2023 - Tome 1 - Téo Démos - E-Book

2023 - Tome 1 E-Book

Téo Démos

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Beschreibung

La Bratva, mafia russe, envoie Vlad dans des missions de plus en plus dangereuses : une terrible guerre s'annonce... Reverra-t-il sa famille ?

Baie de Nice, 3 mars 2023, 22 heures.
Vlad resserra son arme contre sa poitrine et leva la tête pour admirer le ciel nocturne. La lune était pleine, les étoiles scintillantes. Les lueurs de la ville, en contrebas, semblaient rejoindre le firmament, accompagnées des faisceaux lumineux des projecteurs lancés à l’occasion d’une fête de la municipalité.
La vue était splendide, et l’ancien spetsnaz ne se lassait pas de la contempler. Il appréciait la douceur des nuits du sud de la France; ici, il n’y avait pas d’hiver. Il pensa à sa femme et à ses deux fils, délaissés là-bas en Biélorussie. Il ne savait pas quand il les reverrait, les missions que lui confiait la Bratva, la mafia russe, devenaient de plus en plus imprévisibles et périlleuses. Il ne céda à la nostalgie que l’espace d’un instant. Il ne fallait pas s’attendrir sinon, on ne faisait pas de vieux os dans ce métier. En attendant, il empochait son salaire et comptait revenir un jour au pays pour y commencer une nouvelle vie.
Vol d’œuvres d’art, attentats et marché d’armes. Qu’ont en commun ces trois crimes ? Dans cette première phase de ce thriller dystopique se déroulant de Bruxelles à Nice, Téo Démos pose les bases d’une course poursuite haletante.

Découvrez le premier tome de ce thriller dystopique haletant qui vous entrainera de Nice à Bruxelles !

À PROPOS DE L'AUTEUR

Bruxellois, né en 1951, belge, européen et citoyen du monde, Téo Démos écrit depuis l’enfance. Conteur de petites histoires dessinées d’une main malhabile, il décide de troquer le dessin contre la prose. Epris de liberté et de justice sociale, le choix du pseudo Dèmos reflète idéalement ses maîtres à penser que sont Victor Hugo, Emile Zola, Carl Sagan.

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Seitenzahl: 434

Veröffentlichungsjahr: 2021

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Couverture

Page de titre

PROLOGUE

Baie de Nice, 3 mars 2023 22 heures

Vlad resserra son arme contre sa poitrine et leva la tête pour admirer le ciel nocturne. La lune était pleine, les étoiles scintillantes. Les lueurs de la ville, en contrebas, semblaient rejoindre le firmament, accompagnées des faisceaux lumineux des projecteurs lancés à l’occasion d’une fête de la municipalité.

La vue était splendide, et l’ancien spetsnaz1 ne se lassait pas de la contempler. Il appréciait la douceur des nuits du sud de la France ; ici, il n’y avait pas d’hiver. Il pensa à sa femme et à ses deux fils, délaissés là-bas en Biélorussie. Il ne savait pas quand il les reverrait, les missions que lui confiait la Bratva, la mafia russe, devenaient de plus en plus imprévisibles et périlleuses. Il ne céda à la nostalgie que l’espace d’un instant. Il ne fallait pas s’attendrir sinon, on ne faisait pas de vieux os dans ce métier. En attendant, il empochait son salaire et comptait revenir un jour au pays pour y commencer une nouvelle vie.

À quarante ans, il ne serait pas trop tard. Il songea à son patron, Dmitry Bespalov, trafiquant d’armes de son état, qui lui était russe et avec lequel il ne s’entendait pas toujours.

Il n’aimait pas les Arabes et les quatre hommes qui s’étaient présentés cet après-midi ne faisaient pas exception. Toutes les transactions d’armes qu’il avait connues s’étaient déroulées à peu près de la même façon : contacts avec les acheteurs, rendez-vous, évaluation de la marchandise, tractations, accord et livraison. Généralement, des affaires rondement menées. Rien de tout cela avec ces énergumènes. Ils avaient débarqué vers seize heures devant la villa avec une demi-heure de retard, déboulant comme des fous furieux de leur vieille Mercedes. Barbus, dépenaillés dans leurs costumes défraîchis, ils exhalaient l’odeur rance de gens mal lavés. Un seul parlait le français, les autres se contentant de gesticuler et de se disputer dans leur langage incompréhensible.

Comme d’habitude, Dmitry avait fait des merveilles. Grâce à son attitude à la fois ferme et courtoise, il semblait capable de leur vendre la lune s’il l’avait voulu. Toute la troupe s’était rendue à pied vers les hangars et Vlad avait marché à leur côté, ne les quittant pas des yeux. Ils ne cessaient de déblatérer avec force gestes et vociférations.

Le soldat les jugea comme de bien piètres acteurs, leur vaine agitation dissimulait mal les regards obliques qu’ils lançaient vers les caméras de sécurité fixées aux murs et sur les toits, examinant les serrures des portes et les volets métalliques qui s’abaisseraient pour la nuit et observant les solides barreaux des fenêtres.

La villa que le mafieux russe avait acquise il y a des années s’étendait sur les hauteurs de Nice et se composait de plusieurs corps de bâtiments construits en terrasses successives qui escaladaient la falaise jusqu’à son sommet. Chaque terrasse dallée s’ornementait d’une balustrade classique sculptée en pierre blanche. De pauvres jardins dénudés les bordaient jusqu’au logis principal, une villa bâtie dans le style renaissance italienne, toits de tuiles rondes et murs, enduits de peinture rose, agrémentés de colonnades en marbre du Portugal.

Ils avaient gravi l’allée asphaltée qui longeait le flanc droit de la villa et s’élevait jusqu’au dernier bâtiment servant de hangar, construit sous la forme d’un bunker contemporain et laid. L’éclairage au néon avait révélé des murs aveugles s’étendant sur une profondeur de vingt mètres et cinq de large, couverts d’étagères garnies de caissons en bois. C’est là, à l’intérieur, que l’incident s’était produit.

Avec son sourire avenant d’homme franc et honnête, Dmitry avait ouvert plusieurs caisses pour présenter la marchandise soigneusement contingentée sous plastique à vide. Des dizaines de Kalachnikovs AK-47 furent révélés aux regards avides des visiteurs, les modèles classiques, usagés, mais convenablement restaurés, conservés dans la graisse et vendus à un prix défiant toute concurrence. De manière absolument incompréhensible, compte tenu de leurs accords préalables, les candidats acheteurs avaient commencé à rechigner. Faisant montre d’une mauvaise foi insolente, digne d’un marchand de dromadaires boiteux, le principal interlocuteur avait avancé des prétextes futiles pour finalement déclarer qu’ils avaient été trompés sur la marchandise.

Le sourire s’était lentement effacé du visage émacié de Dmitry, ne laissant plus paraître que son regard noir, acéré.

— Nous avions un accord. Si vous ne prenez pas la marchandise, vous allez devoir me payer un dédommagement, leur dit-il.

