A la recherche d'un amour perdu... - Xavier Danier - E-Book

A la recherche d'un amour perdu... E-Book

Xavier Danier

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Beschreibung

Après plus de dix années de mariage et des enfants, Xavier perd pied dans sa relation amoureuse avec son épouse. Que lui arrive-t-l qui le pousse à rechercher ses amours d'enfance, mais surtout rechercher celle qui l'a fait devenir un homme prêt à consacrer sa vie à son bonheur ? Une femme qui est devenue l'épouse d'un autre... S'est-il trompé lorsqu'il a dit oui au maire et au curé ? Un rêve hante ses nuits, un rêve où se mélange la vérité et les phantasmes, un rêve qui va le guider dans sa démarche. Il va donc partir à la recherche de cet amour perdu. Et, une fois retrouvée, rejouer la scène afin d'exorciser son fantôme. Jusqu'à passer à l'acte !

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Seitenzahl: 674

Veröffentlichungsjahr: 2019

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Sommaire

A la recherche d'un amour perdu…

Prologue

CHAPITRE 1 : Métamorphose...

CHAPITRE 2 : Le songe.

CHAPITRE 3 : Souvenirs...

CHAPITRE 4 : Dès l'aurore...

CHAPITRE 5 : Catherine !

CHAPITRE 6 : En ouvrant la porte du songe...

CHAPITRE 7 : A quoi ça ressemble une fille ?

CHAPITRE 8 : Songe, d'où viens-tu ?

CHAPITRE 9 : Amourettes...

CHAPITRE 10 : L'élue...

CHAPITRE 11 : Cousin, cousine.

CHAPITRE 12 : Désir charnel.

CHAPITRE 13 : Surboums !

CHAPITRE 14 : Entre le désir et la réalité : le fantasme...

CHAPITRE 15 : Cécile, mon premier amour d'adolescence...

CHAPITRE 16 : Quand le songe apparaît...

CHAPITRE 17 : Œdipe quand tu nous tiens ... !

CHAPITRE 18 : Spleen...

CHAPITRE 19 : P'tite sœur... !

CHAPITRE 20 : La clef du songe.

CHAPITRE 21 : Quand on est trois, on n'est pas deux...

CHAPITRE 22 : Images parentales...

CHAPITRE 23 : Rupture sentimentale...

CHAPITRE 24 : Séduction...

CHAPITRE 25 : Dominique ou Adam et Eve...

CHAPITRE 26 : Le possible et l'inconcevable...

CHAPITRE 27 : A deux dans le même lit...

CHAPITRE 28 : Le ballon d'oxygène...

CHAPITRE 29 : Comme un vent d'amour et de révolution...

CHAPITRE 30 : Le grand départ...

CHAPITRE 31 : Naissance d'une illusion...

CHAPITRE 32 : Fantasme...

CHAPITRE 33 : Le coup de foudre...

CHAPITRE 34 : Confidences...

CHAPITRE 35 : Quand l'amour frappe à la porte, on lui dit entre !

CHAPITRE 36 : Se donner la main...

CHAPITRE 37 : Et c'est l'amour qui entre dans la vie.

CHAPITRE 38 : Dialogue en fugue...

CHAPITRE 39 : Déclarations...

CHAPITRE 40 : Le fameux cap, ou l'usure de la coexistence...

CHAPITRE 41 : Amour et séparation...

CHAPITRE 42 : Comme un con sur le quai d'une gare...

CHAPITRE 43 : La déchéance...

CHAPITRE 44 : Xavier, que caches-tu dans ta mémoire...

CHAPITRE 45 : La rencontre de la dernière chance...

CHAPITRE 46 : Similitude...

Épilogue

A la recherche d'un amour perdu...

Prologue

CHAPITRE 1 : Recherches...

CHAPITRE 2 : Mater...

CHAPITRE 3 : Un numéro de téléphone...

CHAPITRE 4 : Le sein nourricier...

CHAPITRE 5 : Le dernier domicile connu...

CHAPITRE 6 : Chimère...

CHAPITRE 7 : Le miracle de la télématique ?!

CHAPITRE 8 : Apostrophe...

CHAPITRE 9 : Allô... Madame Bergerac ?

CHAPITRE 10 : Le standard !

CHAPITRE 11 : Pas le moral Xavier !

CHAPITRE 12 : Contact établi...

CHAPITRE 13 : "Pipi caca, intellectuel non ?"

CHAPITRE 14 : Le miroir...

CHAPITRE 15 : J'ai deux amours...

CHAPITRE 16 : L'amour fête...

CHAPITRE 17 : Le service de recherche dans l'intérêt des familles.

CHAPITRE 18 : Dessine-moi un mouton !

CHAPITRE 19 : Enfin...

CHAPITRE 20 : Cocorico !

CHAPITRE 21 : Un autre regard sur soi.

CHAPITRE 22 : Le réveil... et confidences.

CHAPITRE 23 : Jour moins un, égale boulimie...

CHAPITRE 24 : Le départ d'une vie à deux...

CHAPITRE 25 : Sophie... !

CHAPITRE 26 : Pulsion.

CHAPITRE 27 : Retour en 1971...

CHAPITRE 28 : Le bon numéro.

CHAPITRE 29 : Retour sur terre...

CHAPITRE 30 : Le manque...

CHAPITRE 31 : Amour, amitié ?

CHAPITRE 32 : Chimère...

A la recherche d'un amour perdu...

Prologue

CHAPITRE 1 : Retrouvailles

CHAPITRE 2 : Ça ne s'exprime pas, ça se ressent !

CHAPITRE 3 : Deux ans déjà...

CHAPITRE 4 : Les hirondelles.

CHAPITRE 5 : La fourmi.

CHAPITRE 6 : Baptiste le muet.

CHAPITRE 7 : L’étincelle.

CHAPITRE 8 : Guillemette.

CHAPITRE 9 : La Belle au bois dormant.

CHAPITRE 10 : La pierre vivante.

CHAPITRE 11 : Les chiens.

CHAPITRE 12 : Quand l'enfance s'en va...

CHAPITRE 13 : Volubilis.

CHAPITRE 14 : Média.

CHAPITRE 15 : De l'aube à l'aurore...

CHAPITRE 16 : Baptiste.

CHAPITRE 17 : L'antichambre.

CHAPITRE 18 : Miniatures intemporelles.

CHAPITRE 19 : Cris et déchirements !

CHAPITRE 20 : Séquestration.

CHAPITRE 21 : A.F.P.

CHAPITRE 22 : Le déclic.

CHAPITRE 23 : Le rêve.

A la recherche d'un amour perdu…

LIVRE 1 LETTRE OUVERTE À CELLES QUE J'AI AIMÉES

Xavier Danier

Romans écrits en 1984 par un trentenaire…

Suivi du livre deux puis du livre trois.

A mon épouse qui s'est inscrite dans ma vie ! Et qui ravit encore aujourd’hui notre entente commune…

A celles qui jalonnent cette histoire…

A ce Xavier qui a inspiré le personnage...

Prologue

Un livre écrit en 1984 et jamais édité malgré un dernier niveau de lecture dans une maison prestigieuse. C'est-à-dire un dernier cercle afin de choisir entre plusieurs ouvrages celui qui sortira des presses.

Xavier Danier est un nom d'emprunt car je ne suis pas un auteur dont le métier est d'écrire. J'ai seulement éprouvé l'envie de narrer de manière très romancée ce qui m’était arrivé ! Et la postérité de mon nom ne m'importe guère...

Certains pourraient penser qu'il s'agit d'une thérapie et ils n'ont pas tort ! Tout un chacun en effet qui un jour prend une plume (ou bien souvent un ordinateur aujourd'hui) et qui commence par « Il était une fois » y met tout son être. Ici, je l'ai mis à nu, quasiment réel en utilisant la première personne du singulier et une écriture droite ; puis j'ai alterné des chapitres en n'employant pas le « je » et avec une écriture en italique, où le lecteur ne saura jamais s'il s'agit du vécu de l'auteur ou de ses pensées et inventions de circonstance afin d'élaborer une cohérence dans l'essence même de l'histoire.

