Adultère - Xavier Danier - E-Book

Adultère E-Book

Xavier Danier

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Beschreibung

Xavier se trouve confronté à une vive émotion en retrouvant une jeune femme de son pays qu'il a connu au gré du hasard. Flora, une paumée qui a muri en rencontrant Claude. Devenue journaliste elle ne fait que de passer chez elle entre deux reportages aux quatre coins du Monde. Xavier va la chercher à Orly, au retour d'une mission, et tout bascule ! Ami, amant, amour... Flora contre Blanche son épouse.

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Seitenzahl: 190

Veröffentlichungsjahr: 2019

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A celles qu'on regarde un instant et qui provoquent en soi une émotion insaisissable, à la fois nostalgique et douce...

Retrouvez Xavier Danier et ses ouvrages sur Facebook :

https://www.facebook.com/xavier.danier.1

Sommaire

CHAPITRE 1 : FLORA.

CHAPITRE 2 : LE DÉSIR DE CHAIR

CHAPITRE 3 : LES FLAMANTS ROSES.

CHAPITRE 4 : APRES L'ENVOL DES FLAMANTS ROSES...

CHAPITRE 5 : UNE FEMME, UNE MERE, UNE MAITRESSE...

CHAPITRE 6 : CLAUDE

CHAPITRE 7 : REBELLE

CHAPITRE 8 : DIRE, NE PAS DIRE...

CHAPITRE 9 : LA CASSURE

CHAPITRE 10 : L'AMANT, L'AMI ?

CHAPITRE 11 : LE JEU DE L'AMOUR EXTRA CONJUGAL

CHAPITRE 12 : RÉFLEXION

CHAPITRE 13 : NE PAS SE TROMPER

CHAPITRE 14 : COCU !

CHAPITRE 15 : UNE FLORA EN CACHE UNE AUTRE...

CHAPITRE 16 : ÉPILOGUE

CHAPITRE 1

FLORA.

Mesdames et Messieurs, le commandant Boiledieu vous souhaite la bienvenue à bord du Boeing 747 d'Air France à destination d'Orly. Nous volerons à une vitesse de croisière de neuf cent-cinquante kilomètres heure pour une altitude de trente mille pieds. La température extérieure avoisinera les moins cinquante degrés centigrades..."

Elle ferma doucement les paupières pour récupérer d'avance le décalage horaire qui à chaque voyage lui pesait tant lorsqu'elle devait se rendre à l'autre bout du monde. Quand elle arriverait, il serait midi alors que sa montre marquerait vingt heures à Singapour. Le soleil mettrait beaucoup de flemme à se lever : quatorze heures, le temps du voyage, pour atteindre le zénith. Ensuite, le soir tarderait à venir... huit heures de décalage.

Aussi préférait-elle les missions vers l'est qui au départ raccourcissaient le temps et la plaçaient rapidement sur les lieux de reportage, puis qui lui laissaient ensuite au retour le loisir de mieux récupérer.

Il lui semblait déjà loin l'époque où l'annonce d'un voyage l'excitait, et pourtant si proche, mais le nombre de ses rendez-vous aux quatre coins de l'information avaient éteint en elle la fièvre des départs. Bien vite, la fatigue, le jet lag, la routine avaient fait qu'elle ne prêtait plus guère attention aux merveilles du ciel ; les nuages roses, l'azur, le soleil qui miroite sur l'aile, elle laissait ces impressions-là aux touristes pour qui le dépaysement commençait avec cette carte postale azurée...

Seuls le décollage et l'atterrissage captivaient encore son regard émerveillé, sa curiosité, car ils provoquaient en elle une métamorphose générée par la magie de l'arrachement à la pesanteur : l'homme songeur devant son rêve de toujours, l'envol de l'oiseau, cette majesté, cette caresse dans les airs qui sont en fait la représentation symbolique du plaisir sexuel dans le sommeil de celui qui dort... Ensuite, elle se laissait bercer tout en s'endormant...