Sans ajouter un mot, il avait commencé à ranger les armes dans leurs containers pendant que Vlad repoussait sans ménagement les « clients » vers la sortie. C’est ainsi qu’ils avaient dévalé la pente jusqu’aux grilles de la villa sans autres commentaires que des grognements indignés, brutalement poussés dans le dos quand l’ancien soldat considérait qu’ils traînaient le pas. Il ne les avait pas lâchés du regard avant qu’ils aient embarqué dans leur vieille voiture et repris la route vers Nice.

Le trafiquant semblait avoir recouvré son calme quand il le rejoignit dans le grand garage.

— Ils vont revenir cette nuit pour les voler, prévint Vlad.

— Non, je ne crois pas, répondit le Russe avec un mince sourire. Mais ils vont payer s’ils veulent sortir vivants de cette ville. Là-dessus, tu peux me croire.

Ce que Vlad savait également, c’est que, suite à cet affront, tout un réseau d’indicateurs et d’agents commerciaux aurait de sérieux comptes à rendre s’ils désiraient conserver leur emploi et leur vie. Il apprit également de la bouche de son patron que leurs visiteurs n’étaient pas des Arabes, mais des Maghrébins, Marocains, de surcroît. Pour Vlad, cela ne faisait aucune différence.

— Au moins, fais mettre la villa en défense.

Le Russe le fixa d’un regard froid.

— Et bien, toi, tu monteras la garde cette nuit.

* * *

Deux heures du matin. Il pesta une fois de plus contre son chef.

Pourquoi est-il aussi imprudent ? Cela ne faisait aucun doute dans son esprit : le vol était le seul but de la pitoyable scène de cet après-midi. Les Arabes étaient venus pour repérer les lieux avant de rappliquer à la faveur de la nuit. Il ne comprenait pas l’attitude de Dmitry, cette désinvolture ne lui ressemblait guère. Enfin, il a sûrement ses raisons.

De l’endroit où il se tenait — le dernier balcon de la villa –, il avait une vue centrale et dégagée sur tous les environs. Mais pas sur les flancs des bâtiments en contrebas. Un homme seul ne pouvait couvrir autant d’angles morts et de murs aveugles. C’était justement cette faiblesse tactique qui le faisait enrager et il avait tenté en vain de faire valoir son opinion au marchand d’armes.

Vlad déposa son fusil d’assaut, un Nikonov AN-94 avec visée laser, une arme de sniper, et il s’accroupit derrière le parapet en colonnades du balcon pour allumer une cigarette, cachant la flamme du briquet au creux de sa main libre. Il en fit de même pour fumer.

Ainsi qu’il l’avait prévu, ils arrivèrent à une heure tardive par la route de la corniche. Ils avançaient sans aucune précaution pour se dissimuler. Précédés des faisceaux de leurs phares, les véhicules tournèrent pour emprunter la route asphaltée menant à la villa. Un convoi de trois véhicules, deux grosses camionnettes et une berline. Il sortit son portable d’une poche de sa veste en treillis et appuya sur une touche qui envoya un signal convenu.

Le bruit des moteurs poussés en surrégime était déjà perceptible. En les observant avec sa lunette de visée nocturne, il remarqua tout de suite l’énorme pare-choc bélier qui garnissait l’avant du véhicule de tête. Il serait sur place dans quelques secondes.

Le spetsnaz visa soigneusement et attendit. Dans le rugissement de son moteur, la camionnette se jeta contre les grilles et les deux vantaux s’ouvrirent à la volée. Un tintamarre de tôles et de ferrures arrachées se fit entendre et le garde fit feu. Une vingtaine de balles firent exploser la calandre, brisèrent le moteur et la camionnette s’immobilisa, un peu en travers. Le chuintement de la vapeur fusant du radiateur et le sifflement des pneus percés évoquaient la chaudière éventrée d’une locomotive. La camionnette s’affaissa sur ses amortisseurs, bloquant en grande partie l’entrée, ce qui était le but recherché par le sniper.

Les autres véhicules s’arrêtèrent de chaque côté à l’arrière du véhicule-bélier. Des hommes armés en surgirent pour se disperser dans tous les sens et le garde les arrosa d’une longue rafale avant de recharger son arme. Immanquablement, il se fit repérer. Des tirs sporadiques partirent dans sa direction. Sa position allait bientôt devenir intenable, il devait bouger. Les autres avaient certainement pris position contre la façade de la villa, hors de sa vue. De là, ils entameraient un mouvement en tenaille pour l’encercler, manœuvre qu’il se savait incapable de déjouer. C’est à cet instant qu’il surprit, à la limite de son champ de vision, des mouvements à gauche et à droite dans les espaces laissés libres entre deux corps de logis. Il devina plus qu’il ne vit la course d’ombres furtives, ramassées, formes sombres sur le noir de l’obscurité qui allaient sans bruit.

Il sourit. Dmitry savait ce qu’il faisait après tout. Il avait lâché les chiens. Les Arabes allaient déguster. Les ombres avaient à peine disparu à sa vue qu’il entendit des cris en provenance de l’entrée.

Dans un silence qui rendit la scène encore plus effrayante aux yeux des intrus, deux meutes de six énormes dobermans, noirs comme la nuit, avaient surgi de chaque côté pour se ruer vers les hommes en armes. D’agresseurs, ces derniers se muèrent en proies. Les bêtes firent claquer leurs mâchoires. Elles bondirent à la gorge de leurs adversaires, les faisant chuter afin de déchirer à pleines dents les bras et les mains qui tenaient les armes.

Celui qui semblait être le chef, un grand barbu coiffé d’un turban, tenta en vain de réorganiser ses hommes.

— Tirez-leur dessus ! Par Allah, tirez !

Il eut juste le temps de battre en retraite avant que les chiens ne le saisissent. Sautant à l’arrière d’une camionnette, il ferma les portières avec l’énergie du désespoir. Tout autour de lui, le carnage se poursuivait, les insupportables cris de souffrance de ses hommes couvrant les grognements des chiens rendus fous par l’odeur et le goût du sang. Le spetsnaz s’apprêtait à faire feu sur l’arrière du fourgon quand il perçut un mouvement sur la route en contrebas. Deux autres camionnettes survinrent et se rangèrent en travers de la route. Des hommes en sortaient, courant vers la villa.

Décidément, ils y mettent le paquet.

Vlad n’en crut pas ses yeux quand il vit deux de ces nouveaux arrivants s’accroupir sur le chemin. Ils portaient sur l’épaule des… lance-roquettes ! Réagissant au quart de tour, il visa et abattit le premier qui venait d’épauler son arme. Pour le second, il décida de tirer dans le tube même, espérant provoquer une explosion, mais ne réussissant qu’à provoquer l’enrayement du RPG. En éprouvant la cruelle certitude de sa mort prochaine, il réalisa qu’il s’était laissé surprendre par l’irruption d’autres porteurs de tubes. Ils étaient décidément trop nombreux.

L’avant de la villa explosa. À travers la fumée, Vlad aperçut une traînée lumineuse qui filait vers lui. Ce fut sa dernière vision.

1 Groupe de forces spéciales de l’armée russe

1

8 Mai 2023, Bruxelles

Le jeune homme dévalait en courant le trottoir pavé de la rue en pente. Il avait plu ce matin, le sol glissait sous ses pas et il était en retard. Son pied gauche dérapa, il partit en oblique, tomba et put se rattraper de justesse en agrippant le toit d’une voiture en stationnement. Il reprit sa course. Le jeune homme adorait courir. Il ralentit un peu en arrivant à hauteur de sa Clio.

