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Dix-neuf récits de voyages, dix-neuf portes ouvertes sur l’inattendu. De l’Amérique latine à l’Afrique, en passant par l’Asie, Baroudeuse entraîne le lecteur dans des aventures insolites, peuplées de rencontres inoubliables, d’instants d’émotion, d’éclats d’humour et parfois d’angoisse. Chaque page dévoile un monde surprenant, des contrées improbables et des mystères insoupçonnés. Un carnet de route vibrant qui se lit comme une invitation à l’évasion.
À PROPOS DE L'AUTRICE
Aventurière des mots et des routes, Josiane Bellaud transforme un demi-siècle de voyages en récits vivants, où chaque rencontre et chaque horizon deviennent une invitation à s’émerveiller.
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Seitenzahl: 240
Veröffentlichungsjahr: 2025
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Josiane Bellaud
Baroudeuse
© Lys Bleu Éditions – Josiane Bellaud
ISBN : 979-10-422-8763-4
Le code de la propriété intellectuelle n’autorisant aux termes des paragraphes 2 et 3 de l’article L.122-5, d’une part, que les copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective et, d’autre part, sous réserve du nom de l’auteur et de la source, que les analyses et les courtes citations justifiées par le caractère critique, polémique, pédagogique, scientifique ou d’information, toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite (article L.122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
Le voyage… Un mot qui fait rêver et que chacun définit selon ses propres critères.
La vie, elle-même, est un voyage dans le temps, on la traverse, condamné à avancer même si parfois, on voudrait s’arrêter pour profiter davantage d’un moment heureux. C’est un voyage que nous sommes pressés d’entreprendre et qu’au final, nous aimerions pouvoir ralentir, mais sur lequel, hélas, nous n’avons aucun contrôle.
D’autres voyages sont des aventures intérieures, la recherche de soi à travers l’introspection ou la méditation.
Le cinéma, la lecture sont aussi des voyages qui nous transportent le temps d’un film, le temps d’un livre.
Certains initient des voyages bien plus dangereux à travers d’artificiels paradis comme les drogues. Ces voyages-là sont souvent sans retour.
Mais ma définition à moi du voyage, c’est bouger, découvrir d’autres univers, des paysages grandioses, rencontrer des gens différents, confronter sans cesse ma propre existence à une infinité de possibles.
Le voyage, c’est l’action, le mouvement et c’est ma drogue.
Parmi les quelques cent cinquante pays que j’ai traversés ou visités, certains m’ont plus marquée que d’autres et comme il faut faire un tri, je laisse ma mémoire vagabonder.
Comment pourrais-je raconter toutes ces ambiances exotiques, ces paysages magiques ou ces merveilles construites par la main de l’homme pendant des siècles ?
Qu’y a-t-il de plus beau que l’arrivée à flanc de montagne, sur la route de l’Inca quand se découvre soudain à nos pieds la cité mystérieuse du Machu Picchu ou bien la vision de la baie d’Halong en sampan glissant sur les eaux paisibles du golfe du Tonkin ?
Qu’y a-t-il de plus émouvant dans la nuit polaire que l’apparition d’une aurore boréale peignant le ciel de vert et de rouge à l’infini ou bien un lever de soleil sur le Grand Canyon, quand les reflets rouge-orangé de l’astre divin traversent les roches calcaires sculptées par le temps et l’érosion ?
Et toutes ces merveilles créées avec amour par la main de l’homme telles le Taj Mahal, la mosquée bleue d’Istanbul ou la Sagrada Familia de Gaudi à Barcelone.
Que dire encore d’un survol en ULM des chutes Victoria au Zambèze ou d’une virée en montgolfière au-dessus des temples de Bagan en Birmanie au lever du jour ?
Comment ne pas évoquer la traversée de la taïga enneigée dans le mythique Transsibérien ou bien le bateau d’expédition qui traverse les cinquantièmes rugissants en direction de l’Antarctique ?
Oui, le monde est beau et de nombreux documentaires, photos et descriptions peuvent en témoigner mieux que je ne pourrais le faire moi-même à travers de simples mots.
Alors quel intérêt à écrire des carnets de voyage aujourd’hui ?
