Androïcides - Fabrice Defferrard - E-Book

Androïcides E-Book

Fabrice Defferrard

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Beschreibung

Début du XXIIe siècle.
Dans une ville-monde dominée par la firme AndroCorp, des androïdes parahumains affectés à la prostitution sont, sans raison apparente, enlevés par une organisation inconnue, puis retrouvés entièrement détruits. Une loi de la cité punissant le crime d’androïcide, l’enquête est confiée au lieutenant Smog, du service des Rapts & Homicides. Devant la complexité de l’affaire, il trouvera dans la personne de S’hin, femme-machine qu’il a libérée de la prostitution et dont il est désormais responsable, une alliée intrépide pour élucider ce mystère.


À PROPOS DE L'AUTEUR


Fabrice Defferrard est maître de conférences à la Faculté de droit de Reims où il enseigne les sciences criminelles. Membre de la Société des Gens de Lettres, il est l’auteur d’œuvres de fiction et de plusieurs essais, dont Le droit selon Star Trek (Prix Olivier Debouzy 2015. Il a débuté en 2022 un cycle romanesque d’anticipation dystopique intitulé « Chroniques de la Cité-Monde », dans lequel on retrouve le lieutenant Smog et l’androïde parahumaine S’hin, tous deux aux prises avec une société urbaine futuriste.
(blog : https://fabrice-defferrard.over-blog.fr).

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Seitenzahl: 88

Veröffentlichungsjahr: 2023

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Fabrice Defferrard

Androïcide

Une chronique de la Cité-Monde

Nouvelle

ISBN : 979-10-388-0511-8

Collection Atlantéïs

ISSN :2265-2728

Dépôt légal :décembre 2022

© couverture Ex Æquo

© 2023 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays. Toute modification interdite.

Éditions Ex Æquo

Androïcides

Loi municipale du 12 février 2101 portant incrimination de l’androïcide.

Article 1er : « Le fait, par quelque moyen que ce soit, de causer intentionnellement la destruction d’un androïde parahumain, sans possibilité de remise en état, est qualifié androïcide. »

Article 2 : « L’androïcide est puni de quinze ans d’emprisonnement. Le coupable d’une tentative d’androïcide encourt la même peine. »

Article 3 : « L’androïcide est puni de vingt ans d’emprisonnement lorsqu’il est commis :

1° Avec préméditation ou par guet–apens;

2° En réunion ou en bande organisée;

3° À l’occasion d’une émeute séditieuse, d’un pillage ou d’une incitation publique à commettre des androïcides;

4° Lorsque le coupable aura agi avec la croyance, réelle ou supposée, de commettre un homicide. »

Un

5 avril 2108.

L’inspecteur Cårell fit apparaître sa large stature dans l’encadrement de la salle des inspecteurs et se dirigea d’un pas lourd vers le bureau du lieutenant Smog.

— On les a retrouvés, dit-il de sa voix habituelle, mi grave mi-détachée. Je viens de recevoir la confirmation.

Les grandes pales des ventilateurs du plafond tournaient au ralenti et renvoyaient un chuintement lointain, brassant un air crasseux et de plus en plus chaud. Le budget du commissariat central ne permettait pas encore de mettre en marche les vieux climatiseurs. Smog, le dos calé dans son fauteuil, s’arracha à l’écran translucide de son unité–cloud et se redressa.

— Les deux  ?

— Oui, ils étaient ensemble.

Cårell tira une chaise et se laissa tomber pendant que Smog faisait apparaître une carte dynamique de la ville sur son écran.

— Où ça ?

— Dans notre district, à dix stations d’hyper–express d’ici.

Cårell prit la main sur l’écran et entra vocalement les coordonnées du lieu. Aussitôt, une représentation panoramique en trois dimensions surgit. Les multiples caméras de surveillance quadrillant la zone renvoyaient des images en temps réel, sans aucun décalage. De l’unité-cloud, il était possible d’effectuer directement des balayages sous divers angles. Cårell se connecta à celle qui était la plus proche de la découverte et fit un zoom. Un fourgon sol/air du service des Analyses était déjà sur place, ainsi que deux véhicules de police. On voyait que des techniciens s’activaient selon les protocoles en usage dans ce genre de situation. À l’écart, Smog reconnut l’officier en tenue C°3833, un ancien patrouilleur de rues qui, depuis quelques années, assistait les enquêteurs du service des Rapts & Homicides. Il semblait prendre la déposition d’un type qui portait une sorte de combinaison de chantier hydrofuge.