Non. La galerie d’art est à cinq cents mètres à peine. J’y serais plus vite à pied. Il délaissa sa voiture. Autour de lui, personne ne semblait le remarquer. Les passants, citadins blasés de tout, ne prêtaient aucune attention à ce grand échalas dégingandé, aux vêtements informes, vieil imperméable Burberry flottant comme les voiles d’un esquif balancé aux quatre vents. Hormis deux dames âgées remontant le trottoir en tirant leurs cabas à roulettes qu’il évita d’un coup de reins.

— Il est vif le jeune homme, sourit l’une.

— Il a failli nous renverser, maugréa l’autre.

Il poursuivit sa course. Un mini-drone en métal blanc et brillant, sorte d’assiette profonde renversée, vint se placer en vol stationnaire à hauteur de son visage, accordant sa vitesse à la sienne, le P bleu de la police peint sur son flanc. Courant toujours, le jeune homme montra sa carte de presse qui fut photographiée, analysée et identifiée en un tournemain. L’objet fit entendre un claquement sec et s’éleva pour prendre de la vitesse dans le vrombissement de ses petits rotors. Il disparut au-dessus des immeubles en lançant un dernier miroitement métallique.

Arrivé en bas de la rue, l’homme en imper marqua le pas puis traversa sur sa gauche. Là, sur les trottoirs, la foule était trop dense pour qu’il puisse continuer à courir. D’un mouvement d’épaule, il réajusta son sac en bandoulière et marcha d’un pas rapide vers sa destination. Il prit la carte d’invitation dans sa poche et la relut :

Galerie Lemunster, 150 Avenue Louise Gomant, le peintre fou. Exposition succincte et primordial des œuvres du grand maître

Au fil des ans, le galeriste Lemunster avait perdu de sa superbe, songea le jeune homme en se rappelant les renseignements pêchés sur le Net. Sa notoriété s’était effilochée au gré des modes qui passent et se défont. La période glorieuse de la galerie d’art remontait aux années soixante-dix, quatre-vingts, quand la mode picturale se résumait, soit aux représentations hyperréalistes de joyeux déjantés du pop art, aux sombres clafoutis des derniers impressionnistes et surtout, aux insanes déjections projetées sur les toiles par des drogués décérébrés : tessons de bouteilles, objets au rebut et crottes de chien. L’art scatologique est un must scandait la jet set de l’époque et les politiciens avaient repris le slogan à leur compte en surfant sur les vagues des soirées mondaines dans lesquelles ils pataugeaient, désespérément en quête de voix. Le grand nombre de sculptures tordues enlaidissant les villes provenaient de cette époque.

Il réfléchit un instant sur les motivations des différents ministères qui avaient financé des « trucs » aussi moches. Quand les politiciens se font mécènes pour soutenir les artistes et leurs œuvres, cela produit généralement une sorte de musée des horreurs, se dit-il, l’inculture et le pouvoir annihilant toute forme d’esthétisme. De toute façon, le jeune homme se foutait de la politique comme de sa première chemise.

Il ne s’intéressait guère plus à la peinture. Le nom, Gomant, ne lui disait rien. Jetant un dernier coup d’œil au bristol d’invitation, il se convainquit que l’actuel héritier de la galerie marchande sombrait dans la médiocrité avec un service de relations publiques aussi lamentable.

« Exposition succincte et primordiale », ricana-t-il.

Il déambulait dans le quartier qu’il connaissait comme sa poche. L’avenue s’élargissait à cet endroit. Elle prenait ses aises et ses fastes tout au long des façades des maisons bourgeoises dont les rez-de-chaussée s’ouvraient en larges vitrines de magasins de luxe. Toutes les grandes marques, succursales de Milan, de Paris et de New York, étalaient leurs délégations comme des ambassades de savoir-vivre et de culture. Meubles et décorations high-tech, robes et ensembles tailleurs de grands couturiers, costumes de grands faiseurs, bureaux d’architectes et d’avocats, concessionnaires de voitures de luxe, tout concourait à l’afflux d’argent que des fortunés oisifs dépensaient sans compter.

Les frondaisons des grands arbres, qui séparaient la chaussée en plusieurs voies de circulation, apportaient une rafraîchissante note de quiétude à la sévérité des façades et des enseignes des commerces haut de gamme.

Cependant, l’opulence cachait mal le déclin de ce prestigieux quartier. Mêlées dans des embouteillages perpétuels de chaque côté de l’avenue, les petites voitures des employés de bureau frôlaient les carrosseries étincelantes appartenant aux nababs osant encore se risquer dans cette ville perdue. La récession se marquait plus sur les trottoirs. Hormis quelques costards trois-pièces se rendant dans leurs cabinets, on ne voyait que des fonctionnaires et des employés lambda qui se dirigeaient vers leurs lieux de travail dans les tours à vingt étages qui bordaient les extrémités de l’avenue. Nulle baronne coiffée de chapeau à parures, nulle starlette ou star de cinéma, aucune célébrité de la politique ou de la télé ne s’arrêtait plus devant les étalages. Et lorsqu’on portait le regard vers ces boutiques aux noms ronflants, la fêlure devenait lézarde. De grandes affiches soldaient les articles de luxe. Cinquante, soixante, quatre-vingts pour cent de réduction annonçaient-elles en long et en large, réduisant cette célèbre artère au niveau d’un souk de banlieue ? La crise frappait, même ici.

Le photographe s’arrêta devant la galerie d’art. Un léger chuintement se fit entendre lorsqu’il franchit le seuil des portes vitrées escamotables. Pas de service de sécurité, remarqua-t-il en marchant d’un pas vif vers le bureau d’accueil, simple tablette de verre posée sur des tréteaux en métal, garnie de présentoirs à brochures et placée en travers du hall d’entrée. Un gardien bedonnant, coiffé d’une casquette de fonction toute déformée, se tenait assis derrière ladite table, l’air avachi. Le jeune homme lui présenta son invitation.

— Bonjour, lança-t-il, vous voulez voir ma carte de presse ?

— Le journal « La Dépêche », éructa le gardien en postillonnant gras sur les papiers.

Il releva la tête pour observer ce grand escogriffe aux cheveux bruns et longs qui lui retombaient sur le front, ce visage maigre comme taillé à la serpe.

— J’ai rendez-vous avec Monsieur Lemunster, annonça le jeune homme.

— Lucas Pauwels, c’est vous ? demanda bêtement le gardien. Le souffle de son haleine empestait l’alcool.

Dix heures du mat et ce type est déjà ivre.

Lucas le fixa sans mot dire. Et comme souvent, l’autre regard vacilla devant la fixité intimidante des yeux bleu gris.

— Wow ! Le directeur, il est là derrière, indiqua le gardien avec des gestes du pouce faisant penser à un auto-stoppeur fatigué.