Cependant, il reste un domaine à peu près inexploité, c’est celui de voyages insolites ou imprévus, des aventures inattendues, voire dangereuses, en bref ce qui sort de l’ordinaire, du rêve planifié…
À cette idée, mes souvenirs se bousculent. Certains me font encore froid dans le dos tandis que d’autres me font sourire. Il y a des voyages qui soulèvent une émotion particulière à cause de rencontres exceptionnelles. Il y a ceux qui auraient pu mal finir, puis il y a ceux, rares heureusement, qui ont tourné à la catastrophe.
Il y a aussi les destinations improbables, celles qui font peur ou celles qui sont tabous.
Ce sont ces voyages-là qui font dire à mes amis que je suis une baroudeuse et ce sont ceux que j’ai choisis de raconter.
Je rencontrai JR au début des années 80. Il rentrait d’Algérie où il avait passé, disait-il, de fabuleuses vacances. Les gens étaient accueillants et les paysages superbes.
Le récit qu’il me fit me donna envie de découvrir ce pays en même temps si près et si éloigné de nous à cause de notre histoire commune.
Je pensai immédiatement à Albert Camus et à ses « Noces ». Cet auteur avait bercé mon adolescence et je m’imaginai parcourant les ruines de Tipasa, communiant moi aussi avec la nature.
Un an plus tard, à Orly, je rencontrai des collègues d’Alger en rade sur l’aéroport et les invitai à la maison, leur évitant la galère de passer la nuit sur place.
Immédiatement, je sympathisai avec une d’entre eux, Nadia, qui travaillait à l’aéroport d’Alger. JR leur raconta ses vacances là-bas et Nadia nous parla de la baie d’Alger, une des plus belles du monde, puis de la médina et de son histoire.
Comme je lui faisais part de mes regrets de ne pas connaître son beau pays, elle nous invita à passer quelques jours chez elle dans la capitale.
L’idée fit son chemin et je proposai à JR d’y aller et de tenter ensuite la traversée du Sahara, pour compléter sa connaissance du pays.
C’étaient les années Chadli Bendjedid et l’Algérie se réveillait après une guerre épouvantable et des années autocratiques sous la présidence de Boumediene. C’était le moment de découvrir ce beau pays.
Munis d’une carte et d’un guide de voyage, nous discutâmes de nos différentes étapes.
Je voulais voir Alger et Tipasa. Puis partir vers Ghardaïa, El Goléa et pourquoi pas jusqu’à Tamanrasset dans le Hoggar.
Une fois acté cet itinéraire, nous ne nous posâmes pas trop de questions sur les moyens d’y parvenir, nous verrions bien sur place.
La première étape fut facile, car Nadia nous attendait à la sortie de l’avion pour nous ramener chez elle. Elle habitait le centre-ville, dans un appartement très agréable, en compagnie de son mari, atteint d’une sclérose en plaques et qui vivait en chaise roulante. Sa sœur avait emménagé chez elle et l’aidait pour les soins infirmiers. Elle veillait aussi au bon fonctionnement de la maison quand Nadia travaillait.
Nous nous régalâmes le soir même d’une chorba – soupe algérienne – et de brochettes d’agneau servies avec du couscous. Le voyage commençait bien.
Alger la Blanche ressemblait à l’image de mes fantasmes. La baie était magnifique surtout vue de haut et la médina, un labyrinthe de petites rues presque toutes semblables, ouvrait ses portes à la découverte de ses secrets les plus intimes.
Nadia nous prêta sa voiture et je pus enfin découvrir le parc archéologique de Tipasa si cher à Camus. Le site se déployait le long d’une grande baie bordée à l’ouest par les contreforts du mont Chenoua. Sa première occupation daterait du Vesiècle avant J.-C. par les Phéniciens.
Nous déambulâmes, une partie de la journée, profitant du magnifique paysage sous un beau soleil printanier.
Après une pause baignade sur la plage de Boumaaza, ravis et épuisés, nous regagnâmes Alger.
Il était temps de commencer notre périple !
Avant notre départ, Nadia nous donna le nom d’un de ses amis qui vivait à El Goléa, le docteur Jo. Elle nous chargea de lui remettre un petit paquet et promit de l’informer de notre arrivée.
Des bus circulaient entre Alger et Ghardaïa et ce voyage d’environ sept cents kilomètres prendrait onze heures. Ce n’était pas idéal et probablement très fatigant, mais nous étions très motivés.
