Erhalten Sie Zugang zu diesem und mehr als 300000 Büchern ab EUR 5,99 monatlich.
150 mots qui racontent le Portugal, comme un dictionnaire subjectif pour voyageur curieux.
Ianis Périac réside au Portugal, à Lisbonne, depuis de nombreuses années. Il a déjà publié "Lisbonne au café du coin" (Elytis 2023). Avec un point de vue décalé sur son environnement, il dresse ici un panorama du Portugal à travers 150 mots-clés qui évoquent tour à tour la culture, la géographie, l'histoire, la gastronomie, l'économie, etc. et tout ce qui fait la singularité du pays. Comme un guide culturel ou un dictionnaire subjectif, ce Visa accompagnera utilement le voyageur curieux de ne pas s'arrêter à la surface des choses, mais de saisir tout ce qui suscite l'attachement qu'y ont de nombreux Français. Une carte des lieux cités est disponible en fin d'ouvrage.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Né à Paris en 1984,
Ianis Periac apprend très jeune qu’on peut voyager au coin de sa rue. Devenu journaliste - reporter pour plusieurs médias sportifs et généralistes, il aime s’attacher aux petites choses pour raconter les grandes histoires. Il s’installe à Lisbonne en 2016, au-dessus d’un café qui lui inspire le livre "Lisbonne, au café du coin" (Elytis 2023).
Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:
Seitenzahl: 167
Veröffentlichungsjahr: 2024
Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:
Note : les numéros entre parenthèses renvoient aux toponymes présents sur la carte. Les mots entre crochets renvoient vers d’autres entrées.
Collection : Visa pour le monde
Cartographie : Elytis
1ère édition
© ELYTIS2024
13, rue de Domrémy 33 000 BORDEAUX
www.editionselytis.com
Ianis est né à Paris, ce qui, à bien y regarder, n'est pas si loin de Lisbonne, où il vit maintenant depuis plus de sept ans.
Devenu journaliste sportif un peu par hasard, il travaille régulièrement avec des revues dédiées, et poursuit un travail d'écriture plus personnel sur le Portugal et la vie que l'on y mène, par exemple à Lisbonne, au café du coin, titre éponyme de son avant-dernier livre.
A
société
administration
Kafka est sûrement venu ici un jour. Il a tenté d’avoir un document. En l’attendant, il est rentré chez lui écrire. Pendant huit mois sans interruption.
A
géographie
alentejo
Rouler sur les routes de l’Alentejo(1) c’est naviguer entre trois couleurs, le vert des arbres, le bleu du ciel et le jaune grillé des champs. C’est aussi perdre la notion du temps. Pas un chat sur ces routes, deux heures ou une semaine, plus personne ne sait. Un âne regarde passer la camionnette. Là-bas, un chien et quelques vaches. Les vaches ne bougent pas, le chien aboie. Les cigognes consolident leurs nids. Halte au village, le blanc des maisons alentejanas, corps de ferme de plain-pied tout en longueur, écrasées par la chaleur. Un pourtour bleu, un pourtour jaune, un pourtour orange pour jurer qu’elles ne sont pas toutes pareilles. Entrer dans le café vide, saluer la vieille dame en noir qui ne répond pas. Saluer celle derrière le comptoir, si affairée sans que personne ne sache pourquoi et qui lève à peine un sourcil. Saluer le poste de télévision, c’est le plus bavard. Autant d’années au compteur, mais jamais à sec d’histoires. Prendre un café. Un café cheio. Le boire à la terrasse. Écrasés par le soleil à notre tour. Prendre la place de l’âne, regarder passer les camionnettes et repartir. Rien ne bouge. Ni le bleu, ni le vert, ni le jaune.
