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Dans les semaines qui précèdent l’invasion de la Belgique, Joseph et Leni, deux écrivains, trouvent refuge dans un hôtel d’Ostende. Lui est autrichien, elle allemande, ils viennent de Paris et des hôtels de la rive gauche. Lui écrit beaucoup depuis plusieurs années et est alcoolique. Elle a publié un roman à succès dans l’Allemagne des débuts du nazisme et a vingt ans de moins que lui. À Ostende, leur histoire se cristallise et prend les accents d’un film d’avant-guerre avec tous ses excès romanesques. Une sorte d’hyperfilm naturaliste du samedi-soir…
Par ailleurs, le roman est entrecoupé de chapitres d’entretiens entre l’auteure Ursula Baum et un certain Franz, quarante ans après, à l’hôtel des Thermes d’Ostende. On découvre que tous deux se sont connus, mais à des âges différents, au cinéma Éden, à Saint-Dié, une petite ville de l’Est de la France.
Ainsi, comme il y a des romans dans le roman et des films dans le film,
Au bord du Monde est un roman dans le film, et un roman du film, tout en étant un film du roman en train de se faire… On y vit, on croit y mourir mais on survit, ailleurs, dans une autre dimension, celle du cinéma comme monde plus réel que la vie et, en somme, plus désirable.
Serait-ce l’ombre alliée à la lumière du cinéma Éden sur l’écran de nos imaginaires ?
À PROPOS DE L'AUTEUR
Maxime Benoît-Jeannin, biographe, essayiste et romancier, est également scénariste. Il rend ici hommage au cinéma de sa jeunesse. Parmi ses livres récents, on peut citer
Histoire de la Toison d’or (avec
Pierre Houart), chronique du fameux ordre de chevalerie, et
Mémoires d’un ténor égyptien, roman, tous deux parus aux Éditions Le Cri en 2006.
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Seitenzahl: 292
Veröffentlichungsjahr: 2021
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DU MÊME AUTEUR
CHEZ LE MÊME ÉDITEUR
Mademoiselle Bovary, roman, 1991
Ivresse dans l’après-midi,récit, 1991
Colonel Lawrence, roman, 1992
Ton fils se drogue, récit, 1993
Le Choix de Satan, roman, 1995
Georgette Leblanc, biographie, 1998
Eugène Ysaye, biographie, 2001
La Corruption sentimentale, essai, 2002
Miroir de Marie, roman, 2003
Chez les Goncourt, roman, 2004
Histoire de la Toison d’or(avec P. Houart), 2006
Mémoires d’un ténor égyptien,roman, 2006
(suite en fin de volume)
Maxime Benoît-Jeannin
Au bord du Monde
Un film d’avant-guerre au cinéma Éden
Roman
Catalogue sur simple demande.
www.lecri.be [email protected]
(La version originale papier de cet ouvrage a été publiée avec l’aide de la Fédération Wallonie-Bruxelles)
La version numérique a été réalisée en partenariat avec le CNL
(Centre National du Livre - FR)
ISBN 978-2-8710-6709-2
© Le Cri édition,
Av Leopold Wiener, 18
B-1170 Bruxelles
En couverture : Ostende,la digue vue du Kursaal(anonyme).
Tous droits de reproduction, par quelque procédé que ce soit, d’adaptation ou de traduction, réservés pour tous pays.
« Ostende sans vous : les mêmes lieux,
et pourtant si différents. Très familiers et
très étrangers à la fois, en une effrayante
simultanéité. »
Joseph Roth
Lettre à Stephan Zweig1
« Ne saura plus si oui ou non et dans
quelle mesure. Au sujet non de ce qui se
passe mais de ce que on peut en dire. »
Robert Pinget2
__________________________________
1 Joseph Roth, Lettres choisies (1911-1939), Seuil, Paris, 2007.
2Robert Pinget, Le Fiston, Minuit, Paris, 1959.
Mais disons qu’on n’en est plus là. Apparaître ou disparaître. Est-ce encore le moment ? D’une certaine manière, c’est peut-être encore possible. Il faudrait en profiter.
