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La synchronicité est une évidence et un mystère. Également appelée coïncidence signifiante, son interprétation va du simple hasard à la providence miraculeuse. Quelle est son intérêt et son utilité dans la vie quotidienne ? Quel est son sens profond et sa portée universelle ? Autour de ces questions les deux auteurs dialoguent, étudiant la manière dont les synchronicités ont impacté et transformé leur existence. Entre théorie scientifique et conscience intuitive, ils comparent différents modes d'appréhension du réel. En ouvrant l'entendement à des dimensions méconnues de la perception, leur démarche permet d'approfondir la connaissance de soi et du monde. À l'heure où les déséquilibres intérieurs, environnementaux et sociétaux génèrent souffrance et confusion, les synchronicités révèlent la présence d'une voie de sagesse où esprit et matière s'unissent pour nous aider à traverser les épreuves. En nous guidant au-delà des contingences collectives et des limitations individuelles, elles créent un chemin initiatique vers le divin.
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Seitenzahl: 340
Veröffentlichungsjahr: 2020
PRÉFACE d'Alain Connes
AVANT-PROPOS : comment et pourquoi ce livre est né
Chapitre 1. LA RENCONTRE
Thi Bich
François
Première réunion
Chapitre 2. DANS LE PASSÉ : DÉJÀ DES CONVERGENCES
2.1. LE MOMENT DE BASCULE
François et la découverte des synchronicités
Thi Bich et l'appel des synchronicités
2.2. CONSCIENT ET INCONSCIENT
Débuts avec C.G. Jung
Passage du non-conscient au conscient
Le dialogue précurseur entre Jung et Pauli
Chapitre 3. AU FIL DU DIALOGUE : RECONNAISSANCE RÉCIPROQUE
3.1. L'EXPÉRIENCE DU CHOIX RETARDÉ DU PHOTON
Quelques rappels
Description de l'expérience
Analogie avec les synchronicités
3.2. CONCEPTS QUANTIQUES ET ANALOGIES AVEC LE VÉCU
L'information quantique
Intrication quantique et inter-être
Les états virtuels : théorie et ressenti
3.3. LA PSYCHÉ QUANTIQUE : THÉORIE ET PRATIQUE
Champ quantique de la matière
Espace de Hilbert, non-commutativité, applications au psychisme
Champ quantique de la psyché
Analogie avec le « diagramme des volcans » de Jung
Couplage du champ psychique avec la matière
3.4. L'EXPERIENCE PERCEPTIVE DIRECTE : L'INFORMATION DU VIDE
Points de convergence avec le champ quantique de la psyché
Une méthodologie à entrées multiples
Vers une voie scientifico-expérientielle
Chapitre 4. LA SYNCHRONICITÉ ET VOUS
4.1. RÉCITS VÉCUS
Nos synchronicités
Autres récits
4.2. DIFFÉRENTS NIVEAUX DE SYNCHRONICITÉS
4.3. IDENTIFIER ET DÉCRYPTER UNE SYNCHRONICITÉ
Définition de la synchronicité
Chacun reçoit ses propres synchronicités
Comment les repérer et les utiliser ?
Mode d'emploi des synchronicités
CONCLUSION
ANNEXES
Pièce de théâtre
L'Astrominotaure
, de François Martin
Contes pour enfants, de Thi Bich Doan
Balade poétique, de Thi Bich Doan
Remerciements
Ce livre est le fruit d’une rencontre entre deux esprits très originaux, dont les trajectoires se sont croisées en 2014.
François Martin est à l’origine un scientifique, élève de l’École normale supérieure dont la thèse de doctorat et les travaux sur la physique quantique ont joué un rôle important en physique des hautes énergies et en particulier1 dans la découverte du méson J/Psi qui est formé d’un quark « charme » et d’un antiquark de la même nature. Ces travaux continuent à être cités de nos jours. J’ai connu François à l’École normale et nous avons vécu ensemble, en 1967, l’expérience inoubliable d’une expédition dans la jungle cambodgienne entre Angkor et Phnom-Kulen. Cette expérience a scellé entre nous une amitié indéfectible.
L’année 1967 est aussi une année essentielle pour Mlle Thi Bich Doan, qui a contacté François lors de la phase finale de l’élaboration de sa thèse2 de philosophie en Sorbonne, sur « L'expérience perceptive directe - Apports des pratiques artistiques, corporelles et méditatives dans les sciences cognitives ». Le point de départ de Thi Bich Doan est la pratique spirituelle dans la tradition bouddhiste, mais aussi, et même davantage, dans les arts martiaux et le taoïsme, et la poursuite du lien avec les théories scientifiques et épistémologiques, dans le but de fournir des outils pratiques permettant d'ouvrir le champ de perception et de conscience tout en restant dans le discernement vis-à-vis de méthodes qui n'offrent pas de preuves objectives mais dont le bien-fondé est ressenti de l'intérieur.
François et Thi Bich mettent leur expertise au service de l’analyse d’un sujet délicat s’il en est : celui des synchronicités. Il s’agit de naviguer entre deux extrêmes : la rationalité classique qui nie leur existence et donne pour seule explication le hasard. L’autre extrême consiste, en prenant les synchronicités trop au sérieux, à renoncer aux explications rationnelles et à retomber dans les croyances de la superstition.
Les deux auteurs décrivent dans ce livre un passage étroit et pertinent, constitué de témoignages d'expériences vécues, et d’une incursion dans la physique quantique qui montre les limites de notre système explicatif basé sur la physique classique.