A
géographie
algarve(2)
Région où les Anglais de plus de 70 ans jaunissent et où les Anglais de moins de 25 ans rougissent. De la bière et du soleil. Du soleil et de la bière. Des menus en anglais. Des menus en français. Des menus en néerlandais. Des menus en italien. À part ça, le béton. Celui des grands hôtels au bord de l’eau et des maisons hideuses. Celles qui cachent les plages somptueuses. Celles qui écornent l’arrière-pays. Ceux qui continueront de gratter trouveront le reste, les eaux chaudes dont raffolent les Portugais, le poisson à peine pêché et déjà grillé, le filet d’huile d’olive qui va avec, les îles sans voiture, les chapeaux de paille, les pieds dans l’eau, les pantalons relevés, les oranges et les citrons, les plages cachées et le bonheur de la lenteur.
A
gastronomie
alheira
Chorizo, boudin noir, farinheira ou autres, difficile de parler gastronomie au Portugal sans parler de saucisse. Et impossible de parler saucisse au Portugal sans parler d’alheira. La seule avec la farinheira qu’on ne trouve qu’ici. Les seules aussi à partager une autre particularité, elles sont faites sans viande de porc. Exploit d’autant plus remarquable qu’au Portugal, le porc est partout, même dans les steaks 100 % bœuf ou dans les pâtes aux palourdes. Alors forcément, il y a une explication à cela et il faut partir la chercher au fond de l’année 1492. Pleine inquisition. Le roi Fernando de Aragão et son épouse, la reine Isabelle de Castille envahissent l’Alhambra de Grenade, dernier bastion maure. Fervents catholiques, ils persécutent les Juifs qu’ils considèrent comme dangereux, puisque capables d’encourager les nouveaux convertis à retourner à leur ancienne foi, le judaïsme. Les Juifs partent. Les Juifs passent la frontière. Les Juifs se cachent au Portugal. Seulement voilà, les persécuteurs les suivent. Les persécuteurs les traquent. Alors, ils se griment, ils se font passer pour chrétiens et tentent de vivre en paix, participent à la messe, lâchent l’hébreu pour l’araméen et adhèrent à tous les rituels catholiques. Les persécuteurs sont tenaces, ils vont jusqu’à regarder ce qu’il y a dans les assiettes des persécutés pour savoir s’ils trouveront du porc ou pas. Au Nord, tout au Nord, derrière les montagnes, à Trás-os-Montes(3), les habitants de Mirandela se mettent à accrocher des bottes de saucisses à leur porte. « Ici, vit un chrétien », hurlent-elles. Ancêtres des plaques modernes, « Ici vit un benfiquista », peut-être. C’est alors que le génie entre en jeu. Les Juifs de Mirandela inventent une saucisse à base de viande de volaille et l’accrochent comme les autres à leur porte. « Ici vit un chrétien », copient-elles. Le tour est joué. Les Juifs du Portugal sont sauvés. Et l’alheira de Mirandela vient d’entrer dans l’Histoire au pied de biche.
A
usage
amor
« Bom dia, Amor. » « Ça va amor ? » « Attention amour ! » « Ma chérie. » « Ma belle. » « Ma jolie. » C'est une dame de 75 ans et plus qui parle avec n'importe qui. C'est un ado de 20 avec sa mère ou deux vieilles amies à la caisse. Ça peut même être deux quarantenaires qui discutent chez le tatoueur. Grosse barbe et têtes des mauvais jours. « Meu querido. » « Ça va mon cher ? »« Très bien mon cher », « Et alors mon cher ? Quoi de neuf mon cher ? » Les mots sont là pour s’aimer et toute la journée, ils travaillent. C’est surprenant. Et puis on s’habitue, ça devient enveloppant. Ça devient un gros coussin à mémoire de forme.