Ça ne s’invente plus, c’était l’Éden, un cinéma de quartier, pas plus miteux qu’un autre. Il y avait deux façons de voir les films. La première, la plus répandue, en payant sa place et en entrant après avoir donné un pourboire à l’ouvreuse. On s’asseyait aux fauteuils d’orchestre, aux balcons, et si on était vraiment friqués, dans les loges. Si on arrivait dans le noir, quand le film commençait, on était guidé par la lampe de poche de l’ouvreuse. La seconde façon, la plus secrète, la plus rare, était d’habiter derrière la cabine de projection et d’être intime avec le projectionniste. Le voisin était un garçon d’entre treize et quinze ans. La fenêtre de sa chambre donnait sur le toit d’où l’on pouvait grimper à l’échelle de fer qui permettait d’accéder à la cabine, alors le cinéma était gratuit, quel que soit le film. Mais il fallait être ce garçon-là, qui, quand il s’endormait, entendait la musique et les dialogues des films…
À la longue, ses rêves, il se les fabriquait avec la complicité du projectionniste. Et il les lui racontait. Roger Bertrand contrôlait la salle. Il avait la haute main sur la programmation. À l’Éden, c’était leur œuvre commune qui était projetée. Roger remontait les bandes à partir des rêves du garçon et avait créé un film unique en utilisant les chutes des autres pellicules. On n’est pas obligé de me croire. Vous me suivez ? Si bien que l’imaginaire du garçon finissait sur l’écran, sans que les spectateurs s’en doutent. C’est simple. Je le répèterai plus tard, par crainte d’un oubli de la lectrice, le garçon s’appelait François Laubert, mais on l’avait surnommé Franz, son père étant un soldat allemand de l’armée d’occupation.
Le cinéma était permanent. Ouvert de midi à minuit. Quand la projection recommençait, ce n’était pas forcément les premières images du film qui apparaissaient, après lesactualités. Sous les plans, d’autres parfois surgissaient quelques secondes et l’image se divisait en plusieurs parties. Le film reprenait là où Roger Bertrand, la veille, avait cessé la projection. Des extraits desactualitésétaient parfois joints au film, work in progress, cut-up. Bande-son grésillante par moments.
Les bruits de la rue montaient jusqu’à la chambre d’hôtel inoccupée…
Les yeux fermés, on reconnaissait le passage du tramway, des toux de moteur qu’il fallait embrayer à la manivelle, le roulement des tonneaux de bière sur les pavés, le charroi d’un chariot de brasserie tiré par un cheval. Les appels à intervalles réguliers d’un rémouleur. La complainte d’une chanteuse. Les bruits du port étaient aussi primitifs : cloche du phare, corne des navires, cris des mouettes. Côté ville, le clocher du beffroi sonnait les heures et la cathédrale annonçait les messes.
Un voyageur avait laissé la chambre en désordre, fenêtres grandes ouvertes sur la rue et le port.
Une employée de l’hôtel, à l’allure enfantine de Cosette flamande, mais enceinte jusqu’aux dents, entra, serrant sur son ventre une pile de draps et des ustensiles de ménage. Elle refit le lit, nettoya et rangea précipitamment, comme si le client allait la surprendre. Elle examina de même le coin du lavabo, sous lequel était rangé le bidet à roulettes. Elle versa de l’eau de Javel dans les trous d’évacuation des deux instruments d’hygiène, ouvrit les robinets et referma les fenêtres en hâte. Elle donna un coup d’éponge sur les porcelaines, fit disparaître les poils pubiens qui s’obstinaient à rester collés aux parois et arrêta l’eau. Tout semblait propre et épousseté comme il fallait pour un prochain client pas plus difficile que ses prédécesseurs, mais s’ils étaient mécontents du service, l’hôtel Léopold était à deux pas. On ne les retenait pas.
Un dernier regard d’ensemble à la chambre : la fille se laissa tomber sur le lit et pleura. Ce n’était qu’un accès de larmes qui ne dura pas longtemps, juste un coup de fatigue. Calmée, les yeux un peu rouges, elle se rafraîchit le visage face au miroir accroché au-dessus du lavabo, se tira une langue chargée et s’adressa malgré tout un sourire.
Elle sortit en laissant la porte entrouverte.
La chambre n’avait jamais été aussi silencieuse. La rue et le port étaient maintenant inaudibles. C’était parfait pour les blattes et les acariens, trop sensibles aux nuisances sonores extérieures. Mais le calme ne dura pas. Par instants, des locataires entraient et sortaient. Claquement des portes. Grincement des escaliers. La fenêtre donnant sur le port s’ouvrit brusquement à deux battants, puis l’autre. La chambre fut traversée par un appel d’air et les sons du dehors se firent à nouveau envahissants.
Des pas lourds, des voix en allemand provinrent de l’escalier. On hésita un moment au seuil.
Un homme en manteau et chapeau entra le premier. Il portait deux énormes valises en cuir usagé, très pesantes. Il les laissa tomber au pied du lit. Lui-même s’effondra sur la couette en bâillant.
Une très jeune femme en manteau et chapeau elle aussi entra à son tour, une petite valise en osier à la main. Elle repoussa la porte d’un coup de talon.
Avachis sur le lit, Joseph et Leni se tournaient le dos, sans réactions, ne songeant même pas à retirer leurs manteaux. Vidés par un voyage sur les banquettes de bois d’un wagon de troisième classe ? Prostrés ? Il y avait de ça. Ils regardaient dans le vide comme des gens désespérés, qui viennent de rater le dernier bateau pour ailleurs, un endroit où il aurait fait meilleur qu’ici, de toute façon.
