Au lit citoyens! - Julia Palombe - E-Book

Au lit citoyens! E-Book

Julia Palombe

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Beschreibung

Réconcilier l'humain, le plaisir et la société est une urgence. L'orgasme est notre meilleure arme de construction massive pour un monde meilleur: l'amour est déclaré! Je plaide pour un destin heureux: en avant, aime! Le sexe c'est beau, c'est chaud, c'est drôle, et même, c'est libérateur... Faisons l'amour sans clichés. Vivons, jouissons, réinventons-nous dans relâche. Sous la forme des dix commandements, Julia Palombe pousse un cri contre le sexe 2.0 qui tend à devenir notre standard amoureux. Un manifeste pour explorer les infinis plaisirs de l'amour dans une sexualité débarrassée de toute cette mal-baise marchande faite d'orgasmes précommandés, prémâchés, dénués de désir.

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Seitenzahl: 185

Veröffentlichungsjahr: 2024

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NOTE DE L'AUTEURE

En septembre 2016, ce livre voyait le jour grâce à ma rencontre décisive avec l'éditeur Franck Spengler, co-fondateur de la maison d'édition Hugo et Cie. Huit ans après sa première parution, j'ai décidé de ressortir cet ouvrage, car je crois qu'il est plus que jamais d’actualité.

Depuis 2016, et malgré des événements sociétaux majeurs en faveur d’une meilleure justice dans la sphère intime comme dans l’espace public - le mouvement "Me Too" ayant soulevé le couvercle des violences faites aux femmes, la création de la loi Schiappa qui a criminalisé

le harcèlement de rue, ou encore la démocratisation du mot « consentement" notamment grâce au livre de Vanessa Springora - le désir, lui, est enterré vivant. Chaque jour, la haine gagne du terrain. Et précisément, je crois que c’est lorsque la violence s’intensifie qu’il nous faut cultiver avec plus d’efforts encore notre joie. Nos désirs ne sont pas les accessoires de notre existence, ils en sont le coeur battant. Ne nous détournons pas de notre quête: marchons ensemble sur les chemins de la jouissance nourrie, créative et partagée.

Sommaire

Introduction

Les dix commandements

Premier commandement

MACHOLAND : « LE CONDAMNÉ »

Deuxième commandement

MACHOLAND : LA LETTRE

Troisième commandement

MACHOLAND : DEUX EN UN

Quatrième commandement

MATCHOLAND : L’HOMME MODERNE

Cinquième commandement :

MATCHOLAND : LUCKY LUKE

Sixième commandement

MATCHOLAND : ANTI-HÉROS

Septième commandement

.MATCHOLAND : AU FÉMININ

Huitième commandement

Neuvième commandement

Dixième commandement

Conclusion

Douze chroniques choisies entendues à la radio

J’ÉJACULE, TU ÉJACULES, NOUS ÉJACULONS

L’APPÉTIT VIENT EN MANGEANT

FEMMES SUJETS

TOUTE VÉRITÉ EST-ELLE BONNE À DIRE?

TOUTES LES FILLES VOUS LE DIRONT...

FAIRE LA PAIX

CONFESSION D’UNE HETEROSEXUELLE LÉGÈREMENT DÉPASSÉE...

LA CHAIR EST GAIE (BIEN HEUREUSEMENT!)

HUMIDE ENCORE D’AMOUR

WAHOO TCHATCHATCHA

L’ART DE FAIRE COUPLE

« Je m’adresse à tous, et en particulier

à la nouvelle génération d’hommes et de femmes,

à qui je souhaite une jouissance pleine, vraie,

intime et collective, dans l’élan d’un appétit

de vie sans cesse à réinventer.

A mon amant préféré...

Mon mari. »

Introduction

Stop aux ploucs, aux frustré(e)s, aux goujats, aux mal-léché(e)s, aux incultes, aux balourd(e)s… Halte à la mal-baise ! Brandissons le drapeau d’un nouveau patriotisme : l’unité orgasmique. Prendre du plaisir oui, mais en conscience. Liberté, égalité, sexualités : Au lit, citoyens !

