Rédemption - Marc La Mola - E-Book

Rédemption E-Book

Marc La Mola

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Beschreibung

Ayant été nommée Commandante de Police Julie quitte la brigade des stupéfiants. Elle est affectée dans le secteur Sud de Marseille où elle prend la direction de plus de cent flics de terrain. Réduite à un poste de direction la clouant dans un bureau c’est sans hésiter qu’elle reprend officieusement ses anciennes fonctions suite à la tentative de meurtre de son meilleur ami. Abdelkader est mourant avec trois balles de 9 mm dans le corps.

A trois mois de donner la vie la commandante va réactiver son réseau et repartir en guerre contre les trafiquants de drogue des quartiers nord désireux d’inonder Marseille d’un produit nouveau causant des dégâts dans la jeunesse bourgeoise de la ville. Devant enquêter en sous-marin c’est grâce au soutien d’un équipage de terrain qu’elle va se mettre à la recherche de Sirine, la sœur d’Abdelkader, retenue dans un box de la cité de la Maurelette par de véritables monstres assoiffés de sang et de sexe.

Julie mettra sa connaissance des quartiers sinistrés à profit en évitant les pièges tendus par le commandant Charrier de la Brigade Criminelle peu enclin à résoudre cette affaire et ennemi juré de ce que représente Julie : une femme flic compétente et à fort caractère !

Les quartiers nord tendent des pièges à quiconque s’y aventurerait sans être avisé. Le sud ne semble pas en reste car à Marseille le mal se cache même dans les beaux quartiers et chez les notables vivant dans les belles maisons du littoral…

À PROPOS DES AUTEURS

Auteur-scénariste Marc La Mola, né le 29 Octobre 1964 à Marseille est un ancien policier. Durant de longues années il a traîné dans des commissariats miteux de Paris puis de Marseille. Au fil de ses différentes affectations comme le service de protection du métro parisien, la brigade anticriminalté de nuit, la brigade criminelle et la brigade de sûreté du secteur nord de Marseille, Marc a aimé ce métier, trop sans doute. Il lui a tout donné ... En Septembre 2013, après être tombé dans un sévère épuisement professionnel il met un terme à sa carrière pour se consacrer uniquement à l’écriture. C’est aussi grâce à ses livres qu’il se reconstruit et part au combat pour aider les policiers. Alors encore en activité il sort son premier ouvrage "LE SALE BOULOT", confessions d’un flic à la dérive aux éditions MICHALON. Son livre est vrai succès et il devient le porte parole d’une police en souffrance. Par la suite il enchaîne les ouvrages et court les plateaux de télévision mais aussi de radio et donne de nombreuses interviews pour porter devant des millions de spectateurs la parole des policiers en souffrance.

Auteur-scénariste Laure Garcia est née le 06 Juin 1977 à l’Union (31). Dès l’âge de vingt ans elle intègre la police nationale et débute sa carrière en école de police dans les quartiers Nord de Marseille. Ensuite elle rejoint le commissariat de Saint-Denis (93) situé en zone difficile. C’est au cours de sa carrière qu’elle apprend le fonctionnement de l’institution policière et ses différentes affectations lui permettent de peaufiner son expérience de terrain. Toujours en prise directe avec la société et ses maux elle comprend qu’elle peut mettre sa passion pour les mots dans des textes qui deviendront des livres. Passionnée de littérature elle prend la plume pour signer deux témoignages que des maisons d’édition se pressent d’éditer. Elle se met également à écrire des polars et des scénarios. C’est donc à travers ses écrits que Laure fait passer des messages mais aussi qu’elle construit des histoires policières basées sur sa propre expérience.



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Veröffentlichungsjahr: 2024

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Couverture

Page de titre

Laure GARCIA / Marc LA MOLA

 

 

 

RÉDEMPTION

 

 

 

 

 

 

 

Roman

1

 

 

 

 

 

 

 