Visage d’enfant gâtée qui déteste attendre, Leni boude. Il lui faut tout et tout de suite, sinon elle se détériore. Mais l’insatisfaction s’étant répétée tant de fois, elle était pourrie de l’intérieur, si bien que maintenant elle n’avait plus la force de se lever pour trépigner et casser un objet. D’ailleurs sur quoi aurait-elle passé ses nerfs ? Il n’y avait rien.
Joseph bougea le premier. Il glissa sa main dans son manteau et en retira un flacon d’alcool plat. Dévissa le bouchon et but une longue rasade. Puis il offrit une gorgée à sa compagne qui demeura indifférente. Alors il lui promena le flacon sous le nez et elle grimaça. Il n’insista pas, reboucha le flacon et le remit à sa place, côté cœur.
— Alors, c’est ici que l’Ouest commence, hein Leni ?
Et la phrase, il la prononça en français, avec un accent germanique.
La jeune femme renifla de mépris.
— Nous en avons tout au plus pour quelques semaines, assura Joseph.
Il posa sa main aux articulations gonflées sur l’épaule de Leni.
— J’aurais tant voulu rester à Paris… Ici, je me sens déjà mourir.
Elle parlait français avec l’accent de Munich, alors que lui, c’était plutôt avec celui de Vienne. Depuis qu’elle avait fui l’Allemagne, elle refusait de prononcer un mot de prussien. Il acceptait cela bien qu’il connût assez mal le français. Mais enfin, grâce à elle, à son refus de la langue parlée dans le IIIeReich, la LTI, comme l’écrirait plus tard le philologue Viktor Klemperer, il faisait constamment des progrès et commençait à envisager d’écrire directement en français.
La main de Joseph glissa le long de son bras et couvrit sa main de petite fille. Les gros doigts boudinés et poilus lissèrent les fuseaux longs et fins comme des brindilles de chair au bout desquelles les ongles effilés, vernis de rouge, semblaient faux.
— À Paris ! Nous aurions fini par être internés comme Allemands. Les Français sont logiques.
— Et ici ?
— Ce sont des neutres… Et, plus que tout, la dynastie est allemande. La reine-mère est la cousine de notre empereur, elle nous protègera !
Leni pouffa. Un rire tonitruant l’eût épuisée. Comment serait-il sorti de son ventre plat et de ses bronches fragiles ? Elle dit d’une voix étouffée :
— Tu ne connais pas Hitler, mon bonhomme ! Lui, il n’a rien à voir avec les Hohenzollern, les Wittelsbach, les Habsbourg, les zu, les von et tutti quanti !
Joseph ferma les fenêtres : de telles paroles, insultantes pour le pays d’exil, ne devaient pas se répandre.
— Et puis, c’est faux, continua Leni, de la même voix faiblement timbrée. Guillaume II, petit-fils de la reine Victoria, donc parent des Sax-Cobourg, a envahi le pays en 14. Il s’est pas gêné. Il s’en foutait que sa cousine soit sur le trône.
— Comment peux-tu dire ça ? Tu n’étais pas née ! Nous irons en Hollande.
— Ce que tu peux être con ! Regarde une carte. Ici, nous sommes à trente kilomètres de la Hollande. Tout va beaucoup plus vite aujourd’hui qu’en 14-18. Les nazis occuperont la Hollande en trois jours. Il faut quitter l’Europe, Joseph.
— L’Europe est ma mère, murmura-t-il.
— Ouais, eh bien ta mère est une salope, dit Leni.
Elle déposa son chapeau sur le lit. Les acariens et les blattes virent clairement qu’elle était rousse et s’endormirent tranquilles. Elle déboutonna son manteau et s’en débarrassa en restant assise, le manteau bouillonnant autour d’elle.Elle portait une robe très simple à col blanc, qui lui donnait l’allure d’une écolière. Comme elle gardait la tête baissée, ses cheveux cachaient ses yeux. Elle rejeta la tête en arrière.
Dans le coin du lavabo, Leni se lavait les mains sans savon en se regardant dans le miroir. Ses yeux couleur d’aigue-marine, brillants et cernés, sa bouche charnue la séduisirent. Effleurant ses lèvres, elle s’envoya un baiser et arrangea sa coiffure.
Quelques pas dans la chambre exiguë l’amenèrent à la fenêtre qui ouvrait sur le port. Elle écarta les rideaux.
— D’ici, on peut fuir en Angleterre. Il nous faut un visa, Joseph.
Il tirait de sa valise un portrait de l’empereur Charles dans un cadre doré. Charles était mort déchu, sans un pfennig en poche, à Madère, son épouse Zita enceinte à ses côtés. Son fils Otto vivait encore en Belgique.
— Tu n’as pas encore jeté cette horreur ! Je t’avais dit de la déposer au Mont-de-Piété.
