À une chanson de toi - Karolyne C - E-Book

À une chanson de toi E-Book

Karolyne C

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Beschreibung

Erick, un beau Cubain aux yeux verts, n’aurait jamais imaginé que sa vie prendrait une toute autre direction. Travaillant dans un petit bar de quartier, il est soudain repéré par un producteur. Devenir musicien à temps plein ? L’idée le fascine autant qu’elle l'effraie. Mais c’est la rencontre avec la ravissante Rosalie qui bouleverse tout. Entre les sentiments naissants et les défis d’une carrière musicale en pleine expansion, leur amour parviendra-t-il à survivre ?

Erick tente de protéger Rosalie de l’univers impitoyable de la célébrité, mais elle refuse d’être tenue à l’écart. Ensemble, ils devront affronter les incertitudes de la vie publique tout en essayant de préserver leur relation. Une histoire passionnante d’amour, de musique et de doutes, où la célébrité pourrait tout changer.

Plongez dans les méandres de la célébrité, où les sentiments sont mis à l’épreuve et les rêves confrontés à la réalité.


À propos de l’auteure :

Karolyne C. est diplômée en travail social, mais travaille actuellement comme secrétaire médicale dans un hôpital. Passionnée par la lecture et l'écriture depuis son enfance, elle partage cette passion avec sa mère, sa première lectrice. En dehors de son travail, Karolyne aime cuisiner, dévorer des séries TV, et passer du temps avec ses proches. Toujours soucieuse du bien-être des autres, elle espère un jour fonder sa propre famille. L’écriture, qu’elle pratique avec l’aide de deux amies, lui permet de s’évader et de nourrir ses nombreuses passions.

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Veröffentlichungsjahr: 2023

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A une chanson de toi

 

 

 

 

 

 

 

Karolyne C.

Romance

Images : Adobe stock

Illustration graphique : Graph’L

Éditions Art en Mots

 

 

Chapitre 1

 

Erick

 

Mes doigts glissent sur les cordes comme si tout était naturel. Les dernières notes de musique emplissent la salle tandis que mon cœur semble marquer un arrêt. Ce sont les applaudissements qui me sortent de ma transe. Je suis toujours comme ça à la fin d’un concert. Dans un autre monde.

Tout en posant ma guitare sur son pied, ma main vient fourrager dans mes cheveux en désordre. Je tente de replacer ma crinière noire et cherche mes amis dans la foule sombre.

— Tu as tout déchiré, mon pote ! s’écrie Jonah en s’approchant de moi.

Mon meilleur ami me prend dans ses bras et me serre contre lui. Jonah est l’ami le plus loyal que l’on peut rencontrer sur cette terre. Nous nous connaissons depuis que j’ai débarqué aux États-Unis. Il n’a pas fait cas de mon accent ou bien de mon teint basané. Il ne m’a jamais laissé tomber et est toujours présent, quoi qu’il arrive.

— Ouais… réponds-je, timidement.

— Ne fais pas ton timide, tu as un talent fou.

Mon meilleur ami n’est pas objectif quand il parle de moi. Il n’a de cesse de répéter que je chante bien et que mon talent devrait être reconnu de tous, mais moi tout ce que je veux, c’est ramener de l’argent à la maison et que ma mère ne manque plus jamais de rien. Jonah me tape le dos amicalement et rejoint sa fiancée dans la salle. Je finis de ranger mon matériel à l’arrière de la scène avant de rejoindre mes amis à leur table.

— Ah, le voilà enfin ! entonne Maria, la fiancée de Jonah. Tu as été divin, ce soir.

Maria dépose un baiser sur ma joue avant de reprendre sa place aux côtés de son fiancé. M’asseyant face à eux, je souris tendrement, mais ne réponds pas.

Quand j’étais petit, ma mère me chantait toujours des chansons pour m’endormir, ou encore pour me consoler après la perte de mon père. Nous avons vécu de terribles moments avant de quitter Cuba. Rien ne pourra atténuer la douleur de ma perte, mais la présence de ma mère vaut tout l’or du monde.

La quitter pour prendre mon indépendance fut une des choses les plus difficiles que j’ai eu à faire depuis notre arrivée ici. Ma mère et moi nous sommes installés à Houston, au Texas, quand j’avais quatorze ans.

Quel adolescent arrive à se faire à un nouveau pays et une nouvelle langue ?

