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Ce livre est un condensé des meilleures chroniques « Grenades » de Safia Kessas diffusées sur La Première. Les thèmes qui y sont abordés avec un ton décalé, parfois acide mais jamais méchant touchent aux féminismes et aux diversités. De metoo au Black Live matters, Safia brosse de façon incisive et malicieuse un fait d'actualité marquant. Qu'est-ce que la masculinité toxiques ? Savez-vous que les sorcières existent vraiment ? Pourquoi le mot féminicide est-il entré dans le vocabulaire ? Qu’y a-t-il derrière les injonctions aux régimes et à la beauté qui pèsent sur les femmes ? Que sont le victim blaming, le mansplaining ou le manterrupting ? Toutes ces questions et bien d’autres sont réunies dans cet ouvrage qui, au-delà des textes savoureux, a pour ambition de proposer des pistes de réflexion. Chaque chronique est en effet agrémentée d’une analyse et d’éventuelles ressources pour aller plus loin et mieux comprendre les changements sociétaux qui nous entourent. Dans sa chronique La Grenade diffusée sur La Première, Safia Kessas aborde les thèmes liés aux féminismes et aux diversités sur un ton humoristique, parfois acide, souvent incisif, mais jamais méchant. Ces chroniques sont illustrées avec beaucoup de grâce et de moder- nité par Leyla Cabaux. La grenade de multiples vertus. Elle est bonne pour la santé et vous est conseillée sans modération.
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Seitenzahl: 157
Veröffentlichungsjahr: 2021
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Balance ta grenade
Drève Richelle, 159 – 1410 Waterloo
www.renaissancedulivre.be
Balance ta grenade
Safia Kessas
Photo couverture : Leyla Cabaux
e-ISBN : 9782875422439
Dépôt légal : D/2021/12.763/01
© Éditions de la Renaissance du Livre 2021
Tous droits réservés. Aucun élément de cette publication ne peut être reproduit, introduit dans une banque de données ni publié sous quelque forme que ce soit, soit électronique, soit mécanique ou de toute autre manière, sans l’accord écrit et préalable de l’éditeur.
Safia Kessas
Balance ta grenade
un regard féministe qui dégoupille la société
Illustrations : Leyla Cabaux
C’est le nouveau virus, semble-t-il, l’autre grand sujet de préoccupation des Belges et des femmes en particulier : les repousses blanches en plein confinement.
Il faut s’occuper de nos cheveux confinés. Tout faire pour ne pas se laisser aller. Ainsi, nous avons vu le résultat de tests expérimentaux sur nos cheveux privés de salon de coiffure. Tout y est passé : coupe mulet, tignasse en bataille, coloration douteuse… les soucis sur la tête s’accumulent. Sur les réseaux sociaux, tout le monde y est allé de son petit ratage, photo à l’appui.
Alors, on pourrait se dire qu’il y a des problèmes bien plus graves (comme l’augmentation des violences conjugales en période de confinement, le harcèlement de rue qui fait son grand retour et les faibles montants proposés pour les congés parentaux corona). Mais non.
« Il faut s’occuper de nos cheveux », nous assènent les publicités et les coiffeurs au bout du rouleau de bigoudis, cacher ce drame que seraient les repousses de cheveux blancs, surtout chez nous, les femmes.
Même Muriel Robin a crié son faux désespoir sur son compte Twitter pour parler d’un mal qui frappait plus fort que le coronavirus, le racinovirus, ce virus blanc sournois, cruel et impitoyable qui s’attaque à nos racines.
Il faut s’occuper de nos cheveux blancs.
Mais, chez les hommes, la couleur poivre et sel, même en confinement, est un must. Avec George Clooney comme égérie, la dépigmentation du cheveu mâle a encore de beaux jours devant elle, car en plus, elle fait vendre du café. Même si ça n’a rien à voir. Chez les hommes, le poivre et sel, c’est la marque suprême du sex appeal.
Sur Google, « cheveux blancs hommes » est associé au mot « charme ». Les hommes grisonnent dignement. Pour les femmes, avouons-le, les cheveux blancs sont souvent perçus comme un signe de décrépitude. D’ailleurs, j’ai appris en écrivant cette chronique que seuls 2 % des hommes se teignent les cheveux après 45 ans, contre 63 % des femmes.