Alain Connes
1 G. Bonneau and F. Martin, Nucl. Phys. B 27 (1971).
2 Thèse soutenue sous la direction de Michel Bitbol en décembre 2014, université Paris Panthéon Sorbonne et Laboratoire des Archives Husserl / ENS.
Voici une histoire vraie…
Un couple se rend en voiture dans le Midi de la France pour assister aux funérailles de la mère du mari. Au retour, en pleine nuit, ils s’arrêtent au hasard dans un village pour prendre de l’essence. La femme s’occupe de faire le plein. Pendant ce temps, le mari erre dans la rue principale du village. À un moment, il ramasse un papier chiffonné qui traînait sur le trottoir, assez loin de la voiture. Il revient vers son véhicule et avec sa femme, ils reprennent leur route. Le mari reste silencieux pendant un moment, puis déplie le papier et lit son contenu. Il s’agit d’un bulletin de remboursement de la Sécurité sociale établi à une personne qui a exactement le même nom que sa mère, qu’il vient d’enterrer !
Cet événement est-il une coïncidence signifiante, autrement dit une synchronicité ? Et si oui, quel en est le sens ? Les interprétations sont subjectives et multiples, aussi est-il préférable de les laisser à l'appréciation des intéressés. Pour certains, cette histoire est due au hasard ; pour d'autres, il s'agit d'une synchronicité. Les frontières cernant la définition d'une synchronicité ne sont pas clairement établies. Et entre une coïncidence signifiante dont vous ne savez que faire et un événement providentiel qui change votre vie, la palette des synchronicités est large.
Ayant nous-mêmes vécu toutes sortes de synchronicités et ayant réalisé à quel point elles nous aidaient dans notre vie, nous avons souhaité partager dans ce livre les fruits de notre expérience et de notre réflexion à ce sujet. Notre but n'est pas de disserter autour du concept de synchronicité ou d'en démontrer scientifiquement l'existence ou le fonctionnement (d'autres scientifiques ont déjà écrit sur le sujet). Notre objectif est de décrire en quoi la synchronicité nous a accompagnés dans notre compréhension de nous-mêmes et des autres, et comment sa manifestation dans notre quotidien a enrichi les ramifications parfois complexes de notre cheminement scientifique et spirituel. En décrivant comment la synchronicité est intervenue dans nos parcours de pensée, notre souhait est de vous offrir une trame initiatique vous permettant d'élargir votre connaissance et votre conscience du phénomène synchronistique, afin que vous puissiez à votre tour l'utiliser pour votre plus grand bénéfice.
Nous considérons la synchronicité comme une expérience intime dont l'interprétation et l'utilité sont propres à celle ou celui qui la vit. Au-delà de son caractère subjectif, la synchronicité a également été pour nous un moyen concret de nous ouvrir au monde et à ses mystères, et d'appréhender des lois universelles qui dépassent ou interpellent l'entendement humain. C'est après avoir réuni de manière interactive et synchronistique, sur une période de sept ans d'échanges intellectuels et expérientiels, nos champs de connaissances respectifs – la physique quantique, la psychanalyse, l'étude de la psyché pour François Martin ; l'expérience perceptive directe, la conscience corporelle, la pratique phénoménologique pour Thi Bich Doan – que nous espérons vous transmettre un éclairage pertinent sur les synchronicités. Cet éclairage n'est pas destiné à vous faire adhérer à nos observations, il est proposé pour faire résonner et amplifier votre propre manière de penser et d'expérimenter la synchronicité. Nous vous présentons ici la quintessence d'un dialogue respectueux entre nos deux personnalités très différentes mais qui, par la grâce des synchronicités et la mise en retrait de nos egos, ont su trouver de véritables points d'entente et d'unité.
Les yeux rivés sur l'écran 17 pouces de mon ordinateur, je suis en pleine recherche internet pour mes travaux de thèse. Nous sommes en février 2014, j'ai décidé de soutenir ma thèse le 17 décembre de cette année. J'adore le chiffre 17. Je ne suis pas superstitieuse, mais il me plaît de penser que ma soutenance soutenue un 17 se déroulera sous les meilleurs auspices. J'ai également remarqué qu'une même information m'arrivant par trois biais différents et indépendants dans un laps de temps généralement limité était une prescription précieuse dont j'ai appris à tenir compte. J'ai édicté cette règle des trois fois non par naïveté, mais après en avoir expérimenté la justesse à de nombreuses reprises dans le passé. Au début, je ne prêtais pas attention à ces récurrences spontanées, me contentant d'être surprise ou amusée par des situations ou des messages dont je ne captais pas toujours le sens, si sens il y avait. Il pouvait s'agir d'une succession de rencontres à intervalle rapproché avec la même personne. Ainsi, lorsque j'ai démarré mon DEA de sciences cognitives (appelé aujourd'hui cogmaster), en l'espace de quelques semaines, j'ai croisé à six reprises un étudiant de ma promotion dans des endroits différents et inattendus. Nous avons beaucoup ri à partir de la troisième fois, un peu moins la cinquième. La sixième fois, c'est devenu presque inquiétant, comme lorsque l'on croit être poursuivi par un serial killer ou que l'on craint que l'autre nous soupçonne d'être ce serial killer. La sixième rencontre a eu lieu sur le quai du RER A de La Défense. Mon camarade m'a avoué qu'il n'aurait jamais dû se trouver à cet endroit, mais qu'un concours de circonstances totalement imprévu l'y avait amené. Moi-même je n'empruntais que rarement cette ligne rouge, rouge car c'est de cette couleur qu'elle est représentée sur les plans de transports