Une histoire qui pourrait être vraie et qui tient de la banalité que chacun a pu vivre à sa manière sous diverses formes, mais qui guide l'humain depuis son origine.

Après quelques années j'ai désiré reprendre un peu les textes qui pêchaient (et pêchent encore certainement, selon qu'on soit un littéraire ou un professeur de français par exemple) en syntaxe, en rythme, en grammaire ou encore en cohérence. Difficile exercice !

1992. Toujours pas d'éditeur car la première expérience m'avait échaudé : trop de manuscrits pour très peu d'élus... même si pour au moins trois maisons le ou la directrice d'édition m’encourageait à continuer, ce que je fis en écrivant deux ouvrages à suivre pour clôturer définitivement l'histoire. L'une, qui gérait une maison d'édition spécialisée pour des auteures, où j'avais tout de même déposé un manuscrit, m'a gentiment fait part de son agréable surprise. Elle l'avait entièrement lu ! A savoir qu'elle avait beaucoup apprécié ma démarche de recherche et la manière dont je m'y était pris. Émue ! Ajoutant de plus que mon épouse avait de la chance d'être autant aimée par un homme qui avait eu le courage de se mettre autant à nu sur sa vie sentimentale et de lui dire à travers ce livre que c'était elle le personnage principal qui méritait toute l'attention et l'amour de son mari. Elle n'avait pas à se tromper sur le sens de cette saine mais épineuse démarche. Mais je n'étais pas une femme auteure !

2019. Les conditions d'édition ont évolué et sans se mettre en péril financier, il est aujourd'hui possible d'éditer !

Pourquoi éditer alors que ce livre intime dort depuis plus de trente ans dans un rayonnage de ma bibliothèque ? Parce que je l'ai redécouvert parmi tous mes écrits et sa relecture m'a de nouveau bouleversé. Mais, et ceci est très important, sans plus ressentir aucune douleur. Comme si j'étais devenu un lecteur lambda qui découvrait le récit ! Avec une grande distance...

La thérapie a fait son œuvre : je n'ai plus mal et surtout, je n'ai pas perdu mon épouse !

CHAPITRE 1

Métamorphose...

L'amour c'est comprendre et accepter ce qu'il y a dans le cœur de l'autre ; mais aussi doit-on s'interdire d'essayer d'y mettre ce que son propre cœur voudrait qu'il y ait. Alors il ne faut pas à tout prix qu'il s'ouvre totalement, à nu, car il existe un lieu où le bonheur et le malheur se réfugient, inaccessibles à quiconque sans un viol néfaste à l'équilibre sentimental : c'est le jardin secret !

Ne me demande jamais Blanche ce qu'il y a dans ce jardin là, dans le mien, car, empli de rêves, d'illusions, de fantasmes et de réalités, c'est aussi un endroit où tu n'es pas. Non pas que tu ne le mérites pas, mais tout simplement parce que depuis que je me suis donné à toi tu trônes dans un autre lieu. Tu possèdes un jardin à toi toute seule, tu es le parc floral de ma vie. Alors, laisse-moi ce petit bout de verger où de temps à autre je mène mes pensées ; il m'est vital afin d'enrichir au mieux notre entente. Et si quelque fois il te semble nous faire une ombre, ne t'inquiètes pas car elle ne peut qu'être rafraîchissante dans notre été.

En effet, ce jardin compense ce que tu n'es pas en mesure de me donner du fait même de ton statut d'épouse. Parenthèses ou souvenirs appartiennent à d'autres que toi qui remplis toute ma vie. Tu es ! Aussi, n'en sois pas jalouse, ni envieuse car tu fructifies avec un bonheur au goût de miel le produit de ce jardin là ; et continue de cultiver notre Éden resplendissant de chuchotements, de sourires, d'envies, de pulsions, de tressaillements profonds, de caresses, de frottements, d'humidité, halètements, de tremblements et de chocs tectoniques dus à la jouissance de nos corps et de nos têtes, l'abandon total et vital de toute notre essence, à la fois don et offrande, vertige, éblouissement, suspension temporelle, chaleur et quiétude du fœtus dépendant de l'autre, puis blottissement, refuge, câlin, tendresse, douceur, bien-être, amour...

Pour toi j'ai confortablement installé dans mon cœur tout ce que nous avons construit ensemble à partir d'une étincelle. Nous sommes les gardiens de ce feu qui ne peut s'éteindre, du foyer qui flambe, pète, grésille, et braise sous la cendre, et qui se ranime au souffle nouveau. Tu étais lumignon, j'étais le bois, nous sommes maintenant devenus le feu ; et souhaitons qu'il brûle encore chaleureusement afin que nous puissions transmettre le flambeau ; mais surtout, que ce rayonnement profite à tous ceux qui aiment à se chauffer auprès de nous.

Aujourd'hui une nouvelle dimension entre dans notre vie, absorbante, dévoreuse, signe d'une évolution individuelle au sein d'un contexte social ; et cela ne va pas sans un bouleversement dans notre relation affective quotidienne. Tous les paramètres pragmatiques assurant l'aspect matériel du foyer ont pris un virage serré, et notre couple en a subi l'effet centrifuge au point de nous éloigner dangereusement du chemin du bonheur.

J'ai changé ! Oui, changé. Oh non pas de personnalité, car elle ne peut que se révéler, mais je pense autrement, j'agis autrement, je m'exprime autrement, souvent la tête ailleurs, l'esprit chargé de tout ce que j'entreprends. Et de plus me voilà envahi d'une sourde angoisse face à l'inconnu de ce renouveau. Propulsé sur une trajectoire méconnue, avant même d'en avoir ni défini ni exploré les méandres et les aboutissements. Je suis parti au galop sur un cheval fou qui lui seul sait où il va...

Et là, tu ne peux rien y faire car je t’entraîne dans mon sillage. M'en remettre à toi ? Non, car toi aussi tu n'as pas eu le temps de chausser les étriers. Alors je retourne vers mon jardin qui lui seul saura me donner la réponse. Et tu en souffres...

Mais je ne peux t'y faire rentrer avec moi ! Quelques fois cela t'est arrivé d'y toucher, malencontreusement, et j'en ai pleuré. Tu ne savais pas pourquoi... ou trop bien peut-être.

Tu sais où se trouve la clé du petit cabinet de Barbe Bleue, et tu sais aussi que si tu l'ouvres un jour, se sera la mort de notre amour, car ce qui s'y blottit ne t'appartient pas. C'est là, inoffensif : désirs inavoués, envies refoulées, peccadilles, souvenirs heureux et malheureux, utopies, rêves impossibles, regrets, sourires, images, fruits interdits, évasions... C'est un équilibre vital pesant avec force et légèreté sur mes incertitudes, mes frustrations, mes insatisfactions du quotidien.

Comme tout être vivant mon double intérieur doit se nourrir à travers son géniteur : un regard, une compagnie, un contact, une quiétude suffisent, peut-être une évasion..., je ne sais.

Ce personnage là, tu ne le connais pas, il doit vivre sinon de rendre l'autre malade, s'exprimer pour se libérer.

Aujourd'hui celui qui partage ton existence a décidé de s'enrichir ; c'est la nourriture de la vie que d'évoluer vers une autonomie intellectuelle. L'opération est en cours et ne s'arrêtera pas, et je t'emmène dans ce voyage même si par moments je te parais distant, même si mes préoccupations m'absorbent, même s'il m'arrive de m'éloigner.

Nous devons continuer d'apprendre à vivre ensemble avec nos points communs et nos différences. Chacun de nous ayant quelque part son refuge pour compenser. Nous aussi nous changeons, nous profitons de l'enrichissement général, nous intégrons des connaissances nouvelles, et en contrepartie nous devons réorganiser nos propres visions internes. J'ai d'autant plus besoin de m'extérioriser que certains désirs de vie deviennent réalité, et c'est cette réalité là qui se doit d'être expérimentée, consolidée, pour assurer le plein développement de notre maturité.

