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Voici une anthologie qui ne s’enroule pas sur elle-même, dont les chants ne s’auto-émerveillent pas comme ces textes pionniers mais néanmoins candides de notre littérature des premières heures, empêtrés dans leurs propres lauriers et épines, serpent fou qui se mange la queue… Non, ici les thématiques, même les plus sombres au départ, finissent par irradier l’espérance. On est loin non seulement des textes pionniers comme dit précédemment, mais aussi de la littérature d’expression française entre 1970 et 1990, si « apagogique », si noircissante, si « afro-pessimiste ». Survenant en même temps que le cinquantième anniversaire de l’indépendance de la République démocratique du Congo, cette anthologie se présente comme un chant de ralliement, d’hallali, chœur de poètes sans frontières, solidaires d’une même vision : la renaissance urgente du Congo dit « démocratique »…
(Extrait de la préface)
À PROPOS DE L'AUTEUR
Charles Djungu-Simba K. est né à Kamituga (Kivu, RDC). Écrivain, journaliste, critique littéraire, il est professeur à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de l’Université Pédagogique Nationale de Kinshasa. Auteur de nombreux écrits littéraires (romans, nouvelles, recueil de poèmes), il a publié en 2007
Les écrivains du Congo-Zaïre. Approches d’un champ littéraire africain.
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Seitenzahl: 104
Veröffentlichungsjahr: 2021
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Voix du Congo
Dans la même collection
Chez le même éditeur
Jean Kristine,La Piste des Congo,roman, 2008
Marie-Louise Mumbu (Bibish),Samantha à Kinshasa,roman, 2008
Colette Braeckman,
Vers la deuxième indépendance du Congo,histoire, 2009
Bestine Kazadi Ditabala,Infi(r)niment Femme,poésie, 2009
Isidore Ndaywel è Nziem,Nouvelle histoire du Congo,2009
Jocelyne Kajangu,Pas seuls sur terre,poésie, 2010
Isidore Ndaywel è Nziem,Histoire du Congo (versionpoche),2011
Vincent Lombume Kalimasi,La Légende du Roi Crapaud,2011
Léopold Courouble,En plein Soleil,2011
Jean I. N. Kanyarwunga,
Dictionnaire biographique des africains,2011
Textes réunis par
Charles Djungu-Simba K.
Voix du Congo
Poésie
www.lecri.be
(Cet ouvrage a été publié avec l’aide de la Communauté française de Belgique.)
ISBN 978-2-8710-6614-9
© Le Cri édition,
Avenue Léopold Wiener 18 B-1170 Bruxelles
D/2012/3257/30 (Dépôt légal Le Cri pour la Belgique)
En couverture : Danse WB, Kinshasa 2008 (© Photo C. Verdussen)
Tous droits de reproduction, par quelque procédé que ce soit, d’adaptation ou de traduction, réservés pour tous pays.
A Désiré Pierre Bolya Baenga
Kinshasa (1957) — Paris (2010)
À quelques exceptions près, les textes réunis dans ce volume sont inédits. Mieux : ils ont été composés ou apprêtés en réponse à un appel à contributionsad hoc. Nous tenons, tout d’abord, à exprimer notre gratitude aux auteurs pour leur spontanéité et leur disponibilité. En réalité, le projet éditorial a plutôt rejoint et ranimé des velléités d’écriture qui sommeillaient dans le ventre des uns, ou que d’autres mijotaient depuis un certain temps déjà dans leur tête. Nous voudrions, ensuite, saluer la générosité de tous les contributeurs pour avoir renoncé à leurs droits d’auteurs, solidaires qu’ils sont de l’effort promotionnel collectif à consentir en faveur de nos lettres et surtout conscients de l’ingratitude de la tâche de diffusion d’un produit, la poésie, qui n’est certainement pas ce qui se lit le plus dans nos sociétés contemporaines aussi bien en Afrique qu’ailleurs.
