Amour et Croissants Chauds - Alex Vox - E-Book

Amour et Croissants Chauds E-Book

Alex Vox

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Beschreibung

Ces vacances, Stéphanie les attendait avec impatience. Son horoscope lui avait annoncé "Une aventure extraordinaire dans laquelle pourrait naître une belle histoire d'amour". A peine arrivée, rien ne tourne comme prévu : sa meilleure amie Amandine disparaît au bras d'une inconnue et sa chambre est cambriolée. Dans cet hôtel loin de chez elle, elle rencontre la belle Charlotte. Que lui réserve le destin ?

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Seitenzahl: 203

Veröffentlichungsjahr: 2021

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À toi, Stéph, qui sait me montrer que tout est possible quand on croit en ses rêves assez fort.

Alex.

Prologue

— Enfin des vacances ! s’écria Stéphanie en levant les bras. J’y croyais plus. Une année horrible. À oublier. Je vais en profiter à fond. À moi le farniente. Plus de collègues, de clients et d’appels incessants.

À peine ces mots prononcés, elle sauta dans l’autocar. C’était le début de la matinée, le soleil d’été, déjà très chaud, éclairait ses yeux bleu clair d’une rare intensité. Une odeur âcre de goudron fraîchement posé remplissait l’atmosphère. Les autres passagers se pressaient dans un flot multicolore. Besançon. Elles allaient quitter cette ville historique pour parcourir près de sept cents kilomètres. Elle promena son regard tout autour d’elle. Elle s’assura qu’aucune fissure ne lézardait les parois. Elle huma l’air et fut satisfaite de ne sentir aucun effluve de gasoil.

— Amandine, tu traînes ! déclara-t-elle à son amie qui peinait à hisser son bagage. Si tu étais plus épaisse que la crêpe que tu as mangée ce matin, tu pourrais porter ton maquillage. File-moi ça. Même mes dossiers pèsent plus lourd que toi.

Elle jeta son sac de voyage sur son épaule et souleva la valise aussi facilement que si elle ne contenait rien. Elles progressèrent dans l’allée en lisant le numéro des places, inscrit derrière les sièges.

— Tu exagères Amandine. Elle n’est pas si lourde, se moqua Stéphanie en riant.

— Je sais, je n’ai pas dit le contraire, mais pour monter des marches c’est encombrant, protesta-telle, tandis qu’une légère rougeur teintait ses joues. Je n’arrivais pas à passer, avec tout le monde qui me poussait pour avancer.

Stéphanie mâchait son chewing-gum à la menthe en soupirant. Tu m’exaspères, pensa-t-elle.

Cette discussion attira l’attention de Lucie qui se rapprocha des deux amies. L’une d’elles grande et filiforme dépassait l’autre, de taille moyenne et assez ronde. Comme elle, elles avoisinaient les quarante ans. Lucie sourit. Le caractère bien trempé de la femme dont les formes généreuses remplissaient les vêtements, lui plaisait bien. Elle portait une valise cabine absolument identique à la sienne, dont la couleur rouge brillait au soleil. Elle ignorait ce qui se trouvait dans celle des filles, mais dans la sienne était dissimulée une chose très spéciale. Parée à exécuter l’échange, elle patientait. Elle surveillait les allées et venues au cas où. La douane réalisait des contrôles fréquents ces derniers temps, ce qui ne l’inquiétait pas. L’objet passerait inaperçu. Le danger l’excitait. Si elle échouait, elle savait ce qui l’attendait. Mieux valait réussir. Deux vieilles dames s’assirent dans les ultimes places libres sur les fauteuils noirs et rouges un peu élimés. Lucie constata que, pour une fois, sa mission s’annonçait facile. Quarante petits centimètres la séparaient de sa cible. Elle ferait appel à son charme légendaire, emploierait un tour de passe-passe et l’affaire serait dans le sac. Ensuite, elle prendrait quelques jours de repos bien mérités et disparaîtrait.

