Vienne le temps des dragons - Patrick Coulomb - E-Book

Vienne le temps des dragons E-Book

Patrick Coulomb

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Beschreibung

21 décembre 2012. Selon les Mayas, ce jour doit être celui de la fin du monde. Mais est-ce réellement la fin du monde ou le début d'une nouvelle ère ? Les dragons ont débarqué sur la Terre. Y étaient-ils déjà, en sommeil, attendant de se réveiller, ou viennent-ils d'une planète "parallèle" ? D'une façon ou d'une autre, ils mettent le feu à notre vieille société, qui n'avait pourtant pas besoin de voir resurgir de vieux démons pour s'effondrer sur elle-même. Qui va détruire notre monde ? Les dragons, ou l'Ibucc (International Brigade for Unitentified Creatures Control), structure créée pour faire face aux dragons, mais dont les responsables, s'appuyant sur leur armée de "Casques Noirs", se projettent très vite en maîtres du monde. Face au chaos, un homme a la capacité d'affronter les dragons en fusionnant avec eux en esprit. Cela suffira-t-il ? "Vienne le temps des dragons" est constitué de deux opus, "La porte des dragons" et "Orenoen", qui sont également parus séparément.

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Seitenzahl: 228

Veröffentlichungsjahr: 2019

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Sommaire

Préambule

Volume 1 : La porte des dragons

Note et préface de l’auteur

SUR LA TERRE DES DRAGONS – PROLOGUE

Pour commencer

Jeudi 17 mai 2012.

Jeudi 21 juin 2012.

Jeudi 27 juillet 2012.

Samedi 28 juillet 2012.

Dimanche 29 juillet 2012.

Dimanche 26 août 2012.

Dimanche 26 août 2012.

Lundi 27 août 2012.

Mardi 28 août 2012.

Mardi 28 août 2012.

Mardi 11 septembre 2012.

SUR LA TERRE DES DRAGONS

Lundi 1er octobre 2012.

Samedi 10 novembre 2012.

Vendredi 21 décembre 2012.

Vendredi 21 décembre 2012.

Vendredi 21 décembre 2012.

Vendredi 21 décembre 2012.

Vendredi 21 décembre 2012.

Vendredi 21 décembre 2012.

SUR LA TERRE DES DRAGONS – EPILOGUE

Volume 2 : Orenoen

Résumé des chapitres précédents

Vendredi 12 avril 2013

SUR LA TERRE DES DRAGONS

Samedi 20 avril 2013.

Samedi 20 avril 2013. Midi.

Samedi 20 avril 2013. 13h.

Samedi 20 avril 2013. 14h.

Lundi 22 avril 2013.

Lundi 22 avril 2013.

Lundi 22 avril 2013.

Lundi 22 avril 2013.

Mardi 23 avril 2013.

Mardi 23 avril 2013.

Jeudi 25 avril 2013.

Vendredi 26 avril 2013.

Lundi 29 avril 2013.

Mardi 30 avril 2013.

Mercredi 1er mai 2013.

Jeudi 2 mai 2013.

SUR LA TERRE DES DRAGONS

Jeudi 2 mai 2013.

Samedi 4 mai 2013.

Lundi 6 mai 2013.

Lundi 6 mai 2013.

Vendredi 17 mai 2013.

Dimanche 19 mai 2013.

Lundi 3 juin 2013.

Mardi 4 juin 2013.

Dimanche 1er septembre 2013.

Lundi 2 septembre 2013.

Préambule

Parmi les nombreuses créatures qui peuplent notre imaginaire, les dragons font partie des plus fréquentes et des plus intéressantes. Si près d’être réels qu’un véritable animal porte leur nom, le dragon de Komodo, qui vit dans des îles indonésiennes. Heureusement, celui-ci ne crache pas le feu. Alors que ceux que nous allons rencontrer ici ne s’en priveront pas. Nous rencontrerons aussi quelques sinistres individus et un héros un peu dépassé peut-être par les événements, mais qui ne manque pas de ressource.

L’ouvrage a été écrit en deux temps, la première partie en 2012, vous comprendrez pourquoi, la seconde quelques années plus tard parce qu’il fallait bien lui donner une suite.

Bonne lecture.