Elle aurait pu devenir hôtesse de l'air, pourquoi pas ? Car ce métier comme tous ceux qui amènent les gens à de grands déplacements la fascinait. Toujours en quête de sensations nouvelles... Non pas que ce soient les voyages en eux-mêmes auxquels elle aspirait, mais il s'agissait plutôt du dépaysement brutal, presque sans transition après le repos qu'elle s'imposait dans son fauteuil d'avion, qui lui donnait le choc nécessaire à l'esprit pour que l'individu ne soit plus le même : celui qui vit son train quotidien à Paris ou ailleurs et qui n'a que pour mouvance un espace relativement restreint duquel il s'échappe quelques fois pour respirer un autre air bienfaisant. Elle puisait son oxygène vital en chaussant ses bottes de sept lieues...

Pas d'attaches si ce n'est dans quelques ports accueillants auxquels elle ne désirait pas s'amarrer. Pas d'attaches et pourtant des gens si proches avec qui il lui était bon de goûter les joies de liaisons sincères sans avoir à en vivre les côtés pragmatiques de la vie quotidienne. Un rayon de soleil dans son instabilité... Ainsi, de port en port, elle se trouvait comblée dans la liberté que lui autorisait sa fonction professionnelle.

... Elle ne dormait pas encore, car le sommeil n'était pas au rendez-vous, seulement laissait-elle vagabonder ses pensées comme une jeune fille rêve au prince charmant... Cela lui semblait d'ailleurs un peu puéril d'occuper ainsi son temps, mais pour rien au monde elle se serait refusée cette petite gâterie qui lui permettait de vider totalement son esprit encombré d'images pas toujours joyeuses, avant et après ses reportages.

C'est ainsi qu'elle considérait son travail : recevoir le choc au moment du débarquement et se faire prendre dans le maelström de l'exercice, sans faiblesse, sans concession, à l'état brut. Puis en embarquant pour le retour, une opération de nettoyage à l'issue de laquelle ne restait plus qu'une parenthèse, comme une impression de dédoublement : ce n'était plus elle qui s'était rendue là-bas, mais son double, sa bête de travail ! Son métier ressemblait à une phrase mise entre tirets, tout comme on extirpe une pensée qui s'impose d'elle-même, une pensée obsédante où elle s'immisçait par magie dés qu'elle s'envolait dans les airs et dans sa rêverie, puis d'où elle s'extrayait en rejoignant son domicile.

Jamais elle ne s'était résolue à travailler dans l'avion, car il lui semblait indispensable de conserver cette ligne de démarcation protectrice de son identité. Un tabou s'imposait en elle : elle ne devait pas rapporter de ses voyages la moindre parcelle vivante, sinon de semer dans sa vie privée le germe de l'angoisse. Alors elle établissait une barrière invisible, à la limite du déni, pour sauvegarder sa santé psychique...

Une fois seulement elle avait transgressé la règle, n'ayant pu écrire son article avant son départ. Mais cela avait été plus fort qu'elle ; une puissance souterraine l'entraîna alors dans une telle misère gluante et oppressante qu'elle en déchira tous ses écrits afin de parvenir à se débarrasser de la mélancolie qui lui avait alors collé à la peau. Sinon elle y serait retournée là-bas, pour les aider, pour se donner à eux qui en avaient besoin... Ou bien on aide en adhérant, en s'engageant dans les organismes à la mesure de ses moyens ; ou bien on informe des faits tels qu'on les reçoit dans la figure, tout en se préservant.

Elle avait choisi...

Et puis, il n'y avait pas que la misère du monde à crier dans les oreilles des sourds, dans des oreilles si facilement sélectives. Fort heureusement... Mais il lui fallait impérativement établir cette coupure spatio-temporelle sinon de se laisser envahir totalement à y perdre sa propre objectivité, à y émousser son sens critique. Effectivement, hôtesse de l'air, cela lui aurait plu. Se poser par-ci par-là sans avoir à regarder de trop près les terres d'accueil... Le cliché stéréotypé de la vie luxueuse quoi que méritée du personnel navigant. Les grands hôtels, piscine, soleil, Le Caire, Hollywood, Moscou, Tokyo... Que d'images enchanteresses ! Mais routinier tout de même au bout d'un certain temps quand on a besoin d'aventure. Hôtesse de l'air ou journaliste, elle avait choisi... Mais en fait, était-ce vraiment un choix que cette fuite délibérée face au quotidien ? Enfin quoi ! La seule alternative pour elle se situait dans la banalité ou bien dans la marginalité. La banalité d'une secrétaire ou d'une caissière de super marché : métro, dodo, boulot, mariage, enfants, petit ou grand bonheur selon... selon... Non ! Pas tout de suite, pas tant qu'elle aurait envie de vivre la décennie de ses vingt ans. Jouir de sa liberté nouvelle et non pas plonger aveuglément dans un contrat à long terme. Elle aurait le temps plus tard de s'attacher, de se soumettre à sa condition de femme épouse et mère... Soumission ? Elle le ressentait ainsi !

