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On ne sait jamais tout à fait comment les choses surviennent, ni d'ailleurs à quel moment elles ont précisément commencé. On est surtout bien incapable de savoir où elles vont nous entrainer... Voilà Hugo qui se précipite à monter dans le tramway avant de découvrir qu'il en est le seul passager. Aussitôt il passe au rêve pour retrouver Do avec qui il parle de la manipulation mentale. L'histoire se mêle alors à l'Histoire. Hugo suit Victor Hugo dans sa course vers sa Juliette ou bien se lance sur les traces du Président Paul Deschanel qui lui rappelle la petite ville de son enfance. Entre-temps, Do se dispute avec sa soeur qui s'obstine à toujours tout gâcher...
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Seitenzahl: 191
Veröffentlichungsjahr: 2023
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RAUQUE LA VILLE, éd. de Minuit, préface de Marguerite Duras 1980
RAPT D’AMOUR, P.O.L éditeur 1986
LA SUIVE, Imprimerie nationale éditions 1989
PATHÉTIQUE SUN, Criterion éditeur 1991
LA FICTION D’EMMEDÉE, éditions du Rocher 1997
LES VOYAGEURS MODÈLES, éditions Comp’Act 2002
PETIT HOMME CHÉRI, éditions L'ACT MEM 2005
LE PONT D'ALGECIRAS, éditions L'ACT MEM 2006
ENTRETIENS AVEC MARGUERITE DURAS, éd Bourin 2012
L'INSATISFACTION, BoD édition 2014
REGARDER LOIN, BoD édition 2015
JAMAIS AUTANT, BoD édition 2016
NOUVELLES DU PASSÉ, BoD édition 2019
OSONS LIBÉRER LE FRANÇAIS, BoD édition 2019
LE PETIT ROMAN DE JUILLET, BoD édition 2020
AU BAR DU KONG, BoD édition 2022
jeanpierreceton.com
(l’auteur utilise la nouvelle orthographe)
On ne sait jamais tout à fait comment les choses surviennent ni d'ailleurs à quel moment elles ont précisément commencé. On est surtout bien incapable de savoir jusqu'où elles vont nous entraîner...
Prenez ce jour, apparemment sans histoires, où Hugo cherchait à rentrer chez lui le plus vite possible. Voilà qu'il se précipite pour attraper le tramway dont il entendait retentir le signal de départ depuis l'autre trottoir. Donc il traverse la rue à toute allure, zigzague entre les voitures, affronte plus ou moins un attroupement de personnes stationnant sur le quai, parvient à se glisser à l'intérieur de la rame, non sans avoir dû se contorsionner bizarrement pour résister à la fermeture des portes. Au moins pour ne pas laisser dehors une partie de sa personne.
L'épreuve réussie, il s'efforce de rouvrir les portes pour permettre à Wilde qui le suivait à trois pas de monter à son tour...
En vain, rien à faire. Sauf à voir les portes s'entrouvrir un court instant pour mieux se verrouiller, avec pour résultat de les séparer Wilde et lui de façon définitive.
Oui, il avait brutalement pensé ça, qu'il ne le reverrait plus jamais. Avant de se rendre compte que, collé à l'extérieur contre la porte, Wilde lui faisait des « non-non » répétés d'un geste de la main, alors qu'il avait d'abord cru qu'il le saluait d'un au-revoir appuyé.
Le tram avait déjà démarré, juste eu le temps de capter dans le regard de Wilde une sorte de désolation, comme seule réponse à opposer à une dose supplémentaire de fatalité, contre quoi en général on ne pouvait rien, ainsi qu'il le disait toujours.
Hugo avait passé l'après-midi entière avec lui, comme à leur habitude, parce qu'ils ne se voyaient qu’une à deux fois par an. A parler de tout, dans les grandes largeurs, pour au bout du compte se poser la même éternelle question, qu'est-ce qu'on pouvait bien faire contre l'adversité?
Ce n'est qu'à l'arrivée de la nuit qu'ils avaient décidé de se séparer.
Pas croire cependant qu'ils avaient décollé aussitôt. Non, ils n'avaient pas réussi à se quitter tout de suite, l'idée leur était venue de prendre le même tramway, pour faire un dernier bout de chemin ensemble, avant de bifurquer ensuite vers leurs soirées respectives.