Timidement, le soleil tentait de se faire une place dans cette nuit semblant s’étirer pour ne plus finir. Seul le grincement d’une des portes vitrées de la bâtisse immaculée venait troubler la tranquillité et le silence omniprésents. Julie avait choisi de prendre son petit déjeuner dans son jardin qu’elle avait patiemment agrémenté au fil des mois de roses et de pétunias courant sur les allées rocailleuses dans un désordre maîtrisé. Ses pieds dénudés avaient écrasé la pelouse maintenue courte par une tonte régulière, la rosée qui perlait encore sur ces minuscules bouts de verdure à cette heure matinale s’était accrochée au gré de son passage sur sa peau blanche. On pouvait y suivre son cheminement depuis la baie vitrée de la cuisine restée béante. Enfin, après sa lente progression, elle s’était laissée tomber sur un transat de toile blanche savamment posée face à la mer. Malgré ses yeux encore mi-clos, elle pouvait plonger son regard dans l’immensité bleue et se laisser aller à ses pensées, sa tasse fumante à la main. Elle songeait à sa vie et à son avenir qui semblait tout tracé désormais. Depuis la colline du Roucas-blanc la maison offrait une vue panoramique sur la rade de Marseille, une autre Marseille. Celle des villas luxueuses et des rues privatisées, des ruelles propres et de hautes clôtures sombres occultant une vision de ce fric que la ville voulait cacher. Comme si riche elle ne devait pas être, comme si friquée elle n’était pas et qu’elle n’avait pas vocation à le devenir. Le Roucas-blanc était ainsi devenu un ghetto pour les riches Marseillais, ceux ayant hérité ou les autres, les victimes de leur réussite. Car à Marseille le riche était ostracisé, désigné et suspecté de n’être qu’un escroc ou pire encore un Parisien descendu de la capitale pour acheter une maison que les autochtones ne pouvaient s’offrir. Jalousie ou protectionnisme, ignorance ou stupidité de celui voyant sa ville se perdre en contemplant certains quartiers pris dans la spirale de la gentrification. Qui pourrait répondre à cela ?

Marseille vivait dans le contraste, dans la dichotomie permanente aussi. Du nord au sud elle se ressemblait dans la gouaille et l’exubérance. Du sud au nord en revanche elle passait d’un visage d’ange aseptisé à la face monstrueuse des cités rongées par le deal de stups et les calibrages en règle. L’un ignorait l’autre alors que l’autre lorgnait ceux qui avaient réussi, ceux roulant en berline Allemande ou 4x4 Italien. Les bourges pour ne pas dire les riches, les friqués pour ne pas les nommer et pour mieux les détester.

 

Le Roucas-blanc se réveillait lentement. Il sortait de sa léthargie. Le café brûlait ses doigts et le soleil de maiavait maintenant pris sa place, il commençait à cramer ses yeux. Devant elle, à l’horizon, la mer semblait calme, apaisée. D’huile. Un horizon propice à la plénitude qui l’envahissait totalement. Lentement, d’un geste qu’elle exécutait sans même y prêter attention, presque inconsciemment, elle caressa son ventre rond ayant effacé, pour encore trois mois, son nombril.

Les mouvements que le petit être lui imposait dès l’aube ne semblaient plus la surprendre, elle s’était habituée maintenant à ce corps grandissant en elle et qui lui manifestait sa présence sans se soucier du jour ou de la nuit. Elle contemplait son ventre et se félicitait tout bas, elle avait tenté, non sans mal, de gérer sa prise de poids pour ne pas lutter farouchement par la suite et devoir perdre une charge pondérale déshonorant ses hanches et ses fesses. Malgré tout elle avait pris une petite dizaine de kilos et cela ne semblait pas déplaire à Stéphane. Elle était belle comme l’on peut l’être à plus de trente-cinq ans et que l’on pense avoir réglé ses problèmes, que l’on croit son passé résolu et ses angoisses disparues. Son minois était identique à celui de ses vingt ans bien que la vie ne l’avait pas épargnée depuis. Le boulot, l’alcool, les séparations d’avec des mecs plus cons les uns que les autres. La vie d’une citadine en somme mais d’une citadine parachutée là, dans ce quartier de riches. Une fliquette venue du nord de la ville et qui aujourd’hui vivait dans ce sud si prisé. Inespéré pensait-elle tout bas en tournant son regard vers les barres d’immeuble plantées de l’autre côté de la ville.

Ils s’étaient tous deux installés là, dans cette charmante demeure bourgeoise issue de la famille Rougier, cette dynastie locale ayant fait fortune dans l’immobilier. Stéphane avait quitté le parquet pour le siège. Il était aujourd’hui juge d’instruction au tribunal judiciaire de Marseille et avait la charge des dossiers financiers, bien loin de sa précédente affectation qui lui avait permis de croiser la route de Julie. La came et les cités avaient eu raison de son abnégation et lorsque l’on opte pour une carrière de magistrat il devient compliqué de refuser une promotion. De son côté, Julie avait aussi jeté l’éponge. Les quartiers défavorisés et les trafics de stupéfiants avaient occupé ses premières années de police, dans cette matière elle avait tout investi, elle avait tout donné et avait failli tout perdre. Elle avait également gravi des échelons et avait été nommée au grade de commandant de police et cela non plus ne se refusait pas. Désormais affectée à la division Sud de la ville, elle commandait deux cents policiers chargés d’assurer leurs missions sur la voie publique, le terrain. Le rôle qu’elle avait endossé était nouveau pour elle, presque contre nature, elle qui aimait arpentait la ville à la recherche d’une affaire, elle était maintenant contrainte à un rôle de chef assis dans un bureau. Ses nouvelles fonctions lui avaient donné du fil à retordre au début, par la suite elle avait su s’adapter, mettre de côté ses a priori et comprendre que parmi ses personnels il y avait beaucoup de bons flics de rue en qui elle se reconnaissait. Au fil du temps elle était devenue une professionnelle du management, une spécialiste des ressources humaines et une magicienne du règlement de conflits de groupe, elle n’y aurait jamais cru, elle, si imprévisible et tempétueuse. Depuis un grand bureau, elle régnait sur son personnel en ayant déserté la rue et les trafics de stups. Ses journées, elle les passait dans un uniforme de mauvaise coupe à organiser des réunions, à établir des prospectives et à écouter les palabres souvent inutiles des commissaires et du préfet. En fait elle faisait tout ce qu’elle avait refusé de faire, elle était devenue fonctionnaire de police alors qu’elle avait été flic. Elle détestait cela et ravalait souvent sa hargne pour se montrer docile devant ses chefs déconnectés de la réalité. Mais la tempête n’était jamais bien loin, elle couvait en elle. Elle bouillait parfois. Alors, lorsqu’elle sentait qu’elle était prête à exploser, elle posait sa main sur son ventre rond et le seul fait de le caresser la ramenait vers des pensées plus douces, elle parvenait à s’apaiser.

