Anecdotes de la Vie Littéraire - Louis Loire - E-Book

Anecdotes de la Vie Littéraire E-Book

Louis Loire

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Beschreibung

Avis : Contrairement aux fac-similés de piteuse qualité proposés par certains éditeurs, Le texte original a été ici composé entièrement à la main, revu et corrigé, dans un souci d'apporter aux lecteurs un confort de lecture. Il s'agit d'une réédition d'un ouvrage de 1876, proposant comme son titre l'indique, des anecdotes d'auteurs des 17ème, 18ème, et début 19ème siècles. (L'ouvrage est susceptible d'être mis à jour et continué avec des auteurs ultérieurs.)

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Seitenzahl: 193

Veröffentlichungsjahr: 2022

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La Cyropédie ou Education de Cyrus – Xénophon (à paraître)

Fontenelle – La République des Philosophes

Romans/Divers :

L’École des Filles (chez TheBookEdition)

Sue Ann (chez TheBookEdition)

Rien n’est jamais acquis à l’homme

Nota : tous ces ouvrages sont disponibles en format papier ET e-book

Au format e-book exclusivement :

Nathalie et Jean-Jacques – recueil de nouvelles

Jacques Merdeuil – nouvelle - version française (chez Smashwords/Google)

Le Point Rouge –nouvelle - version française (chez Smashwords/Google)

Les Fabulistes :

Les Ysopets – 1 – Avianus

Les Ysopets – 2 – Phèdre – version complète latin-français

Les Ysopets – 2 – Phèdre – version Découverte en français

Les Ysopets – 3 – Babrios – version Découverte en français

Les Ysopets – 4 – Esope – version Découverte en français

Les Ysopets – 5 – Aphtonios – version en français

Les Fabulistes Classiques – 1 – Bensérade

Les Fabulistes Classiques – 2 – Abstémius - Hecatomythia I et II

Les Fabulistes Classiques – 3 – Florian

Les Fabulistes Classiques – 4 – Iriarte – Fables Littéraires

Les Fabulistes Classiques – 5 – Perret – 25 Fables illustrées

Philosophie/Politique :

De la Servitude volontaire – ou Contr’Un – La Boétie

La Désobéissance civile - Thoreau

Humour :

Histoire et avantures de Milord Pet

Eloge du Pet

Discours sur la Musique Zéphyrienne

Table des matières

AMYOT (1778-1836)`

MALHERBE(1555-1628)

RACAN (1589-1670)

BAUTRU (1588-1665)

LES BOUTADES DE BAUTRU

BOISROBERT (1592-1662)

LA SERRE (1600-1666)

PATRU (1604-1681)

CORNEILLE (PIERRE - 1606-1684)

MÉNAGE (1613-1692)

ROTROU (1609-1650)

SCARRON (1610-1660)

MÉZERAY (1610-1683)

BENSERADE (1612-1691)

LA FONTAINE (1621-1695)

MOLIÈRE (1622-1673)

PELLISSON (1624-1693)

Mme DE SÉVIGNÉ (1626-1696)

LINIÈRE (1628-1704)

SANTEUL (1630-1697)

BOILEAU-DESPRÉAUX (1636-1711)

DUFRESNY (1648-1724)

DACIER ET Mme DACIER (1651-1722;1651-1720)

VERTOT (1655-1735)

AUTREAU (1656-1745)

FONTENELLE (1657-1757)

De SAINT-PIERRE (1658-1743)

MASSILLON (1663-1742)

LE SAGE (1668-1747)

TERRASSON (1670-1750)

J.-B. ROUSSEAU (1671-1741)

LAMOTTE-HOUDAR (1672-1731)

CRÉBILLON (PROSPER - 16774-1762)

CRÉBILLON (CLAUDE - 1707-1777)

LENGLET-DUFRESNOY (1674-1755)

DUMARSAIS (1676-1756)

Mme de TENCIN (1681-1749)

ROY (1683-1764)

MONCRIF (1687-1770)

RACINE (1692-1763)

PIRON (1689-1773)