en commun. Par la suite, nous ne nous sommes plus revus qu'en cours. Devait-on y voir une signification ? J'ai cherché une explication. Cet étudiant au sourire éclatant – dont je me souviens également de la grande taille et des godillots jaunes – avait comme moi suspendu pour un ou deux ans son activité professionnelle et repris des études pour approfondir un sujet qui le passionnait. Nous nous sommes rendu compte que nous habitions le même quartier près du Panthéon. L'autre point de convergence est qu'il avait fait Polytechnique et que j'avais démarré après le DEA une première thèse de sciences cognitives dans un laboratoire de l'École polytechnique avec pour codirecteur un polytechnicien. Cet étudiant « pas complètement étudiant » m'a également rappelé un ancien compagnon dont je m'étais séparée quelques mois avant d'intégrer le DEA, et qui était également polytechnicien. Notre principale cause de dispute tournait précisément autour de ma décision de reprendre des études. Cet ami ne comprenait pas pourquoi – selon ses dires – « je retournais à la maternelle », alors que j'avais en perspective une belle carrière professionnelle. Hormis ces associations qui m'ont confortée dans l’idée que j'avais fait le bon choix en retournant sur les bancs de l'école, mon accumulation de rencontres est restée une série de coïncidences sans autre incidence qu'un réconfort moral et intellectuel. En revanche, selon une fréquence aléatoire que je ne contrôle pas, je rencontre régulièrement dans ma vie d'autres coïncidences significatives, que l'on appelle synchronicités. Ces synchronicités se sont concentrées de manière frappante tout au long de mes travaux de DEA et de doctorat, et se sont accentuées tout particulièrement en décembre 2013, raison pour laquelle je décidai d'y consacrer un chapitre de ma thèse.
En surfant sur le Net à partir du mot-clé « synchronicité », je tombe sur le synopsis d'un film documentaire intitulé Synchronicity, réalisé par le Hollandais Jan Diederen. Je lis le résumé avec une vive curiosité :
« La plupart des gens ont vécu un jour des concours de circonstances qui semblent être plus que de simples coïncidences, des événements qui sont tellement forts qu'ils donnent même à ces personnes une détermination, un but dans leur vie. Le psychologue analytique Carl Gustav Jung a dénommé ce type de coïncidence saisissante “synchronicité”. Dans ce documentaire sensible et qui invite à réfléchir, Jan Diederen fait le portrait du physicien quantique François Martin ainsi que sa relation à la synchronicité. Il montre la transformation de François Martin, physicien rationnel “irréductible”, qui rencontre son humanité “spirituelle” (de l’esprit), à travers la synchronicité vécue comme un don enrichissant. La découverte progressive par François Martin de l’interdépendance sous-jacente des phénomènes est entrecoupée par des exemples passionnants de synchronicité, en France, en Angleterre et en Finlande, créant ainsi un film qui invite les spectateurs à s’ouvrir eux-mêmes à l’inattendu, au “plaisir” de la synchronicité. »
Les personnes que je choisis d'interviewer pour ma thèse sont des chercheurs dont je trouve le travail scientifique cohérent avec l'éthique personnelle. Je préfère les interroger sur des domaines que j'ai moi-même expérimentés ou approchés. Ce scientifique, spécialiste des synchronicités, semblait être tombé tardivement dans la marmite spirituelle alors que de mon côté, l'expérience spirituelle agrémentée de synchronicités, est le point de départ qui m'a progressivement amenée à la réflexion scientifique. Cela ne fait aucun doute, je dois rencontrer ce physicien François Martin. Je lui envoie aussitôt un mail pour lui proposer une interview basée sur la méthode d'entretien d’explicitation3 que nous utilisons dans notre groupe de recherche pour recueillir les données en première personne de l'expérience vécue.
Le 4 février 2014, j’apprends le décès de mon psychiatre, emporté par une longue maladie. Mon histoire avec ce médecin a commencé en 1992. Un an auparavant, le 2 février 1991, j’avais terminé l’écriture d’une pièce de théâtre, L’Astrominotaure. Peu de temps après, j’ai commencé à vivre des coïncidences frappantes qui se sont accélérées, et dont j’ai su quatre ans plus tard qu’il s’agissait de synchronicités. À partir de septembre 1992, ce psychiatre, tout en me soignant très bien, a suivi mon cheminement dans la synchronicité.
Le lendemain, 5 février 2014, en début d’après-midi, je reçois un courriel d'une personne dénommée Thi Bich Doan. Ce monsieur m’est complètement inconnu. Il m’écrit qu’il rédige sa thèse sur « L’expérience perceptive directe ». Son point de départ a été les arts martiaux et la pratique spirituelle (il a pensé à plusieurs reprises devenir moine bouddhiste). Il fait maintenant le lien entre sa pratique intérieure et les théories scientifiques et épistémologiques. Il m’écrit, de plus, qu’il utilise les synchronicités comme guide implicite et que ses données de travail sont constituées de témoignages d’expériences vécues recueillis à l’aide d’entretiens d’explicitation. Il me propose de faire un entretien d’explicitation avec moi.
Je suis tellement enthousiasmé par son projet de thèse et par le fait qu’il utilise les synchronicités et cette méthode d'entretien d'explicitation que je lui réponds dès le lendemain matin que je serai disponible la semaine du 17 février. Ce n’est que dans son deuxième courriel, daté du 6 février, lorsqu’elle m’écrit « Je suis ravie » que j’apprends que c’est une femme. Dans son premier courriel, il n’y avait aucun indice me permettant de savoir s’il s’agissait d’un homme ou d’une femme.