A
usage
ana
Il y a Ana Fernandes, il y a Ana Marques, il y a Ana Branco ou Ana Brigitta, entre les maîtresses, les assistantes et les élèves, il y a douze Ana par classe. Comme il y a sept ou quinze João, une dizaine de Mariana et probablement une demi-douzaine de Tiago. Ça fait une grande classe, mais pas une grande variété de prénoms. Il faut alors trouver des subterfuges pour comprendre de qui on parle. Joãozinho, Joca ou Joãozão. Et ce n’est pas un hasard, c’est parce qu’il y a une liste des prénoms autorisés au Portugal. Une liste avec plein de règles dedans, tenue par la Conservatória dos Registos Centrais, à la charge de l’état civil. Preuve de modernité, la liste avoisine les 1 000 prénoms quand elle n’en avait pas la moitié il y a une vingtaine d’années. Mais les habitudes ont la dent dure, les prénoms donnés restent souvent les mêmes. Ainsi, on estime que 2,5 % des hommes s’appellent João et que les Mariana, Ana, Inês, Beatriz, Rita et Maria représentent un quart de la population féminine.
A
patrimoine
architecture
Au pouvoir de 1933 jusqu’à sa mort en 1970, avec un régime qui lui survit jusqu’aux Œillets, Salazar est un dictateur. Propagande. Propagande. Il compte sur chaque pan de la société pour exalter la grandeur et la supériorité nationale. L’architecture est un pilier central de cette entreprise, c’est en plus un moyen de laisser une empreinte indélébile. Il s’y attelle donc dès le début de son règne, en rénovant l’ancien pour en montrer la puissance. xe siècle, xiie siècle, les châteaux forts, les monastères, remis à neuf. Mais il y a aussi les vivants. Il faut loger ses fonctionnaires, il faut leur faire des maisons individuelles et des maisons jumelées, il faut aussi leur construire des beaux quartiers et des monuments dont ils seront fiers plus tard. Le pont suspendu de Lisbonne qui relie les deux rives du Tage, des bâtiments majestueux et des statues à la gloire de son passé. Montrer la vitalité et la force du Portugal, voici la mission qu’il s’est fixée. Les hommes tombent, les régimes tombent, mais la pierre reste.
Aujourd’hui, c’est entre fierté et gêne que les Portugais oscillent en posant l’œil sur ce patrimoine. Fierté d’appartenir à un si grand petit pays. Le pont Salazar est devenu pont du 25 avril, jour de la révolution. Fierté encore. Gêne d’avoir hérité d’un passé si lourd. À Coimbra(4), dans le centre, les enfants peuvent toujours jouer et se perdre dans le Portugal des Tout-Petits, ce parc d’attractions voulu par le dictateur pour qui les enfants étaient l’atelier sacré des âmes. Il le leur a construit pour les façonner, les éduquer. Leur apprendre ce que devait être leur pays, ce qu’était une maison typiquement portugaise, un château, des rues propres et même l’empire, sans qu’ils aient besoin d’ouvrir un seul livre. Une aubaine. Les enfants y jouent encore, mais font des petits graffitis sur les murs. Il a perdu.
A
usage
au revoir
Que c’est dur de se dire au revoir. Au téléphone, c’est encore pire. Fin de la conversation, il manque 45 secondes ou une minute d’embrassades et de câlins. Au revoir. Allez, au revoir, à bientôt. Câlin. Allez. Allez. Au revoir. À bientôt, Bisous. Avec la voix de plus en plus lointaine. D’où ça vient ? Personne ne sait. Personne ne m’écoute vraiment d’ailleurs. Adieu bientôt. Que c’est dur de se dire au revoir. Peut-être parce qu’on s’aime trop pour ça. Ou alors parce qu’on a peur d’offenser. Raccrocher trop vite. Manquer aux règles du respect le plus élémentaire, à ses obligations les plus basiques. Raccrocher au nez, même si ce nez est interminable, un crime de lèse-majesté.
A
société
avec
« Avec » se dit « com » en portugais. « Com » se prononce « con ». Certains assurent que c’est là qu’il faut chercher l’origine du mot…
Dans le nord du Portugal, les « Avec » sont les imigrantes du mois d’août. Ceux qui sont portugais, mais aussi français. Parfois plus l’un que l’autre, parfois plus l’autre que l’un. Ils parlent mal le portugais ; ils parlent mal le français. Mettent des mots de l’un dans l’autre. Mettent des mots de l’autre dans l’un. Ils sont nés au Portugal, mais ont émigré en France dans les années 1980, 1990. Leurs enfants sont français, leurs vies sont françaises, seules leurs vacances sont restées portugaises.