PANARD (1694-1765)

VOLTAIRE (1694-1778)

SAINT-FOIX (1703-1776)

DUCLOS (1704-1772)

VOISENON (1708-1775)

DIDEROT (1713-1784)

HELVÉTIUS (1715-1771)

BARTHÉLEMY (1716-1795)

BACULARD D’ARNAUD (1718-1805)

SEDAINE (1719-1797)

Esménard (1770-1811)

LEMIERRE (1723-1793)

PALISSOT (1730-1814)

BEAUMARCHAIS (1732-1799)

LINGUET (1736-1794)

BERNARDIN DE SAINT-PIERRE (1737-1814)

DELILLE (1738-1813)

LA HARPE (1739-1803)

CHAMFORT (1741-1794)

MAURY (1746-1817)

De BIÈVRE (1747-1789)

MIRABEAU (1749-1791)

GILBERT (1751-1780)

RIVAROL (1753-1801)

De SÉGUR (1756-1805)

COLLIN D’HARLEVILLE (1755-1806)

VOLNEY (1757-1820)

ANDRIEUX (1759-1833)

RAYNOUARD (1761-1836)

LATREILLE (1762-1833)

MARTAINVILLE (1776-1830)

AMPÈRE (1778-1836)

NODIER (1780-1844)

BÉRANGER (1780-1857)

MILLEVOYE (1782-1816)

DUPIN AÎNÉ (1783-1865)

VILLEMAIN (1790-1870)

Mme de STAËL (1766-1817)

COUPIGNY (1766-1835)

CHATEAUBRIAND (1768-1848)

CUVIER (1769-1832)

PIXÉRÉCOURT (1773-1844)

Sophie GAY (1776-1852)

SOUMET (1786-1845)

D’ARLINCOURT (1789-1856)

SCRIBE (1791-1861)

LAMARTINE (1791-1869)

VATOUT (1792-1848)

MALITOURNE (1797-1866)

MÉRY (1798-1865)

Honoré de BALZAC (1799-1850)

BÉQUET (1797 ou 1800-1838)

ROMIEU (1800-1855)

Alexandre DUMAS (1803-1870)

Léon GOZLAN (1803-1866)

SAINTE-BEUVE (1804-1869)

Jules JANIN (1804-1875)

Eugène SUE (1804-1857)

Mme Émile de GIRARDIN (1804-1855)

Gérard de NERVAL (1808-1855)

Roger de BEAUVOIR (1809-1866)

OURLIAC (1813-1848)

PRIVAT D’ANGLEMONT (1820-1859)

ROQUEPLAN (1804-1870)

MUSSET (1810-1857)

Chez les anciens

En Angleterre

En France

ANECDOTES DE LA VIE LITTÉRAIRE

AMYOT (1778-1836)`

Amyot demandait un jour à Charles IX un « bénéfice » considérable ; ce prince lui répondit : – Eh quoi, mon maître, vous disiez jadis que si vous aviez mille écus de rente vous seriez content ; je crois que vous les avez, et au-delà. – Sire, répondit Amyot, l’appétit vient en mangeant.

Ce mot est devenu un proverbe.

-oxo-

Amyot légua douze cents écus à l’hôpital d’Orléans, où il avait reçu l’hospitalité dans son enfance. Ce trait prouve que, s’il était avide, la mémoire du cœur ne lui manquait pas.

MALHERBE(1555-1628)

Malherbe dînait un jour chez l’archevêque de Rouen ; sur la fin du dîner, il s’endormit. Le prélat, qui devait prêcher, l’éveille et l’invite au sermon :

– Dispensez-m’en, je vous en prie, monseigneur, dit Malherbe, je dormirai bien sans cela.

-oxo-

On lui reprochait d’entretenir sans cesse, en véritable Normand, des procès surtout avec des membres de sa famille :

– Eh bien ! s’écria le poète d’un ton aigre, avec qui voulez-vous que j’en aie ? Ce n’est pas avec les Turcs et les Tartares, qui ne me connaissent point.

