36 nouvelles d'ici et d'ailleurs - Bernie Lee - E-Book

36 nouvelles d'ici et d'ailleurs E-Book

Bernie Lee

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Beschreibung

difficile de résumer trente six histoires, toutes dans un style different, dans un lieu different, certaines située en Bretagne, d'autres en Charente Maritime, d'autres encore en Australie, et dans un style policier, ou utopique, ou réaliste, bref un divertissement sous diverses latitudes pour vous permettre de combler agréablement quelques moments de solitude ou d'ennui

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Du même auteur

Publié chez BoD, distribué par SODIS, catalogue Dilicom

Série “Un polar australien“

1 Mine de rien ISBN : 9782322102433

2 Alors on fait la bombe ISBN : 9782311133956

3 La seconde mort de Michèle ISBN : 9782322133642

4 Ça va fuser chez les Abos ISBN : 9782322134151

Les miroirs de Belle ISBN : 9782322170357

Petites sœurs des romans, les nouvelles nous content une histoire en peu de pages.

Petits frères des nouvelles les strips ou comics strips nous racontent eux,

une histoire en 3 ou 4 dessins.

bernard l’hostis

Table des matières

Le voyageur pressé

Au Jarancado Hôtel

Elle a vu le loup

L’ami de papa

Histoire de Martine

Jésus et le grand Johny

Le Kookaburra

Tout tenter

La vieille dame

Enfants du serpent Arc-en-Ciel

Le grand voyage

Les caramels mous

L’éxil

L’héritage du vieux Ben

La petite Margot

La Lubra blanche

Un vieux loup de mer

L’incendie

Centenaire de l’ordonnance royale de1826 (Une folle journée au parc)

Meurtre à Gostwyck Chapel

La gourmandise

Les flammes

La colère

Terres d’Arnhem

L’entreprise

Oncle Bernard

Au 3 de la rue Bouët

Le motard

En terre d’Orange (NSW)

A l’hôpital

Il chantait le Bro Gozh

Octobre à Vladimir

La séparation

La ferme des Mathieu

Le disparu du Touquet

Salon du polar

Le voyageur pressé

La route de Sydney à Armidale passe par Singleton dans la région de Cessnock, cette vallée du vin nommée la “Hunter Valley“ où domine à Pokolbin les propriétés viticoles du Docteur Max Lake et son fameux cabernet le “Lake Folly“. Dans l’office du propriétaire trône le diplôme français de la “chaîne des rôtisseurs“ remis par le saintais Robert Baty alors “Grand Maître“ de cet organisme.

Les vins de cette région prétendent vouloir égaler ceux de la Barossa Valley mais ne parviennent que partiellement et difficilement à s’en approcher. Comment lutter par exemple avec une bouteille de Penfold’s Grange de 2014 cotée 910 euros.

Le conducteur ne jeta pas le moindre regard sur les chômeurs engagés au noir pour vendanger. Il conduisait vite, mais restait néanmoins respectueux de la vitesse autorisée, qui, dans cet état du New South West est limité à 100 Km/h et non à 110 comme dans l’Etat de la Western Australia d’où il venait.

Sa préoccupation première était d’éviter un contrôle de police. Il se méfiait de ces flics vicieux qui vous verbalisent à l’hypocrite. Exemple : vous doublez au-dessus de la vitesse autorisée une berline à l’allure inoffensive, portant landau ou planche de surf sur la galerie, et aussitôt deux phares bleus surgissent sur la voiture et le klaxon caractéristique de la sirène de police retentit. Vous n’avez plus qu’à stopper gentiment pour récupérer votre amende de 153 dollars à payer au prochain bled, et ceci si vous ne dépassiez la vitesse réglementaire que d’un maximum de 10 km/h. Sinon c’est 244 dollars entre 10 et 25 ou 366 entre 25 et 30. Et je ne vous parle pas des 800 dollars environ que vous coûterons les frais d’avocat pour récupérer vos points. Faut dire qu’il vous en coutera déjà 60 dollars rien que pour traverser à pieds hors des clous.

Passé Singleton et sa région vinicole, il savait le coin plus peinard, mais néanmoins il surveillait rigoureusement le compteur. Il faisait une chaleur des plus caniculaires, le thermomètre devait effleurer les 45 degrés. C’est vrai que nous étions fin janvier, le plein été. Les derniers incendies avaient dégarni de nombreuses collines et la nature reverdissait à peine. Il avait mis la climatisation à fond, bien que sachant qu’elle lui pompait quelques litres de carburant supplémentaires, mais il avait largement assez de réserve pour finir son périple sans s’inquiéter de devoir refaire le plein.

Il atteignit Armidale sur le coup des huit heures PM quand la nuit commençait à tomber. La maison était vide, personne ne semblait l’attendre. Nous étions Mardi, et sa compagne devait être à faire son Bingo hebdomadaire comme tous les Mardis. Quant à son fils, sûrement à trainer au pub comme d’habitude. Il y a longtemps qu‘il ne se formalisait plus de leurs sorties nocturnes. Comme d’habitude aussi le frigo était vide. Il se contenta de téléphoner à Pizza Hunt pour se faire livrer une napolitaine.

A minuit personne n’était rentré. Passe encore pour le gamin qui avait dû décider de coucher chez sa girlfriend, mais sa mère devrait être de retour, le Bingo fini à 10 heures. Ou alors elle avait fait carton plein et gagné le gros lot. Il décida de ne pas l’attendre et de se coucher. 4453 km de conduite, fusse en deux jours, ça vous crève n’importe quel bonhomme.

Au réveil il constata que Maggy était rentrée, il ne l’avait entendu revenir. Par contre le gamin n’était pas là, il avait bien découché. Il se servit un thé noir avec un nuage de lait froid, et deux scones comme petit déjeuner. Puis il fonça sous la douche pour finir de se réveiller complètement, et supprimer les reliefs de fatigue qu’il trainait après cette longue et fastidieuse conduite.

Maggy s’enquiert de la qualité du voyage, et de la santé de leurs amis Burrows restés domiciliés à Fremantle. A midi ils prenaient le lunch sur la terrasse frontale quand ils virent une voiture à damiers bleu et blanc de la police stationner devant chez eux. Deux policiers en descendirent et se présentèrent.

– Good ‘Day mate, nous souhaiterions parler à Mickael Mac-Culloch, il est ici ?

– Désolé, nous supposons qu’il est chez sa girlfriend. Y a-t-il quelque chose que nous pouvons faire pour lui ?

– Non, c’est une convocation à comparaitre au tribunal que nous devons lui remettre en main propre. Pouvez-vous lui dire de passer au commissariat dès que possible ? Merci ! Bay !

– Bay !

Quelle connerie avait encore pu faire Mickael ? Décidément se dit Maggy, ce gamin ne nous apportera que des emmerdements. Au collège il avait été viré deux fois. La première pour avoir foutu le feu à l’un des deux magnifiques palmiers décorant l’entrée du Collège. Mais ça encore, on pouvait lui pardonner, il était curieux de voir à quoi ressemblait cette sorte d’étoupe, de fibre, qui circulait autour du tronc de l’arbre, et par simple curiosité avait voulu savoir si c’était inflammable. Il avait approché une flamme de briquet pour tester, et le feu avait jailli sur ce produit et grimpé d’un seul élan jusqu’à la cime de l’arbre, qui évidement en était crevé.

