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Noam est un jeune architecte talentueux à la tête d'une entreprise prospère qui est sur le point de signer le marché de sa vie. Il est fou amoureux de la belle et sulfureuse Mya, sa Précieuse. Depuis le soir de leur premier rendez-vous, ils vivent une romance délicieuse, un amour presque parfait et sans histoires. Mais cet après-midi-là, quand Noam rentre à l'improviste à sa résidence, il découvre l'horreur sur son canapé... Sous ses yeux effarés, il voit Mya allongée sur le canapé, accompagnée de Karl, jeune et bel homme pour qui elle meurt secrètement d'amour... C'est une douche froide ! Du reste, le jour d'après semble l'envers d'un décor où mensonges, infidélité, cupidité et cruauté remontent à la surface comme des épaves de navires naufragés. C'est un combat impitoyable qui s'annonce pour ce triangle amoureux dans la quête de leurs intérêts personnels. Mais justement l'amour n'est-il pas plus fort dans les épreuves ?
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Seitenzahl: 200
Veröffentlichungsjahr: 2023
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- L’amante d’une nuit d’été, Roman, Avril 2021
- Au bout du chemin, Roman, Février 2019
- Au nom de l’amour, Roman, Février 2018
- Je rêve de toi, Recueil de poèmes, Août 2017
- Ma part de chagrin, Nouvelles, Juillet 2016
À Tia Paul,
7 ans que ce voyage perdure. Tu ne reviendras donc jamais. Tu es bel et bien parti pour toujours. Certains soirs, je m’attends à rentrer et entendre maman me confier « Ton père est là » … Comme ces soirs où tu revenais du chantier après le mois passé loin de ta famille. Je courais alors te réveiller. Tu ne dormais pas. Tu m’attendais, impatient. J’avais droit à mon sourire et mon câlin particulier…
7 ans que je t’attends. 7 ans que tu ne reviens toujours pas. Hélas !
Je comprends alors pourquoi trois jours avant ton éternel voyage, Dieu nous a accordé la grâce particulière de nous revoir une dernière fois, le temps d’un week-end pour savourer en famille les prémices du paradis. Repas en famille, balade à la plage, promenade matinale, conseils et bénédictions…
Après des années sans me voir, tu me disais au revoir sans que je ne le sache. Tu pouvais partir l’heure d’après en paix, après m’avoir eu au téléphone à 22 h, t’être assuré que j’étais bien rentré. Ton préféré jusqu’à la fin. Regarde, je me suis marié. J’ai eu un autre garçon, ton homonyme. J’ai même écrit des bouquins. Mais rien ne comble le vide de ton absence. Tu me manques papa. Tu me manques énormément. Mais ne sois pas triste parce que la mort ne pourra jamais t’arracher à mon cœur. Tu es là pour toujours. Ton silence et mes larmes n’y changeront rien. Encore merci pour tout ! Que ton âme repose en paix !
Première partie : Saut dans le vide
Chapitre 1
Section 1
Section 2
Section 3
Chapitre 2
Section 1
Section 2
Section 3
Chapitre 3
Section 1
Section 2
Section 3
Chapitre 4
Section 1
Section 2
Deuxième partie : Le jour d’après
Chapitre 5
Section 1
Section 2
Section 3
Chapitre 6
Section 1
Section 2
Section 3
Chapitre 7
Section 1
Section 2
Section 3
Chapitre 8
Section 1
Section 2
Troisième partie : La gueule du loup
Chapitre 9
Section 1
Section 2
Chapitre 10
Section 1
Section 2
Chapitre 11
Section 1
Section 2
Chapitre 12
Section 1
Section 2
Quatrième partie : La croisée des chemins
Chapitre 13
Section 1
Section 2
Section 3
Chapitre 14
Section 1
Section 2
Chapitre 15
Section 1
Section 2
Chapitre 16
Section 1
Section 2
Cinquième partie : Le point de non-retour
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21
Section 1
Section 2
Section 3
Chapitre 22
Chapitre 23
Chapitre 24
C’est ici que nos chemins se séparent. Le constat est pénible et douloureux. Je l’avoue. C’est une terrible épée, en plein cœur, qui se délecte de ma chair, de mon sang et emporte ma vie. D’un instant à l’autre, entièrement vidé de ma sève, je me poserai, enfin, comme un oiseau migrateur.