Avait-elle vendu son âme au diable ou avait-elle accepté de se ranger pour porter et mettre au monde cet enfant tant désiré, avait-elle eu réellement le choix ? Celui pour lequel elle avait opté restait sans aucun doute celui d’une imminente maman devenue stable et raisonnable. Elle vivait auprès de l’homme qu’elle aimait, elle vivait, simplement.

 

La maison que le couple occupait était belle et toute blanche comme le sont celles du sud du Portugal, celles de l’Algarve. Une région aride du bord de l’océan face au Maghreb, non loin du détroit de Gibraltar. Gibraltar, le passage obligé des go-fast. Parfois elle souriait en pensant à cela, elle riait en imaginant ces convois rapides remonter depuis l’Espagne en empruntant l’autoroute pour venir vider les coffres des voitures dans les cités du nord de la ville. Cela avait ponctué ses dix premières années au sein de la police, elle en avait eu assez. Quoi qu’elle ait tenté de faire, les voitures revenaient toujours, et de plus en plus nombreuses. Elle s’était essoufflée. Épuisée.

 

Le soleil prenait sa place et venait caresser le pelage noir d’un chat aux yeux verts s’étant invité, s’étant installé chez eux. Il y avait élu domicile. La gamelle était bonne et les caresses nombreuses. De nom il n’en avait pas, personne ici ne l’appelait. Comme Julie il n’était aux ordres de personne et vivait à son rythme sans devoir rendre de comptes à qui que ce soit. Ils se ressemblaient. Libres.

Julie sirotait lentement son café. Le bruit des moteurs des voitures bloquées sur le pont de la fausse monnaie remontait jusqu’à ses oreilles, il la berçait. Au Roucas Blanc il faisait bon vivre. Loin et pourtant si près des cités dans lesquelles elle avait grandi, qu’elle voulait oublier. Une vie passée, une existence de galères et de violence.

Stéphane détenait une fortune personnelle que sa famille lui avait laissée. Fils unique d’une grande dynastie locale, l’héritage avait été conséquent. Plusieurs maisons et immeubles locatifs étaient aujourd’hui sous sa responsabilité. Malgré cela le jeune magistrat n’avait pas souhaité cesser son activité au sein du tribunal judiciaire. Tout comme Julie, son métier était une vraie passion. Tous deux s’étaient rencontrés puis retrouvés après une séparation. Leurs retrouvailles avaient pu se faire grâce à celui qui les avait séparés. Un ancien dealer que Julie avait interpellé et qui, avec l’aide de son avocat, avait jeté lors de sa plaidoirie cette relation nuisant à la procédure. Un flic et un magistrat travaillant sur un même dossier ne pouvaient pas être en couple, conflit d’intérêts avait-on retenu pour casser la procédure et faire voler en éclat le couple naissant. Cet homme providentiel se nommait Abdelkader Belkiche, il était natif d’une cité du nord de Marseille et s’était fait connaître pour son implication dans les trafics de stupéfiants. Son rôle y était prépondérant et en quelques années il avait réussi à imposer sa loi par la terreur. Aujourd’hui Kader était rangé, rangé de la came et des sales affaires. Il dirigeait son entreprise de location et de commercialisation de berlines de luxe depuis l’Allemagne. Il avait créé son réseau et ses affaires fonctionnaient plutôt bien. Pas de magouilles, plus d’entourloupes et surtout plus aucune violence. Sa rédemption était un modèle du genre et sa réussite était très souvent mise en avant par le couple de Julie et Stéphane. Très régulièrement convié à des soirées mondaines sur la pelouse de leur résidence, Kader portait beau et parlait bien. Il était très loquace pour raconter son parcours dans les cités et dans les trafics et se délectait de voir l’assistance boire ses paroles alors qu’il relatait comment il avait pris conscience de ce qu’il était devenu. Le point d’orgue de son discours était lorsqu’il détaillait sa rédemption proprement dite et son autoanalyse depuis le fond de sa cellule de la prison des Baumettes. Un jour il prit cette décision de vivre honnêtement et surtout de cesser de faire le mal autour de lui. Pour Julie il était un modèle et surtout il était devenu un ami, un véritable ami. C’était un mec bien, presque un membre de la famille qui attendait avec impatience l’arrivée de ce bébé. Il serait le parrain et l’emmènerait le dimanche aux Goudes ou à la plage du prophète ou encore à l’Estaque pour y dévorer un chichi freggi gras et sucré à souhait.