Tout au long du mois d’août, au village ou en ville, ils font revivre les rues et les maisons habituellement vides le reste de l’année. Chaque mois d’août de chaque année. Depuis tant d’années.
Attention distinction. Tous les imigrantes ne sont pas « Avec ». Seuls ceux à qui on reproche leur arrogance le sont. Ceux qui viennent avec leur grosse voiture, leurs grosses montres, leurs lunettes de soleil qui brillent et leurs beaux habits et leurs bonnes manières. Celles qui sont très chics et bien étalées. « Avec ». « Avec ». « Avec ».
Attention distinction. Encore. Les « Avec » ne doivent pas être confondus avec les « Sava ». Les « Sava » sont leurs enfants. Ceux qui sont nés en France et pour qui tout va bien. Tout le temps. Quoi qu’il arrive. Ça va. Ça va. Ils parlent encore moins bien le portugais, mais le comprennent parfaitement, alors ça va, ça va. On pardonne plus facilement aux « Sava » qu’aux « Avec ». Même si attention, la limite n’est jamais très loin.
A
tourisme
avion
Face à Lisbonne, sur l’autre rive du Tage, il y a deux petits restaurants sublimes. Pour les trouver, c’est simple, il faut prendre le bateau, descendre à Cacilhas, longer les quais pendant 25 minutes en direction du Pont du 25 avril, éviter les flaques d’eau salée, les aboiements sans chiens, les quelques poules qui sortent d’un bâtiment, observer les cochons qui y dorment et regarder les tags sur tous les murs. Entrepôts abandonnés sur entrepôts abandonnés, continuer sans s’arrêter, se faire capter par le magnétisme des lieux – ici, il y avait un port fluvial luxuriant avant le pont, des conserveries et des usines textile pleines d’employés et d’argent frais, le pont a été construit, les bateaux ne sont plus passés – et puis les premières chaises, les premières tables. Anciens restos de pêcheurs, aujourd’hui restaurants à la mode, c’est pas grave, c’est pas le sujet.
Une fois assis, vinho verde arrive, les yeux se reposent. Ce qui les frappe en premier, c’est la beauté de la ville qui se trouve en face. Ville blanche, ville lumière, ville aux sept collines, tout se voit très bien d’ici et tous les surnoms s’éclaircissent. On peut l’observer sans qu’elle ne s’en rende compte. La découvrir. Apprendre à l’aimer en silence. Au coucher du soleil, c’est l’idéal, elle devient rose, puis orange, puis rouge, ocre et un peu violette sur la fin. C’est drôle une ville qui parle autant sans bouger les lèvres.
Et puis elle dit qu’elle aime danser, la ville. C’est pas vraiment elle qui le dit, c’est le ballet incessant des avions qui la surplombe. Ils arrivent de là-bas, tout à gauche, très loin derrière la plage, puis ils passent au-dessus du pont et vont se coucher dans le fond. Les uns après les autres. À la queue leu leu. Un avion. Puis un autre. Et encore un autre. Voici le suivant. Ça ne s’arrête jamais. Un par minute, au minimum. FlightRadar recouvre le ciel de petits dessins jaunes. C’est petit pourtant Lisbonne. 500 000 habitants intramuros ; d’ici, on l’embrasse d’un seul coup d’œil. Où peuvent-ils bien s’entasser tous ces gens ? Vus d’ici, ils ont l’air lointain ces avions. En ville, ils nous rasent la tête, l’aéroport est si proche du centre. Vroum. Vroouuum. Vrooouuuuum. Dans certains quartiers, les murs tremblent à chaque passage. Cinquante ans que Lisbonne parle de se construire un nouvel aéroport tant celui-ci est surchargé. Elle en parle. Elle en parle. Mais elle hésite. Sur l’emplacement du nouveau, zone protégée, zone habitée, sur sa taille, sur l’argent que ça va coûter. Pas sur la nécessité. Plus de 50 % des vols retardés car saturé, certaines liaisons retardées à 75 %, quatre heures d’attente à l’immigration, car trop de voyageurs et trop peu de personnel, ça arrive. Tous les jours. Au moins toutes les semaines. 50 ans que Lisbonne parle d’un nouvel aéroport. Mais ça coûte cher. Et ça pose des problèmes. Et ça prend du temps. Un avion passe. Un autre le suit. Et voici le suivant. D’ici, on les croirait presque inoffensifs. De simples danseurs aimant danser. Plus de 30 millions de passagers par an, près de 250 000 vols, ça en fait des danseurs.
