Vallis Clausa - Marc La Mola - E-Book

Vallis Clausa E-Book

Marc La Mola

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Beschreibung

Pourquoi le tueur laisse-t-il systématiquement son ADN sur chaque scène de crime ? Quel est le lien entre ces victimes ?


Le capitaine Randy Massolo de la Crime quitte Marseille. L'affaire qu'il vient de résoudre dans la cité phocéenne l'a particulièrement impacté ( Le sang des fauves éd. Sudarènes), c'est en Avignon qu'il va se refaire une santé.
Affecté à la section criminelle de la cité des papes, une affaire de découverte de jeunes femmes assassinées lui est confiée. Les filles de trois familles de notables locaux sont sauvagement tuées, sur chaque scène de crime le tueur laisse son ADN. Chaque corps est retrouvé dans les carrières d'ocre du village de Roussillon. Entre Luberon et mont Ventoux, entre mistral puissant et terre rouge Randy va évoluer au milieu de rumeurs, de vieilles légendes et de rancœurs tenaces.
Vallis Clausa entraîne le lecteur dans de magnifiques villages du nord Vaucluse aux côtés de ce flic torturé incapable de soigner ses propres blessures et de trouver la paix auprès d'une jeune femme. Aidé d'un vieux policier local et de son fidèle lieutenant Julien et tentant d'échapper à ses propres travers Randy Massolo va suivre cette enquête étrange qui va l'entraîner dans des lieux glauques et auprès de personnages mystérieux.


Suivez le capitaine Randy Massolo dans cette nouvelle enquête des plus palpitantes !


À PROPOS DE L'AUTEUR


Marc La Mola est un ancien flic de Marseille. Il a grandi dans cette ville et a longtemps travaillé dans les quartiers nord. De la brigade Anti-Criminalité à la brigade de Sûreté Urbaine où il dirigea un groupe de voie publique il a servi l'état durant plus de vingt ans. C'est lors de son passage à la brigade criminelle où il était affecté dans un groupe de droits communs qu'il va croiser les pires meurtriers sévissant dans cette région, règlements de compte de cité, affaires de coeur et autres crimes de sang seront son quotidien. Il ne compte plus les cadavres ramassés, les autopsie auxquelles il a assistées et les familles en pleurs qu'il a côtoyées. C'est dans tout cela qu'il puise son inspiration.

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Seitenzahl: 336

Veröffentlichungsjahr: 2022

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Marc LA MOLA

VALLIS CLAUSA

Roman

« L'addiction, derrière le plaisir une douleur se construit. »

Friedrich Nietzsche

1

Les collines marseillaises étaient inondées d’une clarté agonisante émanant d’un soleil épuisé par une journée d’hiver.

Le vent secouait les grands arbres qui hurlaient une sérénade monocorde rajoutant à la scène un côté cinématographique de série B.

Mais il n'y avait rien d'une fiction, rien de ce qui se jouait sous les grands pins n'était virtuel ou fixé sur pellicule.

Une scène de la vie courante presque banale même se déroulait dans cette automobile que le mistral parvenait à faire vibrer. Un habitacle lilliputien proportionné au gabarit de celle qui avait accepté de finir sa journée là avant de rejoindre le domicile conjugal. Pourquoi avait-elle accepté de devenir infidèle ?

était-ce seulement le physique de celui qui avait pris place à ses côtés ou était-ce autre chose, l’envie, le désir d’une aventure bâclée. Le souhait d’être secouée comme une vulgaire catin par un homme désirable qu’elle venait de rencontrer.

Un prédateur…

Il faisait froid et le mistral omniprésent dans cette région accompagnait les êtres et les végétaux sans cesse remués, toujours plus agités jusqu'à les rendre complètement fous. Hystériques.

Mais le couple ignorait les éléments, le vent ne les obsédait pas. Ils fixaient déjà leur propre corps se tordre sous le plaisir charnel, ils léchaient leur sueur abondante, griffaient leur épiderme et gémissaient en cœur dans une grimace déformant leur visage d'ange. Mais les anges sont asexués et la scène dont ils étaient les seuls acteurs était bien sexuelle.

Lui n'était pas un ange...

Elle l'était sans doute avant de le croiser, n'avait-elle pas donné son âme à ce diable au moment où leurs lèvres s’étaient rencontrées ?

N'avait-elle pas perdu plus que ce qu'elle pensait gagner à se donner à cet être, à ce flic de la crim qu’il était ?

Mais cette question ne l’obsédait pas, Randy venait de prendre place sur le siège passager avant pour se laisser chevaucher par le petit corps agile de sa partenaire.

Son pantalon baissé reposait sur ses chevilles, il avait retiré son caleçon et ressentait le coton rigide des sièges chatouiller ses fesses refroidies.

Elle n'avait pas retiré son string, son empressement sans doute à venir s'empaler sur son sexe en érection lui avait fait oublier ce sous-vêtement qui finalement ne représentait pas une barrière à ses assauts. Il contourna la dentelle calmement et sentit, sur le bout de son gland, l'humidité et la chaleur de ce corps qu’il avait tant désiré.

Elle glissa délicatement le long de sa verge pour venir en butée écraser son clitoris sur son pubis rendu humide par les sécrétions abondantes qu'elle libérait.

Comment un si petit corps pouvait engloutir ces vingt- cinq centimètres de chair rendus rigides par un sang vicié, une hémoglobine imbibée d’alcool et de colère ? Ils disparurent très vite…

Elle gémit légèrement mais semblait contenir des cris bien plus puissants, bien plus énergiques aussi, elle devait sans aucun doute les conserver pour les prochaines fois. Elle ignorait que de prochaines fois il n’y en aurait pas !