Julie venait de terminer son café. Le chat sans nom était vautré à ses pieds dans l’herbe grasse. Ses yeux se confondaient avec elle. Il s’étirait lentement laissant les gouttelettes de rosée s’agripper à son poil et le faire luire sans effort de langue râpeuse. Il faisait bon vivre au Roucas-Blanc. Ce n’était pas le cas partout. Marseille couvait sa colère et maintenait ses cris, elle avait envie de hurler, de crier sa haine du beau et du propre.

Elle n’aimait que la crasse et le sang versé.

Au nord les cités craquaient sous la violence et les trafics de stups. Au sud le soleil réchauffait les murs blancs des belles maisons immaculées. À Marseille on ne mélange que l’eau dans le pastis, pour les individus c’est tout autre chose. Chacun reste à sa place et on ne mélange pas les genres…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2

 

 

 

 

 

 

Le chemin du souvenir serpentait depuis celui du Roucas-Blanc pour se perdre dans une impasse minuscule. À Marseille on nommait les ruelles des chemins comme si l’on arpentait un sentier bucolique d’une forêt lointaine. Ici les avenues étaient étroites et les boulevards encombrés de voitures nonchalamment abandonnées, d’ordures non ramassées ou de piétons égarés dans l’apéritif anisé. Il était difficile d’y circuler.

En se positionnant au centre de la minuscule chaussée, on aurait pu croire qu’en écartant les bras on pouvait atteindre les deux murs s’opposant. C’était à peine deux mètres qui séparaient les deux murets de clôture ne laissant que peu de place aux grosses voitures désireuses de s’y engouffrer. D’ailleurs c’était la blague préférée de Kader et il ne manquait pas une fois de la placer alors qu’il venait chez ses amis à bord d’un gros SUV Germanique. Les ruelles du Roucas restaient mystérieuses et elles devaient se mériter. L’étroitesse des voies s’opposait au luxe comme si elles refusaient qu’il vienne ici. Il s’y était pourtant bien installé pour regarder d’un air condescendant le reste de la ville.

 

D’abord ce fut le vacarme d’un moteur puissant poussé dans sa zone rouge et au rupteur qui fit bondir Julie alors qu’elle s’apprêtait à se faire couler un second café. Puis, très vite un fracas métallique vint compléter le tapage pour enfin se terminer dans un écrasement brutal d’une grosse masse d’acier motorisée dans un mur du chemin du souvenir. Immédiatement et sans raison apparente, le son strident d’une alarme électronique vint couronner le tout pour une apothéose de torsions et de dégagements de vapeur d’eau et de fumées malodorantes. La sensibilité olfactive de Julie lui imposa une nausée suivie d’une seconde de calme et d’attente. L’alarme venait de cesser et depuis sa pelouse Julie pouvait constater l’épanchement s’élever vers le ciel, il libérait des fragrances acides de batterie et de gas-oil à demi consumé. Ça puait.

Sans enfiler une paire de sandales elle fit mouvement vers son portail. La ruelle était étrangement silencieuse, seul un léger sifflement venait confirmer qu’un accident de la circulation venait de se produire à un endroit où, habituellement, aucune voiture n’était capable de s’engager par peur de plus pouvoir s’en extirper. Julie laissa le vantail de son portillon se refermer, elle était nu-pieds et ne portait qu’un pyjama de satin bleuté laissant entrevoir son énorme bide tendu et dépourvu de nombril.

L’énorme SUV Audi était venu s’encastrer dans son mur de clôture. Il empêchait désormais tout passage, même celui d’un piéton. L’engin portait une plaque d’immatriculation Allemande. Julie ne vit, dans un premier temps, que l’arrière de la voiture, il semblait que seulement cette partie avait été épargnée par les chocs. L’avant était encastré contre le mur et malgré ses deux tonnes, l’auto était froissée comme du vulgaire papier gras ayant emballé une douzaine de panisses de l’Estaque. Instinctivement elle porta sa main gauche sur son ventre et n’osa pas s’avancer. Elle savait que Kader circulait à bord de ce type de voiture mais son instinct de flic lui conseillait de rester en retrait afin d’analyser la situation. Puis, s’armant de courage et niant sa grossesse, elle avança vers l’Audi et put apercevoir son ami au volant. Il semblait inconscient et son crâne ruisselait de sang frais.