L’homme n’est pas une caricature de la brute qui enfonce sans permission, doigt, pénis et autres objets suspects dans tous les orifices de sa partenaire, en la regardant s’étouffer avec. La femme n’est pas une espèce d’esclave éternellement docile, qui souhaiterait être punie, humiliée, violée. Bienvenue dans la réalité ! Le sexe c’est beau, c’est chaud, c’est drôle, et surtout c’est libérateur…

Faisons l’amour sans clichés. Vivons, jouissons, réinventons-nous sans relâche. N’ayons pas peur de jouir et refusons le sexe formaté ! Redécouvrons les infinis plaisirs de l’amour dans une sexualité débarrassée de toute cette mal-baise marchande faite d’orgasmes précommandés, prémâchés, dénués d’envie. La jouissance est à mille lieues de ce désert sensoriel que l’on nous vend. L’extase est un art de vivre basé sur un plaisir partagé, ludique et créatif. Le désir est mouvant, il n’est jamais figé, il se danse. C’est un tango, une bulería, un slow, une valse, une java… Il prend plusieurs allures au fil des jours. Nous devons écouter le langage de nos sens, car c’est le chemin qu’emprunte le désir.

En 50 ans seulement, nous sommes passés du glorieux « Jouissez sans entraves ! » au comminatoire « Jouissez ! » Par un renversement historico-surréaliste, notre liberté idéalisée s’est transformée en liberté à consommer (sans modération !). Business oblige ! La misère sexuelle n’est pourtant pas une fatalité. Il y a une vie érotique en dehors de « l’éjac faciale » ou du « fist-fucking » (qui, soit dit entre nous, ne sont pas des passages obligés dans l’acte sexuel). Loin des normes imposées et de la morale, il est temps de reprendre en main notre sensualité. Rassemblons-nous à la lueur de nos sensations. Libérons-nous du fardeau de l’imitation. Reconnectons-nous avec notre corps et tournons-nous vers une nouvelle forme de discours sexuel libre.

Élevons l’intelligence érotique au rang des bonnes manières, au même titre que la culture générale ou les mathématiques ! Avec la créativité, la conscience, l’humour et la joie profonde comme piliers d’une nouvelle ère, « orgasmisons-nous ! » La jouissance convoque plus que tout, le « vivre ensemble » ; elle fait partie du principe d’égalité entre les hommes et les femmes. Le postulat de la liberté passe lui aussi par la relation érotique et sexuelle à l’autre. Le partage et la communication sont au cœur de l’acte charnel. Pour combattre les chemins sombres de la haine, il est urgent de cultiver les chemins lumineux de la jouissance. La paix sociale commence dans notre lit. Le sexe conscient est un sujet éminemment social !

Réconcilier l’humain, le plaisir et la société est une urgence. Je plaide pour un destin heureux : en avant, aime !

Il y a une nouvelle révolution sensuelle à mener, sociale et culturelle. J’en appelle au boycott de la chaîne sexuelle de consommation de masse : Fast Sex, Speed Dating, Hygiénisation à outrance des corps. Ainsi qu’au rejet d’une vie sexuelle imposée par les dogmes religieux : célibat, pseudo-vierges du paradis, monogamie, polygamie. Soyons des rebelles pacifiques, qui participent fièrement à la révolution de l’humanité.

Tout ce qui tend vers une pensée unique de la sexualité, tout ce qui ne prend pas en considération le respect, l’échange et la liberté est à bannir.

Nous disons « aimer », mais nous nous mentons, nous disputons ou nous battons régulièrement. Nous voulons « être aimés », mais nous refusons d’offrir le meilleur de nous-mêmes. Nous voulons être heureux, mais nous sommes recroquevillés sur nous-mêmes et nous enfermons l’autre dans une idée préconçue du couple. Pourquoi ? Parce que nous sommes « aseptisés ». Et c’est la norme en vigueur contre laquelle j’entends bien me battre.

Je propose un nouvel humanisme, basé sur la liberté sexuelle. Il s’agirait donc de ne plus consommer de gymnastique pornographique ! Mais aussi de ne plus utiliser les vieux rouages sexistes, homophobes, machistes, hystériques, normalisateurs en tous genres. Boycott aux rabat-joie ! Vive la sexualité libératrice et créative !

QU’EST-CE QUE LA MAL-BAISE ?