Il faut s’occuper de nos cheveux blancs, car « accepter les cheveux blancs revient à renoncer à la vie », pensent certains psychologues qui auraient plus besoin d’une thérapie que d’une teinture.
J’ai un scoop pour vous, accrochez-vous bien : ça va secouer, nous allons tous vieillir et mourir. Personne n’y échappera. Et le confinement nous le rappelle tous les jours. C’est cela qui rend la vie précieuse !
Les cheveux blancs, c’est comme les rides autour des yeux, ils racontent des parcours, des joies, des drames… la vie, quoi.
Un autre scoop : même avec des cheveux blancs, on rit, on continue à aimer et, incroyable, on savoure encore les bonnes choses, comme le démontre cette petite photo qui a fait le tour du monde d’une Américaine de 82 ans, en quarantaine dans un home, qui tient une pancarte où il est inscrit « besoin de plus de vin ».
Montrer les personnes âgées autrement, ça nous ferait voir les cheveux blancs autrement.
Les personnes âgées ne sont pas des poupées en porcelaine qu’on parque entre elles dans des vitrines. On veut bien leur crier notre amour à distance, mais surtout, on ne veut pas leur ressembler.
Si ça vous fait plaisir, teignez-vous les cheveux en rose, en orange, en bleu, mais qu’on arrête de juger ou de mépriser celles qui refusent de le faire !
Enfin, pour le monde d’après qu’on attend toujours, on pourrait peut-être plus s’occuper de nos aînés que de nos cheveux blancs. Vieillir n’est pas une tare, c’est une richesse. Les personnes âgées aux cheveux blancs, ce sera nous, bientôt.
POUR ALLER PLUS LOIN
Dans son livre Sorcières : la puissance invaincue des femmes, la journaliste et essayiste Mona Chollet rappelle que la figure de la sorcière est toujours d’actualité. C’est la femme d’un certain âge de nos sociétés modernes qui refuse de se teindre les cheveux et de lutter contre les « affres » du temps. Selon Mona Chollet, « si les chasses aux sorcières ont particulièrement visé des femmes âgées, c’est parce que celles-ci manifestaient une assurance intolérable ». Pourtant, de plus en plus de femmes se libèrent de cette contrainte qu’est la teinture régulière pour camoufler le temps qui passe. C’est une autre journaliste qui a popularisé les cheveux blancs. Dans son livre Une apparition, Sophie Fontanel raconte le chemin initiatique de cette blancheur capillaire retrouvée, son renoncement à la couleur. Elle est même devenue une égérie pour ses milliers de followers sur Instagram (450 000 abonnés) en assumant sa tête.
Derrière cette chasse aux cheveux blancs se cache aussi le culte de la jeunesse et plus globalement l’« âgisme », un système discriminatoire basé sur tous les préjugés et stéréotypes relatifs à l’âge. Si vous avez envie de creuser la question, on vous conseille deux lectures : Qu’est-ce que l’âgisme ? – Reconnaître et prévenir les discriminations liées à l’âge d’Elfi Rebouleau, pour comprendre le phénomène de l’âgisme, et This Chair Rocks: A Manifesto Against Ageism de l’écrivaine et activiste Ashton Applewhite, pour faire exploser le carcan qui enferme les personnes plus âgées ! Retrouvez des interventions de cette dernière sur son site : www.thischairrocks.com.
« Stay at home », « Restez à la maison » : combien de fois n’avons-nous pas entendu ces messages ces derniers jours ? Mais pour les femmes, ces annonces sont accompagnées d’autres injonctions.
Avec l’arrivée du Covid-19 dans notre quotidien, nous pensions, nous les femmes, qu’on nous ficherait un peu la paix, mais les diktats sur le contrôle de notre corps pullulent. Ils se répandent presque aussi vite que le virus, avec des titres absurdes tels que : « Confinées, mais stylées en boots de 15 cm », « Comment ne pas prendre 3 kg, voire plus, durant la crise », « Que mangent vraiment les minces pour rester… minces ? », « 10 conseils pour ne pas grossir »…
Ces titres d’une grande originalité sont accompagnés de conseils tout aussi pertinents : jeter toutes les tentations à la poubelle, baisser le chauffage pour perdre des calories, ne boire que de l’eau… En plus d’être confinée (ce qui n’est déjà pas une mince affaire en soi), il faut être bien roulée, avoir froid et oublier l’alcool. Ça devient carrément le goulag !