-oxo-

Une princesse de Condé étant accouchée, de deux enfants morts dans la prison où était enfermé son mari, un conseiller du parlement de Provence regrettait beaucoup la perte que l’État faisait de deux princes du sang.

– Eh monsieur, lui dit Malherbe, un gentilhomme, s’il vous plaît, consolez-vous, vous ne manquerez jamais de maître.

-oxo-

Voici comment Racan raconte les derniers moments de ce poète :

« Avant de mourir, il s’éveilla en sursaut pour reprendre son hôtesse – qui lui servait de garde – d’un mot qui, à son gré, n’était pas bien français et comme son confesseur lui en fit la réprimande, il déclara qu’il voulait défendre jusqu’au dernier soupir la pureté de la langue française. »

-oxo-

Beaucoup de vers de Malherbe sont passés en axiomes nos lecteurs nous sauront gré de leur en rappeler quelques-uns :

Tout le plaisir des jours est dans leur matinée.

La nuit est déjà proche à qui passe midi.

Un homme dans la tombe est un navire au port.

Il faut ou vous aimer, ou ne point vous connaître.

Mars est comme l’Amour ses travaux et ses peines

Veulent des jeunes gens.

Mais elle était du monde où les plus belles choses

Ont le pire destin ;

Et rose, elle vécut ce que vivent les roses :

L’espace d'un matin.

Le pauvre en sa cabane, où le chaume le couvre,

Est sujet à ses lois

Et la garde qui veille aux barrières du Louvre

N’en défend pas les rois.

-oxo-

Sa prose n’était pas moins nourrie en ingénieuses pensées :

« La vie est un jeu où, jusqu’à ce que vous ayez tout perdu, vous perdez tous les jours quelque chose. »

« J'ai été longtemps à vous retenir, madame mais quand on est couché sur les fleurs, on a peine à se lever. »

RACAN (1589-1670)

La comédie des Trois Orontes, de Boisrobert, fut inspirée à cet auteur par une mystification de deux amis de Racan.

Ces messieurs savaient que Mle de Gournay avait le plus grand désir de voir Racan. L’un d’eux se fait annoncer à cette demoiselle sous le nom de cet auteur un jour qu’il savait que Racan devait rendre visite à la vieille érudite ; il loue ses ouvrages et reçoit en échange force compliments.

Survient le second qui se présente sous le même nom de Racan et entre dans une grande colère quand il apprend qu’un intrus vient d’usurper son nom.

Enfin, après, son départ, le véritable Racan se présente. La demoiselle se fâche, elle se précipite sur lui ; celui-ci se sauve, et Mle de Gournay, ne pouvant l’atteindre, lui jette sa pantoufle à la tête.

BAUTRU (1588-1665)

Ce gentilhomme, qui fut de l’Académie, quoiqu’il n’ait écrit qu’un opuscule de sept pages, l’Onosandre, remplissait le rôle de bouffon auprès du cardinal de Richelieu ; voici quelques traits que nous intitulerons :

LES BOUTADES DE BAUTRU

Il disait un jour, en regardant les statues de la Justice et de la Paix qui s’embrassaient : « Voyez-vous, elles s’embrassent, et se disent adieu pour ne se revoir jamais. »

-oxo-

Un poète avait soumis un de ses ouvrages à Bautru, avant de le faire imprimer. L’auteur lui demandant son sentiment peu de temps après, Bautru lui dit que l’ouvrage était long.

– Que faut-il faire ? dit le poète.

– En retrancher la moitié et supprimer l’autre, dit Bautru.

-oxo-

Bautru venait de visiter la bibliothèque de l’Escurial ; une des plus riches de l’Espagne ; cette bibliothèque était administrée par des moines d’une extrême ignorance, ce que Bautru avait remarqué. Le soir même, il fut présenté au roi Philippe IV.

– Sire, dit Bautru au roi, si j’étais roi d’Espagne, je confierais l’administration de mes finances à un des moines de l’Escurial.

– Et pourquoi, monsieur Bautru, feriez-vous cela ?

