Au bout du chemin - Théophile Touali - E-Book

Au bout du chemin E-Book

Théophile Touali

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Beschreibung

Les épaules écrasées par le poids de son chagrin, Prunelle s'affaissa sur le sable et pleura son amertume. Elle avait besoin d'une vraie vie. Elle avait besoin de mener une vie normale comme toute femme amoureuse, avec des rêves de fillette à réaliser et des projets d'avenir à satisfaire. La jeune femme chercha les mots dans l'abondance de ses larmes. Elle chercha des forces dans l'immensité de sa douleur. Puis, elle se releva. Il était temps de taire ses sentiments, de braver toutes ses faiblesses, ses peurs et appréhensions et de prendre ses responsabilités... Au bout du chemin, un drame familial où des destins se croisent, se mêlent et s'attachent à la conquête d'un idéal particulier pour un bonheur singulier, pluriel. Mais le chemin semble long et tortueux, excitant et déprimant... Au bout du chemin, des espérances se consolident, s'étiolent, se meurent. C'est un voyage palpitant dans le quotidien d'une famille attachante où la vie semble être un cocktail insaisissable, aux ingrédients multiples et à la saveur bien étrange. Au bout du chemin enfin, l'amour, l'argent et le pouvoir flirtent dans une liaison dangereuse qui n'épargne personne.

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Seitenzahl: 256

Veröffentlichungsjahr: 2023

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Dédicace

À Maman, Aujourd’hui encore, j’admire ton amour inconditionnel. Cet ouvrage, je te le dédie pour t’exprimer combien je te porte dans mon cœur. Et même si je ne te le dis pas si souvent, je t’aime indéfiniment.

Remerciements

Cet autre bout du chemin n’aurait pas été possible sans vous. Je pense tout particulièrement à mes fidèles lecteurs des premières heures, Jean Gustave Glé Dion, Jusleine Gnamien, Sonia Kouadio, Urbain N’gomsa. Je nous revois lisant avec passion les brouillons de mes manuscrits dans cette chambre du Terminus 40. Vous pouvez être fiers, votre auteur est désormais lu partout.

Grand merci à la prodigieuse Reine Poulain pour son aide précieuse.

Placide Roméo et Fanny Abdoulaye, je sais que nos heures de relectures et de corrections vous manquent énormément. Mille mercis à ma dynamique équipe de promotion, Tagnon Luc, Léa Touali, Ismaël Richard Zougouri, Brigitte Hien, Armel Ghislain, Fabrice Kanon, Olivier Gnazalé. J’avoue que je suis nostalgique de ces week-ends où nous allions, tous sapés, à la conquête du grand public.

Toute ma gratitude à Charles Moussy, Pascal Adou, Joël Kouamé. Gros bisous aux adorables jumelles Nomel Rose et Rosine.

Chers lecteurs, vous êtes pour moi une source d’inspiration intarissable. À très vite, je vous aime !

Sommaire

Chapitre 1

Section 1

Section 2

Chapitre 2

Section 1

Section 2

Chapitre 3

Section 1

Section 2

Chapitre 4

Section 1

Section 2

Chapitre 5

Section 1

Section 2

Section 3

Chapitre 6

Section 1

Section 2

Section 3

Chapitre 7

Section 1

Section 2

Chapitre 8

Section 1

Section 2

Chapitre 9

Section 1

Section 2

Chapitre 10

Section 1

Section 2

Chapitre 11

Section 1

Section 2

Chapitre 12

Section 1

Section 2

Chapitre 13

Section 1

Section 2

Chapitre 14

Section 1

Section 2

Chapitre 15

Section 1

Section 2

Chapitre 16

Section 1

Section 2

Chapitre 17

Section 1

Section 2

Chapitre 18

Section 1

Section 2

Section 3

Chapitre 19

Section 1

Section 2

Chapitre 20

Section 1

Section 2

Section 3

Chapitre 21

Section 1

Section 2

Section 3

Chapitre 22

Section 1

Section 2

Chapitre 23

Section 1

Section 2

Chapitre 24

Section 2

Section 2

Section 3

Section 4

Chapitre 25

Section 1

Section 2

Section 3

Section 4

Chapitre 26

Section 1

Section 2

Section 3

Section 4

Section 5

Chapitre 1

1/

Il y a deux ans, Prunelle Baya rencontrait Debasse à Londres à la conférence annuelle des institutions financières mondiales. Elle y séjournait avec son directeur général pour le compte d’une des plus importantes banques du continent. Mr Vergès, en les présentant l’un à l’autre ne tarit pas d’éloges à l’égard de son confrère. Il traça la presque totalité de son impressionnant cursus à sa directrice marketing. Elle-même ne sut comment se tenir quand il l’encensa à son tour. Debasse était séduit. Il mettait enfin un visage sur cette merveille que toutes les grandes institutions bancaires convoitaient.