A
patrimoine
azulejos
On les trouve sur chaque immeuble. Les carreaux de faïence décorés. On les trouve aussi dans les cages d’escalier ou sur les murs des cuisines, ceux de la salle de bain, ceux des toilettes, ceux de la chambre à coucher. On les admire sur les monuments historiques, sur les façades remarquables, sur les façades banales et sur les autres. On les y met parce qu’ils sont beaux, on les y place parce qu’ils sont tendres, qu’ils réfléchissent la lumière, jouent avec les rayons du soleil, les cajolent et les embrassent, mais pas seulement. Mosaïques géantes, ils racontent aussi une partie d’histoire. Chaque carreau raconte la sienne. Chaque carreau se lie à ce qui l’entoure pour mieux raconter cette histoire, c’est un patrimoine intégré. Retiré de son ensemble – ou l’ensemble retiré de la façade –, il perd le contexte pourtant essentiel à sa compréhension. Traditionnellement peint à la main, il parle de la splendeur de son artiste, de la délicatesse de son geste et de tous ces milliers de petits riens qu’il a accumulés pendant des siècles autant que de la grandeur du Portugal. La Chapelle des Âmes de Porto(5), la gare de São Bento et les rues de Lisbonne. Les carreaux de faïence, les azulejos. On les remarque au premier coup d’œil. On ne les oublie plus jamais. Le cœur a flanché. Les années se sont écoulées. Aujourd’hui, ils sont faits en série. Plus communs. Presque grossiers. Parfois réussis. Parfois affreux. C’est la loterie. Aujourd’hui, on les déniche à d’autres endroits. Les murs des Airbnb en déco, à droite de la toile IKEA, celle du tramway 28 – le jaune, mondialement connu – ou même en dessous de plats, « une pièce unique ». Aujourd’hui, on les trouve dans des boutiques de souvenirs, dédiées spécialement au genre. 25 euros le carreau, peint à la main par des artisans, « selon les techniques ancestrales », a dit le vendeur. « C’est cher, mais c’est une œuvre d’art », a-t-il rappelé. Et c’est vertueux. Parce qu’aujourd’hui, on les trouve aussi dans les travées des marchés aux puces. Dans des caisses en plastique – classés par époque et par couleur, par motifs et précision – ou bien simplement posés au sol sur un drap délavé. De 1 euro à 10 euros, c’est beaucoup moins cher, mais ils ont été arrachés des murs. Aujourd’hui, on ne les trouve plus à moins de 2,50 m de hauteur sur les façades. En moyenne, cinq carreaux sont volés chaque jour. Aujourd’hui, on les trouve partout. Aujourd’hui, on ne les trouve plus partout.
B
usage
bagaço
À 6 h du matin pour les ouvriers dans les [tasca] les plus obscures. Au comptoir, le regard lourd. Ou après 23 h, après dîner pour ceux qui aiment continuer. Il n’y a que deux manières de boire un bagaço. Une dure et une légère.