- Kader ? Cria-t-elle en restant sur la défensive.

Aucune réponse ne vint se faire entendre, l’homme restait inerte, comme sans vie. Prise soudain de panique elle oublia sa protubérance pour escalader la voiture et ce malgré les éclats de verre, les ruissellements de fluides gras et les morceaux d’acier acérés. Elle réussit à se positionner sur les restes du capot et, après avoir arraché ce qu’il persistait du pare-brise, elle vint redresser la tête de son ami. Lentement il ouvrit les yeux et trouva même la force d’esquisser un léger sourire.

- Putain Julie…

- Que s’est-il passé Kader, dis-moi. Parle-moi !

En guise de réponse il retira sa main droite de son abdomen. Il laissa entrevoir deux orifices bien ronds et sanguinolents.

Pour la professionnelle qu’elle était ce fut une évidence, il s’agissait de 9 mm. Une arme de poing.

- Qui Kader, dis-moi qui t’a fait ça ?

- Julie j’ai besoin de toi. Ils ont enlevé Sirine, répondit Kader en gémissant.

- Sirine ? Ta sœur ? Pourquoi ? Pourquoi elle et qui l’a enlevée ?

- Des gars du quartier … J’ai mal ! Il y a que toi qui peux la retrouver Julie, que toi !

- Mais je ne comprends rien Kader, dis-moi …

Machinalement il vint placer sa main sur le ventre de son amie puis, presque paisiblement, il ferma les yeux et laissa s’échapper un énorme souffle suivi d’un râle. Julie poussa un cri d’horreur et alors qu’un voisin venait à son aide, elle lui demanda d’appeler les secours. Il s’exécuta sans dire un mot.

Quelques minutes plus tard, un VSAV des Marins-pompiers de Marseille déboula dans la ruelle étroite. Elle précédait le véhicule de police-secours. Très vite les secouristes se portèrent auprès du blessé et lui pratiquèrent les premiers soins. Masque à oxygène, perfusion et pansements compressifs étaient déployés et appliqués afin de tenter de sauver Kader. Il n’était pas mort et le médecin urgentiste donnait des ordres à haute voix afin que ses infirmiers s’affairent sur les plaies et qu’ils puissent vérifier les constantes. Julie assistait au ballet des hommes du SAMU ayant rejoints ceux du bataillon, les blancs courraient après les rouges alors que les rouges transportaient le matériel de réanimation en regardant les blouses blanches tenter de planter une aiguille dans le pli du bras de la victime. Chacun savait ce qu’il avait à faire. Le médecin hurlait pour que lui soit annoncé le bilan. Sur le plan neurologique, circulatoire et ventilatoire, il voulait être informé. Les ordres fusaient et les hommes bossaient, s’affairaient. Kader partait un peu puis les sauveteurs le ramenaient, c’était un match déséquilibré où la mort souhaitait l’emporter. C’était sans compter sur la compétence et la fougue de toute l’équipe.

À 10 h 30, le médecin annonçait avoir stabilisé la victime. Kader était enfin transportable vers l’hôpital de la Timone où il serait pris en charge. S’adressant à Julie :

- Ça va aller madame. Je l’ai placé dans un coma artificiel car il a beaucoup perdu de sang. Son pronostic vital reste engagé mais croyez-moi nous allons tout faire pour le sauver. Il est robuste, ajouta le praticien. Par contre vous… allez vous reposer !

Julie prit appui contre le mur de clôture, elle était épuisée et son ventre la faisait souffrir.

- Bonjour Commandant, lança le premier flic en uniforme. Ça va aller ? Vous êtes bien pâle !

- Oui vous inquiétez pas je gère, répondit-elle fièrement en se redressant mais en maintenant son ventre énorme.

- Nous rentrons pour faire notre procès-verbal, c’est la criminelle de la Police Judiciaire qui est saisie. Ils viendront vous voir, je pense.

- Oui, oui …

Depuis le bout de la petite artère, Stéphane accourait. Il était si essoufflé qu’il ne pouvait pas communiquer. Malgré tout il tenta de formuler une phrase que nul ne put comprendre.

- Je… la voiture et… Toi, ça va ? L’est où Kader … pompiers et le bébé …

Julie n’avait pas le cœur à rire mais elle ne put s’empêcher de sourire en regardant son homme dans cet état-là.

- Moi tout va bien mon chéri, nous ça va aussi, dit-elle en caressant son ventre. Mais Kader pas top.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

3

 

 

 

 

 

 

- Le problème Julie c’est que nous n’avons que peu d’éléments et puis bosser dans ces cités c’est la merde ! Lança le commandant Hubert Charrier de la brigade criminelle. Son groupe était chargé du dossier et il ne cachait pas que cela venait contrarier ses intentions.

- Et alors, que veux-tu me dire ? répondit Julie passablement agacée.