Le départ eut lieu aux aurores dans un vieux bus surchargé. Des dizaines de bagages étaient attachés sur le toit, certains débordant largement sur les côtés. Nous fîmes des paris pour savoir combien de sacs nous allions perdre en route.
Ce fut très intéressant de traverser le fameux barrage vert qui s’étendait sur trois millions d’hectares. L’Algérie avait mis ce projet en route au début des années 1970 pour empêcher le désert d’avancer davantage. Il traversait le pays sur mille cinq cents kilomètres et sur une largeur moyenne de vingt kilomètres. C’était une initiative unique au monde.
Au fur et à mesure de notre avancée, le paysage devenait aride et pierreux. Je fus déçue, car j’avais imaginé un désert de sable dont les dunes se mouvaient au moindre souffle de vent. De temps en temps, sur les pistes que nous empruntions, nous dépassions ou croisions des gens, nous interrogeant sur leur destination, car il n’y avait strictement rien autour !
D’où venaient-ils ? Où allaient-ils ? Mystère…
L’arrivée à Ghardaïa se fit pratiquement au coucher du soleil et la foule compacte qui envahissait les rues nous surprit beaucoup. Le bus n’arrivait plus à avancer. Voyant ma surprise, un de nos voisins nous indiqua que ce week-end était dédié à la fête du tapis et que toutes les willayas voisines avaient déversé un flot de commerçants et de badauds venus là pour le commerce, mais aussi pour la fête.
La nuit était tombée et il nous fallait trouver un hébergement. Je rêvais de passer quelques nuits au K’Zam, magnifique hôtel dessiné par l’architecte Fernand Pouillon, mais arrivés là, le concierge doucha notre enthousiasme, tout était complet. Il semblait impossible à cette période de trouver un hôtel disponible. Nous étions épuisés et nous demandions comment gérer ce contretemps.
Un jeune homme qui avait entendu notre échange à la réception, vint vers nous et se présenta. Il était instituteur en ville et nous proposa de nous ouvrir l’école et de mettre à notre disposition des tapis de sport pour dormir. Ce ne serait pas confortable, mais nous y serions en sécurité et à l’abri du froid qui régnait la nuit dans le désert.
Nous acceptâmes avec reconnaissance et le remerciâmes, émus par sa gentillesse.
Le lendemain, il vint nous chercher et nous accompagna pour nous montrer la ville.
Les vieilles maisons en argile ocre avec leurs toits plats et leurs façades en couleur scintillaient sous le soleil. Au sommet de la ville, les ruines du Vieux Ksar, village fortifié, dominaient le paysage.
La ville basse était construite également sur une colline et les maisons se pressaient en cercle autour de la Grande Mosquée. Elle s’affirmait comme le phare spirituel de la ville en appelant les fidèles à la prière cinq fois par jour.
Impossible de visiter Ghardaïa sans passer par le souk. Autrefois fréquenté par les caravaniers, le souk de Ghardaïa demeure encore aujourd’hui très attractif. Sur une belle place entourée d’arcades, le marché battait son plein. Une série d’échoppes avait ouvert leurs portes tout autour de la place. Il y avait là des centaines de tapis bien sûr, mais aussi des poteries et des bijoux touaregs en argent. JR, lui, flânait en contemplant les poignards, désireux d’en ajouter un à sa collection.
La fête s’achevait le soir même et nous pûmes enfin trouver un hôtel pour les deux nuits qui suivirent.
Notre nouvel ami connaissait un voisin qui allait à El Goléa. Il le contacta pour voir s’il pouvait nous y emmener.
L’homme voyageait seul et fut ravi d’avoir de la compagnie.
Un projet de construction de route transsaharienne était en cours, mais sur cette portion du trajet, il y avait surtout des pistes.
Nous nous rendîmes au rendez-vous et attendîmes presque une heure afin de mettre en place une caravane de cinq voitures qui se suivraient par sécurité, car il s’avérait facile de se perdre dans le désert, les paysages étaient tous semblables et quand le vent projetait du sable sur la piste, plus rien ne la distinguait. Des histoires terribles de gens perdus et retrouvés morts circulaient à ce sujet. Mythe ou réalité, je préférai ne pas en faire l’expérience.