La deuxième fois, un copain avait fait le pari stupide qu’il descendrait le boulevard en patins à roulettes, lui a voulu faire mieux et parié qu’il le ferait à poil en skateboard. Les flics n’avaient pas apprécié, et l’avaient ramené au bahut enveloppé d’une capote militaire. Aujourd’hui il avait terminé ses études secondaires et attendait début Mars, la fin des grandes vacances d’été pour rejoindre l’Université.

Il n’avait pas choisi celle d’Armidale, mais avais opté pour celle de la Gold Coast où il pourrait plus facilement pratiquer le surf qu’ici sur le boulevard, ou à l’océan qui est à 450 kms. En attendant, vu la visite des cops, il devait avoir une dernière connerie à assumer avant son départ. Une fois au Queensland on sera moins au courant de ses bêtises se rassura Maggy. Elle pensait que Brendan était trop laxiste avec lui, il faut dire qu’il n’était pas son Père.

Brendan avait profité que Maggy aille à son cours de macramé pour vider le coffre de sa voiture. Il avait pratiqué dans le garage une sorte de fosse recouverte d’une trappe, qu’il prétendait être son atelier d’entretien mécanique pour la révision de sa voiture. Nul autre que lui ne pénétrait jamais dans ce domaine personnel. Dans la fosse elle-même il avait creusé latéralement une cavité invisible, fermée par une partie du bardage en bois dans lequel un panneau discret lui donnait accès.

Maggy avait averti son fils du passage de la police et de son obligation de se rendre au commissariat, bien qu’elle essayât d’en connaître la raison Mickael prétexta n’en rien savoir. Elle devrait donc se contenter d’attendre son retour pour en être peut-être informée.

Brendan avait déclaré quant à lui qu’il devait se rendre dans le Nord du Queensland et ceci dans les meilleurs délais. Pour ce voyage non plus elle n’en connaitrait pas la raison, mais elle en avait pris son parti, Brendan ne faisait jamais part du pourquoi de ses voyages. Mais lui au moins c’était pour ses affaires, du moins l’espérait-elle, et non pour des bêtises comme Mickael. Comme la majorité des couples ici, ils faisaient bourse à part, mais il lui donnait une somme conséquente toutes les semaines pour assurer le viatique du ménage.

* * *

Brendan avait pris la route du Nord, il rejoindrait Brisbane par Glenn-Ines en continuant de rouler sur le plateau, c’est à Brisbane qu’il récupérerait la côte pour la suivre plus ou moins jusqu’à Port Douglas, et peut-être Mosman et la presqu’île de Cap Tribulation. Il allait encore devoir lever le pied sur cette portion de route ou le gouvernement était en train de tester les méthodes du Western Australia, à savoir tracer des bandes blanches en travers de la route pour réaliser des contrôles de radars aériens.

Au sud de Brisbane, sur le F3 voie rapide de Surfers Paradise à Brisbane, il aperçut l’autostoppeuse. Elle était rousse comme ce n’était pas possible, à enflammer un fagot de serments de vigne. Short blanc, chemisier transparent et sac à dos surmonté par le traditionnel sac de couchage. Pouce levé elle espérait un conducteur au bon cœur. Ce fut Brendan. Il se dit qu’il devait la ramasser si elle ne voulait pas se payer une amande vu qu’il est interdit de faire du stop sur les voies rapides. La pin-up se présenta comme Gloria, irlandaise en vacances, étudiante en sciences économiques et amoureuse de l’Australie où elle venait passer une année sabbatique.

Sur le chemin du retour il n’aurait sans doute pas été aussi généreux, mais à l’aller il voyageait le coffre vide. La voyageuse était curieuse de tout, du nom des arbres croisés, des animaux aperçus, du temps qu’annonçait ce ciel, bref : un vrai moulin à parole, mais après tout Brendan n’avait personne à qui parler d’habitude, et cet intermédiaire lui faisait découvrir que le temps n’en passait que plus vite avec cette passagère.

Comme il atteignait Brisbane il lui demanda si elle avait un lieu précis où elle souhaitait qu’il la dépose. Aucun, elle voyageait en électron libre et n’avait aucun endroit de prédilection. Souhaitait-elle passer la soirée avec lui ? Pourquoi pas, ce serait toujours mieux que traîner seule et qui plus est d’avoir l’occasion d’écouter d’un partenaire des histoires locales et d’apprendre des nouveautés. C’est ainsi qu’ils firent un arrêt au Blackbird restaurant. Elle n’était pas exigeante sur la bouffe. Elle avait choisi un steak sandwich et un coca. Brendan remplaça d’office la commande par un tournedos Rossini arrosé d’un “blue none“, sans compter une “Pavlova“ en dessert. Créée par le chef Bert Sache de Perth en l’honneur de la danseuse russe Anna Pavlova les australiens se sont appropriés ce dessert comme le dessert national.

Brendan avait pris cette décision d’instinct par désir de prouver d’une part que les Australiens savent accueillir, et son horreur de la mal bouffe d’autre part. Le “Blue none“ était un vin agréable. Sans être dans les très haut de gamme il tenait la comparaison avec la moyenne des vins servis dans les restaurants.

Repas décontracté et rempli d’histoires, celles de sa vie, celles du pays, ils se retrouvaient amis à son issue. Où allait elle coucher ? Rien de prévu. - Partager sa chambre ? Pourquoi pas ? Ce fût chose faite. Au matin elle lui demanda s’il elle pourrait profiter de la suite de son voyage, et fut surprise de son refus. Je le regrette sincèrement lui affirma-t-il mais j’ai un important rendez-vous auquel je ne peux me présenter accompagné. Elle admit la chose, heureuse d’être assurée qu’il ne la jetait pas après usage comme un vieux kleenex.

Brendan repris un voyage qui n’aurait pas dû se dérouler de cette façon, c’était la première fois qu’il dérogeait à sa tradition de ne jamais prendre de passager. Il allait mettre les bouchées double pour rattraper le temps perdu. A l’heure du lunch il aurait dû être à Port Douglas, il n’était encore qu’à Airlie Beach, il lui restait encore 543 kilomètres, soit presque 6 heures de route.

Cette fille lui avait laissé un goût de printemps dans la bouche, c’est la première fois qu’il avait une aventure en dehors de Maggy, non par fidélité naturelle, mais parce que l’occasion ne s’était jamais présentée, et qu’il ne l’avait jamais cherché.

Maintenant la route longeait la mer dans la traversée de ce petit village où il put admirer les pécheurs du jour. Deux gamins d’une dizaine d’année tenaient chacun le bout d’un filet d’un mètre de haut fixé verticalement sur un bâton. L’un marchait sur la plage, l’autre suivait en parallèle au bout du filet tendu, dans l’eau jusqu’à la taille. Puis après une centaine de mètres de marche, celui qui était dans l’eau se rabattit sur la plage et ils purent remplir trois seaux de ces grosses prawns, que l’on nomme gambas en Espagne.

Il était 6 Pm quand il atteignit Port Douglas. Pour avoir connu déserte la plage de Four Mile Beach et ses moustiques, il avait du mal à la retrouver couverte du Sheraton Grand Mirage Resort, magnifique centre touristique de cette qualité. Le petit restaurant du Rusti Pélican, près de la caserne des pompiers ressemblait maintenant à une maison de poupée. Il continua jusqu’à l’ancien bureau de poste, le lieu de rendez-vous était à côté, au Choo Choos at the Marina, sur Wharf street, près du club de plongée.