La transformation du sexe, par la société capitaliste, en objet de consommation est une des composantes principales de la mal-baise, avec le fast-sex, les rencontres digitales, la délirante hygiénisation des corps, le retour en puissance des dogmes religieux… S’ajoutent à cela les non-dits au sein du couple, la violence verbale et physique, la frigidité émotionnelle, l’inculture érotique, la possession excessive, la jalousie maladive, et j’en passe… Autant de tentacules maléfiques qui pourrissent notre façon d’envisager la sexualité.

La mal-baise constitue une foule de vilaines habitudes que nous avons prises au fil des années, sans nous rendre compte que les mauvaises herbes avaient envahi le jardin de notre plus bel espace de liberté : notre sexualité. Le cynisme, le mépris, l’abandon, l’apathie, la rigidité (pas celle de la queue, non ! la rigidité morale), l’égoïsme, la goujaterie… La liste est longue de nos manques de considération à l’égard de soi et par conséquent de l’autre. Concentrés que nous sommes sur les points G, les points P, (les points noirs !), nous passons totalement à côté des joies profondes d’une sexualité assumée et libératrice. Repliés sur nous-mêmes, incapables d’échanger, de communiquer ou de jouir ensemble, nous baisons comme nous mangeons, c’est-à-dire vite et mal. La détresse sexuelle 2.0 que nous vivons aujourd’hui est le berceau de cette mal-baise qui s’installe et deviendra notre standard amoureux si nous ne faisons rien pour défendre la baise gastronomique.

ÉTAT DES LIEUX

On met des strings à huit ans, on fait des fellations à douze et on se gave de programmes télé abrutissants en guise de nourriture intellectuelle, prenant les vedettes de la télé-réalité et « la gymnastique pornographique » comme références ultimes du nouveau monde sexuel. Dans ce contexte se crée et prospère inévitablement la mal-baise. La révolution sexuelle de nos parents se voulait une ode à la jouissance créative et joyeuse, une ouverture sur un monde du plaisir et des corps, amenant à une libération des esprits. Et, au lieu de cela, nous voilà pris dans les filets d’une jouissance consommatrice et triste.

Aujourd’hui, les comportements sexuels de la nouvelle génération sont effrénés et naissent principalement de l’imitation. Les jeunes sont dramatiquement coupés du réel, et surtout de leur ressenti. L’écrivain Claire Berest, qui est allée récolter pendant plusieurs mois des déclarations poignantes à la brigade des mœurs, nous explique dans son livre Enfants perdus1 : « Tout le problème tient dans le rapport au corps, le sien, et à celui de l’autre. Dans notre société du paraître où le modèle de la sexualité est calqué sur les pornos, nos adolescents sont en grande difficulté. Grandir, c’est se comparer à ces images véhiculées par le porno, la pub, les clips… c’est trash ! Cette nouvelle génération est dans la négation des corps. Le respect a disparu. » Les corps sont devenus interchangeables à souhait, le sexe est devenu un produit de consommation comme un autre, la nouvelle génération ne se soucieplus du respect. Et sans respect, pas de « bonne baise » possible.

comment combattre la mal-baise ?

Le meilleur moyen de combattre la mal-baise, c’est de se poser les bonnes questions : Qui suis-je ? De quoi ai-je besoin pour me sentir satisfait(e) ? Quelles sont réellement mes envies en matière de sexe et d’amour ? Suis-je capable d’exprimer clairement ce que je veux, et surtout ce que je ne veux pas ? Suis-je prêt(e) à écouter l’autre et à faire de mon mieux pour lui donner du plaisir ?

Nous sommes vivants ! Jouissons nom d’une pipe ! Arrêtons de trouver cela normal de se préoccuper de tout sauf de notre santé orgasmique. Retrouvons fierté et confiance en soi pour connaître une jouissance épanouie. Le chemin est à la fois incroyablement fascinant et rudement exigeant. Toute la difficulté consiste à inventer sa propre sexualité. Le chantier qui s’offre à nous est celui de toute une vie : il s’agit de construire la cathédrale de son désir. De devenir l’architecte de ses envies. Sans plus attendre, soyons des êtres désirants. Voilà le défi qui nous attend.

