À la recherche de sens - Jean Olivier - E-Book

À la recherche de sens E-Book

Jean Olivier

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Beschreibung

Pas moins de 200 témoignages d'invités prestigieux viennent clôturer l'histoire de l'émission télévisée "noms de dieux", d’Edmond Blattchen et Jacques Dochamps.

Pour changer le monde, il faut se changer soi-même. Alors par où commencer ? Après 24 ans d’antenne, l’émission télévisée «noms de dieux» d’Edmond Blattchen et Jacques Dochamps vient de s’achever sur les témoignages de 200 invités prestigieux issus de tous les courants de pensée. Une émission qui donne le temps de chercher du sens dans le tourbillon de l’actualité et l’envie d’aller un peu plus loin dans la découverte d’alternatives à nos besoins superficiels : des pistes possibles, plutôt que des réponses. Il n’est jamais trop tôt, ou trop tard, pour philosopher.
Quelques phrases seules pourraient changer la donne, ouvrir le débat, freiner nos égarements, notre indifférence, notre absence d’éthique et nos injustices criantes. S’intéresser à ce dont l’école et nos sociétés, en général, ne veulent ou n’osent plus parler : la philosophie. C’est le coeur des «noms de dieux». Êtes-vous prêts à faire votre «noms de dieux» ? Lancez-vous dans cette aventure infinie et enivrante. Pour plus d’informations, visitez www.recherchedesens.be

Lancez-vous dans l'aventure philosophique avec les "noms de dieux" ! Cet essai est un hommage rendu à une émission culturelle majeure qui cherche du sens dans le tourbillon de l’actualité et part à la découverte d’alternatives à nos besoins superficiels.

EXTRAIT

Quelle est ma place sur cette terre et celle des sept milliards «d’autres» avec lesquels je partage actuellement le sort de l’humanité ? Quel est notre rôle, notre responsabilité ? Mon rôle, ma responsabilité, mon avenir, notre avenir ?
Quel sens donner à notre existence, à ce très bref passage dans un univers de plus en plus infini et qui existe depuis 14 milliards d’années, si pas plus, voire beaucoup plus ? L’instant du «big-bang», les cosmologistes s’en rapprochent, pour expliquer ce qui s’est passé après. Mais avant ! Une autre histoire a-t-elle eu lieu ?
L’homme commence à comprendre, expliquer et même reproduire les lois qui régissent cet univers et son fonctionnement ; une petite partie seulement, car à chaque découverte, il entrevoit d’autres formes d’organisation, de nouvelles hypothèses sur la matière et son contraire, sans trouver les limites de l’infiniment grand, ni de l’infiniment petit.
En ce début de 21ème siècle, notre orgueil n’a d’égal que notre inconscience ; nous sommes incapables de nourrir, loger, soigner, éduquer plus d’une moitié des êtres humains. L’utilisation incontrôlée de nos inventions nous conduit vers la destruction de notre espèce, au même titre que toutes celles éradiquées définitivement ces cinquante dernières années.
Par tâtonnement, par erreur, par hasard, par intuition, l’homme explique, imite, mais n’a rien inventé qui n’existait déjà sur terre, à l’exception de «dieu», des «dieux».
Que savons-nous des «dieux» ?

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Veröffentlichungsjahr: 2019

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développement personnel

à la recherche de sens : 200 noms de dieux

Jean Olivier

Préface de Steven Laureys

L’éditionprofessionnelle

L’éditeur veille à la fiabilité des informations publiées, lesquelles ne pourraient toutefois engager sa responsabilité.

Aucun extrait de cette publication ne peut être reproduit, introduit dans un système de récupération ou transféré électroniquement, mécaniquement, au moyen de photocopies ou sous toute autre forme, sans l’autorisation préalable écrite de l’éditeur.

Éditeur responsable

Luca Venanzi

Edi.pro ©

Esplanade de l’Europe, 2 Bte 5 à 4020 Liège

Belgique

(http://www.edipro.info)

Tél. : 00.32.(0)4.344.50.88

Fax : 00.32.(0)4.343.05.53

© 2017, tous droits réservés

Imprimé en Belgique

ISBN : 978-2-87496-347-6

D/2017/8406/14

Remerciements

Avant tout, je remercie Edmond BLATTCHEN et Jacques DOCHAMPS, pour la disponibilité qu’ils m’ont accordée dans et hors des studios de la RTBF mais surtout pour leur formidable travail en duo autour de la somme philosophique que représentent ces deux cents émissions.

Je remercie aussi Mamou, Françoise, Jérôme et Benoît qui ont pris le temps de me relire (et de me corriger), et Olivier pour la recherche d'un éditeur.

Je dédie cet opuscule à Jérôme, Catherine, Benoît, Sara, François, Cyril, Eliott, Samuel et Françoise, mes enfants, petits-enfants et ma compagne, afin qu’eux aussi se lancent dans l’exercice passionnant de faire leur «noms de dieux»…

Enfin, je souhaite beaucoup de plaisir à toutes celles et tous ceux qui vont écrire leur propre «noms de dieux».

«Que personne, parce qu’il est jeune, ne tarde à philosopher, ni, parce qu’il est vieux, ne se lasse de philosopher ; car personne n’entreprend ni trop tôt ni trop tard de garantir la santé de l’âme».

Lettre à Ménécée. Épicure (-342 à -270 avant JC)

Préface

Par le professeur Steven Laureys

Cet essai est un hommage rendu à une œuvre culturelle majeure : les 200 émissions «noms de dieux» produites et réalisées pour la RTBF par Edmond Blattchen et Jacques Dochamps entre 1992 et 2015.

Dans l’opuscule que vous allez lire, l’auteur raconte l’histoire de la genèse, du projet et de la conception de cette série de rencontres, unique dans le paysage audio-visuel. Il analyse la structure, la méthode et le style : cinq titres de 10 minutes, identiques pour les deux cents rencontres, durant 24 années. Jean Olivier les a toutes visionnées, étalonnées pour les 1.000 titres abordés et pris des centaines de pages de notes qui ont ensuite nourri ses réflexions, avant de faire son propre «noms de dieux».

C’est pourtant l’analyse d’un citoyen «lambda» qui n’est, ni philosophe, ni ethnologue, ni sociologue, ni théologien mais curieux. Curieux de répondre aux questions qu’il se pose, comme beaucoup de femmes ou d’hommes, sur le sens de notre vie, l’origine de l’univers, l’existence d’une immanence ou d’une transcendance que les hommes ont choisi de nommer «(D)dieu(x)» ; curieux enfin de l’apport des sciences dans la compréhension de l’univers qui nous entoure.

Sans remettre en cause son éducation et ses principes de vie, il n’attend pas des réponses religieuses. Il cherche un lien entre conscience et matière (sur base de nos connaissances actuelles), d’où la question centrale de son opuscule : «l’univers pourrait-il avoir une conscience ?».

C’est la question qu’il m’a posée !

Ma passion pour la conscience est née suite à une simple syncope ; cette perte de connaissance m’a donné l’envie d’en comprendre les mécanismes. Quand j’ai commencé l’étude du coma par la neuroimagerie, très peu s’y intéressaient. Trois équipes ont affiché la même volonté de se soutenir dans le même sens (New-York, Cambridge et Liège). Nous avons réécrit les livres de médecine et de neurosciences ; aujourd’hui il est admis d’étudier la conscience comme une contribution à la science.

Les mystères de l’être, de la pensée, de la conscience, ce qui relève de l’esprit. Les états altérés de conscience, sur les fronts de la vie et de la mort, les expériences de mort imminente… Des concepts sur lesquels les religions ont des valeurs, des convictions mais aussi des tabous.