Dès qu’il apparut sur le pas de la porte le serveur s’approcha de lui et lui glissa. : – Marc vient juste de sortir, vous avez dû le croiser, il est allé à côté, faire des courses chez Coles. Il a dit de vous asseoir et commander il vous rejoint.

Brendan venait de recevoir son Bacardi and coke quand Marc fit son entrée et vint prendre place à sa table.

– Tu es tard ce soir

– Ça change quelque chose ?

– Du tout. As-tu passé commande ?

* * *

Il n’aurait pas à aller jusqu’à Cap Tribulation, c’était déjà ça. Il pouvait repartir tôt ce matin. Il n’avait pas pris le temps d’un bain matinal, ni celui de revisiter la vieille prison de bois folklorique, ou de jeter un regard sur les nombreuses nouveautés qui ont transformées ce sympathique village de vacances en imitation du Saint Tropez français. Il avait repris la route dès cinq heures au lever du jour. Il avait calculé qu’à l’heure du lunch il serait approximativement à Airlie Beach et les White Sunday. Autant pousser jusqu’à Mackay

Le soir il coucherait à Brisbane. Le souvenir de la rouquine lui remontait en tête, mais il savait n’avoir aucun moyen de la retrouver. Bien qu’elle eût tenu à lui laisser un numéro de portable. Après tout il pourrait toujours essayer de la recontacter. C’est la première fois qu’il était ainsi troublé par une rencontre de passage qu’il n’avait pas volontairement provoqué.

Il tenait bien l’allure et avant Sangatte il s’arrêta pour passer un coup de portable, inutile de se faire verbaliser pour téléphoner au volant. Gloria ne répondit qu’à la cinquième sonnerie, au moment où il allait raccrocher. – Salut beau gosse, tu es de retour et tu veux savoir si ta vieille copine aux cheveux de feu est toujours dans le coin ? Eh bien oui, et elle espérait ton coup de fil ? Tu dis rendez-vous où ? Au même endroit ? Hé bien j’y serai ! Bisous.

Brendan frétillait comme un gardon, comme un gamin transi, tout comme. Il se trouvait lucidement ridicule et n’y pouvait rien. Il frôlait l’excès de vitesse sans jamais le dépasser, l’œil fixé sur le compteur et le compte-tour. Pour entrer dans Brisbane, il y pénétra par Riverside Centre où le restaurant Blackbird se trouve au 123 d’Eagle Street. Il aperçut Gloria marcher sur le trottoir. Il prit son téléphone et l’appela – “Gloria, monte je suis là“. Mais la police aussi était là. Deux cops lui firent signe de stopper le moteur, et pendant que l’un vérifiait ses papiers, l’autre lui demandait d’ouvrir son coffre.

Au Jacaranda Hôtel

Dans ce sous-sol du Jacaranda Hôtel de Cairns, agréable ville du Queensland, la musique éclate comme un orage de printemps, libérant une tension trop longtemps contenue. Les notes rebondissent de mur en mur, se glissent furtives au travers des fenêtres disjointes, et vont mourir au loin dans la grisaille glauque d’un petit-jour mort-né. Dedans ça sent la bière, la sueur, le fauve, et quelques relents d’hasch mélangés au tabac blond.

Le saxo joue les yeux fermés, comme égaré dans un paysage intérieur. Telle une baguette de chef d’orchestre la clarinette Antoine Sonnet semble diriger l’imaginaire blues évanescent et lascif du “Tin roof blues“ qui ne saura jamais vieillir. Les silences sont lourds comme des fronts de paysans butés. Les yeux mi-clos comme des judas de monastère. Les rêves bleus se confondent aux fumées. C’est l’heure où les faux ivrognes sont partis cuver, les faux curés compter leur fric, les fausses putes tirer leur coup, et les faux derches ressasser leur rancœur. Les musiciens font le bœuf, pour leur plaisir, après avoir estimé avoir assez donné pour un contrat mal rémunéré. Chacun prend son pied comme il peut. Ne reste là après cette soirée que les trop saouls, ou les trop tristes, ou les trop seuls, et par hasard comme un coquelicot dans un champ de blé mur, un véritable mordu de jazz, ou un couple d’amoureux perdus, éperdus, et planant ? C’est l’heure où les paumés font front contre l’indifférence, et la meute des laissés pour compte dresse le dernier carré contre la solitude. C’est le combat avec l’ange, le combat toujours perdu d’avance, le combat inégal. Mourir ; Mais debout !

Laurent ne bouge pas, saoul plus de musique et de souvenirs que de bière. Il a sa tête dans ses mains ; la valse des souvenirs lui a tourné la tête. Il a le regard perdu dans son passé. Le cœur blotti dans sa jeunesse ; “Tin roof blues“, ce même “Tin roof blues“ avec les copains du hot-club, la “cave“ les concours de be-bop… Carole ne bouge pas. La tête sur l’épaule de Laurent. Intelligente, elle sait qu‘elle ne peut l’accompagner sur ce chemin de la mémoire qu’il ne peut que gravir seul. Elle est heureuse. Heureuse d’être là avec lui, présence physique immobile. Elle sait qu’il lui faut attendre que Laurent revienne d’un passé où elle n’a pas sa place, où elle n’aura jamais sa place. Il n’y a que dans les trous noirs cosmiques que l’on peut remonter le temps. Dans notre espace-temps Carole sait qu’elle sera à jamais absente du passé de Laurent. Mais elle ne prétend pas au passé, elle ne réclame que le présent. Comme il aime le jazz, pense-t-elle, comme tout à l’heure il avait l’air d’être inséré dans la foule qui suivait l’enterrement lors du “New Orléans function“.

La musique s’est tue, le silence s’est infiltré sournoisement dans la salle. Les épaules frémissent au contact des premières réalités. Un mouvement furtif des yeux indique à Carole que Laurent est revenu de ce voyage dans le temps ; Encore sous le charme mais déjà plus envoûté. Il pense à cette soirée jazz qu’il s’est senti heureux de partager avec Elle, où il s’est dit que le bonheur c’était ça, où il réalise qu’il l’aime et ne doit pas la laisser repartir, quitte à l’épouser pour résoudre le problème du visa. Non pour la retenir prisonnière, mais comme dans “la chanson du geôlier“, ce poème de Prévert, lui donner l’occasion de rester si elle le désire.

Laurent la regarde avec tendresse, il n’est sorti de son voyage dans le passé que par une douleur soudaine qui lui tord le ventre. Ce fut brutal, soudain. Une main de fer lui tord les tripes. Quoi ? Pourquoi ? Comment

– Carole j’ai mal, si mal, que m’arrive-t-il ? Pourquoi ces brûlures ? J’ai comme une main de fer qui m’arrache les tripes ! qu’avonsnous donc mangé au diner ce soir qui pourrait en être la cause ?

– Nous n’avons pris qu’un pot au feu, un simple pot au feu à la française, tu as même ajouté : – C’est rare qu’ils aient cela au menu, on se croirait en France. Tu crois vraiment qu’un plat pareil pourrait t’être néfaste ? Quelles douleurs exactement ressens-tu ? Veux-tu que j’aille quérir un médecin ? passe-moi ta “Medicare“.