Le photographe longea le bureau et pénétra plus avant dans la galerie. Les lieux semblaient déserts, mais il perçut des bruits de voix. L’espace se prolongeait tout en longueur, couloir d’une trentaine de mètres sur cinq de large, murs d’un blanc éclatant et lumières ponctuelles sur les tableaux suspendus en crémaillère. Lucas lança un regard étonné vers les œuvres du Maître, nuances de couleurs attirantes et agréables qui vaudraient peut-être la peine d’une approche ultérieure. Marchant sur un sol couvert de grandes dalles noir et blanc, il parvint à un endroit où la galerie se courbait vers la gauche et qui, bizarrement, s’inclinait en pente douce avant de s’ouvrir sur un espace rectangulaire et plus vaste. Là, un groupe d’hommes discutaient en gesticulant.

— Celui-là est un faux, criait l’un d’eux, je suis formel !

— Vous êtes un critique primaire ! répliqua un petit homme obèse et nerveux arborant moustache et barbichette et dans lequel Lucas reconnut le propriétaire des lieux.

— Tout le monde le sait, reprit l’autre, dans ses périodes dépressives, Gomant se faisait remplacer par son disciple. C’est lui ! dit-il en désignant un tableau.

— Et tout le monde sait que Vande Walle n’a jamais été un élève du Maître ! Ils étaient des compagnons de beuverie, c’est tout ! Et il ne l’aurait jamais imité tout simplement parce qu’il détestait sa peinture !

Le photographe laissa le directeur et son trio d’experts à leurs discours ésotériques pour observer les alentours.

Ah, voilà la sécurité, se dit-il en avisant deux agents d’un service privé en uniformes bleus. Un petit râblé et un grand échalas. Fine équipe. Ils se tenaient dans un coin de la salle, faisant mine de s’intéresser à un tableau. Les deux pandores ne pouvaient s’empêcher de se retourner à tout instant pour lancer des regards amusés vers les hommes qui se disputaient. Pris de fou rire, on voyait leurs épaules tressauter chaque fois qu’un nom d’oiseau était proféré par le groupe de plus en plus échauffé. Les cris se muèrent en tumulte quand les protagonistes en vinrent aux mains, l’un des critiques agrippant la cravate du directeur, la levant bien haut avec l’évidente intention d’étrangler son adversaire.

— Oh, là, oh là, on se calme ! s’écria l’un des vigiles en s’avançant pour séparer les antagonistes. Il attrapa à son tour la cravate du propriétaire et tenta en vain de faire lâcher prise au critique d’art. L’autre agent entra à son tour dans la mêlée qui gagna en confusion. Le photographe recula de quelques pas pour armer et cadrer son appareil. Il voulait absolument profiter de l’aubaine, cette scène offrirait un côté burlesque à l’article de son journal. Aucun doute dans son esprit, n’importe quel amateur de peinture voudrait voir les œuvres du maître pour lequel des spécialistes se tapaient sur la figure.

Une visiteuse entra dans la salle. Lucas la vit venir du coin de l’œil. D’abord, la jeune femme parut déconcertée par la scène absurde qui se déroulait devant elle. Une galerie d’art était vraiment le dernier endroit où l’on pouvait s’attendre à assister à un vulgaire pugilat. Puis, elle s’aperçut que le photographe la regardait. Il lui fit un sourire, comme pour lui faire comprendre de ne pas s’inquiéter. La jeune femme l’ignora.

C’est cet instant précis que choisit le préposé à l’accueil pour intervenir. Vociférant à grands cris, il arriva depuis le coude de la galerie avec une vélocité étonnante pour un personnage de sa corpulence. Il mit tellement d’entrain pour entrer dans la bagarre, fonçant comme un taureau furieux, que tout le groupe fut percuté comme un jeu de quilles et se retrouva cul par-dessus tête dans un étalement de bras et de jambes gigotant en tous sens. La scène parut si cocasse et inattendue que cette fois la fille éclata de rire. Son entrain se communiqua au photographe et ils échangèrent un regard complice qui eut pour effet d’amplifier leur fou-rire.

— Vous voyez le tableau ! s’écria le jeune homme, hilare. Mêlée de rugby sur échiquier !

Elle eut une mine perplexe.

— Un échiquier ?

— Enfin, l’échiquier quoi, les dalles…

— Ah oui, c’est trop drôle, répondit-elle, mais vous m’excuserez, je n’ai pas beaucoup de temps et j’ai un boulot à finir ici.

Sa tentative de plaisanterie tomba à plat. Décidément, il devrait songer à renouveler son répertoire.

— D’accord, d’accord, grogna-t-il d’un air dépité, et il se remit à mitrailler le groupe de comiques.

Il eut le loisir de détailler la jeune femme. Vraiment jolie, vingt-cinq ans tout au plus. Mince et menue, cheveux bruns mi-longs, adorablement bouclés, elle était négligemment vêtue d’un survêtement de sport et chaussée de baskets. Sans doute une étudiante ou une jeune diplômée en histoire de l’art. Un visage fin et triangulaire aux pommettes bien dessinées et des yeux en amande d’un brun profond, presque noir.

Un regard pétillant d’intelligence, se dit-il. Et quels yeux…

— Je peux vous demander quelque chose ? s’enquit-elle.

— Oui ?

Elle lui adressa un gracieux sourire.

— S’il vous plaît, ne me prenez pas en photo, personne ne doit savoir que je suis passée à la galerie.

— Encore d’accord.

Déjà, elle s’était éloignée, étudiant les œuvres exposées puis, elle marqua un temps d’arrêt. Devant un petit tableau, d’à peu près trente centimètres sur vingt, qui sembla la fasciner. Rouge, un tableau aux tons rouges, ce serait tout ce dont Lucas se souviendrait plus tard lorsqu’on lui poserait la question.

Il poursuivit le mitraillage de la scène de rixe. Les protagonistes s’étaient relevés à présent. Le directeur et ses employés étaient parvenus à faire front à leurs adversaires et, arc-boutés les uns aux autres, leurs corps tendus par l’effort, ils poussaient lentement ces derniers vers la sortie.

Un autre élément insolite surgit dans le champ de vision du journaliste. Rouge lui — aussi. La couleur rouge d’une petite pince coupante.

Elle brandit l’outil en une fraction de seconde, souleva le petit tableau et coupa les fils qui le retenaient au mur. Elle s’empara du tableau tandis qu’une alarme retentit. L’action s’était déroulée en un éclair. La jeune femme se rua vers la sortie, le tableau sous le bras, mais, à cet instant, elle joua de malchance et chuta lourdement sur le sol.

— Au voleur !

Seul le gardien a réagi. Il se précipita vers la voleuse en criant :

— Tu vas pas t’en tirer comme ça, salope !

Le reporter a alors un réflexe inattendu. Sans réfléchir, il se rua sur le gardien, le projeta à terre à l’aide d’un balayage dans les jambes, le releva aussitôt et, tout en s’excusant, parvint à le retenir quelques secondes. Il se lança ensuite à la poursuite de la voleuse.

Il jaillit en trombe de la galerie d’art, freina des deux pieds sur le trottoir puis s’arrêta. Elle était déjà loin. Il se lança dans un véritable sprint,  dépassa un jeune type qui s’était mis en tête de rattraper la voleuse et ameutait les passants. La jeune femme était entraînée à la course. Lucas Pauwels s’en rendit compte immédiatement et il n’était pas sûr de pouvoir la rejoindre. Mais, il adorait courir.