Patrick Coulomb

Volume 1

La porte des dragons

Note et préface de l’auteur

La première partie de ce texte a été écrite durant l’année 2012, alors que sévissait sur toute une partie de la planète la croyance fantasmatique en une prophétie maya qui annonçait la fin des temps pour le 22 décembre de cette année-là. De cette amusante conjecture est née l’idée de cette histoire, qui n’a pourtant rien à voir avec les Mayas...

Les événements rapportés ici sont bien évidemment fictifs et imaginaires, et toute ressemblance avec des personnages réels serait fortuite ou involontaire, on s’en doute. Toutefois, s’il était amusant de se servir de la théorie maya d’une fin du monde en 2012, il est « amusant » aussi de penser que les dragons ne sont peut-être pas seulement le fait d’une hallucination collective. J’ai beaucoup pensé au film de Rob Bowman Le règne du feu en écrivant ces pages (Reign of Fire, 2002) ainsi qu’aux nombreuses légendes sur les dragons, britanniques ou d’autres origines. Il y a un mystère réaliste dans l’existence de ces créatures.

Il y a d’ailleurs toutes sortes de réalismes possibles. Celui que l’on tente de nous vendre ces temps-ci (et cela fait un moment que ça dure) se fonde volontiers sur l’existence d’un dieu créateur. De bons esprits tentent - ou ne tentent pas - de faire coïncider cette vision des choses (rassurante pour quantité d’individus) avec la vision de la science, difficilement compatible avec la foi. On s’accommode donc, plus ou moins volontiers, suivant sa culture et sa religion, de cette éventuelle compatibilité entre une création divine et un monde né en quelque sorte de lui-même. Pour un athée, il est impensable qu’un dieu (mais lequel d’ailleurs, puisque plusieurs se targuent d’être ce Créateur originel ?) ait engendré l’univers. Pour l’homme de foi à l’inverse, impossible de croire que ce n’est pas Dieu (Allah, Yahvé, ou tout autre nom qui lui est donné) qui soit à l’origine de tout.

Mais qu’y avait-il avant ce fameux dieu, si tant est qu’il y eut un « avant » aux choses… Les théologiens se battent sans doute pour faire entendre leurs visions... Cependant, la multiplicité de ces dieux créateurs monothéistes peut aussi être considérée comme une rémanence du « multithéisme » qui a précédé ce triple ou quadruple monothéisme. Et cela est intéressant et nous donne une piste vers une autre voie, un chemin de traverse qui n’est pas incompatible lui avec l’athéisme. Ni avec l’existence des dragons…

Quel chemin ? Celui de la spiritualité de l’homme, qu’elle soit chamanique, raisonnée, paradoxale, mais en tous les cas moins dogmatique que les monothéismes et sans doute capable de davantage prendre en compte le réel, ou tout au moins de mieux l’adapter. Ces religions « primitives », dont on ressent encore l’influence dans nos monothéismes conquérants, étaient faites de « petites » spiritualités, à l’échelle d’une forêt, d’un village, d’une rivière. Elles n’interdisaient rien, elles expliquaient tout par de fragiles passerelles qui rendaient compte déjà d’un possible compromis entre le monde tangible et celui de l’esprit. Pas nécessairement un monde divin, mais un monde de forces impalpables, cachées, secrètes. Autres. Situées « ailleurs ». « Je crois aux forces de l’esprit », déclara un jour un des présidents de la République française, François Mitterrand, et que faisait-il d’autre alors sinon exprimer à sa manière ce chamanisme pragmatique des peuples premiers ?

Débarrassé des oeillères du monothéisme (peu importe lequel), l’être humain peut devenir alors la corde sensible qui vibre avec son environnement. Or, parmi les possibles, la science nous révèle aujourd’hui que notre univers pourrait être un parmi d’autres, non pas éloignés dans le temps et l’espace, mais « parallèles »... De tous temps, des passeurs entre les mondes nous ont alertés sur cette éventualité d’une multiplicité des univers. Ce roman est en quelque sorte l’histoire, contemporaine, de l’un de ces passeurs. Bienvenue dans le multivers…

A l’impossible. A ma fille, à mon fils.

"Le Drac fut le premier à se réveiller.

Puis vint King Gidorah.

Dans les villes s’installèrent

quelques croque-mitaines;

dans les campagnes les ogres des contes

et légendes refirent leur apparition.

Ils aimaient toujours la chair fraîche.

Il ne faisait pas bon être un enfant".