Je suis contre les tabous.

On peut admettre la discussion, les débats, les tensions, les échanges d’idées mais, ensemble, nous devons refuser l’émergence de la violence dogmatique qui nous menace. Nous devons pouvoir penser et publier, en toute liberté, pour chercher la complexité de la «réalité», de la «vérité» du moment.

Le scientifique doit pouvoir travailler sans contrainte ou censure. Ce serait un drame, un changement inacceptable si demain on se (re) dirigeait, sous la menace, vers un monde où la liberté de publier était amputée par les dogmes sur des sujets comme les cellules-souches, les questions de fin de vie ; cela reste un questionnement pour les scientifiques eux-mêmes de séparer les activités de recherche avec leurs aspirations philosophiques. Il n’est pas facile d’être un scientifique rationnel et critique en semaine, et fidèle à des convictions philosophiques, spirituelles, religieuses ou pas, le reste du temps ! C’est une synthèse parfois complexe que chacun doit résoudre à titre personnel.

Dans notre équipe du Coma Science Group au Centre de Recherches GIGA de l’Université et CHU de Liège, nous avons des collègues de toutes confessions : bouddhistes, juifs, chrétiens, musulmans, et beaucoup d’athées ou d’agnostiques, peut-être parce que le libre examen pratiqué en science y aboutit souvent ? Cela se passe bien. Chacun respecte chacun. C’est complexe, mais aussi enrichissant, pour toutes et tous, quand l’objectif reste d’accroître notre connaissance du fonctionnement cérébral résiduel des cas qui survivent à une atteinte sévère du cerveau.

Ces patients posent des problèmes diagnostiques, pronostiques, thérapeutiques et… éthiques majeurs.

A nous de les résoudre ensemble pour améliorer nos connaissances de la conscience humaine, avec tout ce qu’elle sous-entend comme développement de ce qui relève de l’esprit, de l’âme, de la pensée, des sentiments, de ce qui est conscient et inconscient.

Questions déjà évoquées par des philosophes grecs, comme Socrate, il y a plus de 2.300 ans, fascinés par le fonctionnement de cette partie du corps qu’est le cerveau, une des sources de l’histoire de la philosophie.

Sans verser dans l’arrogance scientifique, nous devons faire au mieux notre travail et accepter de n’être qu’un (petit) maillon de la chaîne dont nous ne voyons ni le début, ni la fin : donc j’ignore si l’univers a une conscience, et je ne sais comment ces millions de milliards de connexions de neurones produisent la conscience, même dans mon propre cerveau.

Il me reste, comme le suggère l’auteur, à accomplir la même démarche ; écrire mon «noms de dieux» pour rendre à la philosophie la place qu’elle a perdue : la place publique.

200 itinéraires à la recherche de sens

«Il faut inventer notre chemin spirituel».

Fabrice Midal6

Emil Cioran pensait qu’on ne devrait écrire des livres que pour y dire des choses qu’on n’oserait confier à personne. Pour ma part, je n’avais ni la vocation, ni la formation, ni les compétences pour écrire ce que la vie m’inspirait comme réflexions, pour disserter sur la philosophie ou à propos de «dieu». Comme l’écrit François Perin7, «si, par scrupule intellectuel, on s’interdit de dire ou écrire quoi que ce soit sans, au préalable, avoir tout étudié, avoir lu tous les livres, sur tous les sujets, il faudrait plusieurs vies consacrées à toutes les disciplines possibles et imaginables pour avoir le droit de penser».

J’avais non seulement, de longue date, un intérêt pour ces sujets, mais aussi l’envie de partager cette merveilleuse découverte qu’est l’émission de la RTBF «noms de dieux» et ses 200 invités.

En 1992, tout à fait par hasard (je n’avais pas de téléviseur !), je suis tombé sur le premier numéro, diffusé le mardi 14 janvier : Edmond Blattchen recevait Bernard-Henri Levy. Intéressé par le concept inédit, original et par la qualité des invités j’ai tenté d’en voir d’autres (ou de les lire lors de leur parution éphémère). Ce n’était pas évident ! L’émission passait tard, la programmation était plus qu’aléatoire. J’ai attendu internet et les rediffusions pour enfin les voir toutes et devenir un accro inconditionnel et passionné.

Comment partager cette passion, autrement que par un écrit ?

Cet écrit pourrait être un rappel, pour les quelques milliers de fans de «noms de dieux» en Belgique, en France, en Suisse et au Canada ; un support pour des enseignants ou d’autres professionnels à la recherche d’informations sur les invités ou sur les thèmes abordés ; enfin un document qui ouvre des pistes donnant l’envie de découvrir ce beau témoignage de la pensée de 200 invités prestigieux et d’une certaine télévision, trop rarement à vocation culturelle.

Simplement pour les voir ou les revoir, les regarder sans préjugé, sans penser que c’est trop sérieux de philosopher en n’étant pas théologien, psychanalyste ou anthropologue, ou mieux encore, croire que c’est une émission religieuse du dimanche matin.

Inutile de les voir toutes. A la fin de cet ouvrage, vous trouverez un résumé de chaque émission : il vous permettra de choisir un ou une invitée, un des titres abordés.

Mon objectif est de vous aider à aller au-delà : lancez-vous en vue d’entamer votre propre recherche. Si possible, voir l’émission, rechercher sur internet, voir la bibliographie, lire des livres, … mais gare à l’addiction ! On se prend vite au jeu ; il faut prendre son temps, comme pour un bon vin, y chercher les arômes et les subtilités, s’en imprégner et aiguiser son esprit critique.

C’est une partie sans fin…

Sans avoir fait exploser l’audimat, l’émission d’Edmond Blattchen et Jacques Dochamps a construit sa réputation au cours de vingt-quatre ans d’antenne. Certes, elle prendra quelques rides technologiques mais, si une production télévisée doit résister au temps, elle a toutes ses chances pour autant que l’on préserve ce joyau de la culture (pas seulement occidentale) du 20ème et du début du 21ème siècle.

Et nous verrons, ou nous ne verrons peut-être pas, quelles invitées ou quels invités ont réussi leurs paris sur l’avenir de l’humanité à court terme.

6 Fabrice MIDAL ndd 169.

7Franc-parler (Editions Quorum).

«Dieu» n’existe pas, je l’ai vu !

«… l’absolu n’a ni forme, ni nom…»

A. Malraux8

C’est d’abord un clin d’œil au titre d’un livre d’André Frossard (1915-1995) : journaliste, essayiste, académicien français ; élevé dans un climat d’incroyance, il a reçu une éducation athée. Pourtant à vingt ans, en entrant par hasard dans une chapelle à Paris à la recherche d’un ami, il va vivre une conversion instantanée. En 1969, il publiera «Dieu existe, je l’ai rencontré» : beaucoup de ses livres traitent de sujets religieux.

D’où mon titre : «Dieu» n’existe pas, je l’ai vu ! Cette phrase n’est pas née d’une réflexion métaphysique sur le sujet, ni d’un titre accrocheur, ni d’une provocation à l’égard de qui que ce soit. Le substantif dieu (ou Dieu), un nom qui désigne une chose ou, dans le cas qui nous occupe, une notion : je l’ai cherchée dans les différentes interprétations et commentaires vus chez un grand nombre d’invités, de toutes obédiences, dans les émissions d’Edmond Blattchen. Les trois religions principales monothéistes occidentales condamnent l’invocation du nom «dieu» par respect, pour ne pas restreindre, banaliser ou empêcher d’atteindre à l’absolu de «Dieu». Dans ces cas, on préfèrera d’autres noms comme «Jahvé», le Tétragramme (quatre lettres YHWH imprononçables), le «Père» ou même 99 Attributs et un Nom (Allah).

