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Un manoir qui semble abriter des activités occultes et criminelles...
Quand Aude revient à Toulouse passer quelques jours auprès de sa grand-mère Clémence et de son cousin Raphaël, elle se trouve subitement confrontée à des événements qui la plongent dans le passé tourmenté de sa famille.
Entraînée par Raphaël, passionné par l’histoire de la chapelle attenante à la maison de Clémence, dont l’entrée est murée depuis bien longtemps, et guidée par des rêves étranges vers un manoir isolé où résida leur aïeule Olympe, Aude va plonger dans un univers angoissant où elle croisera la route d’un journaliste, Hugo. Ce dernier, sur les traces d’une amie disparue, s’intéresse lui aussi au manoir qui semble abriter des activités occultes et criminelles…
Plongez au cœur d'un thriller fantastique et laissez-vous emporter par l'histoire de Clémence, confrontée au passé tourmenté de sa famille.
EXTRAIT
Dans la chapelle, l’auditoire retenait son souffle.
La flamme des bougies dessinait des ombres mouvantes sur la pierre blanche. Tous les regards étaient tournés vers l’orateur qui de dressait devant l’autel de pierre. La voix de l’homme résonnait dans la salle voûtée.
— Que se passe-t-il, après ? Quand le temps s’arrête, quand les yeux se ferment sur le monde des hommes ?
Seul le silence lui répondit.
— À cet instant même, reprit-il d’une voix solennelle, tout autour de nous, comme tant d’autres avant eux, des êtres fascinés par ce qui se trouve au-delà du réel, écoutent des oracles, des devins, des médiums. Ils errent au cœur des forêts de symboles, se débattent dans les méandres des théories quantiques, guettent les voix d’outre-tombe, afin de lever le voile sur cette éternelle énigme !
À PROPOS DE L'AUTEUR
Cécile Lebrun est originaire de Toulouse, où elle a fait des études de Lettres. Après avoir vécu en Angleterre puis enseigné l’anglais quelques années, elle est devenue professeur documentaliste près de Nancy. Passionnée par l'art et la mythologie, voyageant sans cesse dans les livres, elle se laisse entraîner par les légendes, les vieilles pierres et les œuvres d'art dans des mondes où le temps s'abolit, où le passé vient réveiller le présent, et transfigure la réalité.
Elle est l'auteur de La parole de pierre, édité au Verger des Hespérides.
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Seitenzahl: 159
Veröffentlichungsjahr: 2017
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Table des matières
Résumé
Vox Aeternitae
Quand Aude revient à Toulouse passer quelques jours auprès de sa grand-mère Clémence et de son cousin Raphaël, elle se trouve subitement confrontée à des événements qui la plongent dans le passé tourmenté de sa famille.
Entraînée par Raphaël, passionné par l’histoire de la chapelle attenante à la maison de Clémence, dont l’entrée est murée depuis bien longtemps, et guidée par des rêves étranges vers un manoir isolé où résida leur aïeule Olympe, Aude va plonger dans un univers angoissant où elle croisera la route d’un journaliste, Hugo. Ce dernier, sur les traces d’une amie disparue, s’intéresse lui aussi au manoir qui semble abriter des activités occultes et criminelles…
Cécile Lebrun est originaire de Toulouse, où jelle a fait des études de Lettres. Après avoir vécu en Angleterre puis enseigné l’Anglais quelques années, elle devenue professeur documentaliste près de Nancy. Passionnée par l'art et la mythologie, voyageant sans cesse dans les livres, elle se laisse entraîner par les légendes, les veilles pierres et les œuvres d'art dans des mondes où le temps s'abolit, où le passé vient réveiller le présent, et transfigure la réalité.
Elle est l'auteur de « La parole de pierre », édité au Verger des Hespérides.
Cécile Lebrun
Thriller fantastique
ISBN : 978-2-35962-941-5
Collection Atlantéïs
ISSN : 2265-2728
Dépôt légal mai 2017
©2017 Couverture Ex Aequo
©2017 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays. Toute modification interdite.
Dans la chapelle, l’auditoire retenait son souffle.
La flamme des bougies dessinait des ombres mouvantes sur la pierre blanche. Tous les regards étaient tournés vers l’orateur qui de dressait devant l’autel de pierre. La voix de l’homme résonnait dans la salle voûtée.
— Que se passe-t-il, après ? Quand le temps s’arrête, quand les yeux se ferment sur le monde des hommes ?
Seul le silence lui répondit.