Ce soir, elle provoqua une émeute. Miss Baya portait une petite robe moulante noire avec des manches longues évasées, un décolleté plongeant, une forme légèrement froncée et un dos nu super sexy. Prunelle adorait mettre ses formes en valeur dans de sublimes collections de robes moulantes qui n’en finissaient pas de la magnifier. Ce soir, c’était un régal de la contempler. Elle était belle comme un cœur.

Homme de belle prestance, Debasse, lui, portait à la perfection un smoking noir et blanc assorti d’un nœud papillon et d’une pochette. Il était très beau et symbolisait l’élégance au masculin.

Prunelle le dévorait du regard. Tous deux avaient succombé sur le champ sans échanger un traître mot. Seul le regard avait suffi. La magie de l’amour avait opéré sans tumulte. Discrète mais concrète. Imprévisible mais inévitable.

Le dîner-gala fut une vraie réussite. L’on nota le professionnalisme des organisateurs. Tout était parfait. Presque trop, sans une seule fausse note. Prunelle et Debasse ne cessaient d’échanger des regards qui les faisaient détourner les yeux et afficher un petit sourire au coin des lèvres.

Lors des distinctions, Debasse glana le prix de la meilleure institution financière du continent sous les ovations de ses pairs. Le maître de cérémonie vanta ses mérites tandis qu’il rejoignait le podium pour recevoir son prix. Ce fut un homme heureux et ému qui prit la parole.

Prunelle ne rata aucun mot de son allocution. Tout en lui respirait le prestige, le style, l’élégance, la classe et l’éloquence. Elle était séduite. Quelle femme ne rêverait pas d’être son épouse ? Il fallait ne pas le contempler encore moins l’écouter. Il était comme une sorte d’interdit, un panneau-stop qui aiguisait la curiosité, sa curiosité.

C’est sûrement cela qui la poussa à accepter son invitation à boire un dernier verre au bar de l’hôtel où ils logeaient.

— Je ne devrais pas être là, dit-elle comme une adolescente indécise. Il la dévisagea, fronça les sourcils et l’interrogea du regard.

— ... Vous êtes un concurrent, expliqua-t-elle, qui vient de gagner le prix que je convoitais pour ma banque et en plus de cela vous êtes un homme marié, la propriété privée d’une autre femme. Il lui décocha un sourire à faire fondre son cœur.

— J’ai apparemment tout d’un mauvais garçon. Je suis vraiment désolé, fit-il avec un sourire.

— Ne le soyez pas. L’année prochaine, je vous damerai le pion.

— Je n’en doute pas. Vous êtes une perle rare.

— Dois-je vous remercier ? demanda-t-elle en l’interrogeant du regard. Il fit signe de la tête que non. Il était conquis. Ils échangèrent un regard complice.

En effet, Prunelle avait de quoi couper le souffle à n’importe qui. Sa grande beauté attirait immédiatement la sympathie et la convoitise des hommes, de tous les hommes. Debasse en faisait l’expérience. Tous deux ne virent pas le temps passer. Ils échangèrent à bâtons rompus durant plus d’une heure comme des adolescents. Ils passèrent en revue la semaine de la conférence. Ils admirent que ce fut de véritables moments d’échanges, de formations et de perfectionnements. Ils se racontèrent les à-côtés et les commentèrent avec beaucoup de joie et de bonheur.

Prunelle laissa fuser son rire perlé dans une totale innocence. Il ne la quittait pratiquement pas des yeux, elle paraissait le fasciner. Il la trouvait si belle et si sensuelle qu’il eut un déchirement au cœur quand elle décida de prendre congé de lui. Il se faisait tard. Il la raccompagna.

