Alors, heureuse ? - Séverine Blaise - E-Book

Alors, heureuse ? E-Book

Séverine Blaise

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Beschreibung

40 ans le plus bel âge ? Une décennie qui secoue les certitudes en tout cas. Je vous offre une tranche de vie. La mienne. Peut-être aussi la vôtre ? Finement découpée en 34 chroniques d'humeur et d'humour sur le quotidien d'une femme, mère de deux enfants et fraîchement divorcée. Les rêves, le sport, les corvées, les amours, les désillusions et les espoirs. Tout est là. Alors, heureuse ? A vous de le découvrir !

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Seitenzahl: 153

Veröffentlichungsjahr: 2023

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Pour toi, Maman, pour m’avoir transmis ce souffle de vie inaltérable …

Sommaire

La Carrie Bradshaw de la campagne

Séverine VS Hélène

Téléphone et moi

Les Chronophages

L’écho d’un sourire

Un jour, mon prince viendra

A bout de souffle

Friends ? Friends !

Sur le marché

Drôles de sites pour une rencontre

Intermède

Le pouvoir des mots

Le goût des autres

Mourir, la belle affaire, mais vieillir…

La maîtresse des clés

De la vertu de la colère

Le temps de se souvenir, 11 novembre

Otez-moi d’un doute

La fée du logis… ou pas !

Sportivement vôtre

Le syndrome du jouet

Barbara Cartland et ses dommages collatéraux

J’ai été grosse

Mais tu vas avoir 45 ans ! …

Une femme ordinaire

Renaissance

Patrick, si tu m’écoutes…

Rien n’est aussi joli qu’un souvenir

C’est Noël !

Love coach

Choisis ton camp, camarade !

L’œil du tigre

Yann… émoi

Quinqua en approche…

La Carrie Bradshaw de la campagne

Carrie Bradshaw, vous connaissez ? Je me rends bien compte que plus les années passent, moins les références télévisuelles font écho à des souvenirs communs. Une sorte de rupture générationnelle. Déjà. Pour les plus de quarante ans, le titre de cette série devrait cependant faire mouche. Sex and the city. La série américaine avec quatre copines vivant à New York qui nous faisaient partager leur vie amoureuse. Vous visualisez ? Un remake cinématographique est sorti il y a quelque temps d’ailleurs, tentant de remettre au goût du jour les tribulations de ces femmes new-yorkaises. Au passage, une copine a disparu, sans aucun doute victime de jeunisme. La vieillesse des femmes est encore si taboue. Cachez ces rides que je ne saurais voir. Parce que, à l’époque, elles étaient plutôt modernes, ces héroïnes conquérantes qui parlaient de sexe et d’amour sous toutes ses formes.

Carrie en était le personnage principal, elle était la narratrice et puisait dans son existence les articles qu’elle écrivait dans un journal. Je me suis dit que j’allais faire de même ! Poster sur mon compte Facebook un texte chaque semaine sur la vie d’une quadragénaire divorcée. Je vous arrête tout de suite. Il n’y aura ni sexe ni city dans ce livre. C’est une adaptation française. N’est pas Carrie Bradshaw qui veut. Pourtant… est-ce qu’une femme, la quarantaine, vivant au fin fond de la campagne euroise, a une vie suffisamment intéressante pour en faire un livre ? Dit comme ça, il est peu probable que des producteurs américains ou même français misent sur ce type de projet. Et pourquoi pas d’ailleurs ? Une vie n’est-elle que paillettes, sexe et sorties ? La vraie vie, c’est quoi ? Ma vie, la vôtre, par quoi se définissent-elles ?

Ecrire sur sa vie, ça commence très tôt pour certains. Avec un journal intime. Je me demande si c’est encore actuel ou si tous les posts Instagram, les BeReal, ces images fixant le quotidien, n’ont pas remplacé le journal. Figer le temps, non plus par des mots écrits, mais par des images. Des photographies de l’instant. Posées. Mises en scène souvent. La différence réside peut-être là. Quand on écrit un journal intime, on se met à nu. Les faux-semblants n’ont pas lieu d’être. Ecrire, c’est se dépouiller des artifices. Poster des images, c’est les sacraliser. Alors, qui écrit encore un journal intime ? Moi. Encore et toujours. Comme à quinze ans d’ailleurs. Des mots s’alignaient presque chaque jour dans des cahiers disparates, des mots que je juge creux maintenant quand je les relis. Un mélange de honte, d’agacement, mais aussi de tendresse. Quel égocentrisme, mais quelle fragilité aussi !