— À cet instant même, reprit-il d’une voix solennelle, tout autour de nous, comme tant d’autres avant eux, des êtres fascinés par ce qui se trouve au-delà du réel, écoutent des oracles, des devins, des médiums. Ils errent au cœur des forêts de symboles, se débattent dans les méandres des théories quantiques, guettent les voix d’outre-tombe, afin de lever le voile sur cette éternelle énigme !
De l’Atlantide à Lalibela, de l’île de Thulé à celle de Philaé, des Pyramides d’Égypte aux sommets de l’Himalaya, ils espèrent une Porte s’ouvrant sur d’autres mondes.
Il s’interrompit un instant, puis reprit :
— N’avez-vous jamais songé que certains l’avaient peut-être déjà trouvée et avaient gardé le secret ?
Et si elle était là, tout près ? Si elle était déjà ouverte ?
Plongées dans une semi-pénombre, une trentaine de personnes assises face à lui buvaient ses paroles. Il était grand, dans la force de l’âge, charismatique et rassurant, comme un guide menant son troupeau.
— Vous qui nous avez rejoints, ne voudriez-vous pas partager ce secret ?
Être les précurseurs d’un monde nouveau ?
Vous ne le savez pas, mais ce soir, ici même, vous êtes aux Portes de l’Éternité !
Il balaya lentement les premiers rangs de son regard pénétrant.
— Oui, ici même, mes amis, dit-il en désignant une porte de pierre sculptée dans le mur, le miracle a eu lieu ! Dans ce temple, les Frères ont eu une révélation.
Vous qui cherchez la lumière, qui êtes las de tous les discours convenus dont nous sommes abreuvés, que dis-je, gavés ! Vous aurez la chance d’accéder à des archives uniques qui illumineront votre vie entière !
Attablé près de la baie vitrée, son verre presque vide, Hugo regardait les passants traverser la place du Capitole. Dans la douceur de cette fin d’après-midi, les Toulousains sortaient du travail, faisaient leurs dernières courses ou se reposaient à la terrasse des cafés en regardant le soleil se coucher sur les façades roses.
Il jeta un coup d’œil à l’horloge située au-dessus du bar.
Une bonne demi-heure de retard. Ça ne lui ressemblait pas.
À force de la guetter dans le flux incessant des clients, il avait l’impression de tourner.
Il allait devoir renoncer.
Léna ne viendrait pas.
L’angoisse qu’elle aurait dû apaiser le reprit de plus belle.
Elle finit par passer la porte. L’allure souple, vêtue d’un grand manteau gris sur lequel retombaient ses épaisses boucles noires, elle traversa rapidement la salle, et s’installa face à lui.
— Alors, tu as des nouvelles ? demanda-t-il.
— Je ne peux pas rester longtemps… J’en sais un peu plus : Deborah a été appelée.
— Où ?
— Au Manoir.
Le fameux Manoir. Déborah l’avait mentionné.
— Pourquoi l’ont-ils envoyée là-bas ?
— Pour participer à une soirée spéciale. Ils organisent de grandes fêtes avec des invités triés sur le volet… Viviane choisit les filles qui y vont…
— Elle aurait pu me tenir au courant !
— Elle n’a pas eu le temps… On est souvent prévenues à la dernière minute…
— Mais ça fait quinze jours ! Il y a bien des téléphones dans ce Manoir ?
Léna fit la moue.
— Je sais… Espérons que ce soit parce qu’elle est trop occupée… Si ça peut te rassurer, même à nous, elle n’a pas donné de nouvelles.
— Et vous n’en avez pas demandé ?
— Si, bien sûr ! Viviane nous a dit que tout allait bien. Nous avons l’habitude : régulièrement, des filles sont choisies pour ces soirées.
— Quand revient-elle ?
— Je ne sais pas… Si on leur convient, on part loger au Manoir…
Ses yeux verts brillèrent.
— C’est une promotion ! Les filles reviennent prendre leurs affaires à la Villa et faire leurs adieux aux copines… Après, on ne les revoit plus…
— Et c’est tout?! s’étonna Hugo. Vous ne savez pas ce qu’elles deviennent ?
— Si, quelquefois… Certaines ont donné des nouvelles… Plus tard. Mais on ne parle pas des cérémonies du Manoir. C’est la règle.
Hugo fronça les sourcils.
— Et comment expliquez-vous ça ?
— Les participants sont des notables de la région, ils sont très soucieux de leur image et exigent le secret…
Il hocha la tête en silence. Puis reprit, l’air contrarié :
— En attendant, je suis bloqué… Debbie allait me parler des relations entre Misckiewicz et Viviane… Je ne peux pas attendre indéfiniment qu’elle revienne !