Le voyage, en plein soleil, sans climatisation et toutes vitres ouvertes, fut très pénible et prit plus de temps que prévu. Notre chauffeur nous laissa à l’entrée de la ville et nous eûmes beaucoup de mal à nous repérer. L’aide nous vint d’un éboueur, au volant de son camion de ramassage d’ordures qui savait où habitait le docteur Jo. Il proposa de nous y déposer et c’est donc dans un camion poubelle que nous arrivâmes sous l’œil stupéfait d’une femme au teint pâle qui nous vit arriver à travers sa fenêtre et ouvrit sa porte.
Simone semblait être une femme avenante et pleine d’humour. Elle nous raconta son quotidien dans cette ville où les femmes étaient tellement voilées qu’elles ne montraient qu’un seul œil.
Nous n’avions pas vu le temps passer quand Jo se présenta enfin vers quatorze heures, s’excusant de n’avoir pu se libérer plus tôt. Le couple nous invita à déjeuner et quelques heures plus tard, nous étions les meilleurs amis du monde, riant des anecdotes savoureuses qu’ils nous racontaient.
Quand nous voulûmes prendre congé, Jo affirma :
Nous nous installâmes donc chez ce couple sympathique qui allait devenir nos amis pour les vingt prochaines années. Jo était petit et râblé, noir comme l’ébène et à ses côtés, Simone mesurait un mètre soixante-quinze et possédait un teint d’albâtre. Ils avaient quatre filles ravissantes que Jo désignait comme « Les quatre filles du Docteur Jo » en référence à l’auteur Louisa May Alcott et au docteur March. Une joyeuse ambiance régnait dans la maison.
El Goléa, ville fortifiée, avait toujours été une oasis fertile et un sanctuaire pour les Berbères. On y trouvait de superbes plantations de dattiers. Ce centre agricole et culturel s’avérait très animé.
Le vendredi, la mère de Jo nous invita pour un couscous avec toute la famille.
Le jardin resplendissait et les fleurs d’oranger embaumaient. À l’ombre des dattiers, assis par terre autour d’un couscous géant que tous mangeaient avec les doigts, nous nous sentions comme en famille. Ils étaient très hospitaliers. Ce fut ce jour-là que nous rencontrâmes Madou, le cousin de Jo, qui allait devenir un ami proche et serait même le témoin de mon mariage avec JR.
Mais le jour du départ arriva et tristes de quitter nos amis, nous prîmes rendez-vous à Paris dans quelques mois.
Nous repartions avec une invitation à séjourner à Tamanrasset chez un ami de Jo, Nourredine, un homme d’affaires important dans la région.
Nous avions trouvé une voiture qui partait pour In Salah, la ville de la tomate, mais aussi le point le plus chaud du Sahara, où les températures pouvaient atteindre 50°.
Le principe de la caravane à nouveau de mise, nous attendîmes que quatre autres voitures se présentent avant de partir. Le voyage fut rapide et de là, nous décidâmes de faire du stop.
Il y aurait bien une autre caravane qui passerait dans la journée. Nous attendîmes sous un soleil de plomb et après quelques heures une voiture s’arrêta. Il y avait deux hommes à bord, ils n’allaient pas jusqu’à Tamanrasset, mais nous proposèrent de nous déposer deux cent cinquante kilomètres plus loin. Ils allaient rejoindre une famille berbère qui vivait dans un campement au bord d’une petite oasis. Ils étaient bergers nomades et élevaient des chèvres et des moutons.
Nous acceptâmes avec plaisir ce qui pouvait nous avancer un peu et surtout nous éloigner de la chaleur infernale d’In Salah.
Arrivés là-bas dans la soirée, nous étions piégés sur place, car personne ne conduisait de nuit sur les pistes du Sahara.
La famille comptait au moins quinze membres et ils nous offrirent l’hospitalité avec un bon repas et deux places sous une tente. La viande cuisait dans le sable, sur les braises, entourée de papier sulfurisé. Elle fondait dans la bouche. Au moment d’aller dormir, les moutons et les chèvres se dirigèrent vers notre tente et s’y agglutinèrent. En fait, dans le froid nocturne du Sahara, ils nous serviraient de chauffage.
