Binche 14-18 - Frédéric Ansion - E-Book

Binche 14-18 E-Book

Frédéric Ansion

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Beschreibung

Le 15 novembre 1916, Binche est sous la glace. Un silence de mort pèse sur la ville. 615 civils Binchois vont être déportés en Allemagne... Binche 14-18 relate des témoignages inédits sur cette terrible journée. Au-delà de ce douloureux centenaire, l’auteur fait revivre la vie des Binchois durant la Grande Guerre. Rien n’est oublié dans cet ouvrage complet et indispensable à tout amateur de cette période de l’histoire : l’analyse de correspondances familiales inédites, le déroulement de la bataille de Péronnes-Lez-Binche, le premier coup de canon donné par les Anglais à quelques encablures de la Grand’Place, l’arrivée de l’occupant en août 1914 jusqu’à l’Armistice... l’ensemble est illustré de documents colorisés qui donnent à cette période une nouvelle dimension. Né à Binche, de famille binchoise, Frédéric Ansion est agent immobilier, courtier en banque et assurances. Depuis toujours, il est passionné d’histoire locale et principalement du carnaval de Binche. Il a apporté sa collaboration à de nombreux ouvrages écrits sur le sujet ainsi qu’à plusieurs documentaires. Enfin, depuis de nombreuses années, Frédéric Ansion est gille au sein de la Société Royale Les Récalcitrants dont il est actuellement le secrétaire. Il est également l’auteur de deux ouvrages parus aux Éditions Luc Pire, "Carnaval de Binche. Mémoire en images et Binche au fil de l’histoire".

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Seitenzahl: 254

Veröffentlichungsjahr: 2016

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Éditions Luc Pire [Renaissance SA]

Avenue du Château Jaco, 1 – 1410 Waterloo

fÉditions Luc Pire

www.editionslucpire.be

Binche 14-18

Couverture et mise en pages : Philippe Dieu (Extra Bold)

Imprimerie : DBPrint (Bruxelles, Belgique)

isbn : 9782507054816

© Éditions Luc Pire, 2016

Tous droits réservés. Aucun élément de cette publication ne peut être reproduit, introduit dans une banque de données ni publié sous quelque forme que ce soit, soit électronique, soit mécanique ou de toute autre manière, sans l’accord écrit et préalable de l’éditeur.

 

FRÉDÉRIC ANSION

 

14

binche

18

La guerre 14-18 restera à jamais un moment douloureux et atroce dans l’histoire mondiale. Binche n’aura pas été ­épargnée par la terreur. Le récit historique de Frédéric Ansion est essentiel pour la mémoire collective de notre belle ville de Binche; pour que les générations présentes et futures ­n’oublient jamais que la paix est le bien le plus ­précieux que nous ayons ; pour qu’elles se souviennent toujours que la liberté a été acquise par nos pères dans la douleur.

Larissa Davoine, échevine de la Culture, du Tourisme, de l’État-Civil, de la Population et du Personnel communal de la Ville de Binche.

préface

Les tranchées de l’Yser, Verdun, la tragédie de Louvain ou la bataille de Mons, plus près de chez nous, sont très souvent évoquées dans les livres d’histoire. Binche n’a pas non plus été épargnée par la Grande Guerre de 14-18. L’agression allemande fut très virulente et provoqua chez nos concitoyens la peur mais également une résistance remarquable à l’occupant.

Péronnes-lez-Binche vécut des atrocités et des évènements tragiques que peu d’entre nous connaissent. C’est toute l’entité binchoise qui peut témoigner de ces années dramatiques.

L’Allemagne n’épargnera pas notre ville lorsque, le 15 novembre 1916, six cent quinze de nos concitoyens seront placés dans des wagons sur les quais de notre gare et envoyés sans aucune pitié au camp de Wittenberg en Allemagne. Quinze d’entre eux ne revinrent jamais. Les survivants, quant à eux, garderaient toujours en mémoire la souffrance endurée et l’horreur vécue.

Ce que je retiens après la lecture de cet ouvrage commémoratif, c’est l’entraide qui se mit en place dans la ville et les villages voisins. Quand l’Homme souffre, il en revient à l’essentiel pour survivre et combattre l’ennemi : la solidarité. Quand il est acculé, il n’hésite pas à donner sa vie pour ses pairs. Quel courage, quel sacrifice !