En effet, par ce soir étrange de septembre, au bout de cette agonie, je sens monter mon dernier soupir, telle une femme en proie aux terribles douleurs de l’enfantement, qui pousse, les yeux fermés, sans réfléchir, un ultime cri, de toutes ses forces, de tout son être, pour libérer enfin la vie enfouie en elle.
Ce soir, mon âme est triste mais il est temps de se conformer à cette cruelle vérité, n’en déplaise à nos rêves et promesses.
Ce soir, le silence est lourd. Seul face à ma conscience, le verdict est sans équivoque. Ce soir, le silence est pesant. Comme pour parler à mon cœur désillusionné, sans mâcher les mots.
Pas un bruit ne se fait entendre. Tout est silence ! Comme pour boire efficacement la tasse de la rupture. Le temps s’est comme arrêté afin de déguster entièrement la saveur de la peine.
Ce soir, les grandes douleurs sont au rendez-vous et elles sont véritablement muettes.
Un grand tumulte semblable à un affreux spectacle de cacophonies et de ratés spectaculaires se déroule au fond de mon cœur. C’est un bazar ! Point visible à l’œil nu. Comme un microbe, il dévore machinalement mon ultime espérance de sa voix accusatrice, de ses reproches multiples et de ses exemples concrets et destructifs.
Fier d’avoir raison, il a réussi à me mettre plus mal en point que je ne l’étais déjà et m’abandonne à mes regrets.
J’entends perceptiblement ses fous rires qui ont le mérite de m’enfoncer davantage dans ce grand vide.
Le présent a souvent certaines réalités qui échappent au futur. Des réalités rocambolesques sur lesquelles le passé ne peut aucunement influer malgré sa somme d’expérience.
Les promesses, nos promesses… ! Les promesses ne sont en réalité que des mots, de vaines balivernes souvent lâchées dans une hystérie totale.
Dans certains cas, elles sont provoquées par un fantasme, une jouissance hors norme, un pied d’enfer, un premier baiser prometteur…
Dans d’autres cependant, elles découlent de beaux chèques en blanc gagnés gracieusement mais durement à coup de parties sexuelles crues et de gémissements déchirants, permettant néanmoins nombre de shoppings excitants.
Plus tard, on déballe les paquets de vêtements, de chaussures et de colliers avec le sourire. On compte jalousement les billets rescapés du chèque signé sans réflexion aucune par notre charmant donateur, valide le ticket donnant libre accès dans toute leur propension à l’exploration démesurée de notre corps.
Plus tard on savoure, encore couché, le regard fixé au plafond, le voyage magique en compagnie de cette véritable bombe sexuelle, cette proie délicieuse portant des dessous ensorcelants et gémissant comme une déesse.
Et c’est le délire. Les promesses fusent de partout à perdre haleine comme des balles meurtrières. On se croirait en pleine guerre. Il faut atteindre la cible, quel qu’en soit le prix.
Vaincre ou périr. C’est cela. Juste un simple jeu d’intérêt au péril de cœurs brisés, de vies arrachées, de souffles dérobés, d’espoirs essoufflés, de rêves emportés.
Seul compte les intérêts égoïstes, dissimulés habilement dans des sourires diaboliques, des caresses hypocrites et des aveux mensongers.
Insatiable, avide de sang comme des vampires en chaleur, on se réinvente à dessein, bien évidemment, pour embobiner la nouvelle conquête et lui promettre le meilleur des mondes à nos côtés.
La nuit n’a été que trop longue et ténébreuse. Le cauchemar n’a que trop duré. Il est temps de se dévêtir de sa robe lugubre, de se réveiller, d’assumer et d’apprendre de ses erreurs. Jamais, dentiste n’a soigné une dent cariée avec une caresse ou un tendre baiser.
Oui ! Je dois me résoudre à t’oublier même si cela m’arrache brutalement le cœur. Malgré le supplice indicible, je dois me résoudre à faire fi du passé et son torrent d’images remuantes et déstabilisantes, poser mes pas les uns à la suite des autres, fussent-ils fébriles, chancelants ou incertains.
Je dois essayer de me frayer un chemin dans ce noir comateux, avancer malgré l’adversité dans cet abîme sans fin, ce pur brouillard infranchissable, avancer malgré tout, à la conquête de l’inconnu.