Ce volume, nous l’avons emballé comme un florilège, une sélection de meilleurs textes, ciselés certes dans la thématique retenue, mais conjuguant une prégnance éprouvée dans les realia congolaises et l’assomption d’une subjectivité transpirante d’authenticité et d’originalité. Qu’ils soient
Congolais de sang ou de cœur, vivant au pays ou établis dans les diasporas congolaises, les auteurs avaient ainsi, à propos du Congo, le loisir de donner libre cours à leur inspiration. Comme ils l’entendaient et le souhaitaient. En français, en anglais, ou dans les langues nationales. Le Congo dans tous ses états, accommodé à toutes les sauces : du gâteau léopoldien à l’empire du silence, du chaudron de l’indépendance cha-cha-cha au bal de dictatures et de pillages, de l’équipée interminable de guerres de prédation aux incantations de pseudo-libérations. Le Congo-fleuve-faune-flore-forêt, le Congo intemporel, tout est prétexte à piocher des souvenirs, à remuer des ressentiments ou des fantasmes, à panser des blessures, à déchiffrer des signes d’espoir...
L’anthologie, cela va de soi, n’a pas pu réunir toutes les « voix » évoquant le Congo, même si rien n’a été épargné pour intéresser le plus de monde possible à l’exercice. L’accueil que le public lui réservera — et que nous espérons enthousiaste — nous incitera peut-être à rééditer l’exploit.
De nombreux amis et complices dont la modestie nous oblige à ne pas dévoiler l’identité ont accompagné ce projet en amont comme en aval, notamment en relayant l’information, en recrutant et/ou en harcelant les poètes, en convaincant les indécis ou les éternellement occupés, en nous guidant dans le choix de textes, etc. Qu’ils trouvent ici le témoignage de notre reconnaissance !
harles DJUNGU-SIMBA K.
Le poème est ce qui fait du langage ordinaire un poème
qui ne cesse pas d’être le langage ordinaire
tout en étant poème(Henri Meschonnic)
Personne ne m’empêchera de continuer à rêver
De ce qui aurait pu être un pays démocratique, nommé le Bel Kongo(Albert Russo)
L’anthologie mise au point par Charles Djungu-Simba K. a de quoi séduire. Par la quantité et par la qualité.
La quantité d’abord : une belle brochette d’hommes et de femmes de tous bords et de tous âges, pour bon nombre d’entre eux des « intrus » dans la poésie, puisqu’ils sont connus et reconnus pour avoir fait leurs preuves ailleurs qu’en poésie, notamment comme critiques littéraires, comme romanciers, comme dramaturges, ou même comme. musiciens. En tout, côté quantité : une vingtaine d’hommes et quelque trois femmes. Certains résident au pays, d’autres à l’étranger. Ou entre les deux. Tous, cependant, traînent partout avec eux l’ombre du Congo, car, comme l’avoue l’un d’eux, «ce pays(...)me rattrape où que j’aille» (Monoko)
Côté qualité : un vrai, florilège ! Un bouquet de fleurs pittoresques, exquises, drues, à la fois épineuses et soyeuses, selon les tempéraments et les inspirations. En fait d’inspirations justement, tous les poèmes gravitent finalement autour d’un pivot : le Congo. De façon presque identique, les chants commencent par des couplets d’allure élégiaque, douce-amère et nostalgique pour s’épanouir en soleils d’espérance :
Comment donc, grand Congo en décrépitude
Raviverons-nous en nous
Le poème
Du grand rêve du commencement(Kasereka)
Comment en est-on arrivé là, dans les bas-fonds, au point, pour certains, de ne plus croire en l’homme congolais et de s’abandonner à la miséricorde de la Providence :
C’est une prière, peut-être ultime, faite à Dieu, à mes aïeux, enfants du Congo ensoleillé
Si une âme m ’entend de ce Royaume inconnu qu ’elle accueille la mienne
Du joug enfin libéré(Faignond)
Mais comme dit le proverbe, il y a loin de la coupe aux lèvres ! La libération, tant désirée, tant recherchée, exige engagement, privations et luttes. Et pour commencer la dénonciation, l’inventaire sans complaisance du mal-rhizome qui a élu domicile en nous, dans le pays.