J’ai gardé tous ces carnets pour ne pas oublier ces moments d’adolescence difficiles, pour pouvoir partager avec ma fille sa souffrance, ayant été ébranlée par les mêmes émotions. J’ai donc caché ces journaux de déménagement en déménagement pour léguer un trésor inestimable : « Mais non, ma chérie, tu n’es pas nulle… Lis, j’ai traversé les mêmes moments et regarde-moi maintenant… » ! La dernière phrase est sans doute maladroite, voire contre-productive. Qui a envie de ressembler à sa mère ? Oh, le beau « produit fini » que voilà ! Non, il y a de quoi effrayer n’importe quelle adolescente…

Mais, au fait, vous ai-je dit que j’ai deux garçons ? Et autant vous dire que le journal de mes quinze ans, ils s’en balancent comme de leurs premiers Playmobil ! La vie s’amuse avec une ironie toujours renouvelée. Mes fils ne veulent pas de mes mots d’adolescente ? Qu’à cela ne tienne ! J’écrirai pour la postérité ! Et vous serez là pour en témoigner. Alors, bien sûr, je me heurte à un problème de taille, car il faut bien avouer que Carrie et moi, nous avons peu de choses en commun. Elle, c’est ordinateur Mac, sac Vuitton, New York, sexy girl, margaritas, escarpins et coiffure de lionne, sans oublier son « Mister Big ». Moi, c’est ordinateur Asus, sac Leclerc, Eure en Normandie, plutôt bonne poire que Big Apple, la brasserie du coin, mojitos, bottines usées à talons plats et cheveux gris qui insistent, sans oublier mon « Mister Big » qui est surtout « big » par son absence.

Et évidemment, aucune certitude d’avoir des choses à raconter parce que, c’est bien connu, la ménagère de moins de cinquante ans, sortie des gamins et du ménage, elle vit une vie plate et sans saveur ! Vraiment ? Mais, si vous êtes en train de me lire, c’est que j’ai trouvé des anecdotes ou des réflexions à partager et que, peut-être, vous y trouverez un intérêt ? Alors ? Est-ce que tu me suis ? comme le chante Florent Pagny ? Ah ! Encore une différence avec Carrie. Il est peu probable qu’elle goûte les chanteurs populaires. Je me demande si la comparaison avec elle n’est pas abusive… Sauf si… Relisez le titre.

Séverine VS Hélène

Voici venu le temps de la rentrée. Cette fameuse rentrée tant attendue ou crainte, c’est selon le point de vue de chacun, qui sonne le glas des vacances. Reprise d’un rythme -et quel rythme !- quand on est à la fois institutrice, maman solo et accessoirement femme. Le temps ne s’écoule plus sous le prisme langoureux des journées paresseuses, mais retrouve tout d’un coup une dimension sociale, contraignante et coercitive. Arrivée sur mon parking, le cartable usé, mais reposé à la main, je retrouve ma voiture pour une prérentrée joyeuse puisque synonyme de retrouvailles avec mes collègues. Qu’est-il encore arrivé à Justine, notre reine des mésaventures en tout genre pendant ses vacances ? Une poignée de minutes mettra fin à ce suspense.