Prunelle referma tout doucement la porte de sa chambre d’hôtel. Elle se sentit envahie d’une sensation inexprimable et demeura songeuse et rêveuse au seuil de la chambre pendant une bonne dizaine de minutes.

— Si seulement il n’était pas marié..., regretta-t-elle avec une certaine amertume. Si seulement Debasse n’était pas marié, elle l’aurait certainement invité à entrer et à prendre un tout dernier verre avec elle à son balcon. La vue de Londres depuis cet emplacement n’en aurait-elle pas été des plus angéliques dans cette belle nuit ? Mais non ! Il était bel et bien lié. À son annulaire brillait diablement un diamant qui interdisait toute entreprise de séduction.

Prunelle se déshabilla et alla prendre son bain comme pour se débarrasser de toutes les pensées perverses et interdites qui l’avaient assaillie. Elle avait toujours procédé ainsi quand un fait la préoccupait ou la contrariait. Un bon bain l’avait toujours mise d’aplomb pour repartir de plus belle avec un esprit disposé à tout solutionner.

Cette fois, ce ne fut pas le cas. Elle était certaine de ne pas être tombée amoureuse de Debasse mais elle avait envie de se retrouver dans ses bras, de sentir ses caresses, de laisser le doux regard qu’il n’avait cessé de poser sur elle durant toute la soirée s’exprimer pleinement à travers des mots qu’il lui chuchoterait au creux de l’oreille. Elle savait qu’il avait envie d’elle. Elle pouvait lire dans son regard le désir brûlant qui le consumait. Elle pouvait même le toucher....

Prunelle sentit soudainement une folle envie de faire l’amour avec lui. Il y avait bien longtemps qu’elle ne s’était pas envolée avec un homme. Aussi se demandait-elle pourquoi ne tenterait-elle pas ce coup d’un soir ? N’était-elle pas majeure et responsable de ses faits et gestes ? Que valait la vie sans quelques risques comme un plan cul sans lendemain, par exemple ? Une myriade d’interrogations muettes se succédaient dans sa tête.

Le crépitement de son téléphone portable la sortit de ses rêveries cochonnes.

La serviette nouée autour de la taille, elle courut décrocher. Elle écouta son patron lui parler pendant un quart d’heure ne répondant que par « Oui » et « Ok ».

— Tout va bien ou j’interromps quelque chose ? Demanda Vergès d’un ton soupçonneux. Elle éclata de rire.

— Bien sûr que non ! Tout va bien. J’étais juste en train de prendre mon bain. Qu’est-ce que vous allez imaginer Monsieur ?

— On ne sait jamais avec cette meute d’hommes qui n’ont d’yeux que pour toi... Il se pourrait qu’il y en ait un qui ait réussi à te faire fléchir, expliqua-t-il. Les éclats de rire de Prunelle redoublèrent.

— Ce n’est pas arrivé ! Hélas ! Je suis toute seule. Ils parlèrent encore quelques minutes et il coupa la communication. Elle raccrocha en riant. Sacré Vergès. Il donnerait tout pour qu’elle ait un amoureux. Il donnerait tout pour la caser. C’était un patron cool et un chic type avec qui elle s’entendait à merveille. Son appel était des plus salvateurs. Il avait réussi à la sortir de la grande excitation qui l’avait remplie. Elle était à nouveau lucide.

Debasse n’était pas un homme pour elle. Il était marié et elle ne devait pas coucher avec lui. Elle avait toujours eu cela en horreur.

Prunelle se mit au lit et alluma la télévision. C’était son meilleur somnifère.

2/

Debasse se mit au lit juste après sa douche. Il prenait son vol, en première classe, dans moins de sept heures pour Abidjan et il avait besoin de se reposer. Une longue semaine, bien remplie, s’achevait mais il pouvait être fier d’avoir hissé son entreprise à un aussi haut niveau. Il imaginait d’ailleurs la joie de ses collaborateurs, de ses employés, de ses partenaires et de ses clients. Ce trophée était le fruit de tous. Chacun y avait contribué. Quel accueil ce serait à son retour ! Debasse en avait le cœur qui s’emballait et rayonnait.

Par contre, c’était une lumière moins luisante que celle que produisait l’éblouissante Prunelle Baya sur son âme pécheresse. Avec elle, il oubliait tout et se sentait bien. Presque dans un univers surréaliste. Quelle femme superbe ! Quelle silhouette ! Elle était l’œuvre d’un artiste talentueux, méticuleux, inspiré et au sommet de son art. Elle était la plume de ces grands écrivains qu’on boit délicieusement de la première à la dernière page sans s’en rendre compte.