Pire, j’ai tout bêtement pris mon ancien Petit Larousse des noms propres : il y a plus de 25.000 noms propres et ils ont oublié Dieu ! Pas de photo, pas d’illustration, aucune information. Par contre, il est dans les noms communs avec trois significations dont une… avec un «D» majuscule ! Dieu n’est qu’un nom, au singulier ou au pluriel, avec ou sans majuscule, il n’existe pas comme tel : c’est un concept derrière lequel chacun met (ou pas) sa propre vision.

C’est pourquoi je l’écrirais avec des guillemets : «dieu» ou «Dieu» selon qu’on y joint ou non une part de sacré. A des âges ou des circonstances différents, la plupart des hommes (et des femmes) ont un jour utilisé le nom «dieu» pour affiner leurs propres réflexions sur le sens de notre passage sur terre, sur une possible immanence ou transcendance qui pourrait répondre aux questions que l’homo sapiens se pose depuis qu’il a pris conscience de son existence de femme ou d’homme.

Le résultat de ces réflexions permet de les classer globalement :

•Aux extrêmes, l’athée et le croyant convaincus, parfois sans analyse ou réflexion, c’est une évidence, comme un supporter, par atavisme et certaines formes de révoltes contre «dieu» lui confèrent une forme de reconnaissance (A. Camus).

•Les mêmes, qui après réflexion, se sont «reconvertis» à la suite d’un événement personnel : ils ont changé de camp ou se réservent de le faire dès qu’ils posséderont d’autres preuves, par exemple scientifiques. Dans une interview, Edmond Blattchen déclare : «J’ai découvert des libres-penseurs pétris de spiritualité, comme Georges Van Hout, un homme extraordinaire qui a animé pendant quarante ans les émissions laïques de la télévision belge»9. À l’inverse, il y a dans les Églises des matérialistes qui s’ignorent, des «fonctionnaires de Dieu», comme les qualifie Eugen Drewermann10.

•Au milieu, il y a différentes catégories d’agnostiques. Agnostiques tout court ; il n’y a pas de réponse à cette question! D’autres le sont par «modestie intellectuelle» ; conscients que leurs connaissances sont infimes et limitées, ils refusent de trancher, ils poursuivent une recherche sans engagement, mais parfois avec une prédilection, un pari sur l’une ou l’autre option. Parmi les athées et les agnostiques, il en est qui se réfèrent à une culture (juive, musulmane ou chrétienne) mais sans adhérer à la religion, à une église et à ses dogmes.

•Enfin des «fidèles», ceux qui suivent des institutions, laïques ou religieuses en respectant (plus ou moins) les dogmes de ces «Églises».

•Une dernière variété, sont ceux qui adhèrent à de très anciennes religions polythéistes (hindouisme), à des philosophies sans dieu créateur (bouddhisme),

Mais, comme le fait remarquer Michel Beaud11, «il est difficile de vivre sans Dieu : il faut assumer une grande liberté, choisir ses règles et sa propre éthique».

8 Extrait de François PERIN : Essai, Dieu est-il mort ? Le Vif-L’Express, 8/09/2000. ndd 50.

9 CLES. Décembre 2010.

10 Eugen DREWERMANN ndd 23.

11 Michel BEAUD ndd 58.

L’orgueil de l’homme

«Chaque atome reconstitue la totalité de l’univers».

Pierre Chaunu12

Tous les «dieux» ont en commun le fait qu’ils sont une invention de l’homme ; pour Stéphanie Janicot13, il y a autant de dieux que d’êtres humains qui pensent «dieu».

L’orgueil de l'homme a ainsi créé des «dieux» à son image, ou un «Dieu» lui aussi anthropomorphique… sur un nuage avec une barbe et des longs cheveux (ou le crâne rasé).

Orgueil de l’homme ?

Et pourquoi pas une femme ou une part de féminité : des déesses ont existé ou existent encore dans certaines religions ou croyances. «Miséricordieux», en hébreu et en arabe, ce sont deux noms féminins ; «rah amin», c’est le sein maternel, la tendresse qui en est issue, celle pour son peuple, pour les pauvres et les petits. Le même mot en arabe, «rahâm», la matrice, qui signifie «recevoir, garder, transmettre la vie» : Dieu, source de toute vie, est la matrice universelle de la création14 et devient en latin «misericordia» (malheur et cœur) sensible au malheur, qui a le cœur rempli de compassion.

Les trois religions du livre ont oublié, occulté ce principe de féminité, le Yin et le Yang. Il n’y a pas cette part d’amour, de compassion, de paix quand ne s’expriment que la parole et la volonté du mâle (mal ?) : c’est l’orgueil de l’homme, au sens du genre masculin.

Les évangiles canoniques ont effacé le message de Jésus (voir les évangiles apocryphes). Selon les gnostiques, Jésus est venu pour rendre à la femme sa place et faire le procès du mâle guerrier, hypocrite, qui se cache derrière la loi, les rites et les institutions quand la femme apporte l’amour15.

Même si nous étions une parcelle de «dieu», devrait-il nous ressembler pour autant ? Avec un brin d’humour, de modestie et un peu d’imagination, on pourrait nous comparer aux 100.000 milliards de bactéries (dix fois plus que nos propres cellules) qui vivent à l’intérieur de notre corps, jusqu’à faire partie de notre identité biologique16. Ces êtres vivants, unicellulaires cherchent-ils aussi une transcendance à ce monde indescriptible que nous sommes pour eux ? Chacun vivant de l’autre, sans aucune autre complicité que celle de la nature du vivant.

Ces «dieux» que nous avons inventés, est-ce pour éviter de prendre nos responsabilités dans la poursuite de la création, dans le respect de la nature et des êtres vivants qui nous entourent, dans l’amélioration des conditions de vie de toutes les femmes et de tous les hommes présents sur cette terre ? Certains peuples ont suivi cette démarche, beaucoup ont disparu physiquement ou ont été «éduqués», tirés de leur «sauvagerie». L’orgueil de l’homme, encore : ses religions, ses intérêts économiques et politiques nous ont si souvent gaiement maintenus dans l’erreur la plus profonde, emprisonnant, tuant, excommuniant ceux qui prônaient une idéologie, une théologie ou un mode de vie différent.

Le soleil n’a jamais tourné autour de la terre. L’homme descend d’autres espèces animales. Nous sommes les premiers à voir notre terre photographiée depuis l’espace : plusieurs milliards d’êtres humains sur la photo, tellement minuscules, aussi invisibles que des microbes. Oublions donc cet orgueil qui nous habite et nous incline aussi à penser que nous sommes les seuls êtres vivants intelligents dans ces milliards de galaxies où les lois physiques et chimiques sont pourtant les mêmes.

Ce n’est pas pour autant que n’existe pas ce que nous ignorons. Nelson Mandela disait : «les choses paraissent impossibles, jusqu’au jour où quelqu’un les réalise».

Aujourd’hui, l’utilisation incontrôlée de nos connaissances devient la plus grande menace d’anéantissement de notre propre espèce. L’ordre naturel se charge de corriger les dérapages pour conserver ce qui convient le mieux : plutôt que d’y «réintroduire les dieux», serait-il préférable que l’homme disparaisse de la terre ?