La plus ronde des femmes détourna les yeux dans sa direction. Quel magnifique regard ! Le corps de Lucie tout entier se mit à frissonner tandis qu’une sorte de pouvoir magnétique voulut la conduire dans ses bras. Elle désirait la serrer contre elle, sentir sa poitrine se tendre contre la sienne, lui faire l’amour, une fois, puis deux. Elle ferma les paupières et compta jusqu’à cinquante, en prenant soin de respirer profondément entre chaque chiffre. Son cœur retrouvait petit à petit un rythme normal. Attention à toi, se sermonna-t-elle intérieurement, plaisir et travail ne font pas bon ménage. Souviens-toi de ta dernière histoire.

Le regard de cette femme aux yeux magiques revenait régulièrement sur elle.

— Je ne crois pas aux horoscopes. L’autre jour, ils t’avaient prédit une délicieuse rencontre. Tu avais vu des choux à la crème dans la pâtisserie. Tu les avais mangés, ronchonna-t-elle en essayant de calmer la crampe débutante qui s’emparait de son mollet.

— Et oui Steph, n’empêche qu’ils étaient très bons ces choux ! Tu remarques toujours le pire dans tout et chez tout le monde. En plus, je t’ai dit que c’est le tien qui te promettait : « une aventure extraordinaire, dans laquelle pourrait naître une belle histoire d’amour », plaisanta Amandine.

Tout heureuse de partir pour un périple avec sa meilleure amie, elle savourait ce moment, indifférente à tout ce qui se déroulait autour d’elle.

Stéphanie soupira et haussa les épaules. Elle avait envie d’un café bien chaud. Lucie surveillait constamment son rythme cardiaque. Quel pouvait être le signe astrologique de cette mystérieuse femme, dont elle connaissait à présent le prénom ? Pourquoi ne s’asseyaient-elles pas ? Stéphanie souleva son sac de sport pour le glisser sur l’étagère. Il émit un bruit de plastique. Lucie se leva et pria pour que son amie garde la valise à proximité. Elle profita du fait que Steph prenait tout son temps pour caler son bagage, pour échanger les deux valises rouges. Comme Amandine regardait son téléphone portable, la substitution ne posa aucun problème. Sans quitter l’écran des yeux, elle se déplaça dans l’allée pour laisser passer Stéphanie et s’asseoir à côté de la fenêtre :

— Tu es sûre, mais vraiment certaine que ça ne te dérange pas ? Je suis beaucoup moins malade quand je peux voir la route.

— Ne t’inquiète pas pour ça, Amandine. Je ferai la sieste ou des sudokus. Si je dors, le paysage…

Le brouhaha des conversations les entêtait. La main sur la poignée de la valise, Lucie répondit au sourire de Stéphanie. Son doux parfum vanillé lui rappelait à quel point leurs corps se trouvaient proches et davantage dans quelques minutes quand elle déambulera dans l’allée pour se rendre aux toilettes. Elle sortit la tablette de sa besace et ouvrit des pages au hasard sur le navigateur. Elle ne voulait pas attirer l’attention.

Avec dix minutes de retard, le chauffeur mit enfin le contact. Elle interrompit sa lecture, rangea ses affaires et se dirigea lentement vers les commodités. Elle enleva délicatement l’étiquette nominative de la valise et la remplaça par celle qu’elle avait préparée. Elle déchiffra les coordonnées qu’elle devait mémoriser et se les répéta plusieurs fois avant de la déchirer et de la jeter par la trappe réservée à l’essuie-main en papier. Elle tira la chasse d’eau et se lava les mains avec du savon liquide dont l’odeur âcre lui donna la nausée. Si quelqu’un écoutait, il serait rassuré de savoir qu’avec son hygiène irréprochable, il ne risquait rien. Emporter un bagage dans un endroit aussi exigu surprendrait forcément. Elle espérait que les curieux mettraient ça sur le compte de la méfiance. Elle ferait attention durant tout le voyage de bien la surveiller. Elle jouait ce rôle de femme inquiète depuis longtemps maintenant. Elle regagna sa place et sentit les yeux de sa voisine d’allée se poser sur elle. Sa gorge se noua. Elle avala sa salive avec difficulté. Elle tourna la tête pour lui sourire et vérifier que la valise rouge n’avait pas bougé. Rassurée, elle s’installa sur le siège confortable et fit craquer ses doigts avant de prendre son smartphone dans sa poche de jeans et envoyer le message suivant :