Ce n'était pas très logique, car ils n'allaient pas du tout dans la même direction. Mais, pour rester ensemble, ils avaient choisi d'emprunter cette ligne de tram avant de se séparer à une correspondance proche.
Mais pourquoi donc s'être précipité pour attraper le tram?
Hugo s'était souvent posé la question par la suite. Pourquoi n'avoir pas traversé calmement la rue, quitte à attendre le tram suivant, tout en continuant la conversation avec Wilde?
Bien sûr, Hugo avait pu subitement éprouver l'envie de rentrer chez lui, mais c'était surtout sa tendance à être tout le temp pressé qui l'avait conduit à sauter dans ce tram en instance de départ.
En réalité, Hugo s'était précipité pour attraper ce tram parce qu'il savait comme tout le monde que le deuxième train arrive dans un délai variable après le premier. Bien sûr, il y a des gens qui vous diront : C’est rien dix à quinze minutes dans l'existence d'un humain, on perd tellement de temp à longueur d'années qu'on peut bien attendre patiemment le tram, même vingt ou trente minutes, ça ne nous raccourcirait pas la vie !
Oui, mais il y en a d'autres aussi qui vous calculeront illico presto le pourcentage de vie humaine que représentent ces minutes d'attente, au risque de vous casser le moral pour la journée.
De toute façon, si vous prenez régulièrement le tramway, vous apprenez vite à foncer pour ne pas rater celui qui est annoncé. Par simple habitude, vous courez, vous plongez presque dans le wagon, et c'est seulement quand les portes se sont refermées derrière vous, que vous vous autorisez à respirer...
D'ailleurs si vous ne vous précipitiez pas, que feriez-vous de ce temp mort ? Les cent pas sur le quai, ponctués de quelques échanges de regards, au mieux d'un ou deux sourires que vous auriez réussi à déclencher sur des visages inconnus ?
Probablement que vous sortiriez votre téléphone intelligent pour consulter vos messages ou les dernières infos sur le monde, et qu'ensuite vous lanceriez quelques appels. Simplement pour vous occuper, ou alors pour avancer dans différentes démarches à effectuer.
En l'occurrence, Hugo qui se trouvait en queue de tram, n'en était plus à se demander s'il avait bien fait de s’y précipiter plutôt que d'attendre sur le quai. Il avait désormais trop conscience de devoir regarder les choses en face, ce que chacun devrait faire à tous moments de son existence, et ne fait pas toujours parce que c'est trop fatigant, trop inhumain en réalité.
Ce serait en effet proprement intenable pour l'humain qui a besoin de repos, de tranquillité, d'assurance. Il ne peut pas faire comme les animaux sauvages qui se tiennent sur le qui-vive en permanence...
Hugo qui ne cessait de balayer d'un regard incrédule la rame jusqu'au poste de pilotage, avait dû se rendre à l'évidence, il était seul dans ce tram.
C'était assez difficile à croire, pourtant au deuxième regard qui change souvent la perception des choses, il n'avait pas davantage repéré le moindre voyageur, vraiment pas besoin de se pincer le bras pour savoir s'il rêvait ou quoi, le train était totalement vide. Il était le seul voyageur de ce tram, « point barre » ainsi que disait une de ses amies.
Alors lui était revenue l'image des gens groupés sur le quai qu'il avait dû « bousculer », puisqu'ils ne semblaient pas décidés à se bouger. Et du coup il comprenait mieux pourquoi, au démarrage du tram, ces gens l'avaient regardé d'un air réprobateur, alors que sur le moment il s'était bêtement senti plus malin qu'eux.
Il revoyait aussi Wilde qui lui faisait des signes, certainement pour le convaincre de descendre de ce train si c'était encore possible.
Hugo avait esquissé le geste de sortir de sa poche son téléphone pour appeler Wilde, au moins s'excuser auprès de lui. Peine perdue, Wilde n'avait plus de téléphone mobile. Comme un imbécile, et aussi à la manière d'un acteur dans une publicité, il l'avait balancé dans une grille d'égouts un jour de panique où il avait été submergé par l'impression d'avoir un collier au cou, tel le chien de la fable de La Fontaine...
