette, je crois que nous n’aurions guère progressé.
Après avoir continué à échanger quelques propos très intéressants avec ma voisine qui assurément ne me semblait pas être une personne ordinaire, le maître de céans réapparut pour poursuivre la séance.
Le silence se fit à nouveau.
Tous les regards se braquèrent sur ce curieux personnage qui dégageait une espèce d’aura indéfinissable.
J’avais l’impression que l’ensemble de l’auditoire était entièrement subjugué par son savoir et par la manière dont il arrivait à nous faire ressentir et appréhender les messages savamment transmis par les scribes et sculpteurs de l’époque, à travers certains textes ésotériques qu’il se plaisait à nous faire découvrir.
C’était un plaisir de l’entendre parler.
À croire qu’il n’avait vécu qu’au temps des pyramides !
Nul doute que si j’avais encore été en âge de choisir une carrière, il m’aurait amené à devenir égyptologue !
Quel étrange et fascinant conférencier !
Quand il arriva au terme de son exposé en précisant la date de la mort de Champollion, le 4 mars 1832, toute la salle l’applaudit chaleureusement.
Il m’avait décidé sans peine de poursuivre mon étude sur l’Égypte ancienne !
Certain de l’intérêt que nous lui avions porté, il nous annonça alors qu’il avait prévu de donner, pour les personnes intéressées, un cycle de deux années de cours centrés principalement sur l’apprentissage approfondi de l’égyptien pharaonique.
Une soirée de trois heures de cours était prévue toutes les trois à quatre semaines.
Je me tournai vers ma voisine.
— Je crois que je vais m’inscrire, précisai-je sans hésitation. J’ignorais qu’il donnait également cours.
C’est un professeur extraordinaire et le sujet me passionne.
Je regardai la jeune femme pour voir sa réaction.
— J’avais entendu dire qu’il proposerait ces cours. C’est un peu pour cette raison que je suis venue ce soir. J’aimerais pouvoir comprendre certains textes anciens.
J’étais enchanté par sa décision.
J’allais la revoir.
J’ignorais encore pourquoi, mais quelque chose d’indéfinissable m’attirait en elle.
Était-ce son regard ou la noblesse qui émanait de sa personne, je ne savais trop.
Je regardai ma montre : il était presque 23 heures. La soirée était passée comme par enchantement !
— Bien. Il se fait tard. Je crois qu’il est temps de rentrer maintenant. Je suis en voiture. Voulez-vous que je vous dépose quelque part ?
— Non merci, je suis également en voiture.
— Eh bien alors, à la prochaine fois ? Si j’ai bien retenu, le cycle de cours commence la semaine prochaine.
— Oui, c’est bien exact.
— Au fait, je ne me suis pas présenté. Mon nom est Quentin Baufré.
— Moi, c’est Aïcha Suphis Soutensaât.
Je la fixai un instant surpris par ce nom à rallonges.
— C’est plutôt inhabituel, un nom comme le vôtre !
— Oui, il est vrai qu’en Europe, ce n’est pas courant.
— Si vous êtes étrangère, vous parlez en tout cas parfaitement le français.
— Merci pour le compliment. En réalité, je suis égyptienne.
Je ne m’attendais pas à faire une telle rencontre !
Après avoir pris note des futures inscriptions à son cours, le conférencier replia son matériel.
Il était temps de quitter les lieux.
— Nous nous revoyons dans une huitaine de jours alors ?
— Bien sûr et je garderai à nouveau votre place, si vous le voulez !
— D’accord.
Je la regardai en souriant et chacun partit de son côté.
2Champollion (Jean-François) (Figeac 1790 – Paris 1832) : égyptologue français. Il déchiffra le premier les hiéroglyphes.
Je mentirais en affirmant que la semaine ne me parut pas interminable.
La raison était évidente : la découverte des hiéroglyphes, mais aussi… ma rencontre avec Aïcha !
Proche de la quarantaine, absorbé par mon travail professionnel, libre de mes mouvements depuis que j’avais décidé de mettre un terme à une relation amoureuse qui ne m’avait rien apporté de positif, j’avais décidé d’élargir enfin mon horizon à des activités nettement plus intellectuelles auxquelles j’avais dû partiellement renoncer à cause de ma liaison avec une jeune femme très peu portée sur la culture.