Le plus absurde durant cette période très spéciale, ce sont les blagues bien lourdes qui circulent sur le corps des femmes alors qu’elles sont surreprésentées dans les métiers les plus exposés au Covid-19 (infirmières, aide-soignantes, aide-ménagères, aides familiales ou à domicile, techniciennes de surface dans les hôpitaux, caissières, institutrices…). Elles exercent des métiers essentiels qui nous permettent de continuer à vivre. Des bataillons qui assurent l’aide à nos seniors dépendants. Et ça n’empêche pas les blagues sexistes sur leur pilosité, leurs cheveux, leur poids d’exploser sur les réseaux sociaux.
Alors, tout cela a poussé une femme à créer une page sur Instagram, meuf cocotte, pour dénoncer les blagues et le côté tendance du coronavirus.
Le confinement n’a rien d’une retraite spirituelle pour perdre du poids, rester belle ou essayer de nouveaux vernis. Entre les enfants, le télétravail et les devoirs, tout le monde n’a pas eu le luxe de glander à la maison. Le risque de prendre quelques kilos n’est rien comparé à la menace pour la santé que représente le Covid-19.
En règle générale, que ce soit en temps de confinement ou pas, quand on cumule les rôles et la charge mentale, il faut surtout faire ce que l’on peut, comme on peut, sans se mettre la pression ou se sentir coupable. Et enfin, la beauté, c’est surtout un visage, celui de Suzanne, une femme de 90 ans qui est décédée du Covid. Contaminée, elle a refusé d’être placée sous respirateur pour laisser la place aux plus jeunes. « J’ai déjà eu une belle vie », aurait dit cette héroïne aux médecins.
POUR ALLER PLUS LOIN
Quand on sait que les diktats de minceur ont un effet délétère sur la santé mentale des filles et des femmes, on se fait du bien en (ré)écoutant des podcasts qui nous décomplexent en nous rappelant que nos corps sont de petites machines formidables qui n’appartiennent qu’à nous et qui nous permettent d’accomplir de très belles choses. On vous conseille, entre autres, la série de vidéos/podcast Cher corps de Léa Bordier, qui donne la parole à des femmes qui nous racontent leur rapport à leur corps : trop mince, trop gros, trop poilu, trop racisé, trop vieux, trop malade, trop handicapé, trop hors-norme, qui a trop changé ou a été agressé, un corps qu’elles ont, pourtant, fini par (ré)apprivoiser et à aimer.
Une personne sur deux dans le monde a vu sa santé mentale altérée à cause du Covid. Le Covid est une épreuve pour nous toutes et tous, mais nos aînés, comme on dit, ont été affectés de manière disproportionnée par la pandémie. Cette deuxième vague qui s’annonce, comme le vent qui se lève, les vieux et les vieilles, notre futur « nous », sont les premier·ère·s à ne pas vouloir y replonger.
J’aime bien appeler nos aînés « les vieux ». « Nos aînés », c’est un poil condescendant. C’est comme dire « les Blacks » pour les Noirs. « Les Beurs » pour les Arabes. Comme s’il y avait une petite gêne. Alors que « les vieux », c’est beau. C’est synonyme d’expérience, de sagesse, un mot qui sent bon le savon à la lavande, aussi doux que les vieux pulls d’hiver.
Appelons donc un chat un chat, « vieux » n’est pas un gros mot. On dit bien un vieux rhum pour dire qu’il est bon. Ce sont eux, les vieux, qui ont payé le prix fort de la première vague, parce que dans nos sociétés capitalistes, productivistes où l’on est vieux à 45 ans pour le monde du travail, les vieux sont exclus car la vieillesse est associée à la dégénérescence.
Beaucoup de vieilles et de vieux s’en sont sortis, évidemment. Mais les corps charriés, fourbus, usés ne supporteront peut-être pas une seconde vague. Pas forcément parce que la maladie continuera à tuer, mais à cause de la solitude qui accompagne le Covid, qui ajoute une nouvelle ghettoïsation à la ghettoïsation des vieux.
