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Yvan croise le même homme tous les matins en allant au travail.
Et tous les matins, ils se regardent... Il est beau, et un peu intimidant avec son regard noir, Yvan se l’imagine, chez lui, entièrement nu, dans son lit…
Tout change lorsqu’un jour, en se changeant, Yvan découvre dans la poche de son manteau un petit mot : “Je suis l’homme du bus, si tu veux que l’on se voit, rendez-vous à L’Hôtel de Paris vendredi soir à 20H -- Steve”
Yvan hésite mais finit par y aller, lorsqu’il y va avec un peu de retard, il n’y a personne, ni au bar, ni dans le hall de l’hôtel.
Puis le majordome vient à sa rencontre et lui tend un mot “Rendez-vous dans la chambre 48…"
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Veröffentlichungsjahr: 2020
Avec un Inconnu
Stephen Lapointe
Et ce matin encore, ça n'a pas loupé. Il était là, dans le 97. Depuis quelques semaines, à chaque fois que je me réveillais, ma première pensée était pour lui.
L'homme du bus, dont j'ignorais tout, sauf son physique : il était grand, plutôt baraqué, avec un regard noir qui vous pétrifiait sur place.
Au début, j'avais peur de paraître trop insistant, ou de ne pas être discret quand je le matais, mais au fil des jours, je remarquais qu'il me regardait aussi. Je me souviens précisément de la première fois, car j'avais failli louper le bus.
J'avais du courir pour arriver à l'arrêt, et je suis entré en trombe à l'intérieur, en le bousculant. Après m'être vivement excusé de l'avoir dérangé, il m'a dit que ce n'était pas grave, avant de me sourire par politesse.
J'ai avancé dans le fond jusqu'à un siège libre, et je me suis perdu dans mes pensées ; mais mes yeux revenaient toujours vers lui.
Il m'a paru impressionnant dès la première fois. J'ai appris petit à petit où il descendait, mais je ne savais jamais où il montait : ce qui était sûr, c'est qu'il était déjà là avant que je ne pénètre à l'intérieur.
Il sortait du bus une station avant la mienne, et si au début je n'y prêtais pas attention, résolu de ne plus le revoir, je me suis senti pousser des ailes et je descendais en même temps que lui, ne serait-ce que pour voir où il travaillait.
Finalement, mes investigations de stalker m'ont montré qu'il bossait dans une grande banque, et une fois les portiques passés, je ne le voyais plus. Il ne me restait plus qu'à marcher jusqu'à ma boîte de publicité, l'air penaud. Le soir, dans le trajet du retour, je ne le voyais jamais : je supposais donc que nous n'avions pas les mêmes horaires.
Mais dès le lendemain matin, il était là, les yeux rivés sur son téléphone. J'essayais de me placer de façon stratégique, mais ça ne dépendait jamais de moi, juste de l'affluence dans ce bus.
Comme il en passait régulièrement dans la ville, on n'avait pas de mal à trouver une place assise, mais il arrivait qu'il faille rester debout, ce qui me donnait l'occasion de rester à côté de lui, l'air indifférent. En reniflant discrètement, j'essayais de capter son odeur, de deviner son parfum : tout était bon pour récolter le maximum d'informations sur lui. Je savais qu'il avait plusieurs paires de chaussures, qu'il aimait porter du bleu et qu'il ne quittait jamais la musique qu'il avait dans les oreilles.
J'ignorais même s'il était gay, mais ça me plaisait d'avoir cette petite routine. Certains matins, lorsqu'il n'était pas là, je me sentais un peu vide, et pour sûr que je passais une mauvaise journée. Mais un jour, tout se précipita : il était assis sur un siège, et celui qui était en face de lui était libre.
C'était l'occasion parfaite, me disais-je, pour entreprendre quelque chose, ne serait-ce que me faire remarquer, qu'il sache que j'existe un peu. Je me suis donc assis, en regardant dans le vide par la fenêtre.
Lui faisait pareil quand il ne pianotait pas sur son téléphone. Je le voyais taper du pied, certainement en rythme avec la musique, les jambes de côté, un peu dans le couloir. Alors, quand nous sommes arrivés à un arrêt où beaucoup de monde montait, il a été obligé de les rabattre dans l'espace restreint entre nous.