Thi Bich Doan me répond qu’elle est disponible toute cette semaine-là. Nous prenons rendez-vous le lundi 17 février à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm (j’apprendrai plus tard que 17 est l'un des chiffres préférés de Thi Bich Doan ! ).
Thi Bich a réservé une salle de réunion dans les sous-sols du bâtiment où se trouve le département des Archives Husserl, l'unité mixte de recherche CNRS/ENS où elle effectue sa thèse. Ce n’est pas à proprement parler une salle de réunion, c’est une grande salle commune, avec une imprimante photocopieuse et une bibliothèque, dans laquelle les chercheurs peuvent se réunir pour travailler. Après les présentations d’usage, Thi Bich expose à François sa méthode de travail. Elle étudie, entre autres, l'importance, la place et la validité de l’expérience vécue et de la subjectivité dans les travaux scientifiques, à partir d’entretiens d’explicitation qui lui permettent de recueillir de manière précise et rigoureuse des données d'un vécu passé dont le ressenti est parfois difficile à verbaliser.
L’entretien, enregistré sur le petit dictaphone gris de Thi Bich, est en cours. François répond avec sincérité aux questions posées. Une entente mutuelle s’instaure quasiment immédiatement, à tel point que François s’oriente très vite vers un événement traumatique qui lui est arrivé vingt-deux ans auparavant. Il commence à évoquer cet événement dont il n'avait auparavant parlé qu'à très peu de personnes et s’apprête à en décrire le moment le plus crucial. C’est alors qu’un chercheur ouvre précipitamment la porte et entre bruyamment dans la salle pour faire des photocopies. Considérant cette entrée fracassante comme un signe, François se demande s’il doit continuer à confier à mademoiselle Doan les détails de son traumatisme. Se sentant en confiance, il choisit de poursuivre son récit. Thi Bich avait suspendu l’entretien durant toute la présence du chercheur dans la pièce. Dès le départ du chercheur, François reprend la description de son expérience traumatisante. Thi Bich saisit l’importance de cette épreuve à laquelle François a survécu, et comprend intuitivement que monsieur Martin tiendra une place particulière dans la suite de ses recherches.
C’est ainsi qu’a commencé notre collaboration, sans laquelle ce livre n’existerait pas.
Pour François, Thi Bich a apporté une façon de penser par analogie entre la physique quantique et les phénomènes psychiques, plutôt qu’une application directe du formalisme quantique aux phénomènes psychiques.
Pour Thi Bich, François a permis d’associer des concepts de la physique quantique à des expériences vécues de conscience perceptive dont il lui était parfois difficile de faire comprendre à autrui l'existence ou la réalité.
3 L’entretien d’explicitation utilise une méthode de questionnement qui oriente l’interviewé vers le cœur de son expérience, en laissant de côté les informations relatives à ses croyances, ses interprétations, ses savoirs, etc. qui représentent des dimensions dites satellites car n’appartenant pas au vécu lui-même.
Avant de nous rencontrer, nous avions déjà des similitudes en termes de goûts et de sensibilité. Il s'agit moins de ressemblances apparentes que de convergences sur des principes que nous partageons via des éléments concrets du quotidien. C'est à travers des anecdotes ordinaires, mais reliées à des synchronicités, que nous avons souhaité vous présenter les points communs utiles pour saisir le lien entre nos deux parcours.
Il y eut, pour chacun de nous, une période de transition où les synchronicités prirent peu à peu une place importante dans nos vies, au point de nous faire amorcer un virage radical dans notre manière d'être et notre évolution professionnelle.
Des études sans problème majeur m’ont conduit à entrer en 1966 à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm dans la section « Sciences ». Je me suis alors dirigé vers un DEA de physique théorique, c’est-à-dire de physique quantique des particules fondamentales constituant la matière (électrons, protons, neutrons, neutrinos…). Un sujet de thèse de troisième cycle m’a été proposé par Michel Gourdin du Laboratoire de Physique Théorique d’Orsay, un travail à réaliser avec Guy Bonneau, étudiant comme moi du DEA de physique théorique. Il s’agissait de travailler en collaboration avec les physiciens de l’Accélérateur Linéaire d’Orsay qui utilisaient cet appareil pour réaliser des collisions électron-positron. Avec Guy Bonneau, nous devions calculer les corrections radiatives au processus d’annihilation électron-positron. Ces corrections radiatives sont les corrections dues aux particules virtuelles qui existent en physique quantique, par exemple la polarisation du vide4. Ce travail a donné lieu à une soutenance de thèse de troisième cycle en 1971. Cette même année, j’entrais au CNRS (Centre national de la recherche scientifique). Avec Guy Bonneau, notre travail sur l’électrodynamique quantique s’est poursuivi par un Doctorat ès Sciences Physiques, soutenu en 1974.