On pense et on parle souvent à la place des vieux et des vieilles, comme s’ils ne nous écoutaient pas, comme s’ils n’avaient ni la radio ni la télé, on les infantilise, on les vide de leur substance.
Le Covid s’est infiltré dans la vie des « vieux » de façon insidieuse. La vieillesse, c’est cet âge où chaque moment compte, plus qu’avant. Cet âge où l’on décompte, cet âge où l’insouciance disparaît parfois, cet âge où chaque mot, les « je t’aime », « à bientôt », « à demain », pèse plus fort parce qu’on n’est plus sûr de rien.
Vous, Yacine, du haut de vos 80 printemps, vous étiez encore autonome. Durant le confinement, vous faisiez une balade l’après-midi avec votre boule de poils (je ne parle pas de l’aide-soignant, mais de votre chien, évidemment), après votre café noir sans sucre. Mais le tic-tac de l’horloge, le bruit de fond de la télé durant ces derniers mois vont ont fait glisser très vite, trop vite, dans les bras d’Alzheimer. Saloperie de Covid, saloperie d’isolement. Aujourd’hui, installé dans un home, votre esprit vous joue des tours. Parfois, vous êtes perdu, les mots vous échappent. Mais dans cette bataille que vous livrez tous les jours, vous n’oubliez jamais l’heure des visites. Et la perspective, avec la seconde vague, d’un nouveau rationnement affectif de 15 minutes une fois par semaine, sans pouvoir serrer vos petits-enfants dans vos bras, vous semble insupportable.
Et il y a vous aussi, Suzanne, avec vos cheveux nuage. Vous portez vos 78 ans avec élégance, toujours avec une pointe de rouge à lèvres. Vous qui vous êtes occupée de vos enfants, petits-enfants, qui avez pris soin des autres toute votre vie, vous avez décidé de vivre enfin pour vous. Malgré l’angoisse et l’anxiété qui vous habitent, malgré la peur d’être contaminée, armée de votre masque et de votre gel hydroalcoolique, vous continuez à faire des virées, avec d’autres vieux qui comme vous aiment sillonner en car les quatre coins de la Belgique. Ces petites bouffées d’oxygène bien modestes, malgré le risque, vous font sentir encore vivante, elles vous procurent le petit kick qui vous fera recommencer demain. L’idée de vous retrouver coupée du monde à nouveau vous est également insupportable.
Alors pour Suzanne, Yacine et tous les autres, tous les vieux qui ont besoin de vivre maintenant, qui ont le droit de vivre maintenant car la vie s’écoule tel le sable qui file entre les doigts, il faut tout faire pour éviter un nouveau confinement, parce que ce n’est pas le Covid qui aura leur peau, mais l’isolement ou la solitude.
Le goût et la valeur de la vie ne se mesurent pas à l’âge qu’on a.
POUR ALLER PLUS LOIN
Si les avancées de la science sont parvenues à allonger l’espérance de vie humaine et à améliorer l’état de santé des personnes âgées, nos sociétés peinent encore, par contre, à leur garantir une réelle qualité de vie et en particulier sur le plan social et relationnel. Philippe Pitaud, un sociologue de la santé et spécialiste en gériatrie, analyse, dans son livre Solitude et isolement des personnes âgées. L’environnement solidaire, la perte du lien social inhérente aux sociétés individualistes et capitalistes. Il nous parle de la solitude, de la dépendance mais également des relations familiales ou encore des solidarités de voisinage au féminin et, enfin, du rôle que peuvent jouer les réseaux sociaux face à l’isolement de « nos vieux ».
Depuis quelque temps, le monde change. On se pose de nouvelles questions, face à de nouvelles réalités qui ont des conséquences sur notre santé, sur notre quotidien : hydroxychloroquine ou pas, masque ou pas, école ou pas, ouverture des bars ou pas… Et puis il y a cette question « fondamentale » que je suis sûre que tout le monde se pose depuis deux mois tous les jours : faut-il dire « le » ou « la » Covid-19 ?