– Non va aux cuisines, demande au Chef, la liste exacte des produits qu’il a utilisés, parle-lui de mes douleurs et cherchez ensemble quelle pourrait en être la cause

Carole est partie voir le Chef tandis que Laurent se tord sur ce lit qu’elle espérait utiliser à des ébats plus langoureux. Le Chef tout étonné de sa requête lui confirme l’utilisation des produits naturels qui viennent du marché de Cairns ou il se sert depuis toujours chez un fermier bio des environs. Elle à téléphoné au médecin de l’hôtel qui au vu des symptômes déclarés n’a pas hésité à demander une hospitalisation. Une ambulance est venue quérir Laurent laissant Carole à une solitude qu’elle ne souhaitait surement pas. Voici un an qu’ils partagent cette vie qui leur convient si bien

Les examens d’urgence confirment un empoissonnement à l’arsenic qui ne peut être accidentel.

L’inspecteur Garry Bassett se présente à l’hôtel et interroge en priorité Carole sur les évènements passés, comment les douleurs se sont déclarées, quand et comment ont-ils réagi ? Il pense qu’un empoisonnement pouvait bien en effet avoir eu lieu avec ce pot au feu, même si Laurent en avait été la seule victime, donc la cible désignée.

SI le délit n’était pas causé par un sujet alimentaire, légumes ou viande, il l’était donc par un poison volontairement ajouté à la seule assiette de Laurent. L’inspecteur demanda à rencontrer le Chef et les serveurs

Le Chef confirma la salubrité des produits utilisés, serveuses et saveurs confirmèrent que les deux “froggies“ s’étaient eux-mêmes servis du pot au feu dans la marmite de deux portions qui avait été posée sur la table, et dont il faut le souligner ils avaient fait bon usage. Ce qui peut en garantir la qualité.

– Ainsi personne n’avait touché à l’assiette de Laurent ? Personne parmi le personnel présent. Et il ne manque personne du personnel de cuisine ?

– Non personne.

* * *

Laurent est ressorti de l’Hôpital après lavage d’estomac et soins appropriés.

Aujourd’hui ils font bain de plage, nus au soleil sur un rivage de sable chaud et souple que l’océan caresse mollement du bout de vagues lascives. Cachée derrière des lunettes de soleil rondes et larges qui lui mangent le visage Carole lit un recueil de poésies. Laurent refuse le badigeonnage de crème solaire, il déteste cette impression de gras sur la peau à laquelle adhèrent des milliers de grains de sable Ses “rayban“ ne sont pas choisies par un relent de snobisme, mais parce qu’il n’a jamais envisagé d’acquérir, ou de penser essayer un autre modèle de lunettes solaires. Il s’est plongé dans la lecture d’un ouvrage exposant les plantes comestibles sauvages qui poussent dans le bush et avec lesquelles se sustentent les aborigènes.

Le silence les enveloppe, chacun perdu dans ses lectures et pourtant sentant confusément la présence rassurante de l’autre à ses côtés.

– Carole !

– Laurent ?

– Envisagerais-tu de vivre avec moi ta vie durant ?

– … Non, Non je ne crois pas que demain, après-demain, je te répondrais Oui, et toi ?

– Je crois que nous avons eu tous les deux des moments trop merveilleux pour accepter de les galvauder. Je crois que depuis un an nous avons vécu certaines joies qu’il ne faudrait pas détruire. Je crois que pour savoir conserver de pareils moments, de pareils souvenirs, il faut savoir se séparer en pleine possession de son bonheur. C’est le suicide de Montherlant. Refuser de voir venir la déchéance. Oui pour que de tels moments existent dans la mémoire il faut savoir se quitter avant qu’ils n’aient été flétris par l’habitude, dégénéré par le quotidien, c’est “le serment bohème“ de Jean Roger Caussimon.

– Je suis heureux que nous pensions les mêmes choses. Ce serait trop con la déchéance. Je pense à Claude. Sa définition de l’Amour c’était : “le couple seul sur une île déserte“.

– Oui ! et vive la sclérose ! Non moi je ne suis qu’un petit individu moyen. Je n’ai pas la mystique d’un Gourou pour découvrir la vérité en moi. Je n’ai pas envie de m’offrir un orgueil à ma démesure. Que sommes-nous ? rien ! Ce sont les autres qui font de nous ce que nous sommes. Notre esprit n’est qu’une part infinitésimale de l’esprit universel, et notre Moi cérébral s’est modelé par les idées que nous avons inconsciemment volées aux autres, par les réflexions, les discussions avec nos amis. Notre acquis, notre culture, nous la devons aux autres. Personne ne possède la science infuse. Alors tu comprends : “je t’aime-tu-m ‘aimes-les-yeux-dans-les-yeux “ça va un temps. Mais sur le plan de l’enrichissement cérébral, tu repasseras. Surtout que si l’on s’aime, on se connaît déjà un peu, et cela réduit d’autant le champ des découvertes.

La nuit fut douce, une de ces nuits australiennes pareilles aux autres où le ciel se réveille d’un rouge sang à l’appel des Kookaburras, où Laurent a gardé longtemps Carole dans ses bras où il réalise qu’il l’aime et ne doit pas la laisser repartir, quitte à l’épouser pour résoudre le problème du visa. Non pour la retenir prisonnière, mais comme dans le poème de Prévert “la chanson du geôlier“ lui donner l’occasion de rester si elle le désire. Il se lève.

Sur la table ce mot :

Ne gâchons pas cet Amour par des Adieux, je t’aime !

* * *

L’Inspecteur Bassett se présente au Jacaranda Hôtel

– Vos deux Français sont toujours là ?

– Non ils sont partis. Elle hier, lui ce matin, vous aviez du nouveau ?

– Oui le personnel de cuisine m’avait dit qu’il était complet, mais il n’avait pas pensé à la plonge, une petite française, embauchée en “casual“, en fait venue exprès sachant que Laurent serait là à cause de la soirée jazz, une folle amoureuse de lui, rejetée et rancunière et qui est passée discrètement changer une bouteille d’eau sur la table et accomplir son forfait. Dommage, il ne connaîtra pas la raison de sa mésaventure due à un amour contrarié. Mais vous, je vous conseille de maintenir votre pot au feu au menu : Un délice !

Elle a vu le Loup

Ma grand-mère Margot disait que de son temps, les femmes criaient souvent “au loup“. Non que les femmes soient plus souvent importunées ou agressées que de nos jours, mais la morale voulait qu’elles se défendent de toute agression, fût-elle supposée, dans une époque où la virginité avait encore valeur marchande.

Elle avait comme amie d’enfance la petite Marie dont la beauté faisait référence dans tout le village. Enfant sage, mais de moyenne intelligence, celle-ci s’agrippait à ma grand-mère comme le lierre au mur de pierre, non par admiration pour Margot, mais par timidité, par une peur phobique de se retrouver seule à affronter l’inconnu

Il faut dire que dans cette Bretagne profonde, on ne faisait rien pour informer les jeunes filles. Elles avaient consigne quand elles allaient au bal du village de bien regarder les pieds des cavaliers, car si le diable peut parfois prendre forme humaine, il ne peut jamais cacher ses pieds. Toute jeune fille alors s’empressait de s’assurer que son cavalier n’avait pas les pieds fourchus.

Les danses d’alors, contrairement à certaines d’aujourd’hui, ne permettaient pas de danser seul, ni d’enlacer trop fort sa cavalière. Elles obligeaient une certaine retenue déguisée sous le nom de “décence“.