Prunelle lui plaisait énormément. Elle était la perfection. Le temps avec elle était un délice. C’était comme s’il avait passé sa vie entière à la chercher. En effet, Debasse avait apprécié la soirée en sa compagnie. Il ne parvenait pas à définir la paix que son âme ressentait en sa présence. Non ! Il ne comprenait pas le trouble de son cœur quand elle lui souriait, encore moins la décharge de sensations quand il croisait son regard.

Toutefois, l’homme était perdu, pris au piège du destin, car il n’ignorait pas que la jeune femme ne voudrait jamais d’une quelconque relation avec lui. Elle n’avait d’ailleurs pas arrêté de lui rappeler son mariage, comme un perroquet. Jamais, elle ne s’engagerait dans une telle aventure sans lendemain, sans un quelconque projet d’avenir, sans rien qui ne puisse alimenter le futur.

Debasse constatait amèrement que Prunelle était un rêve inaccessible, un caprice bestial, un désir passager, purement charnel dont il gagnerait à se débarrasser sans une minime résistance. C’était mieux ainsi ! Tous les deux étaient visiblement sur la même longueur d’onde...

Pourtant, de retour à Abidjan, ils n’avaient cessé d’échanger, de se voir, de déjeuner ou de dîner ensemble. Ils étaient devenus inséparables tels des siamois. Prunelle s’interdisait de tomber amoureuse de Debasse, cet homme marié, pourtant elle appréciait chacune de leur rencontre. Elle ne parvenait à décliner aucun des rendez-vous qu’il lui donnait. Elle en redemandait plutôt. Quand il gardait le silence, le temps d’une journée ou deux, Prunelle prenait elle-même les initiatives.

La jeune femme n’arrivait plus à se passer de lui. Toutes les occasions n’étaient que trop bonnes pour le dévorer des yeux. Chaque nouveau jour était une lutte constante qu’elle livrait contre les principes chers à son cœur. Elle aurait tout donné pour sortir de cette impasse, refouler ce sentiment coupable et interdit qui ne cessait de la lier inévitablement.

À maintes reprises, elle s’était fixé des ultimatums qu’elle n’osait respecter. Elle blâmait alors son cœur. Pourquoi permettait-il que Debasse devienne indispensable à sa vie ? Pourquoi, brûlait-il d’amour pour cet homme, propriété privée d’une autre femme ? La somme de réponses silencieuses fit réaliser à Prunelle qu’elle était prise au piège d’un sentiment stupide et effrayant. Elle, qui avait toujours choisi, maîtrisé, contrôlé et dompté les hommes de sa vie, elle découvrait le revers de la médaille.

En effet, la jeune femme avait perdu son assurance et vivait avec une peur quasi permanente. Elle était devenue vulnérable car elle savait que cet homme ne lui appartiendrait jamais. Pour rien au monde, il ne divorcerait d’avec sa femme.

Ne suffisait-il pas de voir l’éclat de son alliance pour comprendre l’amour fou qu’il lui vouait ?

Prunelle avait besoin que Debasse lui dise qu’il ne la désirait pas tout simplement. Elle avait envie d’entendre qu’il ne disparaîtrait pas après lui avoir fait l’amour. Mais Debasse ne se dévoilait pas vraiment, lors de leurs nombreux rendez-vous. Il ne forçait ni n’exigeait rien. Il n’abordait pas véritablement la question.

Qu’attendait-il d’elle ? L’envie d’être éclairée sur cette question ne lui manquait pas. Elle la dévorait plutôt. Mais Prunelle faisait preuve de patience. Elle ne devait rien forcer au risque de le contrarier ou de passer pour une jeune femme facile. Elle se devait de contrôler ses sentiments, les canaliser même si cela devenait de plus en plus difficile.

Debasse aussi pensait irrésistiblement à Prunelle. C’était une femme magnifique qui le fascinait. S’il s’interdisait de lui déclarer son amour, le terme n’était même pas approprié, il ne réussissait pas à se passer d’elle. Peut-être même qu’il l’étouffait. En effet, l’homme ne pouvait s’empêcher de l’appeler, de lui envoyer des sms ou de lui donner des rendez-vous.