Randy ronronna et posa virilement ses paumes de main sur ses fesses froides, il les maintint fermement pour positionner ce petit corps à sa guise. Sa violence modérée ne lui déplut pas, elle en devint même complice.

Ses mains se firent agiles, elles caressèrent ses joues puis son torse pour s'immobiliser sur son bas-ventre ruisselant. Là, elles y prirent appui fermement pour effectuer un mouvement rotatif autour de son sexe. Les sensations qu'elle lui procura étaient absolument géniales et nouvelles même. Il cria, il hurla son plaisir en contenant une éjaculation devenue imminente.

Il empoigna encore ses fesses avant de griffer son dos et, malgré ses ongles bien courts, il savait qu’il allait laisser sur cette peau l'empreinte de leur étreinte.

Elle cambra ses reins comme pour éviter les blessures qu’il lui infligeait, elle tordit sa coulpe pour venir placer ses petits seins sur son visage transpirant. Il les suça, les mordit même en laissant aller sa semence dans ce corps qu’il ne connaissait pas il y a encore une heure. Il hurla son plaisir, il vociféra son orgasme en lui emplissant les oreilles comme il lui déchargea en quelques jets puissants son liquide séminal dans son vagin. Elle gémit encore doucement et termina son jeu de reins en provoquant chez son éphémère partenaire des spasmes incontrôlés. Elle cria tendrement comme une femme aimante dans les bras de son mari respectueux de cet être aimé. Son orgasme fut étrangement silencieux comme si elle culpabilisa d’avoir été malhonnête.

Ils étaient blottis...

Leur liquide corporel mêlés subissaient la loi de la gravité et se répandaient sur son entrejambe et sur le coton du siège réchauffé. Ils marquèrent à jamais cette assise comme elle restera profondément marquée par cette scène qu’elle avait jouée. Cette scène qui laissera sur le corps de cet homme, ce flic, une plaie supplémentaire qui ne cicatrisera jamais, celle d'une addiction devenue bien lourde à gérer venant s’ajouter à une nouvelle dépendance à l’alcool...

L’affaire précédente l’avait impacté et ne l’avait évidemment pas aidé dans sa reconstruction. N’avait-il pas entamé lui-même sa démolition ?

Elle rajusta son string, il remonta son jean. Elle le regarda partir en rangeant ses cheveux noirs sur l’arrière de son crâne. Il était déjà ailleurs...

Pas un mot, pas un geste pour saluer cette femme tardivement prise de remords d’avoir trompé son époux. Son sang frappait son bas-ventre, ses tempes tabassaient d’un rythme lancinant les flancs de son crâne lorsque son téléphone portable retentit. C’était lui, le mari…

La lourde portière rouge de la Ford Capri claqua dans un bruit sec et bref, il mit un terme à cette scène pornographique bien inutile et dérisoire.

Il se lova dans le fauteuil élimé comme pour se dissimuler et n’adressa même pas un regard à celle qu’il avait humiliée en pensant l’honorer.

Elle rajusta sa jupe et rangea à la hâte sa tignasse folle faite de belles boucles blondes en rassurant l’homme inquiet de ne pas l’avoir vue rentrer à l’heure habituelle.

Son sexe était encore endolori par les coups de boutoir qu’elle avait reçus. Son rimmel avait envahi ses joues pour se mêler à un blush argile et ne donner qu’une croûte épaisse. Deux larmes vinrent y creuser un minuscule sillon avant d’être absorbées violemment. Elles s’étaient égarées sur ces joues trop maquillées comme elle avait été trompée en lui offrant ses faveurs.

Une de plus pensa-t-il en démarrant le V6 bruyant de sa vieille Ford.

Ce n'était qu'un flic avec un raisonnement de flic, qu’espérait-elle d’autre que cela ?

Lui, le flic de la crim, lui regorgeant de suffisance n'aimait que son métier, il l’aimait plus que sa propre mère, cette mère hantant chacune de ses nuits.

Comment peut-on être aussi lâche alors que les rues, les cités et les voyous ne l'impressionnaient pas ?

Il en était arrivé à les aimer même, à les rendre indispensables à sa vie professionnelle évidemment mais aussi à sa vie personnelle.

Il les connaissait tous, il savait où ils vivaient, il savait où ils allaient traîner et les spécialités qu'ils s'étaient données comme leurs différents modes opératoires. Ils hantaient ses nuits, ils occupaient ses journées. Ils faisaient partie de lui, de ce qu’il était devenu.

La minuscule Twingo vert Tobago s’éloigna, les boucles blondes aussi.

Il enclencha la vitesse qui fit craquer les pignons de la boîte et marqua de ses grosses roues le sentier de campagne.

L’autoroute n’était pas bien loin. Sans aucun remords, Randy quitta Marseille.

2

Il avait tant besoin de calme et de solitude. Après cette satanée affaire où il vit cinq cadavres décapités et un jeune homme se jeter du haut du cap Canaille, il avait trouvé provisoirement refuge auprès de son ami Hubert dans la calanque de Sormiou. Mais cette fuite qu’il avait préféré baptiser retraite ne pouvait pas durer. Il fallait repartir à la chasse des criminels mais ailleurs qu’à Marseille.

Le minot était le tueur en série et il apprit, avant son saut fatal, qu'il était aussi son fils.