« Amandine Courtet. »

Sommaire

Prologue

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

Chapitre 4

Chapitre 5

Chapitre 6

Chapitre 7

Chapitre 8

Chapitre 9

Chapitre 10

Chapitre 11

Épilogue

1

Je vais t’étrangler Amandine ! pesta Stéphanie. Elle posa son sac de voyage et la valise de son amie sur le sol de leur chambre d’hôtel. Elle envoya valser ses chaussures et s’affala sur un des lits. Le matelas, pas assez dur, s’écrasa mollement. Le bois émit un craquement plaintif. Elle couchait dans un deux places depuis plus de vingt ans. Là, elle se sentait à l’étroit et osait à peine remuer les orteils. Une odeur de propre, presque entêtante, flottait dans la pièce. Elle tendit la main pour saisir la télécommande et alluma la télévision pour faire taire le silence. Elle aurait préféré quelque chose de plus grand, mais Amandine avait argumenté que ce serait tellement sympa de partager une chambre, comme quand elles étudiaient la gestion. Elle s’était laissée convaincre. À présent, elle le regrettait. Non seulement elle allait devoir dormir sur un matelas trop petit pour ses formes, avec le risque d’entendre Amandine ronfler toute la nuit, mais cette dernière lui avait déjà fait faux bond en s’éclipsant au bras d’une belle inconnue rencontrée dans l’autocar. Elle passait d’une chaîne à l’autre, s’arrêtant sur un reportage sur les fromages de chèvre. Elle se massa les tempes et ferma les yeux.

— J’en ai pour une minute, tu montes nos affaires ? lui avait chuchoté Amandine, en gloussant comme une dinde.

Elle l’avait plantée dans le hall, sans attendre qu’on lui donne la clef de la chambre ni de connaître son numéro.

— Une minute, tu parles, rugit Stéphanie.

Elles avaient toutes les deux imaginé et planifié ces vacances depuis cet hiver, autour de la cheminée, en regardant les flammes danser dans le foyer. Le climat de l’époque, anxiogène au possible, maladie, crise économique, leur avait donné envie de respirer un grand bol d’air et de recharger leurs batteries. La raclette fondait dans la coupelle et elles avaient décidé de partir visiter Brocéliande et d’en observer les lieux mythiques. Le côté cartésien de Stéphanie résistait à cette beauté irréelle, mais elle espérait se prendre au jeu. Sa plus vieille amie ne respectait pas sa part du contrat. Elle venait de tout gâcher.

Pourtant, Amandine, la tête sur les épaules, réfléchissait d’ordinaire avant d’agir. Ce genre de comportement ne lui ressemblait pas. À bientôt quarante ans, le célibat la pesait. À maintes reprises, elle avait évoqué son désir de se marier. Quant à Stéphanie, après plusieurs échecs amoureux, elle ne se berçait plus d’illusions. L’amour ce n’était plus pour elle. Même si une petite voix dans sa tête lui murmurait toujours que, malgré son embonpoint elle trouverait une fille bien qui la rendrait heureuse. Quelle mouche avait-elle bien pu piquer Amandine pour qu’elle agisse ainsi et se volatilise sans ses affaires ? Sans parler du fait que ça pourrait s’avérer dangereux, ce n’était pas dans ses habitudes.

