Vendredi Saint -  - E-Book

Vendredi Saint E-Book

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Beschreibung

Esther est née un 4 avril comme Jeff, mais douze ans plus tard. La vie va les rapprocher d'une façon incongrue et extrême... A la première page de l'histoire, Jeff est chef de service de l'institut médico-légal du Quai de la Rapée. Il est à la veille de la retraite. C'est fort peu dire que son adolescence a été compliquée. Après un doctorat en anthropologie du droit, Esther devient commissaire de police à 28 ans. Elle en a 38 quand on confie à son équipe le dossier du "violeur du Vendredi Saint". Elle en a 49 à la première page de l'histoire. Esther et son équipe progressent plus rapidement que leurs prédécesseurs dans ce dossier ouvert depuis 45 ans. Par ailleurs, elle côtoie régulièrement Jeff dans le cadre professionnel. Jeff, de son côté n'a manqué aucun de ses rendez-vous du Vendredi Saint. Un jour, par la force des choses, un grain de sable interfère dans ces mécaniques parallèles...

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Seitenzahl: 147

Veröffentlichungsjahr: 2022

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CARNET

ANDANTE

SCHERZO

GLISSANDO/MEZZO VOCE

MODERATO CANTABILE

Couverture : Maryline Foucaut

Du même auteur chez le même éditeur :

- Au bout du monde / (récit d’enfance)

- Rue de la femme morte / avec Evory Mattei / (roman noir)

- Au plus Barjo / (roman noir)

- Cochin’blues / avec François Clavel / (aventures marines)

- Carnets de voyage / avec Jacqueline Féret / (récit voyage)

Chez d’autres éditeurs :

- Oiseaux rares et rapaces dans une brume d'été (fiction politico-policière) Editions Jean Luc Lesfargues - Lyon 1982.

- Les Oubliés de Galathée / avec François Clavel (Récit aventure) Edition Michel Lafon - Paris 1998.

à l’amitié

Cher Lecteur,

Pascale Yvetot et Cap’tain Philip se sont rencontré sur un quai du port de Marseille, il y a trente-cinq ans. L’une étudiait le livre et l’édition, l’autre était déjà marin. C’est le premier polar qu’ils écrivent ensemble.

Comme beaucoup de marins, Cap’tain Philip n’a pas vu grandir ses enfants. C’est là le seul inconfort de cette vocation ancestrale et magnifique… Pas plus n’a-t-il vu grandir ceux de ses amis.

Il a pourtant souvent joué avec Esther, la fille de son meilleur ami, dans l’étroit jardinet d’un pavillon de banlieue, quand elle n’était encore qu’une toute petite peste

La petite fille est un jour devenue un grand flic, autre vocation dont seul l’océan saurait se passer.

Donc, bienvenue aux éditions Traboule et bon vent dans cette intrigue souterraine et musicale orchestrée par la petite peste devenue flic…

Les autres aventures et récits de Pascale Yvetot et Cap’tain Philip sont publiées aux Éditions Traboule.

ANDANTE

Esther était sur un vol de la Lufthansa pour Copenhague. La durée prévue du trajet n’était que d’une heure et dix minutes, mais elle avait pourtant ouvert son dossier sur la tablette pliante, devant elle. La place qui la séparait de l’allée était vide. Elle s’était calée contre le hublot.

Le corps avait été retrouvé dans un des locaux d’entretien d’un ferry pour Göteborg à son arrivée à destination le samedi matin. Fouet, sodomie, traces de scopolamine dans le sang… Aucune signature génétique cohérente. Plusieurs traces ADN de tiers avaient été relevées sur la scène de crime, mais elles pouvaient avoir été laissées là par n’importe qui et pour n’importe quoi.