Cette année-là, les physiciens du SLAC (Stanford Linear Accelerator Center) découvraient une nouvelle particule (nommée J/psi5) créée lors de collisions électron-positron. Pour affiner les paramètres de cette nouvelle particule, les physiciens du SLAC ont utilisé les corrections radiatives que nous avions calculées en 1971. Ceci m’a valu, partagée avec Guy Bonneau, la médaille de bronze du CNRS (en 1975) et l’opportunité d’aller travailler deux ans au Groupe de Physique Théorique du SLAC à Stanford, aux États-Unis. Au cours de ces deux ans j’y ai côtoyé les meilleurs physiciens des particules du pays : Steven Weinberg, Sidney Drell, James Bjorken…
J’ai quitté Stanford en septembre 1978 pour rejoindre le Groupe de Physique Théorique du CERN (Organisation européenne pour la recherche nucléaire) à Genève. J’y ai été boursier pendant deux ans. À l’époque, le CERN mettait au point un collisionneur proton-antiproton de manière à produire les bosons W et Z qui sont à l’interaction faible ce que le photon est à l’interaction électromagnétique. Ces bosons W et Z ont été mis en évidence au CERN en 1983.
À la Division Théorique du CERN, je croisais souvent John Bell, membre permanent, qui travaillait de manière très isolée sur les fondements de la physique quantique. Ainsi, il avait mis au point ce que l’on appelle maintenant les inégalités de Bell.
À l'époque, je pense que ma passion pour les mathématiques, la physique et la musique était là pour donner le change à une angoisse profonde et refoulée.
Je raisonnais de manière très rationnelle et rejetais toute irrationalité. Pour montrer à quel point je vivais alors dans la rationalité, je me souviens d’un ami hollandais qui habitait Helsingborg, en Suède, et qui, en 1970, m’a offert un livre d’Arthur Koestler The Roots of Coincidence (Les Racines des coïncidences). Il m’a offert ce livre après des discussions au cours desquelles je condamnais beaucoup de choses au nom de la rationalité. C’est ainsi qu’à l’époque, sa lecture ne m’a pas convaincu du tout. Pour moi les coïncidences n’étaient que le fruit du hasard.
Cependant, après la maladie et la mort de mon père, l’angoisse a eu raison de moi. La physique théorique des particules ne me permettant plus de gérer mes émotions, je me suis mis à faire du théâtre. Un ami acteur, Bénédict Gampert, qui possédait un théâtre à Cologny, près de Genève, « Le Petit Crève-Cœur », m’a conseillé d’écrire une pièce. Lors d’une promenade en forêt dans la région genevoise, j’ai dit à Bénédict que ce qui me manquait en physique des particules, c’était de délirer. « Vas-y, délire en écrivant », m’a-t-il répondu. C’est ainsi que j’ai commencé à écrire ce qui est devenu L’Astrominotaure6.
Passage de la rationalité aux émotions
Entre-temps, en octobre 1987, j’étais revenu au LPTHE (Laboratoire de Physique Théorique et Hautes Énergies) de Jussieu et je travaillais sur la matière noire dans l’Univers, plus précisément sur les WIMPS (Weak interacting massive particles) comme candidats à la matière noire.
Or, est-ce une coïncidence, en analyse, je travaillais sur ma propre matière noire, l’ombre cachée au plus profond de mon inconscient. Ainsi, dans ma pièce L’Astrominotaure, l’astrophysicien qui recherche une explication à la grande quantité de matière noire qu’il y a dans l’Univers est confronté à sa propre matière noire, ultimement représentée par le Minotaure.
De l’année 1990 jusqu’au début de l’année 1991, tout en participant aux travaux sur l’existence de matière noire, j’ai donc écrit ma pièce. Le 2 février 1991, en écrivant l’affrontement entre l’astrophysicien et le Minotaure, j’y mettais un point final. Un mois et demi plus tard, lors de la Semaine sainte, qui cette année-là commençait le dimanche 24 mars, des coïncidences sont apparues dans le monde qui m’entourait, coïncidences qui m'interpellaient. Ainsi les affiches de deux films sortis en ce début 1991 me « parlaient » : Déconnage immédiat avec Daniel Prévost, me disait que j’étais en train de « déconner » ; et Le Silence des agneaux, dans lequel je m’identifiais à un agneau (de Dieu ?) me disait que je devais garder le silence.
Ces coïncidences m’ont très vite submergé et c’est grâce à la Providence, le Jeudi Saint au soir, alors que je ne savais pas où aller, qu’un taxi de la station place Maubert a demandé à la file qui attendait s’il y avait quelqu’un pour Joinville-le-Pont. Or, l’une de mes sœurs habite Joinville-le-Pont. Je me suis donc, ce soir-là, réfugié chez cette sœur et son mari.
J’étais en plein délire paranoïaque.
Soigné avec des neuroleptiques, je suis tombé dans une profonde dépression qui a duré tout l’été de cette année 1991. Au mois d’août, je me souviens avoir été voir, avec une amie, le film de Maurice Pialat Van Gogh, qui raconte les 67 derniers jours de la vie du peintre. Sur le coup, ce film m’a beaucoup impressionné.
Ma dépression a duré jusqu’aux premiers jours de novembre 1991. Je suis alors très vite reparti dans une humeur exaltée et très angoissée, ce qui m’a conduit, poussé par mon inconscient, à avoir un grave accident dans la nuit du 18 au 19 novembre, accident auquel je n’avais aucune chance de survivre. Et pourtant j’ai survécu. La Providence m’avait une fois de plus sauvé. Contrairement à l’avis des médecins, j’ai même réussi à marcher de nouveau.
Une interprétation de ce qui s'est passé cette nuit du 18 au 19 novembre 1991 est que j'aurais lutté contre le Minotaure. « Grâce à Dieu », celui-ci n’a pas réussi à m’éliminer. Il m’a blessé mais il ne m’a pas vaincu. Il s’est passé exactement ce que j’avais écrit neuf mois plus tôt dans la scène finale de L’Astrominotaure (Sphère Six, Corps Noir).