Comme toutes les camarades de son âge, Marie avait le désir d’accomplir le rêve de toute jeune fille : réaliser son mariage. Pour cela il fallait bien évidement essayer de conserver sa virginité, sans toutefois repousser trop le cavalier qui s’intéressait à vous, faute de se retrouver à coiffer sainte Catherine.

Chaque fois qu’un cavalier tentait de l’embrasser Petite Marie criait “au loup“ affolée par l’inconnu, apeurée par l’éventuelle suite, vu qu’elle n’était pas parfaitement affranchie de ce que réservait cette suite, et aussi pour satisfaire à ses parents qui lui avaient interdit de se laisser serrer de trop prés. La curiosité pourtant la tiraillait, et maintes fois elle avait hésité à questionner Margot sur ce que réservait “la suite“.

À la Saint Jean, la tradition voulait que la jeunesse saute par-dessus le feu, les couples le faisant en se tenant par la main étaient supposés se marier dans l’année. Elle se trouva embarquée vite fait dans la farandole par le grand Fernand qui lui tenait bien la main et l’entraîna dans le saut à deux.

Ce saut exécuté elle se considéra comme ”un petit peu fiancée“ avec ce garçon, et lorsqu’après lui avoir offert une limonade, il l’entraîna derrière la grange et lui vola un baiser, elle se crue obligée d’accepter cela comme un engagement de sa part à entamer une relation sérieuse. Elle ne comprit pas pourquoi il glissait la main sous son corsage et se demandait pourquoi il lui tripotait la poitrine comme pour s’assurer qu’elle n’avait point de lait à offrir. Plus curieux encore pourquoi glissait-il maintenant sa main sous le jupon jusqu’à sa toison intime ?Devait-elle crier au loup, ce qui risquait de faire fuir ce prétendant ? ou devait-elle subir les attouchements qu’elle découvrait en se demandant si ceux-ci restaient ou non dans la zone du convenable ?

Elle hésitât trop longtemps sur la solution à tenir. Au moment ou elle penchait pour crier au loup, elle ressenti comme un plaisir soudain lui rappelant le goût des gestes intimes qu’elle osait parfois la nuit dans sa chambrée. Elle abandonna l’envie de crier et se concentra sur ce nouveau plaisir. Elle lui rendait maintenant ses baisers et ne pensait à rien d’autre qu’à un avenir proche ou elle revêtirait une robe blanche. Le plaisir lui irradiait la tête. Elle ne réalisa aucunement qu’elle venait de perdre une virginité si longuement préservée debout contre une grange ce soir de Saint Jean. Elle espérait des mots d’amour, elle entendit seulement la voix de Fernand fulminer – Merde, tu as foutu du sang sur mon futal !

L’Ami de Papa

Lundi

Ce matin papa est entré tout excité dans ma chambre, Il abordait un grand sourire qui découvrait ses dents, c’est même là que j’ai pu découvrir qu’il avait deux dents en or que je n’avais encore jamais remarquées. Il battait des bras comme une éolienne et le journal qu’il tenait à la main faisait office d’éventail pour ce qui concerne le courant d’air qu’il propageait autour de moi

– Bertrand lève-toi vite, vite, un grand évènement nous arrive. Il faut que tu ailles dès ce matin chez le coiffeur te faire faire une coupe bien nette, il n’est pas question que tu me fasses honte. Maman t’emmènera cet après-midi aux Nouveautés Léon pour t’acheter un nouveau costume.

Je ne comprenais pas ce qui se passait brutalement dans notre vie. Pourquoi le coiffeur, Papa devait se tromper, il ne s’était passé les deux mois de distance habituelle entre deux coupes pour que j’y retourne. Et en quel honneur j’avais droit à un costume neuf ?

– Marguerite ! Marguerite ! Mais enfin où es-tu ?

C’est bien la première fois que je voyais mon père si énervé et surtout cherchant ma mère comme s’il était perdu. D’habitude c’est elle qui le cherche quand il s’enferme dans la cave à s’abrutir sur ses modèles réduits, ou qu’il s’éclipse discrètement pour “parler des événements“ comme il dit, chez Claude le bistroquet, que Maman traite de marchand de “mauvaise piquette“

Maman arriva les manches relevées, un tablier à carreaux sur le ventre, ce qui nous informait qu’elle était en train de faire la lessive quand la furie de son mari l’avait tiré de son labeur.

Mais enfin qu’est-ce qui se passe ici, c’est quoi cet affolement ?

Marguerite, une grande nouvelle ! regarde le journal, regarde ! regarde !

Le nouveau Président de la République va venir dans la Région. Il rendra visite à Cognac, puis à Saintes, et entre les deux il fera halte à Courcoury. Alors c’est évident, s’il a choisi de s’arrêter à Courcoury c’est pour nous, c’est pour nous rencontrer Marguerite, il viendra déjeuner chez nous.

– Je veux que tu lui fasses un repas de roi. Je veux que tu sortes la grande nappe brodée, et le service en porcelaine de tante Jeanne, je veux le grand luxe…. Pour une fois tu n’iras pas demander à Léonie de te couper les cheveux. Je veux que tu ailles te faire faire une belle coiffure chez Serge à Saintes. Et tu en profiteras pour t’acheter une nouvelle robe aux Galeries.

– Je vais aller à la Poste retirer l’argent du livret bleu. Il faut que tout soit parfait. C’est une question d’honneur pour moi. Je veux qu’il puisse constater que nous avons une belle vie, que nous sommes heureux, qu’il réalise que j’ai moi aussi réussi ma vie. Tu comprends, nous étions sur les mêmes bancs d’école, c’était mon meilleur copain, il a même réussi son certificat pour avoir copié sur moi, grâce à mon aide. Je lui ai écrit pour le féliciter de son élection. Alors forcément, il doit avoir envie de me revoir, nous ne pouvons pas faire autrement que de l’inviter à déjeuner. Mais surtout tu ne dis rien, rien aux voisins, ils seront tellement surpris, ah oui ça va jaser après, ça va en faire des jaloux : Georges et Marguerite qui sont amis du Président !

Mais, dit maman : – As-tu reçu une réponse à ta lettre ?

– Non pas par la poste, mais je le connais, sa réponse c’est l’arrêt qu’il a décidé de faire ici à Courcoury. Si ce n’était pas pour nous, quelle raison aurait-il de faire une escale dans un bled de 693 habitants ? Hein dis-moi quelle autre raison ?

Du coup on comprenait mieux pourquoi lors de l’élection du Président il avait suivi les débats et les résultats avec cet intérêt qui nous avait surpris, vu que d’habitude il ne va pas voter et répète “élections pièges à cons“, dès que ça parle politique. (Marcel nous a dit qu’il avait entendu ça pendant les événements de Mai 68, et que l’expression lui avait bien plu), alors il la sort souvent, même parfois quand ça n’a rien à voir avec le sujet du moment.

Moi j’écoutais ce discours très surpris que mon père soit l’ami d’un homme si prestigieux. Je n’aurais jamais pensé qu’il puisse avoir d’autres connaissances que le voisin Claude, celui de la piquette, Daniel le marchand de fromage, et Marcel l’employé municipal avec qui il allait parfois à la pêche ou chercher des cèpes à la saison. Maman aussi était surprise, papa ne nous avait jamais parlé de son enfance, qui nous apparaissait soudain comme mystérieuse.