J’ai travaillé dur pour apprendre l’anglais et me faire à de nouvelles coutumes. Heureusement que Jonah était là. Il m’a soutenu et donné des cours particuliers pour améliorer ma façon de parler. Bien que mon accent soit toujours bien présent, aujourd’hui, je suis totalement autonome dans ma manière de parler.

La serveuse nous sert nos boissons. Tout en la remerciant, elle me fait un clin d’œil et passe ses doigts lentement sur mes épaules.

— Crystal, je t’ai dit… commencé-je.

— Oui, tu n’es pas intéressé, mais qui ne tente rien n’a rien, me glisse-t-elle à l’oreille.

Cette fille me fait du gringue depuis que je bosse ici. Peu importe ce que je peux lui dire, elle me colle toujours aux basques.

— Je ne comprends pas pourquoi tu n’en profites pas ? me demande Jonah en reluquant Crystal.

— Ça va ? Je ne te dérange pas ? grogne Maria en croisant les bras.

— Mon amour, tu sais bien qu’il n’y a que toi… répond-il en enlaçant Maria.

Ils gloussent tous les deux avant de s’embrasser. Mon regard dérive lentement vers le comptoir où Crystal me regarde encore. Bien que je ne sois pas intéressé par le fait d’être en couple avec elle, je ne peux pas nier le fait qu’elle soit une très belle femme et que nos parties de jambes en l’air sont toujours divines. Je plonge avidement dans des pensées lubriques, qui me rappellent quelques scènes dont nous avons été les acteurs principaux, il y a encore quelques jours, sur ce même comptoir.

— Bon, nous allons rentrer. Tu viens avec nous ? me demande Jonah, en se levant.

— Non, allez-y, je vais aider à ranger et fermer le bar.

— Oui, ou aider Crystal à rejoindre sa voiture… renchérit mon ami.

Ne répondant pas à sa remarque, il me donne un coup de poing dans le ventre avant de m’ébouriffer les cheveux. Je grogne en poussant sa sale main de ma tête. S’il y a bien une chose que je ne supporte pas, c’est que l’on touche mes cheveux, ils sont déjà assez indomptables comme ça.

— Lâche-moi ! dis-je en rigolant.

Me levant également, je dépose un baiser sur la joue de Maria et prends mon ami dans mes bras. Je les salue et les laisse regagner la porte de sortie.

 

Le bar se vide de plus en plus. Il est bientôt deux heures du matin quand Crystal tourne la clé dans la serrure. Il ne reste plus qu’elle et moi dans ce petit bar étriqué. Heureusement que j’ai trouvé ce boulot pour pouvoir gagner ma vie. Ayant arrêté l’école assez vite, je ne sais rien faire d’autre que chanter et jouer de la guitare.

— Tu étais bien ce soir, comme toujours, dit Crystal qui arrive dans mon dos.

— Merci, réponds-je, platement.

Lorsqu’elle arrive contre moi, mes muscles se tendent. Ses mains se glissent sous mon tee-shirt et remontent le long de mon torse. Bien que je ne veuille rien de plus, il n’en reste pas moins que je suis un homme, avec des besoins et surtout, je ne suis pas aveugle. Il faudrait être fou pour ne pas voir qu’elle est une femme magnifique.

Crystal continue ses longues caresses le long de mon ventre, montant et descendant avec douceur. Me retournant vers elle, je glisse mes mains sur sa taille et la coince entre le comptoir et mon corps. Ses jambes se soulèvent et viennent entourer mon bassin.

— Je croyais que tu n’étais pas intéressé ? minaude-t-elle contre mon oreille.

— Tu sais bien ce que je veux dire, chuchoté-je contre son cou.

Mes mains remontent le long de ses cuisses et viennent se poser sur ses fesses. La soulevant doucement, je la dépose sur un des tabourets et écarte ses jambes tendrement. Venant me placer entre ces dernières, je laisse glisser ma langue le long de son cou, descendant progressivement vers son décolleté outrageusement découvert. Une main remonte lentement contre sa poitrine venant presser son sein qui se dresse devant moi.

Crystal est le genre de femme qui ne porte pas de soutien-gorge, car elle n’en a nullement besoin. Son haut bien serré remonte sa poitrine et lui donne des formes à damner un saint. Son corps se colle contre le mien, cambrant son dos pour me donner accès à sa poitrine.