Je tiens à remercier et à féliciter Frédéric Ansion pour ce livre remarquable ! Il nous donne l’occasion de ne jamais oublier ces heures de souffrance et de tristesse dans notre ville. Au jour le jour, il nous décrit la vie binchoise par des témoignages, des récits et parfois même par des écrits de l’ennemi qui font froid dans le dos. Que chacun d’entre nous puisse lire ce livre et ne jamais oublier que des hommes et des femmes ont payé de leur vie pour notre liberté. Rendons-leur hommage en cette période de 100e anniversaire de la Grande Guerre.

À nos vaillants héros binchois.

À nos volontaires binchois.

À nos déportés binchois.

Laurent Devin, député-bourgmestre  
de la Ville de Binche

INTRODUCTION

Lorsque Napoléon est battu à Waterloo en 1815, il est loin d’imaginer que sa défaite est le prélude à la déclaration de la Première Guerre mondiale, qui aura lieu près de cent ans plus tard.

Dès juin 1815, les pays vainqueurs de Napoléon Ier  ainsi que les autres États européens se réunissent à Vienne pour rédiger et signer les conditions de paix qui déterminent les nouvelles frontières des différentes nations européennes. Les provinces belges et néerlandaises sont réunies en un seul État au cours du Congrès. La Belgique passe alors sous la direction du monarque hollandais, Guillaume Ier.

Après la Révolution belge de 1830, une Conférence diplomatique sur l’avenir de la Belgique s’ouvre à Londres le 4 novembre de cette année. Les grandes puissances reconnaissent la séparation de la Belgique et des Pays-Bas. Léopold de Saxe-Cobourg devient le premier roi des Belges en 1831.

Dans la pratique, la Belgique devient ainsi un « État-tampon neutre ».

Pendant ce temps, la France, humiliée, doit faire face à de nombreux problèmes internes qui vont se concrétiser par un « premier conflit » franco-allemand en 1870 quand Napoléon III déclare la guerre à la Prusse.

Ce conflit de courte durée, du 19 juillet 1870 au 29 janvier 1871, se solde par une défaite humiliante pour les Français, qui a pour conséquence l’annexion des départements d’Alsace et de Lorraine. Pendant cette brève guerre, la France avait créé des unités de francs-tireurs dont le rôle était de harceler les troupes prussiennes avant de disparaître. Bien que reconnues comme régulières de l’armée française, ces unités qui ne portaient aucun uniforme étaient souvent confondues avec les civils, un élément qui pèsera lourd dans la conduite des armées allemandes dès le début du premier conflit mondial. Les exactions commises contre la population de Péronnes par les troupes de Guillaume II le 22 août 1914 en seront la conséquence.

La défaite et la perte de l’Alsace-Lorraine provoquent en France un sentiment de frustration et un désir de revanche: dans toutes les écoles de France, sur la carte officielle du pays affichée dans les classes, les départements annexés sont peints en noir.

De plus, cette défaite de 1870 entraîne l’État français dans la construction d’une ligne fortifiée de défense de ses frontières partant de la Suisse jusqu’à la mer du Nord. Celle-ci, imaginée par le général Séré de Rivière, est conçue de telle manière qu’un ennemi potentiel venant du nord serait obligé de traverser la Belgique, dans ce qu’il appelle la « trouée de Sedan », en s’appuyant sur l’ensemble des fortifications belges. L’avenir et l’histoire lui donneront raison.

Au risque de bousculer l’ensemble des idées conventionnelles, il faut bien admettre qu’un climat de méfiance réciproque s’est installé rapidement après 1870 entre les deux futurs belligérants et, surtout, il faut le reconnaître, la France souhaite ce conflit autant que l’Allemagne. D’autres éléments géopolitiques tels que les intérêts économiques des colonies et les guerres balkaniques entreront également en ligne de compte dans la déclaration de guerre de l’Allemagne à la France le 4 août 1914. Par le jeu des alliances politiques et économiques conclues avant le conflit, deux groupes vont s’opposer : la Triple-Entente, qui regroupe la France, l’Angleterre et la Russie, face à la Triple-Alliance, composée de l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie et l’Italie.

Les ballets diplomatiques échouent et l’Allemagne envoie le 2 août un ultimatum à la Belgique, demandant le libre passage de ses troupes. Le roi Albert refuse et les troupes de Guillaume II envahissent le pays dès le 4 août, dévastent tout sur leur passage et se dirigent vers la France.

Le corps de cavalerie Sordet, fort de 30000 hommes, entre sur le territoire belge le 6 août à Bouillon, avec l’accord du roi, et progresse au secours de la Belgique vers Liège, qu’il n’atteindra pas. Dans le même temps, l’Angleterre, garante de la neutralité de la Belgique, qu’elle qualifie déjà de « Poor little Belgium », arrive également pour lui prêter main-forte.