B
tourisme
bateaux de croisière
C’est lent une ville qui flotte. Elle arrive par l’embouchure du Tage. Gigantesque. Monstrueuse. Enchaînement de barres d’immeubles de trente étages, elle toise la ville à l’ancienne – celle qui ne bouge pas, celle qui ne peut pas s’enfuir –, elle la mesure et elle se considère sûrement un peu supérieure. Alors elle lui vomit dessus. Lentement. Sans se presser. 3 000 touristes qui s’échappent du ventre du bateau pour inonder le cœur historique de la vieille. C’est lent une ville qui flotte, mais ça consomme énormément. À Lisbonne, la simple pollution des bateaux de croisières sur l’année est supérieure à celle de tout le parc automobile de la capitale sur la même période.
B
sport
benfica
Religion en rouge et blanc. À ne pas confondre avec le Sporting ou le FC Porto, les religions en vert ou bleu, les religions de ceux qui se trompent. C’est très différent, ils n’ont pas le bon maillot. C’est très important, le maillot doit être rouge. C’est comme ça depuis si longtemps. 230 000 socios, c’est même le deuxième club de foot au monde en termes de popularité, derrière le Bayern Munich. 84 trophées, c’est le huitième club le plus titré de la planète. Le numéro 1 au Portugal évidemment. Un géant aux pieds en cuir.
Religion en rouge et blanc, Benfica, c’est un peu plus qu’un simple club de foot. La preuve, toute la rue le dit, quand le Benfica gagne c’est bon pour l’économie. Les gens sont heureux. Les gens sortent. Les gens consomment. Et le pays avance. Évidemment, c’est l’excuse préférée avancée par ceux du Sporting ou de Porto pour jurer qu’au fond, ils ont laissé gagner les Rouges. Que c’est leur côté altruiste à eux. La patrie avant tout. Et si tout le monde pensait comme eux, le Portugal irait mieux.
Bien entendu, les Benfiquistas le prennent en souriant. Ils commencent par le concéder, c’est vrai, ils sont le plus grand club du pays, et bien sûr, quand ils gagnent, tout le monde est heureux, mais ils n’oublient jamais d’ajouter que personne ne les a laissés gagner. Même pas l’arbitre. Même pas l’adversaire. Même pas la Fédération. On leur répond alors que c’était pas tout à fait pareil à l’époque de l’Estado Novo de Salazar quand Benfica était le club du régime. Champion d’Europe deux fois, le dictateur avait interdit à Eusebio de quitter Lisbonne pour l’Inter Milan. « Patrimoine national », avait-il dit. Fin de non-recevoir. À l’époque de l’Estado Novo, peut-être, mais plus maintenant, c’était il y a si longtemps. Ils n’étaient pas nés. Ils ne savent pas. Ce n’est plus pareil.
Quoi qu’il en soit, les études sont formelles. Sur les vingt dernières années, à chaque fois que le Benfica a fini champion, le PIB a augmenté et il l’a fait globalement plus franchement que les années où le Sporting ou Porto ont été sacrés.
Quoi qu’il en soit, toujours, les études sont formelles, encore, l’année où le PIB a le plus augmenté ces dernières années, c’est les Dragons de Porto qui avaient remporté le titre.
Alors quoi qu’il en soit, les discussions continuent. Elles sont sans fin. Seule la couleur des maillots change et transforme ces discussions en mythes ou réalités.
B
personnage
béton
Au cœur des azulejos s’érige le béton. Un béton raffiné, aux lignes épurées et à la voix engagée. Il proclame que l’architecture doit être accessible à tous, aux pauvres, aux jeunes, à ceux indifférents et aux sans-choix. Derrière les cris de ce béton, on découvre Álvaro Siza, sans doute le plus grand architecte portugais de tous les temps, honoré du prix Pritzker en 1992, l’équivalent d’un Nobel en architecture.
Né sous la dictature en 1933, il affirme que « l’architecture doit être humaniste avant tout », un « service social fondamental », loin de l’image actuelle d’un art au service des caprices des plus riches, qu’il qualifie de « monstruosité ».
