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Ce soir-là, des années avant, je m'étais installé seul au bar du Kong. Pourtant, assez vite, je me suis retrouvé à parler avec une voisine dont le compagnon venait de s'esquiver soudainement, aux toilettes j'ai imaginé. J'étais assis à côté d'eux depuis un petit quart d'heure. L'homme me tournait le dos et elle, que je voyais de face, me lançait par intermittence des milliers de petits regards furtifs alors qu'ils se parlaient de façon assez énervée. Ça allait mal entre eux.
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Seitenzahl: 39
Veröffentlichungsjahr: 2022
Du même auteur :
RAUQUE LA VILLE, éditions de Minuit, préface de Marguerite Duras 1980
RAPT D’AMOUR, P.O.L éditeur 1986
LA SUIVE, Imprimerie nationale éditions 1989
PATHÉTIQUE SUN, Criterion éditeur 1991
LA FICTION D’EMMEDÉE, éditions du Rocher 1997
LES VOYAGEURS MODÈLES, éditions Comp’Act 2002
PETIT HOMME CHÉRI, éditions L'ACT MEM 2005
LE PONT D'ALGECIRAS, éditions L'ACT MEM 2006
ENTRETIENS AVEC MARGUERITE DURAS, éd Bourin 2012
L'INSATISFACTION, BoD édition 2014
REGARDER LOIN, BoD édition 2015
JAMAIS AUTANT, BoD édition 2016
NOUVELLES DU PASSÉ, BoD édition 2019
OSONS LIBÉRER LE FRANÇAIS, BoD édition 2019
LE PETIT ROMAN DE JUILLET, BoD édition 2020
jeanpierreceton.com
Personnages :
Jane, Tim, Hugo, Ydea
Narrateur :
Hugo
(l’auteur utilise la nouvelle orthographe)
Ce soir-là, des années avant, je m'étais installé seul au bar du Kong. Pourtant, assez vite, je me suis retrouvé à parler avec une voisine dont le compagnon venait de s'esquiver soudainement, aux toilettes j'ai imaginé.
J'étais assis à côté d'eux depuis un petit quart d'heure. L'homme me tournait le dos et elle, que je voyais de face, me lançait par intermittence des milliers de petits regards furtifs alors qu'ils se parlaient de façon assez énervée.
Ça allait mal entre eux. Les réparties dont je n'entendais que des bribes, étaient sèches et piquantes, avec des mots insultants...
Et puis la chute était survenue, en fait après une montée rapide: « De toute façon je ne peux plus te saquer... / voilà, moi non plus, je ne peux pas te saquer... / donc on est d'accord... »
Et le type était parti.
J'étais resté sans bouger, assez circonspect, n'étant pas tout à fait certain du contenu des phrases, je n'entendais pas assez bien à cause du bruit de fond du Kong. Il y avait en effet beaucoup de conversations en même temp, des rires, des cris, des ordres lancés par le service et, en plus, superposée à tout ça, une musique qui canonnait des graves renforcés pour être audible...
C’est sûr ma capacité à relier des bribes de phrases que je captais plus ou moins à distance risquait de m'éloigner de la réalité.
Sur le moment, je n'étais plus sûr du mot « saquer ». Si on remplaçait saquer par séduire, ça changeait tout... Je ne suis plus séduite par toi / Tu ne peux plus me séduire... Encore plus si on interchangeait je peux par je veux... ou la phrase entière par je ne suis plus jamais séduite par toi / Tu ne me séduis pas davantage, fini!...
En tout cas, le type s'était levé brusquement et avait disparu d'un coup. Tellement vite que je n'avais pas pu voir la tête qu'il avait...
La fille m'avait fait un sourire tout aussitôt et, hop! elle m'avait dit qu'elle reprendrait bien un coquetèle...
-Et vous?
-Oui, j'avais dit, hochant la tête en guise de réponse, un deuxième coquetèle oui.
- Ah moi, ça va être le troisième, si je ne me trompe pas, après je m'arrête !
Et elle s'était mise à palabrer à voix haute, comme si ça pouvait intéresser tout le monde de savoir quel coquetèle elle allait commander, pas le même que tout à l'heure, elle hésitait entre quelque chose de plus sucré ou alors de très épicé?... Les deux si c'était possible?
-C'est sûr j'ai dit, principe du coquetèle, on mélange ce qu'on ne mélange pas d'ordinaire...
-Ah oui, et vous, qu'est-ce que vous allez prendre ? Et vous ? elle a redit, évidemment sans me laisser répondre car elle avait tout de suite enchaîné sur une liste de mélanges, ses favoris, elle disait, sans compter tous ceux qu'elle oubliait...
-Une base de menthe et de gingembre, je prendrai, j'ai chuchoté en riant.
Elle a ri aussi et du coup je me suis approché d'elle.
Du coup, parce qu'elle m'avait fait un signe pour que je me rapproche comme si elle avait quelque chose à me dire...
Son look asiatique m'avait tout de suite plu, beaucoup. De près son visage me rappelait mon premier amour, dont une image m'était apparue soudainement. Le premier amour ce n'est pas rien. Pour tout un chacun ce n'est pas rien, pour tout le monde, c'est énorme.
De près, je découvre surtout qu'elle est complètement surexcitée, bien sûr pour une raison que je ne peux pas connaitre. Mais je ressens pour la première fois sa personne je perçois qu’elle est en tension haussière… C‘est une fille super émotive, ou très sensible, tourmentée assurément, l’air bouleversée, presque terrassée...
Elle n'arrête pas de tourner de gauche à droite sur ce tabouret haut où elle est assise, en même temp que d'un geste vif elle ramène sa robe sur ses genoux, parce que chaque fois qu'elle tourne d'un