- Je veux te dire que nous avons dix dossiers d’homicide par groupe et que le mien est débordé. J’ai un fonctionnaire absent pour cause de maladie et j’en ai un second qui prépare le concours de commissaire et donc on ne le voit qu’un jour sur deux. Alors, tu sais, ces règlements de compte de cité on s’en tamponne sérieusement !

- Si je comprends bien tu fais un tri dans tes dossiers, tu ne bosses que sur ceux que tu penses pouvoir sortir et les autres tu t’en branles ? C’est ça non ?

- Je savais que tu le prendrais comme ça. Ce que tu refuses de comprendre c’est que nous sommes de moins en moins pour de plus en plus de dossiers. Et puis je vais être franc avec toi puisque tu ne veux rien comprendre, je préfère sortir un homicide d’une jeune femme rentrant tranquillement chez elle plutôt qu’un cadavre de branleur de cité abattu sur fond de trafic de stupéfiants ! Moi ces mecs je m’en branle, oui, et à la crime on appelle ça la sélection naturelle ! Alors ton Kader a beau être ton ami je ne pourrais pas mettre tous mes gars sur ce dossier et ça, ou tu le comprends ou tu restes sur ton cul, assise, à râler !

- Et sa sœur, Sirine ? Qui va s’en occuper ? Elle aussi tu vas la laisser crever ?

- Non, évidemment non, mais merde, avec ces cités on ne s’en sort pas. C’est toujours la même chose, des affaires à tiroirs dont on n’arrive jamais rien à en tirer. On va la chercher, on a commencé déjà le bornage de son téléphone et puis on verra en avançant.

- On verra oui, c’est ça … Répondit Julie. Putain tu me fais gerber ! Tu n’es même pas foutu de justifier ton salaire !

- Écoute Julie, maintenant ça suffit tes éclats de voix et tes effets de manche, tu veux que je te dise : tu m’emmerdes ! Je ne viens pas te donner des leçons dans ton job avec tes sbires en uniforme, alors fous-moi la paix et laisse bosser les professionnels !

- Professionnels ? Professionnels de quoi ? Tu n’as jamais mis le cul dehors et encore moins dans les cités. Tu ne connais rien de ce monde et de leurs façons de faire. Professionnel toi ? Laisse-moi rire, tu es juste bon à faire reluire ton fauteuil avec ton costard minable et ta cravate de supermarché !

Par contre, s’il arrive quoi que ce soit à Sirine, crois-moi que tu m’auras sur le dos !

- Casse-toi de mon bureau, tu entends ? Casse-toi et vite ! vociféra le commandant de la Crime.

Julie ne dit mot. Elle quitta la chaise sur laquelle elle avait pris place en maintenant son dos. Elle s’étira doucement et quitta le bureau sans rien rajouter. Le commandant Charrier, sentant son propos sans doute déplacé, tenta une dernière fois de la raisonner.

- Attends Julie attends… Je me suis fait mal comprendre. Il n’eut en réponse qu’un majeur tendu et le claquement sec de la porte.

 

À l’extérieur la rue Antoine Becker était calme, étonnamment calme. Comme si la police avait décidé de ne pas broncher et même de ne pas répondre aux sollicitations des administrés de la ville. Elle se figea au milieu de la chaussée et planta ses yeux vers le ciel. Un maigre espace le lui laissait entrevoir entre le vieux bâtiment abritant les services de police et la cathédrale de la Major. Aucun nuage ne subsistait. Éole s’était tut aussi. Pas un bruit. Seul le vacarme lointain d’une moto dépourvue d’échappement vint faire éclater la quiétude. Un coup de klaxon deux-tons vint la faire sursauter. Elle était toujours au milieu de la chaussée et une police-secours souhaitait passer. Lentement Julie fit quelques pas afin de prendre appui sur un muret. Son ventre était lourd, ses idées aussi.

Elle avança vers sa Fiat 500 et y prit place. La petite citadine prit la direction du Roucas-Blanc.

 

Dans l’impasse du souvenir restaient les traces de choc de l’Audi Q7 et quelques souillures grasses sur le bitume. Les services de voirie de la ville étaient venus répandre leur mixture orangée pour atténuer l’épanchement sans que cela ne parvienne à faire disparaître les images que Julie avait en tête et ne finissent plus de revenir par flashs. D’une légère pression sur une mini télécommande elle activa le portail électrique de sa résidence. Sans un regard pour les lieux de l’accident elle entra et laissa le portail se refermer, les mains crispées sur le volant, elle eut soudainement une bouffée de chaleur et sentit ruisseler une grosse goutte de sueur le long de son dos durant les quelques mètres restant à parcourir. Comme si elle divaguait, elle se dirigea vers son jardin après avoir traversé son séjour et avoir abandonné ses tongs et son sac à main sur le canapé de cuir blanc. La maison était déserte. Stéphane était au palais. Tant mieux se dit-elle, elle avait tant besoin de calme et de silence. Elle avait surtout besoin d’être seule. Elle fit coulisser la baie vitrée et s’installa dans son transat. Face à la mer.