J’enlève rapidement son petit haut et dévoile ses seins que je m’empresse de prendre en bouche. Titillant le premier de ma main et le deuxième avec ma langue, Crystal resserre sa prise sur mes hanches et passe ses bras autour de ma nuque.

— Erick…

Je ne réponds pas à sa supplique et continue mon ascension vers son corps. Elle pose ses mains sur le bas de mon tee-shirt et l’enlève sans modération. Ses ongles longs passent sur mon torse, griffant ma peau par la même occasion. Elle continue en déboutonnant mon jean. J’en profite pour glisser ma main sous sa jupe extrêmement courte et déplace le petit sous-vêtement déjà bien humide.

— Je vois que tu es prête… glissé-je à son oreille.

— Vas-y, Erick.

Son ton haletant me donne le top départ pour la rendre complètement folle. Mon doigt trouve son petit point sensible et commence à bouger afin de lui procurer du plaisir. Crystal se cambre encore plus et étale ses bras sur le comptoir situé dans son dos. Ses jambes s’écartent de plus en plus, me laissant tout le plaisir de l’admirer, mais aussi de continuer mon lent supplice.

Ses yeux m’ordonnent d’accélérer le rythme, mais je n’en fais rien et descends mes doigts tendrement. Un, puis deux… de lents va-et-vient s’insinuent en elle, continuant de la torturer. Avant que son orgasme ne pointe, je descends mon boxer et l’approche de moi. Aucun mot entre nous n’est nécessaire, elle me connaît, elle sait très bien ce que je m’apprête à faire. Mes mains se posent sur ses reins et je la pénètre d’un coup à la fois tendre et rapide. Un grognement s’échappe de sa gorge tandis qu’elle s’accroche à mes bras pour ne pas tomber. Mes coups de reins se font rapides et puissants, tandis qu’elle perd pied contre moi. Son plaisir est de plus en plus puissant, le mien monte encore et toujours, la rejoignant dans les méandres de nos orgasmes.

Un dernier coup de reins contre son corps et nous jouissons ensemble. Ma tête tombe dans son cou, la retenant contre moi encore un peu. Sa respiration rapide et haletante résonne dans mes oreilles. Ses doigts glissent le long de mes bras pour venir contre mes joues.

— Tu es sûr de ne pas vouloir venir à la maison ? me demande-t-elle.

— Crystal… Ce n’est pas une bonne idée.

— Non, c’est mieux de faire ça sur un comptoir de bar, ajoute-t-elle, irritée.

— Ne le prends pas comme ça, dis-je en me reculant. Tu sais bien que ce n’est pas ce que je veux.

Elle me pousse, descend de la chaise et se rhabille rapidement. Dos à moi, je sens bien que son agacement est fort. C’est toujours comme ça entre nous. On couche ensemble, on se dispute, elle me fait la gueule pendant deux jours et on recommence.

— J’en ai marre, Erick. Tu fais toujours ça et moi… dit-elle en baissant la tête.

— Quoi toi ? lui demandé-je en me positionnant dans son dos.

Elle se tourne face à moi, plante ses grands yeux noirs dans les miens et réfléchit à ce qu’elle veut me répondre.

— Moi, j’attends toujours que tu changes d’avis. Je ne suis pas une fille facile. J’ai des sentiments moi aussi.

Je sais bien que je ne suis pas réglo avec elle. Je ne veux pas m’engager et je profite de son corps autant que je veux. Elle ne dit jamais non, parce qu’elle espère toujours que je change d’avis. Je m’en veux de lui faire subir tout ça. Elle mérite mieux.

— Je suis désolé. Je pense que l’on devrait arrêter tout ça, me désolé-je.

— Tu es bien content de coucher avec moi, non ? me demande-t-elle, en croisant les bras sur sa poitrine.

— Ce n’est pas ça et tu le sais bien, tenté-je de répliquer. Je ne veux pas que tu te fasses des idées. Il n’y aura rien de plus entre nous, Crystal.

Je ne vois pas venir la super gifle qu’elle m’assène. Crystal est autant énervé que moi, surpris par ce geste. Ma main se pose sur la joue endolorie et mes yeux sur une jeune femme très en colère.

— Tu n’es qu’un con, Erick !

Elle tourne les talons et s’enfuit dans la réserve. Comprenant très bien que c’est mon signe pour partir, je récupère ma guitare derrière la scène et quitte immédiatement le bar.