Mais alors si «dieu» n’est qu’un nom, c’est l’ordre naturel qui est la conscience de l’univers ? Parce que l’univers, lui, «je le vois quand même un peu… comme si j’étais une bactérie dans mon ventre qui cherche et regarde autour d’elle…»

La «conscience» ! Un autre beau sujet : nous en parlons souvent mais, de quoi s’agit-il ? Comment fonctionne-t-elle et où est-elle ? Toutes ces questions pour définir ou tenter de définir un concept, un peu comme «dieu».

La «conscience» nous permet de nous percevoir subjectivement et objectivement, d’analyser, de juger et d’adapter nos comportements. Comment expliquer cette réalité que nous percevons comme une image irréelle de nous-mêmes, d’où vient-elle ?

Notre corps est essentiellement composé de six éléments : l’oxygène, le carbone, l’hydrogène, l’azote, le calcium et le phosphore. Seulement six éléments ! Ils existent dans tout l’univers (visible) et représentent 98,5% de notre masse corporelle (y compris les deux kilos de bactéries) plus quelques métaux rares pour compléter le tout. Rien de bien original.

Sauf que tous ces éléments, inertes séparément, s’organisent en de multiples combinaisons nécessaires à nos cellules : les atomes en molécules d’eau, en sucre ou en chaînes moléculaires de plus en plus complexes pour des acides aminés, des protéines, des enzymes, les neurotransmetteurs ou l’ATP (adénosine triphosphate) que l’on retrouve dans les organismes vivants. Elle fournit l’énergie nécessaire à notre métabolisme, dans des réactions biochimiques dont certaines n’ont pas encore révélé tous leurs secrets.

Avec ses milliards de neurones, notre cerveau régule ces mécanismes d’échanges biochimiques capables de donner vie à la matière. Cette machine vivante, le cerveau, avec l’aide des neurones et de nos sens, va générer une dimension abstraite de sa réalité : la conscience de soi, mais… un peu de modestie, quand bien même l’être humain a conscience qu’il est et qu’il vit, sa physiologie et la complexité de ses fonctions vitales échappent à sa propre volonté !

Sur le sujet de la «conscience», notre orgueil récurrent nous a fait croire que nous étions aussi les seuls à posséder une conscience. Des expériences montrent que certains animaux (singes, éléphants, dauphins, pies…) sont capables, devant un miroir, d’avoir des attitudes particulières parce que le sujet est conscient de se voir lui et pas un(e) congénère. Pourquoi pas ? Ils sont faits des mêmes éléments et soumis à des mécanismes biochimiques identiques, même si ce genre de conscience ne les a pas conduits vers des questions philosophiques ou métaphysiques.

Neurologue, professeur, directeur du CSG - Coma Science Group-, Steven Laureys (Université de Liège) fait partie des meilleurs spécialistes mondiaux qui étudient les états de conscience altérée. «Nous pensons, sans avoir compris le mécanisme causal, que ces interactions physiques constituent notre état de conscience»17.

A l’heure actuelle, tous ces chercheurs tentent d’expliquer des états de conscience partielle (chroniques ou post-lésionnels) ou de non conscience (coma). Dire ce que la conscience n’est pas, ou n’est plus…C’est ainsi que des théologiens ont aussi tenté de définir «dieu», en disant ce qu’il n’était pas (théologie apophatique).

Y a-t-il un rapport entre «dieu», «Dieu» et la «conscience» ?

Ce n’est pas la science, actuellement, qui lèvera le voile mais «dans cette aventure, tout est possible»18.

Et pourquoi pas la conscience d’une galaxie, de l’univers ?

Après tout, ce que nous sommes a toujours existé : nous ne sommes… que des poussières d’étoiles19.

12 Pierre CHAUNU ndd 9.

13 Stéphanie JANICOT ndd 192.

14 Karima BERGER «Les Attentives». Albin Michel ndd 194.

15 Philippe ANNABA : «Bienheureux les enfants de la mère». Les Presses du midi, 2007.

16 Le microbiome.

17 Steven LAUREYS «Un si brillant cerveau». Editions Odile Jacob, 2015.

18 Steven LAUREYS «Un si brillant cerveau». Editions Odile Jacob, 2015.

19 Hubert REEVES ndd 18.

L’émission «noms de dieux»

«Arrêter la bêtisation culturelle des émissions».

Pierre Somville20

En 1991, le réalisateur Jacques Dochamps est intéressé par un projet d’Edmond Blattchen de produire une émission de réflexion sur l’avenir de nos valeurs en cette fin de siècle, et à l’aube d’un nouveau millénaire. Le parcours de ces deux grands professionnels de la RTB (Radio Télévision Belge) les prédestine à travailler ensemble. Avec l’appui de certains responsables des programmes, en janvier 1992, va se concrétiser la production d’une nouvelle émission unique dans le paysage télévisuel.

Vingt-quatre ans plus tard s’achève une œuvre dont les fidèles téléspectateurs mesurent la valeur à l’aune des femmes et hommes remarquables, de toutes cultures, qui ont répondu à l’invitation21.

Certains détracteurs diront qu’il s’agit d’un concept radiophonique et non télévisuel…C’est mal connaître les conditions exigeantes que requiert l’enregistrement de cette émission pour le présentateur, le producteur, son équipe et l’invité. Pourtant, imaginer que l’on puisse écouter une interview de Pascal, Montaigne ou de Victor Hugo, de Kant, Marx ou Hegel… ce serait génial ; mais les voir et les entendre durant 50 minutes exposer leur conception de la société, de l’homme ou des valeurs qu’ils défendent : quel témoignage visuel historique !

Un décor minimaliste, un temps de parole suffisant pour aborder les cinq thèmes communs : un concept simple, original.

Toutes les émissions commencent par la phrase d’André Malraux, à l’origine de cette émission : «Je pense que la tâche du prochain siècle, en face de la plus terrible menace qu’ait connue l'humanité, va être d'y réintégrer les dieux»22. Elle est lue par le comédien Roland Langevin (Professeur d'Art Dramatique au Conservatoire Royal de Bruxelles) ; c’est souvent lui qui se charge de la lecture du 3ème titre «la phrase».

Une introduction musicale pour piano accompagne le titre de l’émission «noms de dieux» : une musique grave, solennelle, les premières mesures des études – tableaux, opus 33 n° 9 de Sergei Rachmaninov, le nom, ou le nom et la photo de l’invité (différentes présentations entre 1992 et 2015).

Apparait enfin le visage (barbu ou glabre au fil des années) d’Edmond Blattchen et… : «Madame, Mademoiselle, Monsieur, bonsoir…». Depuis 1992, ces quatre mots annoncent la présentation des personnalités invitées. Deux cents textes peaufinés, sérieux, parfois teintés d’humour à la manière d’Armand Bachelier, rédigés avec l’amour des mots, une des passions d’Edmond ! Quelques minutes de belle écriture, avant d’attaquer le plat de résistance : les cinq titres traditionnels déclinés par l’invité, avec ses choix personnels !

Cinquante minutes, au cours desquelles on assiste, non pas à un duel, mais à un duo journaliste et invité. Edmond Blattchen a le grand mérite de laisser parler ses invités, et le don de tirer discrètement le meilleur d’eux-mêmes, grâce à une préparation méticuleuse. D’autant qu’il y a peu de contacts préalables avec les invité(e)s ; ils ne communiquent, en général que leur choix personnel des cinq «titres» et quelques explications indispensables, pour donner à l’entretien un maximum de spontanéité lors de l’enregistrement. A Edmond Blattchen de poser les bonnes questions, de réagir en une fraction de seconde, de citer des références, de solliciter une précision ; de voir une image ou entendre un extrait musical ; de lire une phrase dans la bibliographie d’un auteur ou celle de l’invité si tel est le cas. Sinon, fait rarissime en télévision… un silence !