– Sire, parce qu’ils sont les plus honnêtes gens du monde : ils ne touchent jamais au dépôt qui leur est confié.

-oxo-

Comme il avait raillé le duc d’Epernon sur sa fuite de Metz, le duc lui fit administrer une tripotée de coups de bâton. À quelques jours de là, un des laquais qui l’avaient houspillé, passant près de lui, se mit à contrefaire les cris que le pauvre Bautru poussait pendant l’exécution. Mais celui-ci, sans se fâcher , se contenta de dire : « Vraiment, voilà un bon écho : il répète longtemps après. »

-oxo-

La reine Anne d’Autriche le voyant avec un bâton à la main, lui demanda s’il avait la goutte. Le prince de Guéménée, qui se trouvait là, s’empressa de dire :

« Non, madame il porte un bâton comme saint Laurent porte son gril : c’est la marque de son martyre. »

-oxo-

Bautru, voulant se venger de ce brutal duc, publia un livre avec ce titre les Hauts Faits du duc d’Epernon. On l’ouvrit, il n’y avait que des pages blanches.

Comme malice, c’est drôle ; comme vengeance, ce n’est pas cruel.

-oxo-

Le cardinal de Richelieu demandait un jour à Guez de Balzac, qui venait d’être très malade, si sa santé était tout à fait rétablie. Bautru, qui était présent, sans donner à Balzac le temps de répondre, dit au ministre :

« Comment pourrait-il se bien porter ? Il ne parle que de lui-même, et chaque fois qu’il prononce son nom il met le chapeau à la main cela l’enrhume. »

-oxo-

On raconte que la femme de Bautru ne voulut plus se présenter devant Mazarin, parce que, à sa première réception, ce ministre, prononçant son nom à l’italienne, l’avait nommée Mme Bautrou.

BOISROBERT (1592-1662)

Ce familier de Richelieu contribua puissamment à la fondation de l’Académie française, dont il fut membre ce qui ne l’empêcha pas de décocher cette épigramme à la docte institution, dans son Épître à Balzac :

Tous ensemble ils ne font rien qui vaille

Depuis six mois dessus l'F on travaille,

Et le Destin m’aurait fort obligé

S’il m’avait dit : Tu vivras jusqu’au G.

Il aimait à rendre service, surtout aux gens de lettres ; Richelieu l’appelait « l'ardent solliciteur des Muses incommodées ».

Il avait beaucoup de goût pour le beau sexe ; Mme Cornuel disait de lui : « Sa chasuble est faite d’une jupe de Ninon. »

-oxo-

Il passait un jour dans une rue ; on l’appela pour confesser un pauvre diable prêt à mourir. Boisrobert s’approcha, et pour toute exhortation lui dit :

« Mon ami, pensez à Dieu et dites votre Bénédicité. »

-oxo-

Une de ses disgrâces auprès de Richelieu fut due à une aventure quelque peu scandaleuse, qui était parvenue aux oreilles du cardinal. Comme il cherchait à se disculper auprès de Bautru en affirmant que la personne au sujet de laquelle on l’accusait était affreuse, celui-ci lui répondit : « Si elle est laide, vous n’êtes que plus coupable. »

-oxo-

Le jour de la première représentation des Apparences trompeuses, l’auteur, qui n’était autre que l’abbé de Boisrobert, entendait la messe aux Minimes de la place Royale, à genoux sur un prie-Dieu magnifique, se faisant remarquer autant par sa bonne mine que par un bréviaire de grand format qui était ouvert devant lui. Quelqu’un demanda à M. de Coupeauville quel était cet abbé :

— C’est l’abbé Mondory, qui doit prêcher cette après-midi à l’hôtel de Bourgogne.

Mondory était un acteur de la Comédie-Francaise.

-oxo-

Ce même M. de Coupeauville rencontrant un jour Boisrobert, qui revenait à pied de la Comédie, lui demanda où était son carrosse.

– On me l’a saisi et enlevé, dit Boisrobert, pendant que j’étais à la Comédie.

– Quoi répliqua M. de Coupeauville, à la porte de votre cathédrale ? L’affront n’est pas supportable.