Randy avait suivi tant d'enquêtes criminelles sans être atteint par le malheur des victimes qu'il n'aurait pu croire que cette dernière allait l'affecter autant. Mais dans cette dernière affaire n’était-il pas victime lui aussi ?

Aussi, il prit la décision qui s'imposait, quitter momentanément Marseille et aller voir ailleurs si les criminels étaient aussi fous que dans la deuxième ville de France. Mais il n’était pas parti seul, il avait emmené avec lui ce fardeau qu’il traînait depuis que les fauves du parc Longchamp avait abondamment saigné : l’alcool et sa solitude…

Solitaire il avait toujours été mais là, comme un paradoxe, il se sentait bien seul.

Il avait pu bénéficier d'un détachement administratif, l'antenne de la police judiciaire d'Avignon manquant d'enquêteurs il avait donc pu intégrer le petit groupe chargé des affaires criminelles de cette brigade.

La veille il s'y était présenté et avait salué ses nouveaux collègues. Sa réputation était arrivée bien avant lui comme la rumeur sur l'affaire qui avait engendré son départ. Après tout Marseille n'était pas si loin d'Avignon et la police, malgré les changements profonds qu'elle avait subis, restait une famille qui aimait entretenir les ragots et les commérages. Il n’existait pas de Voici ou de Gala mais subsistait la rumeur intercommissariats : Radio police et les rumeurs qu’elle faisait courir étaient toutes aussi tenaces que celles engendrées par la presse people. Il croisa des regards suspicieux et quelques poignées de main avaient manqué de franchise et d'honnêteté. Le chef de groupe avait tenté de lui imposer un partenaire mais Randy lui signifia très vite que le couple n'était pas une habitude chez lui et pas seulement en ce qui concernait sa vie sentimentale.

Il n'eut pas le temps de s'installer, d'ailleurs Randy s'en moquait ayant toujours considéré le travail de bureau comme une charge qui devait incomber aux jeunes flics et pas aux anciens comme lui. Il fallait donc qu'il trouve un « bleu » pour taper ses procès-verbaux. Il verrait cela plus tard.

Il fut convoqué dans le bureau du chef de groupe qui lui confia une mission qui venait de tomber. Le cadavre d'une jeune adolescente venait d'être découvert dans le village de Roussillon et les gendarmes locaux, habituellement cantonnés à verbaliser les agriculteurs sans ceinture de sécurité, avaient été immédiatement dessaisis au profit de la crim avignonnaise. Les pandores n'avaient pas apprécié la décision du procureur de la République et il ne fallait donc pas qu'il espère un coup de main de ces militaires fiers, bêtes et malgré tout disciplinés.

Il prit note des renseignements et décida de s'y rendre.

Sa venue dans cette région n’était pas anodine puisque c’était là qu’il avait aussi grandi. Entre les faubourgs de Marseille et les contreforts du Luberon. Pour les vacances d’été et celles de Pâques il montait depuis la ville jusqu’à Apt. Enfant il délaissait, le temps des vacances, les navettes à la fleur d’oranger et le poisson de roche pour les fruits confits et les fromages de Banon enveloppés dans une feuille de châtaigner.

Furtivement les images de ce village traversèrent son esprit. Apt avait certainement changé depuis ce temps mais la vallée du Calavon avait dû conserver ses charmes et ses merveilleuses couleurs d’automne.

Roussillon ne se trouvait qu'à une quarantaine de kilomètres de la ville des papes. Randy fit ronfler le moteur de sa Ford Capri et pensa un instant qu'il allait pouvoir le faire hurler et défouler ses chevaux sur ces routes départementales où aucun radar ne viendrait gêner les passionnés d'automobiles. Les embouteillages marseillais avaient empli de calamines les grosses sorties d’échappement. Mais rapidement il comprit que la répression maladive et stupide des infractions à la vitesse avait aussi contaminé le département du Vaucluse et ses routes secondaires. Il cala donc son moteur à quatre-vingt-dix kilomètres à l'heure pour parcourir cette distance et pesta à chaque fois qu'il croisa une boîte qui n'attendait qu'un léger dépassement pour le photographier.

Il souhaitait tant conserver les quatre points qui lui restaient sur son permis de conduire !

Néanmoins la route était agréable, les panneaux indicateurs affichaient des noms de villages qui lui rappelaient ses vacances et son enfance.

Mais Randy n'était pas ici en villégiature mais pour y enquêter.

Il accéléra à la vue d'une longue ligne droite pour faire courir les chevaux mécaniques mais fut contraint de calmer les ardeurs motorisées de sa Ford à la vue des képis patientant à la première intersection.

Mais malgré tout le département du Vaucluse n’était pas uniquement synonyme de détente et de joies infantiles. Randy y venait en compagnie de son frère. Sans leur mère.

Un vieil oncle administrait le camping Le Luberon d’Apt et c’était chez lui qu’ils allaient en vacances. Un petit camping en bordure du Calavon asséché l’été. Un camping misérable, à l’image de sa vie.

3

Les falaises ocre reflétaient la clarté du soleil levant, on aurait pu croire que l'aube naissait sur le trente-huitième état des États-Unis d'Amérique si on avait pas distingué la tête enneigée du mont Ventoux et celle du Mourre Nègre qui lui faisait face.

Au fond de cette vallée close, entre le géant de Provence et le massif du Luberon, Roussillon se réveillait lentement. Les volets des petites maisons rouges s'ouvraient comme des yeux sur l’exiguë place centrale sur laquelle le marché s'organisait.