— On les a découverts un peu avant sept heures, poursuivit Cårell, sur la berge d’un bras mort du fleuve, du côté de la rive ouest.

Il pointa son doigt.

— Là, il y a une voie commune du canal qui longe le bras mort. Ce sont deux employés qui travaillent à l’entretien des caténaires pour les trolleys–péniches qui les ont trouvés. Leur attention a été attirée par un reflet inhabituel près de la berge, à cause du soleil rasant du matin. Un coup de chance.

Smog fit une moue tout en se grattant le bas de la nuque. Affecté au district principal de la ville, il s’était retrouvé dans l’enquête sur ces disparitions à la demande de Cårell. Cela remontait à deux semaines, une éternité sans espérance dans son travail. Avec un territoire approchant les quinze mille kilomètres carrés et une population insaisissable de cinquante–trois millions d’habitants, le district formait l’un des enchevêtrements urbano–humains les plus compacts et les plus écrasés dans l’étouffement sale de la ville. Il était couvert sur une grande partie de sa superficie par des mégatours et des térabuildings dont certains dépassaient huit cents mètres de hauteur, avec des voies de circulation en surface et des couloirs aériens aussi denses qu’un réseau paranoïaque de câbles électriques. Le fleuve et des canaux à grand gabarit le sillonnaient de part en part, comme de longues estafilades sur une surface dure et chaotique. Si on ajoutait les deux ghettos autogérés et, de façon générale, une criminalité supérieure à la barbarie moyenne qui gangrénait la cité, la récupération des personnes disparues dans les profondeurs du district demeurait une tâche aussi vaine que désolante.

— Ils sont dans quel état ? demanda Smog.

— C’est fini pour eux. Il n’y aura pas de miracle.

— Ça ne va pas faciliter les recherches si on ne peut plus leur parler.

Smog regardait l’écran de son unité–cloud. Les caméras montraient l’avancée des opérations de police sur place. Il tapota sur le lobe de son oreille droite pour actionner son oPhone. Quelques secondes plus tard, il vit l’officier C°3833 interrompre sa conversation avec le type en combinaison hydrofuge et faire de même.

— Chud, c’est le lieutenant Smog.

— Content de vous entendre, lieutenant.

— Je vous ai en visuel depuis le commissariat. Ne déplacez pas les corps. L’inspecteur Cårell et moi, on arrive d’ici vingt minutes.

— Entendu.

Smog coupa la ligne, puis attrapa son cuir. Il consulta l’heure sur sa vieille montre–bracelet.

— L’hyper–express en période de pointe ou une berline sol/air de service ? Je te laisse choisir.

— C’est toujours plus ou moins l’heure de pointe dans le secteur, répondit Cårell.

— Alors ?

— Ma foi… je ne voudrais pas abuser des transports publics et encore moins des plaisirs de la foule.

Ils quittèrent la salle des inspecteurs, direction le 1er sous–sol de la mégatour qui abritait le commissariat. En tant que lieutenant affecté au service des Rapts & Homicides, Smog pouvait utiliser à sa guise un véhicule sol/air de la Police prévôtale, pour peu qu’il y en eût un à disposition dans l’un des multiples parkings souterrains. Ils dénichèrent un JetCab biplace de surveillance au 5e sous–sol. Une fois parvenus à l’extérieur du bâtiment, Smog gagna une plateforme réservée, bascula en position « air » et décolla. Il ne lui fallut qu’une minute pour atteindre l’altitude du flux aérien et s’y fondre comme à l’intérieur d’un torrent. Le JetCab disparut alors au milieu de centaines d’appareils qui circulaient en sens unique et à vitesse régulière, selon des axes longeant des bordures magnétiques invisibles.

Après un court moment, l’appareil se stabilisa. Smog énonça les coordonnées du lieu de découverte des corps, puis enclencha le pilotage automatique d’urgence. Une voix suave envahit l’habitacle : Protocole déplacement–rapide — police activé.Merci de votre confiance. Le contrôle de bord mit en marche les stroboscopes rouge et bleu situés sur les flancs et lança le message général habituel transmis en continu aux ordinateurs des véhicules sol/air avoisinant, message qui les avertissait du passage imminent d’un véhicule de police. Puis la poussée des réacteurs du JetCab s’intensifia.