Hugo avait tout de même chercher à allumer son téléphone, de sorte de prévenir quelqu'un de proche. L'intérêt de base du mobile, avait-il pensé, pouvoir joindre à toute heure et de n'importe où la personne de son choix, surtout en cas de besoin.
Peine perdue, son mobile était hors fonctionnement, batterie à zéro, plus d'énergie... Il s'était dit qu'il allait devoir se débrouiller seul, ne savait pas comment, il verrait bien !
Voilà que le tram avait pris de la vitesse pour atteindre une allure qui lui était apparue notablement plus rapide que celle des trams habituels.
Alors, Hugo s'était mis à carburer, activant sa capacité reconnue par tous ses amis, à trouver des explications aux situations les plus improbables. Face à la moindre difficulté, il se sentait devoir agir comme un expert, s'obligeant à établir aussitôt une liste de causes possibles du problème. Cela pouvait prendre un certain temp, il fallait accepter d'intégrer des éléments étrangers à l'affaire, ouvrir des pistes contradictoires...
La liste complétée ne l'éclairait pas forcément, cependant il s'en trouvait souvent beaucoup mieux, même si le problème n'était pas réglé.
En l'occurrence, il retenait deux causes pour expliquer sa perception aigüe de l'emballement croissant du tram. D'abord que la nuit était tombée, ensuite qu'il avait retiré ses lunettes noires, collées sur le nez depuis le tout début de la journée.
A quoi, pour ne pas se limiter à deux explications, il avait ajouté une donnée qui lui semblait essentielle, à savoir qu'il était seul dans ce tram. Tout à fait possible, il s'était dit, que la sensation de vitesse soit augmentée par la solitude.
Hugo doit s'accrocher à une colonne pour maîtriser un vertige survenu quand il s'est demandé s'il y avait vraiment quelqu'un dans le poste de pilotage.
Ce tram pouvait être à pilotage automatique, et dans ce cas il y serait totalement seul, par conséquent embarqué dans un tramway possiblement fou.
Heureusement, avait-il pensé peu après, que même automatiques, toutes les nouvelles machines sont surveillées à distance par des humains.
A moins qu'elles le soient par des robots, sans que personne puisse affirmer que ce serait là une marque de sagesse des humains !
Y avait-il effectivement un pilote ou pas ? La question taraudait Hugo tandis qu'il scrutait le moindre mouvement à l'avant de la rame. Il croyait apercevoir une présence, mais en fait il n'y voyait rien, et plus il regardait, moins il avait l'impression d'y voir. Du coup Hugo venait de faire le geste réflexe de retirer ces lunettes noires alors qu'elles n'étaient plus sur son nez. C'est qu'il n'avait pas l'impression d'y voir plus clair que s'il les avait eues encore devant les yeux. Au contraire, les images qu'il capte désormais de ce quartier d'anciens entrepôts lui semblent de plus en plus indistinctes...
Hugo repense à un film dont il ne retrouve ni le titre ni l'auteur mais dont il revoit précisément des images qui devenaient de plus en plus pâles, indiquant au spectateur qu'on allait passer dans un autre monde, possiblement dangereux, forcément interdit, en tout cas inconnu...
Il s'étonne de visualiser ces images avec tant d'intensité des années après les avoir vues. N'était pourtant pas très sûr d'avoir spécialement aimé le film.
Là, il concentre toute son énergie pour tenter de remonter la rame. Mais plus il avance, plus il éprouve l'impression de marcher dans du sable de dunes qui ralentit la progression. Il lui arrive curieusement l'idée que le poste de conduite lui serait plus accessible si le tram décélérait un tant soit peu. Or ce n'est pas le cas, Hugo ressent au contraire que le tram poursuit son accélération de façon régulière.
Il voudrait le signaler en toute urgence au conducteur machiniste dont il a fini par distinguer la silhouette. Mais il a beau l'appeler, crier, hurler même, c'est comme si l’homme de la silhouette ne l'entendait pas. Sûrement que ces nouveaux trams, sont trop insonorisés, se disait-il.
Voilà que si, il avait dû finalement l'entendre, ce que Hugo croit d'abord, car le tram s'arrête brusquement au milieu de nulle part. L’homme aussitôt s'est mis en mouvement, ouvrant la porte de sa cabine pour en sortir d'une manière d'habitude.