Mon instrument dans sa sacoche et accroché autour de moi, j’enfourche ma moto, enfile mon casque et démarre au quart de tour. Le bruit du moteur de mon bolide s’enflamme et de la fumée sort du pot d’échappement. Une fois que j’ai regardé autour de moi, j’accélère lentement et me faufile dans la maigre circulation de la nuit. La ville n’est pas très grande, mais il y a quelques voitures qui circulent encore à cette heure-ci.

Je slalome entre les véhicules et tourne au bout de la dernière rue à droite. Je ralentis et m’arrête devant une petite maison. Elle ne paie pas de mine, mais c’est mon chez-moi. Quand je descends de ma moto, mes mains poussent le casque hors de ma tête. Mon regard est automatiquement happé par la lumière dans la maison située en face de la mienne. Une silhouette passe et la lumière s’éteint. Un sourire naît sur mon visage.

 

Oui, j’ai quitté ma mère, mais je ne suis pas allé bien loin. Plus exactement, de l’autre côté de la rue. C’est une chance que j’ai pu trouver une maison juste en face de chez ma mère. Tous les soirs, elle attend que je rentre du bar pour aller se coucher. J’ai beau lui dire que cela ne sert à rien, elle maintient que tant que j’aurais cet engin de mort, elle ne dormira pas sans savoir que je suis en vie.

Merci maman !

Je finis par rentrer chez moi, dépose les affaires dans l’entrée et commence à me déshabiller dans le salon. Je finis d’enlever mes affaires dans la salle de bain avant de me glisser sous une eau glacée.

 

La fraîcheur de l’eau qui coule dans mon dos me remet les idées en place. Je suis vraiment un sale con. La manière dont je traite Crystal ou encore ce que je ne suis pas prêt à lui donner pour la revoir sourire. Au fond, qui suis-je ? Suis-je seulement capable d’être en couple ?

 

Chapitre 2

 

Rosalie

 

Je termine ma traduction et y appose le point final. Tout en éteignant mon ordinateur, je fais défiler les différentes notifications qui sont arrivées sur mon téléphone. Plusieurs appels de mon patron, Peter, mais aussi quelques messages de ma meilleure amie, June.

 

Elle me propose d’aller boire un verre dans un bar du centre-ville. Comme je suis assez fatiguée après la traduction de ce roman, je préfère refuser et lui propose plutôt de venir à la maison pour un petit moment détente.

Le télétravail est génial, mais avec des romans de plus de cinq cents pages à traduire de l’espagnol à l’anglais, ma fatigue est d’autant plus forte. Passer une semaine devant l’ordinateur, concentrée sur les mots, les phrases et les syntaxes. Je suis éreintée.

Je finis d’envoyer mon message à June et un mail à Peter pour lui dire que le roman sera terminé d’ici demain après une dernière lecture. Un regard rapide sur la grosse horloge qui trône dans mon salon m’indique qu’il est presque dix-huit heures. Je ferme le clapet de mon ordinateur et le range sur mon bureau. Mes bras se lèvent au-dessus de ma tête et mes muscles s’étirent doucement. Mes doigts déposent mes lunettes sur mon bureau avant de frotter mes yeux. Un bip me surprend et annonce l’arrivée d’un message.

 

« Je serai là dans 10 minutes, j’ai plein de choses à te dire ! Bisous ».

 

Je suis ravie que June puisse venir passer la soirée avec moi. Nous nous voyons souvent, c’est vrai, mais son emploi du temps devient assez compliqué ces dernières semaines. Ma meilleure amie a toujours eu le rêve de bosser dans la musique et tout naturellement, après la fac, elle a trouvé du boulot dans une super maison de disques. Elle est devenue la meilleure découvreuse de talents de l’État du Texas. Son label a beaucoup de chanteurs country, mais elle cherche de nouveaux musiciens, qui pourraient élever le niveau de la maison de disques. Elle me raconte souvent ses découvertes et me demande mon avis sur les talents qu’elle rencontre. Ce qui fait que June sort énormément. Elle connaît tous les meilleurs endroits de la ville pour écouter de la musique. Elle dit toujours que c’est dans les endroits méconnus qu’on trouve les pépites. June devient hystérique quand elle découvre une nouvelle personne. Elle a cette oreille musicale qui fait qu’elle est la seule de sa boîte à avoir autant de succès.

Avant qu’elle n’arrive, je me décide à aller prendre une douche pour détendre mes muscles endoloris. Passer une journée avachie devant l’ordinateur n’est pas génial pour mon dos.