Peut-être était-ce une réaction normale après avoir connu une longue aventure plus physique que cérébrale !
Mais je n’avais pas fait pour autant vœu de célibat !
Finalement, je m’étais rendu compte que la vie en commun ne pouvait être agréable et harmonieuse que si on partageait aussi quelque attirance pour les mêmes sources d’intérêt.
L’histoire de notre humanité, ses origines et ses mystères me passionnaient.
J’étais aussi intéressé par l’exploration spatiale et, sans être un doux rêveur, par la manière dont on cherchait à savoir si nous avions de lointains voisins !
Le monde de la musique « classique » et de la peinture impressionniste n’était pas non plus exclu de mes distractions occasionnelles.
Cela n’avait pas été le cas pour mon ex-compagne qui vivait sur la planète des boutons-poussoirs SMS et dont la culture était déconnectée quand s’éteignait sa tablette Internet !
Quant à la musique, elle avait l’habitude de circuler avec des oreillettes, ce qui était loin d’être pratique pour entretenir une conversation et plutôt dangereux pour traverser une rue !
Pour le reste… elle se passait heureusement du Web !
Mon premier contact avec le monde des pharaons m’avait conquis et la présence d’une jeune inconnue attirée par l’hermétisme d’une antique civilisation m’avait fait faire une courbe rentrante sur l’avis peu amène que je portais aujourd’hui sur l’intérêt des jeunes pour les choses du passé.
Sans pouvoir l’affirmer avec certitude, j’avais le sentiment – et pour tout dire l’espoir – d’avoir enfin rencontré quelqu’un s’intéressant à autre chose qu’aux séries policières le soir à la télévision ou aux hebdomadaires « people » qui étalent, avec complaisance et sans pudeur, la vie intime des gens insignifiants. Et je ne parle pas des « réseaux sociaux », véritables confessionnaux publicitaires.
Bref, dès notre première et furtive rencontre, Aïcha m’était apparue différente des quelques relations féminines qui avaient déjà croisé mon existence !
Encore fallait-il que je trouve en elle un commun dénominateur avec mes goûts et mon mode de vie.
À ce stade, j’ignorais encore tout de la jeune femme.
Le vendredi suivant, dans le salon de « Regards d’Orient », un peu avant dix-neuf heures…
— Bonsoir, Aïcha, comment allez-vous ? Excusez-moi de vous appeler par votre prénom, mais je ne suis pas arrivé à retenir votre nom.
— Cela n’a pas d’importance. Je vais parfaitement bien. J’ai préparé mes crayons et un cahier d’écolier ! Et vous ?
— Ma semaine ne m’a guère laissé le temps de repenser à Champollion, mais je n’aurais voulu rater pour rien au monde la rentrée des classes de ce soir.
— Vous êtes si occupé ?
— À un certain niveau de responsabilité dans le monde du travail, il est impératif de pouvoir résoudre les problèmes qui se présentent même en dehors des heures normales de bureau et puis il faut bien que je consacre aussi une partie de mon temps à ma propre logistique. C’est aussi simple que cela !
— Ne me dites pas que vous devez vous occuper seul de…
— … de ma propre survie ! Eh bien si ! Et comme vous pouvez le voir, j’y arrive. Parfois, je laisse brûler les toasts, mais cela ne porte pas vraiment à conséquence !
Elle éclata de rire.
Je poursuivis sur ma lancée en tentant à mon tour d’en savoir un peu plus sur ma voisine.
— Mais vous n’avez probablement pas le même souci ? Je suppose.
Elle me regarda ne sachant trop si elle devait dévoiler son état civil.
Après une seconde d’hésitation, elle me fit une réponse habilement… orientale :
— Non, moi je ne laisse pas brûler les toasts !
Nous n’eûmes pas l’occasion d’en dire davantage, le conférencier fit son apparition.
Un silence religieux plana dans la salle.
Il salua son auditoire et commença par nous donner un aperçu de l’alphabet égyptien.