Longtemps, les études scientifiques ont délaissé la sexualité, notamment celle des femmes. Je rappelle que la première échographie du clitoris date de 2009, réalisée par la gynécologue Odile Buisson. Aujourd’hui, pas une semaine sans qu’une nouvelle étude sorte pour nous indiquer la longueur « satisfaisante » du pénis ou bien la « bonne » fréquence de nos rapports sexuels ! Je suis perplexe devant le souhait exprimé de dogmatiser nos sexualités. Je crois en l’aventure et l’exploration. Je pense que nous avons tout à gagner à suivre, non pas les statistiques mais notre instinct, et retrouver une part de notre animalité. Les seules règles qui peuvent être établies sont le respect de l’autre ; se détacher de l’imitation des modèles économiques ; privilégier le moment présent. C’est une nouvelle façon de vivre, de communiquer et d’aimer qui doit être envisagée.

À travers mes dix commandements, je propose une vision nouvelle de nos rapports charnels, mais aussi de nos rapports fraternels au sein de la société. Je plébiscite une approche philosophique de la vie, qui place la poésie et le plaisir au-dessus de tout. « Quelle heure est-il ? Il est l’heure de s’enivrer ! De quoi ? De vin, de poésie, d’amour ou de vertu… À votre guise » Baudelaire

L’orgasme est notre meilleure arme de construction massive pour un monde meilleur : l’amour est déclaré !

Au lit, citoyens !

1. Pocket.

Les dix commandements

Mes dix commandements sont ceux du plaisir nourri et des péchés délicieusement capitaux.

Tu n’oublieras jamais que la sexualité est un jeu.

Tu diras Stop au prêt-à-jouir !

Tu chasseras la jalousie maladive et la possession excessive.

Tu combattras sans relâche la monotonie.

Tu donneras toujours le meilleur de toi-même.

Tu considéreras la jouissance comme le premier de tes devoirs.

Tu t’accommoderas de ce que tu es : Aime-toi.

Tu préféreras la réalité au virtuel.

Tu défendras toujours ta liberté sexuelle.

Tu privilégieras la qualité à la quantité

Premier commandement

TU N’OUBLIERAS JAMAIS QUE LA SEXUALITÉ EST UN JEU

« La joie est le secret de la beauté. Il n’y a pas de beauté sans joie. »

Christian Dior

Dans l’imaginaire, il n’y a pas de censure. Si dans la réalité des comportements peuvent être interdits, dans le monde onirique, ils sont non seulement autorisés mais conseillés pour le développement et l’évolution de la sexualité. Soyons des héros, nous en avons les pouvoirs ! L’intensité de la rencontre entre deux (ou plusieurs) personnes ne naît pas seulement du fait de l’acte sexuel. La force de la rencontre, c’est la confiance faite à l’aventure. Jouez, partagez, communiquez, prenez du plaisir à séduire votre proie d’un soir ou d’une vie ! La sexualité est une fête. Une fête gourmande. Apprenez à déguster l’autre. Imaginez-vous qu’il s’agit d’une récréation sexuelle. Telle la récré de notre enfance qui était délicieuse, car nous la vivions pleinement. Nous la dévorions d’envie, puis quand la sonnerie retentissait, nous étions fous d’excitation, et la joie jaillissait naturellement. Nous inventions des jeux, toujours plus créatifs ! Inspirez-vous de cet état que vous avez tous connu et recréez les conditions de cet amusement exquis. La sexualité est le bac à sable des enfants devenus grands.

Est-il nécessaire de rappeler que le jeu implique avant tout le consentement ? Si vous n’avez pas prévenu votre partenaire que vous souhaitez lui faire le coup du viol, vous risquez fortement de vous retrouver au poste de police… Rien ne différencie un « vrai viol » d’un « faux viol » si ce n’est le consentement. Si une personne subit et l’autre impose, cela ne fait absolument pas partie de la sexualité. Amusons-nous en conscience, nous sommes totalement dans la sphère sexuelle de l’échange et la porte de tous les fantasmes est ouverte. Les scénarios à explorer sont très variés, et les histoires à inventer sont infinies. Un bon synopsis érotique est un synopsis qui convienne à soi, à « nous ».