— On sera vite sur place, dit Smog qui ôta ses mains des commandes de vol et se détendit.

L’air extérieur était chaud et pollué, mais la climatisation filtrante de l’appareil se chargeait de le faire oublier. Ils survolèrent des quartiers chics et des centres d’affaires sous vigilance privée, quelques jardins publics accessibles avec un crédit social de niveau 2 minimum et des zones d’habitations où s’agglomérait dans des buildings une population disparate. Vers le nord, bien qu’elles eussent été construites à l’écart des concentrations urbaines et malgré l’opacité des nuages rampants de particules, on distinguait le sommet des cinq terabuildings de la firme AndroCorp. De quatre cents étages chacun, ils étaient reliés entre eux par des dizaines de passerelles qui formaient un A, l’ensemble dominant la terre et les cieux.

Bientôt, ils aperçurent les sinuosités du fleuve et les traits rectilignes du canal qui le bordait. Des trolleys–péniches et des cargos de fret progressaient les uns derrière les autres à perte de vue, dans une procession silencieuse dont on ne discernait ni le commencement ni la fin.

— Je viens de faire remonter l’information à ma capitaine, dit Cårell. Cela nous fait cinq victimes au total. Je ne suis pas sûr qu’elle apprécie.

Smog approuvait. De son point de vue, il patienterait jusqu’au le lendemain pour tenir au courant son propre chef de service, le capitaine Bohrns, mais il s’attendait à une réaction similaire. Cinq disparus, pas de mobile, pas d’explication, aucun suspect et des preuves extrêmement maigres. Même pour une ville aussi passionnée par la violence, cela commençait à faire.

La voix suave résonna de nouveau : Nous quittons le flux pour atteindre notre destination. Voulez–vous reprendre le contrôle du pilotage ?

— Non, fit Smog.

— Enregistré. Merci de votre confiance.

Le JetCab ralentit et plongea avec souplesse hors du flux pour entamer sa descente. Par radio, Smog informa l’officier C°3833 de leur arrivée. Ils se posèrent sur une surface plane à une cinquantaine de mètres de la scène et des autres véhicules. Lorsqu’ils sortirent, une chaleur épaisse les aspira. Ils faisaient face aux corps la minute d’après.

— On ne les a pas bougés ? demanda Smog à l’officier.

— Non, lieutenant. On a fait comme vous nous avez dit.

Ils étaient nus, allongés côte à côte au pied d’un bosquet famélique, ou plutôt, on les avait flanqués au sol comme on se débarrasse de détritus. Le technicien de chez AndroCorp qui travaillait au service des Analyses leur fit un compte–rendu sommaire. D’après lui, ils avaient subi exactement les mêmes dommages que les autres sujets : une ogive à propagation électrique dans le cerveau bioneuronal, entraînant une destruction définitive des fonctions. Ensuite, l’abdomen ouvert en grand, comme à chaque fois, probablement avec une scie à laser ou son équivalent, et les centres mémoriels arrachés. Cerise habituelle sur le gâteau : les mains avaient été sectionnées, selon le même moyen.

Smog et Cårell observaient les carcasses inertes et béantes. Dès le début, ils s’étaient demandé si l’amputation de l’extrémité des avant-bras correspondait à une signature ou représentait des trophées. Mais Smog n’en était pas convaincu. Dans ces circonstances, les mains étaient toujours d’importants vecteurs de preuves. Sans elles, l’enquête piétinerait davantage qu’à l’ordinaire et ceux qui avaient fait ça le savaient.

— Il ne reste que de la mécanique et des fluides, lâcha le technicien. Ils sont irrécupérables, c’est pire qu’un déphasage. Quand ils seront au labo, je ferai un scannage intégral de l’épiderme pour relever d’éventuels indices, mais ne rêvez pas. Si c’est comme les fois précédentes…

— Vous êtes sûr qu’ils correspondent au deuxième et troisième disparus ? demanda Cårell.

— Aucun doute, répondit le technicien, j’ai pu vérifier avec l’empreinte matriculaire sur le squelette. À gauche, vous avez P’awl–7–L, une unité masculine et, à droite, W’hen–7–J, une unité féminine.

Cårell secoua la tête avec dépit.

— Nos androputes n° 2 et 3, toutes les deux affectées à la même maison d’accueil, soupira–t–il.