Tu vois, les souvenirs de toi et moi, heureux, riant aux éclats, amoureux, enlacés dans les bras de la passion, joyeux, jouant à tant de jeux délirants, n’y changeront rien. Je sais que c’est bien moi qui pars mais c’est aussi moi qui ne me résous pas à vivre sans toi.
C’est un triste soir de septembre, fade et sans saveur, qui sonne la fin d’une agonie et le commencement d’une nouvelle souffrance que même les mots semblent incapables d’exprimer. Ils transpirent à grosses gouttes comme un enfant qui peine à former une lettre de l’alphabet.
Même un mois après, les mots n’ont toujours pas la force d’exprimer ma peine. Ils n’arrivent pas à franchir ce mur. Il n’en existe aucun pour décrire l’état de mon cœur en lambeaux, aucun pour peindre l’état de mon âme.
Nos chemins se séparent…
Ah ! C’est donc cela le goût de la rupture… Nauséabond ! C’est donc cela le parfum de la séparation… Funeste ! Comment vivre sans toi ? J’y ai réfléchi des nuits durant. Je me suis posé cette question dans tous les sens. En réalité, la vie à vivre sans toi, je ne sais pas.
Dis-moi comment on s’y prend pour vivre sans ton sourire et tes câlins. Comment on s’y prend pour vivre sans ta présence ?
Tu vois, je n’ai connu que toi. Je n’ai aimé que toi. Mon cœur ne bat que pour toi. L’ivresse de l’amour, les joies de la vie et l’espérance du lendemain puisent leur essence dans ton sourire. Tu es cette délicate partie de moi que le passage du rêve au cauchemar emporte au-delà des mots comme un poison intraitable.
Dans une demi-heure, ou deux, peut-être même moins, toi et moi, ce sera de l’histoire ancienne.
J’ai décidé de te quitter. Te quitter sans verser une larme. Pas même une seule. Oui, mes larmes, tu ne les mérites plus, tu ne les mérites pas. J’en ai déjà versé assez, assez pour te garder, assez pour te pardonner, assez pour t’aimer, assez pour faire table rase du passé, pour continuer à croire en un avenir lumineux à tes côtés, lumineux comme le sourire de mon amour pour toi, lumineux comme les rayons d’espérance que je portais en notre histoire.
Oui ! Notre histoire, je la voulais belle, tellement exceptionnelle, je la voulais spéciale, faite peut-être de hauts et de bas, de rires et de larmes, mais bâtie sur du solide, réelle, basée sur la sincérité. Et non sur un tissu de mensonges qui, tel un feu de paille, ne dure jamais.
Pour moi, encore aujourd’hui mieux qu’hier, rien n’égale la sincérité des sentiments. Elle parfume l’amour, le purifie, le solidifie, le rend inébranlable. Elle fait la joie du cœur ; or rien n’est semblable à deux cœurs heureux. Ils dansent à l’unisson un ballet poétique, récitent en chœur une chorégraphie sensuelle, s’enlacent, se boivent. Oui. Ils savourent à satiété les délices de l’amour et écrivent sans trembler une histoire, la leur, qui résiste aux temps et à ses péripéties. Chaque épreuve surmontée à deux les lie davantage. Leur amour gagne ainsi en maturité et en intensité.
J’ai décidé de partir. Partir sans me retourner. Je ne vivrai plus dans ce mensonge, dans cet univers artificiel semblable à un plateau de cinéma. Mon amour pour toi s’est affadi, il ne porte plus aucune saveur.
Longtemps, je t’ai protégée comme une poule rassemblant sa couvée sous ses ailes. Aujourd’hui, je n’en plus. Lessivé et usé par tant de sacrifices, je ne peux plus donner. Je suis à bout, fané comme une fleur en manque d’affection.
Dans un long soupir, je balaie du revers de la main nos rêves et promesses, nos projets d’avenir. Les yeux fermés, je fais mes valises. Je m’en vais, tu ne me reverras plus.
J’ai décidé de te quitter. Tu n’auras plus à me tromper, à me blesser, à me berner. En ce soir étrange de septembre où ton ombre plane encore dans mon cœur, emprisonné par les chaînes de ton amour, je m’en vais pour toujours.