J’avoue ne pas avoir beaucoup dormi, mais l’expérience semblait unique et complètement en dehors du temps.
Le lendemain, en nous levant, nous sentions très fort le bouc et bien sûr, il n’y avait pas d’eau pour nous débarrasser de ces miasmes. Il nous restait trente kilomètres à parcourir pour arriver à « Tam ».
Nous levant très tôt, après avoir bu quelque chose de très sucré qui ressemblait à du thé, nous regagnâmes la piste et commençâmes à marcher en attendant une éventuelle caravane. Une heure plus tard, le soleil chauffait et rendait notre marche plus pénible avec les sacs à dos qui pesaient sur nos épaules.
Soudain, une voiture arriva en face de nous. Malheureusement, elle allait en sens inverse.
Le chauffeur cependant s’arrêta pour demander où nous allions. Il fit immédiatement demi-tour et proposa de nous conduire à l’entrée de Tamanrasset, solidarité du désert invoqua-t-il.
Nous étions surpris de cette gentillesse, les Algériens se révélaient des gens vraiment étonnants, ils accueillaient les visiteurs comme s’ils faisaient partie de leur famille.
Nous acceptâmes et une fois à Tamanrasset, la question se posa d’arriver sales et puants chez l’ami de Jo. Je suggérais à JR de passer une nuit à l’hôtel afin de prendre une bonne douche et de nous reposer avant de rejoindre notre hôte.
Là aussi, il y avait un hôtel réalisé par Fernand Pouillon, le Tahat et je suggérais à mon compagnon de prendre un taxi pour y aller.
C’était une merveille architecturale aux formes géométriques complexes et de couleur rouge sang. À l’intérieur, de petites ruelles menaient à des patios surmontés de tours et entourés de petits pavillons, les chambres.
Nous prîmes possession de notre chambre et je me précipitai sous la douche. Mais, mauvaise surprise, tournant le robinet, je n’obtins qu’un bruit étrange de tuyauterie. J’appelai la réception qui m’informa qu’en effet, depuis plusieurs jours, pour cause de sécheresse extrême, il n’y avait plus d’eau !
Une femme de chambre nous apporterait un bidon dans un instant. Nous devrions nous en contenter.
Ce ne fut pas la douche libératrice que nous espérions, mais un peu d’eau et du savon firent des miracles. Débarrassés des odeurs, nous pourrions dès le lendemain rejoindre le domicile de Nourredine qui nous attendait.
Nous nous présentâmes chez lui dès le matin et il nous accueillit avec le sourire. Il parla beaucoup de son ami Jo et nous installa dans un grand salon oriental tout entouré de banquettes confortables qui nous serviraient de lits.
Il nous expliqua que la ville de Tamanrasset en elle-même avait peu d’intérêt, qu’elle était surtout la porte ouverte sur le Hoggar et en particulier sur le haut plateau de l’Assekrem. Il nous proposa de nous mettre en contact avec un touareg qui organisait des circuits de trois jours à dos de chameau à travers le Hoggar.
Deux jours plus tard, ravis, suivant l’homme vêtu de la djellaba bleue du peuple touareg qui nous servait de guide, nous tentions de nous accrocher sur le dos de chameaux qui semblaient pourtant paisibles, mais qui en avançant, nous donnaient l’impression d’être sur un bateau maltraité par le roulis des vagues.
Il y avait une caravane juste pour nous deux. Nos montures portaient sur leur dos, les tentes et les sacs de couchage pour les bivouacs, les glacières avec eau et nourriture et aussi nos bagages.
Nous avancions dans le désert caillouteux au milieu de rochers granitiques ou basaltiques et au loin s’élevaient les sommets de l’Assekrem.
Nos guides s’arrêtaient près des points d’eau pour préparer les repas. Ils creusaient le sol pour y enfouir la viande et les galettes, protégées par du papier journal, les recouvrant ensuite de sable et de braises. Le thé accompagnait quotidiennement les repas.
Le ciel ressemblait à une substance laiteuse qui nous protégeait des rayons du soleil et il faisait beaucoup moins chaud qu’à In Salah. Les nuits étaient glaciales et nous avions du mal à nous réchauffer même dans les sacs de couchage. Pour avoir un peu d’eau pour la toilette, notre guide mettait des torchons dehors la nuit et au matin la différence de température répandait de la rosée sur les tissus tendus. Ainsi, nous avions un semblant de gant de toilette !