Petit à petit, grâce à un traitement médicamenteux, avec l’aide d’un médecin, nous avons réussi à stabiliser mon humeur dans les périodes d’exaltation et à les transformer en périodes de création. Quant aux périodes de dépression, elles sont devenues moins aiguës que lors de l’été 1991. Point important : les coïncidences (signifiantes) n’ont jamais disparu.
Beethoven et la Symphonie du Destin
Je voudrais ici parler de Beethoven qui a été mon héros dès mon adolescence et qui l’est resté tout au long de ma vie. Adolescent, j’écoutais très souvent le concerto pour piano dit « L’Empereur ». La force et la beauté de sa musique m’ont toujours donné énormément de courage pour affronter les difficultés de la vie. C’est ainsi qu’encore aujourd’hui, sa cinquième symphonie, dite Symphonie du Destin, me donne une force extraordinaire, malgré que les quatre premières mesures aient été utilisées de mille façons. La force que me donne cette symphonie me conduit à penser que ma vie a un sens. Le fait que Beethoven ait été sourd une grande partie de sa vie et qu’il ait composé une telle musique a fait de lui mon modèle, un titan parmi les êtres humains (le Titan de la Musique). Mon identification à Beethoven a été telle que lorsque nous avions vingt ans, un ami me disait que j’étais la « réincarnation » du musicien.
Lorsqu’elle était enceinte de moi, ma mère écoutait en boucle la Symphonie Pastorale. Comme nous savons que le fœtus entend, d’une certaine façon, ce qui se passe à l’extérieur du ventre de sa mère, je pense que cela m’a profondément marqué. Toujours à mon adolescence, j’ai dévoré le roman en dix livres de Romain Rolland, Jean-Christophe. Cette œuvre décrit la vie de Jean-Christophe Krafft, musicien de génie, de sa naissance à sa mort, vie qui est grandement inspirée de celle de Beethoven, dans la recherche de la sagesse, de l’harmonie, d'une maîtrise des passions… Lors de cette lecture, à l’âge de treize-quatorze ans, je me suis dit : « C’est comme cela que je veux vivre ! »
De la rationalité au lâcher-prise
Aîné d’une famille de six enfants j’ai toujours été un bon élève et un enfant très timide. J’ai très vite été attiré par les mathématiques et les sciences, ce qui m’a formé à une éducation très rationnelle. Mes parents étant des catholiques pratiquants, j’ai eu une éducation religieuse jusqu’à ma communion solennelle à l’âge de douze ans. Cependant, à l’âge de treize ans, je me suis aperçu que la foi ne répondait à aucune de mes questions concernant la compréhension de l’Univers. J’ai donc arrêté d’aller à la messe tous les dimanches, ce qui a beaucoup peiné mes parents. En contrepartie je me suis jeté à « corps perdu » dans L’Astronomie populaire de Camille Flammarion, parue en 1955, que je dévorais, isolé dans ma chambre, en écoutant Beethoven. Je me protégeais ainsi de la cruelle réalité du monde.
Le premier traumatisme survenu dans ma vie « idyllique » a été la disparition de mon grand-père maternel, qui m’aimait beaucoup, alors que je venais d’avoir quatre ans.
Puis, comme je l’ai écrit plus haut, en 1982, la mort de mon père m’a laissé sans voix. Rongé par l’angoisse, j’étais incapable d’exprimer aucune émotion. Quatre ans plus tard, en 1986, à l’âge de quarante ans, l’angoisse est devenue tellement forte que j’ai dû faire appel à la psychanalyse pour calmer mes crises d'angoisse. Les séances d’analyse ont été un premier pas vers un lâcher-prise. Sous la conduite de mon analyste, j’ai appris à me laisser aller.
M’étant tourné en 1981 vers le théâtre pour faire sortir mes émotions, il y eut en 1990 et 1991, l’écriture de L’Astrominotaure et la découverte fracassante des synchronicités, qui m’ont complètement déstabilisé, mais qui ont aussi été pour moi une « révélation ». S’en suivit un long cheminement de 29 ans, ponctué de périodes de dépression, où j’ai dû me mettre à l’abri du stress. Pour cela, dès le mois de mars de l’année 1991, j’ai commencé à noter dans des carnets tous les phénomènes synchronistiques dont j’étais témoin, jusqu’à arriver à trouver toutes les corrélations qui surviennent chaque jour de ma vie. À ce jour, le dimanche 5 janvier 2020, j’ai rempli 160 carnets de 200 pages, ce qui fait un total de 32 000 pages ! Ces carnets m’ont permis d’accepter la synchronicité, même si cela n’est pas toujours de façon paisible car certains phénomènes synchronistiques peuvent être très angoissants. Pour moi, cette acceptation se fait par une réflexion essentiellement intérieure. Je suis ainsi arrivé à une pratique constante et journalière de la synchronicité, décodant le message qu’elle délivre sans que l’angoisse prenne le dessus et soit un handicap.
En apprenant à mettre en retrait mon ego et me laisser aller à la synchronicité, c’est-à-dire à la laisser guider mes actes, mes paroles et même mes pensées, et conformément à la philosophie taoïste, à agir au minimum sur le cours des choses, j’ai pu lâcher prise.
4 Une fluctuation du vide quantique permet de créer une paire électron-positron pendant un temps extrêmement court (3x10-22 seconde). Ces paires virtuelles polarisent électriquement le vide quantique.