Le mistral était froid, les marchands emmitouflés dans des vestes de plumes d'oie montaient leurs étals pour y entreposer qui des pots de miel, qui des légumes de saison en attente des clients.

L'hiver le village était triste, seule l'ocre rejetée par les godillots des autochtones dans les ruelles étroites tentait de donner un peu de couleurs et de lumière aux visages fripés des habitants.

Des vrais Roussillonnais il en restait peu, les vieilles familles n'avaient pas résisté aux sirènes des Parisiens désireux d'acheter une maisonnette ou même une bicoque à retaper au village, elles avaient préféré vendre leurs biens pour construire une coquette villa du côté d'Apt ou de Cavaillon.

Quelques âmes avaient décidé de continuer à vivre là, des commerçants, des artistes et des bourgeois bohèmes en quête d'une autre vie que celle que leur offrait la capitale.

Ils n'étaient pas plus de mille habitants dispersés sur les trente kilomètres carrés que comptait la commune et moins de la moitié vivait encore au village.

Les autres cultivaient leurs vignes ou leurs oliviers dans la plaine du côté nord.

Il semblait y faire bon vivre, comme si Dieu avait décidé de concentrer tous les charmes et la chaleur de la Provence dans ce minuscule village aux couleurs de feu.

Le marché de Roussillon battait son plein, malgré les températures qui flirtaient avec le zéro il avait, comme à chaque fois, attiré une foultitude de clients. La période estivale permettait aux agriculteurs d'écouler toutes les marchandises qu'ils souhaitaient. Les touristes grisés par la magie de la Provence et de ce site magnifique étaient donc persuadés d'acheter des fruits et légumes bio alors qu'ils provenaient du marché de Cavaillon et des productions industrielles voire même étrangères et avaient été déballés de leurs caisses pour laisser l'impression d'une provenance locale. Le sourire édenté d’une paysanne sympathique faisait le reste et les fruits et légumes prenaient immédiatement des saveurs oubliées. La magie de la Provence…

L'hiver ce n'étaient que des gens du coin. Ils se connaissaient tous et chacun d’eux faisait mine de méconnaître la technique et les procédés de son voisin quant à la nouvelle escroquerie qu’il allait tester l’été prochain. Après tout ne fallait-il pas se venger de payer son petit noir trois euros au Trocadéro ou à Beaubourg. Mais ils n’allaient jamais à la capitale !

La semaine s'écoulait lentement au rythme des saisons, la vie semblait s'être arrêtée.

Randy s'engagea dans le bourg par la petite route départementale, il n'y avait aucun encombrement et l'ascension vers le centre du village était aisée. Il stoppa son auto aux abords de la place du marché et termina son chemin à pied. L'entrée des falaises d'ocre se faisait aussi par là. L'accès était réglementé et il fallut, s'il n'était pas en mission, qu'il s'acquitte d'une petite obole. Il s'adressa à la guichetière qui fut surprise à la vue de la plaque de police.

─ Brigade criminelle d'Avignon… Pourriez-vous m'indiquer où est-ce que le corps de la victime a été découvert ?
─ Oui... Bien sûr, bafouilla la jeune femme porteuse d'une casquette bien trop grande pour sa petite tête. Il était au niveau de la première restanque, vous verrez il y a encore le balisage à l'aplomb du castrum.
─ Merci, dit Randy en s'avançant vers les falaises d'ocre. Quelques personnes étaient aussi venues visiter le site, des retraités qui avaient du temps libre et même un car de Japonais dont les occupants disciplinés avaient formé une colonne rectiligne derrière un guide qui tenait, pour ne pas que des Nippons s'égarent, un parapluie fermé au-dessus de sa tête en guise de balise. Randy fut subjugué par la beauté du site, il ne l'avait jamais visité. Il remarqua immédiatement les différents tons des terres constituant le sentier des ocres et prit même le temps d'admirer le panorama. Situé idéalement entre le Luberon et le Géant de Provence ce village irradiait de sa beauté toute la vallée qu'il surplombait.

Du topaze au vermillon les falaises renvoyaient la luminosité qui allait s'écraser sur les façades du village en créant un halo de lumière incomparable.

Il s'approcha de la rubalise de la gendarmerie et franchit le cordon en l'enjambant. La scène de crime avait été bien sur souillée par les grosses chaussures des techniciens de l'identité criminelle de la gendarmerie. Il ne restait rien d'autre qu'une immense flaque de sang coagulé emprisonnée par des poignées de sable rouge comme unique vestige du drame qui s'était joué là. Randy observa les abords et le sol sur lequel des centaines de chaussures avaient laissé leurs empreintes. Semelles épaisses, chaussures de ville et même escarpins étaient passés et repassés par là pour marquer de manière éphémère le sol de sable ocre.

Randy passa sa main dans ses cheveux, geste qu'il faisait pour dissimuler sa gêne, sa colère ou son désarroi cette fois il y rajouta un souffle puissant qui allait marquer son exaspération.

─ Eh oui ! dit un homme dans son dos. C'est les gendarmes ça !

Randy se retourna et vit un homme en uniforme de policier municipal.

Le flic rajouta : - Bonjour, Lucien Aldeger ! Je suis le garde champêtre du village... Enfin maintenant on nous appelle des policiers municipaux... C'est dommage j'aimais bien le côté bucolique de l'ancienne appellation, rajouta le flic local en tendant une grosse main à Randy.