À ses pieds le chat noir qui l’avait suivi à pas de velours, sans un bruit, vint s’imposer. À coups de tête, il ordonna à Julie de lui faire une place. Ses yeux verts croisèrent furtivement ceux de sa maîtresse avant d’être renfermés derrière ses paupières noires. Satisfait. Il miaula et mit en marche son moteur diesel jusqu’à faire vibrer la fine toile de l’assise. Julie caressa la tête du félin. Son regard vint se perdre vers l’horizon et la mer. Elle aussi ferma les yeux et inspira profondément.

La date de l’accouchement était proche, moins de trois mois maintenant la séparait de ce petit être n’ayant rien demandé, même pas à venir au monde. Elle garda les yeux fermés et imagina les autres, toutes les autres. Les autres femmes qui étaient en train de traverser comme elle cette période, qui devaient en ce moment même centraliser toutes leurs pensées vers l’enfant à naître et passer leurs journées à décorer la chambre ou bien à choisir le trousseau de maternité dans un nuage de légèreté aux doux parfums de fraise tagada, en un mot, elles devaient nager en plein bonheur, ce bonheur qu’elle aussi pensait avoir atteint. Mais Julie n’avait pas le cœur en joie et ce nuage de légèreté qu’elle aurait pu espérer venait soudainement d’être plombé jusqu’à écraser le bonheur naissant. Elle était triste, triste de savoir son ami dans un tel état, triste de savoir que l’enquête n’allait pas être la priorité pour la brigade criminelle et enfin désolée de ne pouvoir elle-même diligenter les investigations nécessaires à l’identification des agresseurs et surtout à la localisation et la libération de Sirine.

Sirine n’avait que vingt ans. Elle était la dernière de la fratrie de cinq enfants de la famille Belkiche. Kader était l’aîné, ensuite venaient deux frères. Le premier avait survécu après un règlement de compte mais il était aujourd’hui tétraplégique, l’autre n’avait pas eu de chance et mourut dans un accident de voiture sur l’autoroute en direction de Barcelone. Ensuite il y avait les deux sœurs que Kader avait souhaité protéger. La première avait fui Marseille pour aller vivre dans les montagnes et y trouver une autre vie loin des trafics et enfin Sirine, la petite dernière, poursuivait encore ses études de médecine. Elle était brillante et faisait la fierté de l’aîné. C’était lui qui finançait ses études. Il jouait le rôle du père, du grand frère et même de précepteur lorsqu’il lui faisait réciter, sans n’y rien comprendre, ses cours de biologie. Sirine vivait encore dans l’appartement de la famille au cœur de la cité de la Maurelette, au fond du quinzième arrondissement de Marseille. La cité était l’un des drugstores de la ville. Après avoir été une copropriété bourgeoise dans les années 70, elle s’était paupérisée à la vitesse grand V pour devenir une cité dortoir où les trafics étaient florissants sans que personne ne puisse y mettre un terme. La vente de produit stupéfiant était la spécialité locale comme, à quelques encablures de là, sur le port de l’Estaque, on vendait des chichis ou des Panisses. Kader, lui, avait fui la ville, il vivait dans une maison coquette du côté de Cabriès, un petit village entre Aix-en-Provence et Marseille. Il y avait créé un havre de paix et aimait y recevoir Julie et Stéphane. Son business était florissant. Il commercialisait et louait de grosses voitures venues de l’Est. Il parvenait à faire de gros bénéfices dans un commerce plus que légal et avait mis à contribution son sens inné des affaires après avoir vendu du shit à foison. De son passé il ne voulait plus parler ou seulement pour donner l’exemple et prouver que rien n’est inéluctable. Il s’efforçait sans cesse de parler d’avenir et d’argent propre et, étrangement, parfois il était capable de raconter avec force détails son passé de voyou. Contradictions ou peut-être fierté de ne plus en être et d’être convié chez un flic et un magistrat. Son temps il le passait à bosser et à surveiller Sirine devenue sa seule lumière dans cette vie qu’il avait dévorée et qu’il voulait à présent savourer.

Julie s’était naturellement attachée à cette jeune femme qui lui ressemblait un peu. Elle avait cette même rage de vaincre en elle, cette envie de faire taire les préjugés et de sortir de ces quartiers minables et sans avenir. Elle ne put retenir une larme en pensant qu’elle devait être enfermée dans un de ces sous-sols glauques et dans des conditions horribles, mais elle connaissait le caractère de Sirine et surtout sa force. Un instant, un instant seulement, elle fut rassurée.