« La patrie n’est plus un refuge pour les justes», constate Kamanda. Et Kasele de s’interroger : «Où se réfugier ? Qui appeler au secours ?», car «partout le peuple gémit, partout il erre». Le spectacle est terriblement poignant, insupportable : un si grand pays, immensément riche, mais transformé en une terre «de la pauvreté et de la débrouille» (Shanyungu). Un pays que l’amertume de Kilosho amène à comparer à une île où «le trajet du berceau à la tombe se raccourcit de jour en jour». Un pays devenu un danger pour ses enfants et que certains, bien malgré eux, ont dû fuir, un pays qu’ils hésitent toujours à réintégrer : «Nous sommes partis. A quand donc le retour ?» (Kitoga). Alors, devant le pourrissement de la situation, devant l’incurie foncière des pouvoirs publics, le poète sonne le tocsin :
Une trompette sans maître
Erre dans ma nuit
Écoute ses élans de foudre(Tshitungu)
Et avertit : si rien n’est entrepris pour retrouver le droit chemin : «Mokili ekokufa masumu eleki » [Le monde s’effondrera sous le poids des péchés](Lutumba).
De temps en temps, la nostalgie qui traverse les bonnes feuilles porte les frémissements de la rancœur contre le passé colonial, comme ces piques acérées contre le roi Léopold II : «L ’incendiaire de maisons au toit de chaume, le « mundele ngulu », massacrant les guerriers mal équipés dans des guerres inégales» (de Lannoy).
Mêmes tonalités de nostalgie chez Mwepu : «Ce pays-là a été un superbe espoir» ; ou chez Mumbu : «La 27° lettre est à inventer pour dire ce que tu devras dire, ou plutôt ce que tu étais». Et pourtant, comme un fleuve sinueux, qui affronte monts et vaux, les flux et reflux de presque tous les poèmes finissent par s’épancher vers le grand large, en courants porteurs et prometteurs ; quitte de temps en temps à recourir aux invocations de quelque messie espéré :
Héros des héros,
Viens donc essuyer nos larmes
Si tu nous abandonnes, nous sombrons(Mongaba).
Mon cœur en toi
A jamais s’implante
A l’ombre de ta douleur
Ma main te cherche un sauveur(Kilanga)
Ces « sauveurs » ne viendront ni du ciel ni de l’étranger, mais de l’intérieur même de notre pays, parmi ses vrais et dignes enfants :
Là, à l’est, sur les cimes des montagnes
Là se terrent des héros assoiffés de paix(Tshisungu)
D’autres élans d’autres poètes rechignent à l’attentisme, sont néanmoins nettement plus résolus, pragmatiques à défaut d’être optimistes :
C’est avec l’énormité de nos douleurs
Que nous tapissons inlassablement
Les murs de la maison Congo
Devant l’impossible normalité
De nos indépendances entêtées(Kangomba)
Et si le port mâle, altier, du fleuve pouvait inspirer nos parcours perpétuellement en proie aux errances et aux divagations, ôter les illusions à nos rêves pour des lendemains qui (en)chantent et féconder nos inlassables efforts de survie quotidienne, ce n’est point le poète qui s’en plaindrait, lui qui clame :
Les arbres de nos rêves irrigués Portent verte la robe des feuilles Et pousseront des fleurs Aux couleurs riantes de vie(Itsieki)
Et supplie :
Apprends-nous à demeurer debout
Cap devant comme ton fleuve vaillant(Djungu)
C’est sur l’image initiatique du fleuve magique et inclusif que nous ramènent Mwanza et Yoka. Le premier pour nous inviter à nous y accrocher mordicus, ou à nous fondre dedans, fleuve chair de notre chair, «Ebale ezanga mokuwa», le seul bien patrimonial que le poète espère ne jamais devoir perdre :
Après avoir profané nos cimetières et nous avoir empêchés de pleurer nos morts, arriveront-ils à transporter le fleuve et à s’en servir comme eau de chambre ?