Moi je n’avais pas conscience de ce que représentait un Président de la République, en fait, je n’avais même jamais imaginé qu’il puisse s’agir d’un simple mortel, enfin, d’un homme normal. Qu’il vienne nous rendre visite avait pour moi l’avantage de me voir hériter d’un costume neuf, après quoi j’aurais droit à subir un bain complet, suivi d’une inspection paternelle pour vérifier que j’étais parfaitement présentable revêtu de mes nouveaux habits.

Cette première journée fût vécue à cent à l’heure. Le coiffeur fut tout surpris de ma venue, ça troublait l’ordonnancement de son programme. Mais en bon commerçant il n’allait pas se plaindre si j’augmentais le cycle de ses recettes. Je m’abstins de faire le moindre commentaire ou d’indiquer la moindre raison, suivant en cela les consignes paternelles. Ma surprise fut aussi grande que la sienne quand, venant me rechercher après la coupe, mon père s’enquit du prix d’une lotion verte qui trônait sur une étagère du salon depuis des lustres. En fait je l’avais toujours connu là, ayant même supposé qu’il s’agît d’un modèle factice. Jamais je n’aurais pensé qu’elle finirait dans la famille.

Maman avait pris le train de neuf heures dix pour se rendre à Saintes où disait-elle, si elle allait “faire des achats vestimentaires“, c’était bien par obligation, pour satisfaire aux désirs incongrus de son mari, car elle n’avait pas besoin de faire de telles dépenses en ce moment, surtout que sa garde-robe actuelle était bien suffisante pour les sorties que mon père lui proposait.

Le soir quand elle revint de Saintes, je crois que papa fut aussi étonné que moi. On m’avait changé ma maman. Elle avait les cheveux d’un blond brillant tirant sur le roux, coupés courts et légèrement ondulés, ils mettaient en valeur la beauté de ses yeux. Son corps semblait moulé dans un ensemble beige qui lui donnait un air d’artiste de cinéma, (c’est du moins la réflexion que je me fis, bien que je n’aie jamais vu d’artiste de cinéma), mais je n’avais non plus jamais vu maman si belle, et jeune, elle avait rajeuni de vingt ans. Papa n’arrêtait pas de l’admirer, on aurait dit un crapaud avec sa bouche béante et ses yeux grands ouverts. A croire qu’il ne la reconnaissait pas. Cette visite du Président c’était quand même une bonne chose, du moins pour maman, j’étais très fier d’avoir une si belle maman telle que je découvrais ce jour-là.

Mardi

Le lendemain matin j’eus droit à une leçon de savoir vivre :

– Tout d’abord je ne veux pas te voir les doigts dans le nez comme tu fais parfois, ni traîner les mains dans les poches. Dans le grand monde on ne met pas ses mains dans ses poches, d’ailleurs maman va les coudre pour éviter tout geste mécanique de ta part. Et puis à table tu ne mettras pas tes coudes sur la table, et tu ne parleras que si le Président t’adresse la parole. Et si c’était le cas tu l’appellerais “Monsieur le Président“. Bon, maintenant va ranger ta chambre. Je ne pense pas qu’il demandera à visiter la maison, mais on ne sait jamais, en cas il vaut mieux prévoir, qu’il n’y trouve pas le bazar que tu y laisse comme d’habitude. Quand tu auras fini, tu viendras aider ta mère à laver la cuisine et faire les carreaux. Aller va vite, pour une fois rends toi utile.

Celui qui ne doit apprécier la venue du Président, c’est Médor, lui il doit se demander pourquoi il est interdit de maison aujourd’hui et confiné dans le cellier. Faut dire que chaque fois que maman passe la serpillière il a l’habitude d’y venir jouer et déposer les empreintes de ses pattes, comme s’il trouvait là un jeu à sa convenance.

Monsieur le Maire avait fait nettoyer la gare. Marcel avait d’abord “discutaillé“ en prétextant que c’était là un travail qui incombait aux personnels de la SNCF, mais devant l’injonction du Maire il avait fait contre mauvaise fortune bon cœur. Toilette du bâtiment faite, Il avait accroché un drapeau européen, sorti dont on ne sait où, qui sentait la naphtaline, et le drapeau tricolore qu’il avait décroché du grand mat érigé devant la mairie. La Mairie second bâtiment qu’il eût consigne de nettoyer. Résultat : Courcoury était prête à accueillir son illustre visiteur.

Le Mardi soir d’habitude mon père se rend au café des sports pour “taper“ la belote, mais aujourd’hui il a décidé de rester à la maison et de regarder le débat politique à la télévision : – tu comprends me dit-il, si l’on venait à parler politique, il faut que je sois un peu au courant de ce qui se passe en ce moment, du moins en France.

Ma mère aurait bien visionné son émission habituelle sur ARTE, mais comme papa avait mobilisé la télévision, elle dû se contenter de relire “la bible et les extra-terrestres“ de Pierre Jean Moatti qui était le seul livre disponible à la maison avec un vieil almanach Vermot qui ne nous faisait plus rire depuis longtemps, ses blagues étant super connues. Moi j’avais consigne de bien réviser mes leçons au cas improbable, mais on ne sait jamais, où le Président s’amuserait à me questionner sur ma scolarité. Médor était toujours confiné dans le cellier.

Grand-mère avait téléphoné qu’elle envisageait de venir nous voir jeudi lors de la halte du Président à Courcoury, car ce n’était pas tous les jours qu’on aurait l’occasion de voir un Président de si près, surtout dans nos campagnes. Je ne sais pas comment papa s’y est pris avec Mémé, mais elle n’a jamais dû comprendre les explications de mon père pour la décourager de venir, :

– Nous ne serions pas là, enfin si, mais pas vraiment, et il faudrait aider Monsieur le Maire, et patati et patata, bref c’était impossible qu’elle vienne, elle ferait mieux d’aller à Saintes ou le Président resterait bien plus longtemps et où elle pourrait c’est sûr l’approcher de bien plus près. D’ailleurs il croyait avoir entendu dire que la visite ici se contenterait d’un arrêt à la gare pour rencontrer les personnalités locales, enfin juste les élus municipaux. Il ne pouvait pas le certifier, mais cela venait de son ami Marcel, employé communal, qui par sa fonction était bien placé pour avoir les bonnes informations.

Maman n’avait pas vraiment apprécié l’idée que sa mère soit privée de visite elle voulut intercéder auprès de mon père, mais le paternel le prit de haut.

– Je n’ai rien contre ta mère, mais je n’ai pas envie qu’elle vienne nous gâcher le repas, enfin, tu la connais, elle monopoliserait la conversation. Et puis elle nous ferait honte, car elle sortirait quelques histoires de son cru. Moi je veux reparler du bon vieux temps, de notre jeunesse, et pas écouter les balivernes d’une vieille folle.

– Maman n’est pas une “vieille folle“, d’ailleurs tu ne la traitais pas ainsi quand elle nous a prêté l’argent pour finir de payer la maison. Si c’est comme ça, je passerais la journée avec elle, et tu n’auras qu’à préparer ton repas toi-même. D’ailleurs à ce sujet, je te signale que “la Margot“ ne pourra pas avoir de lamproie, alors il va falloir que tu modifie ton menu. Mon pauvre ami, je crois que tu as perdu la notion de dignité.

– Quelle dignité, de quoi parles tu ?