Le flic municipal était grand et mince une magnifique moustache aux extrémités amidonnées pour être aisément recourbées ornait le dessous de son nez.

Il portait un uniforme impeccable, sa chemise était parfaitement repassée et les plis qu'il devait lui-même confectionner grâce à un fer à repasser donnaient un côté militaire.

à sa ceinture un énorme revolver pendait dans un étui de cuir noir bien ciré et lustré. Randy regarda cette arme et la trouva disproportionnée par rapport à la potentielle utilisation que le policier pouvait en faire et songea que lui n'en portait toujours pas.

Le capitaine serra la main que lui tendait l'homme et rajouta :

─ Randy Massolo, capitaine de police à la crim d'Avignon. Vous étiez sur les lieux ?
─ Plus que ça ! C'est moi qui l'ai trouvée la pauvre fille. Le matin je fais un tour sur le site avant l'ouverture et voilà...dit le policier.

Randy franchit de nouveau le cordon pour se rapprocher de Lucien, il constata que ses chaussures de ville étaient couvertes de poussière d'ocre. Il tenta de s'en débarrasser en tapant ses pieds contre une barrière de bois qui délimitait le sentier, en vain.

─ Pour ça l'ocre c'est terrible, ça vous bousille les godasses, dit le flic municipal.
─ Je vois oui... Et la gamine vous la connaissiez ?
─ Oui évidemment, c'est une enfant du pays. Son père est le boulanger du village. Elle est née ici la gosse... Dans ces ocres pour venir y mourir à à peine plus de quatorze ans.
─ On prend un café ? interrogea Randy.

Lucien acquiesça et les deux hommes reprirent la direction du village.

Le petit café de la place de l'église était ouvert et quelques clients y consommaient des boissons chaudes. Ils regardèrent leur policier et cet inconnu pénétrer dans le bar avec beaucoup de crainte et de curiosité. Lucien et Randy s'attablèrent dans le fond de la salle.

– Tu nous fais deux cafés s'il te plaît, lança Lucien au patron du bar.

Les quatre clients du bar n'avaient pas lâché Randy des yeux.

Lucien rajouta en souriant :

─ Ne vous inquiétez pas capitaine, ce sont des rustres et votre visite les intrigue. Le village a vécu un drame avec ce meurtre et chaque nouvel arrivant est observé des pieds à la tête.

Randy avala une gorgée de son café et regarda Lucien en souriant pour lui signifier qu'il se moquait des regards insistants et afin de marquer son impatience quant aux informations que le policier local pouvait lui fournir.

─ J'ai vu les gendarmes de la brigade sur la scène de crime et ils n'ont pas jugé indispensable de m'écouter. C'est toujours pareil avec eux, ils pensent tout savoir ! précisa Lucien.

Randy fit une légère grimace et but encore une gorgée de café. Lucien reprit :

─ La petite était bien élevée, pas de souci pour ses parents. Sa mère l'accompagnait tous les mardis soir à dix-sept heures à Apt pour son cours de danse. La mère rentrait ensuite car son cours se terminait à plus de vingt heures. Souvent c'était son père qui allait la chercher.
─ OK, à part ça ?
─ Rien... Sur la gosse rien. Ensuite vous savez dans un village comme le nôtre, malgré les apparences, il y a toujours des tordus mais pour le moment je n'ai pas plus de renseignements à vous fournir. Mais je pense qu'elle a chuté depuis le haut du castrum, affirma Lucien en avalant son café chaud.
─ Donc hier soir elle était à son cours de danse ?
─ Oui... Mais personne ne peut expliquer comment elle s'est retrouvée ici alors que son père et sa mère étaient encore au village. Je les ai vus à la fermeture de leur magasin et ensuite le père a pris la route pour Apt. Randy était encore l'objet de tous les regards, il laissa un billet de cinq euros sur la table et serra la main de Lucien.
─ Je ne supporte plus ces gars ! dit Randy.
─ Ils ne sont pas méchants. Laissez-moi un numéro de téléphone on ne sait jamais.

Randy jeta une carte à blason de la police judiciaire. Il quitta le bar.

Les bureaux de la police judiciaire d'Avignon étaient calmes et rappelèrent à Randy ceux de Marseille. Il s'avança jusqu'à ce qui semblait être son bureau et y entra sans frapper.

La pièce était minuscule, à peine plus de cinq mètres carrés lui étaient consacrés. Un bureau bas de gamme et une chaise bancale constituaient l'ensemble du mobilier.

Un dossier de papier rouge était posé sur l'angle de son bureau et une quantité incommensurable de pochettes de plastiques transparents recouvrait le reste de la surface du plateau.

Les gendarmes, vexés par la décision du magistrat du parquet de les dessaisir, étaient venus jeter là les premiers procès-verbaux et les scellés prélevés sur la scène de crime.

Randy souffla fortement et tira sa mauvaise chaise pour s'y laisser tomber.

Il repoussa les cotons imbibés de sang et les tubes aux produits inconnus et mit ses pieds sur le dernier recoin disponible du bureau.

Il pensa que la P.J de Marseille n'avait pas le monopole de ces méthodes et même s’il croyait peu, il osa caresser l'espoir d'un autre fonctionnement à Avignon. Il étira ses jambes et détourna ses yeux vers la porte. Des bruits de pas brisaient le silence et attiraient l'attention. Les pas cessèrent brusquement puis reprirent avec autant de vigueur. Il vit une silhouette s'approcher de sa porte et observait encore. Julien, son jeune assistant marseillais, se présenta sur le seuil de sa porte.