— Si tu veux, je peux prendre le relais… Ne t’inquiète pas, elle n’est pas encore venue récupérer ses affaires, elle finira par réapparaître. Bon, je dois y aller, on se retrouve au Club, demain soir…
Cela faisait plusieurs nuits qu’Hugo avait du mal à trouver le sommeil.
Tout avait basculé quand Debbie avait disparu.
Jusque-là, Hugo Kern était un célibataire qui, à quarante ans, profitait pleinement de sa liberté. Né à Toulouse, baroudeur dans sa jeunesse, il était revenu s’y installer quand il avait décroché un poste au siège de la « Dépêche du Midi ».
Responsable de la rubrique culturelle, il enchaînait les reportages sur la région où les curiosités ne manquaient pas, et il sillonnait le sud-ouest en quête d’attractions touristiques et culturelles.
Entraîné par Xavier, un collègue qui venait de divorcer, il avait fréquenté les clubs privés de la rue Saint-Rome où ils n’avaient pas tardé à croiser Déborah et ses compagnes Escort-girls.
Ces filles l’avaient marqué : elles étaient très belles, la plupart venaient de l’étranger et surtout, elles portaient un papillon noir tatoué sur l’épaule. Comme sa mère. Ce détail l’avait aussitôt lié à elles.
Il évoqua la silhouette élancée de Déborah, ses longues boucles blondes et ses grands yeux bleus étonnés et mélancoliques.
Les fées s’étaient penchées sur son berceau, mais la vie ne l’avait pas épargnée.
Hugo avait deux passions : les originaux et les mystères de l’âme humaine.
Derrière les visages des marginaux, il devinait souvent une histoire qui recelait une perle d’humanité. Au cours de ses voyages, il avait rencontré des gens de tous horizons et s’adaptait facilement à tous les milieux. Il inspirait confiance et savait écouter. Fasciné par leurs récits, il les transcrivait avec une infinie patience.
Pourquoi certains se décidaient-ils soudain à changer de vie ? Pourquoi les gens réagissaient-ils de manière inattendue ? Qu’est-ce qui les amenait à abandonner leur maison, leur famille, leur métier ?
Ces questions l’avaient poussé, au début, vers les faits divers, que beaucoup méprisaient. Mais au-delà des « chiens écrasés », c’était tout un univers étrange qu’il explorait.
Les SDF n’étaient pas tous des victimes. Certains poursuivaient une quête bien particulière. Parfois, ils avaient choisi la rue parce qu’ils se voulaient prophètes. Adeptes de Bouddha, chrétiens ou écologistes mystiques, ils abordaient chaque visage comme une manifestation divine. D’autres rejetaient les valeurs de la société et se posaient en rebelles, prônant l’anarchisme ou le nihilisme.
Dans son enquête sur les sectes, il avait croisé des êtres extraordinaires, avides d’idéal, qui jetaient leurs forces dans ce combat avec la beauté et le courage des chevaliers partant en croisade.
Quant à la nuit et à ses filles, il s’en trouvait qui lui rappelaient les prêtresses antiques. Elles soignaient autant les âmes que les corps et gardaient la flamme de vie de certains qui sans elles auraient sombré dans le désespoir et les ténèbres.
C’est ainsi qu’il avait rencontré Debbie et ses amies et avait décidé de leur consacrer un livre. À travers elles, il réfléchissait à la notion du bien et du mal, à l’origine de la morale, à la liberté de disposer de son corps, et de celui des autres, aux rapports entre le corps et l’esprit.
Il relut le début de son manuscrit.
« Je m’appelle Déborah Jenak, je viens de Hongrie. Il y a deux ans, je me suis inscrite dans une agence matrimoniale pour les étrangers. Un type m’a fait venir ici, il avait payé pour me rencontrer. Il avait une bonne situation. On s’est vus trois fois, et j’ai accepté de le suivre. Ça n’a pas collé. Je me suis enfuie et j’ai rejoint les filles
Là-bas, dans mon pays, beaucoup de filles rêvent de devenir “Escort-girls”. C’est un mot magique : ça veut dire bel appartement, belle voiture, restaurants, discothèques, et surtout de l’argent et une vie facile, au lieu de trimer à mort dans la boue des fermes.
Il y a des réseaux, on nous procure un job discret qui nous sert de couverture, genre serveuse ou vendeuse. Moi, je suis réceptionniste dans un hôtel. On est censées loger dans un appart' qui nous sert d’adresse officielle en cas de contrôle, mais en fait, on se rejoint toutes à la Villa. C’est là qu’on gagne bien… Si tu ne perds pas la tête, tu peux ramasser assez d’argent pour rentrer au pays et ouvrir un petit commerce. C’est ce que je voudrais… »
Il tourna quelques pages.