Comme je rentrais dans la pièce la conversation s’est arrêtée là. Il faut dire que mes parents sont des parents bien élevés, ils ne se sont jamais disputés devant moi. D’ailleurs je soupçonne maman de s’arranger pour me garder près d’elle non sans raison, certains soirs quand papa rentre tard, ou qu’elle n’a pas eu le temps de préparer le repas.

Mercredi

Le mercredi matin les préparatifs reprirent comme si de rien n’était. Pas de trace de conflit, mes parents avaient dû régler leur diffèrent dans leur chambre après que je sois couché. Dès l’aube, Papa s’empara du téléphone, pour demander conseil à Philippe Gault, le traiteur de Saintes. Il se présenta comme l’ami d’un ami à lui, et souhaitait une idée pour un plat original et “de classe“ pour remplacer une “lamproie à la bordelaise“ qu’il ne pourrait réaliser faute d’obtenir de la lamproie.

Le traiteur qui comme le signalait le panneau affiché sur sa vitrine était “meilleur ouvrier de France“ lui dit qu’il pourrait lui confectionner le plat qu’il voudrait et lui livrer à l’heure voulue pour lui simplifier la tâche. Mais papa ne voulait pas plus du traiteur que de mémé dans ses pattes pendant la visite du Président. Il s’excusa platement du dérangement et raccrocha rapidement se retrouvant tout seul avec son problème : dilemme “quel plat prestigieux“ à préparer demain ?

Mémé, qui n’avait pas vraiment pu discerner la raison qui empêchait ses enfants de la recevoir demain, avait fait irruption sur les coups de neuf heures sans prévenir personne. C’est Maman qui l’aperçut la première dans la cour quand papa était encore au téléphone. Elle se précipita à sa rencontre, l’embrassa vite fait, la tirant par la manche et lui expliqua, qu’ils étaient engagés à organiser l’anniversaire d’un ami, que cela prenait tout leur temps, que son mari en était fort énervé et que, c’est vrai, il avait un énorme travail à faire, qu’elle ne se fâche pas, mais qu’ils seront très, très content de la recevoir semaine prochaine, mais pas en ce moment. Mémé sentait bien que sa fille, au même titre que son gendre la veille, la virait carrément des lieux. Avec son bon sens paysan, elle comprit qu’il ne fallait pas insister, qu’elle n’était pas la bienvenue et qu’on lui raconterait le pourquoi plus tard. Sans se vexer elle reprit le chemin du retour après m’avoir claqué deux bises sur les joues ; Ouf, l’intrusion s’était bien passée, mon père ne s’était même pas aperçu de son passage.

À midi le facteur nous apporta trois lettres dont mon père s’empressa de vérifier la provenance, juste au cas où l’une vienne de la Présidence. Mais il n’y avait qu’une facture pour le fuel, une publicité pour des meubles en kit, et une missive de tante Berthe qui proposait de venir nous visiter le mois prochain. Visite qu’elle comptait mettre à profit pour ramasser des noix, ces noix que nous laissions pourrir sous l’arbre, ce qu’à son grand désespoir elle considérait comme un véritable gâchis Mon père se servit de la lettre de tante Berthe, comme excuse, pour dire que nous pourrions profiter de cet après-midi ensoleillé pour repeindre la chambre rose, celle où résidait tante Berthe lors de ses venues, et qui avait bien besoin d’un bon rajeunissement. C’était l’occasion d’utiliser le gros pot de peinture jaune qui dormait depuis longtemps à la cave.

Ni maman ni moi n’étions dupe, papa voulait profiter de l’histoire pour améliorer la présentation de la maison. Maman dit que demain ça sentirait la peinture dans toutes les pièces, y compris dans la salle à manger, et que ça risquerait de gâcher le repas en se mélangeant aux odeurs de cuisine, ce qui serait dommage. Mon père n’avait pas dû penser aux odeurs. Grâce à maman nous avons évité la corvée de peinture.

A onze heures, Claude se présenta à la maison pour demander si papa pouvait venir lui donner un coup de main pour rentrer une livraison de bouteilles qu’il venait de recevoir. Moi j’ai demandé si c’était des bouteilles de piquette ? je n’ai pas compris pourquoi Maman m’a donné un coup de coude. Ce n’est qu’après le départ de Claude qu’elle m’expliqua qu’elle utilisait le mot “piquette“ par dérision, pour se moquer de la qualité de son vin. Papa lui répondit qu’il n’avait pas le temps de venir, qu’il s’en excusait. Le Claude il en restait baba comme deux ronds de flan, c’est bien la première fois que papa refusait de répondre à une demande d’aide, surtout que tout le monde savait que sa demande d’aide n’était qu’un alibi pour débaucher le paternel.

Maman profita du repas de midi pour demander à papa s’il avait définitivement arrêté son menu pour le lendemain, car il en était bien temps. Toute honte bue, papa fit comme s’il n’y avait jamais été question de cuisine entre eux, et demanda à maman si comme d’habitude elle aurait une bonne idée pour pallier au manque de lamproie ? Maman ne releva pas la discrète soumission de papa et répondit qu’à son avis l’utilisation d’un bon produit fermier serait plus apprécié que du caviar ou de la langouste que l’invité devait manger plus souvent que nous. En l’occurrence elle pensait que si nous sacrifions nos deux belles canettes bien dodues, accompagnées de cèpes, elles devraient faire l’affaire sans vouloir faire œuvre de prétention. Il suffisait de les précéder en entrée de grillon charentais et de les suivre avec du fromage de la biquette accompagné d’une salade bien tendre du jardin. En dessert elle ferait une tourtière aux pommes du jardin et, “roule ma poule“, l’affaire serait classée. Ainsi le fait de combiner un repas typiquement charentais donnerait l’impression au convive que nous avons souhaité l’honorer avec nos meilleurs produits régionaux.

Papa fut d’accord sur le menu, et moi je voyais disparaitre pour le plaisir d’un inconnu mes deux canards préférés que j’adorais faire souvent plonger dans la mare. Mais personne ne me demanda un avis qui de toute façon n’aurait jamais été suivi.

Dans l’après-midi Papa à son tour était allé chez le coiffeur. Il avait demandé à maman de faire couler un bain sur le coup des trois heures pour quand il en reviendrait, car il avait horreur d’avoir des petits bouts de cheveux infiltrés partout qui le “gratouillaient“. Ça je le comprenais car je tenais de mon père sur ce point, j’abhorrais ces sacrés petits cheveux, mais moi je préfère prendre une douche.

Quand il revint nous avons trouvé qu’il s’était fait faire une coupe bien dégarnie, plus qu’à son habitude, il prétexta que ça faisait plus propre, que les gens qui naviguaient dans les couloirs des Ministères avaient toujours l’air un peu déplumé, et que c’est ainsi, en raison de cet exemple qu’il avait dans son environnement, que le Président devait se représenter les gens bien coiffés. Bon, nous n’allions pas le contrarier, même si nous trouvions que ça lui faisait une “tête d’oiseau cuit“. Quand il sortit de son bain avec ses cheveux mouillés, c’était pire, il faisait à moitié chauve. Avec maman nous nous sommes regardés sans rien dire, mais il n’y avait pas besoin de parler pour comprendre que nous partagions le même avis, avis que nous nous sommes bien gardés d’extérioriser.