La marginalité ? En fait, elle était passée du rejet d'une société par provocation adolescente à l'utilisation de cette même société pour son propre bénéfice... Liberté débridée, sans luxe, ou luxe de liberté encadrée, l'un et l'autre induisaient des sacrifices spécifiques. Mais quand on est belle et pas si bête, on finit par se départir de la vulgarité au bénéfice de la mise en valeur de sa personne !

Elle avait choisi...

Oui ! Elle avait choisi d'aliéner un peu de sa vie par l'obligation d'ouvrir ses yeux pour les autres sur les joies et les souffrances d'un monde agité. Elle avait choisi de devenir la pellicule qui reçoit l'image, la bande magnétique qui enregistre les paroles. Elle avait choisi d'être soumise aux événements, de les porter en elle, même si parfois ils faisaient mal. Elle avait choisi l'aliénation temporaire pour le prix de sa liberté future. Encore que cette aliénation-là, puisqu'elle la décidait, lui permettait de saisir toutes les opportunités du moment pour en faire les siennes ; elle aurait le temps pensait-elle, durant les quelques années qu'elle s'octroyait, de faire le tour de l'imprévu, de faire le tour d'elle-même.

Ensuite elle plongerait avec délice comme presque tous dans le conformisme, à ceci près qu'elle en aurait les moyens ! Car, certes, elle aspirait aussi comme tous un jour à poser ses valises afin de connaître le bonheur de vivre à deux... Fonder un foyer, mettre au monde des enfants. Qui donc est assez égoïste pour refuser cela !

Non ! Ce qu'elle refusait, c'était l'illusion d'une précipitation sécurisante au bras d'un mec qui porterait à lui seul le sceptre du pouvoir. Quand on sait qu'ensuite on s 'engage puis on vit ensemble plus de quarante ans... ! Elle refusait de ne pas se donner les moyens de s'assumer seule si les circonstances de la vie l'amenaient à prendre cette décision. Elle refusait la dépendance ! Et la liberté, cela se conquiert au prix d'une non liberté librement choisie...

" J'ai vingt-deux ans. Je me donne au plus tard jusqu'à trente ans pour en profiter au maximum... Après, éventuellement, je popote et je lange ! Quant à lui, c'est moi qui le choisirai et non la vie pour moi... Si cela se trouve, il est déjà présent... C'est vrai, je suis bien avec Claude. Déjà deux ans ensemble... Mais il n'est pas question actuellement qu'on s'attache l'un à l'autre... C'est peut-être égoïste à dire, mais si l'on veut bien vivre à deux, il vaut mieux commencer par bien vivre seul ! Je veux encore pouvoir éprouver librement de l'affection pour d'autres que lui, même si je l'aime -et puis est-ce que je l'aime vraiment ?-, pouvoir être tenue dans les bras d'un homme qui m'attire, lui faire l'amour, lui faire la fête... Oui, il y a Claude, mais je ne peux pas supporter l'idée de ne plus pouvoir m'éclater comme je le désire... Bien sûr, on s'entend "super" tout les deux... mais j'ai encore envie de goûter pleinement à la vie, à l'amour...

Dire qu'à Orly Xavier m'attend. Il me désire ce mec ! Allez ma vieille toi aussi, avoue-le... Oui...? Non...? Oui bien sûr ! Ça fait même quinze jours que j'y pense... Va-t-il au moins me proposer de me sauter ? S'il ne le fait pas... je ne sais pas comment je m'y prendrai, mais j'assurerai. Hum... Waouh ! J'espère que c'est un bon..."

Elle revenait de Singapour où elle avait travaillé en équipe, s'étant appropriée le volet social du reportage sur des usines d'électronique.