— L’empereur est partout chez lui. Sais-tu, Leni, que Charles-Quint est né à Gand ? Il descendait des rois de France par sa grand-mère Marie de Bourgogne… Et puis, Otto, si je lui demande… Eh ! tu m’écoutes ?
— Rien à foutre !
Au mur, une nature morte d’origine artistique indéterminée, peut-être gagnée dans une fête foraine. Joseph la décrocha et suspendit à sa place le portrait de l’empereur.
— Fais-lui prendre l’air à ton idole ! Je pourrais, moi aussi, exposer la mienne. Clark Gable, par exemple, hein mon gros ?
— Un acteur de cinéma ! Un foutu acteur de merde ! Qui s’appelle Pignon, qui plus est.
— Il a pignon sur rue, et alors ?
— Oui, et les grues lui courent après. Elles veulent se percher dessus.
Joseph était consterné. Leni mélangeait tout : le saint empereur et les pantins de Hollywood. Clark Pignon et la crypte des Capucins. Il déboutonna nerveusement son manteau. Il était en costume Prince de Galles, ses bras encore pris dans les manches du manteau. Saisissant le loden, elle en rhabilla Joseph, plaqua ses mains sur les épaules, caressa l’étoffe, puis l’épousseta avec l’énergie qu’une épouse peut mettre dans la chasse aux pellicules. Et elle laissa tomber :
— J’ai besoin de me laver. Il faut que tu sortes, chéri.
Joseph ajusta son chapeau face au miroir piqueté aux coins et scellé depuis une éternité au-dessus du lavabo.
— Le bureau m’attend de toute façon, dit-il.
— Oui, dit Leni.
— Je dois prendre des notes, il le faut, ma poule.
— Où vas-tu ?
Il ouvrit la porte.
— Je traverserai la rue, c’est tout. Je m’arrangerai pour que tu puisses me voir.
— Et si tu allais sur le port ?
Mais il était déjà parti. Elle écouta. Sa voix se perdait dans l’escalier. Elle distingua cependant quelques mots, et elle comprit. Il avait dit : « Je te promets de rester côté rue. »
La peur lui enleva soudain son masque de petite fille. Elle marmonna :
— Crève tout de suite, ne me fais pas attendre !
Mais elle redevint aussitôt ce qu’elle était vraiment, une rousse de vingt ans au visage de gamine un peu garce. Le masque et le visage coïncidaient.
Elle se laissa tomber sur le lit. La sirène d’un bateau hurla. Leni plaqua ses mains sur ses oreilles et se recroquevilla, suçant son pouce. Mais la curiosité fut plus forte que l’envie de se cacher et de se sucer. Elle ouvrit la fenêtre sur le port. Le hurlement de la sirène redoubla. Leni se pencha. À la sirène du bateau s’ajouta soudain celle des pompiers. Le spectacle ne la retint pas plus que quelques secondes. Elle rentra le buste et bloqua la fenêtre à espagnolette. Bien qu’étouffés, les sons la fatiguaient encore.
— Un bateau qui brûle, mauvais présage…
Quand elle était seule, elle pensait souvent à voix haute, comme au théâtre. Mais ici, ce serait plutôt comme une voix off de cinéma. Un peu criarde. Bien avant le dolby stéréo. Et, continuant à se parler à elle-même :
— Quand tout cela finira-t-il ? Quand passera-t-il sous une voiture ? Quand ? Il faudrait qu’il soit écrasé par une de ces énormes barriques de porto… Quand cesserai-je de parler toute seule en français comme une folle ?
Elle bondit à la vitre côté rue et s’enveloppa dans les tentures, épiant le café Floréal au rez-de-chaussée de l’immeuble d’en face. Joseph levait la tête et son regard essayait de reconnaître la fenêtre de leur chambre. Leni appliqua sa main sur la vitre. Joseph entra aussitôt dans le café. Leni cracha dans sa main et barbouilla la vitre, sans entendre que l’on frappait à la porte. La femme de chambre — une jeune fille, presque une enfant, enceinte pourtant — entra quand même au bout d’un moment et s’excusa quand elle vit Leni bouger derrière les tentures. La femme de chambre au ventre si proéminent, Leni qui écartait les tentures, à elles-deux, elles remplissaient la chambre. Une dispute éclata derrière le mur. Une femme hurla des insultes en flamand. Une porte claqua, suivie d’une cavalcade dans l’escalier, puis plus rien.
Leni roula sur le lit, se retrouvant assise, les jambes écartées, face à la jeune fille gravide. Ses chaussures glissèrent de ses pieds.
— Il est en sécurité maintenant, dit la jeune Allemande avec lassitude, exactement comme dans un roman de gare. D’ailleurs la vie n’est-elle pas, à bien des égards, un roman de gare ? Ou un film de gare ? Il y avait autrefois un cinéma près des gares. Les lettresCinérail, au néon rouge, clignotaient dans la nuit. On y projetait des films pour les voyageurs qui, souvent, ne voyaient ni la fin ni le commencement. On eût pu croire le même film, à toutes les séances, comme à l’Éden. Mais à l’Éden, cela eut lieu progressivement, quand la salle passa sous la coupe de Roger.