Depuis, leur retour à la capitale, ils avaient passé énormément de temps ensemble. Ces moments qu’ils s’accordaient ne cessaient de les rapprocher. Tous les deux imaginaient une possible liaison. Ils l’appelaient de tous leurs vœux, dans des prières secrètes, cachées au tréfonds de leur âme. Mais Debasse redoutait cette éventualité.

Homme à femmes durant les années lycée et sa vie estudiantine, il s’était calmé dès la rencontre de celle qui allait devenir sa femme. C’est fou comme Sandra avait réussi à l’apprivoiser. Jamais, il ne l’avait trompée. Pourtant, ce n’était pas les occasions ou les conquêtes qui manquaient. Il avait le pressentiment que son alliance attirait nombre de femmes mais Debasse s’était interdit toute débauche. Il en avait fait un onzième commandement qu’il honorait fièrement depuis toutes ces années.

Comment expliquer alors cet attachement subit à Prunelle ? Il n’y comprenait rien. L’envie de vivre pleinement cette histoire naissante le hantait, de jour comme de nuit. La sublime jeune femme occupait chacune de ses pensées et ses rêves les plus secrets.

L’air de rien, ils avaient réussi à ne plus vouloir se lâcher. Ils se retrouvaient presque tous les jours sous n’importe quels prétextes. Ils en profitaient pour se séduire sans se parler d’amour. Debasse ne pouvait dire à Prunelle qu’il l’aimait alors qu’il ne saurait définir la place qu’elle occuperait dans sa vie. Elle non plus ne pouvait lui déclarer sa flamme car elle avait toujours eu en horreur les hommes infidèles qui trompent leur compagne. Tous deux savaient être embarqués dans un imbroglio où les mots sonnaient faux, comme des sentences irréversibles.

Cette énième nuit, dînant dans ce restaurant huppé, assis l’un en face de l’autre, ils se tenaient par moment les mains, échangeaient en une fraction de seconde, un regard, une caresse, un sourire avant de se lâcher promptement. Il ne fallait surtout pas franchir les limites. Debasse s’interdisait de tromper sa femme Sandra et Prunelle attendait un homme qui ne vivrait que pour elle, l’aimerait, l’épouserait et lui ferait de beaux enfants.

Ils échangèrent un regard, un sourire et ils comprirent qu’il était temps de rentrer. Ils ne se firent pas prier. Il fallait ne prendre aucun risque. Debasse déposa rapidement la jeune femme à son appartement. C’était la meilleure chose à faire. Mais alors qu’il prenait congé d’elle, sur le pas de la porte, contre toute attente, Prunelle lui passa les bras autour du cou et lui souffla tout doucement à l’oreille :

« Ton intuition de toute la soirée est juste ! Sous ma robe, je ne porte pas de petite culotte ».

Il la fixa et le regard qu’ils échangèrent les convainquit de ce que c’était plus que jamais le moment. Ils se désiraient audelà des mots. Il l’attira délicatement à lui et les yeux fermés, ils s’embrassèrent avec passion. Ils tremblaient tous deux comme des adolescents.

Puis elle le repoussa légèrement, comme pour provoquer son désir et laisser éclore cette brûlante envie qu’il faisait naître en elle.

Sans le quitter des yeux, elle ferma la porte, retira la petite robe légère qu’elle portait. L’excitation de Debasse monta d’un cran. Jamais, il ne lui avait été donné de contempler un corps aussi désirable sexuellement. En substance, comme elle le lui avait signifié, Prunelle ne portait ni petite culotte ni soutiengorge. Il la rejoignit et la prit dans ses bras. Ils s’embrassèrent à nouveau passionnément tandis qu’elle le dénudait.

Jamais, ils n’oublieraient leur première fois, là sur le canapé. Debasse rentra, comblé par le souvenir d’une déesse amoureuse, envoûtante et entreprenante. Il se gara à son parking, la tête encore chargée des gémissements et autres hurlements enchanteurs de la sublime Prunelle. Quant à la jeune femme, elle dormit sur un nuage se remémorant les moindres détails de ce moment exceptionnel qu’elle venait de vivre enfin.