 

Que s’était-il passé, pourquoi avait-il reçu deux balles dans le ventre alors qu’il était rangé de toutes activités malhonnêtes et que rien ne le prédestinait à y replonger. Julie en aurait donné ses mains à couper tant elle avait confiance en lui et Stéphane, pourtant magistrat instructeur, lui aurait confié sa vie et celle de toute sa famille. Il était un véritable modèle de rédemption et de réussite professionnelle.

Alors, depuis son paradis Marseillais, Julie s’interrogeait sans parvenir à trouver un début de réponse à ses innombrables questions, son esprit et son raisonnement étaient en ébullition. Même pas le chat était capable de l’aider à raisonner, à comprendre. Elle écrasa une larme. Le sentiment d’impuissance qui l’envahissait grandissait chaque jour. Pourtant les faits ne remontaient qu’à la vieille mais, fidèle à elle-même, elle aurait voulu que l’enquête ait avancé plus rapidement. Comment pouvait-elle faire pour influencer l’enquête, qui pourrait faire que les enquêteurs se sentent plus impliqués ? Elle n’avait aucune piste susceptible d’inverser la tendance. En ce qui la concernait, elle était en arrêt de travail et comme elle était susceptible de perdre les eaux rapidement, aucun médecin ne lui aurait donné son accord pour qu’elle reprenne sa mission et qu’elle se mette à courir après des voyous. Pourtant elle s’en sentait capable. Était-ce son amitié avec Kader qui lui faisait perdre la tête ou simplement son âme de flic réactivée pour la circonstance, impossible de le déterminer mais si elle n’avait pas eu peur de la réaction de Stéphane elle aurait sauté immédiatement dans sa Fiat pour se rendre à son service. Là, elle aurait enrôlé une dizaine d’hommes afin d’investir massivement la cité et y effectuer les recherches de Sirine. Mais pour l’heure il lui fallait réfléchir et concevoir une autre stratégie pouvant éviter l’ire de son médecin et de son compagnon et surtout de sa hiérarchie. Comment faire pour effectuer une enquête parallèle de celle de la brigade criminelle et comment pouvoir réactiver ses réseaux de cité pouvant lui permettre de comprendre les raisons du règlement de compte dont Kader avait été la cible et surtout comment retrouver la jeune Sirine ? Il n’existait pas d’autres alternatives et pas d’autres moyens que de retourner à la Maurelette et de se réimprégner des cités et de leur fonctionnement. Là-bas, elle pourrait comprendre, s’imprégner des lieux et surtout observer. Kader était toujours dans le coma et ne pouvait lui apporter le moindre indice, la moindre piste, il fallait qu’elle se débrouille seule. Elle y était habituée même si cette fois, elle se sentait plus impliquée que jamais.

Ce milieu elle l’avait quitté voilà deux ans et durant ce laps de temps elle avait pu réaliser que les choses avaient évoluées, qu’elles avaient été chamboulées notamment au niveau des têtes de réseaux et de leur détermination. Depuis son bureau, elle avait suivi la litanie des règlements de compte dans les quartiers nord et même si cela ne la laissait pas indifférente, elle feignait de se moquer de la longue liste et du jeune âge des victimes. Stéphane n’aurait pas accepté de voir sa belle à nouveau impliquée dans la lutte contre les trafics. Alors qu’ils s’étaient retrouvés, tous deux avaient conclu un pacte, un accord les contraignant à des activités professionnelles plus tranquilles, plus sages et plus en adéquation avec une vie de famille. Le pacte avait été scellé un soir autour d’une bouteille de Roederer Rosé et en compagnie de Kader qui avait été le témoin de leur accord. Un grand éclat de rire et une tape dans la main avaient fait office de contrat. Pas de signatures au bas d’un document, seulement la parole donnée et le regard franc et honnête de deux êtres profondément amoureux l’un de l’autre.

Aujourd’hui elle vivait dans l’un des plus beaux quartiers de Marseille auprès d’un homme attendant l’arrivée de leur enfant tant désiré comme un prolongement de leur amour et du côté professionnel elle n’était plus celle qu’elle avait rêvé d’être mais elle était heureuse comme jamais elle ne l’avait été. Devait-elle sacrifier son bonheur pour sauver un ami et sa sœur, devait-elle replonger dans l’enfer des cités au risque de perdre celui qu’elle avait eu tant de mal à retrouver ?

Ces questions la taraudaient. Elle connaissait déjà les réponses.

4

 

 

 

 

 

 

 

 

 

- Julie, attend un peu, si je comprends bien tu veux retourner bosser dans ton état ? Dit Stéphane.

- Ce n’est pas ce que je t’ai dit Stef, répondit Julie en repoussant de ses pieds le léger drap de coton.

- Alors, explique-moi parce que là je ne comprends plus rien. On s’est promis que c’était terminé les cités et les trafics de stups. On s’est promis de vivre pour nous et cet enfant que tu vas me donner, alors je t’en prie mon cœur, arrête !

- Oui Stef, j’ai compris mais Kader on va le laisser comme ça ? Et Sirine, tu y penses ?