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Renée Sorel, vingt deux ans, vit chez ses parents; son père, professeur d'Université a vu sa carrière brisée par une cécité précoce. La jeune fille subvient aux besoins de la famille par son travail d'artiste peintre. Elle va bientôt tomber sous le charme de Lionel Duplessier, jeune chef de cabinet du sous-secrétaire d’État ...
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Veröffentlichungsjahr: 2018
Jeanne Loiseau (épouse d’Henri Lapauze, conservateur du Petit- Palais), figure rarement dans les ouvrages de référence modernes mais semble avoir été tenue en grande estime par ses contemporains. Dès 1882, son nom de jeune fille et son pseudonyme de Daniel Lesueur sont connus parallèlement. D’une œuvre d’une quarantaine de titres tombée dans l’oubli, certains romans avaient cependant atteint jusqu’à dix éditions. Il semble que les mieux reçus, traduits en langues étrangères, soient précisément les plus « sentimentaux » et les moins « féministes ». Ces romans valent mieux que leurs titres mélodramatiques, destinés au seul public féminin : contrairement au genre traditionnel du roman rose cette œuvre est souvent enracinée dans la réalité politique, économique et sociale. Les conflits idéologiques y sont présentés, la question de la condition des femmes est omniprésente.
Elle suivait le quai d’Orsay, de son pas court, vif, décidé, son joli teint frais animé par l’air sec et piquant d’un après-midi de décembre, ses beaux yeux bleus curieusement et joyeusement ouverts, sa toque de loutre coquettement posée sur ses frisons d’un brun doré, lorsque tout à coup un grand tressaillement la secoua, ses genoux fléchirent, la force lui manqua pour avancer. Elle venait d’apercevoir Lionel.
Ce n’était pas pour le rencontrer qu'elle avait fait ce grand détour, sortant du Louvre, où elle copiait un tableau de l’École italienne, et n’ayant qu'à prendre l'avenue de l’Opéra et la rue d’Amsterdam pour se retrouver chez ses parents, aux Batignolles. Non, elle aurait eu presque peur à l’idée de le voir, et surtout grande honte en songeant qu'il devinerait une pareille intention.
Elle voulait seulement respirer un peu l’air qui entourait immédiatement celui vers qui, depuis peu, allaient toutes ses pensées. Elle découvrirait peut-être en scrutant la façade froide, à prétentions grecques, du ministère des Affaires Étrangères, dans quel angle du grand bâtiment se trouvait la pièce où il se tenait, comme chef de cabinet du sous-secrétaire d’État. La faveur de Gambetta, alors Président du Conseil, lui avait valu cette position, si jolie pour un jeune homme de vingt-quatre ans, jusque-là simple secrétaire auprès de l’illustre tribun.
Et voilà qu’il arrivait au-devant d’elle, tournant l’angle de l’Esplanade, de sa démarche assez pesante, aux jambes très légèrement arquées d’un cavalier démonté, bien qu’il n’eût pas l’habitude du cheval, mais le buste fort et bien droit, et sa tête superbe fièrement rejetée en arrière au-dessus de son col de fourrure.
— Mademoiselle Renée ! fit-il d’un ton de surprise charmée, en tendant la main à la jeune fille.
Elle avait repris son sang-froid, en apparence du moins. Au fond du cœur, elle sentait renaître le trouble délicieux et encore inexpliqué, éveillé depuis quelque temps par le regard de ces longs yeux bruns veloutés, qu'elle avait vus jadis tout enfantins, et qui, d’un jour à l’autre, venaient de lui révéler leur dangereuse puissance.
— Est-ce que vous veniez, dit Lionel, me rappeler ma promesse de vous donner des billets pour la Chambre? Je suis un fameux étourdi. Vous devez m’en vouloir?
Il mit dans ces mots « m’en vouloir, » un accent confiant et câlin qui les démentait, et qui fit frissonner Renée comme l’aurait fait une caresse.
— Oh! monsieur Lionel, répondit-elle avec vivacité, me croyez-vous capable d’une telle inconvenance? Non, non, je passais seulement… tout à fait par hasard.
Puis, tout de suite, sa gaîté remportant comme toujours sur un petit mouvement de pudeur offensée, elle ajouta avec son brillant sourire et un coup d’œil vers la grande et solennelle bâtisse :
— Un ministère ! Mais je serais aussi embarrassée d’y entrer que dans un iceberg.
— Pourquoi? fit Lionel. Ce n’est ni si fermé, ni si froid. Il y a un feu magnifique dans mon cabinet. Venez donc vous y chauffer un instant, pendant que j’enverrai chercher un billet pour vous à la questure. La séance va être intéressante cet après-midi. Gambetta prendra la parole.
— Oh! Gambetta doit parler, vraiment? s’écria Renée.
Et Lionel admira le joli visage, si mobile, sur lequel les moindres émotions marquaient leurs traces rapides et successives, tandis que la plus profonde d’entre elles, déjà pressentie par sa fatuité d’homme, l’illuminait d’une clarté permanente et douce. Qu’il était donc agréable à sa vanité et favorable au plan arrêté dans son cœur, de sentir vibrer sous ses paroles et ses regards l’âme si délicate, si frémissante, si sensible, et — il le savait — si absolument pure, de cette jeune artiste, déjà presque célèbre, qui s’appelait Renée Sorel.
Tandis qu’il l’écoutait se défendre d’accepter son invitation, ses yeux à lui, ses longs yeux voluptueux et charmeurs, posés obstinément sur elle, amassaient tout leur magnétisme passionné pour le répandre ensuite en effluves pénétrants. Il se taisait et la regardait simplement, sans insister davantage, tandis qu’elle énumérait les motifs de son refus. Lui, dont la faconde pleine d’assurance en politique, le faisait triompher à la jeune tribune de la conférence Molé, en attendant les grands succès d’orateur dont il se croyait sûr déjà, il était silencieux en amour.
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