Il est 8h00 du matin, du poste de radio, une voix québécoise susurre : « L’été qui s’achève, tu partiras, dans ton pays loin là-bas… » et immédiatement, les paroles s’enchaînent dans ma tête et me voilà en train de chanter cette chanson culte. Certains puristes abonnés aux Inrockuptibles s’étouffent déjà face à cet adjectif impropre. Mais je regrette, dans le dictionnaire, la définition du mot « culte » est sans appel : « Qui suscite l’enthousiasme d’un public ». Et il en a suscité, de l’enthousiasme, Roch Voisine ! Chanson culte de tous les plus de quarante ans. Même si vous avez une culture musicale supérieure à la mienne (ce qui n’est pas très difficile), vous connaissez forcément ce titre. Vous êtes même en train de le fredonner là, non ? 1989 ? Si loin et si proche pourtant. Les chansons ont le pouvoir extraordinaire d’effacer le concept d’espace-temps. Souvenirs… Roch Voisine pleurant sa fiancée. Hélène, il me semble. Et par une curieuse association d’idées, j’entonne : « Hélène, je m’appelle Hélène ». Cette dernière référence ne va pas améliorer la piètre estime que vous avez quant à ma culture musicale. Je pourrais vous rétorquer que, là encore, la chanson est culte et que ce qui est populaire est par essence inattaquable. Effectivement, là encore, ça se discute.

Hélène… cette Hélène me poursuit, on dirait. La plus belle femme du monde après Aphrodite si on en croit le nouveau Larousse de référence qu’est devenu Wikipédia. Ce n’est pas Pâris qui me contredira, ce prince troyen qui enleva la belle Hélène et provoqua la guerre de Troie. Belle Hélène ? Comme le dessert ? La poire Belle-Hélène ! Décidément, cette Hélène, elle commence à me fatiguer. Il y a certaines femmes comme ça à qui tout semble réussir. Une chanson, une série, un enlèvement, un dessert… Et pourquoi n’aurais-je pas droit à un dessert qui porte mon nom ? Poire et Séverine, ça sonne drôlement bien. La poire Belle-Séverine ? Il y a, soudain, comme quelque chose qui cloche, un mot de trop ou mal choisi… La poire Bonne-Séverine, voilà qui est plus crédible ! Ou Séverine-la-Bonne-Poire, ça marche bien aussi, mais c’est un autre sujet…

Bref, Séverine n’a rien d’une héroïne. Est-ce le choix du prénom qui conditionne une destinée ? Telles Lucille qui hantait Michel Jonasz, Stéphanie qui manquait à Christophe, Cécile que son père Claude Nougaro encensait, Michelle que les Beatles admiraient, Céline que regrettait Hugues Aufray et même Paulette et ses paupiettes ! Mais de Séverine, que nenni ! Non… Séverine, c’est la « girl next door », la fille d’à côté à qui on emprunte du sucre, à qui on demande d’arroser les fleurs et qui garde le chat du voisin. La gentille fille quoi. Brave Séverine. Pas le genre à être enlevée par un prince troyen rendu fou par sa beauté ou encensée dans une magnifique chanson d’amour. C’est un fait. Scientifique. Et si c’est la science qui le dit… Remarquez, on est à une époque où même les certitudes scientifiques sont remises en cause. L’électricité au temps des Egyptiens ? Mais oui ! Si c’est Maître Gims qui le dit. Quand on est un maître, on doit savoir ce genre de choses-là, non ?

Et il y a toujours une exception pour confirmer une règle. Patrick Bruel me fait l’honneur d’être cette exception, temporairement s’entend. Parce que dans Place des grands hommes, il chante : « La belle Séverine me regardera-t-elle ? ». A chaque fois que j’entends cette chanson, je crie : « Ouiiiiiiii ». D’ailleurs, Patrick, si tu lis ces lignes, contacte-moi, car oui, je TE regarde. Certes, le visage figé, façon Le cri de Munch, vu que cela va faire trente ans que je crie : « Oui ». C’est mon lifting à moi. Il ne verra pas mes rides comme ça, car j’ai cru comprendre qu’il préférait les jeunes filles. Encore une désillusion.