Ses études ? Le baccalauréat et puis du "glandage" par-ci par-là, à mi-chemin entre le droit social, le journalisme et sa période punk. Elle avait aussi pensé à hôtesse de l'air... Un bel amalgame répondant à son interrogation de jeune paumée de notre société, un refus de se laisser enchaîner, une peur de l'avenir professionnel et du chômage, une recherche d'identité dans un monde où les référents n'existent plus car déjà dépassés par la course folle de notre ère.

Son métier ? Un coup de chance doublé d'une volonté d'autonomie. Une fille qui tout à coup s'aperçoit qu'elle sombre et s'égare dans une marginalité de laquelle elle peut encore s'extraire. Un peu plus et il sera trop tard, le seuil critique du non retour étant presque atteint... Et soudainement elle réalise... ! Malgré son engagement -trop facile- dans l'opposition vulgaire du mouvement punk, à l'image du monde qu'elle perçoit, elle réalise que la terre continue de tourner et se fout pas mal d'eux. "Ils n'ont pas compris le symbole" se dit-elle encore avec nostalgie... Et surtout elle réalise que tous ceux-là même qui cherchent leur identité se perdent surtout dans l'oisiveté, l'alcool et la drogue.

Alors au premier déclic elle réagit et c'est Claude qui un jour lui sourit, lui qui se trouve de l'autre côté de la barrière. Le bon... Puis quelques autres aussi, des copains, des amis, des amants amis, des amis amants tout aussi révoltés, mais sages...

Ils l'ont aidé à leur manière à enfin se trouver, à enfin sentir que la vision d'un monde dégueulasse n'était qu'une question de perception et de concept de vie. Même si en quelque sorte il y avait beaucoup de vrai dans son premier jugement. Non pas qu'elle ait viré de bord en se plaçant à son tour du côté de ceux qui n'hésitent pas à marcher sur les autres pour émerger, mais le changement s'opéra dans la façon de se poser dans un fonctionnement sociétal qui, lui, n'avait pas bougé d'un iota. Alors plutôt que de s'exhiber dans sa petite révolution de parade à Beaubourg en insultant des bourgeois venus exprès pour cela, elle avait préféré l'information sur ce qui la faisait se révolter.

En effet, une gueule de paumée est moins percutante qu'un cadavre d'enfant à Beyrouth ! Et quand on accuse, il faut aussi expliquer et avoir compris ! Ce qui n'est pas le cas d'un individu déguenillé et saoul... La frontière avec la clochardise devient alors ténue.

" On était bien là-bas sur les pavés à ne rien faire d'autre que de boire des litres et des litres de bière... De temps à autre un "pétard"... Quelques-uns se piquaient... Mais c'est vrai qu'on se faisait plaisir et c'était tout. Une insensée logorrhée sans fond pour seul argument... Les autres n'en avaient rien à foutre de nous et nous non plus d'ailleurs... En fait, le meilleur moment, c'était quand on ne distinguait plus ces cons qui nous observaient comme au zoo, quand nous étions trop bourrés pour savoir encore à qui on en voulait... même le monde pourri n'avait plus de sens. Seule notre vulgarité portait tout son message... ! mais personne ne le comprenait, même plus nous, alors... "

Alors elle avait préféré quitter ce comportement qui desservait sa cause. Montrer aux gens ce qu'ils font, ce qu'ils sont, et surtout à quel prix ils vivent lui paraissait un procédé plus approprié.

Quand on veut, on peut, telle fut désormais sa devise. Peut-être un peu péremptoire, mais qu'importe, à vingt ans on a besoin d'excès pour être mieux à même d'expérimenter. Sinon quelle platitude, quel manque d'envergure !

Volonté et coup de chance, égal début de l'aventure : Claude est déjà dans le journalisme où il est entré par la petite porte, un peu comme on devient pilote de ligne en passant par l'aéro-club plutôt que par l'aéronavale. Il l'a aiguillée et depuis elle sillonne le monde. Lui monte tranquillement, méthodiquement, assidûment les échelons qui feront de lui un solide professionnel. Elle, elle vient tout juste d'entrer, anonyme encore mais tellement gagneuse qu'elle se fera sûrement un nom.