La prestation d’un grand professionnel, qui, à son tour, est devenu un exemple à suivre dans cet exercice journalistique.

Ce contexte demande une préparation importante et spécifique : beaucoup de recherches et des conditions d’enregistrement particulières. Edmond et Jacques n’oublient jamais d’associer les collègues du centre de production de Liège qui ont participé à cette aventure, certains depuis la première émission23.

Alors, pour mieux comprendre l’origine d’«une émission qui nuit à la bêtise», c’est le moment de découvrir le parcours du producteur-présentateur et du réalisateur.

20 Pierre SOMVILLE ndd 99.

21 Voir en annexe la liste des 200 invités par ordre alphabétique, page 473.

22 L’Express 21 Mai 1955.

23 Voir en annexe le générique avec la liste des collaborateurs ayant travaillé sur l’émission, page 493.

Jacques DOCHAMPS

Le réalisateur

Jacques Dochamps est l’homme de l’ombre de l’émission «noms de dieux», un pilier de la RTBF Liège, auteur de très nombreuses réalisations télévisuelles et de films documentaires de création.

Né à Liège en 1952, ses parents sont tous deux issus de familles commerçantes : l’une en Féronstrée et l’autre à St Léonard. Lui a vécu toute sa jeunesse à Embourg. Il fera ses études primaires à l’école…communale de Méhagne, compromis à la belge entre son papa protestant de culture (mais non pratiquant) et sa maman chrétienne, tendance Teilhard de Chardin, qu’il accompagne à l’église tous les dimanches.

A douze ans, après sa «grande communion», il entame ses humanités à l’athénée de Chênée, section latin-maths, et continue à accompagner sa maman aux offices jusqu’à l’âge de 15, 16 ans ; le décès mal vécu d’un grand-père, l’esprit de «mai 68» un choc intellectuel, qui restera marqué dans ses gènes, mais surtout Jean Yanne, lourde concurrence le dimanche matin en radio, dans les faux sermons de Bossuet («quand j’entends le mot culture, je sors mon transistor…»), vont l’amener à déserter l’église de Méhagne.

C’est aussi l’époque où il va découvrir sa grande passion pour le 7ème art !

Il fréquente le cinéma «Lumière», première salle d’art et d’essai rue de la Sirène, à Liège. Il va y découvrir «les plus grands» : Ingmar Bergman (Persona), Federico Fellini (huit et demi), Pier Paolo Pasolini (Théorème).

A la télévision, il regarde «Ciné-club» l’émission de Dimitri Balachov, et découvre d’autres chefs d’œuvres comme «Hiroshima mon amour» d’Alain Resnais et plus encore celui qui le laisse groggy, ahuri, un choc métaphysique pour cet adolescent : «le Procès» d’Orson Welles. à son avis, ces films n’ont jamais été dépassés, et lui n’a plus éprouvé les mêmes chocs esthétiques.

En 1970 il est en rhéto ; il pense s’orienter vers l’enseignement, les maths ou le français ? Un jour dans la cour de l’école, il ramasse par hasard un folder, un tract de l’INSAS, une école récente qu'il ne connaît pas du tout mais c’est la révélation… «C’est ça que je veux faire» déclare-t-il à ses parents ! Curieusement ses parents acceptent, ils le savent atteint du «syndrome du cinéma». Ils avaient aussi repéré qu’il écrivait des histoires dans le feuillet de son école et qu’il avait adressé des textes au journal «Spirou».

L’INSAS, à cette époque, est encore une jeune institution avec des professeurs issus du terrain ; parmi eux, André Delvaux, Hadelin Trinon et dans ses condisciples Philippe Geluck. En 1974, il termine quatre années formidables. Deux de ses professeurs, Henri Vaume et Arlette Dupont l’informent que la RTB cherche un réalisateur pour le centre de production de Liège ! La télévision, ce n’est pas son «affaire», son modèle c’est Buñuel, l’absurde, le surréalisme… Mais, face à la perspective du chômage et d’une vie à conduire des taxis, il se décide…

Deux mois après la fin de son cursus, il débarque à Liège, étonné de tomber dans un milieu anarcho-gauchiste, avec des gens sympas, un peu déjantés. Il fera équipe avec Mamine Pirotte durant près de 10 ans. à l’époque on travaille en tandem : un journaliste producteur et un «réal» ; des duos explosifs, fusionnels…

Avec elle, puis avec Guy Lemaire, Arlette Vincent, Robert Neys, Patrick de Lamalle, il travaille sur des magazines de défense des consommateurs, «Minute Papillon», «Cinéscope», «Télé tourisme», «l’Écran témoin», «Wallonie», etc.

Après 10 ans, il se cherche, veut se diversifier, et faire des trucs «perso» comme maître d’œuvre. Il réalise plusieurs documentaires dont «C’est notre terre» sur les indiens du Québec. Entretemps, Jeanine sa compagne lui a fait découvrir la littérature indienne, «Pieds nus sur la terre sacrée» une compilation de textes magnifiques de chefs indiens de la plaine, des discours sur la fin du monde indiens, des textes d’une noblesse, d’une beauté «à pleurer». Un nouveau choc dans sa vie, aussi fort que mai 68 ou le «Procès» de Welles. Après des années d’athéisme et une attirance situationniste, il découvre une vision du monde dont il ignorait l’existence : la spiritualité amérindienne. Cela les conduit tous deux à beaucoup de questions, à d’autres lectures24, c’est le New Age qui débarque !

Avec Robert Neys et Patrick Delamalle, ils lancent l’émission «Turbulences», émission altermondialiste avant la lettre, pur produit d’une équipe de soixante-huitards.

Il va aussi rencontrer, lors d’une conférence, José Gualingua un indien d’Amazonie, fils de chaman, en tournée auprès des Communautés Européennes pour défendre les droits des peuples de sa région contre des sociétés pétrolières. C’est l’amorce d’une relation majeure, d’une longue amitié qui va changer la vie de Jacques car il attendait cette rencontre, non pas avec un chaman, mais avec un jeune qui ne «vendait» rien mais voulait simplement sauver son peuple.

Ce contexte prépare Jacques Dochamps, vers 1991, à deux opportunités quasi simultanées qui changeront et marqueront la seconde partie de sa carrière professionnelle : «Dunia» et «noms de dieux».

«Dunia», une nouvelle émission, passionnante, produite par Anne Martinov ; elle est programmée l’été à 23 heures donc… avec une audience réduite. L’équipe réalisera des centaines de reportages dont, pour Jacques, une cinquantaine en Afrique, Amérique du sud, Océanie et dans les pays arabes. Les tournages duraient une dizaine de jours au moins, pour montrer, avant tout, comment y vivaient les hommes et les femmes. Jacques Dochamps était surtout sensible, et pour cause, à ceux tournés en Amazonie.

A la mort d’Anne Martinov, l’émission, devenue «Planète en questions», continuera encore quelques années avant de s’éteindre.

Jacques conclura ce cycle de ses activités en 2013 par la sortie du grand documentaire «Le chant de la fleur», consacré au peuple amazonien de Sarayaku.