Il n’y a AUCUNE jeune fille qui porte le prénom Séverine. Ce prénom a eu une date de péremption dans les maternités et n’a pas survécu aux années quatre-vingt. Et pour Patrick, une femme des années quatre-vingt, c’est une femme âgée. Alors, je n’ose imaginer ce qu’il peut penser d’une femme des années soixante-dix qui a connu Michael Jackson vivant. Dieu merci, dans la barque des illustres femmes communes, nous sommes nombreuses. Quid des Delphine, Sandra, Patricia, Karine, Virginie, Françoise ou Elodie ? Aucune n’a fait l’objet de louanges particulières. On se retrouve entre nous, parfois. On s’échange nos chats, on se prête des plantes ou on se gave de sucre. Solidaires quoi. On vous accueille quand vous voulez ! Enfin, si vous n’êtes pas une Hélène, bien sûr. J’ai du sucre. Je vous l’offre, ce café ?

Téléphone et moi

Un mardi soir sur la Terre. Pas un samedi. Un mardi. Un jour comme un autre. Un jour qui, on le sait, ne restera pas gravé dans nos mémoires, mais tombera dans l’oubli, comme tant d’autres avant lui. L’armée des jours perdus et oubliés pourrait envahir les quelques beaux souvenirs que l’on se repasse en boucle pour se rassurer sur cette vie qui défile et semble ne laisser aucune trace. La vie n’est-elle qu’une lente -ou rapide-succession de moments quotidiens ? Comme des grains de sable qu’on duplique à l’infini dans un rituel automatique, le fameux métro, boulot, dodo, et qui viendraient s’écraser, les uns après les autres, dans le sablier de la vie.

A bien y regarder, ce sablier ne serait-il pas déjà bien rempli ? Mais de quoi ? Chaque grain de sable est le clone de son voisin. Les uns à côté des autres, ils finissent par faire une masse. Une masse de… de quoi ? Une masse de quoi, bon sang ? De métro ? De boulot ? De dodo ? Soudain, un souvenir s’insurge ! Et moi alors ? semble-t-il dire. Je ne compte pas ? Ce petit cri indigné est bientôt rejoint par d’autres qui, par flashs successifs, font sauter le petit amoncellement triste des jours communs. Les sourires extatiques que j’ai distribués à qui mieux-mieux lors de mon mariage montent les premiers sur la barricade de la résistance. Tiens, prends ça dans la figure ! Et mon fils qui réussit, enfin, à faire du vélo après des jours entiers d’échecs ! Et celui-là aussi, le regard pétillant de mon autre fils quand il m’a fait la surprise de tondre la pelouse en attendant de voir ma réaction. Tiens, prends ça dans le cœur ! Et ces bras que j’ai des regrets à quitter… D’autres se mêlent, se mélangent, s’accrochent à mes pensées, à mon cœur et tous me rabrouent. On est là, nous ! On est là ! Et si notre couleur, vue de l’extérieur, est la même, toi, tu sais que ce grain de sable-là a plus de valeur que les autres. Ouf ! Ce mardi est un jour comme un autre. Ou peut-être pas.

Un mardi soir sur la Terre donc. Je me dirige vers le canapé. Un magazine scientifique sur les genoux qui traite de la période égyptienne et des grandes pyramides. Le titre est accrocheur : Lumineuse Egypte. Je souris. Suivez mon regard… Je suis bien décidée à faire toute la LUMIERE sur cette affaire d’électricité égyptienne. Une approche scientifique. Enfin ! Je commence ma lecture : « Si on imagine parfaitement comment les anciens égyptiens s’éclairaient… » quand j’entends un « Ting ». Non, non. Je résiste. Je ne suis pas, comme les autres, esclave de mon téléphone. Je continue donc ma lecture… « Dans la vie courante avec des lampes à huile et des torches qui laissaient des résidus noirâtres. » Je hoche la tête, heureuse. « Des lampes à huile », évidemment, je crois même que je suis en train de hausser les épaules quand… « Ting ». C’est qu’il insiste, mon téléphone, convaincu que le réflexe de Pavlov -qui consiste à se jeter sur son téléphone dès que le stimulus « Ting » est entendu- est bien ancré ! Pire que les sirènes d’Ulysse… Dois-je m’enchaîner pour résister à cet appel ? Cette idée me fait sourire. Quand même ! Je suis une femme libre, non ?