Cela aussi il te faudra le comprendre même s'il parait folie ; folie car ne faisant pas partie de ma personnalité de façade, folie car sortant du carcan normatif. Oui, il te faudra comprendre que l'individu que je suis a repris la construction de sa personne là où il l'avait laissée des années auparavant. Oui, quelque chose s'est déverrouillé. Je ne sais pas encore quoi, mais compte bien tout mettre en œuvre pour trouver. Oui j'ai besoin de faire le point, de prendre du recul, de m'engager vers d'autres horizons, vers des responsabilités nouvelles. C'est nouveau, je vacille sous le choc, prends appui, touche, explore pour mieux me fixer.

Aujourd'hui je me souviens, cela s'est arrêté la dernière fois que j'ai écrit, la dernière fois que j'ai fait parler ce qui était en moi. J'avais vingt ans...

Quelque chose s'est passé relatif à cette époque heureuse que confère la jeunesse, mais que je tenais déjà peut-être bien ancré en moi depuis mon enfance. Un jour la machine a stoppé..., et aujourd'hui le même phénomène vient de déclencher le redémarrage du processus !

CHAPITRE 2

Le songe.

Il y a quelque temps déjà de cela, il fit un songe et s'éveilla.

Nuit, sueur, calme... Elle était là qui dormait. Il la regarda, illuminée par la lune si forte et si blanche. Blanche... Son visage calme ne bougeait pas, seules les narines semblaient rythmer un souffle paisible ; il la regardait...

Tout ce temps déjà, tout cet amour construit, cimenté à jamais, si fort, tout ce temps pendant lequel des sourires d'enfants s'étaient ajoutés à ses joies. Tout ce temps déjà pensait-il, cela fait du temps. Où était-il passé ?

" Est-ce cela qui te donne quelques rides autour des yeux ?" Il ne les avait pas vues venir, et tout à coup réalisait les changements ; il réalisait ses propres cheveux grisonnants, il réalisait... Onze ans déjà.

Il la regardait toujours, ses yeux parcouraient maintenant son corps qui avait souffert de maternité, "Combien tu ne ressembles plus à la sculpture d'antan que j'ai regardée : fraîche, rose et désirée...". Tout en vagabondant, son regard changea de corps et se mit à errer sur ses propres bourrelets. "Il faudrait que je fasse plus de gymnastique..."

Il la regarda de nouveau, il la désirait toujours et encore.

Amour, tendresse...

Si elle avait seulement soulevé une paupière, il lui aurait fait l'amour. Mais voilà..., le souffle rythmait un léger mouvement de ses narines, elle dormait... Et lui restait éveillé dans la nuit.

Il essaya vainement de se souvenir du songe, mais dès qu'il en saisissait l'image, elle s'étiolait. Il s'accrochait alors aux bribes pour en garder le souvenir en sa mémoire, mais tel un tourbillon elle s'engouffrait encore plus dans le néant, jusqu'à ce que l'angoisse le saisisse : "je suis dans ce tourbillon de la vie et j'assiste, impuissant, à la fuite de mes amours, de mes émotions qui passent après avoir laissé leur marque indélébile, ces sentiments là me quittent subrepticement, ils m'échappent, ils me déshabitent..."

Un éclair de conscience le tira soudain de cette dangereuse torpeur où son esprit s'enlisait dans un repli nostalgique. Son cerveau, pour le protéger contre lui-même, venait de détruire ses pensées chagrines, avant qu'il ne sombre avec ses souvenirs.

Il regarda de nouveau son épouse endormie. Calme, quiétude... Un morceau d'elle était partie aussi avec le reste. Il lui manquait maintenant... comment dire ? Cet attrait pour la femme qu'on voit pour la première fois, désirée, et qui provoque la foudre dans son cœur. Elle ne foudroyait plus, mais entretenait maintenant avec beaucoup d'amour le feu...

"Je t'aime... autrement, j'ai l'impression qu'un peu de notre amour, la passion irraisonnée de la jeunesse, s'est muté au fil des jours en une habitude où la spontanéité fait défaut... Un amour tranquille..."

Un amour serein et calme, une tranquillité qui émousse les sentiments au point qu'il songea que cela faisait longtemps que son cœur ne s'était pas serré en la regardant. Oh certes, il était toujours autant ému de penser à elle, mais il manquait de plus en plus à présent l'envie immédiate de lui crier son bonheur, comme il le faisait si souvent jadis, c'est à dire en l'aimant comme un amant heureux : vous savez, l'amour joie, l'amour rire, l'amour complice, celui qu'on donne et qu'on partage, celui qui anoblie les âmes, celui qui fait sourire aux anges, celui qui efface les heurts, celui qui se manifeste là où l'on est, sans aucune préméditation.

Oui c'est bien cela, tout disparaissait dans le tourbillon de la jeunesse qui fiche le camp, malgré les tentatives de refaire surface auxquelles on répondait trop souvent maintenant par : « soyons raisonnables..., tu sais, j'ai encore du travail..., et les enfants vont nous entendre ».

Tristesse, amertume, il en avait la bouche sèche et comme un peu d'acidité au fond du cœur. Même qu'un instant, oh, un instant seulement, ses yeux se brouillèrent.

CHAPITRE 3

Souvenirs...

Souvenirs... Il est nécessaire de me replonger dans mon passé pour y récupérer une des clés tapie, inaccessible à ma conscience, logée là dans ma mémoire alors que j'apprenais d'une manière empirique les diverses significations du mot affection. Oui bien sûr, mon premier amour fut naturellement ma mère jusqu'à l'âge de douze ans. Ensuite le cordon est tombé, petit à petit, puis brutalement. Mais d'autres femmes m'ont aussi marqué dans cette jeunesse, ma Grand Mère par exemple, ou une vieille Tatie confiture. Mais surtout ce sont les copines qui m'ont ravagé le cœur dans le bon et le mauvais sens du terme. Certaines ont été mon premier amour, chacune à une tranche d'âge où l'on en découvre un peu plus, jusqu'à celle qui partage aujourd'hui ma vie.

Elles ont toutes un point commun : leur visage et surtout leurs yeux !

Tous ces regards que j'ai osé affronter et qui m'ont séduit et fait fondre le cœur ; et puis il y a eu ceux que j'évitais car je savais d'avance que le courant ne passerait pas.

Et depuis la première, quel chemin !

Ma nature m'a ainsi fait ; d'avoir peut-être été trop brutalement sevré, moi vis à vis de ma mère, m'a résolument tourné vers la recherche d'amitiés et d'amours féminines plutôt que vers la bonne et saine camaraderie des garçons. Et en effet, mis à part une grande affection fraternelle pour un copain d'enfance, je n'ai de relations affectives qu'avec des femmes. Il faut dire que j'ai fini par comprendre que ma grande sensibilité en ce domaine ne pouvait trouver de réponse que chez la femme, sinon de provoquer une indésirable relation homosexuelle, alors que je n'ai aucune attirance masculine.

Alors voilà, j'aime la femme ! Non pas les femmes, comme le laisserait péjorativement entendre l'expression populaire, mais "La Femme" parce qu'elle porte en elle toute la symbolique de l'amour.

Elle est Amour !

Elle porte en elle la matrice de la continuité, elle est le réceptacle de notre abandon et de notre "petite mort", et puis elle est si merveilleusement belle lorsqu'elle resplendit de bonheur. Aussi lorsque je la vois sourire à la vie, ou à ma caresse, lorsqu'elle ouvre son corps pour me recevoir, j'ai envie de pleurer de félicité. C'est pour cela aussi que j'aime la femme, pour ce qu'elle donne et pour ce que je lui offre à mon tour...

Déjà à l'école maternelle les filles faisaient mon élection, non pas par recherche d'identification, mais naturellement par amour. Je les aimais ! Et je me souviens d'avoir vécu des idylles merveilleuses avec des serments à vie et des rituels de mariage que je prenais très au sérieux. Eh oui, la fidélité commença tôt chez moi, et seul un événement important comme un déménagement, des vacances d'été ou une nouvelle classe m'amenait à changer de fiancée. Encore mettais-je quelques temps à me guérir de la précédente.