Comme un prince, papa avait décidé de se faire servir. Il demanda à maman de bien vouloir lui préparer sa chemise blanche pour demain, celle qu’il met les jours de l’an, ou du 14 juillet quand il va assister à plein de manifestations officielles, pour, dit-il, conserver le contact avec la population et justifier que nous sommes bien membres de la communauté de Courcoury

– Tu m’amidonneras le col s’il te plaît !... Oui je sais, je n’aime pas trop ça, ça me gratte, mais ça fait quand même plus chic. Là non plus il valait mieux ne rien dire, après tout c’est lui qui se plaindrait des rougeurs au cou. Faut dire qu’il n’avait pas voulu que maman lui “relâche“ le bouton du col, il suffisait lui avait-elle dit, de faire une patte…- non, non, non On verra que ce n’est pas naturel, et même avec un gros nœud de cravate tu ne cacheras pas la misère. Mais malgré qu’il prétendît ne pas changer physiquement, il avait bien augmenté d’au moins deux tailles en chemises et de quatre en pantalon. Pourtant il venait d’essayer son costume de “cérémonie“ et il rentrait encore dedans, il faut dire qu’il rentrait aussi sacrément le ventre pour y arriver. Là non plus nous ne fîmes pas de commentaire, mais j’aurais bien voulu parier sur le temps qu’il tiendrait ainsi le ventre rentré.

Bien qu’il gardât le silence, je sentais bien qu’à l’intérieur ça cogitait sec. Il devait faire la liste des choses à préparer pour demain, celles faites, celles à faire, et surtout chercher celles qu’il y aurait à faire et qu’il aurait pu oublier. C’est là que j’ai fait une erreur en lui disant :

– Tu garderas les chaussures que tu as aux pieds ? – Les chaussures ! Bien sûr, merci mon fils, je ne peux pas garder ces vieilles pompes usagées, il faut que je courre en acheter une paire avant que les magasins ferment. Quelle heure est-il ? Déjà ! Préviens ta mère que je fais un saut à Saintes. Dis-lui qu’elle rentre les canettes, je n’aurais pas le temps de m’en occuper au retour.

Quand papa revint de Saintes nous aurions voulu voir ses achats, mais ses nouvelles chaussures, étaient dans leur boite en carton, et pas question qu’il les sorte avant demain pour ne pas les tâcher. Pourtant nous brûlions de curiosité. Pendant qu’il était parti les acheter nous avions fait un pari avec maman. Maman pensait qu’il profiterait de l’occasion pour s’offrir celles en cuir tressé qu’il avait admiré quand il les avait vu en vitrine, mais qu’il avait trouvé trop chères.

Moi je penchais pour une paire noire vernie, ou toute simple, pour donner un air sérieux au personnage. Il faudra attendre demain pour connaitre le vainqueur du pari.

À table il trouva qu’il devait manger léger pour ne pas s’encombrer l’estomac et être en pleine forme “demain“.

– Il n’est pas question que je doive m’excuser de devoir quitter la table pour sortir évacuer des flatulences. Marguerite fais nous plutôt un bouillon et quelques haricots verts avec une tranche de jambon, nous mangerons mieux demain. Au fait ! as-tu encore du bon café ? Pour le pousse-café, nous avons ce qu’il faut, nous entamerons la bouteille du vieux cognac de cent ans d’âge que ton père nous a offert pour notre mariage. Et toi mon fils tu éviteras de tendre ton verre en pensant que je t’en servirais pour ne pas oser faire de réflexion. Je ne veux pas que tu boives de l’alcool à ton âge, et ce serait du gaspillage de te servir un produit que tu ne saurais pas apprécier . Au fait, pour le vin, je suis passé chez Claude, il a peut-être de “la piquette“ comme tu dis, mais il avait quand même deux vieilles bouteilles du “Château neuf du Pape“ que je me suis empressé de lui acheter, et deux bouteilles de médoc, du Château Montrose 2011 qu’il venait de recevoir pour un client et qu’il a bien voulu me céder, il les recommandera pour son client. Je pense que ça ira mieux avec les canettes. Ne me gronde pas ma grande, je pense que j’ai fait une petite folie, elles valent 700 euros pièce. Oui c’est une folie, je sais, je sais, mais je ferais des heures pendant les vendanges pour regagner cette dépense.

Ma mère n’a rien dit, ça m’a surpris, car une telle somme dans une bouteille de vin ! ... Je ne reconnaissais plus mon père. Pour le prix d’une bouteille j’aurais pu avoir deux trottinettes ou même une voiture d’occasion pour le prix des deux. Décidément le Président lui avait tourné la tête, j’espère qu’il sera content de son passage à Courcoury. Je me suis dit après coup que c’était étonnant que Maman n’ait pas fait de réflexion, mais ce sera peut-être plus tard, en tête à tête dans leur chambre qu’il y aura explication des gravures.

Jeudi

Aujourd’hui jeudi, c’est le grand jour. À six heures papa prenait déjà son petit déjeuner quand je me suis levé, d’habitude il le prend après moi, c’est pourquoi je lui laisse toujours le pain sur la table quand je débarrasse mon bol. Non seulement il déjeunait, mais il avait même déjà fait sa toilette. Comme on ne lui avait rien dit pour ses cheveux, il avait trouvé le moyen de les mouiller pour qu’ils tiennent plaqués sur sa tête, du moins ceux qui lui restaient. Maman avait dû se faire houspiller pour se lever aussi plus tôt car elle était déjà à plumer les canettes. Pauvres bêtes je ne les taquinerais plus. Papa avait refusé que l’on utilise la carafe de cristal cadeau de tante Berthe pour le mariage : -il n’est pas question de cacher l’étiquette du vin au prix qu’il coûte, dit mon père.

Moi je sentis qu’il valait mieux éviter les gaffes aujourd’hui, donc, petit déjeuner englouti, je fonçais dans la salle de bain. Quand j’en suis sorti je trouvais mon costume déjà déposé sur mon lit. Je me dépêchais de m’habiller pour aller me voir dans le grand miroir de l’armoire, avant d’aller me faire admirer par mon Père. La présentation dû lui plaire car j’ai eu droit a un grand sourire, il faut dire que je n’avais encore jamais porté un costume en serge bleu marine avec pantalon long qui allongeait ma silhouette, j’avais osé nouer la cravate que le marchand avait offert avec l’achat du costume et qui en couleur, s’harmonisait bien avec celui-ci. C’était ma première cravate et j’avais eu un sacré boulot pour faire le nœud. Heureusement j’avais trouvé sur un vieux dictionnaire à la page cravate, les divers nœuds d’usage et j’avais choisi le Windsor qui était bien triangulaire et régulier. Je lui trouvais un côté sérieux ce qui ne pouvait que plaire à papa.

Il n’était que neuf heures quand Papa suggéra pour la première fois d’aller à la gare, mais je lui rappelais que l’arrivée du Président était programmée pour 10 heures trente, et que la gare était à moins de cinq minutes à pieds. Son principal argument était qu’il fallait être les premiers, car il y aurait sans doute des curieux qui n’auraient rien à faire là, mais qui risquaient de s’accaparer les premières places ou il fallait qu’on soit pour que le Président nous reconnaisse : – Je me demande, disait-il, si je dois l’appeler par son prénom, ou Monsieur le Président ? Je suppose que je devrais dire Monsieur le Président devant les gens, et n’utiliser son prénom que dans l’intimité. Quelle heure est-il ? seulement neuf heure et quart? décidément le temps ne passe pas vite aujourd’hui.

– Viens on va se réserver une bonne place.