1.2.3, c’est parti ! Le jeu peut commencer. « On dirait que tu es le pompier ? Et je serai la jeune fille prise dans les flammes de l’immeuble au dernier étage… Ou plutôt non, tu joues le flic un peu méchant et tu me passeras les menottes, moi la délinquante rebelle placée en garde à vue… Ou mieux encore, refais-moi le coup du valet qui vient frapper à la porte de sa maîtresse, la riche baronne seulement vêtue de ses dessous en soie… Ça fait un bail que je ne l’ai pas vu, mon fidèle et endurant serviteur. » La nouveauté tant recherchée de nos jours ne se trouve pas nécessairement dans la multiplicité des aventures mais aussi dans la mise en valeur, chaque fois différente et renouvelée, du même corps que nous chérissons. Mettre en scène son désir, c’est s’offrir un espace de liberté et de confiance au sein de sa relation. C’est créer le terreau d’une bonne et longue vie de jouissance pleine et libératrice. Que ce soit une histoire qui dure depuis 24 heures, 24 ans, ou plus encore, il s’agit de renouveler les formes et les moyens d’entretenir le feu du désir et atteindre au plaisir.

Vous souvenez-vous de cette petite flamme en nous qui s’éveillait lors de nos badinages enfantins ? Les parties de cache-cache, les tourniquets, les déguisements dans la peau de nos super-héros préférés… Cette flamme ne demande qu’à briller à nouveau. Une simple étincelle et elle repart ! Je vous vois venir, ce n’est pas la taille de l’étincelle mais bien la qualité de cet allumage qui importe. Comment mettre en scène ce flamboiement ? Vais-je ralentir ou au contraire accélérer ? Quel rythme sera le plus juste, rapport à nos jeux érotiques ? Où en sommes-nous aujourd’hui ? Dans un remake de Pulp Fiction ou de Match Point ? La cadence est capitale. Les personnages aussi. Tous les jeux sont bons à jouer lorsqu’ils sont menés avec envie et conviction. Mais en dépit de tout le courage que vous puissiez y mettre, si vous la jouez Bruce Willis à la sauce Tarantino pendant qu’elle campe une superbe Scarlett Johansson au beau milieu de sa partition de Woody Allen, vous risquez de vous retrouver dans une impasse et de voir ainsi le jeu s’arrêter. Et pourtant, vous serez sûrement d’accord avec moi pour dire que les deux univers sont sublimes. Aussi, pour ne pas vous retrouver le bec dans l’eau, il est vivement conseillé d’énoncer clairement les règles du jeu. Du langage des mots au langage des corps, en passant par celui des arts, communiquez vos envies. Dites-le, chantez-le, écrivez-le, mais par pitié ne faites pas la carpe !

« On dirait que je suis la princesse et toi le corsaire… Tu m’as attachée au lit pour que je ne puisse pas m’enfuir, et maintenant tu vas me faire subir les pires sévices, grand méchant bandit… » Hop, hop, hop, pas si vite cocotte ! Tu fais preuve d’une belle imagination (1 bon point), tu es courageuse de proposer ton scénario à ton partenaire (2e bon point), mais quelles sont les règles ? Jusqu’où ton complice peut aller dans ce jeu-là ? Peut-il te bander les yeux ? User de son fouet ? Ramener une servante pour participer à ta petite sauterie ? Si vous voulez éviter que votre partie de jambes en l’air ne tourne au vinaigre, vous aller devoir décrire votre plan un peu plus précisément. « Oui pour les attaches aux poignets, mais non pour celles aux chevilles. Oui pour les claques sur les fesses, mais si je te dis “Stop”, je veux que tu arrêtes immédiatement… Oui pour l’ambiance à la bougie, mais non pour la cire chaude sur mon sexe ! » En bref, c’est bien de distribuer les cartes du jeu, mais c’est mieux si l’on connaît les règles. Vive la contrainte créative ! La communication doit se faire dans les deux sens. Celui qui donne le coup de cravache a autant son mot à dire que celui qui le reçoit. Dans les deux cas, il s’agit d’agir en conscience, avec assurance. La jouissance est une délicatesse envers soi-même, elle demande de la lucidité. Et la lucidité est une composante essentielle du jeu sexuel.