La seconde opportunité en 1991 faisant toujours suite au contexte de l’époque, Jacques restait passionné par la spiritualité ; en vain, il essayait de faire entrer ce sujet à la RTBF, mais n’y parvenait pas : «… j’étais repéré, ils se méfiaient de moi parce que je faisais des trucs bizarres, j’étais un fantaisiste et fiché comme tel, alors mes tentatives étaient jetées au panier ! J’ai appris un jour qu’Edmond Blattchen cherchait un «réal» pour lancer un projet d’émission sur la philosophie, la spiritualité. On se connaissait peu, je l’ai contacté, et il a sorti le projet, comme ça, rapidement, tel qu’on le connaît avec son «noms de dieux» ! J’étais content, ce projet m’intéressait…».

En réalité, grâce à ce projet arrivé dans la foulée de «Dunia», Jacques Dochamps réalisait son rêve : le cinéma, voir vivre les gens (l’expérience du terrain), une approche large de la spiritualité avec «noms de dieux» (l’exploration intellectuelle). Il réalisera environ 85% des numéros, étant parfois remplacé, lors de ses nombreux déplacements, par d’autres «réals» comme Paul Paquay ou Jean-Pierre Grombeer.

Ce grand «réal» est toujours à la manœuvre pour la 200ème émission, après vingt-quatre ans de «noms de dieux».

Sources : rencontre avec J. DOCHAMPS, 18 mai 2015.

24 «Les enfants du verseau» de M. FERGUSON & «La marée de la vie» de L. WATSON.

Edmond BLATTCHEN

Journaliste RTBF, producteur et présentateur du mensuel «noms de dieux» (en télévision) depuis 1992.

Edmond Blattchen est né à Ougrée (Liège, Belgique) en 1949.

Fils d’Edmond Blattchen et d’Aline Likin. Ils sont domiciliés à Engis (entre Liège et Huy). Edmond senior travaille aux Verreries d’Aigremont, puis aux Cristalleries du Val Saint-Lambert. Les parents ont tous deux fait de la résistance. Le père, catholique convaincu, adhère, à la retraite, au Parti Socialiste Belge. La mère, très fervente, fréquente assidument la paroisse Saints Pierre et Paul d’Engis. Elle se sent proche de la petite bourgeoisie locale. Edmond junior partage les convictions chrétiennes de ses parents jusqu’à l’âge de 18 ans.

De l’école primaire à la fin du secondaire, ses parents l’inscrivent au cours de religion d’établissements du réseau officiel (public). Il suit le cours de religion catholique. Ils l’autorisent toutefois à regarder l’émission de philosophie et morale laïque «La Pensée et les hommes», présentée par une figure légendaire de la Libre Pensée belge, Georges Van Hout. Cette liberté, exceptionnelle pour l’époque, comptera beaucoup dans son éducation, et jouera un rôle important dans sa formation personnelle, et cela, même si cet «entre deux» n’a pas toujours été facile à vivre dans une Belgique où s’opposent les pôles laïque et catholique. En fin de compte, sur le plan philosophique, Edmond Blattchen se définit volontiers comme «libre-chrétien», héritier, à la fois, de l’Évangile et des Lumières. Homme de centre-gauche, il adhère à l’éthique libérale à l’origine des révolutions légales de ces dernières années (IVG et euthanasie notamment).

Un événement familial, préalable à sa naissance, aura beaucoup d’influence dans la construction de sa personnalité : la mort, à quatre ans, en 1933, de Josiane, le premier enfant de ses parents. «Elle aurait eu 20 ans à ma naissance», explique Edmond Blattchen, très ému. Et il ajoute : «J’ai ainsi cru pendant très longtemps que j’étais un enfant unique, jusqu’au jour où j’ai réalisé que ma sœur vivait encore et toujours dans le cœur de mes parents... Son portrait, au mur de la salle à manger, à côté du mien... Entre elle et moi, une ressemblance évidente». Il hésite avant d’ajouter : «l’enfant qui n’est plus existe toujours».

Edmond a ainsi développé au fil des années avec Josiane, mais sans en être conscient, «une proximité à distance». Un mécanisme auquel il doit, peut-être, une certaine part «féminine», et une sensibilité spirituelle à fleur de peau. Sa «petite sœur» (de vingt ans son aînée, en fait) a constamment été présente pour lui. En souvenir de ses parents et de sa sœur, qu’il n’a jamais connue, les deux portraits évoqués plus haut figurent toujours aujourd’hui en bonne place dans son intérieur.

A douze ans, il entre à l’Athénée royal de Huy. Il aime étudier, surtout le latin et le grec, qui lui donneront le goût des mots choisis. Son meilleur souvenir : la visite, dans son école, en 1964, du Père Dominique Pire. Première rencontre, d’une belle série, avec un Prix Nobel...

En 1971, il quitte, après les candidatures, la Faculté de droit de l’université de Liège, pour postuler au Centre de Production liégeois de la RTB (la Radiodiffusion-Télévision belge de service public) en qualité de journaliste. La «RTBF-Liège» est l’initiative de Robert Stéphane. Elle s’inscrit dans le mouvement de décentralisation culturelle et de régionalisation provoqué par les grandes grèves de l’hiver 60-61.

Il n’a que 21 ans. C’est le début d’une longue carrière, tant en radio qu’en télévision. Son modèle est alors Armand Bachelier, l’emblématique correspondant à Paris pour la radio. Il lui doit, sans doute, un peu de son sens de la formule et aussi, une certaine austérité de ton, non dépourvue d’humour, cependant.

Durant 44 ans, il va tout aborder à la RTB (RTBF à partir de 1977) : l’information locale et régionale, l’actualité internationale, les reportages, les enquêtes, mais aussi le divertissement et la culture. Une carrière diversifiée, où le journaliste le cède parfois à l’animateur. En radio, citons quelques titres d’émissions auxquelles il a participé : «Liège-Matin», «Café liégeois», «Contraste» et «Ces chansons qui vous ressemblent». En télévision, en 1976, il inaugure le magazine mythique de reportages «À suivre», sous la houlette d’un des plus grands professionnels belges de l’information en télévision, Henri Mordant, qui a formé une génération de journalistes d’investigation. «Je lui dois tout, reconnaît Edmond Blattchen, et notamment la règle d’or du journalisme : «Avant d’informer les autres, il faut s’informer soi-même !».

Viendront ensuite, en télévision, toujours, la présentation, à trois reprises, du Festival de la Chanson Française de Spa (1975-1978), «Chansong» (1979), «l’Écran témoin» (1988-1990) et plusieurs grands reportages, dont «Un tableau noir pour le Japon» (1983, un documentaire sur la délinquance des jeunes au Japon, réalisation de Guy Lejeune) et «Voyage en Compagnie» (1991, sur les Jésuites, avec André Chandelle).

Depuis 1991, avec son collègue réalisateur et cinéaste Jacques Dochamps, il se consacre à «noms de dieux». C’est l’aboutissement de sa carrière journalistique, mais aussi la poursuite d’un cheminement personnel.

La genèse de cette véritable aventure, remonte au 7 mai 1990. Au cours d’un débat de «L’Écran témoin» (l’équivalent belge des «Dossiers de l’Écran» d’Antenne 2), présenté par Edmond Blattchen, et consacré à «La Libre Pensée aujourd’hui», un participant évoque la phrase fameuse attribuée, selon lui, à André Malraux : «Le vingt et unième siècle sera religieux ou ne sera pas». François Perin, Professeur émérite de droit constitutionnel, intervient alors judicieusement en restituant, de manière solennelle, la citation authentique : «Je pense, que la tâche du prochain siècle, en face de la plus terrible menace qu’ait connue l’humanité, va être d’y réintégrer les dieux».