Biagio LaMarca,

Chronique des événements étranges

survenus après le 22 décembre 2012.

SUR LA TERRE DES DRAGONS – PROLOGUE

Discours de Siwolfann-Riink au Conseil Supérieur de Tarra-001

« Il se passe des choses étranges dans les mondes. Oui, mes amis, des choses étranges. Sur les centaines de Tarras parallèles que nous avons répertoriées, rares sont celles qui possèdent le même équilibre que celui qui est le nôtre. Mais elles sont pour la plupart trop éloignées dans les cordes pour représenter un danger. Des explorateurs de notre espèce ont voyagé dans les Tarras, puisque nous avons ce privilège qui semble à ce jour unique de pouvoir nous déplacer de corde en corde. Ils ont pu ramener des récits quelquefois anecdotiques, quelquefois inquiétants, mais au bout du compte, rien qui nous mette réellement en danger. Sauf sur l’une d’entre elles, notre voisine, que nous avons nommée 408 et qu’ils appellent de divers noms, car ils ne parlent pas d’une seule et même langue. Terre, Terra, Earth, Erde, Aarde, est habitée, je devrais dire infestée, par une espèce de petite taille qui a compensé son absence d’aptitudes physiques (ils ne peuvent ni voler, ni cracher du feu) par un développement scientifique et technologique aveugle. Ils avancent dans le noir, sans comprendre les conséquences de leurs actes, mais ils avancent. Et la progression de 408 menace aujourd’hui notre propre Tarra.

C’est pourquoi le Conseil a décidé d’envoyer des Eclaireurs, avec une double intention : mesurer et contrôler. C’est-à-dire mesurer le danger que 408 nous fait encourir et, si le besoin s’en fait sentir, contrôler 408, en prendre les rênes. Les petits hommes qui la peuplent sont nombreux, mais, comme vous le savez, nous avons plusieurs possibilités pour les maîtriser : en premier lieu la terreur, car ils ont peur de nous, le passé l’a démontré lors des quelques incursions que nous avons déjà fait sur 408, ou la fusion. Car nous pouvons, peut-être, éviter la violence. Certains d’entre nous, les Supra, sont directement connectés par les cordes à d’autres individus sur plusieurs des mondes parallèles, et en particulier sur notre voisin 408. Cette connexion, dont nous n’avons pas défini toute la complexité organique, peut mener à la fusion. La fusion est une opération dangereuse, elle ne garantit pas la prééminence de notre espèce, mais, même si plusieurs des Supra doivent finalement se transformer en apparence pour devenir des humains, ils resteront à l’intérieur les dragons que nous sommes et pourront ainsi prendre le contrôle de 408 et la rediriger dans un sens qui ne nous soit pas funeste. Je vous concède, mes chers amis, que la Terreur est une solution plus simple en première analyse, mais les Eclaireurs qui vont partir sur 408 nous feront leur rapport, et nous saurons bientôt de quelle manière nous allons devoir régler le problème que nous posent les hommes... »

Pour commencer

« I got my mojo working,

but it just don’t work on you

I got my mojo working,

but it just don’t work on you. »

Muddy Waters – “Got My Mojo Working” (1957).

En ce temps-là j’avais le mojo. Je veux dire qu’on aurait bien dit que la chance me souriait, parfois faut pas chercher à comprendre. Ma bagnole n’était pas tombée en rade depuis plus de six mois ; j’avais rencontré une blonde dans un bar et le rodéo avait bien duré quarante-huit heures avant qu’elle ne me largue, puis une jolie brune que je voyais de temps en temps et qui me faisait entrevoir d’autres horizons possibles que le célibat ; même mes locataires étaient cool, puisqu’ils me payaient tous les mois rubis sur l’ongle les loyers qu’ils me devaient. Il faut dire que j’avais embauché un gars pour faire la tournée à ma place qui savait y faire - gentiment - avec les récalcitrants. Bref, j’avais de quoi voir venir, de quoi circuler, et même un lit douillet où aller me changer les idées avec une « chouette nana ». Un vrai héros de série B des années 70. C’était trop beau pour être vrai.

Faut croire.