Ce local technique à disposition de l’équipage n’était jamais fermé à clef et était accessible à n’importe quel passager en vadrouille sous le pont shelter du ferry. Cependant, parmi les traces d’ADN relevées dans le réduit, il y en avait bien une identique à celles qu’on avait retrouvées sur toutes les scènes de crime précédentes, un peu partout en Europe, mais toujours à la veille du week-end pascal. Pas trace de coup violent, encore moins de sang, mort par rupture des vertèbres cervicales. Bref, c’était signé et contresigné par la cible d’Esther, « l’ombre du Vendredi saint » !

Certes, le légiste danois ne situait la mort qu’entre deux et quatre heures du matin, le samedi 16 avril 2014, du coup. Mais ça, c’était habituel ; le tueur du Vendredi saint officiait dans la nuit du vendredi au samedi de chaque week-end pascal.

Esther avait reçu toutes ces données la veille à son bureau parisien et les avait déjà incorporées à l’épais dossier qu’elle ressortait chaque printemps, mais pas seulement. Car si des faits quasiment identiques revenaient vers la mi-avril chaque année, les intuitions d’Esther pouvaient tomber n’importe quand, 14 juillet et 11 novembre compris !

Le tueur n’était pas le détraqué sexuel décérébré dont les gazettes ressortaient le même portrait simpliste chaque année, quelques jours après Pâques. C’était plus probablement un schizophrène d’une intelligence redoutable, qui procédait suivant un rituel religieux avec une méticulosité frappante, tout à fait hors de portée d’un simple déséquilibré. Lui avait sans doute au contraire une sexualité banale, possiblement homosexuelle comme Esther et sa copine ; ce qui ne fait pas d’Odile et elle, des « détraquées ». L’expression l’avait encore fait rire la veille quand elle l’avait retrouvée, pour la énième fois pourtant, dans un des titres parisiens les plus vendus, où le terme apparaissait avec une régularité de pendule…

Certes, elles n’y allaient pas toujours avec le dos de la cuillère, Odile et elle, quand ça leur prenait ! Mais elles ne faisaient de tort à personne et ça ne faisait toujours pas d’elles des « détraquées » pour autant !

Sa cible non plus ne faisait probablement de tort à personne en dehors du week-end pascal. Il immolait une vierge chaque année, comme ça s’était pratiqué dans tant de civilisations avec l’accord et le soutien de la communauté entière. Ces prêtres non plus n’étaient pas nécessairement des sadiques. Ils officiaient, perpétuaient un rite dans le respect de leurs textes sacrés et le fait pour certains d’avoir à balancer une vierge aux crocodiles du fleuve ne faisait toujours pas d’eux des détraqués. Ou alors il fallait considérer leur communauté tout entière comme autant de détraqués ! Et si c’était le cas, la question restait de savoir si elle était plus ou moins détraquée que la nôtre, et pourquoi ? Des sadiques, il y en avait, bien sûr, forcément eu dans le tas, c’était inévitable. Mais presque certainement dans la très juste proportion de « détraqués » présente dans n’importe quelle société humaine… Certainement bien inférieure à celle des prêtres pédophiles, rapportée à la masse du clergé catholique d’aujourd’hui ! Et Esther s’était laissée aller à rire de nouveau, histoire de se détendre, car la descente vers Copenhague s’amorçait déjà.

Elle avait clairement établi que sa cible n’avait rien du sadique sanguinaire justement, qu’il ne cherchait d’ailleurs nullement à faire souffrir ses victimes. Il interrompait le rite dès la première trace de sang − avant même, le plus souvent − et faisait violer l’immolée par une tierce personne. Il n’y avait jamais de véritable trace de coup ni la moindre lésion interne, encore moins de traces de torture. Juste ces vertèbres cervicales brisées exactement au même endroit, entre la cinquième et la sixième. Esther s’était renseignée. Cette prise de jiu-jitsu , Atama mawasai, n’était douloureuse que quand elle était simulée en combat sous forme de clef d’immobilisation. Le combattant frappait alors le tatami du plat de la main pour arrêter le combat, acceptant du même coup sa défaite. Quand il était conduit dans l’élan jusqu’à son terme, le mouvement durait le temps d’un éclair et l’anesthésie était totale et instantanée, « crash stop » du système nerveux. Même si la mort cérébrale pouvait ne survenir qu’après quelques secondes, quelques minutes au maximum.