Il força l’allure. La poursuite se compliqua, chaque piéton se présentant comme un obstacle à éviter. Il en bouscula quelques-uns, faisant tomber sur son passage des sacs à main et des attachés-cases, et, horrifié, il provoqua la chute d’une vieille dame. Tout en réussissant à la redresser in extremis, il maugréa en réalisant qu’il perdait trop de temps. Là-bas, la jeune femme ne partageait pas ses scrupules et quelques passants se relevèrent péniblement, victimes de sa course folle. Ils furent encore plus surpris en voyant ce deuxième forcené qui semblait poursuivre la première. Il louvoyait dans la foule, poussant des cris pour prévenir les passants. Les attentats meurtriers, qui s’étaient succédé durant les années de terreur, avaient rendu les gens méfiants, craintifs. En rue ou dans le métro, la moindre alerte, le moindre cri, les poussait à se jeter à terre pour se protéger.

La distance s’amenuisa. Cela lui parut évident, il s’agissait d’une sprinteuse, elle ne pratiquait pas la course de fond. De plus, le petit tableau la gênait dans ses mouvements et il aurait fini par la rattraper, s’il n’y avait eu cette fichue moto qui se jeta sur le trottoir devant lui pour lui barrer le passage. Il pesta, tenta d’éviter l’engin qui rugit et bondit pour le bloquer. Quelqu’un posa une main sur son épaule…

— Hé, M’sieur ! Ceci est pour vous.

C’était le passager de la moto qui l’interpella en lui jetant un objet dans les mains. Par réflexe il s’en saisit. Il eut le temps de revoir la femme avant que la moto ne fasse demi-tour pour repartir en trombe sur l’avenue. Il recommença à courir ; la poursuite n’était pas finie. Il vit le bolide arriver à la hauteur de la jeune voleuse et celle-ci se glisser prestement entre les deux hommes. L’engin repartit, le passager se retourna pour lui faire un geste, un doigt d’honneur en guise d’adieu. Cette fois, c’était bel et bien terminé, il avait perdu la partie. Un immense sentiment de défaite l’envahit lorsqu’il se rendit compte de ce qu’il lui restait entre les mains. Dans un cadre imitant sommairement celui de l’œuvre volée, il découvrit une très mauvaise reproduction, barbouillage incongru digne d’un enfant de cinq ans. Une moquerie, une insulte.

Des mains s’abattirent sur ses épaules, on l’entoura, des policiers pointèrent leurs matraques sous son nez.

— Ton coup est raté, hein ? Donne-moi ça.

Avant qu’on ne lui saisisse les bras, il eut un geste dérisoire en voulant montrer, au loin, les trois silhouettes qui s’échappaient dans un énorme bruit de gros cube.

2

Nadia

On ne mit pas longtemps à la délester de son butin.

Afin de se défaire d’éventuels poursuivants, le chauffeur de la moto avait suivi un itinéraire démentiel de petites rues grimpantes, interrompu de coups de frein intempestifs au fond de culs-de-sac qu’il dégageait au tout dernier moment par des servitudes de passage connues de lui seul. Chemins de terre passant entre des vieux murs couverts de lierre et de lilas. Elle fit ainsi le parcours impromptu d’un quartier pittoresque qu’elle se promit de visiter plus tard.

Ils débouchèrent finalement dans une rue passante pour aller se ranger à côté d’une vieille fourgonnette cabossée. Le chauffeur, barbu mal embouché, vint lui enlever le tableau des mains.

Un complice souleva le hayon de la camionnette et enveloppa l’œuvre dans une couverture. Elle comprit instantanément qu’elle ne reverrait jamais plus le Gomant. Le deuxième passager se dégagea de la moto et ôta son casque. Il s’approcha d’elle, jeune beur souriant, pour lui baiser la joue.

— Merci à toi, Selim.

— Et toi, fais gaffe, Nadia. Hein ? Sois prudente, recommanda-t-il en lui passant son casque.

Il disparut dans la foule des piétons.

Le pilote relança le moteur de sa moto tandis que la fourgonnette quittait son stationnement pour partir dans l’autre sens.

— Sétif, tu me ramènes chez moi, cria-t-elle dans son casque.

* * *

Sa sœur aînée, coiffée d’un foulard blanc, l’attendait déjà au pied de leur immeuble. Elle semblait nerveuse, lançant des regards furtifs tandis que la pétarade du gros cube diminuait déjà au bout de la rue.

— L’Imam veut nous voir ce soir. Je ne sais pas pourquoi, annonça-t-elle.

— Bah, ne t’en fais pas. Il veut sans doute nous remercier pour la réussite de l’opération.

— Je ne sais pas. Je n’aime pas ça.

Plus tard dans la soirée, une BMW 958 noire, flambant neuve, s’arrêta devant le perron. Nadia et sa sœur observaient les passagers depuis le balcon de leur appartement. Par les portières ouvertes, ceux-ci leur firent signe de descendre. Quatre Maghrébins.

— Yasmine, tu les connais ?

— Jamais vu.

Lorsqu’elles s’approchèrent de la voiture, elles virent que les jeunes hommes, visages glabres et patibulaires à la peau mate, les mataient outrageusement. Le chauffeur s’adressa à Nadia :

— Hé t’es bonne, toi. J’ai envie de prendre ton cul de salope.

Nadia connaissait bien ce genre de provocation insultante. D’origine italienne et de confession catholique, par sa mère, la fréquentation de musulmans, amis de son père marocain ou membres de la famille, avait suscité nombre de situations conflictuelles depuis son adolescence. Avec le temps, elle avait appris à gérer ces manifestations d’hostilité et à faire la part des choses. En premier lieu, elle tenait à s’habiller comme elle l’entendait, à l’européenne, loin des normes doctrinales de la charia, mais sans vulgarité ostentatoire, tout autant par goût de la simplicité qu’avec le souci de ne pas choquer son père. Comme ce soir qui la voyait vêtue d’un jeans droit et d’un chemisier flottant en coton blanc. Pas le genre de tenue que des machos islamistes pourraient juger comme provocante. Pour l’heure, elle n’avait pas affaire à de simples machos et une tension palpable lui fit flairer le danger. Cependant, elle ne comprenait pas la raison d’une telle attitude.

— Dites les gars, on ne va pas s’entasser à six là-dedans ?

— Why not ? fit une voix à l’arrière. Ta sœur monte devant, et toi, tu te couches sur nous. On t’arrache ton froc d’Américaine et on te fait ton affaire.

La sœur de Nadia sembla exploser quand elle leur hurla dessus en arabe.

— Ma sœur travaille pour l’Imam, cria-t-elle. Il l’attend et je ne vous dis pas ce qu’il va décider de faire avec vos cadavres après vous avoir découpé les couilles et tranché la gorge !

— Wow ! Du calme, ma sœur, tempéra le chauffeur. Si on ne peut même plus rigoler.

Il se tourna vers la banquette arrière.

— Vous deux, descendez, ordonna-t-il.