Tout en mettant une musique sur mon téléphone, je commence à me déshabiller tout en faisant couler de l’eau dans la douche. Mon corps se déhanche et la bonne humeur arrive immédiatement. J’aime tellement danser sur des mélodies rythmées, celles qui me donnent envie de sourire et de rigoler.

Tout en chantonnant, je rentre dans la cabine de douche et laisse couler l’eau chaude sur mon dos. Mes mains massent mes épaules et tentent d’apaiser mes douleurs. Je ferme les yeux et laisse mes pensées s’évader. La chanson résonne dans mes oreilles, tandis que l’eau chaude commence à détendre les tensions.

Au bout de quelques minutes, j’attrape le gel douche et commence à frotter mon corps. L’odeur de monoï emplit mes narines et m’emporte vers des plages de sable blanc, une eau turquoise et des palmiers à perte de vue.

Une fois lavée, je me rince et tourne le robinet pour éteindre l’eau. J’essore mes cheveux et attrape ma serviette sur le sèche-serviettes. Une fois enroulée dans la douceur chaude du tissu, j’en mets une dans mes cheveux avant d’essuyer la vitre avec la paume de ma main. Le reflet que me renvoie le miroir n’est pas des plus plaisants. Il faut vraiment que je pense à m’octroyer un peu de repos.

 

Après avoir mis de la crème hydratante sur mon visage, je file dans ma chambre et passe une tenue décontractée pour passer une soirée à la maison. Un bas de survêtement ainsi qu’un débardeur feront très bien l’affaire. J’enlève la serviette qui entoure ma tête et passe les doigts dans mes cheveux pour les démêler. Cela fait des mois que je n’ai pas pris soin de moi et mon dernier passage chez le coiffeur doit dater d’au moins un an.

La sonnette de mon appartement me sort de mes pensées futiles. Je trottine jusqu’à la porte et ouvre à ma meilleure amie.

— Rosie, ma chérie ! chantonne-t-elle.

— Bonsoir, ma belle. Entre, je t’en prie.

Je laisse passer June et ferme la porte derrière elle, avant de lui emboîter le pas. Nous prenons place sur le canapé, tandis qu’elle dépose une bouteille de vin blanc sur la table basse. Un sancerre, son préféré, elle ne change pas les bonnes habitudes.

— Je me suis dit qu’on pourrait boire un verre pendant qu’on papote, commence-t-elle. Tu veux manger quelque chose de spécial ?

— Mexicain ? demandé-je.

Un sourire apparaît sur son visage. Tout en tapant des mains, elle prend son téléphone et commence à chercher qui pourrait nous livrer un bon repas mexicain. Nous avons la chance d’aimer les mêmes spécialités culinaires.

— Voilà, ça arrive d’ici trente minutes. Pas besoin de te demander ce que tu veux, ajoute-t-elle en me faisant un clin d’œil.

— Merci. Bon, tu avais des choses à me raconter ? m’enquis-je.

— Oui, en effet. J’ai découvert un nouveau chanteur, commence-t-elle, le sourire aux lèvres. Tu devrais le voir, il est sublime.

— June, il me semble que ce sont des chanteurs que tu cherches, pas des mannequins, dis-je, taquine.

— Mais oui ! Il chante aussi bien qu’il est canon. Tu vas venir avec moi le voir, ce week-end.

— Oh, June… Je suis fatiguée cette semaine, annoncé-je, lasse.

— Je veux rien savoir, dit-elle en pointant un doigt vers moi. Tu vas venir avec moi, et tu verras le spécimen.

Elle me fait tellement rire. June, la célibataire endurcie, qui essaie tant bien que mal de me caser avec tous les chanteurs qu’elle croise. Mon objectif étant tout autre en ce moment. Je me concentre uniquement sur ma carrière professionnelle et n’ai pas du tout envie de m’engager dans une relation quelconque.

— Rosie ? Tu m’écoutes ? m’appelle June en me faisant un signe de la main.

— Pardon. Oui, je t’écoute. Je viendrai, mais je suis vraiment fatiguée.

— On ne rentrera pas tard, promis, ajoute-t-elle en me tendant son petit doigt.

J’attrape son auriculaire et l’entoure avec le mien.

— Promesse du petit doigt, clamons-nous en chœur.