Aussi, aujourd'hui je l'avoue, je suis toujours autant amoureux des filles. Elles sont joie, plaisir, beauté, vie, désir, tendresse, rire, bonheur, air pur, eau limpide, abandon et amour, elles sont encore cristal, chaleur, diamant, perle, câlin, or, sourire et amour, avenir et espoir. Mon fantasme le plus fou consistant à proclamer une déclaration d'amour aux femmes, à toutes celles qui ont posé leur regard sur le mien et qui, sans toujours le savoir, m'ont donné du réconfort.

Un sourire a parfois suffi...

CHAPITRE 4

Dès l'aurore...

Elle lui a souri et s'est retournée afin que son corps enveloppe le sien ; chaleur, douceur, ils sont bien et se réchauffent le cœur, goûtant au moment d'intimité qui précède le réveil de la maisonnée.

Pour elle cela lui suffit. Lui, par contre, par delà la tendresse, sent venir en lui un mouvement, imperceptible au départ mais profond et puissant ; sa respiration devient lourde ; son ventre vibre ; sa tête résonne à l'appel ; sa verge se tend, butant contre la chaleur de la chair exposée...

Elle ne peut pas ne pas avoir entendu.

Elle a parfaitement compris, mais, l'esprit en sommeil, léthargique, elle ne répond pas. Alors, comme un bébé cherchant le sein, il tâtonne, éveille, mordille, s'agite, ne trouve pas, angoisse, parfois colère, et se calme, enfouissant sa faim au plus profond de lui, espérant l'oublier.

"Tu m'aimes ? Je t'aime..."

Et ils se lèvent, se préparent, et partent chacun de leur côté... laissant là ce moment de non partage.

CHAPITRE 5

Catherine !

J'ai fait connaissance avec bonheur d'une Catherine, je devais avoir huit ans, pas plus. Sa mère enseignait le catéchisme à une petite bande de lardons de mon âge, et j'avoue que j'avais pris goût à ses leçons tant elle racontait bien l'histoire de l'Ancien Testament. « Dieu dit qu'il manquait sur cette terre un Être ressemblant à son image, il créa Adam » aboutissant ainsi à notre fameux week-end.

C'est surtout la suite de l'histoire qui commença à m'intéresser car enfin ce fut au tour d'Eve, et, comme par enchantement, le dessin d'une blonde jeune fille vierge se matérialisa en une petite fille aux cheveux châtain clair qui me regardait. Ce fut la première histoire d'amour... dont je me souvienne, car aux dires de mes parents, à cinq ans j'avais eu un accès de tendresse avec une autre chérie que je câlinais autant que faire se peut au point de m'être levé la nuit pour la rejoindre dans son lit... Déjà … !

Bref, ce fut le début d'une grande histoire d'amour, la première, où les épisodes heureux de toute la sainte famille servirent de support à nos sentiments amoureux. J'étais le papa, elle était la maman ; puis vint la panoplie du docteur, on y jouait le plus souvent possible, sans gêne et sans retenue, ne connaissant pas encore dans notre fraîcheur très printanière les tabous des grands.

C'est ainsi que nous apprîmes que le zizi et la zezette étaient des jouets délicieux contrairement à ce que racontaient les Grands-Parents, qui prenant leurs vessies pour des lanternes voulaient à tout prix confondre en nos jeunes esprits plaisirs et pipi caca cochonneries !

Enfin, si nos zones érogènes fonctionnaient parfaitement, il n'en était pas moins quant à nos petits cœurs. Que de rêves d'amour, elle tantôt reine, tantôt princesse, et moi tantôt roi, tantôt prince charmant. Que d'attentes cruelles quand tu ne venais pas jouer à la maison !

Ton déménagement fut pour moi un déchirement, comme si la mort t'eut emportée soudainement. J'ai voulu partir avec toi, j'ai voulu que tu vives avec moi. Et j'en ai inventé des stratagèmes afin de te retenir, mais tous se sont heurtés à l'incompréhension des grands. C'est simple, ils ne voulaient pas qu'on se marie pour de vrai !

J'ai certainement pleuré longtemps, je ne m'en souviens plus...

Nous étions trop jeunes pour pouvoir faire l'amour, mais je puis assurer que les enfants peuvent le vivre affectivement et parfois aussi sexuellement, avec beaucoup de bonheur et sans que cela soit de la perversion. C'est aussi beau, aussi pur !

Depuis, je t'ai revue par hasard alors que je travaillais en extra dans un grand magasin où toi aussi tu arrondissais tes économies d'étudiante ; nous nous sommes côtoyés d'un rayon à l'autre. Mais je ne sais pas si tu as su qui j'étais. En effet le temps avait depuis fait son œuvre et je n'ai pas osé te rappeler ce souvenir si intime ; alors je suis resté à l'écart à te regarder avec curiosité, attendant que tu plantes à nouveau tes yeux dans ceux d'Adam..., que tu me reconnaisses. Tu ne l'as pas fait, et cela n'avait plus d'importance car ma petite Catherine était morte dans mon cœur depuis plus de dix ans... A cet âge c'est déjà une éternité ! J'avais dix-huit ans.

Et puis renaître de quoi... ? Peut-être aurais-tu pu naître seulement, mais encore aurait-il fallu aussi que quelque chose se passe à ce moment là. J'étais déjà ailleurs et toi aussi. Et puis tant mieux car je ne vois pas ce que l'on aurait pu se raconter d'autre ; alors autant rester sur ce vieux souvenir que de le gâcher par la déception de ne plus rien se trouver de commun.

Aussi quelque part en moi me reste-t-il un goût de miel dont je reconnais la saveur innocente, merveille de conte de fée, magique et intemporelle ; il me suffit de fermer un instant les yeux et deux petites billes me regardent, m'envoûtent, et m'émeuvent à la fois.

J'ai huit ans, je souris dans la nuit..., elle me répond.... Alors tout recommence, mon cœur vient de tressaillir.

CHAPITRE 6

En ouvrant la porte du songe...

Elle était là, inattendue, statue vivante, figée par le temps dans une incroyable douceur d'expression, chaque fois apparaissant de même, immobile et rayonnante, tantôt lointaine et tantôt si proche qu'il pouvait la voir translucide, presque diaphane, comme une brune de nacre.

Existait-elle cette jeune fille blanche au teint de lune, vêtue en vierge sacrée, et souriante de sainteté ? Il ne se le demandait même pas tant il désirait qu'elle soit réelle, de peur de conjurer la magie de l'instant. Était-ce elle dont on célébrait le saint nom ? Il ne pouvait y croire... Et pourquoi lui ?

Invariablement, le songe naissait dans la forêt, alors que pour une raison inconnue de sa volonté, il avançait dans les chemins mousseux.

Pourquoi lui ?

Le jour était là, mais quelle importance, le temps n'existait pas ; cela ne faisait pas partie de la dimension naturelle, et il ne savait pas encore qu'il allait la voir. Qu'importe, il lui fallait d'abord marcher, marcher comme sur un long tapis qui défile sans que bouge le paysage.

Enfin, par on ne sait quel cheminement, il arrivait au bout de sa quiétude pédestre, et là, telle une récompense divine, que seuls connaissent les montagnards regardant le lever du soleil dans les chaos de roc et de glace que sont les plus hauts sommets, près des Dieux, là, se dessinait cette déesse hors du temps, hors du réel, objet surnaturel et intouchable, beauté irrésistible de l'art grec, lisse comme le marbre, immobile comme le temps suspendu, calme comme l'océan à l'étale, dégageant une paix infinie.

Qui pouvait-elle être d'autre qu'une source de vie, statue vénérée, tant elle émanait de l'absolu ? Inaccessible Déesse conçue pour l'idéal... !

Il aimait cet instant privilégié, ce moment de grâce sensuelle.