Alors qu’en réalité, tout le monde s’en fiche, et que nous nous sommes habitués naturellement à dire le Covid ou le coronavirus, l’Académie française – dont on attend toujours le nouveau dico annoncé depuis 1980 – a tranché. Les immortels, comme on les surnomme, se sont enfin réveillés pour opter pour la féminisation du mot. Il faut donc dire LA Covid, car on doit se référer à la maladie. Il est donc logique de l’employer au féminin.
Rappelons que l’Académie française, ce sont aussi des punchlines d’anthologie qui nous mettent d’équerre. Souvenons-nous de cette phrase de l’historien et journaliste français Pierre Gaxotte à propos de l’élection de la première académicienne Marguerite Yourcenar : « Si on élisait une femme, on finirait par élire un nègre… » Après, bon, Senghor a été élu. Autre pensée totalement rock‘n’roll venant du Sid Vicious de l’écriture : Erik Orsenna. Il avait déclaré en son temps qu’« écrivaine » n’était pas un joli terme parce qu’on entendait « vaine ». Comme si dans « écrivain », on n’entendait pas « vain », et by the way, les académiciens n’aiment pas « doctoresse » parce que ça rime avec « fesse ».
Et donc dans cet esprit punk, l’Académie française donne le la au mot « Covid ». Déjà que la charge mentale autour de la Covid nous pompe l’air tous les jours : se laver les mains toute la journée, tousser dans sa manche, ne pas se toucher le masque, le visage, les lunettes, les yeux, calculer la bonne distance… Le burn-out nous guette.
Bernard Pivot n’a pas trahi cet esprit rebelle. L’ancien président de l’Académie Goncourt a décrypté cette dénomination féminine du Covid en allant à contre-courant de l’Académie, précisant qu’« on ne va pas lui mettre le féminin, car dans le féminin, il y a une sorte de douceur, de tendresse ! » Selon lui, le Covid est un impitoyable « tueur de vieux », donc il est forcément masculin. Heureusement que Pivot n’a pas donné une couleur de peau, une religion ou une orientation sexuelle à ce virus… Nous serions mal barrés.
Le machisme bienveillant, en tout cas, n’a pas pris de distanciation sociale. Il colle bien à la peau du patriarche. Pivot nous dit que le féminin est doux et tendre, alors que le masculin est brutal et sec. C’est vrai qu’une tuerie, une excision, une agression, une extermination inspirent la douceur et la tendresse… Je propose gentiment à Bernard Pivot, pour qui j’ai beaucoup de tendresse, de peut-être penser à sa retraite sur ces sujets-là, et de s’occuper de « sa » jardin, manger « de la » gâteau et boire « de la » bon vin.
POUR ALLER PLUS LOIN
Notons que les immortels de l’Académie française ont décidé en 2019 de se prononcer en faveur de la féminisation des noms de métiers, de fonctions, de titres et de grades. Cela peut sembler évident, mais il s’agit de rien de moins qu’une révolution. C’est la toute première fois que l’institution, créée en 1634, va aussi loin dans la reconnaissance du féminin des mots. Pour retrouver un tel usage de la langue française, il faut remonter au Moyen Âge. Pour autant, ses préconisations sont assez claires. Dans le domaine des métiers et des professions, d’abord, « il n’existe aucun obstacle de principe à la féminisation des noms ». La plupart des métiers manuels le sont déjà et depuis longtemps. Le rapport constate à ce propos que « la langue française a tendance à féminiser faiblement ou pas les noms de métiers (et de fonctions) placés au sommet de l’échelle sociale ». Le langage n’est pas neutre, il reflète les structures et les rapports de force de la société dans laquelle il s’inscrit. En Belgique, la Communauté française a adopté, le 21 juin 1993, un décret visant à féminiser les noms de métiers, fonctions, grades et titres.
Si ces « immortels » (rien que cela) tentent depuis toujours de faire du français un bastion masculin, de simples mortelles bien plus exceptionnelles proposent de faire de la langue française un outil d’émancipation : Maria Candéa et Laélia Véron, respectivement docteure en linguistique et docteure en langue et littérature françaises, nous offrent Le français est nous ! Petit manuel d’émancipation linguistique, un bouquin qui décortique les liens entre cette langue, la politique et la société tout en mettant l’accent sur sa capacité à se réinventer !