Pendant plusieurs jours, la petite armée belge stoppe le rouleau compresseur allemand à Liège avant de se retirer vers Anvers. Dès lors, les trois armées allemandes peuvent progresser vers le sud en direction de la France en jouant à cache-cache avec le corps de cavalerie Sordet jusqu’au 23 août.

Les 21, 22 et 23 août se déroulent les batailles de Mons et de Charleroi dans lesquelles les deux belligérants, Allemands et Français, sont impliqués, pendant que les troupes anglaises se battent à Mons.

La région du Centre n’a jamais aussi bien porté son nom : située à mi-distance entre Mons et Charleroi, elle se trouve être la charnière des combats de Mons et Charleroi. Côté ouest, les 24e et 28e régiments d’infanterie français combattent bravement sur les hauteurs de Carnières-Collarmont le 22 août, alors que les premiers Anglais s’opposent aux Allemands à Péronnes. Géographiquement parlant et indépendamment de la proximité des communes, nous pouvons donc rattacher les combats de Carnières-Collarmont à la bataille de Charleroi et ceux de Péronnes à la bataille de Mons.

Il est important de signaler que cette journée du 22 août 1914 sera la plus noire de tout le premier conflit pour l’armée française. Ce 22 août, 27000 soldats français vont perdre la vie, et ce, pour la majorité sur le sol belge. Plus jamais ce chiffre de perte journalière ne sera atteint durant les quatre années du conflit, même aux moments les plus durs de la Somme ou de Verdun.

Dans la démesure mathématique de ces chiffres, le recensement des victimes françaises à Collarmont fait froid dans le dos : sur un effectif de 1800 au départ, 958 vont perdre la vie dans un combat qui va durer huit heures, ainsi que 3000 Allemands…

Il est important de signaler également que c’est à cette date que la cité de Binche aura le malheureux privilège de voir tomber le lieutenant Harold Martin Soames, un des premiers officiers anglais tués, tandis que le premier coup de canon anglais de tout le conflit est tiré sur les hauteurs de Péronnes-lez-Binche.

Débute alors l’occupation qui durera quatre années, au cours desquelles le pays, la région et Binche seront soumis à l’autorité de l’occupant.

Achille Van Yperzeele, président 
du Cercle d’Histoire Henri Guillemin

« Si on demande pourquoi nous sommes morts, dites que c’est parce que nos pères ont menti. »

Rudyard Kipling

15 septembre 1914, des prisonniers français passant sur l’avenue Charles Deliège après le siège de Maubeuge. Photographie audacieuse prise par Ephrem Hupin. Il racontera plus tard qu’il a profité d’un moment d’inattention des sentinelles allemandes éblouies par le soleil pour appuyer sur le déclencheur.

Chapitre 1

1914 – UN ÉTÉ MEURTRIER

Une vague de fervent patriotisme accompagne le début de la guerre. Une euphorie qui volera bien vite en éclats, perdue dans les paysages en ruine et les tranchées inondées du front.

Le 31 juillet 1914, le receveur des contributions de Binche écrit au bourgmestre, Eugène Derbaix, pour lui demander de pouvoir déposer ses archives au bureau de l’hôtel de ville si des événements plus ou moins graves venaient à se passer dans la région… L’année scolaire se termine et la distribution des prix au Collège de Binche est annulée ; plusieurs professeurs sont rappelés sous les drapeaux. La population binchoise vient d’avoir la confirmation de la mobilisation générale de l’armée belge.

On se prépare à une guerre, mais l’on y croit sans y croire. Et puis, si guerre il y a, cela ne durera que quelques semaines, tout au plus… C’est ce que pensent les Binchois comme la plupart des Belges. L’opinion publique s’attend à une victoire éclair et sans appel. En 1914, la Grande-Bretagne est une puissance planétaire; elle couvre encore un quart du globe. Dans le courant de la matinée, le ministre de la Guerre belge demande à l’attaché militaire français de préparer la collaboration et le contact des troupes françaises avec l’armée belge.

Albert Ier, le Roi-Chevalier », prononce son discours devant les Chambres constitutionnelles :

Si l’étranger, au mépris de la neutralité dont nous avons toujours scrupuleusement observé les exigences, viole le territoire, il trouvera tous les Belges groupés autour du Souverain, qui ne trahira jamais son serment constitutionnel, et du Gouvernement investi de la confiance absolue de la nation tout entière. J’ai foi dans nos destinées : un pays qui se défend s’impose au respect de tous, ce pays ne périt pas. Dieu sera avec nous dans cette cause juste. Vive la Belgique indépendante !