« Comme partout il y a une hiérarchie. Les nouvelles escortent les clients, c’est tout. Avec l’expérience, elles sentent avec lesquels elles peuvent aller plus loin et gagner plus. Notre boss nous laisse pas mal d’autonomie. Nous lui devons un fixe, mais pour le reste, il n’est pas très regardant. Les plus anciennes ont une vie de rêve, elles ne songent plus à rentrer au pays. Grâce à Goran elles trouvent une planque dans le coin où elles vieillissent tranquilles parmi les bourgeoises de province… »
Goran Misckiewicz. Le chef de ce réseau clandestin, un homme d’affaires discret, à la tête d’une nébuleuse d’entreprises dont le siège se trouvait à Prague. Entre immobilier et commerce, il multipliait les transactions et se déplaçait beaucoup.
Hugo savait qu’il prenait des risques en s’intéressant à ses affaires. Mais, comme souvent il était poussé par un mélange de curiosité et de compassion qui l’emportait.
Il voulait montrer le vrai visage de ces filles qui malgré l’exil gardaient contre vents et marées, et au-delà de la réalité qu’elles affrontaient, un idéal de vie, et une innocence toujours contradictoire et inattendue avec l’image qu’elles donnaient.
Un jour, Déborah lui avait parlé du Manoir.
« Toutes les filles ne vivent pas à la Villa. Certaines résident au Manoir. Je ne sais pas où il est. Il paraît qu’ils y organisent de grandes fêtes.
Mais seules quelques élues y sont admises. On dit qu’elles ne sont pas comme nous… C’est Viviane qui les appelle. J’espère qu’un jour, j’y irai moi aussi… »
D’après Léna, son souhait avait été exaucé. Mais elle n’avait plus donné signe de vie et ça ne lui ressemblait pas.
Hugo était inquiet.
À écouter Debbie, Goran apparaissait presque comme un bienfaiteur. Un proxénète au grand cœur. Hugo n’y croyait pas. Les filles étaient, certes, bien traitées, mais qu’est-ce que ça cachait ?
Il résolut d’en savoir plus sur ce Manoir et fort de cette décision, il finit par s’endormir.
L’aube se levait… Par la fenêtre du train, Aude regardait le soleil caresser les vignes des coteaux du Quercy… Le clocher de Caussade la salua de ses reflets dorés… Bientôt Montauban et ses ponts de briques roses, ses clochers et ses pigeonniers dressés fièrement sur le ciel lumineux, et enfin Toulouse qu’elle allait trouver au réveil.
Elle l’avait quittée dans la brume de l’hiver et la regagnait en ce début d’été, baignée de la fraîcheur matinale avant que ne s’abatte la chaleur de midi qui poussait tout le monde à l’abri des pierres fraîches.
Elle rentrait d’un stage en Angleterre, la tête pleine de souvenirs, entre deux mondes, plus vraiment là-bas et pas encore ici. Elle savourait ces moments de transition, consciente de prendre un tournant entre sa vie d’étudiante qui s’achevait et celle qui allait commencer.
Elle était confiante, car elle savait qu’à la rentrée, elle travaillerait dans une agence de voyages, aux côtés d’une amie de fac qui l’avait recommandée. Mais pour l’heure le temps des vacances avait sonné, avec au programme les retrouvailles en famille et le farniente.
Dans trois semaines, elle rejoindrait ses parents dans leur appartement en Espagne et en attendant, elle comptait reprendre ses marques dans sa ville natale auprès de sa grand-mère et de son cousin Raphaël.
Un taxi l’avait amenée de la gare Matabiau à la rue du Taur, devant la maison de sa grand-mère.
C’était une belle bâtisse en briques, érigée à côté d’une chapelle dont elle partageait l’entourage verdoyant, qui masquait l’entrée de l’édifice, en retrait par rapport à la rue. Sur la grille, une petite affiche, au graphisme sobre et élégant, annonçait un concert de Bach programmé ce week-end, et un autre le lundi suivant avec le baryton Claudio Jacopuzzi.
Arrivée devant la lourde porte sculptée, Aude sonna.
Elle entendit les petits pas de sa grand-mère dont le visage s’éclaira en découvrant sa visiteuse.
Elle s’empressa de la faire entrer, ravie de retrouver sa petite-fille.
Elles s’installèrent dans le salon où Clémence avait préparé un bon petit déjeuner pour sa voyageuse.
— Pas trop triste de quitter tes amis anglais ?
— Un peu… mais j’y retournerai… Je suis impatiente de commencer à travailler à l’agence… et d’acheter mon appart !