Un fou rire nous prend et emplit le salon tout entier. Une fois notre partie de rigolade terminée, je décide de mettre la télé et zappe sur une chaîne de musique. Nous écoutons les différentes chansons et June, à son habitude, critique tous les clips et les différents artistes qui passent à l’écran. Je ris à en avoir mal au ventre. Elle a une sacrée déformation professionnelle.

 

La sonnette retentit une nouvelle fois, me prenant par surprise. Je continue de sourire tout en allant ouvrir au livreur. Il doit me prendre pour une folle quand j’ouvre la porte tout en couinant comme une gamine.

Quand je retourne auprès de mon amie, elle continue de baragouiner dans son coin, tout en critiquant chaque tenue des chanteurs présents à l’écran.

— Non, mais regarde-moi ça ! Il a une tenue toute quadrillée. Qui a eu l’idée de l’habiller comme un échiquier ?

J’éclate de rire sans répondre à sa question. Elle m’imite tout en m’aidant avec les sacs de nourriture. Nous prenons place devant la table basse et déballons nos différents plats.

— Et côté mecs ? lui demandé-je, curieuse.

— Oh ! Rien de neuf. Juste un passe-temps de quelques jours.

— Pardon ? Manquant de m’étouffer. Tu peux développer s’il te plaît ?

Ma meilleure amie ne me cache jamais rien. À l’idée de savoir, qu’elle a quelqu’un de nouveau dans sa vie me donne envie d’en savoir plus.

— Juste un mec que j’ai rencontré dans un bar la semaine dernière, dit-elle, simplement.

— Et c’est maintenant que tu me le dis ? clamé-je.

— Oh, Rosie, il n’y a rien de passionnant à raconter ça ! commence-t-elle. On ne se connait pas, on s’envoie en l’air, rien de plus.

— Comment ça, rien de plus ? demandé-je en me mettant face à elle. Tu ne me dis plus rien maintenant ? Alors que moi je dois tout te dire de A à Z ?

Ma meilleure amie me regarde, s’arrêtant même de mâcher.

— Mais enfin, il n’y a rien de grave. Il s’appelle Seth, il a trente et un ans et il est serveur. Voilà ! finit-elle par dire.

— Quand même ! Depuis quand tu me caches ce genre de choses ? dis-je en feignant d’être triste.

June s’approche de moi et passe un bras autour de mes épaules. En posant sa tête sur mon bras gauche, je sens un sourire naître sur ses lèvres.

— Ma petite Rosie. Tu as hiberné toute la semaine. Impossible de te joindre, donc je n’ai pas pu t’en parler. Maintenant que tu es là, je tiens à ce que tu saches que ma petite culotte s’enflamme dès que je le vois et qu’il est chaud bouillant. Heureuse ? ajoute-t-elle avant d’éclater de rire.

Pour seule réponse, je me joins à elle dans un gloussement peu glamour. Nous nous jetons contre le dossier du canapé dans une hilarité déconcertante.

Elle me manque, tous les jours. Quand nous étions à la fac, nous avions pris un appartement toutes les deux. Ce fut nos meilleures années et même si chacune a pris son indépendance, cela restera la meilleure partie de ma vie.

Nous finissons notre repas tout en continuant nos critiques sur les quelques chanteurs latinos qui passent à la télé.

June décide de rentrer chez elle vers une heure du matin en me faisant promettre, encore une fois, de la rejoindre demain soir dans ce fameux bar où elle a vu ce chanteur. Elle ne m’a donné que son prénom, rien de plus. Il s’appelle Erick. Je ne sais pas ce qu’il chante, ni comment. Je sais encore moins à quoi il ressemble.

 

Je termine de ranger le salon tout en me déhanchant sur la mélodie d’un clip qui se diffuse sur l’écran, nettoyant la table et mettant tous les couverts et les verres dans le lave-vaisselle. Une fois finie, je regarde mon œuvre et suis ravie de ce que j’ai fait. Mon appartement est nickel, tout est clean. Je vérifie une dernière fois que la porte soit bien fermée et éteins toutes les lumières avant de me diriger vers ma chambre. Allumant ma lampe de chevet, je défais mes cheveux attachés en chignon et me glisse sous ma couette. Il fait quand même plus de vingt-cinq degrés dehors, mais j’ai toujours froid. C’est là que la présence d’un homme me serait bien utile.

Être toujours au chaud dans les bras forts et musclés d’un homme.

Je finis par m’endormir avec cette belle pensée. Le sommeil s’empare de moi très rapidement.