Tout ça était inscrit sur la première page d’un petit carnet vert pomme, qu’elle consultait en fait beaucoup plus souvent que le dossier :

« Anus toujours forcé, mais aucune lésion relevée à ce niveau. Jamais. Le sexe, lui, n’est jamais effleuré/juste ces punitions rituelles, semblables chaque fois, sous forme de solides fessées, monnaie courante dans les pratiques entre adultes consentants. Toujours assenées avec un objet souple − en tous cas peu agressif − lanière ou ceinture qui change d’une fois sur l’autre et fait presque toujours partie du propre habillement de la victime. Le rite s’interrompt avant le premier sang ou immédiatement après, comme si la vigilance de l’officiant s’était laissée surprendre… »

À la relecture de cette première page du carnet, Esther en arrivait à cette même réflexion, complètement ahurissante : tout ça avait finalement la forme d’une simple pénitence, pas si éloignée du « vous me réciterez trois ave et deux paters » dont on écopait régulièrement dans les confessionnaux les mieux tenus… Et pourtant ces pénitences presque indulgentes avaient été suivies quarantetrois fois de meurtre…

Pour la suite, il fallait passer page deux du petit carnet vert…

Esther avait présenté le concours de commissaire de police pendant son année de thèse en anthropologie du droit. La formation de commissaire durait deux ans, stages compris. De sorte qu’à vingt-huit ans, lorsqu’on lui avait assigné un poste de commissaire adjoint à Bar-le-Duc, elle était à la fois, toute jeune commissaire et docteure en droit.

Elle en avait trente-huit quand on lui avait confié cet étrange dossier, hérité du commissaire divisionnaire Daubert, qui venait de prendre sa retraite. Le passé universitaire d’Esther avait certainement joué dans le choix qu’avaient fait ses supérieurs, mais le fait que l’allemand soit sa langue maternelle aussi. La mère d’Esther était une métisse coréenne, née à Berlin-Ouest. Elle y avait passé son enfance et son adolescence, mais était venue finir ses études à Paris, où elle avait épousé des années plus tard un diamantaire, qu’elle avait pourtant connu dès les premiers temps de sa vie parisienne.

Le dossier, dont Esther avait maintenant la charge depuis presque douze ans, avait en effet de nombreuses connexions avec l’Allemagne, mais aussi l’Autriche et la Suisse.

Loin d’être un vieux dossier poussiéreux, c’était au contraire une affaire qui revenait sur le tapis chaque weekend pascal ou quelques jours plus tard, avec chaque fois de nombreux indices à la clef.

Le principal problème du Commissaire Daubert, qui était devenu celui d’Esther, après avoir été celui de Gilles Delon, inspecteur principal au commissariat du dixseptième arrondissement, n’était pas la « pauvreté » des indices recueillis sur chaque scène de crime, mais le fait que ces indices étaient chaque année les mêmes et n’avaient jamais conduit à rien.

L’inspecteur principal Gilles Delon, adjoint du commissaire du XVIIe arrondissement de Paris, avait eu à gérer la première enquête pour viol et homicide, en lieu et place du commissaire d’arrondissement « qui n’avait pas que ça à foutre ». Mais ce n’était pas Gilles Delon qui avait été dépêché sur les lieux vers dix heures du soir dans la nuit du vendredi au samedi quatre avril 1969. Pas plus d’ailleurs que l’inspecteur de garde cette nuit-là au commissariat du XVIe arrondissement, sur lequel était pourtant administrativement située la scène de crime. Ce fut l’officier de permanence du commissariat de Neuilly sur Seine qui vint rapidement isoler la zone, tout simplement parce qu’il était le plus proche, que c’était urgent et qu’il était momentanément disponible.