" Nous entamons la descente sur Orly, vous êtes priés d'attacher vos ceintures et d'éteindre vos cigarettes. La température au sol est de vingt et un degrés centigrades..."

" Déjà !"

Le temps cette fois-ci avait passé très vite. Elle ouvrit les yeux... Ciel dégagé. La transition climatique ne serait pas trop éprouvante. Car cela aussi elle le supportait mal de quitter le soleil et quarante degrés à l'ombre d'un été équatorial pour atterrir à Paris en plein hiver sous la pluie. Mais aujourd'hui ce n'était pas le cas, il faisait beau et chaud dans la capitale.

Et puis, à l'aérogare, Xavier l'attendait...

Pourquoi lui avait-elle demandé de venir la chercher à Orly ? Soit, elle avait profité de son séjour en Asie pour changer de voiture et se retrouvait de ce fait à pied. Soit, avant de partir, elle l'avait rencontré chez son garagiste et il s'était proposé de se dévouer gentiment. Elle aurait pu le remercier et décliner son offre : Claude serait là. Mais Claude justement ne serait pas là car il était coincé à Toulouse pour trois semaines.

Et puis pourquoi pas ?

Xavier... Elle songeait maintenant qu'elle lui avait répondu un peu trop rapidement oui pour qu'il n'y ait point derrière cela un désir de sa part... C'est vrai, avec un peu de recul, elle avait même franchement pensé qu'il ne lui serait pas désagréable de passer un bon moment avec lui.

Xavier... Une rencontre à la banque où elle effectuait un petit remplacement d'un mois en attendant une réponse de l'agence qui l'employait aujourd'hui. Cela remontait à tout juste un an. Et durant ce mois-là ils s'étaient quelques fois revus sous prétexte d'une enquête sur les jeunes qu'il menait. En fait, il l'avait aidée à préparer l'entretien d'embauche et entraînée aux tests psychologiques. Puis les routes se séparent... car les continuels voyages impromptus ne favorisent guère les rencontres. Et puis parce que c'est ainsi...

Elle l'aimait bien ce type tout sourire ; ce sourire qui ouvre les portes de l'entente. Alors elle lui avait répondu. Et de sourire en bavardage il l'avait un jour invitée tout de go à déjeuner. Aussi, c'est une complice qui accepta volontiers et sa participation et l'invitation à déjeuner... Et puis et puis... depuis un an, il restait dans un coin de mémoire une envie partagée d'aller au delà, sans pour autant qu'ils ne se le soient clairement dit. Mais il y a tellement de refoulé dans les silences !

Alors... ?!

Aujourd'hui serait sûrement l'occasion ou jamais. Sa proposition de la dépanner n'était pas si innocente non plus...

" L'équipage vous souhaite un excellent séjour en France, en attendant de vous retrouver sur les lignes d'Air France, et vous prie de rester encore quelques instants assis jusqu'à l'ouverture des portes..."

Elle avait puissamment envie de lui faire l'amour !

" Oui, bien sûr, il est marié, il adore sa femme et ses gosses, à la manière dont il en parle... Mais je suis certaine qu'en ce moment il m'attend après la douane avec l'impatience d'un homme qui sait qu'il va faire la fête avec moi... "

Sa fatigue tout à coup s'envola malgré huit heures de décalage et un voyage de près de quinze. Mais pour son corps, c'était tout de même le soir !

Lui faire l'amour... Elle y avait souvent songé dans ses fantasmes. Non pas qu'elle l'aimait, lui non plus d'ailleurs, mais tout simplement à cause de son sourire, de sa présence... Un mec quoi ! Seulement l'envie d'une fête charnelle avec un homme mûr. L'envie d'aimer parce que la chair appelle la chair, parce qu'il y a des idées comme ça qui trottent dans la tête de chacun et que beaucoup musellent du fait qu'elles sont interdites ; l'envie d'aimer parce que deux corps qui jouissent est un plaisir extrême.

Dans la tête de Xavier se tenait le même fantasme...

Elle passa rapidement le poste de police, puis s’avança vers la douane. Lui se tenait appuyé contre la balustrade chromée, un peu en retrait, du côté de la sortie réservée aux "business class". Comme prévu, tout sourire !