Stéphanie jeta un œil à la valise rouge qu’elle désirait balancer par la fenêtre. Sa colère ne retombait pas. Elle soupirait, se pinçait les lèvres, s’agitait sur le lit. Elle savait que sa réaction était disproportionnée, mais n’avait pas envie de se contrôler. Son estomac émit des bruits plaintifs. Elles avaient prévu de manger un plateau-repas, toutes les deux dans leur chambre. À vingt heures, Amandine n’avait toujours pas redonné signe de vie. Stéphanie se dit qu’elle méritait bien un bon souper au restaurant. Elle se mit debout, prit une douche rapide, se coiffa et sortit. Une odeur de parfum bon marché un peu trop musqué empestait le couloir. La solitude ne l’empêchera pas de savourer son assiette. Elle avait hâte de voir quels desserts ils proposaient.

L’hôtel venait d’être refait et sa peinture d’un blanc éclatant brillait sous les lumières des lustres. La moquette bordeaux amortissait judicieusement les pas des clients qui, en toute quiétude, choisissaient les escaliers ou préféraient l’ascenseur, pour les moins sportifs d’entre eux. Comme elle en faisait partie, elle appuya sur le bouton avec son coude et attendit. Une femme arriva en courant et sauta dans la cabine à peine la porte ouverte.

— C’est assez grand pour deux, murmura-t-elle, d’une voix douce légèrement plus grave que la normale, en s’écartant contre le mur du fond pour lui laisser la place.

Stéphanie l’observa malgré elle. Ses yeux d’un vert étincelant illuminaient son visage d’un ovale sans défaut. Ses cheveux de feu retombaient en cascade dans son dos. Elles étaient sensiblement de la même taille, mais contrairement à elle, sa silhouette permettait de se vêtir très près du corps, comme le prouvaient ses habits. Stéphanie admirait son charme tout en se disant qu’un peu plus de poitrine l’aurait rendue parfaite.

Elle repensait à son horoscope. Son cœur accéléra quand les portes de la cabine se refermèrent. « Une belle histoire d’amour », lui avait déclaré Amandine.

L’ascenseur se mit en marche. Un grincement métallique strident résonna dans la cabine qui tressauta et s’arrêta entre deux étages. Stéphanie priait. L’angoisse lui comprimait la poitrine. Des gouttes de sueur perlèrent sur ses tempes et elle sentit ses mains devenir moites. Son souffle court et rapide hyperventilait. Des vertiges faisaient tourner sa tête. L’oxygène manquait. Elle allait mourir, certaine qu’elle ne ressortirait jamais de là. Elle regrettait sa faim. Si elle avait été plus sportive et moins énervée, elle aurait choisi les escaliers. Amandine, c’est de ta faute !

La rousse s’étira et appuya tranquillement son dos contre le mur. Elle plia une de ses jambes et cala sa chaussure contre la paroi. Elle émit un léger bâillement en dissimulant sa bouche avec sa main. Son calme apparent tapait encore plus sur les nerfs de Stéphanie, qui avait peur de mourir asphyxiée dans cet ascenseur. Elle voyait déjà son éloge funèbre et le sourire inconscient des gens qui imaginaient ses derniers instants. Le silence de plomb l’angoissait. Heureusement que la lumière fonctionnait toujours. Dans la pénombre elle aurait certainement perdu connaissance. Un souffle d’air de source inconnue caressa sa peau. Elle se ressaisit. Par miracle, la cabine reprit sa descente et Stéphanie respira fortement. Le bruit attira l’attention de sa compagne d’infortune. Elle tourna la tête et leurs regards se croisèrent. Son charme agissait sur elle sans qu’elle parvienne à résister. Sa peau se couvrit de frissons. Quel plaisir pour les yeux ! La porte s’ouvrait. Tout en dépliant sa jambe, la belle lui fit signe de passer devant.