Les choses ont commencé à se gâter autour du mois de mai. D’abord rien, je ne m’en suis pas aperçu, une impression diffuse, un truc bancal : la sensation qu’une ombre furtive me croisait, ou passait derrière moi. C’est arrivé une fois, puis une autre, à plusieurs semaines d’intervalle. Rien de captivant, rien d’angoissant. Des ombres qui passent. Il en passe tous les jours, pas vrai ? D’ailleurs je ne peux pas dire que je m’en étais vraiment aperçu, pas consciemment. Est-ce qu’on s’aperçoit de ces choses-là ?

Jeudi 17 mai 2012.

Jour de la mort de Donna Summer.

« I’m all lost in the supermarket,

I can no longer shop happily

I came in here for that special offer,

a guaranteed personality. »

The Clash – “Lost In A Supermarket” (1979).

C’est pendant que je faisais des courses avec Jennifer - cette jolie brune que je voyais de temps en temps - que ça s’est précisé. Je venais d’avoir la sensation bizarre qu’une ombre était sortie du rayon boucherie, avait traversé la travée et s’était fondue dans les steacks hachés...

- Tu as pas senti un truc bizarre ?

- Genre ?

- Genre, comme si une ombre nous était passée à côté.

- N’importe quoi, monsieur voit des ombres maintenant, tu sais que ça se soigne ?

Je haussais les épaules, résigné, de toutes façons comment faire partager une sensation aussi fugace ? Je fis donc à Jenn une réponse passe-partout.

- Laisse tomber, il fait un froid de canard dans ce supermarché, ça doit être ça.

On a repris nos petites affaires, rempli le chariot avec à peu près quinze millions de trucs inutiles et on a filé chez elle. Je lui avait promis que ce soir c’était moi qui faisais la cuisine, et j’avais l’intention de nous concocter un vrai repas 4 étoiles. Mais je sentais Jennifer plus troublée que ce qu’elle voulait bien dire par ce que j’avais lâché entre les gigots et les steacks hachés... Avant de monter dans le gros Mercedes Vito qui me servait de véhicule quotidien, elle ausculta le parking du magasin avec des mines de Sioux puis elle me fit :

- Tu sais sur quoi c’est construit ici ?

- Nan, pourquoi ?

- C’était la nécropole d’une tribu celto-ligure, on a appris ça il n’y pas longtemps, j’ai fait un article dessus dans le journal.

- Et après ?

- Et après, et après, tu me dis que tu vois des ombres et on est en plein sur un cimetière, tu trouves pas ça bizarre, toi ?

Je la trouvais surtout à croquer avec sa voix rauque et son micro-débardeur, aussi je lui fis un de mes sourires estampillés « à-faire-fondre-la-banquise » et je démarrai le Vito, direction son lit, et plus vite que ça, pour le repas, on s’en occuperait après.

Jeudi 21 juin 2012.

Solstice d’été. 11eanniversaire de la mort de John Lee Hooker.

« It’s close to midnight and something evil’s

lurking in the dark

Under the moonlight, you see a sight

that almost stops your heart

You try to scream but terror

takes the sound before you make it

You start to freeze as horror

looks you right between the eyes

You’re paralyzed. »

Michael Jackson – “Thriller” (1982).

A l’époque, je rêvais de voyages et de beuveries et jolies filles. Pour les beuveries, j’étais servi, pas de doute, et l’alcool m’aidait à croire que j’avais les deux autres éléments de ma trilogie, autrement dit les filles et les voyages, mais ce n’était pas vraiment le cas. Je n’étais pas sorti de ma ville depuis au moins six mois, même pas pour une balade en forêt ou une partie de pêche en mer avec des potes. Et Jennifer m’avait plaqué, comme les autres, au bout de quelques semaines. Je gardais la trace en moi de sa voix grave qui continuait à me rendre mélancolique chaque fois que j’y pensais, et j’y pensais d’autant plus facilement qu’elle ne se gênait pas pour m’appeler de temps à autre, dire bonjour, me raconter sa vie, comme si on était toujours ensemble. Mais après tout peut-être était-ce sa vision à elle du couple. Jenn bossait en free lance dans un journal du coin, elle écrivait sur tout et rien et avait un tropisme certain pour les affaires macabres et les trucs bizarres. En prime, sa voyante, car elle fréquentait tous les mardis à 22h une chiromancienne mauricienne, lui racontait des histoires abracadabrantes et elle me les répétait, toute enjouée, comme si c’était de bonnes blagues.