-oxo-

On demandait un jour à Conrart s’il croyait l’abbé de Boisrobert bien dévot.

« Je le crois, répondit Conrart, de l’humeur de ce bon prélat dont parle Tassoni, qui, au lieu de dire son bréviaire, jouait des bénéfices au trictrac. »

LA SERRE (1600-1666)

Ce grand maître des mauvais écrivains en prose et en vers se rendait justice. Ayant assisté à l’audition d’un fort mauvais sermon, il alla, comme dans une espèce de transport, embrasser l’orateur en s’écriant

– Ah ! monsieur, depuis vingt ans j’ai bien débité du galimatias ; mais vous venez d’en dire en une heure plus que je n’en ai écrit en toute ma vie.

-oxo-

La Serre se vantait d’un bonheur que bien peu d’auteurs possèdent.

– J’ai su, disait-il, tirer pas mal d’argent de mes ouvrages, tout mauvais qu’ils sont ; tandis que mes confrères meurent de faim avec de bonnes productions.

-oxo-

Lorsqu’on lui reprochait la promptitude de son travail, il répondait qu’il était toujours pressé lorsqu’il s’agissait de gagner de l’argent, et qu’il préférait les pistoles qui le faisaient vivre à la chimère d’une vaine gloire avec laquelle il serait mort de misère.

PATRU (1604-1681)

On lit dans une lettre de la marquise de Sévigné :

« Un jour, Patru étant revenu d’une grande maladie, à l’âge de quatre-vingts ans, ses amis s’en réjouissaient avec lui et le conjuraient de se lever :

– Hélas leur dit-il, est-ce la peine de se rhabiller ? »

-oxo-

Plus tard, et cette fois, c’était la fin, Bossuet l’alla voir et lui dit :

– On vous a regardé jusqu’ici comme un esprit fort ; pensez à détromper le public par des discours sincères et religieux.

– Il est plus à propos que je me taise, dit Patru ; on ne parle dans ses derniers moments que par faiblesse ou par vanité.

Et il mourut gaiement et courageusement dans la plus complète pénurie.

CORNEILLE (Pierre - 1606-1684)

Corneille avait une mise fort négligée. Quand ses amis, qui souhaitaient le voir parfait en tout, lui faisaient remarquer ce léger défaut, il souriait et disait :

– Je n’en suis pas moins pour cela Pierre Corneille.

-oxo-

Il s’est peint dans ces six vers, qui se trouvent dans un billet adressé à Pellisson :

En matière d’amour, je suis fort inégal ;

J’en écris assez bien et le fais assez mal.

J’ai la plume féconde et la bouche stérile ;

Bon galant au théâtre et fort mauvais en ville

Et l’on peut rarement m’écouter sans ennui

Que quand je me produis par la bouche d’autrui.

-oxo-

Turenne, assistant à une représentation de Sertorius, s’écria à plusieurs reprises :

« Mais où donc Corneille a-t-il appris l’art de la guerre ? »

-oxo-

Le maréchal de Gramont disait, après avoir vu jouer Othon, que Corneille devrait être le bréviaire des rois.

M. de Louvois ajoutait qu’il faudrait un parterre composé de ministres d’État pour juger cette pièce.

-oxo-

Cinq ou six ans avant sa mort, le grand tragique disait à Chevreau :

– J’ai pris congé du théâtre, et ma poésie s’en est allée avec mes dents !

Que de douleur sous cette pensée triviale !

-oxo-

Quand Boileau disait :

Que Corneille, pour lui, ranimant son audace,

Soit encore le Corneille et du Cid et d'Horace ;

– Ne le suis-je pas toujours ? répondait-il avec mélancolie.