C’est ainsi que nous fîmes connaissance avec les idéogrammes, les phonogrammes3, les signes unilitères, bilitères, trilitères4, le masculin et le féminin, le singulier, le pluriel, le duel…, bref nous nous retrouvâmes soudainement reportés vingt ou trente ans en arrière, dans une école d’enseignement fondamental en langue Égyptienne ancienne !
C’était très curieux comme sensation !
La seule différence résidait dans le fait que nous ne portions plus de culottes courtes, pour les garçons en tout cas !
Nous étions donc embarqués dans une aventure passionnante où chaque signe dans un cartouche5 ou un texte nous révélait sa signification, son mystère.
Très attentifs à l’enseignement du maître, nous prenions tous consciencieusement note de chacune de ses explications et notre cahier se remplissait rapidement de signes kabbalistiques !
Au début, il n’était pas évident de transcrire des hiéroglyphes représentant des personnages, des animaux ou des objets, mais très vite j’arrivai à dompter ce genre d’écriture et j’appris à dessiner des oiseaux en faisant la différence graphique entre une hirondelle, un canard, une chouette ou un épervier, ce qui était important, car chaque espèce avait parfois une signification bien différente.
Je jetai un coup d’œil discret sur le cahier de ma voisine : elle ne s’en tirait pas mal non plus !
Le cours se déroula sans interruption et quand le professeur annonça la fin de son exposé, j’eus peine à croire que trois heures s’étaient déjà écoulées !
Quel formidable intérêt que l’apprentissage d’une telle écriture !
J’étais véritablement enthousiasmé et ne regrettais qu’une chose : qu’il me faille attendre trois semaines pour la leçon suivante !
J’apprendrais bien vite par la suite que, pour traduire un extrait d’un texte tiré du Grand Hymne à Aton ou du Livre des Morts, il me faudrait davantage qu’une semaine pour en saisir le sens !
À l’issue de la première leçon qui s’était achevée un peu après vingt-deux heures, je proposai à tout hasard à ma voisine d’aller prendre un verre dans une brasserie toute proche.
J’avais repéré l’établissement la semaine précédente.
Je craignais qu’elle décline mon invitation, mais ce ne fut heureusement pas le cas !
— D’accord, fit-elle. Nous prenons nos voitures et on se retrouve là-bas, mais j’aimerais ne pas rentrer aux petites heures. Demain matin, j’ai un match de tennis.
— Ah ! Très bien. Nous ne nous attarderons pas. Je ne voudrais pas que vous soyez en méforme pour votre partie.
Quelques minutes après, nous étions installés dans un coin tranquille de la salle.
Le garçon nous servit rapidement. À cette heure tardive, il n’y avait plus foule.
Je ne savais trop comment débuter la conversation et pour éviter d’être embarqué dans une série de questions-réponses d’une rare banalité, j’étais bien décidé à jouer rapidement « cartes sur table ».
— Il y a longtemps que vous pratiquez le tennis ? demandai-je.
— Depuis que j’ai douze, treize ans. Cela ne vous a jamais tenté ?
Je profitai de la question pour entrer dans le vif du sujet.
— Si, bien sûr. Je suis d’ailleurs inscrit dans un club, mais pour le moment je n’ai plus de partenaire et hormis mon intérêt pour l’égyptologie, j’ai dû limiter quelque peu mes activités extra-professionnelles ces dernières semaines.
— Il est vrai qu’il n’y a que vingt-quatre heures dans une journée, fit-elle.
— Certes, mais ce n’est pas la seule raison. Comme vous l’aurez peut-être deviné, je vis seul. À vrai dire, mon ex-compagne, ex-partenaire au tennis, et moi sommes définitivement séparés depuis trois mois environ.
Aïcha se fit plus attentive.
— Comme lors d’une rupture, les amis d’un couple évitent soigneusement tous contacts avec les protagonistes dans un soi-disant souci de neutralité, j’ai bien dû me résoudre à mettre provisoirement en veilleuse certaines de mes activités, mais je n’y renonce pas pour autant. En fait, cela m’arrange plutôt bien pour le moment. J’en profite pour me rendre à des expositions ou pour assister à des conférences intéressantes. Cela me permet de fréquenter d’autres milieux et de rencontrer d’autres personnes. C’est ce qui m’a donné l’occasion et le plaisir de faire votre connaissance.
Mon interlocutrice me regarda, un brin troublée par ma remarque.