Pourtant, je m’interroge déjà sur l’émetteur du message et son contenu. « C’est peut-être important ? » A la seconde où cette question me traverse l’esprit, je sais que je suis vaincue. Trop tard ! L’Egypte attendra. Et me voilà lisant le message. Inintéressant. Bien entendu. Commence alors un combat sans merci entre deux volontés qui s’affrontent. Et l’issue de cet affrontement tient en une question : vais-je reposer le téléphone ? Et comme toujours dans ces cas-là, deux voies -comme deux voix- s’opposent. La voie de la facilité, tout en habitude et souplesse, susurre avec cette jolie voix mielleuse et sucrée : « Reste. Je t’en prie, reste. On est si bien ensemble ». La voie de la sagesse et de l’effort, elle, coupe court aux élans fallacieux de la facilité d’une voix ferme et déterminée : « L’article est passionnant et t’apportera des éléments de réponse. Par ailleurs, comme tu le dis si souvent, n’est-ce pas l’effort qui apporte la satisfaction ? ».

Fière de moi, le poignet souple et l’air arrogant, je me penche pour reposer le téléphone quand une notification éclaire de sa foudre divine mon écran noir et emporte mes bonnes résolutions. Au diable, les efforts ! Vautrons-nous dans la facilité ! La proie est ferrée. Je répète. La proie est ferrée. Parce que je ne m’arrête nullement à cette notification. Je surfe, je baigne dans un océan de vide, je glisse sur les images, les publicités, les vidéos avec une aisance indécente. La légèreté de mes pensées n’a d’égal que la légèreté des contenus que je visionne. Je like des posts d’amis que je n’ai pas revus depuis des années et qu’il est peu probable que je revoie un jour, je partage des chansons, confirmant sans honte mon absence totale de bon goût dans le domaine musical, j’affiche des citations de vie aussi sentencieuses que néo-intellectuelles. Je regarde la vie des autres, je voyage grâce aux autres, réalisant au passage que mes moyens financiers à moi me tiendront éloignée de toutes ces belles destinations pour encore un bout de temps.

Parce que, vous avez remarqué, il y a deux groupes sur Facebook. Les « alimenteurs » et les « regardeurs ». Si j’étais un brin provocatrice, mais ce n’est pas mon genre, j’écrirais les « narcissiques » et les « voyeurs », mais comme je risque de perdre tous mes amis Facebook à écrire une chose pareille -et moi, je l’aime, mon public, heu pardon, je les aime, mes amis-, je resterai sur cette prudente constatation : il y a ceux qui alimentent et ceux qui regardent. Parfois, certains font même les deux ! Chacun est bien conscient que ce qui est montré sur Facebook n’est pas la vraie vie. Ce ne sont que des morceaux minutieusement choisis, voire fabriqués, qui cinématographient une vie ordinaire.

D’ailleurs, qu’est-ce qui pousse les uns à exposer leur vie et les autres à regarder ? Une seule réponse me vient à l’esprit : l’ennui. Quand le temps se lasse d’être tué. Triste constat. Que faire pour se libérer du joug de cet objet addictif ? Ces smartphones, soi-disant intelligents, nous aliènent « à l’insu de notre plein gré ». Cette ambivalence entre attirance irrépressible et conscience aiguë de ce temps à jamais perdu. Ces grains de sable inutiles, ces grains de sable qui agissent comme des coucous. Des voleurs d’intimité. Des videurs de vie. Des remplaçants illégitimes qui ont transformé des possibilités infinies en vides assumés.

Mais pourquoi vouloir à tout prix chasser l’ennui ? J’ose une théorie alors. Parce que dans cette vie survoltée, le moindre moment de calme est perçu comme devant être comblé. Comblé par n’importe quoi, combler ce vide dans le temps, ce vide dans l’esprit, ce sentiment de solitude inhérent à toute vie oisive. L’oisiveté engendre le temps libre et le temps libre engendre la peur.

N’importe quel parent voit combien les enfants sont paniqués à l’idée d’avoir du temps devant eux à ne rien faire. Ne rien faire ? Qu’est-ce donc, ce principe de vie ? On se doit d’être occupé. Occupé à ne rien faire. Mais