Elle s’adressa à la femme de chambre, dans son français sommaire mais qui ne manquait cependant pas de charme :
— Assis près de la porte, son carnet posé sur la table. On lui a déjà apporté sa commande. Que boira-t-il ? À Paris, c’était de l’absinthe, des ballons de rouge… Du schnaps…
L’enfant à la blouse blanche sur son ventre incroyablement tendu toussa.
— Il boit, votre homme…
— Oui, dit Leni.
— Madame, les serviettes…
Elle les disposa sur la barre du coin-lavabo.
Leni, elle, s’était allongée sur le dos et regardait le plafond.
— Vous resterez longtemps ? questionna l’enfant-femme de chambre.
— Pourquoi ?
— Le patron voudrait savoir si vous paierez à la journée ou à la semaine…
— Nous resterons juqu’à l’expiration de nos visas. Alors, ce sera à la semaine. De toute façon, vous avez nos passeports…
La fillette amène son ventre du côté du lit. Pour quelqu’un qui se situerait un peu en retrait à sa gauche, elle cacherait le visage et le buste de Leni. Pour sa part, Leni ne voyait que ce ventre au-dessus d’elle, ce ventre emballé dans une blouse bleue, qui crevait l’espace entre les boutons, montrant les éclats artificiels d’une combinaison rose.
— Vous venez de Paris ?
— Nous habitions l’hôtel Foyot, rue de Tournon.
— Ça m’aurait bien plu de vivre à Paris. On est de Dunkerque, nous autres, mes parents ont acheté un hôtel à Ostende en 36, à cause de la crise…
— C’est pas à cause de ton ventre ? Qui t’a arrangée comme ça ? Ton père ?
— Madame ! On n’est pas comme ça dans la famille ! C’est mon fiancé.
— Où est-il ?
— Soldat. Sur la Ligne Maginot.
— Vous l’avez fait combien de fois ?
L’adolescente dressa son index.
— Une seule ? Pas de chance, ma vieille.
— Oui, mais après, on n’a plus arrêté. Mon gars, justement, il disait que, comme ça, on était tranquille.
Leni lui toucha le ventre sous la combinaison.
— C’est tout rond, dit-elle. Comment tu t’appelles ?
— Marie. Je voulais un bébé.
— Pour jouer à la maman ?
— Jacques, mon fiancé…
— Pas encore mariés ? Il va t’épouser ?
— À sa prochaine perme.
— Quel goût, il a ?
— Quoi donc ?
— Son sperme.
La jeune fille rougit et recula.
— Oh, vous alors ! Arrêtez de me toucher ! Il va m’épouser, je vous dis.
— Mais quand ?
— Je vous l’ai dit, à sa prochaine perme… permission…
— Spermission, dis-donc !
— Vous comprenez tout de travers… Le capitaine est d’accord qu’il m’épouse, le colonel aussi. Dès que le général aura dit oui, il me conduira à l’autel.
— Et s’il est tué avant ?
— On fera faire une reconnaissance en paternité à titre posthume. Et puis, bon, je serai veuve de guerre, je toucherai une pension…
Leni retira ses bas.
— Tu vois loin. Et le papier, qui te le fera ? le général ?
Marie s’assit sur le rebord du lit.
— Peut-être. Enfin… J’en sais rien, madame. Vous posez de ces questions ! On voit bien que vous êtes étrangère.
— Toi aussi.
Leni la rousse — je ne le répèterai plus — était là, les cuisses et les jambes nues, les doigts de pieds appuyés contre la cuisse de Marie.
— Masse-moi les pieds, dit-elle.
Marie se releva vivement.
— Ça, je saurais pas. Dites, pour vous, c’est quoi, la vie ?
— Ce n’est jamais pareil pour chacun.
— Mais pour vous, c’est quoi ?
— Prendre un bain. Et tu as oublié le savon.
Marie sortit une minuscule savonnette de sa blouse.
— Nous sommes deux, il nous faut au moins deux savonnettes, dit Leni.
— Je reviens de suite.
— Non, demain… maintenant, j’ai besoin d’être seule.
— La salle de bain est au troisième. Il faut payer un supplément.
— Tu es encore là ?
— Excusez-moi.
Marie se déplaça instantanément vers l’extérieur et referma doucement la porte.