Devant lui avait pris forme la Femme, non pas celle du quotidien, compagne de tous nos jours, être sexuellement opposé au nôtre, mais l'autre, la féminité intégrale, celle qui nous regarde et nous chérit, celle qui nous donne la vie, mère du Monde, refuge et havre de paix, réceptacle de notre sève, génitrice de la continuité, celle qui se donne et qui s'ouvre à l'amour caresse, à l'amour tendresse, celle à qui l'on s'offre nu d'âme et de corps sans autres pensées que de la faire resplendir dans sa féminité.

Oui, il aimait cet instant, tintamarre délirant de sentiments forts, où il aspirait du plus profond de lui-même à ce qu'elle soit de sources confondues, sa mère, sa femme, et sa sœur. Il voulait entrer en féminité comme on entre en religion, pour l'union universelle, pour la pénétration, retour fœtal et coït à la fois. La femme siège de l'avenir et de l'anti-mort...

Il contourna doucement sa vision, en contemplation béate, fou de désir et de respect, ainsi apaisé par le bain de douceur. Combien elle était belle dans son écrin sylvestre !

Ni blonde, ni brune, d'une couleur indéfinissable or et obsidienne, des traits fins et fragiles, le visage sourire, les mains harpes, le corps sérénité, le ventre appel, les jambes soies... Il désirait s'inonder de sa féminité, de sa beauté, de sa douceur, de sa paix. Il voulait la chanter dans les plus belles fugues, la crier au Monde entier, la rire de joie, la pleurer de bonheur. Oui, elle exhalait l'amour dans son infini rayonnement.

Pourquoi lui ?

Il ne le savait pas... Et pourtant dans son songe il s'agissait bien de lui !

Alors elle s'ouvrit à l'univers ; il s'avança, élu par l'Amour, et tous deux s'unirent comme le firent les deux premières cellules de la vie. Puis ils s'envolèrent vers l'infini sidéral, planant au dessus des abîmes, virant autour des montagnes, virevoltant dans le ciel ainsi que des hirondelles heureuses, et filant rejoindre les comètes à travers les étoiles. La joie les faisait rebondir sur les vagues, écrêter la neige des cimes, et enfin dans un envol de bonheur la vision fondit, faisant d'elle une partie intégrante de lui-même. Elle était totalement en lui, il était totalement en elle.

Quand au matin clair il s'éveilla avec le chant du coq, son corps encore tremblant s'apaisa, heureux et reposé. Tout avait disparu, sauf le souvenir après lequel alors il se mit à courir dans une folie naissante...

CHAPITRE 7

A quoi ça ressemble une fille ?

N'ayant que des frères, ce n'est que tardivement que je fis connaissance avec la différence réelle entre un garçon et une fille. Oh, je savais bien qu'elles n'avaient pas de zizi, car je fréquentais souvent les bains collectifs des ribambelles d'enfants des uns et des autres amis de mes parents, mais la féminité ne m'intriguait pas encore. Elles n'étaient pas des filles, mais avant tout des enfants compagnons de jeux, pas encore des entités désirables bien définies...

Qu'est-ce qui pouvait bien les rendre autrement que nous ?

Alors je partis en apprentissage dans leur cœur et dans leur corps.

Mes premières amours de maternelle ou de cours préparatoire furent plutôt platoniques, on jouait au papa et à la maman, au mariage, au prince charmant et à la princesse héritière, mais cela tenait plus à de la sociabilisassions, tout juste si l'on s'embrassait sur les joues en rougissant. Et nos petits cœurs valsaient comme si ce que nous accomplissions avait une importance capitale. Les couples se faisaient et se défaisaient, servant toujours d'élu car peu de garçons acceptaient de jouer à ce simulacre..., et j'y prenais un certain plaisir. Surtout lorsque la mariée du jour rejoignait mon choix.

Les parents se faisaient d'ailleurs souvent complices de ces jeux innocents, en nous sortant des vieilles malles poussiéreuses de la dentelle, du tulle ou encore des redingotes mitées...

« Il a une poule heu ! Elle s'appelle Marie heu ! » Que je n'aimais pas lorsque mes frères aînés revenant de l'école claironnaient mes aventures amoureuses ! Ils me prenaient à défaut vis-à-vis de l'amour de ma mère et me culpabilisaient, alors que je voulais inconsciemment la rendre jalouse sans qu'elle le sache. Si elle apprenait mon infidélité, elle ne m'aimerait plus... Ce qu'on peut être mignon à cet âge là !

Ensuite je cachais mes amours parce que je les savais coupables. L'Église en effet, dès la première année de catéchisme, jetait déjà l'opprobre, sans pour autant préciser, ni définir ce qu'étaient les mauvaises pensées. Alors, quant aux actes qui soi-disant rendent sourds... !

L'amour coupable ! Tout ce qui touchait dorénavant au désir, au serrement de cœur, devenait tabou. Dieu me frappait en pleine jeunesse en induisant chez moi la notion de péché de chair. A sept ans, embrasser une fille, d'envie, ou bien seulement le penser, me préparait pour l'Enfer. Et ce n'est pas au curé lors des confessions que j'allais me vanter de cette tare ; j'ajoutais ainsi un autre péché : celui d'omission. Par pensée, par parole, par action et par omission... J'étais bon pour le grill !

La femme c'est la luxure, c'est l'Enfer puisqu'elle porte les attributs de notre concupiscence. Bravo à la religion et merci à elle de m'avoir ainsi aidé dans mon épanouissement sexuel. Maintenant je sais où se situe la perversion malsaine !

C'est donc la petite Catherine du "caté" qui m'a fait découvrir l'émoi amoureux, et la différence entre un garçon et une fille, en provoquant en moi le désir d'être avec elle, elle une fille, le désir de toucher son corps, le désir de me sentir heureux, mieux et autrement qu'avec ma maman. Je tombais amoureux d'elle et le restais pendant une période qui rétrospectivement me semble avoir duré une éternité. Et mes émois sont passés par tous les stades. Tous ! Je l'ai aimée... aimée au point qu'aujourd'hui je constate qu'il existe une réelle similitude dans la symbolique et dans le rituel des enfants et des adultes à ce sujet. Qui a copié sur l'autre ? Personne car l'amour commence et existe dès le plus jeune âge. Il est inné ! L'amour dans tous les sens du terme, hormis le coït qui n'est psychologiquement possible qu'à partir de la quinzième année, soit le début de la maturité sexuelle. Mais il y a relation sexuelle... Et pourtant jamais personne ne nous a appris que cela existait, sinon ensuite en nous montrant du doigt comme des pervers. Et pourtant aujourd’hui, ces jeux amoureux servent bien souvent de prélude ou de conclusion à nos ébats d'adultes. Ils font partie de l'apprentissage !

C'est donc pendant que sa maman expliquait la genèse du Monde que deux petites billes se sont posées sur moi ; elle m'avait sûrement repéré le jeudi précédant, alors que moi, béat, j'écoutais cette merveilleuse histoire de ce vieil homme magicien, du nom de Dieu, créant l'espace du néant, la lumière des ténèbres, la matière de rien, et l'eau et l'air. Je ne pense pas qu'elle écoutait grand chose car sa mère l'avait déjà rappelée à l'ordre plusieurs fois. Puis les plantes, les animaux, l'homme... Un vrai conte de fée !

Je ne sais pas si cela vous est déjà arrivé de sentir une présence ; cela vous interpelle silencieusement, vous vous demandez la raison de cette impression, cela vous picote la nuque, toute votre attention devine l'onde, la cherche comme un radiogoniomètre, vous êtes tout à cela... intégralement à cela ! Et lorsque de l'extérieur une voix vous annonce qu'Eve s'éveille à la vie, d'une resplendissante beauté, vous rencontrez enfin ce regard qui cherche depuis si longtemps à vous attirer. C'est alors que vous prenez conscience de la puissante attraction qu'il exerce sur vous, vous restez muet, un instant pétrifié, et la totalité des échanges passe par ce canal silencieux mais ô combien merveilleux. Puis en principe un « qu'est-ce que je viens de dire ? » rompt le charme, vous redescendez sur terre, mais dans votre cœur une petite fille a déjà pris la place d'Eve. Plus belle encore !

Et aussitôt l'alerte passée ce n'est plus un regard étonné qui répond, mais un large sourire complice aux yeux d'agate.