— La vie n’est pas toujours aussi linéaire qu’on aimerait qu’elle soit, fit-elle d’une manière un peu désabusée.
— C’est évident. Et le fait d’avoir été souvent absent de chez moi à un mauvais moment n’a rien arrangé.
— Vous voyagiez beaucoup ?
— Ce fut le cas, il y a quelques mois, pour mon job.
— Ce ne doit pas être désagréable ?
— Certes, mais mes déplacements n’avaient rien de commun avec du tourisme. J’ai eu rarement l’occasion de m’intéresser à la culture des pays que je traversais. J’ai décidé toutefois d’y remédier, pour l’Égypte en tout cas. Je projette d’y retourner à l’issue de cette première année de cours. J’aimerais prendre le temps de visiter les principaux sites archéologiques : les pyramides, Saqqarah, la Vallée des Rois, des Reines, descendre le Nil, m’arrêter à Dendérah, Kom-Ombo, voir Louxor, me promener dans le musée du Caire, bref j’aimerais parcourir ce fabuleux décor décrit dans tant de livres d’Histoire ou par de talentueux romanciers. À ce sujet, j’ai acquis tout récemment l’ouvrage écrit par Max Guilmot, docteur en Philosophie et Lettres, diplômé en langue égyptienne, qui traite des pratiques initiatiques dans l’Égypte ancienne. Quel sujet troublant ! Dans un tout autre registre, j’ai relu aussi Mort sur le Nil ! pour le plaisir.
— Je vois que vous êtes réellement passionné !
— Je ne peux le nier en effet, mais d’autres branches m’intéressent aussi en dehors de l’égyptologie comme l’astrophysique ou la cosmologie. Vivrai-je assez longtemps pour approfondir mes connaissances dans ces vastes domaines ? Je l’espère !
— Je vous le souhaite sincèrement.
— J’imagine que vous, plus que moi, avez de bonnes raisons de vous intéresser à l’égyptologie.
— Vous faites allusion, je suppose, à ma nationalité ?
— En effet. Quel intérêt extraordinaire de pouvoir se plonger dans un passé aussi prestigieux que celui de votre pays ! Et puis, rien ne dit qu’un des célèbres personnages dont Monsieur Samarian nous a déjà entretenus n’est pas un de vos lointains ancêtres ? dis-je en boutade.
À mon grand étonnement, Aïcha prit ma remarque très au sérieux.
Elle me regarda, réfléchit un instant et me répondit :
— Ce n’est peut-être pas impossible !
— Diable, descendriez-vous de Ramsès II6 ou d’un Ptolémée7 ?
— Qui sait ? dit-elle, perdue un instant dans ses pensées. Mon grand-père, qui était un haut dignitaire du temps du Roi Farouk8, m’a souvent répété quand j’étais petite que je devais toujours montrer le bon exemple parce que j’étais la descendante directe d’une très illustre et très, très ancienne famille.
Aïcha insistait sur les mots incrustés dans sa mémoire.
— Ah ! Est-il indiscret de savoir de quel illustre ancêtre vous descendez ?
— Cela va certainement vous paraître ahurissant, mais en fait, je n’en sais rien !
J’étais franchement surpris par sa déclaration.
— Vous n’avez jamais cherché à le savoir ? Il existe quand même un état civil et de nombreux documents d’archives en Égypte.
— Bien sûr, mais jusqu’à ce jour et vu les circonstances, je n’avais encore eu ni le temps, ni peut-être l’envie, de faire des recherches à ce sujet.
— Mais votre père… ?
— Il a mystérieusement disparu quand j’avais six ans. On m’a dit qu’il était mort de maladie.
— Je suis vraiment désolé. Et votre maman ?
— Elle est décédée quelques jours après !
— Le sort s’est acharné. C’est vraiment triste. Ce sont des choses qui ne devraient jamais se produire. Je comprends mieux que vous ayez eu d’autres préoccupations.
— À la mort de mes parents, j’ai dû quitter précipitamment le pays. Je ne sais pas pourquoi. J’ai été recueillie par une amie intime de ma mère, vivant en Europe. Égyptienne, elle aussi, elle avait épousé un Belge. Ils n’avaient pas d’enfant.