Leni se déshabilla devant le lavabo. En petite culotte et soutien-gorge, elle revint à la fenêtre et espéra apercevoir les mains de Joseph sur la table du bistrot. Mais une longue voiture noire garée juste devant cachait la vue. Elle distingua à travers le pare-brise la visière d’une casquette, le bout rougeoyant d’un cigare et une main baguée posée sur le volant. C’était énervant. Comment faire partir cet intrus et s’assurer que Joseph n’était pas ressorti ? Elle fit tomber ses sous-vêtements dans les tentures et appuya la pointe de ses seins contre la vitre. En face, une ménagère aux traits réguliers et coiffée d’un turban battait un tapis de Tournai. Dans le mouvement, un de ses seins était apparu hors de sa robe de chambre et s’agitait en mesure. Leni aimait que les seins des femmes fussent blancs et doux comme ceux de Frau Vogel, sa nourrice. Ce sein volumineux et laiteux, qui prenait l’air et la poussière, lui suggéra une île flottante, son dessert préféré. Des œufs à la neige… Il lui restait un seul œuf de la douzaine achetée à Paris dans une épicerie de Montparnasse. Elle en gobait un chaque jour. La ménagère au visage luisant de sueur produisait un nuage de poussière qui, bientôt, se déposerait sur le véhicule. Peut-être qu’en même temps une fiente de pigeon frapperait le capot, obligeant le conducteur à démarrer, ou que le sein de la ménagère se détacherait d’elle et s’écraserait comme un obus gorgé de sang et de lait en plein sur le pare-brise qui éclaterait. On verrait l’homme sortir, hagard, le visage barbouillé de blanc et de rouge. Leni se baissa et marcha à croupeton jusqu’à la commode. Elle ouvrit le tiroir qui abritait son dernier œuf parisien enveloppé dans ses petites culottes de soie. Elle le saisit, l’embrassa, regagna, toujours à croupeton, la fenêtre et se redressa pour l’entrouvrir. La ménagère, son sein et son tapis rentrés, l’espace compris entre les façades de deux maisons à pignon appartenait à Leni. Elle glissa son avant-bras au dehors et libéra l’œuf qui, pulvérisant sa coque contre le pare-brise, gicla latéralement sur le verre encadré de métal.
Le conducteur sortit de sa voiture et jeta des regards furieux vers les hauteurs, en tendant le poing. Il proféra des injures à forte coloration sexuelle. Puis entra dans le café.
Joseph apparut derrière un garçon qui portait un seau d’eau. Il cligna de l’œil vers la fenêtre de leur chambre et rentra à sa table. Leni avait peut-être interrompu la phrase décisive, celle qu’il attendait toute la sainte journée en picolant, et qui déclenchait la seconde, puis la troisième, et ainsi de suite, jusqu’à ce que ça s’arrête tout seul. À cause d’elle, il avait peut-être raté sa Pentecôte. Tant pis, elle ne regrettait rien. Elle se pencha au-dessus du bidet et fit couler l’eau chaude qui crachota dans les tuyaux avant de jaillir dans la vasque déjà obstruée par la bonde de caoutchouc noir. La savonnette, où avait-elle posé la savonnette ? Naturellement, près du verre à dentifrice. Elle en défit l’emballage et en respira le parfum, tout en s’asseyant à califourchon sur le bidet. L’eau clapotait entre ses cuisses et baignait le triangle de feu. Elle referma le robinet et plongea la savonnette dans l’eau qui se troubla.
La solitude et l’eau chaude. Depuis quelques années, jouir de l’une et de l’autre en même temps valait pour elle tous les privilèges. Elle se savonna délicatement la toison et passa son majeur entre ses grandes lèvres. Un sourire illumina son visage. Seule et assise au-dessus de l’eau, elle se rappelait souvent sa première aventure féminine. Elle avait accepté une invitation au restaurant de la baronne von R., une femme de lettres de trente ans, très belle, des épaules de championne d’aviron. Freya lui tournait autour depuis un moment. Elles s’étaient rencontrées à la patinoire, puis retrouvées aux douches par le plus grand des hasards, avait d’abord cru Leni. Bien sûr, il n’en était rien. Dès qu’elle sortait quelque part, elle tombait immanquablement sur Freya. Et la baronne la regardait avec une telle insistance… Que pouvait-elle y faire ? Le restaurant n’était fréquenté que par des femmes. Les serveuses à cheveux courts étaient en pantalons et rentraient leurs fesses entre les tables. Freya et Leni, assises l’une contre l’autre, se souriaient. Dès après l’entrée — des asperges —, Freya avait pris la main de Leni et l’avait portée à ses lèvres. Puis elles avaient continué à manger et à flirter. Avant le café, Freya avait renversé Leni sur sa chaise et l’avait embrassée à pleine bouche. Puis Leni avait posé sa tête sur l’épaule de la baronne. Le café bu, l’addition réglée, elles étaient allées sans tarder, bras dessus bras dessous, dans le studio de Freya, situé à deux pas du restaurant, dans un quartier que Leni ne connaissait pas.
Dans la salle de bain, trônait un bidet, et Leni s’était retrouvée assise dessus, la baronne accroupie entre ses cuisses et la caressant avec la savonnette. Le plaisir fut rapide et intense. Et Leni, incapable de protester, fut emportée par Freya jusqu’au lit. Leur idylle dura six mois. C’est grâce à la baronne que Leni avait pu placer son premier roman.