Le second pour nous rappeler cette vérité première, l’inanité de nos fiertés et de nos misères face à la jeunesse sauvage et à l’éternité sereine du fleuve qui coule, mais demeure :
Je suis, Congo,
Matrice des écumes sans cicatrice
Je suis motrice des espérances renouvelées
On aura compris : le fleuve reste une métaphore forte, le totem régénérateur, rassembleur et rédempteur. On l’aura lu aussi : les textes, en format de prose ou en vers libres, sont ciselés avec minutie et maestria, dans une francophonie apprivoisée, engrossée de métaphores typiques, totémiques. Et le recours aux langues nationales (intégralement ou épisodiquement) tout autant que les éloges emphatiques pour son utilisation (par exemple dans le texte de Mayengo, « Terre d’énigmes, terre bradée ») sont la marque de cet apprivoisement et donc de la quête permanente d’une identité transversale.
On l’aura compris enfin : voilà une anthologie qui ne s’enroule pas sur elle-même, dont les chants ne s’auto-émerveillent pas comme ces textes pionniers, néanmoins candides de notre littérature des premières heures, empêtrés dans leurs propres lauriers et épines, serpent fou qui se mange la queue. Non, ici les thématiques, même les plus sombres au départ, finissent par irradier l’espérance. On est loin non seulement des textes pionniers comme dit précédemment, mais aussi de la littérature d’expression française entre 1970 et 1990, si « apagogique », si noircissante, si « afro-pessimiste ».
Survenant en même temps que le cinquantième anniversaire de l’indépendance de la République démocratique du Congo, cette anthologie se présente comme un chant de ralliement, d’hallali, chœur de poètes sans frontières, solidaires d’une même vision : la renaissance urgente du Congo dit « démocratique ».
Pr. Lye M. YOKA
Président de l’Observatoire des Cultures urbaines
en RD. Congo (O.B.S.C.U.R)
Spécialiste national de la Culture au Bureau de
l’UNESCO à Kinshasa.
Né en 1953 à Kamituga (Kivu, RDC), il est titulaire d’un doctorat en langue et littérature françaises (Université d’Anvers). Membre associé du Centre de recherche « Écritures » (Université Paul Verlaine de Metz, France) et enseignant à l’Université pédagogique nationale de Kinshasa, Charles Djungu-Simba K. est auteur de nombreux ouvrages de contes(Autour du feu),nouvelles(Le Taureau noir, Les terrassiers de Bukavu),poésie(Je connais un pays, Congo Cinquante),récits(Ici ça va, On a échoué, Cité 15, Au taux du jour, L’Enterrement d’Hector),essais(Les écrivains du Congo-Zaïre.Approches d’un champ littéraire africain).
Aux lucioles engluées dans l’encre de la nuit Aux braises qui sous la cendre de traîtrises Sommeillent et vous rouspètent en silence A ces femmes bêtes de somme et à mômes Crises complots suicides assistés et quoi encor Taisez vos vouvouzellas vos prêches et vos fêtes Rien, vous dis-je, rien (et je mens à peine)
Ne nous arrêtera d’enfanter l’espoir, non la vie !
Dis-moi Congo
Toi qui te targues
D’être riche à gogo
Pourquoi je te le demande
Tant de tes rejetons
Inondent le monde
Quêtant des oripeaux
Cependant que des gangs
De tes ors s’empiffrent
Et de nos sangs s’enivrent
Pourquoi ceux du dedans
En carêmes s’épuisent et amen
