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Retour sur un épisode clé de l'histoire de France sous un éclairage inédit
L’histoire sérieuse n’a pas encore mis en lumière la place qu’a tenue, dans la Révolution française, et dès le début, la crainte, chez les possédants, d’une menace sur leurs biens. Ce qu’il faut savoir, et capitalement, c’est que, dès la réunion des états généraux, une grande peur s’est déclarée chez les honnêtes gens (les gens de bien, les gens qui ont du bien, des biens), face à ceux que l’on va exclure du droit de vote et de la garde nationale : les non-possédants, les gens de rien. Robespierre est un des rares des très rares révolutionnaires à souhaiter chez les exploités (des champs et des villes) une conscience de classe. Et tout va se jouer sur ce même sujet, avec l’épouvante (croissante pendant plus de cinq ans) de ceux qui ont en présence de ceux qui n’ont pas, qui n’ont rien et qu’il s’agit, à tout prix et constamment, de surveiller et de contenir d’abord par le déploiement avertisseur de la force, le 14 juillet 1790, ensuite par son usage crépitant et persuasif, le 17 juillet 1791. Alors : silence aux pauvres ! A la niche, une bonne fois, les gens de rien. – Henri Guillemin
Henri Guillemin porte un regard à la fois critique et réaliste sur les événements de 1789.
EXTRAIT
Ce qu'il faut savoir, disait Michelet, c'est «à quel point les idées d'intérêt furent étrangères au mouvement de 1789. Oui, la Révolution fut désintéressée; c'est là son côté sublime». Michelet travaillait dans le genre épico-lyrique et s'abandonnait volontiers à des transports - dont nous verrons d'autres exemples - attendrissants. En fait, s'il se produit en 1789 des événements considérables dans la vie politique française, c'est d'abord parce que les finances du royaume connaissent un tel délabrement que ce qui s'annonce comme imminent, ce n'est pas autre chose que la banqueroute : non seulement plus de solde pour les officiers, plus de traitement pour les fonctionnaires, mais, ce qui est infiniment plus grave et plus inadmissible encore, les créanciers de l'État, et avant tout les grandes banques, voient venir une catastrophe. A tout prix la conjurer. Et c'est bien pourquoi Rivarol - un contre-révolutionnaire - écrira plus tard en ricanant : «La Révolution a été l'oeuvre des rentiers.»
CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE
Réussir un tel coup de force relève du génie : expliquer en 100 pages la nature bourgeoise et antisociale de la révolution de 1789.Voilà ce qu'a réussit Henri Guillemin -
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À PROPOS DE L’AUTEUR
Henri Guillemin, né le 19 mars 1903 à Mâcon et mort le 4 mai 1992 à Neuchâtel en Suisse, est un historien, critique littéraire, conférencier et polémiste français reconnu pour ses talents de conteur historique et pour ses travaux sur les grands personnages de l'histoire de France et sur différents grands écrivains. Il a aussi publié sous le pseudonyme de Cassius.
Il avait une passion sans faille pour la vérité, aussi bien littéraire qu'historique, et résumait cette passion par « lorsque j'apprends une vérité méconnue, je ne peux pas me taire ! ».
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Seitenzahl: 85
Veröffentlichungsjahr: 2016
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J’avais pensé à Éloge des vaincus. Mais il fallait avoir lu mon petit texte pour comprendre ce titre-là : les vaincus ? ceux que liquida le 9 Thermidor, avec, en quarante-huit heures, la plus belle fiesta de la guillotine, plus de cent dix têtes coupées le 10 et le 11. Ceux qui avaient cru en la Révolution, en une révolution où non pas seulement seraient changées les structures, mais d’abord et avant tout serait modifié le regard de l’homme sur la vie,et l’emploi de ses jours. Immédiatement limpide, en revanche, ce titre : Silence aux pauvres !
Deux raisons m’ont comme poussé par les épaules pour me dicter ce... quoi ? dirai-je, à la cuistre, ce précis des événements qui se déroulèrent chez nous de 1789 à 1799, ce résumé didactique de la Révolution ? Premier mobile : l’état violent d’« insupportation » (ce néologisme est de Flaubert) que je dois à l’étalage tintamarresque et péremptoire d’une doctrine où la Révolution, d’une part, se dilue sur près d’un siècle, et d’autre part – c’est ça, la grande trouvaille ’ dérape (tel est le mot-clé, le mot de passe, le label d’initiation), dérape, oui, très vite ; dès la Législative, le mal est fait ; autrement dit la sagesse eût été un gouvernement à la Louis-Philippe. Et donc la République relève d’un dérapage. Pas mal, non, pour le Bicentenaire ? Original, en tout cas.