5 Les quarks étant les constituants, entre autres, du proton et du neutron, la découverte de la particule J/psi correspondait à la découverte d’un nouveau quark, le quark charmé.
6 Le texte de cette pièce de théâtre se trouve en annexe (voir p. 161).
J'ai démarré mon activité professionnelle de manière classique. Après avoir découvert le monde du travail en entrant dans une grande banque pour mon premier (et dernier) contrat à durée indéterminée, j'ai vite été rattrapée par mon goût pour la littérature et les arts. Je passais mes soirées et mes week-ends à aller à des spectacles de théâtre, de musique ou de danse, et à des expositions.
Un jour, alors que je déambule dans les salles d'un musée d'art moderne présentant la rétrospective d'un artiste contemporain, je suis irrésistiblement attirée par l’un des tableaux. Comme toute l'œuvre relativement monotone de ce peintre, c'est une toile abstraite dans les tons marron gris. Fascinée par l'ambiance mystérieuse qui se dégage de ces couleurs sans éclats, je reste littéralement plantée devant la toile qui fait à peu près ma taille, sans pouvoir détacher mes yeux de la forme anthropomorphe que je distingue vaguement au milieu du tableau et qui avale mon attention comme un trou noir. Je m'approche et je m'éloigne du tableau pour en atténuer les reflets et le scruter sous tous ses angles. Je consulte son titre : L'Anachorète7. En lisant ce mot que je découvre pour la première fois mais dont je saisis intuitivement le sens, une agitation intense me saisit, comme si je retrouvais un ami d'enfance perdu de vue. Dès ma première année en entreprise, lorsque l'on me demandait quels étaient mes projets en termes de carrière, je répondais spontanément, et en ne plaisantant qu'à moitié, que je me voyais déjà partir en retraite. Le sens caché des réponses légères mais instinctives n'est pas anodin puisque cinq ans plus tard, j'allais commencer à effectuer régulièrement des retraites de méditation intensive, recontactant des mémoires anachorétiques jusqu'à envisager une voie monastique dans un monastère bouddhiste.
Quelques années plus tard, en parcourant en bibliothèque un vieux livre sur les traditions spirituelles d'Asie, je lis avec stupeur que l’une des premières femmes à avoir tenu un rôle important et pionnier dans d'anciennes communautés d'obédience bouddhiste est la nonne Thi Bich. En imaginant une autre Thi Bich pour la première fois, je reçois un choc et je me demande si je ne suis pas en train de relire des fragments de ma propre vie. Le livre évoque également le parcours de Roshini, une femme d'une grande beauté qui passa le début de sa vie dans les mondanités et les frivolités, avant d'opérer un virage spirituel qui l'amena à s'occuper avec dévouement des lépreux et des malades. Or, quelque temps auparavant, j'avais rencontré, lors d'un périple spirituel en Birmanie, une très belle femme de mon âge dénommée Roshini avec qui je m'étais découvert de profondes affinités spirituelles.
Quelques jours après la lecture du livre, je parle avec enthousiasme de la nonne Thi Bich à mon professeur d'arts martiaux. Devant son air incrédule, je décide de lui montrer le passage où elle est citée, mais impossible de retrouver le livre en question. Je cherche en vain son titre dans ma mémoire et dans les rayons des bibliothèques que je fréquente. N'ayant jamais pu remettre la main sur cet ouvrage malgré des recherches plus globales, je me suis ensuite demandé si je n'avais pas rêvé cette lecture. Pour certaines choses, il est vrai que je n'ai aucune mémoire alors que je peux me souvenir de certains ressentis comme s'ils étaient encore présents. Dans l'incapacité de me remémorer une autre information qui m'aurait mise sur la voie, je ne saurai jamais si la nonne Thi Bich fut un rêve ou une réalité. Il m'arrive de naviguer entre le monde onirique et le monde matériel sans parvenir à distinguer d'où me vient l'information. Le plus troublant est que les informations provenant de mes rêves sont souvent plus pertinentes que les informations que je perçois dans le monde tangible du réel.
De l'expérience vécue à la science
Mon entrée en DEA de sciences cognitives en 2002 a fait l'objet de résistances qui m'ont fait douter et de synchronicités qui m'ont encouragée. Lorsqu’en 2001, j'ai proposé aux enseignants de la filière de sciences cognitives un sujet autour de mon expérience d'élargissement de conscience perceptive dans la méditation et les arts martiaux, la plupart d'entre eux m'ont répondu que l'idée était intéressante, mais qu'il n'existait pas de domaines de recherche dédiés à ces thèmes, et donc pas de superviseurs pour m'encadrer. Sur leurs conseils, j'ai commencé par effectuer en 2001-2002 une année préparatoire à la formation doctorale en sciences du langage à l'EHESS8, en choisissant le thème du langage non verbal de l'art dans les processus de création artistique et de réceptivité des œuvres. À l'issue de cette année passionnante, j'ai renvoyé aux enseignants du DEA un mail avec ma nouvelle proposition. Mon deuxième projet portait en réalité sur le même sujet que l'année précédente, mais transposé – avec la terminologie qui convient – aux relations art et science, et plus précisément à l'étude des interactions entre la part sensible et la part rationnelle de l'esprit à travers la perception de tableaux de peinture. Je pouvais ainsi utiliser ma précédente expérience professionnelle auprès des artistes, et m'appuyer sur les théories déjà bien établies en philosophie et histoire de l'art.