MÉNAGE (1613-1692)

Ménage avait fait une satire contre l’Académie naissante, ce qui empêcha qu’il y fût admis. Le président Rose disait à ce sujet :

« Le motif qui l’a fait refuser aurait dû l’y faire admettre, comme on force un homme à épouser une fille qu’il a déshonorée. »

-oxo-

« Quand le préjugé nous attaque, le goût change, disait Ménage depuis que je suis réconcilié avec le Père Bouhours, je trouve ses ouvrages meilleurs. »

ROTROU (1609-1650)

L’auteur de Venceslas, que Corneille appelait « son père », non qu’il fût né avant lui, mais parce que Rotrou l’avait précédé au théâtre, mourut comme un héros.

Il était lieutenant-criminel de la ville de Dreux, et il était venu à Paris pour les répétitions de Don Lope de Cordoue ; lorsqu’il apprit qu’une épidémie sévissait à Dreux, il y retourna aussitôt. Aux instances de son frère, qui le conjure de quitter ce foyer d’infection, il répond que son devoir lui ordonne de rester où est le danger. Voici sa lettre :

« Le salut de mes concitoyens m’est confié ; j’en réponds à ma patrie. Je ne trahirai ni l’honneur ni ma conscience. Ce n’est pas que le péril où je me trouve ne soit fort grand, puisque au moment où je vous écris, on sonne pour la vingt-deuxième personne morte aujourd’hui. Ce sera pour moi quand il plaira à Dieu. »

Et il fut emporté par le fléau, peu de jours après.

SCARRON (1610-1660)

Quand on fit le contrat de mariage de Mle d’Aubigné avec Scarron, il lui reconnut « quatre louis de rente, deux beaux grands yeux fort malins, un très beau corsage, une paire de belles mains et beaucoup d’esprit. »

Le notaire lui ayant demandé quel douaire il lui assurait :

– L’immortalité, répondit Scarron ; le nom des femmes de roi meurt avec elles ; celui de la femme de Scarron vivra toujours.

C’était une consolation.

Il avait dit, lorsqu’il fut question de ce mariage :

– Je ne lui ferai point de sottises, mais je lui en apprendrai beaucoup.

-oxo-

Ménage disait un jour à Scarron :

– Ce n’est point assez, pour faire plaisir à votre femme, qu’elle soit mariée ; il faut que vous ayez d’elle au moins un enfant ; vous croyez-vous capable d’être père ?

Le cul-de-jatte était d’humeur joyeuse ; il répondit en riant à son ami :

– Est-ce que vous voudriez me faire ce plaisir-là ? Nenni. J’ai ici Maugin, qui, à la rigueur, me rendrait ce service.

Maugin, un bon gros garçon, était son laquais ; entendant ainsi parler son maître, il s’empressa de répondre :

– Oui-da, oui-da, s’il plaît à Dieu.

-oxo-

Le tailleur de Scarron lui disait un jour :

– Oh ! monsieur Scarron, quelle satisfaction j’éprouverais si vous vouliez faire quelques vers sur ma pauvre personne.

– Maître Robert, lui répondit le malin cul-de-jatte, il est juste que ma muse s’enflamme pour vous, après avoir brûlé de l’encens pour une foule de gens qui ne vous valent pas.

Après avoir rêvé quelques instants, Scarron s’écrie avec un feint enthousiasme :

Grand Dieu, qui fîtes les planètes

Et le ciel, d’astres tout couvert...

– Monsieur, interrompt le tailleur, baissez un peu le ton, je vous prie, cela est trop beau pour moi vous oubliez que je suis un pauvre homme.

– Eh ! non, mon ami, vous allez être satisfait ; écoutez :

Faites de mon c.. des lunettes

Pour le nez de maître Robert.

-oxo-

Quand Scarron avait de l’argent, il dédiait ses ouvrages à la levrette de sa sœur ; quand il en manquait, il les dédiait à un grand seigneur, « qu’il louait autant et qu’il n’estimait pas davantage. »

MÉZERAY (1610-1683)

Cet historien avait une mise tellement négligée, qu’on le prenait souvent pour un mendiant. Il fut arrêté un jour par les archers des pauvres ; la bévue le charma au lieu de l’irriter, car il aimait les aventures singulières.