Les trois assemblées qui vont gouverner jusqu’au Directoire : l’Assemblée nationale, la Législative, la Convention, seront toutes les trois – la Convention aussi – composées de propriétaires. La première, au lendemain des émeutes rurales de juillet 1789, aura soin de doter la Propriété d’un attribut inédit, renforcé, solennel. Et nous admirerons Danton, le jour même où la Convention tiendra sa première séance, apportant au soutien de la fortune acquise un adverbe inattendu, et grandiose. Odieux, intolérable, ce Robespierre qui ose, en avril 1793, proposer une limite officielle au droit de propriété. Il est fou ; un malfaiteur, un anarchiste.
Enfin les honnêtes gens vont respirer, le 9 Thermidor. Quelle délivrance ! Ne s’est-on pas risqué, au Comité de Salut public (automne 93), à intervenir dans l’ordre économique – établissement d’un maximum pour le prix des denrées – alors que le dogme des Girondins comportait une abstention rigoureuse, absolue, de l’Etat en ce domaine. C’est la Convention – eh oui ! elle-même –, ayant repris son vrai visage et jeté le masque qu’elle s’imposait par effroi des robespierristes, qui va saluer d’acclamations Boissy d’Anglas énonçant, à la tribune, cette vérité fondamentale : « Un pays gouverné par les propriétaires est dans l’ordre naturel. »
Imparfaite, insuffisante, la rectification thermidorienne. Le principe républicain subsiste, redoutable en soi quant à l’essentiel. Brumaire fermera la parenthèse sinistre ouverte par le 10 août 92 et le suffrage universel. Plus d’élections du tout, ni de République, mais le bonheur, la béatitude reconquis par Necker et ses amis banquiers. A la niche, une bonne fois, les gens de rien.
H. G.
1. Le texte qui va suivre a d’abord paru, intégralement, en janvier 1989, dans quatre numéros successifs de l’hebdomadaire romand L’Illustré (Lausanne).
Ce qu’il faut savoir, disait Michelet, c’est « à quel point les idées d’intérêt furent étrangères au mouvement de 1789. Oui, la Révolution fut désintéressée ; c’est là son côté sublime ». Michelet travaillait dans le genre épico-lyrique et s’abandonnait volontiers à des transports – dont nous verrons d’autres exemples – attendrissants. En fait, s’il se produit en 1789 des événements considérables dans la vie politique française, c’est d’abord parce que les finances du royaume connaissent un tel délabrement que ce qui s’annonce comme imminent, ce n’est pas autre chose que la banqueroute : non seulement plus de solde pour les officiers, plus de traitement pour les fonctionnaires, mais, ce qui est infiniment plus grave et plus inadmissible encore, les créanciers de l’État, et avant tout les grandes banques, voient venir une catastrophe. A tout prix la conjurer. Et c’est bien pourquoi Rivarol – un contre-révolutionnaire – écrira plus tard en ricanant : « La Révolution a été l’œuvre des rentiers. »
Soyons plus sérieux que Michelet et que Rivarol. Il y a des causes multiples et conjointes qui expliquent, ou du moins éclairent, la très intéressante et très remarquable année 1789, en France. Face à la richesse immobilière, c’est-à-dire les châteaux et les vastes domaines, aux mains des nobles, s’est constituée, au XVIIIe siècle, une richesse mobilière, de capitaux liquides, que se partagent des affairistes nouveaux venus dans la banque, les assurances, le commerce international, les industries naissantes. Là sont de grands bourgeois, détenteurs de fortunes croissantes et qui ne tolèrent plus que l’aristocratie soit seule à disposer, grâce à la faveur du roi, des leviers de commande au gouvernement. C’est ce qu’exposera en toutes lettres un jeune et brillant avocat, Barnave, qui est un des clients de la puissante maison Périer (d’où sortiront, au siècle suivant, et un Premier ministre de Louis-Philippe, et même un président de la République) : « Une nouvelle distribution de la richesse comporte (il veut dire : appelle, exige) une nouvelle distribution du pouvoir. » Autrement dit : la bourgeoisie d’affaires, dont l’importance ne cesse de s’affirmer, entend bien participer, et très activement, à la gestion de l’État et aux avantages qu’elle implique pour ses propres opérations.