Il fallait bien connaître la géographie du bois de Boulogne pour comprendre que cette apparente anomalie n’en était pas une… La scène de crime était à moins de cent mètres de l’avenue de Madrid qui était, elle, à Neuilly.

Concernant l’inspecteur principal Delon, c’est l’adresse du domicile de la jeune victime, avenue de Niel, qui lui avait valu d’écoper assez rapidement du dossier.

Ces détails purement administratifs et de peu d’intérêt ne figuraient pas dans le petit carnet vert d’Esther, qui était bien obligée de se reporter à l’épais dossier quand elle avait besoin de vérifier un détail de cet ordre.

Esther avait, pour sa part, fêté ses quatre ans en ce matin du 4 avril 1969 ! Elle venait d’en avoir quarante-neuf. On était le 20 avril 2014.

Elle avait acquis plusieurs certitudes au cours de ces onze années et elle en aurait une nouvelle en revenant de Copenhague. Une hypothèse encore, qu’elle ne partagerait qu’avec son adjoint, le Commandant Mirabelle. Une hypothèse qui aurait le mérite d’en valider d’autres… Et surtout, que le calendrier du « tueur du Vendredi saint » confirmerait un jour… Par l’absurde…

******

De mon côté, j’avais eu dix-sept ans cette nuit-là, celle du 4 au 5 avril 1969. Mes copains − car j’en avais à l’époque − m’appelaient Jeff (pour Jean François). Aujourd’hui, j’en ai soixante-deux, et je suis chef de service à l’institut médico-légal du quai de la Rapée. À un an de la retraite, autrement dit.

J’avais fini mes études secondaires l’année précédente au lycée Jean Baptiste Say, dont l’internat était réservé aux orphelins de parents membres de l’ordre de la Légion d’honneur. Mon père avait décroché sa breloque pendant son temps d’administrateur des affaires maritimes à Dieppe. Poste où il s’était trouvé bien involontairement relégué après le sabordage de la flotte française à Toulon en 1942 ; l’escorteur rapide dont il était officier en second ayant fait partie du lot des navires sacrifiés.

Je n’avais passé mon bac « science-ex » qu’au mois de septembre 1968 à cause de la fameuse « chienlit » qui avait désarçonné le grand Charles en mai de l’année en question.

Mention bien. Ce qui avait facilité mon inscription en propédeutique au lycée Condorcet, en face de la Gare SaintLazare. C’est ma grande sœur, déjà enseignante, qui s’en était occupée. Je voulais faire médecine. Elle avait fait l’école des professeurs d’éducation physique de la ville de Paris et elle avait depuis deux ans un poste dans une école communale du dixième arrondissement, tout en haut de la rue La Fayette.

À la rentrée, elle m’avait installé avec elle dans le trois pièces qu’elle louait à Asnières, juste en face du cinéma Alcazar, dont l’enseigne bleu électrique clignotait jusqu’au matin et dont j’étais d’ailleurs déjà un fervent fidèle. J’y avais passé presque toutes mes soirées du samedi lors de mes deux dernières années de pensionnat, car je venais la rejoindre le week-end, chaque fois que c’était possible. Quelquefois, elle m’accompagnait au ciné, mais le plus souvent elle sortait en boîte et revenait tard dans la nuit avec une fille ou une autre, qui partaient dès le lendemain matin. De mon côté, j’avais l’obligation de remonter directement à l’appart après la séance de cinéma. Pas question d’aller « traîner dans les bars » autour des flippers, encore moins de « fréquenter la bande de la gare », qui zonait toujours dans les parages, puisqu’avec ma frangine, on n’avait que cent mètres à faire pour aller prendre le train vers Saint-Lazare, chaque matin.

Nos parents étaient morts dans un accident de voiture, un dimanche soir en revenant d’un week-end chez des amis, en Normandie. Ce week-end-là, nous étions restés à la maison, moi et ma sœur. Moi j’avais classe le samedi matin et elle avait un entraînement à son club d’athlétisme. J’avais douze ans et elle, vingt-trois.