Cette phrase va poursuivre Edmond Blattchen de manière obsédante durant de longs mois, au point de le persuader de l’utilité de concevoir une nouvelle série d’émissions. Une formule de nature à offrir aux téléspectateurs les outils de réflexion nécessaires à la recherche du sens, de «leur» sens, dans le tourbillon de l’histoire immédiate. Un programme original, qui donnerait la parole, de manière pluraliste, à un invité à la fois, un représentant d’une des grandes familles philosophiques et religieuses de notre société.

Une succession d’entretiens qui pourraient inspirer à nos contemporains l’envie d’approfondir leurs recherches en dehors de la satisfaction des besoins uniquement matériels. Bref, des pistes, plutôt que des réponses.

Edmond Blattchen imagine cette émission comme un lieu de réflexion sur l’avenir de nos systèmes de valeurs, avec une place pour la philosophie, la morale, la religion, la laïcité, mais aussi l’économie, la politique ou encore l’écologie.

En quelques jours, au printemps 1991, le projet s’accélère, et soudain jaillit la structure immuable en cinq chapitres de dix minutes : le titre, l’image, la phrase, le symbole, et enfin, le pari.

Mode d’emploi : chaque invité écrit le titre (noms de dieux) à sa manière. Il propose ensuite l’image (choisie dans l’album des grands moments du siècle), après quoi il choisit la phrase (dans l’anthologie de la pensée universelle). Suit après cela le symbole personnel et enfin, entre grandeur et décadence, l’hôte expose le pari sur l’avenir du 21ème siècle. Cinq chapitres rituels de dix minutes chacun.

Ces idées, il s’agit maintenant de les mettre en application. Comment faire ? Le journaliste tente d’expliquer son projet à plusieurs de ses collègues réalisateurs. Parmi ceux-ci, Jacques Dochamps, est le seul à se montrer intéressé. Passionné par les religions orientales, les peuples autochtones, les rapports Nord-Sud et l’écologie, le cinéaste est lui-même en quête, depuis un certain temps, d’une production sur la spiritualité au sens large. Il accepte de seconder son collègue journaliste dans la préparation d’un «numéro zéro», d’un «prototype».

Mis d’emblée devant les restrictions budgétaires décidées par la direction, résolue à limiter au maximum les dépenses, du point de vue du décor notamment, Jacques Dochamps choisit la ruse : des projecteurs déjà existants, une machine à vapeur rudimentaire, une table ronde en verre et deux chaises, et le tour est joué. De simples faisceaux lumineux suffiront à créer l’illusion ! Une idée minimaliste et géniale, tout à la fois !

Projetés sur fond noir, les rayons alternent : tantôt ils convergent tantôt, ils divergent. Ainsi, de manière symbolique, ils illustrent les voies multiples, et parfois opposées, que peut emprunter toute démarche spirituelle à la recherche de la lumière.

La veille de la présentation du projet, le temps presse : quel sera le titre de cet «ovni» ? L’inspiration manque à nos deux complices. Leurs imaginations conjuguées sont cette fois impuissantes.

Au volant de sa voiture, Edmond Blattchen s’énerve. Il fulmine. Au point que, soudain, le moteur cale net, et que surgit, dans la tête du conducteur, tel un éclair : «Nom de d... !»

Ainsi fut trouvé le titre d’une émission inédite qui finira par être acceptée par la hiérarchie de la RTBF, avec un mélange de curiosité et de scepticisme. Une série unique en son genre dans le paysage audio-visuel était née, avec un premier contrat de cinq numéros ...

Vingt-quatre ans plus tard, la série va bientôt se terminer. 200 «noms de dieux» ont été réalisés. 200 invités prestigieux : des philosophes, des théologiens, des scientifiques, des écrivains, des artistes, des penseurs, mais aussi des témoins. 200 entretiens de fond destinés à nous aider à passer du vingtième au vingt et unième siècle. Un pari inattendu, réussi par la RTBF qui, année après année, a soutenu cette «folie télévisuelle».

Plusieurs prix ont été attribués depuis 1992 à Edmond Blattchen pour saluer l’initiative de «noms de dieux» : en 1999, le Prix «Scriptores Christiani» catégorie audiovisuelle, le Prix «Ex-Libris» (décerné en 2002 par l’Association des éditeurs belges), le Prix de la «Personnalité Richelieu de l’année 2009», Citoyen d'Honneur de la ville de Liège en 2016 et Chevalier de l'Ordre de la Couronne en 2017.

Edmond Blattchen avait perçu, dans l’évolution technologique du métier de journaliste, un manque croissant de recul dans la gestion des informations traitées «dans l’instant». Il lui a semblé important d’introduire à la télévision, un espace de réflexion sur les défis du passage d’un siècle à l’autre : le mérite du service public a été de rendre cette chimère possible ! Qui d’autre aurait pu avoir ce courage ?

On demande souvent à Edmond Blattchen quelles sont, parmi ces 200 rencontres, celles qui l’ont le plus marqué. Il hésite toujours à répondre, parce que, selon lui, chacun de ses 200 «noms de dieux» l’a aidé personnellement à progresser, à devenir un peu plus lui-même. Mais, c’est sûr, certains moments resteront à jamais gravés dans son cœur. «Avec certains, je l’avoue, finit-il alors par confier, j’ai vécu des instants de grâce».

Sources :

Myriam TONUS. «Neuf exposant». 2005 N° 23.

Catherine ERNENS, lavenir.net 4 avril 2007.

«Nouvelles clés» 5 décembre 2010.

«L’Album» Urbain ORTMANS 29 août 2011.

Pierre ANDRE. «Liège28» 25 mai 2012.

J. CHARLIER, P. GATHOT & G. WOLF. «Jewishpost» 01/2015.

Les cinq thèmes de l’émission «noms de dieux»

Si le titre d’une émission est censé donner une indication sur le thème qu’elle aborde, il est aussi choisi pour accrocher les téléspectateurs ; dans ce cas le «noms de dieux» pouvait certes apparaître comme un juron, une provocation, mais le fait de le mettre au pluriel était déjà une indication qui ne permettait pas d’interprétations négatives. Quelques invités ont pourtant refusé l’invitation, uniquement à cause du titre choisi. Certains, ayant pris ou reçu des précisions, se sont ravisés, rejoignant la toute grande majorité de celles et ceux qui modestement ont considéré que c’était un honneur de partager le plateau avec autant de personnalités, peu connues, connues ou célèbres dans leurs domaines !

Une autre originalité est le plan de l’émission, à chaque fois, le même canevas :

•le titre : l'invité réécrit le titre de l'émission à sa manière ;

•il sélectionne une image qui selon lui, est la plus importante du 20ème siècle ;

•il choisit une phrase, dans l'anthologie de la pensée universelle qui illustre la sienne propre ;

•il nous dévoile un objet qu'il considère comme le symbole de ses convictions personnelles ;

•il se risque à un pari sur l'avenir : le 21ème siècle, grandeur ou décadence ?

Cette exigence volontaire, la même pour les deux cents invité(e)s, loin d’être une contrainte, ouvre un champ infini sur les voies de la pensée (pas seulement contemporaine). Et dans la cinquième partie, sur le sens de l’avenir.

C’était l’objectif recherché.

Chacune, chacun y développe «sa» philosophie, religieuse ou pas. Sa vision, ses craintes, ses espoirs, ses convictions, ses doutes… pour offrir aux téléspectateurs mille façons de donner, de chercher un sens, quel qu’il soit, à sa propre réflexion ; pas seulement avec des réponses, mais en ouvrant le débat pour mieux formuler d’autres questions ou d’autres réponses personnelles.