Chapitre 2

1/

Il est des vérités, qui, même étouffées, finissent par surgir avec une violence destructrice. Elles emportent alors tout sur leur passage comme une liaison dangereuse. Il est des vérités semblables à des torrents déchaînés qu’on ne peut humainement maîtriser. Elles se dévoilent, un matin, au moment où l’on s’y attend le moins et produisent une catastrophe aux dégâts irréversibles.

Kyle aimait Zoé. En secret. Cette vérité-là, son cœur la connaissait. Même le sang qui coulait dans ses veines l’attestait. Son âme en était témoin. Le regard qu’il posait sur elle en faisait un dessin. Les courbes exceptionnelles de la sublime jeune femme le secouaient et le déstabilisaient mais l’homme refusait de s’y conformer. Elle faisait tout tourbillonner en lui mais il réfutait être tombé amoureux. Kyle se sentait plutôt trahi lâchement par le battement de son propre cœur. Comment se permettait-il de trébucher de la sorte ? Comment entreprenait-il d’oublier toutes ces affreuses nuits et faire comme si elles n’avaient jamais existé ? Que faisait-il de la tonne de douleurs indicibles et muettes, entreposées amèrement dans les profondeurs de son âme ? Franchement, l’homme ne comprenait pas.

En cela, Kyle avait sa vérité. Il ne se permettrait pas d’aimer Zoé. Ce serait un suicide. Il se l’interdisait avec la dernière énergie. Son frêle cœur avait déjà fait l’expérience du chagrin, il avait frôlé la mort de ses propres yeux. Personne ne le lui avait raconté. La blessure était encore trop fraîche, trop ouverte, le souvenir omniprésent pour oser réessayer cette entreprise dangereuse.

Aussi résistait-il. Il veillait habilement pour ne pas se laisser dévorer par ce sentiment qui n’engendrait, au final, que de la souffrance. L’amour, c’était pire que marcher les yeux bandés sur l’une des voies de l’autoroute. Par chance, l’on pouvait esquiver quelques voitures mais l’irréparable n’était jamais loin. Nul au monde ne parviendrait à le convaincre du contraire.

Durant des mois donc, le jeune homme lutta, se raisonna, s’encouragea, pria. Mais le mensonge n’est rien d’autre, en réalité, qu’un château de cartes bien trop vulnérable pour résister à une vraie secousse. C’est un feu de paille. On aura beau l’attisé, il ne dure jamais longtemps.

En effet, Zoé constituait, au fil des jours, bien au-delà de son entendement et de ses espérances, l’essence de sa vie. Il en était fou amoureux. Elle avait réussi à franchir les barrières barbelées hyper sophistiquées avec lesquelles il s’était barricadé.

Aussi, depuis la baie vitrée de son bureau, discrètement, sans même le vouloir mais incapable de s’en empêcher, Kyle, le cœur frissonnant, observait l’éblouissante Zoé. Il en avait le corps qui vibrait. Quelle sensation ! Quelle stagiaire ! Tous les hommes de l’entreprise la désiraient. Tous ! Sans exception ! Depuis le vigile jusqu’au grand patron. Il suffisait de les voir la mâter, lui sourire, la saluer, pour comprendre qu’ils lui réservaient des projets non catholiques.

Depuis son siège, Kyle la regardait, épiait ses moindres faits et gestes quand elle était prise par le travail, lorsqu’elle appelait un client ou encore lorsqu’elle lui faisait un rapport de la tâche qu’il lui avait confiée. Dieu, qu’elle lui plaisait. Mais il luttait malgré lui, même si elle continuait d’occuper toutes ses pensées. Souvent, il se surprenait à la couvrir de regards remplis d’affection. Tous deux se troublaient et sans un mot, elle quittait précipitamment son bureau, la jambe cotonneuse.

2/

Un jour cependant, après une réunion de direction, Jérôme, le patron de l’entreprise retint tous ses directeurs pendant quelques minutes pour leur confier son envie de se faire la nouvelle stagiaire. Il leur interdisait ainsi de poser les yeux sur elle. Zoé était sa nouvelle proie. L’homme se donnait un délai de deux ou trois jours sinon une semaine maximum pour conclure l’affaire et passer à autre chose.