Notre chambre à coucher était un temple au design élégant et épuré. Elle reflétait le luxe, les joies et les plaisirs de la vie. C’était un endroit paradisiaque, témoin silencieux de nombres de moments uniques.
C’était une invite à l’évasion depuis son grand lit à la déco élégante, son petit canapé, sa spacieuse salle de bains et son balcon qui donnait sur la piscine et le jardin.
Tu étais ma reine et pour toi rien ne valait une fortune si cela avait la magie de faire briller tes yeux de bonheur et de réjouir ton cœur. Pour toi, rien n’était trop beau et trop cher. Tout était accessible. Tu étais ma muse et tes désirs, des délices de mon âme conquise.
Notre nid d’amour était une île de passion où tu faisais sauter machinalement les verrous de tous les interdits. De toi, j’étais ivre. Que tu m’étonnais ! Que tu m’envoûtais ! Que je t’aimais !
Je t’avais dans la peau. Il ne pouvait en être autrement.
Nous avions rêvé là. Nuit et jour. Oui ! Nous y avions dessiné un avenir plein de promesses.
Nous avions rêvé là, rêvé des enfants que l’on aurait et de tout l’amour qu’on leur porterait. On les imaginait fiers de se souvenir de nous quand on se serait endormis dans notre dernière demeure.
Vivre, c’est se préparer au quotidien à mourir l’instant d’après. Et avec toi, je profitais de chaque seconde que j’avais encore la grâce de vivre.
Nous avions rêvé là, hurlant notre bonheur dans des éclats de rire, des roucoulements et des gémissements délirants.
Je te revois, nue, scintillante comme une pierre précieuse, couchée dans mes bras, ta peau couleur chocolat, savoureuse comme un fruit sauvage, tes lèvres enivrantes comme un breuvage au parfum aphrodisiaque.
Je te revois, divinement belle, plus brillante que le diamant, assise à califourchon sur moi, m’invitant en délire au plus profond de ton miel, pour un voyage céleste.
Je te revois au bras de Morphée. Je tirais alors délicatement les draps sur ton corps angélique, sculpté à merveille par l’architecte de tous les temps.
Je te regardais dormir, heureux et fier d’avoir ton amour.
Ici, nous avons passé des instants doux, intenses, magiques, qui du reste ne s’évanouiront jamais de mon cœur, de mon âme et de mon esprit. Comme d’illustres trésors, ils restent désormais enfouis au plus profond de mon être, jalousement conservés par ma mémoire.
Pourtant, le temps passé est désormais passé. Il est bien derrière… Hélas !
À l’exemple de notre histoire, notre chambre est sens dessus dessous. J’ai du mal à m’y retrouver… Depuis des heures déjà, je tourne en rond comme une toupie. Je fais des va-et-vient interminables.
Je suis encore incapable de prendre quoique ce soit. Pourtant, je dois bien faire ma valise. Juste une seule. Ouverte, elle m’attend. Je crois l’entendre perdre patience et même me crier dessus « Qu’est-ce que tu attends, nom de Dieu ?! ».
Les mains aux hanches, j’ouvre enfin mon placard pour déverser son contenu sur le lit, notre lit. Une étrange émotion m’envahit ! Je la repousse malgré moi. La pièce est imbibée de ton parfum.
Je crois caresser ta peau en touchant les draps. Je crois explorer ta sensualité en les effleurant. Ils sont doux ! Ils sentent bon. Tu es partout !
Je sens que des torrents de larmes se préparent comme un gros orage. Je les repousse encore malgré moi. Je dois me dépêcher. Je dois tenir bon. Un homme ne pleure pas. Il a la faculté d’extérioriser sa peine. Cette maxime est sue de tous depuis l’enfance. Pourquoi devrais-je m’y soustraire maintenant ?
Je range rapidement quelques vêtements puis je me résous à me dire que finalement ce n’est plus la peine. Tout est souvenir de toi. Ma tête en est déjà trop chargée pour en rajouter, pour en porter, pour en chausser. Non ! Je n’en ai pas besoin. Tu es partout en moi ! Alors que je peine déjà à me débarrasser de ce trop-plein d’amour imputable désormais à la dépendance, pourquoi m’enfoncer davantage ?
J’ai juste besoin de mes diplômes et de mes romans. En réalité, c’est vraiment ce dont j’ai besoin dans cette immense maison. Je te laisse tout le reste. Tout !