─ Bonjour capitaine, dit-il en souriant.
─ Que... Que fais-tu là ?
─ Comme vous, j'ai obtenu un détachement...

Randy quitta sa chaise bruyamment et se dirigea vers le jeune flic, il se retint pour ne pas le serrer dans ses bras mais lui attrapa la main et saisit son épaule pour la tapoter amicalement.

─ C'est bien minot ! dit-il.
─ Puis-je avoir l'honneur de travailler encore avec vous, dit-il avec hésitation.
─ Évidemment... Évidemment !

4

Le Calavon était ridicule au fond de son lit. Ce n’était qu’un léger filet d’eau verdâtre qui peinait à arroser les pieds des Aptésiens. Son lit était démesuré et traversait un parking depuis l’entrée de la ville jusqu’à la place de la Bouquerie. Ce ru était capable de monter et de déborder en quelques heures. De grosses pluies arrosant le bas des Alpes de Haute-Provence lui donnaient régulièrement la force de sortir de son calme et d’emporter tout ce qui avait été oublié à proximité. Il cachait bien son jeu !

Randy abandonna sa voiture sur le parking au revêtement arraché, raviné lors de la dernière crue. Des nids de poule géants imposaient aux conducteurs une vigilance et une dextérité afin de ne pas dégrader son automobile. Il ne put se remémorer les moments passés là. Il secoua sa tête comme pour diluer des souvenirs entêtants et encombrants et franchit le ruisselet par une passerelle métallique brinquebalante.

La place n’avait pas changé. Pas de travaux d’amélioration, pas de réfection ou de modifications. Elle était identique à celle qu’il avait laissée, il y avait plus de trente ans.

Il s’engagea dans le bourg pour rejoindre la place de la mairie et de la sous-préfecture. Tout était figé comme s’il contemplait une œuvre de Cézanne, rien n’avait été déplacé.

La sous-préfecture au bâtiment démesuré jouxtait la mairie. Face à elle l’unique rue piétonne traçait d’ouest en est un cheminement pavé sur lequel les autos venaient déverser leur huile crasseuse.

De piétonnier elle n’avait que le nom et les hommes de la police municipale ne se préoccupaient pas des dégradations que pouvait subir le sol d’une rue que de trop nombreux touristes venaient fouler l’été venu.

Après tout c’était l’hiver…

Randy arpenta la rue des marchands. Elle portait bien son nom puisqu’elle n’était jalonnée que par des commerces. Depuis le pas de leur porte les commerçants regardaient les rares piétons en espérant qu’ils se transforment en clients. Leurs sourires ne parvenaient pas à leurs fins, ils restaient désespérément désertés, sans le moindre chaland.

Randy parvint à l’orée de la rue, il franchit un passage en pierre surplombé d’une croix de métal. Il fit encore quelques mètres puis stoppa devant un bâtiment sans charme particulier. Il poussa la porte franchement et pénétra dans un immense local vide.

Quelques tapis de mousse à la forme rectangulaire et des agrès de gymnastique étaient placés dans un coin de la salle et une main courante de bois cernant la pièce lui confirmait que la danse se pratiquait ici.

Derrière lui de longs miroirs reflétaient son image, il se trouva pas trop mal et rentra son ventre en s'y mirant.

Il patienta quelques secondes puis lança un appel :

─ Y a quelqu'un ?

Il n'obtint pas de réponse mais vit un homme d’une cinquantaine d’années portant un collant rose et un justaucorps blanc, ses pieds étaient enveloppés dans de petites ballerines Repetto aux extrémités élimées.

D'une voix féminine il dit :

─ Oui... Que puis-je pour vous ?
─ Bonjour, dit Randy en cherchant sa carte professionnelle dans ses poches. Je suis capitaine de police à la brigade criminelle et...

Le danseur ne lui laissa pas le temps de terminer sa phrase et fondit en sanglots.

─ C'est pour la petite Lola ?
─ Oui c'est ça, rétorqua Randy un peu gêné en montrant enfin sa carte de police qu'il venait de trouver au fond d'une poche. La gosse était bien ici pour son cours de danse mardi soir ?
─ Oui comme tous les mardis... Nous avons terminé le cours et je ne l'ai pas vue sortir pour attendre son père devant la salle. Il devait avoir un peu de retard et puis…
─ Vous n'avez rien remarqué de particulier ?
─ Non... Je suis désolé capitaine mais je ne peux pas vous en dire plus.
─ à quelle heure le cours s'est terminé ?
─ Vingt heures...
─ Y a-t-il des commerces sur la place qui ferment à cette heure-là ? rajouta Randy.

Le professeur de danse réfléchit un peu puis essuya ses larmes et moucha son nez dans un bruit contrastant avec son apparence douce et fragile.

─ Le labo, là en face je crois qu'il ferme à vingt heures trente.

Randy remercia d'un sourire discret et d'un signe de la tête le vieux rat de l'opéra et quitta la salle.

à l'extérieur le mistral avait redoublé de violence, on aurait dit qu'il s'engouffrait dans les ruelles pour y prendre de la vitesse et allait gifler les visages des habitants.

La place était large et peu encombrée de voitures, il aperçut le laboratoire d'analyses médicales face à lui et prit quelques instants pour le regarder. Une grande baie vitrée obstruée d'un rideau vénitien et une porte vitrée formaient la façade.