Il y avait un pensionnat à l’école de la ville de Paris. Elle y avait passé sa dernière année d’études avec une bourse de la fondation de la Légion d’honneur, fondation qui m’avait pris en charge moi aussi. Elle avait loué cet appartement à Asnières l’année suivante, avec son premier salaire de prof. C'était tout près de « Sainte Geneviève », l’institution religieuse où Papa l’avait quasiment inscrite de force, quelques années plus tôt, pour redoubler sa terminale, vu qu’elle venait de se faire étendre au bac.

Je suis rentré à la fac de médecine l’année suivante, en 1969. J’étais boursier et j’ai habité à demeure chez ma sœur pendant toutes mes études. Elle avait un tas de copines. On s’entendait très bien. On se marchait pas sur les pieds, mais elle veillait au grain, les premières années en tous cas.

La première fois que j’ai découché, c’était cette annéelà, en 69 donc. L’année de la chanson de Gainsbourg, mais ça n’a rien à voir, bien sûr. Je dis ça juste pour rigoler en bon marseillais que j’aurais dû être !

C’était surtout l’année de mon premier « Vendredi saint ». Mais on n’était encore qu’en février ; je n’avais pas encore eu mes dix-sept ans, il s’en fallait de deux mois.

Le lendemain matin, elle m’a demandé des explications. J’ai répondu que j’avais traîné avec des copains à la salle de billard de Saint-Lazare, que j’avais loupé le dernier train et dormi chez l’un d’eux. Classique. Sauf qu’elle n’est pas née de la dernière pluie, la sœurette ! Elle m’a fait remarquer que la salle de billard était fermée depuis longtemps à l’heure du dernier train pour Asnières et que la salle en question était quasiment sous le hall de la gare ! Pour rattraper le coup, j’ai cru bon d’ajouter qu’on avait joué dans un troquet de la rue d’Amsterdam. Mais elle connaissait décidément bien le quartier, car elle m’a rétorqué que ça ne lui plaisait pas davantage que je traîne à ces heures-là dans les troquets des macs de la rue de Buda...

J’en revenais pas qu’elle me parle sur ce ton-là ; genre que certes, j’avais l’âge de sortir le samedi soir, mais que j’avais le concours en juin et patati et patata ! Pire que Papa et Maman ! Comme pour rien au monde, je ne lui aurais avoué ce que j’avais fait ce soir-là, je l’ai simplement fermée. Du coup, elle s’est radoucie et m’a dit qu’elle avait rencart avec des copines le soir même au Quartier latin et qu’elle m’emmenait si ça me disait…

J’ai passé une soirée plutôt sympa avec elle au Katmandou. On me regardait comme le petit frère mignon et bien poli. J’étais probablement le seul mec dans la boîte, mais ça se passait on ne peut mieux ! Les nanas dansaient et déconnaient pas mal. Je répondais au mieux aux petites blagues sympas qu’on me lançait, coincé sur mon tabouret au bar, où j’ai descendu coup sur coup deux Marie Brizard, suivies d’une troisième offerte par la maison… Je ne sais pas pourquoi je lui ai caché mordicus pendant des années ce truc qui m’était arrivé la veille. Ça l’aurait pourtant fait rigoler et on aurait continué à s’entendre tout aussi bien…

******

Esther emmenait toujours une copie du dossier sur le terrain pour pouvoir s’y reporter au cas où un recoupement apparaîtrait miraculeusement. Mais ce qu’elle feuilletait le plus souvent, c’était son petit carnet vert, élimé jusqu’à la corde. Elle y notait depuis onze ans ses impressions, ses analyses, qui n’avaient donc que peu à voir avec la procédure et n’avaient en tout cas rien à y faire. Elle les revisitait et les réévaluait souvent. Elle seule pouvait se retrouver dans ce labyrinthe semé de ratures et de traits de gomme.