Stéphanie ne se fit pas prier, pressée de quitter cet endroit qui la rendait claustrophobe. Dans sa précipitation, elle évalua mal les distances. Elle sentit ses fesses appuyer contre le bas-ventre de l’inconnue. Une intense chaleur l’envahit et ses joues s’empourprèrent. Pourquoi ? s’interrogeait-elle mentalement. Pire, un désir puissant montait en elle. Si elle ne se contrôlait pas, elle allait la plaquer contre le mur et lui sauter dessus. Résiste ! Elle sortit dans le hall et prit une profonde inspiration. La rousse lui passa devant, ignorant la violente tempête qui sévissait dans son corps et dans sa tête.

Afin d’accéder à la salle du restaurant, Stéphanie emprunta un minuscule escalier de trois marches. Les nappes blanches, sur lesquelles brillaient les couverts, laissaient une impression de propreté. Une serveuse, vêtue d’un tailleur jupe bleu clair, se déplaçait rapidement dans sa direction.

— Pour une personne ? demanda-t-elle d’une voix nasillarde fort désagréable.

De la main, elle désigna une modeste table ronde sur laquelle patientait une corbeille de petits gâteaux apéritifs variés.

— Pour deux ! corrigea une voix derrière Stéphanie.

Elle sursauta, certaine qu’elle ne correspondait pas à celle d’Amandine. La rouquine de l’ascenseur s’installa sur la chaise en face d’elle. Stéphanie ouvrit la bouche pour riposter, mais les mots moururent avant d’avoir franchi le seuil de ses lèvres. Puisque son amie passait une soirée en agréable compagnie, elle pouvait l’imiter, et profiter, pour une fois, du moment présent. Elle n’osait pas la contempler dans les yeux et tentait de fixer son regard sur le menu, que son cerveau refusait de lire. Elle ressentait de nouveau ce désir puissant, comme celui qui l’avait envahie dans l’ascenseur. Ce n’est pas possible, cela ne me ressemble pas. Un horoscope, ça se trompe toujours. C’est bien connu. Cette fille ne peut en aucune façon incarner mon amour, un point c’est tout. Elle était si belle, si mince, si parfaite, si proche d’elle que leurs jambes se touchaient, malgré tous les efforts employés pour éviter le contact. Ce délicieux moment virait à la torture.

— Charlotte Dupont, se présenta-t-elle, en tendant sa main par-dessus la nappe.

Ses gestes gracieux et sa prestance l’impressionnaient. Charlotte se tenait toute droite sur sa chaise. Sans connaître ses racines, Stéphanie imaginait sans peine que cette femme pouvait avoir des origines nobles. Même ses longs doigts, parfaitement manucurés, contrastaient avec ceux de Stéphanie, courts et rongés jusqu’au sang. Elle hésitait entre baise-main ou poignée. Charlotte la devança. Sa force inattendue lui broya presque les phalanges.

— Stéphanie Legrand, bredouilla-t-elle, en triturant une mèche de ses cheveux.

Elle se racla la gorge puis reprit l’observation du menu.

— Ne vous moquez pas de mon accent, je suis franc-comtoise, ajouta Charlotte en souriant, comme pour s’excuser du culot dont elle avait fait preuve. Mes mots traînent et je mange de la cancoillotte aussi souvent que je le peux, gloussa-t’elle en faisant claquer sa langue.

— Ah ! Tout comme moi ! s’exclama Stéphanie en rougissant de plus belle.

« Une aventure extraordinaire dans laquelle pourrait naître une belle histoire d’amour ». Pourquoi cette phrase ne quitte-t-elle jamais mes pensées ? Cette soirée et tout ce qui se produit ne sont pas dus à la magie, au destin ou à je ne sais quoi d’ésotérique. J’ai simplement rencontré par hasard une femme et la péripétie dans l’ascenseur nous a rapprochées. Un point c’est tout. Il ne peut en être autrement. Dans son ventre, des papillons volaient.

— Je trouve cet endroit pas si mal, lança Charlotte, en dépliant sa serviette pour la poser sur ses genoux. Tout est très propre. Les tables sont espacées. La carte est bien remplie.

— Si vous le dites. C’est simple, ça me va très bien, rétorqua Stéphanie en se mordillant la lèvre.