J’imagine alors la tête de mes parents et amis. J’imagine leurs commentaires. J’aurais été ta chose jusqu’au bout. Te laisser tout ça pour n’emporter que des papiers ? Te laisser une fortune en biens matériels alors qu’on partageait à parts égales le contenu des comptes bancaires ?
Peu importe ! Assis sur le lit, je comprends seulement maintenant qu’il est des choses que l’argent ne peut acheter. Je le comprends si bien désormais.
Là, nous avions été heureux. Là, nous avions passé des moments merveilleux. Là, nous avions échangé des baisers fougueux. Là, nous avions vécu des choses qui ne se vendent nulle part. Des choses qui ne peuvent aucunement s’acheter.
Ma valise en main, je jette un tout dernier regard autour de moi en un signe d’adieu. Le silence devient encore plus lourd et ma mélancolie plus intense. Cet adieu est un breuvage imbuvable, une mixture acide, dure et âpre.
Dehors, la vue est toujours panoramique. Le soleil se couche. Mais le ciel porte désormais un voile qui masque l’horizon. Le coucher du soleil n’est plus beau à cet endroit. Il rappelle plutôt des scènes qui hachent le cœur.
Je referme la porte de la chambre derrière moi, je descends tout doucement les marches de l’escalier menant au séjour, à la salle à manger et à la cuisine. J’y suis enfin.
Notre photo de mariage souhaite encore la bienvenue aux visiteurs.
Ici, nous aimions regarder la télé, couchés sur le canapé. Là, nous faisions l’amour en écoutant la musique. Juste à côté, nous jouions souvent à nombre de jeux interdits avec des fous rires s’évanouissant dans le décor. Plus loin, on répétait encore une de tes chorégraphies folles pour épater nos amis en boîte de nuit. À la cuisine, tu nous concoctais de délicieux mets en te laissant enlacer et embrasser… Combien de fois, le dîner n’a-t-il pas cramé, occupés que nous étions à déguster d’autres mets plus sensuels ?
Je dois quitter cette pièce. Il me faut sortir de cet univers romanesque pour faire face à la réalité. La vie n’est pas un roman ou un conte de fées mais plutôt une suite de faits réels sans effets spéciaux qui débute depuis les entrailles d’une mère pour se terminer dans celles de la terre.
Mes pas s’alourdissent. Une profonde envie de pleurer m’étreint de toutes ses forces. Je me débats comme je peux pour me défaire de cette étreinte. Je sens ma poitrine se gonfler et prête à exploser. Mes yeux sont imbibés de larmes qui inondent rapidement mon visage mais je ne pleure pas. Non ! Je ne pleure pas. Un homme ne pleure pas.
Je réussis à me convaincre que m’accrocher à des souvenirs tout aussi destructeurs que les nôtres, c’est faire preuve de lâcheté. J’argumente d’ailleurs que la nostalgie est une preuve d’incapacité quand on peut encore réécrire sa vie et gommer les pans douloureux qui y font une tâche désagréable. Je me convaincs de ce fait que je reste loin de personnes qui ne peuvent se défaire du passé pour se reconstruire un avenir. Ma mémoire ne comprend rien à tous ces délires. Ma tête commence à chauffer.
Dans un long soupir, je m’effondre sur le canapé. Du revers de la main, j’essuie des larmes qui tombent de plus belle. J’ai besoin de retrouver mes esprits avant de franchir cette porte et prendre le volant.
Je respire profondément. La montée d’air dans mes poumons me fait du bien. Je sens comme une sorte de bien-être inespéré. Je ferme alors les yeux pour profiter de cet instant surréaliste, de cet univers lointain mais combien agréable.
C’est fou comme l’amour peut faire mal. C’est fou comme il peut dépouiller de toute estime de soi.
Ce séjour, au design moderne et lumineux, dessiné par toi, m’avait vu heureux et plein de vie. Il comportait encore les choses que j’aimais ; le mobilier, la télé, la chaîne hi-fi, les tableaux. Ces vanités qui ordonnaient à tous les visiteurs un certain respect, faisaient ressortir ma personnalité et inspiraient ma fierté.
Et voilà qu’elles me voyaient pleurer à chaudes larmes sans parvenir à me consoler. Tout son contenu m’avait fait rire, jouer autrefois. Mais là, aucun ne pouvait me consoler.