Autre chose. Un profond mécontentement règne dans la paysannerie, et la France de 1789 est paysanne à quatre-vingt-cinq pour cent. Les agriculteurs supportent de plus en plus mal la perception, par les châtelains, de ces droits féodaux qui avaient pu avoir, jadis, leur justification (les seigneurs protégeaient leurs manants contre les brigandages), mais qui avaient perdu leur raison d’être et se réduisaient à un pur et simple prélèvement autoritaire sur les ressources des laboureurs ; impôt local abusif ajouté aux impôts d’État et à cette dîme au surplus, réclamée par l’autorité ecclésiastique. Les cahiers de doléances présentés aux États généraux montreront assez – et encore mieux, certes, les incendiaires de juillet – que la France rurale ne ressemblait guère à la gracieuse image que prétendra nous donner d’elle en 1929, l’ouvrage de M. Gaxotte. « L’ensemble était cossu », dira ce maurrassien (à qui l’on doit cette autre trouvaille : « La Terreur communiste de Robespierre »). Et, à Paris, la foule urbaine ? Paris compte alors quelque six cent mille habitants ; sur ce nombre, cent mille environ vivent dans des conditions de sous-développement inférieures même à l’indigence classique. L’artisan, quand il travaille – et les jours obligatoirement chômés ne manquent pas ; ces jours-là, il lui faut manger néanmoins et nourrir sa famille –, gagne en moyenne vingt sols par jour ; sa nourriture de base est le pain ; depuis 1750, le prix du pain s’est élevé lentement, inexorablement. En juillet 1789, la miche de quatre livres coûte quatorze sols ; quatorze sols sur les vingt du total. Et le loyer ? Et les vêtements ? En conséquence, en 89, dans Paris comme dans toutes les grandes villes, une armée d’émeutiers tout naturellement disponibles.
N’oublions pas non plus l’action des sociétés de pensée, sur quoi ont mis l’accent, à grand bruit, les disciples de Taine et les historiens (ou compilateurs) de bonne compagnie, acharnés à dénoncer la franc-maçonnerie comme la source première et secrète de la Révolution. Toutes les sociétés de pensée au XVIIIe siècle ne se confondent pas avec les loges maçonniques. Il n’y a là, bien souvent, que d’honnêtes groupements d’esprits cultivés qui s’intéressent à la philosophie et aux sciences et qui, parfois, souhaitent aussi plus d’équité dans l’organisation sociale. Et même quand il s’agit de francs-maçons, leurs appartenances sont multi-pies et tous ne sont pas rationalistes, loin de là. Nous vivons encore trop souvent, pour une part et à notre insu, sous l’influence du fameux refrain de Gavroche, dans Les Misérables : « C’est la faute à Voltaire, c’est la faute à Rousseau. » Il faudrait tout de même – et cette distinction-là est encore très insuffisamment établie – prendre conscience de l’opposition radicale qu’offrent entre elles la pensée de Voltaire et celle de Rousseau. Le déplorable Gaxotte, qui parlait sans savoir (et d’autant plus impérieusement), évoquait les égalitaires (sic) de l’Encyclopédie. On ne peut rêver plus parfait contresens.
Voltaire a pris soin de définir en toute clarté, dans son Essai sur les Mœurs, comment il se représente un pays bien organisé : c’est celui, écrivait-il littéralement, où « le petit nombre fait travailler le grand nombre, est nourri par lui, et le gouverne ». Cette morale d’entretenus est en tout point la sienne. Voltaire tient qu’il importe à l’État d’avoir à sa disposition une masse docile de « gueux ignorants », autrement dit de prolétaires analphabètes « n’ayant que leurs bras pour vivre et constituant cette vile multitude » dont M. Thiers, voltairien, parlera en 1850 à son tour, prévue par la nature pour assurer l’aisance de l’élite. Auteur de l’article Représentants, dans l’Encyclopédie,