 

Chapitre 3

 

Erick

 

Cette sensation de bien-être qui m’envahit chaque fois que je joue de la guitare. La déconnexion que je ressens quand je plonge dans mes mélodies, que ce soit mes propres chansons ou des reprises. Je termine les dernières paroles de la chanson Hero1, quand une tonne d’applaudissements me sort de ma transe. C’est toujours la même chose. Pour oublier tous les tracas de ma vie, la musique est le seul moyen que j’ai trouvé pour respirer.

 

Quand les projecteurs se rallument, mes yeux se froncent légèrement, tentant de se faire à la brusque luminosité de la pièce. J’essaie de percevoir mes amis tant bien que mal, mais difficile de s’adapter. Finalement, après quelques secondes, je m’habitue et retrouve mes amis, installés sur le côté de la salle. À quelques tables de là, j’aperçois un visage familier. Une jeune femme que j’ai déjà vue plusieurs fois ici, cette fois-ci, elle est accompagnée d’une autre femme. Elles discutent et me lancent des coups d’œil furtifs. Je ne peux m’empêcher de fixer mon regard sur son amie, une très jolie brune aux cheveux longs. La jeune femme porte un jean noir moulant qui met ses longues jambes en valeur. Elle porte un chemisier fluide dont les premiers boutons sont défaits et qui tombe sur une épaule, mettant en avant sa poitrine. Ce qui me fascine surtout, c’est son visage. Ses yeux sont d’un bleu éclatant et la blancheur de sa peau englobe le tout, la faisant ressembler à une vraie poupée. Ses joues sont légèrement rosées. C’est bien ça, cette fille est une magnifique rose.

— Tu rêves encore ? me demande mon meilleur ami.

Je ne réponds pas et me contente de hocher la tête. Il sourit et pose une main sur mon épaule.

— C’est insensé de se retrouver dans un autre monde, comme tu le fais, chaque fois que tu montes sur scène.

— C’est comme ça que je me retrouve. Si je regarde le public, je ne pourrai pas chanter comme je le fais.

— Ton don est exceptionnel, Erick. Rien ne peut t’enlever ce petit truc en plus que tu as. Tu les as tous mis par terre ce soir.

Nos yeux se rencontrent. Jonah me fait son plus beau sourire. Il n’a de cesse de me pousser à faire plus, à démarcher les maisons de disques, mais je ne suis pas sûr que ce soit quelque chose qui me corresponde.

Qu’est-ce qu’un label pourrait bien faire avec moi ?

— Tu racontes n’importe quoi ! m’enquis-je. Je n’irai pas voir les maisons de disques. Je n’ai rien à y faire.

— Alors c’est elles qui viendront te chercher, continue-t-il. Personne ne peut passer à côté de ta voix.

— Tu es adorable, Jonah. Merci pour votre soutien, mais je continuerai de chanter ici et de servir des boissons. Je n’ai pas vocation à devenir une super star.

— Tu ne sais pas ce que tu rates, se désespère-t-il. Outre le fait de chanter quotidiennement, tu seras aussi connu et penses à l’argent que tu pourras amasser ! dit-il en rigolant. Mon pote, pense au blé que tu peux te faire.

— Jonah… dis-je, las. Je ne vais pas encore te le répéter.

Mon ami se tape le front de sa main et ferme les yeux. Ce comportement chez lui, signifie que je l’énerve. Il ne comprend pas mon obstination à refuser toute cette partie du métier. Il secoue frénétiquement la tête avant de me taper dans le dos et de retourner s’asseoir auprès de sa fiancée. Je continue de ranger mon matériel quand des talons se font entendre sur le plancher de la scène.

— Bonsoir, commence une voix féminine.

Me retournant, je tombe nez à nez avec les deux jeunes femmes que j’ai aperçues dans la salle après ma dernière chanson. Mes yeux se portent immédiatement sur la jolie brune qui accompagne la femme qui m’adresse la parole. Quant à elle, son regard se tourne vers ses pieds. Je la sens mal à l’aise. Cette jeune femme a quelque chose de mystérieux. Elle fuit mon regard. Ça m’attire autant, que ça m’intrigue…

— Bonsoir, réponds-je.

— Je m’appelle June, enchantée, continue-t-elle en me tendant sa main.

Je prends sa main dans la mienne et la serre délicatement. Que peut-elle bien me vouloir ?

— Erick, de même. Que puis-je faire pour vous, mesdames ?