J’aurais pu mettre la musique pour bercer mon âme aux rythmes de sons filtrés que diffusait cette bête acquise à prix d’or. J’aurais pu regarder une série et me laisser entraîner au cœur de l’action par ce gigantesque écran futuriste, le dernier cri de la technologie. J’aurais pu m’évader au cœur d’un paysage, peint par un illustre artiste, acquis à une vente aux enchères lors d’une soirée mondaine.
Pourtant, je ne les voyais pas. J’étais tout seul. Abandonné par celle que j’aimais et lié solidement par mon chagrin. C’est cela la réalité, ma réalité. Mon être entier éprouvait une très grande tristesse et une douleur incessante.
C’est fou comme l’amour peut tout enterrer sans que l’on ait eu besoin de pousser le dernier souffle. C’est un truc de malade, qui enchaîne et projette dans le vide.
Qui pourrait, ce soir, comprendre et mesurer les souffrances qui m’affligeaient ? Assis-là, mon être entier gémissait sous le poids d’insupportables douleurs, pires que celles de l’enfantement. Elles étaient sans proportion et sans fin.
Le son du claquement de la porte d’entrée m’éveilla de cet enfer. Je me levai promptement et me retournai.
Tu étais là, surprise de me voir pendant que je tentais de dissimuler les larmes qui ruisselaient sur mon visage.
Je présumai que tu allais encore découcher vu ta tenue et la tête que tu affichais. Tu comptais sûrement prendre un bain, te changer et ressortir…
Arrêtée au seuil de la porte, tu étais magnifique tels un top model, une fine fleur d’une beauté inégalable, élégamment vêtue d’une petite robe bleue sexy assortie à ton sac à main et tes chaussures.
En temps normal je t’aurais enlacée, murmuré combien je te trouvais belle et nous nous serions embrassés passionnément. Mais nous étions désormais des étrangers qui ne partageaient plus rien ensemble.
Tu continuas de me dévisager alors qu’armé de ma valise, je me dirigeai vers la sortie. C’est fou ce que tu faisais ressentir à mon cœur.
Alors, de toutes mes forces, je priai pour franchir la porte et non te prendre dans mes bras et tout te pardonner… comme ces fois d’autrefois où je croyais que je nous donnais une énième seconde chance, certainement par peur de te perdre alors que tu ne m’appartenais pas.
— J’espère qu’un jour seulement, tu réussiras à me pardonner, dis-tu en t’écartant pour me céder le passage. Mon sang ne fit qu’un tour. Je crois que j’aurais pu commettre un meurtre à ce moment précis mais je fis mine de ne pas t’avoir entendue. C’était mieux pour toi, pour moi et pour ton amant.
Arrêtée au seuil de la porte, les bras croisés, tu me regardes ranger ma valise dans le coffre et prendre ensuite place au volant de la voiture. Le regard que tu poses sur moi me glace le sang. Je n’ose l’affronter mais je le sens dans toute son intensité.
J’ai bien envie de te hurler que je n’ai pas besoin de ta compassion. C’est le monde à l’envers. Le bourreau qui se moque de sa victime. Mais bon, au point où j’en suis, tu peux bien faire la pluie et le beau temps. Je te le concède.
Je prends une profonde inspiration comme pour atténuer ma peine, puiser dans cet air les ressources nécessaires au plus profond de mes entrailles pour démarrer et m’en aller loin, très loin de toi. J’y parviens enfin dans un brutal crissement de pneus.
Quinze minutes se sont écoulées.
La nuit est tombée depuis un moment déjà. Elle est bien étrange. À un feu tricolore, un embouteillage monstre m’empêche de commettre l’irréparable. Je freine de toutes mes forces, à temps, évitant de justesse de percuter une voiture. Je lâche aussitôt des imprécations, ferme mon visage de mes mains, tremblant de tout mon être. On aurait dit une autre personne. Un tout autre moi !
Je réalise alors qu’en tout homme, vit encagé véritablement, un animal. Le mien, blessé par une flèche meurtrière, enragé, se débattait pour sortir de sa cage, retourner à la maison et refaire avec brio le portrait à Précieuse. Il espérait ainsi lui faire comprendre qu’elle n’avait pas le droit de m’infliger une aussi terrible souffrance.