Kyle fut secoué par cette mise en garde. Il voyait là tous ses espoirs secrets tomber à l’eau. La jalousie le tiraillait, il ne pourrait jamais rivaliser avec Jérôme. Toutes les femmes l’adoraient et il ne se passait de jour sans qu’on ne l’aperçoive avec une nouvelle conquête. Elles étaient toutes semblables à sa pléthorique quantité de cravates. Elles étaient toutes sublimes, exceptionnelles mais il ne les portait pas plus d’une fois.

Kyle avait mal. Il ravala la boule dans sa gorge. La vérité le rattrapait. Aucun de ses chagrins ne l’avait rendu si malheureux, si triste et si désorienté. À son bureau, il pleura en imaginant Zoé, sa Zoé, dans les bras de cet homme à femmes, dans son lit et dans ses archives. Il avait parlé d’elle comme d’un vulgaire objet dont il ne se servirait uniquement que pour assouvir un fantasme. Ce n’était que cela, alors que lui l’aimait de tout son cœur.

Le soir même, Jérôme partit avec Zoé. Comme un animal en cage, Kyle tourna en rond dans son bureau. Il y passa la nuit à se torturer à mort, incapable, dans son état dépressif, d’en sortir, de prendre sa voiture et de rentrer chez lui. Imaginer l’être aimé dans les bras de son rival fut un cauchemar. Un millier de scénarios pervers traversa son esprit, augmentant ainsi son anxiété. Jamais, il n’avait cru son imagination dotée d’une telle créativité. Les scènes qu’elle lui présentait étaient d’une horreur effroyable.

Le lendemain matin, ni Zoé ni Jérôme ne vinrent au travail. De quoi confirmer les craintes de Kyle. Les tourtereaux étaient certainement en train de s’envoyer encore en l’air. Le jeune homme brûlait de jalousie. Elle lui avait rougi les yeux, comprimé le cœur et contracté les membres. Jamais, il n’oublierait ce jour.

Aux environs de 16 heures, n’en pouvant plus d’attendre, Kyle prit la résolution d’appeler Zoé, en sa qualité de responsable et maître de stage. Elle avait bien une explication à lui donner pour s’absenter du boulot. Mais la jeune femme ne répondit pas. Son téléphone était fermé. Kyle s’affaissa dans son fauteuil, se prit la tête entre les mains et pleura toutes les larmes de son cœur.

Puis, il se souvint que l’amour c’était dangereux. Une fois encore, il en avait la confirmation. Il ne devrait pas y songer. Seul le travail pouvait le rendre véritablement heureux et ne jamais le tromper. Il avait trop de projets. Il était temps de s’y consacrer, corps et âmes, pour les voir se concrétiser.

Alors qu’il s’apprêtait à sortir de son bureau, il eut son patron au téléphone lui demandant de l’attendre.

Jérôme avait le visage fermé. Vautré dans son fauteuil luxueux, il dévisageait Kyle sans placer un mot. Ce dernier ne savait trop quelle attitude adopter sinon engager la conversation sans perdre de temps. Il était fatigué physiquement et mentalement et la seule chose dont il avait envie, c’était de rentrer chez lui et non regarder son rival déguster sa victoire en sa présence ou lui faire le film de comment il avait fait l’amour à Zoé.

— Tout va bien, monsieur ? demanda-t-il le cœur battant nerveusement. Il avait relevé la tête afin de se montrer digne dans son affliction.

Jérôme lâcha un sourire jaune d’où planaient des ondes de menaces.

— Je n’ai pas couché avec Zoé. Elle m’a repoussé comme un malpropre, fit-il en se relevant de son siège. Sa voix était rauque. L’on pouvait déceler la frustration et l’indignation. Une paix profonde parcourut le corps de Kyle, de la tête aux pieds. Cet aveu libéra tous ses membres. Il ferma les yeux pour déguster la liberté. Un sourire envahit son âme puis son cœur. C’était une sensation de bien-être inqualifiable. Dieu qu’il était heureux. Il avait envie de sauter de bonheur mais il se devait de contenir sa grande joie et feindre la compassion.

— Que dites-vous, monsieur ? dit-il, en pinçant sa lèvre inférieure. Comme il était heureux.

— J’ai renvoyé cette misérable. Je vais lui rendre la vie dure. Elle n’a même pas idée de la gravité de l’acte qu’elle vient de poser, annonça-t-il d’un ton qui se voulait répréhensible.

— Je vois, reprit calmement Kyle.

— Oser me repousser, moi. La Pétasse ! Tout ce que je veux, je le prends. Elle me suppliera à genoux de la sauter, crois-moi.