— Je travaille pour une maison de disques et je voudrais que l’on discute, si cela est possible ?

Voilà la chose à laquelle je ne m’attendais pas. Juste aujourd’hui où Jonah me parle du même sujet. Jamais il ne me serait venu à l’idée qu’une maison de disques puisse venir me voir pendant un de mes concerts et encore moins qu’elle veuille me parler.

— Possible oui, après cela dépend de la discussion.

La fameuse June, arque un sourcil, puis sourit à nouveau. Elle lance un regard amusé à son amie et reprend la parole.

— Nous pourrions trouver un endroit au calme ? demande-t-elle en regardant autour de nous.

— Venez, allons en coulisses.

Je leur emboîte le pas et me dirige vers l’arrière-scène. Une toute petite salle qui sert de coulisses aux artistes venant au bar pour un petit concert a été aménagée il y a quelques mois. Je leur indique le vieux canapé d’un geste de la main, avant de prendre place sur le seul fauteuil de la pièce.

— Je vous remercie de m’accorder un peu de votre temps, Erick, commence-t-elle. Comme je vous l’ai dit, je travaille pour une maison de disques, je cherche les talents de demain et je suis tombée sur vous, sourit-elle.

Je ne réponds pas et la laisse continuer son monologue. Peut-être vais-je leur sembler froid et distant. Je ne suis pas habitué à avoir ce genre de conversation, et mon malaise doit se ressentir dans toute la pièce.

— Je suis venue par hasard, un soir. Votre voix m’a complètement envoûtée, commence la jeune femme.

— Merci, dis-je doucement.

— Vraiment. Je pense que vous pourriez avoir une belle carrière. Seriez-vous intéressé par un contrat avec notre label ? me questionne-t-elle, en croisant ses mains sur son genou.

— Je ne suis pas sûr que ce soit quelque chose pour moi, avoué-je en évitant son regard.

Mes yeux se posent sur la jeune femme assise à ses côtés. Elle nous écoute, mais ne parle pas. Ses deux jambes bien ancrées au sol, son sac posé sur ses genoux, elle triture la lanière de ce dernier tout en nous jetant des œillades. Je ne saurais dire à quoi elle pense, ni même ce qu’elle ressent.

— Vous avez un talent incroyable, Erick, continue June. Je sais que vous pouvez faire de très belles choses. Votre style et votre voix seront un atout pour nous, continue-t-elle sur la même lancée. Je vous laisse ma carte, appelez-moi, d’accord ?

— Je vais y réfléchir.

Tout en prenant la carte, je regarde son nom et prénom ainsi que ses coordonnées. Elle me répète encore une fois qu’elle serait ravie de me voir intégrer la maison de disques et que ma voix ne doit pas se perdre. Je les remercie et les raccompagne à la porte. June sort de la pièce tandis que je tiens toujours la porte à son amie.

— Vous ne m’avez pas dit comment vous vous appeliez ? lui demandé-je.

La jeune femme s’arrête à ma hauteur, ses grands yeux bleus me transpercent à la minute où ils se posent sur moi. Mon cœur rate un battement. Tout en maintenant la porte ouverte, je me rapproche d’elle.

— Non. Mon prénom n’a aucune importance pour vous, en revanche, vous comptez pour mon amie.

— Je vais y réfléchir.

La tension qui naît entre nos deux corps est palpable. J’essaie de me rapprocher, mais elle fait quelques pas en arrière. Lui ai-je fait peur ?

— Vous ne voulez pas me dire comment vous vous appelez ? demandé-je à nouveau.

— Je n’en vois pas l’intérêt. Bonne soirée, Erick, ajoute-t-elle, fermement.

Sans me laisser une seconde, elle quitte la pièce et rejoint son amie sur le devant de la scène.

Restant sceptique sur cette petite entrevue, mon cerveau bouillonne et se demande quoi faire. Dois-je me lancer dans une carrière inconnue ou rester dans mon train-train habituel ?

 

Je suis tellement confus que je n’entends pas mon amie m’appeler

— Erick ? m’appelle Maria, encore une fois.

— Je suis là, crié-je pour qu’elle me voie.

Ils me rejoignent directement dans la petite salle, prenant place sur le canapé en face de moi.

— Tu étais où, me demande Jonah, curieux.

— Ici, commencé-je. Une femme d’une maison de disques voulait me parler.

— Quoi ? s’exclament mes amis, en chœur.