— Je ne suis pas ta sœur, lança Yasmine tout en faisant signe à Nadia de s’asseoir à ses côtés sur la banquette tandis que les autres sortaient du véhicule en maugréant.

Ils démarrèrent et plus un mot ne fut prononcé durant le trajet. Le jeune maghrébin manifesta sa mauvaise humeur par une conduite brutale et imprudente, faisant hurler le moteur et prenant les virages sur les chapeaux de roues.

Il fit piler net la voiture devant les bâtiments délabrés d’une ancienne brasserie. Nadia et sa sœur connaissaient ce quartier. Les divers corps du bâtiment à l’abandon montraient les signes d’une décrépitude qui faisait son œuvre depuis des décennies. Façades lézardées, pierres désagrégées, briques couvertes de salpêtre, embrasures de portes et de fenêtres gauchies, vieux volets pourris. Dans la pénombre due à un éclairage public déficient, elles remarquèrent le comité d’accueil qui les attendait.

Deux hommes barbus vêtus de djellabas et coiffés d’un calot. Ils se tenaient en partie dans l’obscurité, sous une antique passerelle de verre et de béton. Celui de gauche leur fit signe d’avancer.

— Approchez-vous mes sœurs, il faut que nous parlions.

Elles reconnurent la voix de l’Imam et vinrent à lui, à peine rassurées. D’autres hommes les attendaient, tapis dans l’obscurité. Elles poussèrent un cri lorsqu’ils se jetèrent sur elles. Les agresseurs les aveuglèrent en les coiffant de sacs en toile de jute noire.

— Vous n’avez rien à craindre, dit l’Imam d’une voix apaisante, simple mesure de sécurité, votre sécurité. Vous n’avez pas à connaître ce qui se trouve dans ces lieux. Laissez-vous guider.

Nadia sentit qu’on la faisait pénétrer à l’intérieur de la vieille brasserie. Ils changèrent plusieurs fois de direction, suivant, sans doute, une succession de couloirs. Les inégalités du dallage disjoint la firent trébucher à deux reprises et des mains fermes la soutinrent à chaque fois. Ils entrèrent dans une pièce éclairée, elle s’en rendit compte grâce au changement de luminosité que son bandeau laissait filtrer.

— Faites-les asseoir.

On leur ôta les sacs et elles purent voir la pièce où elles se trouvaient. Nadia ne put réprimer une exclamation de surprise devant l’aspect de modernité qui l’entourait. D’ailleurs, comment aurait-elle pu imaginer que le bâtiment décrépi abritait ce vaste bureau de style contemporain à la propreté irréprochable avec ses meubles en bois sombre, ses canapés en cuir écru et son équipement informatique dernier cri. Un éclairage indirect soulignait le côté à la fois confortable et fonctionnel de l’endroit.

L’Imam prit place dans un classieux fauteuil de direction en cuir noir. Ses acolytes, au nombre de quatre, encadraient les deux femmes. L’un d’eux, revêtu d’une djellaba écrue, prit une chaise et vint s’asseoir à côté de l’Imam. Il avait le visage découvert, les autres portaient des cagoules. La porte du bureau s’ouvrit et ils furent rejoints par le conducteur de la BMW qui les toisa, l’air goguenard. Celui-là opérait également à visage découvert.

Le religieux fixait son regard noir sur Nadia. Dès cet instant, ils parlèrent en arabe.

— Pourquoi n’es-tu pas une bonne musulmane ?

— C’est une pute, lança le type de la BM.

— Tais-toi Rachid. Je ne t’ai pas sonné, cingla l’Imam.

L’autre se renfrogna.

— Alors ?

Perturbée elle bafouilla :

— Mais, euh… Parce que je suis catholique, comme ma mère. Cependant, comme vous le savez, j’aime beaucoup mon père et je soutiens sa cause.

— Notre cause est celle de l’islam. Comment une chrétienne peut-elle servir cette cause. Tu trahis les tiens, tu trahis ton père. Comment puis-je savoir que tu ne nous trahiras pas à notre tour, comment puis-je savoir que tu n’as pas la trahison dans le sang ?

Elle ne comprenait plus. Pourquoi la mettait-il ainsi sur la sellette ? Où voulait-il en venir ? Pourquoi, après toutes ces années, devait-elle encore se justifier tandis qu’ils connaissaient tous sa situation et le rôle qu’elle tenait dans le mouvement. Pourquoi tout remettre en question ? Un changement s’était-il produit sans qu’elle s’en soit rendue compte ? Elle venait de subir des menaces de la part des sbires du religieux comme elle n’en avait plus connu depuis longtemps, comme s’il venait à l’instant de lui retirer toute protection.

— Et, moi, je suis une bonne musulmane comme mon père, déclara sa sœur. Les deux religions du Livre coexistent dans l’amour de notre famille et c’est aussi l’amour qui nous unit.

— Tsss… Une bien petite famille, persifla le religieux. Votre mère ne sait plus avoir d’enfants et votre père n’a même pas voulu prendre une seconde épouse, comme l’islam le recommande.

— Parce que mon père aime trop ma mère, plaida Nadia. Jamais il ne lui imposerait une aussi grande humiliation. Quant à moi, je serai toujours aux côtés de mon père parce que je veux lutter contre cette société occidentale qui nous opprime.

— Tu devrais avoir des frères qui pourraient nous soutenir dans ce combat.

— Ma sœur et moi, nous soutiendrons la cause de toutes nos forces. J’espère seulement — et je prie pour cela — que l’islam, dans sa grande bonté, permettra aux catholiques de pratiquer leur religion.

Son interlocuteur paraissait suivre le cheminement de ses interrogations comme s’il les lisait sur son visage. Il sourit.

— Hum… On laissera peut-être deux ou trois églises dans les campagnes.

Il laissa le silence s’installer dans la pièce.

— Tu ne dois pas te tracasser, lança-t-il soudain d’une voix forte qui fit tressaillir les deux femmes. Il n’y rien de changé entre nous. Mais, tu dois aussi comprendre qu’un homme aussi pieux que moi ne peut pas te laisser hors de notre foi. Il est temps que tu rejoignes le troupeau des vrais croyants, que tu deviennes une musulmane respectueuse et obéissante sous le regard du Saint Prophète. Qu’il puisse interférer pour toi auprès d’Allah, le Très Haut et très Puissant. Loué soit Son Nom.

— Allah Akbar ! Allah Akbar ! Allah Akbar ! s’exclamèrent ses hommes.

Après un soupir, il reprit :

— À l’avenir, je te demanderai encore de renier ta fausse religion, la religion idolâtre des mécréants.

— Mort aux mécréants ! grondèrent les autres à l’unisson.

— Et toi, je ne te félicite pas, maugréa-t-il en se tournant vers Yasmine. Si tu es aussi bonne musulmane que tu le prétends, comment se fait-il que tu laisses ta sœur s’égarer dans l’hérésie ?

C’était généralement à cet instant de son discours que l’Imam commençait à rabâcher, à répéter inlassablement un point de vue, une idée fixe, obsédante. C’était aussi le moment où il devenait dangereusement imprévisible.

La question n’attendant pas de réponse, elles restèrent silencieuses.