Elle regarda avec attention la façon dont cette fille laissait ses doigts pianoter sur la nappe, doucement, comme si elle craignait de l’abîmer.

— Le parc de l’hôtel est magnifique. Quand le soleil se reflète sur les plans d’eau, les couleurs générées sont merveilleuses. La variété d’arbres est impressionnante également. C’est la première occasion que vous avez d’y venir ? demanda Charlotte avec un sourire.

Elle éprouvait un pincement de nostalgie, en repensant à tous les moments formidables qu’elle avait passés ici avec son ex-femme.

— Oui, répondit Stéphanie.

Elle l’observait toujours, comme hypnotisée par ses gestes délicats. Ses ongles parfaitement manucurés brillaient à la lumière. Quel débit de paroles. Encore plus pipelette qu’Amandine.

— Je voyage beaucoup, l’informa Charlotte, en levant son index dans sa direction, mais c’est la première fois que je me paie le culot de dîner avec une inconnue.

Mon œil, songea Stéphanie. Si elle s’était trouvée un peu plus désirable, elle aurait pensé que cette fille la draguait, mais elle ne se bernait pas d’illusions. Elle n’avait jamais succombé à une aventure d’un soir, ce n’était pas ici que ça allait commencer, même si, elle devait bien l’avouer, cette femme ne manquait pas de charme.

— Je ne sais pas quoi choisir, confessa-t-elle en détournant la tête de ce corps si appétissant.

Les yeux sur les feuilles, cachée derrière la reliure, elle reprenait confiance. Ses joues retrouvèrent une teinte normale et son ventre cessa enfin de s’agiter.

— Je vais suivre la suggestion du chef, l’informa Charlotte. J’ignore ce que c’est, mais j’aime prendre des risques. Vous vous laissez tenter ?

— Oui. Pourquoi pas ?

Décidément ce soir, elle dérogeait à toutes ses habitudes. Et si elles mangeaient des insectes ? Beurk ! Ou encore un autre animal méconnu…

Elles replièrent leurs menus simultanément et en voulant les reposer sur la table, leurs bras se frôlèrent et leurs doigts se touchèrent. J’aimerais tellement avoir tes mains sur moi, pensa Stéphanie, et caresser ton corps de déesse de haut en bas en prenant tout mon temps. Houla, vite, imagine autre chose. Parler. Dire n’importe quoi, mais effacer ce trouble profond.

— Vous voyagez seule ? demanda-t-elle en s’efforçant de la regarder sans rougir.

Elle se versa un peu d’eau.

— Je suis arrivée hier. J’ai conduit de nuit et au petit matin, j’étais parée à profiter du ciel bleu et du soleil. Vous êtes venue en solitaire également ?

— Non. Ma meilleure amie m’accompagne, murmura Stéphanie en repensant au sale coup d’Amandine.

Elle baissa la tête et serra le poing. Les lèvres pincées, elle tentait de réprimer les larmes qui montaient.

— Vous ne semblez pas vous en réjouir ?

— Si. Bien sûr que si, répliqua vivement Stéphanie. Elle m’a juste fait faux bond pour notre première soirée. Ça m’agace.

La serveuse nota les commandes et revint avec une salade d’accueil. Stéphanie se rua dessus et avala une tomate cerise de travers. Elle toussa et Charlotte la regarda d’un air inquiet, déjà prête à se lever pour effectuer une quelconque manœuvre de Heimlich. Heureusement, Stéphanie retrouva son souffle et le repas reprit son cours. Elle but un peu d’eau et lui trouva un goût curieux. En mastiquant sa feuille de salade, elle se demandait ce que pouvait bien faire Amandine. Elle devait lui faire comprendre, à son retour, qu’elle avait outrepassé les limites. Tu devras te racheter.

— Sympa cette vue, avoua Stéphanie en se resservant un verre de cette eau étrange.

— L’eau possède toujours ce pouvoir sur les gens. Je ne sais pas si c’est parce que c’est un des cinq éléments. Je bouge beaucoup, mais je continue d’apprécier la beauté que la nature nous offre. Vous êtes ici pour des congés ?