L'entente est scellée...

« Est-ce que je peux rester jouer avec Catherine Madame ? »

Voilà, je restai seul avec celle qui m'avait regardé et souri. On pouvait faire connaissance à travers nos premiers jeux innocents et sages : « Tu joues à quoi ? », « Moi aussi », « On y joue ? ». Nous souhaitions nous revoir jeudi prochain, et même peut être avant.

La préméditation libidineuse n'existe pas chez l'enfant, il rêve et vit le moment présent. Aussi je ne me souviens pas bien comment nous en sommes arrivés aux approches sexuelles, où seuls au Monde, dans une île déserte, ou dans une cabane perdue de la forêt, ou peut-être dans la salle secrète d'un château, je la sauvais de cataclysmes, ce qui se traduisait par une escapade dans les champs ou les vergers derrière les jardins, une cachette dans la cabane à outil, ou encore simplement glissés sous le lit...

Et c'est ainsi que nous partîmes en exploration, celle de notre corps. Ce n'était pas des caresses amoureuses mais un échange d'attouchements plus hardis les uns que les autres, et quand le hasard -l'instinct ?- dirigeait nos mains vers des zones plus érogènes, c'était avec un plaisir certain et moins de tâtonnement que nous y retournions les fois suivantes.

Plaisir...

Plaisir visuel, plaisir tactile, plaisir olfactif, plaisir affectif.

Il m'arrivait tout de même de me poser des questions, non pas sur les fonctions sexuelles ou sur la conception des enfants, car nous n'en avions aucune idée, mais plutôt sur l'état de péché mortel dans lequel nous nous trouvions. Toutes ces vilaines choses qui ne devaient pas nous venir à l'esprit sous peine de châtiment éternel, nous les pratiquions avec joie... mais en cachette. Ce que les grands appelaient des cochonneries.

Quelle fascination, quel émerveillement cette petite fente au bas du ventre ! Je bénissais le Bon Dieu d'avoir créé cette différence, sans savoir du tout à quoi cela servait ; et je bénis toujours aujourd'hui qui voudra bien m'entendre. Le corps d'une femme... !

Aujourd'hui nous pouvons l'un et l'autre remercier le hasard et les parents, qui ne furent jamais dupes mais bienveillants, de nous avoir laissé découvrir notre sexualité d'une telle manière. Ses yeux, son sourire, son expression d'enfant devant une gigantesque pâtisserie, son sexe offert à ma curiosité et qui réclamait que j'y touche et que je le caresse... L'image ne m'a jamais quitté au point de toujours ressentir un très violent émoi lorsque les yeux d'une femme dévoilent ce même regard. Aussitôt c'est leur sexe qui s'impose, et je les aime... autant que je l'ai aimée. Dommage qu'avec l'âge elles perdent cette ingénuité et cette spontanéité du désir...

Rassurez-vous, je n'ai aujourd'hui aucun penchant pédophile ! C'est l'enfant qui parle.

Adieu donc petite Catherine de mes huit ans, tu sièges dans mon jardin secret et parfois il m'arrive de te prendre par la main pour une promenade. Cela fait du bien de se réchauffer le cœur avec ce que tu as représenté pour moi !

CHAPITRE 8

Songe, d'où viens-tu ?

Ce songe... Pourquoi une fois éveillé lui reste-t-il dans la tête des bribes d'impressions ? Impressions de majesté, de beauté, de pureté. Une torpeur lourde le maintient contre sa volonté dans cet univers parallèle. Il en souffre silencieusement, non pas de la béatitude engendrée, mais de ne pouvoir retenir ces images trop diffuses. Sa mémoire traverse comme une sorte de brouillard dont il ne peut appréhender aucune molécule, s'enfonçant à chaque essai dans l'impalpable éther sans goût ni odeur.

Oui cela lui fait mal !

A chacun de ses songes qui pourtant ne ressemblent en rien à des cauchemars, il s'éveille avec l'angoisse d'abandon, de dématérialisation. Ne jamais vivre cet absolu qui l'habite. Et effectivement la réalité ne lui avait offert qu'une seule fois la violence de ce sentiment. Une seule fois pour rien, pour rien de plus qu'une monumentale illusion... L'absolu de l'Amour, le partage de son existence, le don de soi. N'avait-on droit qu'à une seule chance ? Toute sa jeunesse l'y avait préparé jusqu'au jour où il a cru que... Et puis non. Ensuite il ne se nourrit que d'espoir en la femme qui soudain portait en elle ses traits, un être sensible chez qui il cherchait à la retrouver, et sur qui il plaquait alors toute sa ressemblance, toute son identité. Hypnotisé par une force irrésistible contre laquelle ni la raison, ni la volonté ne pouvait entrer en lice, la bataille perdue d'avance. N'ayant pu se débarrasser de son souvenir, toutes dorénavant incarnaient celle-là qui c'était évanouie en plein printemps.

La forme et les traits de l'apparition restent flou, un peu comme une photographie mouillée, un peu comme un portrait robot composé de mille visages superposés ; mais qu'importe puisque la beauté qu'elle dégage ne tient pas de ce registre là. Qu'est-ce que la beauté d'une femme pour un aveugle ? Elle peut ressembler à toutes séparément, aussi celle qui lui a souri ne peut être qu'elle. Elle qui n'est plus, et est encore tellement présente par son absence. Elle qu'il ne peut définir car il ne sait plus qui elle est. Parce qu'il ne se doute pas que c'est elle qui en s'évaporant lui a laissé sa marque au fer rouge dans le jardin de ses amours.

Il la recherche désespérément... ! Mais qui donc ?

Alors quand il croit la reconnaître, un sentiment lui noue la gorge, il devient incapable de sortir un son audible, si ce n'est une banalité niaise, et son regard se charge d'une attente vitale, une réponse, quelque quelle soit ; un évitement en signe de refus, auquel cas elle tombe du piédestal qu'il préparait pour elle, ou un sourire de mise en phase propice à ce que les sentiments se rencontrent. Un accusé de réception qui donne envie de rire à nouveau ! Dès lors débute la lente construction relationnelle tendant vers l'image de cet idéal qui s'échappe à chaque fois que le souvenir approche du modèle. Plusieurs fois le chemin fut le bon jusqu'à ce que... jusqu'à ce que... L'édifice s'écroulait au moment même où il atteignait son souvenir, car sa quête aboutissait toujours à l'amour, donc à elle. Elle dont il ne se souvenait plus des traits...

Etait-il seulement capable de construire une autre image? Avait-il la volonté d'assumer une morte et de dépasser les fantasmes d'un renouveau en son identité ?

Miné par l'amour qu'il lui avait voué ! Cela fait terriblement mal, sans pour autant connaître l'objet de la douleur.

Mais qui donc est cet idéal ? Comment une image aussi puissante a pu s'introduire en son esprit, seulement accessible au plus profond du sommeil, ou parfois si fugitivement réelle ? Elle n'est pas née du néant..., et doit correspondre à la sommation de souvenirs de tout un pan de vie, résultat d'une éducation où la femme eut une place prépondérante.

Il erre à la recherche d'une entité construite à son insu selon un modèle qui n'existe plus.

Après chaque songe, le cœur lui saigne... Une flamme se ravive, qui couvait en attendant de revenir brûler son âme. Sa peine indéfinissable tel le spleen mine sa vivacité, sa gaieté, sa volonté jusqu'à ce qu'il rencontre celle qui ressent sa détresse et qui dans un espace de vie viendra partager. Seulement partager !

Un regard, une réponse à son appel, un sourire pour qu'elle devienne sa mère, sa femme, son amie ou bien sa sœur...

CHAPITRE 9

Amourettes...

Mes conquêtes suivantes apparaissent les unes après les autres, un peu dans le désordre, ne sachant plus trop laquelle a remplacé la précédente. Tant pis, ce n'est pas bien grave, l'important ne se situant pas dans la chronologie, car chacune m'a apporté dans le temps d'un amour d'enfance de quoi agrémenter mon verger.