— Bon. Cela étant dit, je suis satisfait. Vous avez bien travaillé toutes les deux. Le tableau nous a rapporté de l’argent et c’est tout ce qui compte, n’est-ce pas ?

— Combien ? demanda Yasmine de manière abrupte.

— Cinq mille euros.

— Cinq mille, seulement ? reprit-elle avec un air dépité.

Une expression de doute vint s’afficher sur le visage du religieux.

— Quoi, tu trouves que ce n’est pas suffisant ? C’est un prix normal pour le marché noir, je pense… Bon, bref, coupa-t-il, toi, Nadia, tu as la tâche la plus difficile, et, aussi, la plus importante. Depuis que tu as infiltré les services secrets de nos ennemis, tu dois poursuivre tes investigations et me ramener le plus possible de renseignements. Dans tous les domaines, tous, me comprends-tu ?

— Oui, mon Imam.

— Même les faits les plus anodins à tes yeux, les décisions, les idées les plus étranges qu’ils profèrent devant toi, tu les notes mentalement et tu me les rapportes, c’est clair ? Je te verrai tous les jours désormais.

— Oui, mon Imam.

— À présent, voici votre récompense. Connaissez-vous le saint homme qui se tient à mes côtés ? C’est un ami.

Celui qu’il venait de désigner les regarda tour à tour en souriant. Il semblait âgé d’une quarantaine d’années, portant la barbe longue avec des poils poivre et sel entremêlés. Grand, athlétique, les muscles longs et noueux de ses avant-bras, le maintien droit, tout en lui évoquait le guerrier. Ses yeux noirs au regard intense ne semblaient jamais ciller.

Devant leurs mines interloquées, Ezel el Ayadi reprit la parole.

— Je sais, son visage vous est inconnu, il ne le montre jamais. Et celui qui voudrait le photographier n’y survivrait pas. Mais son nom est vénéré par tous les musulmans et c’est un honneur inestimable qu’il nous fait par sa présence. Mes frères, je vous présente Anouar ben Khali, le grand chef de guerre du Califat d’Irak et du Levant !

— As-salâm’ aleïkoum2, sourit le grand barbu.

Les effusions des deux hommes furent troublées par un grand tumulte provenant du couloir.

— Qu’est-ce que…

L’Imam se soulevait à moitié de son siège quand la porte du bureau s’ouvrit à la volée, livrant passage à un petit homme d’allure hirsute.

— Le salut sur vous tous, lança l’inconnu.

— Quoi ? Qui es-tu, comment es-tu entré ? vociféra le religieux qui sauta sur ses pieds.

— Il semble que tes hommes me connaissent mieux que toi, répondit l’autre. Ils m’ont laissé passer sans problème.

Le personnage s’exprimait en français. Petit et trapu, avec des jambes courtaudes et des épaules de débardeur, il paraissait plus large que haut. Son visage rond mangé par une barbe foisonnante qui le recouvrait à moitié irradiait du regard de feu de ses yeux surmontés d’une épaisse barre de sourcils. La pilosité de l’individu ressortait de son torse par l’échancrure de sa chemise blanche et il semblait même que les manches de sa veste laissaient passer les poils de ses bras à travers les trames du tissu.

Les gardes présents dans la pièce se rapprochaient de l’inconnu, mais l’Imam les retint d’un geste. Revenu de sa surprise, il l’apostropha en ces termes :

— Encore une fois, qui es-tu ?

— Tu ne me reconnais vraiment pas ? Peut-être te souviendras-tu de mon nom : je m’appelle Ozgül Kevrün.

Le visage d’el Ayadi s’illumina.

— Mais oui, je te connais, tu es ce Turc qui se commet dans un parti politique. Un renégat qui s’est soumis aux Belges !

Il se rassit, tout sourire.

— Je ne suis pas le seul, ricana l’autre. Je te ferai remarquer que nombre de tes coreligionnaires ont suivi un parcours semblable : intégrer le système, comprendre les rouages de la politique locale pour obtenir le pouvoir, et cela depuis des dizaines d’années. Je n’ai rien inventé.

Les yeux de l’Imam se réduisirent à deux minces fentes.

— Hum… Et comment es-tu arrivé jusqu’ici ?

— Je te l’ai dit, tes hommes m’ont laissé entrer.

El Ayadi conserva une attitude figée.

— Ah, je comprends. Tu te demandes comment je connais cet endroit ? Bah, moi aussi j’ai mes sources, persifla son interlocuteur.

— Que veux-tu ? questionna l’Imam d’un ton glacial.

Le Turc fit un mouvement du menton vers le dos des femmes assises devant lui.

De nature distraite, l’Imam observa les deux sœurs comme s’il découvrait leur présence à l’instant. Il se ressaisit en les désignant à ses subordonnés.

— Yallah3 !

Elles furent aussitôt entourées et emportées hors de la pièce comme des paquets encombrants.

— Tu peux parler à présent.

L’homme roula plutôt qu’il ne marcha vers le bureau.

— Je représente ma communauté et je suis venu t’apporter notre soutien, annonça-t-il.

— Tu as emmené tes hommes ?

— Non, je suis seul.

— Tu n’es donc d’aucune utilité. À quoi sert le cirque que tu nous fais là ? Tu es un homme futile, un politicien.

L’Imam alluma une cigarette d’un air dégagé. Il n’en proposa pas à son interlocuteur ni ne l’invita à s’asseoir.

— Les Turcs, dit-il, songeur. On se demandait quand vous alliez donner signe de vie.

L’autre le fixa de ses yeux noirs.

— Nous voulons participer au califat que tu comptes instaurer, avança-t-il.

— Pourquoi ?

— Parce que nous sommes de bons musulmans, sunnites comme vous.

— Tu arrives un peu tard, nous avons commencé sans vous.

— Vous n’avez rien commencé du tout.

— Bah, déballe ce que tu as à dire, qu’on en finisse.

D’un mouvement prompt et fluide, Kevrün tira un siège, s’assit et posa les avant-bras sur le bureau. Il fixa l’Imam d’un regard intense.

— Je peux te fournir dix mille combattants, demain.

— Hein !? Dix mille ? Cela ne représente même pas la moitié du contingent que tu pourrais lever !

— Dix mille. C’est à prendre ou à laisser. Et à nos conditions.

— Parce que vous avez des conditions, susurra l’Imam, narquois.

Pour la première fois, le Turc porta son attention vers l’homme qui se tenait assis à la droite d’el Ayadi, le chef guerrier. Le grand échalas en djellaba demeurait impassible. Sans doute ne comprenait-il pas le français.

— Bien sûr, nous sommes turcs avant tout, répondit-il à la question. Nos conditions sont de deux ordres…

— Je meurs d’envie de les connaître.

— Ne prend pas cet air condescendant avec moi, Imam.

— Tu es venu seul ici, tu l’as dit toi-même. Tu pourrais ne jamais en repartir, menaça el Ayadi.

— Alors, le califat que tu espères si ardemment pourrait ne jamais voir le jour.

Le religieux observa le contradicteur d’un air pensif.