" Quel métier fascinant que le tien Flora ! Un jour à Rio, un autre à Singapour... le rêve quoi ! Tu représentes le modèle féminin pour lequel toutes les filles donneraient n'importe quoi afin d'y ressembler : journaliste, star de cinéma, hôtesse de l'air, mannequin, bref, le canon, le "must" des professions purement féminines...

- Salut Xavier ! Arrête, je vais rougir. Et puis si elles savaient... !

- Elles craquent toutes je te dis et nous les hommes nous ne pouvons pas nous empêcher de rêver en inscrire une à notre tableau de chasse.

- Tout doux ! Si nous détenons cette auréole, nous la devons au fait que nous sommes intouchables, inaccessibles, hautaines... et quelque peu dédaigneuses. Nous savons créer le désir tout en gardant judicieusement nos distances. Femmes d'exception pour hommes d'exception seulement ! Aussi nous fréquentons le domaine des Dieux, nous les côtoyons, nous les aimons parfois et parfois ils nous aiment... Mais toi tu sais ce qu'il y a derrière notre aura et il est inutile de t'épater avec notre superbe, ça ne marcherait pas !

- Oui et je préfère Flora à cette journaliste que je ne connais pas... Il nous faudra refaire les présentations !"

Il lui prit sa valise qui si elle paraissait neuve n'en cachait pas moins une usure due aux multiples soutes à bagages que les employés d'aéroport remplissent sans trop de cérémonie...

Alors qu'elle en finissait tout juste avec les formalités douanières il l'avait déjà détaillée comme on admire une statue ; il s'était emparé de son corps qu'il avait caressé, ses doigts s'étaient glissé sur sa peau et il avait imaginé toute la grâce, la finesse, la douceur, la chaleur, la plastique...

... Il avait fermé un instant les yeux afin de savourer, puis inspiré profondément et soulevé les paupières, doucement, encore sous le charme...

Elle l'avait observé du coin de l’œil depuis le début et n'avait pas pu ne pas remarquer la pulsion libidineuse qui l'avait alors envahi totalement.

Ils se sourirent, complices...

Il est vrai qu'elle est belle Flora, très mode. Aujourd'hui elle s'est habillée de noir. Stricte, serrée dans un court fourreau qui lui moule les fesses, des bas à résille coulent des cuisses jusqu'aux chevilles. L'ensemble met en valeur une femme effilée, élancée sur des talons fins. Elle n'est pas pulpeuse, mais porte juste ce qu'il faut pour que l'arrondi des seins attire discrètement le regard masculin, le tout enveloppé dans une veste large et bouffante. Bien droite sur ses jambes, le fessier tendu, le ventre plat, la poitrine suspendue élégamment entre deux épaules redressées et la tête bien portée au-dessus d'un cou dégagé et fin qu'on embrasserait avec douceur, qu'on mordillerait avec volupté et sur lequel on ferait glisser ses lèvres et son nez jusque derrière les oreilles. Puis dans le visage capé de brun, la finesse des sourcils adoucit l'éclat des yeux comme pour surligner un sourire qu'encadre une bouche ténue.

Elle est superbe Flora !

Et Xavier lui dépose un baiser sur son petit nez en "retroussette"...

Il ne l'avait jamais vue en négligé, mais toujours soignée. Cela s'inscrivait d'ailleurs dans sa nouvelle identité, en réaction à son proche passé qu'il n'avait pas connu, où couverte de fringues savamment rapiécées, des tennis sales aux pieds, elle crachait l'immondicité de la société sur les godasses cirées des petits bourgeois des Halles. Pour ceux qui la connaissaient de longue date, l'étonnement remplaça alors rapidement le rejet, puis l'admiration lui succéda tant elle montrait maintenant une facette d'elle-même où la beauté de la femme avait supplanté la désinvolture, le désintérêt et une disgrâce sciemment voulue par une gamine qui voulait avant tout choquer pour être.

Xavier l'avait rencontrée au moment de la transition, pendant sa prise de conscience, ou plutôt alors que le virage s'amorçait. Elle était déjà belle et il avait été séduit...

Mais il n'y avait pas que cela qui l'attirait vers elle et si c'est tout d'abord son large sourire qui lui ouvrit sa porte, c'est surtout la