Hugo comprend que le machiniste a techniquement provoqué l'arrêt du tram au moment précis où il devait le faire, donc sans aucun rapport avec sa présence insolite dans le tram.
Le machiniste semblait même ne pas avoir remarqué Hugo, jusqu'à ce qu'il se trouve face à lui.
-Que faites-vous là, qui êtes-vous ? s'écrie l'homme pilote qui n'en croyait pas ses méninges tellement il avait la certitude d'être seul en son wagon.
Il répète la question tout en poursuivant son action, manifestement sans attendre de réponse.
L'homme s'est dirigé vers une porte du tram qu'il a ouverte, respectant d'évidence une procédure qu'il doit appliquer sans la moindre faille. Du coup Hugo se précipite derrière lui en vue de sortir du tram.
Non, interdit, c'est interdit, assène le pilote en lui barrant le chemin !
Il répète « interdit », avant de lui expliquer, « puisqu'il n'a pas l'air de comprendre », que pour des raisons de sécurité, lui en tant que chef du convoi ne peut pas le laisser descendre à cet endroit.
Ensuite, le machiniste ne regarde plus Hugo, il se comporte comme s'il était seul dans son tram, ce que sans doute il préférerait. L'homme bougonne qu'il va devoir recommencer toute la manoeuvre. À l'identique, précise-t-il, il lui faudra tout reprendre de A à Z.
« Regardez, mais regardez ce qu'un individu peut provoquer comme dégâts », lance-t-il cette fois en regardant Hugo qui se demande surtout quel pouvait bien être l'objectif de la manoeuvre en cours.
C'était possible qu'il prépare le tram à retourner au point de départ, avec lui, Hugo, comme seul voyageur. Mais c'était possible aussi qu'il le prépare à changer de direction pour rejoindre le dépôt central.
Son action terminée, le machiniste s'était radouci, devenu sympa d'un coup. Sans doute satisfait d'avoir appliqué le protocole prévu par sa feuille de route,
Voilà qu'il éclate d'un gros rire pour dire à Hugo, d'aller s'asseoir à la place qui lui plaira. C'était le moins qu'il pouvait lui offrir, avait-il repris, puisque toutes les places étaient disponibles!
Hugo s'était alors docilement installé à l'un des sièges du premier rang, et s'était assoupi en toute tranquillité aussitôt après avoir fermé les yeux.
Voilà qu'il entrevoit Do, assise tout près de lui. Il en éprouve un pic de joie. Il veut le lui dire, mais n'y parvient pas, il se demande pourquoi.
Dominique, il l'avait connue... Oui, il a l’étrange certitude de l’avoir connue sur le pont qui relie la place de la Concorde à l’Assemblée nationale. Il ne peut s’empêcher de visualiser la scène, presque comme s'il en avait la photo sous les yeux. Elle lui avait d’abord demandé ce qu’il faisait. Tu fais quoi ? Laisse-moi deviner, tu écris le soleil ?
C’était un début d’été, ils regardaient tous les deux la Seine, penchés sur la rambarde du pont, épaule contre épaule, du rire en partage...
Ils étaient dans l'éblouissement de l'amour, comme si en effet ç’avait été la première fois qu’ils s'étaient aimés.
Il se souvient, qu'hésitant entre l’amont et l’aval, ils avaient à un moment changé de côté du pont, au risque de se faire écraser par des automobilistes klaxonnant furieusement. L'un d'eux avait même dû piler ferme, avant de les traiter de jeunes imbéciles irresponsables.
Ce qui ne les avait pas empêchés de choisir d'un commun accord le sens du courant pour regarder l’eau du fleuve filer vers la mer.
Hugo se souvenait avec précision du sourire de Do quand elle lui avait dit « oui ».
Pourtant c’était ailleurs qu'il l’avait rencontrée, des mois avant, il le sait bien, un jour que, par le hasard qui parfois fait bien les choses, ils étaient sortis en même temp une fin d'après-midi de leur cours de théâtre.
À l'instant où ils allaient se quitter d’un salut de la main, Hugo s'était entendu lui proposer d’aller boire un café dans un bar de la place toute proche.
Do avait acquiescé, toutefois après s'être retournée pour appeler un ami à se joindre à eux, mais celui-ci venait juste de disparaitre dans la bouche de métro.