Les paysages devenaient de plus en plus sauvages et abrupts avec des défilés féériques et cauchemardesques à la fois. Nous commençâmes l’ascension vers l’Ermitage du Père de Foucauld.
Charles de Foucauld, tour à tour soldat, explorateur et religieux chez les trappistes, avait vécu en ermite pendant dix ans sur les hauts plateaux du Hoggar avant d’être assassiné en 1916.
De là-haut, nous avions une vue magnifique sur les sommets du volcan de l’Atakor.
La descente fut encore plus difficile que la montée, probablement à cause de nos postérieurs endoloris. Pourtant, nous ne nous plaignions pas et profitions à fond de cette expérience inédite.
Le retour vers Tamanrasset fut silencieux et nous étions déjà nostalgiques des paysages grandioses qui nous avaient bercés pendant ces trois jours.
Nous rentrâmes à Paris via Alger en nous promettant de revenir et d’aller jusqu’à Djanet. Mais la situation en Algérie se compliqua quelques années plus tard et notre rêve ne se réalisa pas.
Lors d’un voyage que j’avais offert à ma mère pour l’anniversaire de ses cinquante-deux ans quelques années plus tôt, nous avions visité le Mexique, destination dont elle rêvait, elle qui n’avait jamais quitté l’Hexagone.
Ma mère et moi possédions des personnalités très différentes et n’avions jamais été très proches. Ce voyage nous avait rapprochées et je décidai de renouveler l’expérience et peut-être d’en apprendre plus sur la femme qu’elle était.
Quand je lui proposai de repartir, elle acquiesça avec plaisir et à ma question sur ses destinations de rêve, elle évoqua la possibilité de découvrir les Philippines.
Travaillant pour une compagnie aérienne, j’avais accès à des billets à prix réduit, mais je devrais payer le second billet, ce qui représentait un coût important pour moi.
En 1982, je cherchais donc une opportunité pour un voyage aux Philippines.
Elle se présenta grâce à Djamal, un ami pilote de Pakistan Airlines que j’avais rencontré sur l’aéroport d’Orly. Il volait régulièrement sur la ligne Karachi-Orly, probablement à cause de sa maîtrise parfaite de notre langue. Je le connaissais depuis plus d’un an et nous avions sympathisé. Je l’avais invité à dîner chez moi afin de le présenter à mon compagnon.
Il était venu accompagné de son amie pakistanaise, Inaya, qui travaillait avec lui comme hôtesse de l’air. Elle ressemblait à une poupée, les traits fins, un teint d’albâtre et des cheveux bruns qui tombaient jusqu’à sa taille. Une vraie beauté ! Elle parlait très bien français également, mais semblait plus timide. Tous les deux formaient un beau couple. Quand je leur en fis la remarque, Jamal m’expliqua que malheureusement, ils ne pourraient jamais vivre en couple, car tout les séparait.
Lui était chiite originaire de Karachi et elle était sunnite, sa famille venant d’Islamabad. Je ne voyais pas le problème, mais il semblait y en avoir un.
La conversation continua sur les traditions musulmanes au Pakistan et Inaya, mise en confiance, nous raconta sa vie.
Elle était la seule enfant d’une famille fortunée.
Sa mère la gâtait beaucoup et ses résultats brillants à l’école lui permettraient, l’espérait-elle, d’aller à l’université en Europe.
Mais son père voyait sa santé se dégrader et comme il n’avait pas eu d’héritier mâle, il décida de la marier à seize ans, espérant avoir des petits-fils pour la transmission de la fortune familiale. Malgré ses larmes et les supplications de sa mère qui n’avait pas vraiment eu voix au chapitre, la décision fut entérinée.
Cette période de sa vie avait été un cauchemar et elle ne pouvait trouver aucun soutien autour d’elle, son époux, de quinze ans plus âgé, l’ayant complètement isolée de sa famille et de ses amis.
Après deux ans, n’ayant toujours pas réussi à tomber enceinte, son mari commença à la battre par représailles. Après les viols, elle dut subir les coups !
Quand son père mourut, terrassé par une crise cardiaque, Inaya avait dix-huit ans.