Marie-Anne... ! Je crois que c'est ainsi que tu te prénommais, et tu as remplacé ma petite Catherine du "caté". C'est très vague dans mes souvenirs.

J'en étais amoureux comme un grand qui sait déjà ce que c'est, et avant même de mettre en œuvre tous les préliminaires ludiques qui siéent aux enfants "sages", je fus d'attaque dès les premiers contacts. Pas de temps à perdre, mon objectif n'avait qu'une motivation : explorer sous sa petite jupette. Que voulez-vous, on ne se refait pas ! J'y avais goûté avec Catherine, alors il n'y avait pas de raison qu'elle s'y refuse... Et ce n'est pas l'envie qui lui en a manqué, mais seulement sa Maman vigilante tenait à la vertu de sa fille... Alors...

Stoppé net dans mon approche !

En effet, un jeudi après le "caté", nous partîmes jouer dans la cour avec une balle qui avait la fâcheuse façon d'échouer dans la cabane du jardin. Jusqu'à ce que nous disparaissions au bout de la troisième fois derrière les cagots... Pas farouche, ma fiancée se prêta fort bien à mon début de déshabillage..., et puis réajusta très vite sa jupette au bruit des pas qui venaient à notre rencontre. La balle fut vite retrouvée puisque je la tenais dans ma poche, et sa mère entra pour nous reconduire gentiment vers le chemin de la chasteté, en refermant la porte à clé après que nous fussions ressortis dans la cour. Du coin de sa fenêtre de la cuisine, elle avait dû nous surveiller, et ne nous voyant plus en avait certainement déduit que j'allais retrousser sa fille. Elle n'avait pas tort, même si de justesse elle ne nous a pas surpris, mais ce fut pour nous la fin d'une histoire charnelle dont nous n'avons même pas eu le temps de goûter les entrées. Dommage car notre idylle tourna aux visites bêtes du copain chez sa copine, alors que nous ne voulions qu'une chose : nous faire plaisir d'explorations, espérant l'un et l'autre qu'un moment d'inattention maternelle offrirait une tournure plus amusante à nos jeux. Rien n'en fut, la surveillance était trop bien assurée, et pas question que le louveteau emmène sa dulcinée chez lui.

Alors... il arriva ce qu'il arriva, notre appétit s'est éteint. Et puis elle déménagea, elle aussi... Cela m'arrangeait en quelque sorte. Mais durant ce temps, faute d'une autre fiancée à croquer parce que j'étais fidèle, j'appris à quoi ressemblait la frustration de chair. Côtoyer l'objet -quel vilain mot !- de son désir sans pouvoir jouer selon son innocente envie, c'était rageant. Et quelle patience il m'a fallu, car je ne désarmais pas, dans l'attente qu'un moment de relâchement de chaperonnage nous ouvre enfin les portes de la liberté.

Je ne sais plus si j'ai éprouvé quelque peine lors de son départ, mais je garderai toujours le souvenir de son sourire à la fois complice et aguichant dans sa petite frimousse sauvage, et s'il fallait choisir un mot pour la représenter, je n'hésiterais pas à parler de chaleur. Mais je suis incapable de dire pourquoi !

Curieusement d'ailleurs je ne la recherche pas et n'éprouve pas de nostalgie comme pour quelques autres. Peut-être parce que je ne l'ai pas aimée... ?

Elle est passée comme ça comme un moment chaleureux.

Un autre épisode me revient des profondeurs abyssales, et la narration de ce dernier souvenir n'y est pas étrangère car si je n'avais pas pleuré à la disparition de Marie-Anne, c'est peut-être parce qu'à la suite de mon insatisfaction je changeai déjà de fiancée. Mes neurones l'ont enregistrée parce que cette fois-ci j'étais amoureux pour de vrai. Je n'avais pas dix ans !

Me rappelleras-tu ton prénom petite fille brune au regard sombre en amande ? Tu n'habitais pas loin de chez moi et je te sais à ce jour mariée et heureuse. Et le souvenir de notre idylle platonique, je pense, te ferait aujourd'hui sourire, car je crois qu'il t'est à toi aussi resté quelque part dans ton jardin...

Notre amour aurait pu être banal. « Je t'aime, tu m'aimes », et les jeux auxquels je t'aurais sans aucun doute entraînés, etc... Mais son originalité ne tient dans le fait que nous nous sommes croisés quotidiennement durant une année scolaire, lorsque tu te rendais de la classe des filles située dans nos bâtiments, à la cour de récréation de l'autre côté de notre cour à nous. Et pourtant, cela ne s'est jamais traduit par un déroulement naturel des événements amoureux vers notre rencontre tant souhaitée en dehors de l'école... Avec ardeur je rêvais d'elle et d'aventures merveilleuses où nous nous retrouvions seuls dans une île déserte, etc... Que chacun ferme les yeux sur ses propres vieux souvenirs et il y trouvera sa petite fiancée chérie ou son petit bonhomme si beau... Sur une île ? Qu'importe l'endroit puisqu'il appartient au domaine onirique.

Cela n'a jamais été plus loin, et pourtant...

Oui, pourtant je sais que je ne t'étais pas indifférent, je sais que comme moi au moins deux fois par jour, tu cherchais -sans te faire remarquer des autres, mais tout de même en te serrant plus fort contre ta copine au courant de tous tes émois et de ceux que tu provoquais-, tu cherchais à rencontrer mon regard et moi le tien. Nos sourires avaient rendez-vous tous les jours dans la cour des gars, l'air de rien, furtifs ou insistants, chargés de gentillesse ou de malice, réservés rien que pour nous deux.

Les autres n'avaient pas le droit de savoir !

Ainsi, nos échanges visuels s'exécutaient souvent pendant qu'on faisait semblant de faire autre chose. Semblant, car si à l'époque on séparait les filles des gars, c'était bien parce qu'il ne fallait pas se regarder, afin de nous protéger de la perversité malsaine que seul le mot fille peut sous-entendre.

Nous volions donc nos sourires à la morale, persuadés d'être les seuls êtres dignes d'amour, persuadés que notre manège journalier passerait inaperçu, mais tellement gauches dans nos semblants que nous étions aussi les seuls à le croire.

Ah, combien j'attendais ces instants avec un pincement au cœur !

« M'oubliera-t-elle aujourd'hui ? Pourquoi ne m'a-t-elle pas regardé ? Elle me cherche, mais je ne gambade pas à l'endroit habituel, impossible de lui faire signe sans passer aux yeux des autres pour un amoureux. »

Et passer pour être amoureux, dans une cour de récréation virait rapidement en une très difficile épreuve au cours de laquelle tout les gars vous tournaient autour en scandant : « il est amoureux ! De la fille Machin ! ». Alors on peut s'imaginer ce que l'individu pouvait endurer comme quolibets et comme surnoms très sexualisés où les mots "couilles", "jute", "bite" et autres ornements étaient jetés à la figure du coupable, afin qu'il s'en affranchisse et qu'il ne redoute plus à l'avenir de les entendre à son égard. Car on a honte, honte de ces mots porteurs d'interdits, et que l'on ne prononce qu'entre garçons dans les histoires de "Toto". Tous ces mots dont on ne sait pas quoi en faire, mais on croit que cela sert à ça, mais dont on n'en est pas bien sûr parce que c'est le gars Nanard qui la dit une fois dans la bande à Calleux, etc...

On est mort de honte et l'on souhaiterait que tous soient exterminés dans un éclair vengeur lancé par le Dieu des jeunes amoureux. Existe-t-il au moins celui-là ?

Quel idiot je suis donc en effet, car à trop vouloir faire passer pour du hasard mes trajectoires quotidiennes vers leurs rangs, mon corps moins rapide que mon esprit se situe encore à l'autre bout de la cour alors que les copains, enfin les gars de mon âge et les autres de ma classe, les CM2 captent toute leur attention à pérorer comme des coquelets, en roulant des yeux de bille, ou en se faisant pousser exprès par des compères dans leurs jambes. Cela marche bien pour eux car elles pouffent de rire, même mon anonyme chérie qui un instant oublie que j'attends son sourire...