On ne peut pas se fier aux Turcs. Ils ne sont pas comme nous. Ils portent des costumes, jamais de djellabas. Ils se disent musulmans, certes, mais de quel ordre, à quel niveau d’élévation ? Ils se sont laissés prendre à l’influence occidentale…

Le ton irascible de son interlocuteur le tira de sa rêverie.

— Tu comptes me tuer, c’est cela ta réponse ?

— Quoi ? Que vas-tu chercher là, mon ami. Tu es venu ici en paix et c’est ainsi que tu repartiras. Parle. Qu’as-tu à proposer ?

— Je t’ai dit que nous voulions participer au califat, mais il nous faut des garanties. Premièrement, nous voulons conserver nos quartiers, nos mosquées et, surtout, nos Imams. Je refuse de voir notre population subir le joug de religieux wahhabites venus d’Arabie. Bref, nous ferons partie du califat tout en conservant notre autonomie, nos coutumes, notre indépendance.

— Tout cela, vous l’avez déjà. Cela va de soi, il n’y aura pas de changement pour vous. Ensuite ?

— Deuxièmement, il faut des armes pour nos combattants, nous n’en possédons pas assez. Vous détenez le marché noir des armes depuis toujours, tandis que, nous, nous ne sommes que d’humbles commerçants.

— Humbles commerçants ? Laisse-moi rire, à vous seul, vous tenez plus de la moitié de l’économie de cette ville. Moi aussi, j’ai mes sources. Mais, vous n’avez pas d’armes, dis-tu ?

El Ayadi vit passer une lueur d’inquiétude dans le regard de son antagoniste. Celui-ci avait parlé sans réfléchir.

Ah, mon ami, il n’est jamais bon de révéler ses faiblesses à quiconque, se dit-il.

L’autre tenta de se reprendre.

— Pas assez pour nos dix mille combattants en tout cas. De plus, nous devons en garder pour ceux qui se chargeront de la défense de nos quartiers. En des temps aussi troublés, c’est une nécessité.

— Je comprends. Mais cela ne pose aucun problème, nous pouvons vous vendre les AK-47 dont vous avez besoin.

— Le problème, justement, c’est le timing. Nous avons des commandes en cours dans les pays de l’Est et en Russie. Mais, cela prend du temps et, comme je te l’ai dit, il nous les faut pour demain.

— J’apprécie ta sollicitude et ton impatience, ce sont des sentiments dignes d’un vrai croyant, et je te le répète, nous pourrions vous les fournir.

— Vous pourriez…

— Tout dépend de notre accord.

— Nous voulons aussi les lance-missiles, les fameux AV 36 et les serveurs afghans qui les utilisent.

Sur le coup, l’Imam sembla encaisser un fameux choc. Il se recroquevilla dans le fond de son fauteuil et demeura comme prostré, les yeux écarquillés.

— Tu… Tu es au courant de cela aussi ?

— Oui. Je dois également t’annoncer que nous refusons de prendre votre drogue de combat. Je ne tiens pas à commander une horde de zombies.

— Parce que c’est toi qui vas diriger vos troupes ?

— Parfaitement. Je suis officier supérieur en grade dans l’armée turque. Je suis retourné au pays pour accomplir mon service militaire, durant deux années. La plupart de mes gars également. Je te l’ai dit, nous sommes des patriotes.

El Ayadi marqua un instant d’hésitation. Puis il se leva, bouscula le seigneur de guerre au passage, fit le tour de son bureau et s’avança vers Kevrün.

— Dans mes bras ! s’écria-t-il.

Les deux hommes se donnèrent l’accolade.

2 Salutation arabe signifiant : » Que la paix soit avec vous »

3 Mot arabe signifiant « Allons-y », « On se dépêche »

3

Lucas

Par les fenêtres ouvertes laissant pénétrer la fraîcheur du jour, il voyait la lente amplitude du crépuscule. Cette journée merdique arrivait enfin à son terme. Foutu lundi, se disait le photographe. Et fichus métiers, au pluriel, malheureusement. Il allait subir deux débriefings pour une seule connerie ; bref, la poisse.

Le premier avait déjà eu lieu dans le bureau du rédacteur en chef de son journal. Et ce tordu de Van Laer, le rédac chef, l’avait proprement éreinté. Et tout çà en suivant les us et coutumes de la maison, c’est-à-dire, d’une manière effrontément injuste. Pire encore, ce mec se montre d’une mauvaise foi « crasse » qui dépasse l’entendement.

Lucas reposa son verre sur la table basse pour se resservir à ras bord de son Pinot noir préféré avant d’évoquer le souvenir de la diatribe de son chef.

— Pauwels, vous vous prenez pour un flic ? avait lancé d’emblée le rédacteur. Mais qu’est-ce qui a pu germer dans votre cerveau atrophié pour vous lancer à la poursuite de la voleuse ?

À cet instant, l’homme s’était levé brusquement de son fauteuil, avait gagné le centre de la pièce et s’était mis à marcher en rond en se frappant les tempes de ses mains dans une attitude censée révéler une profonde perplexité.

Cabotin, s’était dit Lucas, un mince sourire aux lèvres.

Le bureau était plein à craquer, Van Laer avait rameuté le ban et l’arrière-ban de la rédaction. Méthode habituelle pour confirmer sa sentence rendue au cours d’un blâme public, l’opprobre d’un fautif qui ne peut être racheté que par une confession honteuse, exprimée en présence de ses pairs. Communiste maoïste refoulé, Van Laer s’inspirait de la méthodologie pratiquée par les gardes rouges durant la révolution culturelle en Chine.

Rien de tel pour mater les esprits rebelles, se disait-il en fervent admirateur du Grand Timonier.4

— Hé ! J’ai ramené un sacré bon article, s’était défendu Lucas, affalé sur sa chaise, les mains nonchalamment croisées derrière sa nuque.

— Un bon article ? Parce que monsieur Pauwels a le culot de se croire bon journaliste ? Ah, ah, laissez-moi rire ! Tout ce que vous avez réussi à nous ramener, c’est un tas de problèmes avec la police ! Ils ont cru que vous étiez un complice qui était là pour faire diversion pendant que les voleurs prenaient la fuite.

— Mouais, je dois avouer que leur coup était bien monté, simple et efficace, sourit Lucas.

— En plus, ça vous fait rire ! Mais vous n’avez aucune idée de ce que j’ai dû endurer à cause de votre connerie ! Il m’a fallu user de toute mon influence auprès des autorités — qui n’est pas mince, je le précise — pour vous sortir une fois de plus de ce mauvais pas et surtout, pour préserver la réputation de notre journal !

— Courbettes et ronds de jambe avec un téléphone à la main, on imagine la scène comme si on y était.

À ces mots, le visage du rédacteur en chef avait pris une teinte cramoisie.

— Aah ! Sortez de ce bureau Pauwels ! Dehors ! J’en ai marre de vous voir, j’en ai marre de votre insolence ! À présent que le soir tombait, seul chez lui dans son appartement de célibataire et se remémorant les événements de l’après-midi, le journaliste n’avait plus du tout envie de rire. Le vieux s’était encore laissé emporter par son sens dramatique. Après tout, ce reportage présentait tous les gages de la réussite. Il ne ferait pas la une