Joseph, en chemise, col ouvert, manches retroussées, le pantalon maintenu par des bretelles, se trouvait inoccupé et seul dans la chambre. Là, en négligé, sa tête et sa dégaine annonçaient l’alcoolique profond. Le personnage n’était pas sans charme, lequel, c’était difficile à dire, car de son charme il ne subsistait que des vestiges. Le fantôme de sa séduction flottait autour de lui. Il plaisait à celles qui sont sensibles à cette atmosphère de deuil qui enveloppe un être. Les autres le fuyaient absolument.
Il se lissa les moustaches, but coup sur coup deux rasades de genièvre et se mit à parler tout haut, en jetant des regards malicieux à l’effigie du dernier empereur. Quelqu’un de vraiment seul n’est pas forcé de respecter les conventions, donc de pratiquer le monologue intérieur, surtout quand il parle à un tableau. En fait, Joseph s’écoutait soliloquer, en vrai cabotin :
— Genièvre et bière, on ne trouve que cela ici, par la faute de ce social-traître de Vandervelde. Traître à la Révolution mondiale, ennemi de mes besoins. Vouloir protéger les gens contre eux-mêmes : morale d’infirmier psychiatrique et d’instituteur… Les seuls instituteurs qui me conviennent sont ceux de laPhilosophie dans le boudoir…
Mains dans les poches, il s’approcha de la fenêtre, côté rue. Il l’ouvrit et se pencha, murmurant deux foisLeni Schnee, comme il aurait pu direIrma Untergang, restant là, ne sachant pas trop ce qu’il regardait, peut-être un homme en maillot de corps, accoudé à une fenêtre, au-dessus de ses géraniums. Des gens prennent ainsi le frais, à toute heure du jour et de la nuit. Certains fument la pipe, une cigarette. Beaucoup sont oisifs, perdus dans leur contemplation. Enfin, c’est ce que l’on croit.
Joseph n’appartenait pas à ce groupe d’hommes qui semblent n’avoir d’autre place dans l’existence que logés dans les croisées, empêchant l’air et la lumière d’entrer dans leur appartement minuscule où une femme et un canari s’ennuient.La femme en négligé, le canari en cage. La femme en nage parce que faisant le ménage, ce serait le début d’un poème intituléLes hommes des mansardes. Derrière l’homme qui prenait le frais, Joseph distinguait en effet une femme. C’était celle que Leni avait vue battant le tapis de Tournai et montrant un sein lourd et blanc. Assise en combinaison sur le lit, les cheveux défaits, elle s’épilait le pubis sous une lampe. Joseph s’intéressa un moment à ses gestes méticuleux, à la façon dont elle exposait le poil arraché à la lumière avant de le déposer sur une page de journal. L’homme en maillot de corps devait sentir le regard de Joseph passer au-dessus de son épaule, mais il ne réagit pas. On eût dit un leurre, un homme-paravent posé là par la femme quand elle voulait se protéger, mal, de la curiosité des voisins. Donc, finalement, attirer les voyeurs. L’homme accoudé au-dessus des géraniums, ne jetait même pas, en effet, un regard à cet individu qui lui faisait face. Leurre pour leurre.
Joseph se lassa d’épier l’ouvrage de la femme en combinaison retroussée, une Flamande opulente à la chevelure cuivrée tombant sur ses épaules. Il traversa la chambre et écarta le rideau de la fenêtre donnant sur le port. Des mats et des grues lui apparurent. Une marchande de crevettes s’égosillait. N’apercevant qu’une faible partie du port, Joseph tourna le dos à la fenêtre.Putain de film !
— Elle est sur les quais, elle regarde les bateaux pendant que les fientes des mouettes pleuvent autour d’elle, l’épargnant bien sûr. Pourquoi irais-je en Angleterre ? Le roi est hérétique. Il persécute les catholiques depuis lexviesiècle. L’Angleterre, tous des boutiquiers ! Ce qui est utile peut exister… Ce qui se vend surtout. Le reste, à la poubelle ! Ma petite Leni, ma mirabelle, si Hitler vient jusqu’ici, il lancera ses escadres sur Albion. Il faudrait ne plus bouger, hors du temps. C’est ce que je disais hier à von Schnitt-Benedetti.
Il ouvrit un des tiroirs de la commode.
— Il lui reste encore pas mal de petites culottes à ma chérie, lança-t-il àCharles dans son cadre. Elle devait en posséder des centaines, du temps où ce nazi était son mari…
(À cette réplique, le public facile de l’Édenriait souvent. L’opérateur et son jeune voisin aussi. Quand ils suivaient le film, quand ils ne lisaient pas lesOnze mille vergesd’Apollinaire.)
Il respira une soie bordée de dentelle.