— Je n’en doute pas, monsieur, fit-il tremblant de rage. Par ailleurs, il demanda à rentrer de peur de perdre patience et d’en venir aux mains avec ce prétentieux.

Une fois dehors, Kyle composa le numéro de la jeune femme en chantant. Il avait envie de lui crier qu’il l’aimait et qu’il était prêt à tout affronter pour elle, mais il ne parvint à rentrer en contact avec Zoé qu’une semaine plus tard. Il avait essayé de la joindre tous les jours sans succès. Elle s’était comme volatilisée jusqu’au jour où, en faisant du rangement, il tomba sur le curriculum vitæ de la jeune femme. Les mains tremblantes, il composa le numéro de téléphone secondaire qui y figurait. C’était le numéro de son père. Kyle le supplia pour le rencontrer. Il était déterminé à affronter le monde entier pour déclarer sa flamme à Zoé. Il avait tellement insisté que l’homme finit par lui donner l’adresse de sa résidence.

Chapitre 3

1/

Il était trois heures du matin. La nuit, d’ordinaire silencieuse, était déchirée par de grands vents impétueux, soufflant avec rage et bousculant tout sur leur passage.

En effet, depuis plusieurs heures déjà, huit pour être précis, il pleuvait des cordes, les roulements de tonnerre ne cessaient de croître, ils se rapprochaient de plus en plus, avec force, et semblaient en découdre avec le ciel.

Sous d’autres cieux, l’on aurait redouté une tempête orageuse, avec tout le cynisme et la désolation qu’on lui connaît.

Mais ici, il s’agissait simplement d’une maudite et capricieuse pluie qui réussissait, avec brio, à faire perdre du temps à des milliers de manœuvres des zones industrielles, déjà réveillés depuis longtemps pour le boulot. Certains étaient prêts à affronter des dizaines de kilomètres à pied, à travers des raccourcis dont eux seuls avaient le secret. D’autres, quant à eux, optaient pour les transports urbains, depuis les gbakas, les bus ou les pinasses.

Ils auraient aimé dans l’un comme dans l’autre cas, braver cette pluie mais nul n’osait pointer le nez dehors, même protégé par un parapluie. Le vent était beaucoup trop violent.

Quelle pluie ! L’on pouvait par ailleurs deviner aisément les dégâts qu’elle avait déjà occasionnés et dont les médias allaient faire certainement un large écho dans les prochaines heures. L’on pouvait d’ores et déjà parier, sans être devin, sans aucun risque de se tromper, que les bidonvilles et autres quartiers précaires de la ville enregistreraient des morts, des disparus et des nouveaux et nombreux sans-abris.

Le décor était toujours le même après ce genre de pluie torrentielle. Deux ou trois ministres se précipiteraient sur les lieux du drame pour déplorer la situation, témoigner de la compassion du Gouvernement et prendre des résolutions qu’ils n’appliqueraient outre mesure. Ce scénario était semblable à la réplique d’un film célèbre que tous connaissaient par cœur.

À la cité « des belles demeures » par contre, l’on dormait à poings fermés. Ici, la pluie quelle que soit son intensité n’avait aucun pouvoir de faire des dégâts. Personne ne la redoutait. Les sublimes résidences de la cité étaient construites par des architectes de renom, dans le strict respect de toutes les normes de construction. La pluie n’effrayait guère personne. Mieux, elle berçait plutôt et faisait faire de beaux rêves.

Pour preuve, deux êtres enlacés, nus sous les draps, dormaient paisiblement et profondément. En effet, ils possédaient au cœur de cette cité huppée de la ville, une agréable résidence avec une architecture de rêve, mariant plusieurs styles, très tendance.

Pour la construction de cette merveille, plusieurs matériaux importés de par le monde avaient été utilisés. Le résultat était un régal des yeux. La classe et le style flirtaient à la perfection.

La résidence la plus belle de la cité se composait de deux parties connectées entre elles par un large passage vitré.

La première, véritable espace entièrement ouvert et délimité par des demi-cloisons était consacrée aux espaces familiaux. Elle abritait un confortable séjour se distinguant par un ameublement épuré et chic, une cuisine aux placards futuristes, s’inscrivant parfaitement dans le design intérieur, une salle à manger et un salon télé.