Souvent par leur profession, des femmes et des hommes réfléchissent à ces questions. Des quidams le font aussi, mais dans l’intimité de leurs pensées. Rarement ces thèmes sont abordés de manière «décontractée, avec humour et simplicité». Parler de ces sujets relève du snobisme. Ce que des civilisations ont considéré comme essentiel est devenu un espace réservé à une élite. Les familles ont souvent abandonné, avec le religieux, un esprit de réflexion, une éthique, même sans dieu(x).

Notre enseignement néglige même une information générale sur ces matières pourtant tellement riches. C’est particulièrement le cas pour l’occident qui, par «tolérance», abandonne ses racines, ses valeurs républicaines et chrétiennes. Sans réelles réflexions laïques ou religieuses, ouvertes, libres et contradictoires, il laisse ainsi le champ libre à tous les extrémismes, intégrismes et aux fanatismes.

Entrez dans la danse ! Voyez comment ces 200 invités se sont exprimés sur les 5 sujets, dans les grandes lignes car, «noms de dieux», c’est …mille thèmes abordés.

Son image

L’invité sélectionne l'image selon lui, la plus importante du 20ème siècle

Comme support, pour 75% des images choisies : une photographie. Pour les autres, ce sont soit des dessins, des caricatures, des images de synthèse (l’ADN ou le big-bang), des images médicales ou des peintures (Guernica de Picasso -1937- est le plus cité).

Les invités sont nés entre 1901 (Jean Guitton) et 1978 (Marion Muller-Colard), beaucoup ont vécu une guerre mondiale, sans oublier tous les autres conflits de ce 20ème siècle qui a explosé les chiffres : 100 millions de morts… on ne s’étonnera pas de trouver ce sujet comme le plus important dans les 200 images proposées, avec de multiples variantes : les camps de la mort, les bombes atomiques, les déportés, les prisonniers, les charniers, les procès d’après-guerre ; la petite fille (Kim Phuc) brulée au Vietnam en 1972, ou en mai 1943 ce petit garçon, bras en l’air, dans le ghetto de Varsovie. Les visages d’autres enfants reviennent fréquemment, dans les images de famine en Afrique, dans les camps de réfugiés ou les bidonvilles et même des enfants morts.

À côté de ces images désastreuses, il y a celles de la résistance comme ce passant, en 1989, seul devant les chars place Tian’anmen à Pékin ou de nouveau la photo d’un jeune enfant, un palestinien, muni d’un lance-pierres devant un char israélien !

Et puis des photos de réconciliation. Willy Brandt à genoux devant le mémorial de Varsovie (1970), l’accolade d’Anouar el-Sadate et Menahem Begin à Camp David (1978), la rencontre des religions pour la paix à Assise en octobre 1986, l’ouverture du mur de Berlin en 1989, Nelson Mandela et Frederik de Clerck (1992)…

Dans la liste des sujets les plus souvent présentés, plusieurs photos des premiers pas de l’homme sur la lune ; mais surtout, celles de notre terre vue de l’espace ou de la lune. Nous sommes les premiers à voir ainsi notre planète. Image de notre solitude dans l’espace et de notre taille d’humains : 7 milliards d’individus, invisibles sur la photo de cette petite boule bleue.

Et à propos d’humains, quelques-uns figurent en bonne place dans la galerie des portraits, avec une mention spéciale pour Gandhi (le plus cité) avant Nelson Mandela et Albert Einstein tirant la langue, de la dérision dans ce panel souvent sombre et tragique. Dans ce registre, l’originalité vient encore de chez nous… Manneken-Pis !

Sa phrase

L’invité choisit une phrase dans l'anthologie universelle pour illustrer sa propre pensée.

Une remontée dans le temps, c’est la magie de «noms de dieux»…

Cette troisième partie permet de faire référence à des femmes (peu) et à des hommes, pas tous connus du grand public, dont quelques phrases ou quelques mots ont donné du sens à notre condition humaine, si faible soit-elle.

Ces personnages sont présents à travers l’esprit des invités de l’émission, marqués un jour par une pensée philosophique qui reste comme un fil rouge, une devise, un objectif, une question ; quelques mots qui les touchent dans leur propre réflexion, qu’ils veulent faire passer et qui en disent souvent plus que de simples dictons, maximes ou proverbes.

Une surprise : près d’un dixième des citations choisies ont plus de… 2000 ans !

Confucius, Épicure, Épictète, Héraclite, Hippocrate, Lao Tseu, Platon, Protagoras, Sénèque, Socrate, Tchang Tseu.

Héraclite d’Éphèse (cité six fois) est né il y a plus de 2.500 ans et reste d’actualité.

La vérité serait-elle éternelle ?

Un autre groupe aussi important appartient à la chrétienté : Mathieu, Thomas, Augustin, Marc et Jean (lui aussi cité six fois, et qui reprend souvent des paroles de Jésus de Nazareth).

Plus près de nous, Ibn Arabi, Djalal ad-Dîn Rûmî, Ali (Ibn Abi Talib) et son neveu Mahomet, Dante, Théophraste Paracelse, Hillel et puis Pierre Corneille, Denis Diderot, Blaise Pascal, Marivaux, Jean-Jacques Rousseau et Michel de Montaigne (cité cinq fois) : ils sont philosophes, médecins, mathématiciens, eux-mêmes influencés parfois dans leurs écrits par l’antiquité.

Il y a quelques femmes : Râbi’a al-Adawiyya, Virginia Woolf, Etty Hillesum, Hannah Arendt, Marie-Hélène Mathieu et Antonine Maillet. Des scientifiques : Jean Rostand, Jacques Monod et Albert Einstein (avec quatre citations) ; des poètes comme Jean Cocteau, René Char, Aragon ou Saadi Chirazi un poète persan né en 1184.

Près d’une centaine d’autres grands noms sont cités avec Sartre, Nietzsche, Kafka, Jaurès ou Martin Luther King, Victor Hugo, Dostoïevski et même… Woody Allen.

La quasi-totalité des contemporains sont aussi disparus et parmi eux le plus cité (six fois), c’est une demi-surprise, est Antoine de Saint Exupéry.

Vous retrouverez toutes les phrases dans les 200 résumés à partir de la page 71.

Petit jeu pour respirer un coup… Trouverez-vous les trois auteurs des citations suivantes25 ?

•«Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde ; ce qui importe, c’est de le transformer».

•«Le Dieu absent est un appel plus fort que la croyance».

•«Il faut accrocher sa charrue aux étoiles».

25 Les réponses se trouvent dans les résumés des ndd n° 36, 43 et 49 (voir l’auteur de la phrase choisie).

Son symbole

L'invité dévoile un objet qu'il considère comme le symbole de ses convictions.

Les objets choisis vont au-delà d’une représentation des convictions des invités : on trouve quand même un chapelet musulman, des statuettes, des croix, des icônes, le yin et le yang, une équerre, une assiette offerte lors d’une cérémonie en franc-maçonnerie comme symbole de la singularité de chaque homme (Michel Barat), une canne (Jean Guitton), un CD, un livre, la déclaration des droits de l’homme (Barbara Hendricks), et même «rien» car «tout symbole est un piège à cons, comme les drapeaux nationaux qu’on salue» ! (François Cavanna).

On y découvre aussi un petit calvaire dans une bouteille, un objet kitch qui le fascine depuis son enfance (Pierre Mertens).

Deux tours Eiffel miniatures : une beauté folle, inutile et absolue (Gisèle Halimi) ; la même tour devient métonymie de Paris, conquête des cieux et de la transcendance (Abdelwahab Meddeb).