— La lessive n’a pas effacé son parfum intime. Une des conséquences agréables de la vie à l’hôtel, je veux dire dans les hôtels de Ia catégorie où nous descendons, parce qu’au Ritz, au Lutetia ou à l’Adlon, c’est différent. Chez nous, on lave ses sous-vêtements à la main, dans le lavabo et le bidet. On les fait sécher sur les radiateurs. On n’a pas le droit de les étendre dehors, à l’air libre. Dans les palaces non plus… Si j’étendais nos caleçons et nos culottes côté port, ils sentiraient la marée. C’est à voir… Thomas Mann et Marlène Dietrich, qui vivent en Californie, n’ont pas ces problèmes ni ces plaisirs… Quant à ce brave Heinrich, qui m’écrit de Santa Monica…
Pendant qu’il faisait la conversation à l’empereur, il triturait la culotte de Leni et s’en épongeait le front, qu’il avait moite, il se la passait sous la chemise, sous les bras, et se la fourra même dans sa braguette ouverte, se caressant avec la soie, pour finir par la jeter dans le lavabo où il la noya sous un jet d’eau chaude, la savonnant et la rinçant. Quand il eut achevé de la tordre, ll l’étendit sur le radiateur.
Soucieux d’effacer les traces de sa concupiscence, il voulut refermer le tiroir des petites culottes et de la poire à injections, mais l’objet resta coincé. La tête de la bête en caoutchoux étranglée dépassait du tiroir. Il le débloqua et éparpilla les sous-vêtements sur le grotesque appareil. Le tiroir refermé d’un coup de pied, il ouvrit celui du dessous et en sortit un cahier vert. Il s’assit au bord du bidet et tourna les pages en se parlant à voix basse, mais toujours distinctement, comme au cinéma, la voix cependant nasillarde :
— Leni ne me fait pas confiance, mais elle s’arrange pour que je lise son journal. Elle n’a pas beaucoup avancé depuis Paris.
L’ayant dit, il se tourna vers la porte et l’ouvrit brusquement. Qui avait-il espéré surprendre ? Leni ou ce von Schnitt-Benedetti dont il avait prononcé le nom à propos de l’inutilité de se rendre en Angleterre ? Mais personne ne se tenait aux aguets, personne ne l’avait entendu. Il referma avec la mine chafouine d’un acteur solitaire qui n’a que son reflet pour spectateur.
— Voyons, dit-il, en s’asseyant sur le bidet, je cite : « Ce gros porc de Joseph sue et pète pendant la nuit. » Pourquoi gros ? Un porc est toujours gros. On associe le gros au porc, le porc au gros, donc gros est inutile. Elle me voit gros, c’est étrange. En vérité, je suis maigre. L’alcool ne me profite pas à moi. Le visage bouffi, des valises sous les yeux et le ventre un peu gonflé par la boisson, je ne dis pas… Je lui dis souvent : « Ma chère enfant, la boisson me conserve plus qu’elle ne ruine mon existence. » Leni est brutale, elle aime bien utiliser les mots crus. le style d’une génération. On montre des filles de quinze ans qui dansent entre elles, se caressent au lit, font l’amour avec des garçons-bouchers ou des étudiants, des macs ou des syndicalistes affranchis de chez Thyssen qui ont tous une bonne queue. Elles avortent dans les toilettes des bars américains en insultant leurs parents, les gouvernements et surtout l’empereur.
Se tournant vers le portrait de Charles :
— Pas vous, Majesté, Guillaume, qui n’est plus qu’un horticulteur hollandais… Enfin, à Vienne, sans doute qu’elles vous maudissent aussi les petites pétasses… L’influence de Brecht, probablement… Pas la mienne, en tout cas… Non, non, non…
Il sourit :
— Ah ! ça, c’est plus gentil…
Il lut : « J’ai peur, je voudrais l’abandonner comme un chien qui pue, mais quand je me vois sur le quai, devant l’embarcadère, je sens que je tourne déjà la tête vers la façade de l’hôtel. Il s’est ouvert les veines, ou bien il a sauté par la fenêtre, côté rue, et il s’est écrasé devant son sale bistrot. Pauvre Joseph ! Pourquoi ne comprend-il pas combien c’est difficile pour une jeune romancière à succès d’être la compagne d’un écrivain profond, un styliste ombrageux qui vit dans le passé, oublie le présent, et a supprimé le mot avenir de son vocabulaire. Tu ne m’as fait jouir que deux fois, vieux crabe ! »
— Bon, nous arrivons à l’essentiel, vu qu’elle a souligné cette dernière phrase. Continuons : « La deuxième étant moins intense que la première annonçait ma frigidité actuelle. Oui, dans tes bras, mon gros chéri, je ne sens plus rien, j’attends que tu aies fini de faire coulisser ton machin. Heureusement, tu es rapide, pas comme Martin ou Rudolf, ces types épuisants. Malgré la vitesse fulgurante de Joseph… »