En conséquence de quoi ils s'étaient retrouvés dehors tous les deux, en tête à tête, pour la première fois.
Dans ces jours-là, l’Assemblée nationale avait voté une proposition de loi déposée par quelques députés novices, et sûrement naïfs, qui visait à réprimer la manipulation mentale.
Une nouvelle qui avait beaucoup plu à Do, tout comme elle plaisait à Hugo qui n'avait pas pu réprimer l'envie de lui en parler. Selon lui, cette nouvelle ouvrait une perspective plus positive du monde que les informations quotidiennes qui, plus elles étaient tragiques et plus elles avaient de l’audience. Truc de fous ! avait dit Do qui en avait ri de bon cœur…
Pour les députés, à l'origine de la proposition de loi, il s’agissait de combattre les sectes qui parvenaient à endoctriner des gens, au point qu’ensuite ils n’étaient plus libres de leur choix, notamment celui de sortir de l'emprise de ces sectes. Si bien que pour les libérer de leur influence, il fallait parfois le faire contre leur gré, surtout s'il s'agissait de jeunes gens. C'était même une de leur spécialité, de s’attaquer à la jeunesse, pour assurer leur développement, avait expliqué Hugo. Les novices députés avaient donc cru trouver l’arme efficace en créant ce délit de manipulation mentale.
Oui, mais quelques jours après, les religions en place s’étaient manifestées pour dénoncer cette proposition de loi qui pouvait les mettre en cause elles aussi.
Déjà, elles ne voulaient sûrement pas être considérées comme des sectes. Surtout, elles tenaient à se garder le droit d’inculquer aux gens et aux jeunes en particulier leur vérité. Elles voulaient aussi conserver la possibilité de convaincre ces mêmes gens par exemple de se faire prêtre, voire de léguer leur fortune à l’institution. Ce qui d’une certaine façon pouvait les assimiler aux pratiques des sectes.
Ensuite, c'étaient des associations de familles qui s’étaient réveillées. Parce que des enfants auraient pu se retourner contre leurs parents sous l’accusation de manipulation mentale…
Ils ne savaient pas ces députés novices que vingt ans plus tard, d'autres députés se mettraient à légiférer sur les dangers de la manipulation par les algorithmes.
Personne ne m'a jamais parlé comme toi, lui avait dit Do, en l'interrompant. Souvent je m'ennuie avec les gens, au bout de cinq minutes j'ai envie de partir tellement je les trouve lents, et même parfois un peu bêtes quand ils répètent ce que j'entends partout...
Pas sûr que Do avait utilisé ces mots-là ni dans cet ordre-là. Sans doute qu'elle avait juste formulé une impression montante de la séduction opérée sur elle par Hugo.
C'est bien le jour où des parlementaires français avaient voté un amendement visant à réprimer la manipulation mentale que Dominique et Hugo avaient bu pour la première fois un verre ensemble alors qu'elle avait affirmé qu'elle ne buvait jamais d'alcool. En vérité ils avaient bu deux verres de vin blanc sec, puis trois.
Ainsi, eux qui ne s'étaient jamais vraiment parlés, à part échanger un « bonjour », et aussi quelques œillades rapides, s'étaient en effet déclenchés à se parler comme s'ils se connaissaient depuis longtemp.
Ce soir-là, Hugo avait vraiment eu du mal à se séparer d'elle. Il serait facilement resté en sa compagnie toute la nuit, sans même imaginer de la quitter le lendemain.
Do n'avait pas davantage ressenti le désir de quitter Hugo, sauf qu'elle fêtait le soir un anniversaire en famille...
Je viens avec toi, avait susurré Hugo en riant, tu m'invites?
A quoi elle avait répondu que ce serait plutôt compliqué qu'il l'accompagne, pourtant elle aurait bien aimé, oui ça lui aurait fait plaisir. Mais l'anniversaire de sa soeur, il pouvait le comprendre, c'était une affaire entre elles, et aussi une affaire avec ses parents. En plus, elle connaissait sa soeur, elle la connaissait même trop bien...
Do s’était bloquée, avait pouffé de rire, et Hugo avec elle, parce qu'elle était trop belle quand elle riait.