Je suis dans mon appartement parisien lorsque j'entends mon portable sonner. Je suis étonnée car habituellement le réseau ne passe pas dans l'immeuble et je dois systématiquement sortir dans la rue pour téléphoner. Je prends quand même la communication et à ma grande stupéfaction, j'entends une voix d'une si grande clarté que j'ai l'impression que la personne se trouve juste à côté de moi. Mon interlocuteur se présente avec un léger accent américain, c'est l'un des professeurs du DEA de sciences cognitives, directeur du LPP (Laboratoire de Psychologie de la Perception) de l’université Paris Descartes, qui m'annonce être intéressé par mon sujet art et science, et être prêt à soutenir mon dossier. Toute la conversation se déroule avec une connexion téléphonique parfaite. Je crois donc que le réseau a été amélioré et que je peux désormais recevoir des appels. Mais après cette communication, le réseau redeviendra brouillé et je continuerai comme avant à ne pas capter les appels. En recevant par la suite les réponses des autres enseignants qui acceptent également de soutenir mon entrée en DEA, je comprends que c'est parfois un simple changement de perspective et de vocabulaire qui fait basculer l'appréciation d'un dossier.
À partir de 2001, moment charnière où je décide de prendre une année sabbatique pour étudier les liens entre art, science et spiritualité, en me basant sur mon expérience dans la pratique des arts martiaux et la méditation, les portes semblent s’ouvrir comme par enchantement pour que je poursuivre mes recherches. Qu'il s'agisse de mes futurs directeurs de thèse qui sont venus à moi après ma soutenance de DEA pour m'inciter à continuer mes travaux en doctorat, des laboratoires de pointe dans lesquels je me suis retrouvée sans même le vouloir, ou des chercheurs et pratiquants que j'ai rencontrés, j'ai été sans conteste guidée et aidée par les synchronicités, des plus ordinaires aux plus étonnantes. Sans ces incroyables facilités synchronistiques que je ne peux décemment pas n'attribuer qu'au hasard, et qui m'ont aussi encouragée à surmonter les doutes et les difficultés d'une reconversion sans autre finalité qu'un intérêt passionné pour mon sujet d'étude, je n'aurais sans doute pas consacré autant d'années à ma recherche doctorale.
Sérendipité
La sérendipité9, notion proche de la synchronicité, est un phénomène également présent dans ma vie. La façon dont j'ai conçu les expériences de mon DEA de sciences cognitives en est un exemple. Peu avant que je ne commence mon stage en laboratoire, j'avais déjà une idée assez précise de ce que je souhaitais étudier et mesurer. J'étais intéressée par la perception dans l'instant présent, pour les ouvertures de conscience et d'action étonnantes, et on ne peut plus concrètes, qu'il m'avait été donné de vivre dans mes pratiques d'arts martiaux et de méditation. Conformément à la technologie des appareils de psychophysique utilisés dans mon laboratoire d'accueil, je souhaitais étudier cette perception précoce en enregistrant les mouvements des yeux devant des tableaux de peinture. En me promenant au Centre national d'art moderne de Paris pour y trouver l'inspiration, je suis tombée sur deux tableaux de Fernand Léger placés côte à côte, et j'ai su aussitôt qu'il s'agissait des deux tableaux que j'allais utiliser pour mes expériences d'oculomotricité. (Un an plus tard, je suis retournée dans cette salle muséale, les tableaux ne s'y trouvaient plus.) Cette intuition s'est vérifiée lorsque j'ai construit le protocole expérimental final avec mon codirecteur de DEA (qui n'était autre que le professeur qui m'avait aidé à entrer en DEA). Les conditions expérimentales que j'avais intuitivement pressenties puis logiquement analysées étaient (à la grande surprise de mon superviseur) exactement les mêmes que celles que nous avons ensuite longuement discutées et élaborées à partir d'un tableau de probabilités établi en bonne et due forme.
Équilibre entre analyse objective et expérience subjective
Après m'avoir encouragée à initier ma recherche en m'appuyant sur des connaissances intérieures ou intuitives qui n'étaient ni scientifiques ni universitaires, les synchronicités m'ont en sens inverse confirmé la nécessité d'étudier l'apport de ces connaissances subjectives (données issues en l'occurrence de pratiques artistiques, corporelles et méditatives) dans les sciences cognitives, en les observant et en les analysant en conformité avec la méthodologie scientifique. Après avoir constaté le manque d'adéquation du matériel théorique et expérimental scientifique pour traiter un sujet aussi difficilement mesurable que le mien, ce sont à nouveau les synchronicités qui m'ont ramenée à mon point de départ initial – l'expérience directe, l'expérience pure – pour finalement me guider mystérieusement à certains moments clés de l'écriture de ma thèse.
Il n'était pas question pour moi de privilégier le point de vue de l'expérience au détriment de celui de la science et de l'épistémologie, mais j'avais décidé de démarrer mon étude par la description de l'expérience vécue. J'ai choisi de pallier l'impossibilité d'une étude strictement scientifique (d'un sujet de nature floue et subjective) par une expérimentation personnelle qui ne constitue pas une preuve en soi, mais offre un support indéniable pour effectuer des vérifications de base, et proposer de nouvelles perspectives épistémologiques et méthodologiques. Pour explorer ces thématiques situées à la frange de secteurs disciplinaires établis, il me semblait nécessaire de croiser des éléments émanant de différentes sources (en l'occurrence les neurosciences, la psychologie, la phénoménologie et le vécu