- Tu sais qu’on a vu un sosie de Michael Jackson dans un village de Côte d’Ivoire ? venait-elle de me rapporter. Dans un ancien royaume Akan, un village où il était allé en 1992 et où on l’avait couronné roi, parce qu’il disait qu’il était originaire de ce coin-là d’Afrique, et que ses ancêtres venaient de là, du royaume Sanwi.

Jenn semblait passionnée par cette histoire, aussi je lui dis d’arrêter de me hurler dans l’oreillette et qu’elle ferait mieux de passer chez moi avec une pizza, histoire de me la raconter tranquillement pendant la soirée. Je n’avais pas renoncé il est vrai à flirter encore une fois avec sa cambrure si émouvante et à glisser mes doigts sur tous les centres névralgiques de son anatomie. A mon grand étonnement elle accepta. Je frissonnai en raccrochant, avec la sensation, à laquelle je ne portais plus guère attention, qu’une ombre passait en dansant une sorte de moonwalk diffus dans l’extrémité droite de mon champ de vision.

* * *

Jenn arriva peu de temps après avec une pizza aux anchois dans un carton vert-blanc-rouge aux couleurs de l’Italie et une petite robe princesse seulement rouge qui lui faisait des jambes de sauteuse en hauteur. Je bavai - intérieurement - toute la soirée pendant qu’elle m’expliquait ce qui s’était passé au village de Krindjabo. Quelque temps plus tôt, au matin, exactement vingt ans jour pour jour après la venue du chanteur aujourd’hui décédé, l’arbre à palabres du village s’était effondré sans raison apparente, s’écrasant sur le toit en tôle ondulée d’une des cases cerclant la place. Une fumée s’était alors élevée vers le ciel et chacun avait pu voir distinctement se former comme le dessin d’un petit chapeau de feutre, exactement semblable à celui que portait tout le temps Michael Jackson, puis un homme était sorti de la case, presque blanc de peau, que personne ne connaissait, il avait marché jusqu’à la demeure du chef, une belle maison en dur à la lisière du village, suivi par un attroupement de gamins qui étaient restés étrangement silencieux. Il avait fait un signe au domestique qui rêvassait sur une paillasse pour qu’il vienne lui ouvrir et il était entré, d’une démarche de seigneur, dans la maison du chef. On ne l’avait plus revu ensuite. Disparu, envolé, et le chef du village, Agniwan Gniwan, avait fait une déclaration insolite à la presse locale (le correspondant à Abengourou du Fraternité-Matind’Abidjan) selon laquelle l’homme presque blanc apparu ce matin là lui avait raconté être l’esprit de Michael Jackson et qu’il reviendrait tous les vingt ans à la même date hanter son peuple, tant que sa dépouille ne serait pas enterrée, comme le veut la tradition des Sanwi, sous l’arbre à palabres du village de Krindjabo.

Jenn finit son histoire en me questionnant d’un regard en billes de loto, comme si je devais faire un lien entre le fantôme ivoirien de Michael Jackson et ma propre condition d’individu voyant des ombres. C’est à ce moment-là que la télévision, qui fonctionnait en sourdine depuis le matin, décida de stopper brusquement toute retransmission dans un blonng sourd mais distinct qui nous fit nous retourner. Elle redémarra presqu’aussitôt quittant la chaîne nationale TF1 pour se positionner d’elle-même sur MTV-Europe, qui diffusait précisément le clip Thriller de Michael Jackson... Jenn poussa un cri d’orfraie, tétanisée, et je jure que je n’avais pas trafiqué l’appareil, je ne suis pas assez doué pour ça en électronique cathodique. C’était un « heureux hasard », n’en doutons pas, qui me permit de passer une nouvelle nuit avec une Jennifer toute frissonnante. La dernière avant longtemps, faut bien avouer.

Jeudi 27 juillet 2012.

28eanniversaire de la mort de James Mason.

« There’s a strange boat in the bay. »

Ava Gardner, extrait du dialogue du film Pandora, d’Albert Lewin, avec James Mason (1951).