À la suite de ce décès, ce fut son mari qui hérita de tout pour le grand malheur de la famille.
Il récupéra la luxueuse maison familiale et mit sa mère à la rue sans aucun scrupule. Cette dernière alla se réfugier chez l’un de ses frères, qui vivait avec sa famille à Peshawar.
Puis l’époux brutal, ayant encaissé le jackpot, s’empressa de répudier Inaya sous le prétexte de sa stérilité. La loi islamique autorisait la répudiation quand une femme après plusieurs années n’avait pas réussi à donner naissance à un enfant.
Inaya n’avait nulle part où aller. Sa mère, qu’elle sollicita, chercha une solution et se mit en contact avec une de ses sœurs qui vivait à Londres. Cette dernière envoya un billet d’avion et la jeune femme put partir en Angleterre où elle fut accueillie comme une bénédiction, sa tante n’ayant pas eu d’enfant.
Sa vie s’améliora et rapidement elle obtint un visa pour étudier. Elle avait choisi un cursus de langues étrangères dont le français.
Elle ne souhaitait pas rentrer au Pakistan, car il n’y avait aucun avenir pour elle là-bas. Elle serait stigmatisée pour toujours. Elle demanda la nationalité britannique, mais fut prévenue qu’il serait très compliqué de l’obtenir.
C’est alors que son meilleur ami à l’université intervint en proposant une solution.
Le père de ce garçon était un chef d’industrie connu et il souhaitait que son fils lui succède dans les affaires. Sa famille exerçait beaucoup de pression pour le marier, mais il refusait de se soumettre, car ses préférences allaient plutôt vers les hommes. L’homosexualité restait inavouable dans une famille comme la sienne.
Il proposa à Inaya un mariage de façade qui lui donnerait à elle la nationalité qu’elle désirait tant et à lui sa liberté. Cela semblait équitable !
C’est ainsi qu’ils se marièrent en restant les meilleurs amis du monde.
Inaya postula pour un poste d’hôtesse de l’air sur les lignes pakistanaises tout en restant basée à Londres. Elle l’obtint et c’est ainsi qu’à bord d’un B747 elle fit la connaissance de Djamal qui ce jour-là était aux commandes de l’avion.
Ils tombèrent immédiatement très amoureux l’un de l’autre, mais durent se cacher de tous. Ils savaient que leur relation était impossible, mais s’accrochaient à tous les moments qu’ils pouvaient dérober à leurs vies si bien programmées.
Cette histoire me semblait très émouvante et je fus encore plus admirative de la résilience dont cette jeune femme faisait preuve.
Djamal n’avait rien raconté de sa vie, mais je soupçonnais que lui aussi, vu son âge, devait être marié selon la tradition et qu’il avait probablement des enfants.
Au détour de la conversation, Djamal me proposa de passer des vacances au Pakistan, mais je lui avouai que ça ne me paraissait pas une destination tentante surtout après l’histoire que je venais d’entendre !
Je lui confiai que je cherchais des billets à un prix intéressant pour Manille.
Djamal me proposa de voler un dimanche avec eux quand ils repartiraient d’une escale à Paris, ainsi nous pourrions, ma mère et moi, repartir le lundi matin en correspondance sur Manille. Il promit même, ayant un ami à l’ambassade à Paris, de nous obtenir les visas de transit.
La proposition semblait très alléchante.
C’est ainsi que commença notre aventure.
Quand j’annonçais à ma mère que nous allions partir à Manille, elle était enthousiaste et impatiente.
Quelques mois plus tard, nous étions dans un vol vers Karachi, entourées par Inaya et ses collègues qui prirent grand soin de nous.
Les hôtesses étaient charmantes et toutes très jolies dans leurs uniformes occidentaux. Quelle ne fut pas notre surprise un peu avant notre arrivée de les voir habillées de vêtements sombres avec un voile sur la tête !
C’était la règle, expliqua Inaya. Elles devaient se présenter ainsi à l’arrivée. D’ailleurs, elles n’étaient pas les seules concernées, car toute la physionomie de l’avion changea en un instant comme si le personnel de bord avait donné le tempo. Toutes les femmes portaient maintenant des tenues strictes et des voiles.
Nous étions un peu choquées de cette hypocrisie ambiante, restant les seules touches de couleurs dans cet avion.
À