Non, cela ne serait pas vraiment possible, avait-elle redit en continuant de rire. Tu ne peux pas savoir, tu ne peux pas imaginer, ma soeur, comment elle est ma soeur !
Sans trop savoir pourquoi, Hugo lui avait sorti en plaisantant qu'elle n'avait pas besoin de lui raconter des sornettes, qu'il connaissait bien les excuses habituelles, si elle devait rentrer chez elle ou partir à un rendez-vous, elle pouvait le dire sans inventer de prétextes...
Do avait failli se fâcher, pourquoi il ne la croyait pas? C'était si simple pour elle de dire les choses telles quelles. D'ailleurs elle se sentait libre de s'en aller tout de suite si elle en décidait. D'ailleurs, c'est ce qu'elle allait faire, partir...
Là que Hugo avait perçu le risque d'une petite bagarre, ce qu'il avait voulu à tout prix éviter. Il aimait trop cette fille, et puis il savait que la première bagarre dans une histoire d'amour, ça laisse des traces que l'on ne peut plus effacer.
Donc Hugo avait vite récupéré l'affaire : excuse-moi, je plaisantais, je t'assure, je plaisante.
Do lui avait alors envoyé une cascade de sourires pour lui redire d'un ton câlin que c'était pour de vrai l'anniversaire de sa soeur, qu'elle devait même partir tout de suite, car elle était déjà très en retard.
Elle s'était levée, puis assise encore pour préciser qu'elle préférait lui raconter les détails une autre fois.
Oui, oui, avait acquiescé Hugo qui se tenait néanmoins en attente d'une explication, s'efforçant de ne rien dire, de ne pas bouger, de ne pas même ciller du regard...
Après un temp, un temp délicieux pour Hugo, Do s'était réassise, elle ne voulait pas lui expliquer maintenant parce que c'était difficile à croire, sa soeur était vraiment infernale. Adorable bien sûr, mais infernale, il ne pouvait pas se représenter à quel point elle l'était, il ne pouvait pas l'imaginer...
Voilà qu’elle lui avait confié, que s'il l'accompagnait à cette soirée d'anniversaire, elle préférait lui dire, sa soeur passerait son temp à le draguer, pour essayer de lui chiper, c'était difficile à comprendre. Toujours elle faisait ça, avec toutes ses copines, et même avec elle, moi, sa soeur, un comble !
Même avec moi, elle avait redit. Et ça elle ne le voulait pas! Sure-ment pas, ainsi qu'elle l'avait sur-articulé en regardant Hugo dans les yeux, loin dans les yeux, loin dans son regard...
Ensuite ils avaient encore discutaillé un moment, du coup ils avaient dépassé la limite du troisième verre de vin, ce qui était pourtant fortement déconseillé par les organismes de prévention, si l'on voulait rester en bonne santé.
Et puis Do s'était sauvée, silhouette unique s'éloignant vivement de sa belle démarche svelte. S'était retournée un instant pour un dernier regard.
Hugo avait éprouvé une forte émotion à la voir s'engouffrer dans le métro.
En cours de nuit Do avait appelé Hugo pour lui proposer de la rejoindre dans un endroit où elle se trouvait et puis dans un autre où elle allait se rendre. Plusieurs fois, elle avait appelé.
Contrairement à ses habitudes, sans qu'il s'explique pourquoi, Hugo avait mis en veille son téléphone.
Il avait donc découvert les messages de Do le lendemain à son réveil.
Aussitôt il avait tenté de l'appeler, mais le téléphone de Do n'avait pas répondu. Pas même eu le message du répondeur qu'elle avait dû neutraliser, avait-il pensé.
Il avait renouvelé son appel une partie de la journée. D'abord tous les quarts d'heure puis toutes les demi-heures avant de renoncer.
Ce n'est que le soir très tard qu'elle l'avait rappelé.
-Ouh! tu m'as appelée beaucoup de fois, 22 appels manqués, indique mon téléphone... Au moins 22 fois où tu as pensé à moi, ça me fait vraiment plaisir, elle avait dit... Oh oh! tu n'as pas l'air de rire ?
-Mais si, pourquoi?
-Excuse-moi, je ne pouvais pas t'appeler avant, ma soeur, en plus de m'avoir fait plein d'histoires, a trouvé le moyen de se « tromper » de téléphone...
-Vous avez le même?