— Oui. Un voyage bien mérité après une année difficile. Et vous ?

— Je ne suis pas en vacances. J’ai recommencé le travail il n’y a pas si longtemps. Je suis en déplacement professionnel.

Professionnel ou pas, Stéphanie avait de nouveau très envie de sentir leurs deux corps s’emmêler, se toucher et leurs langues se caresser en douceur. Elle n’arrêtait pas d’imaginer cette femme totalement nue, étalée sur le dos, dans son petit lit.

La serveuse revenait avec leurs deux assiettes contenant une hampe de bœuf grillée et des frites avec des haricots verts saupoudrés de persil. J’espère que je ne vais pas m’en coincer entre les dents, songea Stéphanie, dont l’estomac allait enfin être rassasié. Charlotte coupait déjà la viande, qui se détachait facilement sous la lame aiguisée. Ses muscles se contractaient à peine. Elle resta à l’observer comme happée par son aura, hypnotisée. La salle entière disparaissait dans son regard. Elle ne voyait plus qu’elle. Le temps ralentissait son cours, les secondes s’écoulaient au rythme de son souffle.

— Quelque chose ne va pas, s’inquiéta Charlotte en interrompant son geste.

Elle laissa sa fourchette suspendue a quelques centimètres de ses lèvres, si fines, si délicates, que Stéphanie ressentit un immense désir de se lever, se pencher par-dessus la table et de l’embrasser à pleine bouche. Au lieu de cela, elle répondit :

— Tout va bien. J’attendais que ça refroidisse. Je n’ai pas envie de me brûler.

Elle baissa très vite les yeux et piqua quelques frites.

Charlotte n’osait plus regarder Stéphanie. Ses formes généreuses l’auraient rebutée en temps normal, si ça avait été une quelconque autre femme, mais voilà, d’une façon inexplicable cette blonde lui plaisait. Elle avait l’air froide au premier coup d’œil, trop grande gueule, trop gauche, mais elle appréciait ses yeux incroyables d’une couleur indéfinissable et ses sourcils ni trop épais ni trop fins. Son minuscule nez se retroussait légèrement la rendant très craquante. Un grain de beauté sur la pommette droite lui conférait une petite allure de star. Sa peau très pâle ne souffrait d’aucune imperfection. Elle fixait sa poitrine qui montait et descendait au rythme de sa respiration. Tellement appétissante ! Elle se souvenait de leur contact à la sortie de l’ascenseur. Son entrejambe avait immédiatement réagi. C’était électrique. Ce mélange d’excitation et de désir recommençait à transformer son corps. Elle avait chaud.

— Le repas est à ton goût ? demanda-t-elle pour rompre le silence.

Elle venait de décider de passer au tutoiement. Elle surveilla avec appréhension toute réaction. Elle sentit son rythme cardiaque qui accélérait encore, tandis qu’elle attendait la réponse.

— J’avais tellement faim, que j’aurais mangé n’importe quoi. Enfin, sauf des insectes ou des bêtes étranges…, déclara Stéphanie dont les joues rosissaient.

Assise droite sur sa chaise, les couverts en l’air, elle patientait. J’espère que je ne passe pas pour une gourde, songea-t-elle.

— Comme le dit le proverbe : « Quand on sort d’un bon repas, que tout est bien ici-bas ! », claironna Charlotte, les yeux brillants en levant son index.

— Je ne le connaissais pas. C’est vrai. On est bien ici.

Stéphanie coupa sa viande avec précaution. Elle redoutait d’accomplir un faux mouvement et d’envoyer un morceau sur son pantalon. Cette belle rousse la fixait et ça l’angoissait.

— J’aime beaucoup les citations, quelle que soit leur origine.

Stéphanie cilla. Elle craignit une fois de plus de passer pour une inculte. Elle demanda timidement :

— Tu lis beaucoup ?