Il poussa la porte et se retrouva face à un comptoir où une jeune femme vêtue d'une blouse blanche semblait affairée.

─ Bonjour mademoiselle, dit Randy.

La jeune femme ne releva pas la tête et ne répondit pas.

Randy insista :

─ Bonjour !

Mais il n'obtint pas non plus de réponse. Il saisit sa carte de police et la plaqua violemment contre le bat-flanc. Le claquement du porte-cartes de cuir contre le bois fit sursauter la jeune secrétaire qui allait manifester son mécontentement. La vision de la carte barrée de tricolore interrompit brutalement ses intentions.

─ Euh... Oui... dit-elle troublée et confuse.
─ Brigade criminelle !

La jeune secrétaire médicale rajouta instantanément un sourire sur son visage d'ange. Elle ne devait avoir que trente ans et ses cheveux noirs noués en une épaisse tresse posée intelligemment sur son épaule droite mettaient en évidence un regard noir et perçant. Randy en fut troublé mais recentra la conversation sur le réel motif de sa visite.

─ Mardi soir une jeune fille a été enlevée devant la salle de danse et malheureusement nous l'avons retrouvée assassinée et violée dans les falaises d'ocre de Roussillon. Avez-vous vu cette jeune fille patienter sur la place ou remarqué quelque chose d’inhabituel ?
─ Mon dieu quelle horreur, s'écria la secrétaire en jouant avec sa tresse noire. En effet j'ai vu une jeune fille mardi soir attendre mais je n'y ai pas porté plus d'attention. Si j'avais su !
─ Avez-vous vu une voiture ou un individu qui vous aurait paru suspect ?
─ Vous savez il y a pas mal de monde vers dix-neuf heures au laboratoire et j'ai beaucoup de travail... rajouta-t-elle. Mais si vous voulez on peut en parler ailleurs, précisa encore la jeune femme en glissant un petit morceau de papier plié.

Randy saisit le papier et quitta le laboratoire alors que des clients entrèrent.

Les remparts de la cité des papes maintenaient le flot de la circulation en périphérie du centre-ville. Sans le désirer ils remplissaient encore leur mission initiale de protection des assaillants devenus aujourd'hui métalliques et pollueurs.

Randy ne franchit pas la barrière de vieilles pierres et se dirigea vers l'hôtel de police.

Le bâtiment était lugubre et sans charme. Des commissariats, Randy en avait tellement fréquenté que l'austérité de celui-ci ne le surprenait pas. Il le trouva à peine mieux que celui de Marseille, sans doute sa grande façade blanche lui donnait un semblant de propreté qu'il n'avait évidemment plus.

Il rangea sa voiture sur le petit parking bien trop plein et se dirigea vers les locaux de la police judiciaire.

Julien était affairé dans son bureau. Sa proximité avec Randy lui avait valu une évidente mise à l'écart par les autres flics. Il avait été caché dans un bureau encore plus étroit que celui qui avait été réservé à son capitaine. Il n'avait même pas de fenêtre et une odeur de renfermé rendait ce lieu infect.

Néanmoins Julien s'y était installé sans râler et s'était immédiatement plongé dans la procédure. Il avait rangé les divers procès-verbaux devant lui, déposé les scellés sur un petit meuble et prenait, sur un calepin, des notes manuscrites.

Randy entra sans frapper.

─ Salut minot !
─ Bonjour capitaine !
─ Alors ça donne quoi ? interrogea Randy.
─ Pour le moment pas grand-chose mais on a un ADN... La petite a été violée et ce con a laissé un peu de son sperme. On en saura plus à l'autopsie ! dit Julien.
─ OK ! C'est bien...
─ Capitaine, je suppose que l'autopsie c'est pour ma gueule ?
─ Tu supposes bien minot !

Julien accusa le coup, fit une grimace mais se replongea dans la lecture.

5

Le lotissement était agréable et il était aisé d'y circuler. Les allées étaient propres et les clôtures des maisons dissimulaient de belles bâtisses provençales. Randy repéra le numéro soixante-huit et rangea sa voiture à proximité sur une petite aire réservée au stationnement. Il verrouilla manuellement la portière et se dirigea vers la petite maison.

Un portillon empêchait d'y pénétrer sans avoir annoncé sa venue, un carillon imposait son utilisation.

Après le déclenchement électrique de la gâche Randy pénétra dans la propriété. La maison était cernée d'un jardin arboré avec précision. Une piscine occupait un coin, elle était recouverte d'une bâche de plastique bleue.

La maison était belle, pas très grande mais en parfait état, le blanc éclatant de la façade apportait une luminosité même en cette soirée où la lune s'était faite discrète.

Il tapa deux fois à la porte. Il n'attendit pas longtemps pour que la jeune femme du laboratoire vienne lui ouvrir la porte.

Elle était superbe et avait préparé évidemment sa soirée. Ses magnifiques cheveux étaient défaits et tombaient sur ses épaules dénudées. Ils étaient encore humides et formaient déjà de belles boucles aux torsades amples. Ses yeux noirs brillaient et le sourire qu'elle posa sur son visage confirmait son désir d'accueillir Randy.

Il entra et suivit la jeune femme, elle ne portait pas de chaussures et il contempla ses jolis pieds aux ongles courts et brillants. Elle ne portait qu'un petit short de satin qui moulait ses fesses fermes et une chemisette identique qui donnait à ses seins une proportion que Randy n'avait pas remarquée sous sa blouse le matin même.