On était au mois de juillet et Jennifer avait à nouveau disparu de la circulation. Je n’avais définitivement plus le mojo. Le Vito était en rade, et Habib, mon mécano, faisait de son mieux pour lui procurer une nouvelle jeunesse. Richard, mon encaisseur, se faisait à son tour tirer l’oreille pour me remettre la totalité des sommes convenues entre nous, et j’avais décidé d’attaquer l’écriture d’un nouveau roman, sans avoir l’esquisse de l’esquisse de la trame d’une histoire. Il le fallait pourtant. L’argent ne coulait plus à flots et mon éditeur me réclamait à corps et à cri 300 000 signes avant le mois d’octobre pour pouvoir sortir mon nouveau livre au moment du Salon de Paris. Le pays invité l’année à venir étant l’Italie, il voulait que je lui ponde un roman sicilien bien senti, avec mafia, touristes et terrone. Si vous ne saisissez pas pourquoi, vous comprendrez mieux quand je vous dirai que mon nom est LaMarca, Biagio LaMarca, et que je suis le dernier représentant de ce côté-ci des Alpes d’une famille sicilienne hélas plus connue pour avoir donné plusieurs de ses enfants à Cosa Nostra que pour avoir façonné des prix Nobel de mathématiques. Je passai donc mes journées à tapoter des pages sans saveur sur le clavier de mon ordinateur, des ombres me passant de plus en plus souvent dans le dos, voire entre les doigts, quand une autre nouvelle étrange finit par me convaincre que je devais peut-être porter attention aux derniers propos que m’avait tenus Jennifer au matin qui avait suivi la « nuit-Michael-Jackson ». Echevelée, allongée nue sur le ventre telle une réincarnation de Brigitte Bardot dans Le mépris, Jennifer m’avait à nouveau parlé de sa voyante.

- Tu sais ce qui lui arrive en ce moment ? Elle ressent des esprits puissants qu’elle n’arrive pas à identifier, qui veulent lui dire qu’ils sont venus, qu’ils sont là, elle en ressent des bons et des mauvais et elle est complètement perdue, je l’avais jamais vue comme ça, elle me dit que le seul mot qui lui vient à l’esprit pour définir ces esprits c’est que ce sont des dragons. Des dragons, tu imagines ?

J’imaginais complètement autre chose en observant Jennifer, mais comme je ne me sentais pas, personnellement, aussi invincible qu’un dragon, j’avais renoncé à pousser plus loin dans mes fantasmes et j’étais allé préparer le café. Jenn m’avait quitté peu après, en me remerciant pour l’accueil et en me disant que ce n’était pas la peine que je la rappelle pour le moment. C’est donc seul face à mon miroir, alors que j’étais en train de me raser, que j’encaissais le choc de la radio qui annonçait que « lors du creusement d’une nouvelle ligne de métro à Londres, devant prolonger la Northern Line, les travaux ont été stoppés à Dancers Hill, au sud de la localité de Hatfield, suite à la découverte d’un oeuf préhistorique énorme semblant contenir une créature encore en gestation ».

Je décidai sur-le-champ de filer en Angleterre. Rien ne prouvait que je ne réussirais pas à lier la mafia à cette découverte et que mon éditeur n’aurait pas enfin un roman palpitant à livrer à ses clients...

Samedi 28 juillet 2012.

27eanniversaire de la mort de Michel Audiard.

« - Faut reconnaître, c’est du brutal!

- Vous avez raison c’est du curieux !

- J’ai connu une Polonaise qu’en prenait au petit déjeuner... faut quand même admettre, c’est plutôt une boisson d’homme !

- Tu sais pas ce qu’il me rappelle, cet espèce de drôlerie qu’on buvait dans une petite tôle de Biên Hoa pas très loin de Saigon... les volets rouges ... et la taulière, une blonde comac... comment qu’elle s’appelait déjà ?

- Lulu la Nantaise !

- T’as connu ?

- J’y trouve un goût de pomme

- Y en a ! »

Extrait des dialogues de Michel Audiard pour le film Les tontons flingueurs, de Georges Lautner (1963).