Clémence sourit.
— Tu sais que je t’aiderai… En attendant, ta chambre t’attend ! Je t’ai donné celle de ton père. Raphaël occupe toujours la sienne.
La chaleur commençait à monter. Clémence avait rabattu les volets et des rais de lumière parsemés de fines poussières caressaient le bois sombre.
La jeune fille se tut. Elle observa la pièce. C’était un salon cossu, revêtu de velours clair et de tentures de soie, au cœur d’un appartement bourgeois.
— Rien ne change ici… murmura-t-elle. Et Raphaël, comment va-t-il ?
Clémence sourit.
— Oh, lui… tu le connais… Il ne change pas non plus... La chapelle lui prend tout son temps…
— N’a-t-il pas repris son travail à la fac ? demanda Aude, surprise.
Délaissant son poste de Maître Assistant en Histoire de l’Art, Raphaël avait pris un congé pour se plonger dans la découverte et la promotion de l’histoire de la chapelle.
Ses contacts dans les milieux universitaires et culturels lui avaient été précieux et il consacrait désormais la plus grande partie de son temps libre à la garde et aux visites de l’édifice. Il avait en effet trouvé là l’occasion de partager son goût pour l’invisible, les secrets de l’Au-Delà et tout ce qui touchait à l’ésotérisme.
— Il a donné quelques heures de cours cet hiver. Mais depuis le printemps, il se consacre à la chapelle… Il est toujours aussi fantasque ! Figure-toi, ajouta-t-elle en baissant la voix, qu’il s’est imaginé que sa chère Olympe lui parle…
Aude sourit avec mélancolie.
— Encore cette histoire… murmura-t-elle. Ça ne lui a pas passé?! À son âge, rester attaché à un portrait, c’est étrange… Olympe de Cayrac était très belle, mais elle n’existe plus ! On ne peut vivre avec un tableau…
Clémence soupira.
— C’est ma faute… Depuis que vous êtes enfants, je vous ai parlé d’elle… Olympe n’a jamais quitté cette maison… Elle fait partie de notre histoire. Je suis la première à croire que les esprits sont parmi nous…
— Oui ! Tu nous appris à ne pas les craindre et même à leur parler !
— Toi et Raphaël vous m’avez toujours écoutée… Au point que tes parents ne voulaient plus te laisser venir ! Finalement, ils avaient sans doute raison ! dit-elle en soupirant.
Aude lui prit la main.
— Ne dis pas ça ! Sans toi, qu’est-ce qu’on se serait ennuyés !
Raphaël a toujours été attaché à Olympe. Tu te souviens le jour où il a demandé à avoir le portrait dans sa chambre ?
— Oui… À cette époque, il n’avait que dix ans. C’était un caprice de gamin… « Cada loco con su tema ! » aurait dit ton grand-père.
— Sauf que ce caprice ne lui a jamais passé !
— En effet, et je ne voudrais pas que cette passion pour le monde occulte le détache de la réalité et l’empêche de vivre, soupira Clémence.
Elle redressa la tête en souriant.
— Maintenant que tu es revenue, tu vas sûrement le distraire !
Aude était songeuse… Malgré les années passées, le temps semblait suspendu dans cette maison. Elle était hantée par Olympe de Cayrac. Ils restaient ses invités.
La demeure lui appartenait autrefois. À sa disparition, Hermence, sa sœur l’avait habitée avant de la transmettre, quelques années plus tard, à son arrière-grand-père… Mais Olympe demeurait là à travers son portrait. Les deux cousins avaient ainsi grandi à l’ombre du tableau, et Raphaël vivait encore à la lisière d’un monde qui avait envoûté à jamais une part de lui-même.
Pas étonnant, songea Aude en se souvenant du petit garçon souffrant de l’absence de ses parents, des commerçants qui avaient peu de temps à lui consacrer. Raphaël avait trouvé refuge chez ses grands-parents. La chambre jaune où trônait le portrait était devenue la sienne depuis longtemps.
— Dernièrement, il l’a entendue… Elle lui aurait parlé en rêve, reprit Clémence en baissant la voix.
Aude haussa les sourcils.
— Et qu’a-t-elle dit ?
Clémence agita ses mains fines comme des ailes de papillon.
— D’après son récit, la chapelle recèlerait un passage secret, d’où viendrait un sauveur pour mettre fin à une malédiction… Je n’ai pas tout compris, mais notre Raphaël semble prendre ça très à cœur !
Elle haussa les épaules en souriant.
— Heureusement que j’ai l’habitude de ses lubies ! C’est un doux rêveur…
Elle resta un moment silencieuse, puis reprit en murmurant :