Seulement, ne voulant pas mener trop loin cette, affaire, il dit à ces soldats :

– Je suis trop incommodé pour aller à pied ; mais aussitôt qu’on aura mis une roue qui manque à mon carrosse, je me ferai un vrai plaisir d’aller dans votre compagnie où il vous plaira.

-oxo-

Il aimait le vin, et en avait toujours une bouteille sur sa table lorsqu’il étudiait.

Et il n’avait pas que ce goût - ou ce défaut ; il disait, avec plus de franchise que de délicatesse, que la goutte dont il était tourmenté lui venait « de la fillette et de la feuillette. ».

-oxo-

Son endroit favori était un cabaret situé à La Chapelle, alors hors de Paris ; il y passait des journées entières ; les propos qu’il y entendait faisaient ses délices. Le cabaretier fut son légataire universel.

-oxo-

Il n’aimait pas les « traitants », et disait toujours qu’il avait deux écus d’or qu’il destinait, l’un « à louer une place en Grève lors de l’exécution de quelques-uns d’eux, l’autre pour boire à leur santé. »

-oxo-

Quand il travaillait au Dictionnaire de l’Académie, il mit au mot Comptable : « Tout comptable est pendable. »

Ses confrères ne voulurent pas accepter ce corollaire il fut obligé de le supprimer, ce qu’il ne fit qu’en ajoutant « Rayé, quoique véritable. »

-oxo-

La franchise de cet honnête homme et sa hardiesse lui firent supprimer sa pension : quatre mille livres. Il mit à part dans une cassette ses derniers appointements d’historiographe avec ce billet :

« Voici le dernier argent que j’ai reçu du roi ; il a cessé de me payer et moi de parler de lui, soit en bien, soit en mal. »

BENSERADE (1612-1691)

Le duc d’Enghien discutait avec Boileau sur le mérite de Benserade, que le satirique n’aimait pas.

– Mais les vers en sont clairs, disait le fils du grand Condé ; ils sont parfaitement rimés et disent bien ce qu’ils veulent dire.

– Monseigneur, lui répondit Boileau, il y a quelque temps que je vis une estampe qui représentait un soldat qui se laissait manger par les poules en bas de cette estampe était ce distique

Le soldat qui craint le danger

Aux poules se laisse manger.

Cela est clair, cela est bien rimé, cela dit tout ce que cela veut dire, et pourtant cela est le plus plat du monde.

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Benserade était fils d’un procureur de Gisors ; le succès l’ayant enivré, il se fit faire une généalogie sur la porte d’une assez belle maison qu’il possédait à Chantilly, on sculpta des armes surmontées d’une couronne de comte, ce qui faisait dire à un de ses amis :

– Il a raison, c’est aux poètes à en faire.

LA FONTAINE (1621-1695)

Comment il jugeait son opéra-tragédie l’Astrée :

À la première représentation de cette pièce, La Fontaine ne cessait de s’écrier :

– Cela est détestable !

Des dames, qui étaient dans la même loge que l’auteur, importunées de ces exclamations, lui dirent :

– Monsieur, cela n’est pas si mauvais que vous le dites ; d’ailleurs, l’auteur est un homme d’esprit : c’est M. de La Fontaine.

– Eh ! mesdames, répondit-il sans s’émouvoir, je vous assure que la pièce ne vaut pas le diable, et que ce La Fontaine est un stupide. Vous pouvez me croire : c’est lui qui vous parle.

Après le premier acte, La Fontaine alla au café Marion, où il s’endormit dans un coin. Un homme qui le connaissait, surpris de le voir, s’écrie :

– Comment ! M. de La Fontaine est ici, pendant la première représentation de son opéra !

Ces mots, dits assez haut, réveillent l’auteur, qui répond en bâillant :

– J’en viens. J’ai vu le premier acte ; il m’a si prodigieusement ennuyé que je n’ai pas voulu en entendre davantage. En vérité, j’admire la patience des Parisiens.

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Ses distractions

Le Bonhomme, comme on le nommait, était plus malin que naïf, ce que beaucoup ignorent.

Ayant été invité à dîner par des financiers, qui désiraient jouir de la conversation de l’auteur des Fables