Londres était en pleine effervescence olympique. Les Jeux se déroulaient à l’est de la ville, dans un ancien quartier pourri réhabilité, Stratford, la crème de l’East End, mais même en plein centre tout n’était qu’olympisme, athlètes et retransmissions sur écrans géants. Je venais de débarquer de l’Eurostar à la gare Saint-Pancras quand une grande clameur s’éleva, qui semblait venir de toute la ville en même temps, bien au-delà du pub où j’avais élu domicile pour cette première soirée. J’avais pratiquement gardé les yeux dans ma bière depuis que j’étais là, il était peut-être temps de les lever vers l’écran qui dominait le coin de la salle où je m’étais installé. Un commentateur s’époumonait au grand bonheur de mes voisins et je compris qu’un certain Greg Rutherford venait d’être sacré champion olympique du saut en longueur. Le gars avait sauté 8m31, ce qui n’en faisait pas un génie de la spécialité, mais il avait fait ça là où il fallait et le jour où il le fallait pour « entrer dans l’histoire », comme aiment tant le seriner les commentateurs sportifs, comme si les compétitions sportives relevaient de la même essence que les mortelles batailles des trop nombreuses guerres qui ont nourri notre histoire humaine. Evidemment, le gars - un rouquin émacié avec un vague air de Hugh Grant - était anglais, ce qui renforçait encore son prestige pour les clients du Essex & Wessex Inn où je commandais ma troisième pinte. Pour contrebalancer le bonheur si londonien de mes voisins de pub, et juste histoire de marquer ma différence, je décidai d’ailleurs de boire une stout écossaise, une brune épaisse et tiède, doutant de trouver en ces lieux le Ricard ou le 51 qui m’auraient parlé du pays. Je n’en avais d’ailleurs pas besoin. J’avais quitté Marseille le matin avec un enthousiasme nouveau, comme si m’échapper de mon appartement relevait de l’exploit, comme si prendre un train et filer vers le nord était une libération attendue. Peut-être en était-ce une. J’avais envoyé un SMS sibyllin à Jennifer pour lui demander de ne pas m’oublier tout de suite, mis trois polos et un jean de rechange dans un sac souple en cuir noir, vérifié dans la poche de ma veste que passeport, cartes de crédit et lunettes de soleil étaient bien présentes à l’appel et roule ma poule, de quoi un homme a-t-il besoin pour être heureux ? Finalement, le désir de voyage que je croyais oublié était là et bien là et il avait trouvé un motif pour s’exprimer.

Bien entendu, ma quatrième pinte fut fatale et je dus courir à l’extérieur pour soulager mes boyaux dans le caniveau de Camden Street, au grand bonheur de Jeremy, Don, Dahlia et Gerald, mes voisins de pub, dont j’avais dû faire la connaissance quelque part dans des brumes alcooliques et qui riaient de bon coeur en m’encourageant à dégobiller encore et encore. Tout ça s’acheva par une cinquième pinte, nécessaire selon eux à ma remise en état de marche. Je rentrai à l’hôtel accompagné de leur vivats et de leurs chants d’allégresse. La soirée olympique avait donné trois médailles d’or aux Britanniques et il y avait bien longtemps que je ne m’étais pas senti aussi bien dans ma peau. Cette nuit-là fut un havre de paix et de repos avant le déclenchement de la tempête.

Dimanche 29 juillet 2012.

Jour du décès de Chris Marker.

« - L’espèce humaine mérite peut-être d’être exterminée.

- Exterminer l’espèce humaine ? C’est une idée géniale, c’est génial. Mais c’est un projet à long terme, il faut d’abord se fixer des objectifs un peu moins éloignés. »

Extrait des dialogues de David et Janet Peoples pour le film L’armée des douze singes, de Terry Gilliam (1995), d’après La jetée, de Chris Marker (1962).

A 8 heures du mat je dessaoulais sous le jet d’une douche froide quand la radio me donna de nouvelles infos à propos de l’oeuf mystérieux de Dancers Hill. J’arrêtai l’eau aussitôt et, les cheveux trempés, recouvert d’une couche de savon liquide plus ou moins moussant qui me piquait les yeux, commençant à tressaillir tant de froid que du fait du scénario qui était en train de naître dans ma tête, je compris à peu près que l’oeuf était, selon les spécialistes du British Museum dépêchés sur place, un oeuf de dinosaure de type brontosaure, datant de la période tertiaire. Aucune révélation sous-jacente sur la possibilité que l’oeuf contienne une créature encore vivante. L’info entendue la veille avait été vite fait bien fait étouffée dans l’oeuf, si l’on peut dire. Rien de bien surprenant en fait, je n’aurais pas dû m’attendre à autre chose. Pour avoir été parfois curieux sur certains points ou pour avoir entendu parler de tels ou tels événements considérés comme nuls et non avenus, de l’existence du monstre du Loch Ness ou du Mokele Mbembe africain jusqu’à l’alien de Roswell, j’avais développé depuis longtemps ma théorie du complot personnelle, plutôt bienveillante, assez semblable à celle du film