Dire « oui » semble plus facile que dire « non ». Nous connaissons tous un(e) ami(e) qui n’a pas osé dire « non » ! Par pudeur, par peur ou pour ne pas blesser l’autre, nous nous laissons parfois entraîner, sans le vouloir, dans une relation non désirée. De nombreux exemples témoignent de situations abracadabrantes créées par des non-dits. En matière de sexualité joyeuse et riche, le déni est un poison. Pour une heure, un jour ou dix ans, le résultat de l’autocensure est toujours le même. Sans surprise, les émotions sont ternes, voire carrément désagréables. Quoi que vous fassiez, vous êtes « échec et mat ». Car dans le jeu amoureux, il est crucial de savoir dire « non » : « Non pas ici, pas maintenant, pas comme ça, pas tout à fait à cet endroit-là… Non, je ne coucherai pas avec toi pour récupérer mon portable ou pour obtenir une promotion ! NON ! »

La sexualité est un jeu et la mise en scène du désir est la proposition d’une histoire à vivre. C’est faire surgir une émotion plus vive, plus intense et plus sensible. La générosité est de mise. Ainsi que l’honnêteté. Le vertige de l’amour sera proportionnellement aussi grandiose que le lâcher-prise aura été magistral. Plus vous donnez, plus vous recevrez. Plus vous offrez votre corps tout entier, votre langue, votre gorge, votre cambrure, votre membre… plus vous recevrez en sensations, plaisir et jouissance (leçon de philosophie romanti-cochonne n°1). Le corps étant lié directement à votre esprit, vous ne pouvez offrir l’un sans offrir l’autre. Il s’agit donc de se mettre à disposition dans l’intention de faire l’amour allègrement et intensément. L’autre n’est pas là pour vous juger, et vous n’êtes pas au lit pour faire une expertise de ses talents en la matière. Du doigté oui, de la langue aussi, mais du débat, non. Pas de comparaison embarrassante du genre « Oh ! c’est marrant, ton manche est tout petit par rapport à celui de mon ex » ou alors : « Quand j’étais ado, je fantasmais à mort sur les gros seins… non mais ils sont bien, les tiens, même s’ils sont tout petits… » Vous voyez le malaise ? La sexualité est une fête. Elle se passe volontiers des jugements. (Gardez ces derniers pour le bureau quand on vous demandera de juger des augmentations des prix de la bouffe entre 2015 et 2016.)

En revanche, ce que le sexe exige, c’est de l’esprit ! Révéler son esprit fait partie du jeu, et c’est même fortement conseillé. Il y a de nombreuses et différentes façons d’être spirituel. L’humour est à tort souvent banni de la chambre à coucher, et les hommes ont parfois tendance à prendre le rire de leur partenaire pour une insulte. Mais aujourd’hui, je vous engage fermement à vous dérider si vous souhaitez prendre du plaisir ! Poilez-vous, gondolez-vous, réjouissez-vous : le sexe est drôle et joyeux, c’est un puissant moteur de vie !

Toutefois, attention, l’humour n’est pas synonyme de laisser-aller. « Je me détends dans tes bras », ce n’est pas la même chose que « Je me laisse aller dans tes bras ». Dans le premier cas, je suis actif, dans l’autre, je suis passif et j’impose à l’autre de me « supporter ». L’abandon est une chose merveilleuse, c’est un vecteur de désir. Mais le laisser-aller est un affreux tue-l’amour. Aucun jeu n’est possible avec quelqu’un qui se laisse aller, apathique. Le jeu érotique demande de l’investissement. C’est l’apport de chacun qui va créer la matière utile à la mise en scène du désir. Ébattez-vous !

ÉLOGE DE LA NUDITÉ ♦

Entre le désir profond de se dévoiler, de se montrer corps et âme, et le désir tout aussi profond de se préserver du jugement de l’autre, de s’épargner des angoisses, nous sommes pris dans un tremblement de terre de volontés contradictoires.

Se déshabiller, c’est se débarrasser de la folle charge émotive que nous mettons sur nos vêtements. Il suffit de faire l’expérience du naturisme, ne serait-ce qu’une fois dans sa vie, pour se rendre compte de l’aspect immensément social et moral de nos tailleurs, costards et autres accoutrements.