Va-t-elle en choisir un autre puisque j'ai failli au rendez-vous ? J'ai envie de me donner des gifles ! Je viens de perdre un moment de bonheur.

... Les petites filles en cortège, vêtues de blouses, et laissant déjà pour certaines apparaître une coquetterie très féminine, sortent de la classe et descendent les quelques marches qui les mènent dans la cour de gars. Peut-être leur avait-on ressassé depuis le début de l'année qu'il ne fallait pas parler aux garçons ? E si quelques unes font semblant de suivre la consigne d'un air dédaigneux de pucelles de Marie, les autres rigolent derrière le dos de la maîtresse, sous cape, en les voyant faire le beau. Et chacune de donner son commentaire sur les présumés amoureux, et de rire comme des écervelées à leur vulgaire pitrerie. Eux au moins ne se cachent pas, clowns et voyeurs, à se bousculer, ou bien assis en bas des marches pour tenter de voir une culotte. Et moi je ne veux pas faire partie de cette cohorte d'imbéciles. Je suis amoureux pour de vrai, sans caca boudin !

Eux sont grotesques, rustres !...

Toutefois, malgré l'assurance de la pureté de mes sentiments pour elle, je craignais que leurs exhibitions ne la détournent de mon cœur ; aussi, chaque fois que je ratais mon élue, je sentais comme un léger picotement, comme un serrement dans la poitrine, envahi par un sentiment qu'on nomme jalousie.

Sûr que ces couillons d'andouilles finiraient par me la voler !

Mais le croisement de nos regards à la "récré" suivante pulvérisait l'inquiétude passée, pour laisser place à une satisfaction quelque peu de domination, bien qu'au fond il me restait un rien de contrariété pour son détournement d'attention au détriment d'un instant cher à nous deux et qui nous appartenait. Elle avait tout de même failli à son devoir d’Être aimée !

Tu étais belle, très brune, les cheveux coupés au cou, un peu gonflés, à larges boucles, assez grande pour égaler les plus hautes, le teint clair, et la taille très fine. Tes yeux malicieux m'avaient tout d'abord visé en coin, furtivement, et j'avais juste eu le temps de les saisir au vol avant que volontairement tu regardes en face de toi afin de mieux ferrer le petit bonhomme. J'avais mordu à l'hameçon et tu le savais ; tu savais maintenant que je te regardais avec un air étonné, et que mes yeux te détaillaient, alors qu'auparavant tu appartenais à la masse. Je te trouvais certainement jolie, mais depuis que ton regard se fut posé en appât dans le mien, je te voyais maintenant belle, la plus belle d'entre toutes.

Quand la "récré" suivante arriva, tu savais déjà que je t'attendais... Quelques coups d'œil en malice pour vérifier ma présence, un coup de coude à ta copine et enfin tu m'as souri. Sourire de victoire, sourire de plaisir. L'ablette frétillait au bout de la ligne. Je devais rester planté comme un légume, seul avec une centaine de gamins autour, transi, immobile dans un mouvement tournant pour suivre ton passage, les yeux écarquillés, un sourire jusqu'aux oreilles, le cœur dans la tête, les bras ballants. J'ai dû profiter jusqu'à la dernière tierce de ton rayonnement, avant de repartir rêveur et exubérant. J'étais de nouveau amoureux, amoureux de toi, et sans que tu me l'aies jamais dit, ni fait savoir, tes yeux m'avaient montré que tu l'étais aussi.

Que c'est bête de ne pouvoir s'aimer librement quand on est petit !

Je t'ai rencontrée plusieurs fois depuis nos dix ou onze ans. Dire que tu n'avais pas changé serait quelque peu inexact car les périodes furent pratiquement d'un lustre à chacune de ces rares fois. Tu embellissais... et peut-être que dans ta tête se tenait le même souvenir que je percevais à travers le regard malicieux et complice qui transparaissait tout de même. Bien sûr, cet amour là était resté là-bas, coincé dans le temps, mais malgré tout persistait le sentiment vague d'être passé à coté de quelque chose d'indéfinissable encore accroché dans le domaine du rêve infantile. C'est la vie ! On ne peut pas épouser toutes celles qui nous ont fait frémir le cœur... Et pourquoi pas ? Chacun a pris une route qui était la sienne, sans que jamais je ne puisse me perdre une seule fois en toi.

Pourtant une fois au bal... Mais tu m'a gentiment repoussé sous prétexte que tu avais un copain. Dommage.

Puis une dernière fois, je t'ai croisée en présence de ta mère et tu poussais un landau...

Te voici maintenant dans mon jardin, et parfois je crois reconnaître dans certains regards furtifs une similitude avec ce qui m'avait profondément ému ; c'est plus réservé maintenant, avec l'âge, mais appartient au même registre, à ceci près qu'avec un statut social de père de famille et une épouse adorée, si le sentiment ressenti n'a pas changé, la réponse ne peut plus tout à fait être la même. Ce qui est dommage d'ailleurs car le tabou social tue l'affectivité !

CHAPITRE 10

L'élue...

A la recherche de son idéal féminin, jeu dangereux pour l'équilibre de l'esprit, il se perdait sur des routes qui n'aboutissaient à rien. Impasse et douleur morale, cela ne pouvait durer longtemps sinon de délirer sur l'impossible et de s'isoler pour son malheur. Ce n'est pas lui qui partit à sa recherche, ce fut elle qui vint ; et le processus fut le même, mis à part qu'il ne tenait pas les commandes...

Elle en était profondément amoureuse.

Amoureuse !

Cette espèce de coup de foudre qui ne vous prend qu'une seule fois dans la vie, irraisonné et implacable, ce tourbillon qui vous fait tourner la tête à en perdre l'équilibre, tout comme une valse vous isole du reste du monde : cette folie douce en votre cœur et violente en votre esprit. Une fantastique énergie vous propulse dans ses bras où tout à coup vous fondez alors que plus rien d'autre n'existe, et vous vous soumettez totalement à sa merci.

Il ne s'en doutait pas encore.

Tout juste la connaissait-il comme cela dans la bande de la maison des jeunes, bien qu'elle fut payse, et il n'y prêtait pas plus attention qu'à une autre parce que... parce qu'il avait déjà été échaudé par une fille à qui il vouait encore malgré son oubli un amour infini, à en rire, à en pleurer. Seulement une cicatrice, sans une véritable résilience ! Alors il n'y tenait pas, du moins pas avant que cet amour là d'antan ne se dissolve dans l'eau de la vie. Pas de nana, pas de drague, pas d'histoire comme il sortait tout juste d'en prendre. Une bonne vieille et franche camaraderie suffisait alors à la santé de son cœur. Repos sentimental... avec cette nostalgie qui déjà s'installait au souvenir d'une émotion démesurée qu'il savait ne plus jamais pouvoir de nouveau éprouver pour une femme. Une émotion unilatérale... On n'a qu'un seul amour, comme celui-là, oui ! Qu'un seul... Ensuite on aime d'affection. Mais le coup de foudre, lui, ne tombe qu'une seule fois au même endroit en brûlant tout ; aussi Xavier l'avait-il déjà reçu et il ne restait en lui que plaie et souvenir...

Les rôles cette fois-ci s'inversaient, car Blanche venait d'être frappée par l'éclair. Et lorsque Xavier perçut, puis comprit ce que signifiaient ces lueurs brillantes dans ses yeux, il s'avoua qu'il ne pourrait pas résister à ce qu'il devinait comme du définitif. Et pourquoi pas une deuxième fois ?

Il comprit ce soir là, fête paroissiale en l'honneur des anciens, et animée par les jeunes, que cette femme - plutôt jeune fille-cherchait elle aussi un absolu. Eh oui, de l'absolu, car à vingt ans l'amour ne peut être que de cette essence, jusqu'à ce qu'on comprenne à la première chute que cela se construit tous les jours d'une vie. Certes l'idéal nous guide, mais il n'en reste pas moins que si l'on ne s'en tient qu'à cette idée bien romantique, l'illusion grandit au point d'exploser gravement plus tard.