─ Défais-toi, dit-elle en regagnant le salon. Elle s'installa sur un immense fauteuil club de cuir rouge. Sa tenue sexy écrue se reflétait et allait éblouir Randy. Il avait retiré son blouson et l'avait posé sur une chaise dès l'entrée. Il prit place dans un canapé face à son hôtesse.
─ Tu veux boire quelque chose ? proposa-t-elle.
─ Un jus de fruits s'il te plaît ou un Coca.

La jeune femme quitta son siège et se rendit dans la cuisine où elle attrapa un Coca dans le réfrigérateur.

Elle prit bien la peine de dandiner ses fesses en s'éloignant de Randy. Son retour fut marqué par un jet de masse capillaire vers l'arrière pour dégager son cou dans lequel il avait de plus en plus envie de mordre.

─ Tiens... dit-elle en regagnant sa place.

Elle posa une canette de Coca sur la table basse que Randy attrapa bien vite.

─ Tu es bien installée ici.
─ Oui c'est la maison dans laquelle je vivais avec mon mari avant qu'il s'en aille pour une plus jeune que moi.
─ Plus jeune que toi ? Quel âge avait-elle ?
─ À peine vingt ans... Et lui quarante ! dit-elle en souriant.

Randy pensa, en reluquant le physique presque parfait de la jeune femme, qu'il fut bien stupide de l'abandonner.

Ils échangèrent quelques propos sans intérêt puis la jeune femme pausant son verre sur la table basse laissa apparaître volontairement ses seins généreux. Elle maintint cette position quelques secondes et leva les yeux vers Randy qui comprit le message.

Il se leva et vint se placer devant elle. Nonchalamment elle lui tendit une main molle qu'il serra pour relever la belle.

Elle se blottit contre son torse et ouvrit brutalement la chemise qui entravait ses caresses.

Randy fit délicatement tomber les fines bretelles de satin qui maintenaient la nuisette et prit les seins à pleines mains. Il logea son visage entre eux puis lécha les tétons bien durs.

Elle le stoppa pour l'entraîner dans la chambre.

Le lit était large et les draps de coton blanc et fin qui le recouvraient n'avaient aucun motif, pas une fleur ou une quelconque impression ne marquait le tissu.

Randy les arracha et fit basculer la jeune femme sur son dos.

Il retira à la hâte ses vêtements et vint la rejoindre. Elle s'était placée au milieu du lit et écarta ses jambes pour accueillir celui dont elle rêvait depuis plusieurs heures. Randy ne la pénétra pas immédiatement malgré ses supplications. Il passa ses mains sur la totalité de son corps puis enfonça deux doigts dans son vagin qui ruisselait. Elle gémit puis se mit à tordre son corps d'impatience, elle lui susurra à l'oreille de la prendre vite et brutalement mais Randy fit durer les préliminaires et lui mit sa main sur la bouche.

Il passa sa langue sur sa peau, depuis les lèvres jusqu'à ses pieds. Il l'humecta légèrement puis alla placer sa langue sur son clitoris qui avait doublé de volume. Il la pourlécha à quatre reprises puissantes puis sans l'aviser, la pénétra sauvagement avec son sexe. Elle hurla et se contorsionna violemment, ses yeux étaient clos et les actions de Randy lui imposaient de synchroniser ses cris aux coups de bassin qu'elle recevait. Il ne se retint pas longtemps et lâcha, dans les cheveux noirs de sa partenaire, un cri puissant. Elle fit de même en serrant le torse de cet homme qu'elle ne connaissait toujours pas.

La nuit fut courte pour qu'ils puissent y trouver le repos mais cherchaient-ils cela ?

Le téléphone portable de Randy fit sursauter les deux amants qui gisaient nus sur les draps blancs et froissés. Le soleil était déjà levé et avant de prendre l'appel il remarqua sur l'écran de cristaux liquides, qu'il était déjà huit heures.

─ Oui allô ! dit-il fermement.
─ Capitaine ? C'est Julien... Vous êtes où ?
─ Qu'est-ce que ça peut te faire ? demanda Randy à peine réveillé.
─ Euh... Ben non j'ai étudié un peu cette nuit et...
─ Dis-moi minot, de temps en temps il serait bien que tu fasses autre chose que travailler... Si tu vois ce que je veux dire ?

Le jeune flic ne répondit pas.

─ Bon je vais à l'autopsie et j'irai déposer les scellés au laboratoire de Marseille. Il y a celui de l'ADN que l'on a trouvé sur la fille. Je vous tiens au courant.
─ Ouais... Et c'est pour me dire ça que tu m'appelles questionna Randy en rangeant ses cheveux.
─ Ben oui... Et... Vous avez dormi où ?
─ Qu'est-ce que ça peut te faire ? interrogea le capitaine agacé.

Randy mit fin à la conversation et réveilla en la bousculant la jeune femme qui dormait à ses côtés. Elle tenta d'attraper son amant afin qu'il se recouche et sans doute qu'il lui procure encore du plaisir physique.

– C'est huit heures...

─ Hum, je ne travaille pas ce matin... Viens, insista la jeune femme.

Randy se débarrassa de son emprise et quitta le lit. Il se dirigea vers la douche.

Il réalisa qu'il ne connaissait même pas le prénom de cette nymphe qu'il avait serrée toute une nuit...

6

Roussillon s'éveillait lentement en cette matinée de décembre. Les arbres avaient perdu leur feuillage pour aller tapisser le bitume d'une épaisse couche humide de compost coloré.