Le 1er août, la garde civique de Binche est mobilisée. Le Collège de Binche, situé dans la rue de Merbes, est réquisitionné pour fournir à la troupe le repas de midi. C’est ainsi que le collège voit chaque jour arriver ­l’infanterie binchoise pour le ravitaillement.

Dès le début du mois d’août, plusieurs sociétés binchoises se rendent compte de la gravité de la situation et des événements tragiques qui se préparent.

Le 3, déjà, Elie Hainaut, représentant des groupes socialistes binchois, écrit au bourgmestre Eugène Derbaix que les groupes établis à la Maison du Peuple de Binche feront trêve à toutes divergences d’idées politiques et se mettront complètement à la disposition de l’administration communale (qui est sous une majorité catholique) pour l’organisation éventuelle de services ayant pour but le soulagement des familles binchoises.

Le 4, une commission de la société royale Les Chasseurs de Binche porte à la connaissance du bourgmestre qu’elle a décidé à l’unanimité de prêter son concours à toute œuvre que l’administration communale jugera nécessaire de fonder pour venir en aide aux familles binchoises éprouvées par le rappel des miliciens sous les armes.

Le même jour, une missive de la société des anciens militaires de Binche mentionne que cette société souhaite ouvrir une liste de souscriptions en faveur des familles qui se trouveront dans la gêne et peut-être même dans la misère. Les membres de la société consentent et demandent que cinq actions de leur caisse soient remises à l’administration communale et que le produit de la vente soit distribué aux femmes et enfants des militaires qui ont si bravement rejoint leur régiment pour défendre la patrie.

À cette date s’arrêtent les activités des deux fanfares binchoises, Les Chasseurs et Les Pélissiers. Les instruments sont remisés et cachés pour échapper aux éventuelles réquisitions de cuivre et de bronze.

À partir de ce moment, la section de Binche de la Croix-Rouge organise des cours de brancardier. La plupart des professeurs non mobilisés des écoles suivent les cours. Trois ambulances sont créées à Binche : à l’hospice et à l’école communale des filles, rue Saint-Paul, ainsi qu’au Collège Notre-Dame de Bon Secours dans la rue de Merbes. Ces ambulances furent rapidement reconnues par les médecins grâce au respect des conditions d’hygiène et de confort.

Le 6, le général français Sordet adresse un télégramme au roi Albert Ier pour l’informer de la présence de son corps de cavalerie en Belgique.

Malgré une résistance courageuse et héroïque de l’armée belge, les jours suivants voient tomber Liège, le fort de Barchon et Huy aux mains de l’ennemi.

Binche se prépare à vivre la guerre. D’autres personnalités binchoises offrent leur service au bourgmestre.

4 août 1914, alors que les troupes du Kaiser traversent la frontière et violent la neutralité de la Belgique, plusieurs associations locales, qui pressentent la gravité des faits qui s’annoncent, proposent d’emblée leur soutien à l’administration communale de Binche. Reproduction de la lettre écrite par le comité de la société royale Les Chasseurs de Binche à l’attention du bourgmestre.

La mobilisation générale belge du 31 juillet 1914 est une réussite. L’armée belge dispose de 200 000 hommes auxquels s’ajoutent, jusqu’en septembre, 36 000 hommes, volontaires ou appelés de la levée de 1914. La question des effectifs est cruciale. Modèle d’attestation relative à l’intégrité du système nerveux complété ici pour Robert Hallez, né à Binche le 6 avril 1894.

ROBERT HALLEZ a 20 ans en août 1914. Il est né à Binche le 6 avril 1894 de l’union du Dr Henri Hallez et de Mme Alice Leroy. Dès le 5 août 1914, alors qu’il est étudiant en médecine, il s’engage comme volontaire de guerre. Il fait remplir l’attestation relative à l’intégrité de son système nerveux par son père, qu’il choisit comme médecin traitant. Le bourgmestre, Eugène Derbaix, appose le sceau de la Ville de Binche le même jour et légalise l’attestation. Il obtient dans la foulée sa déclaration de nationalité et demande le formulaire d’état de renseignements concernant un homme qui souhaite entrer dans l’armée comme volontaire. Le 15 janvier 1915, après la période d’instruction, il est en service actif, engagé volontaire de guerre à Calais et envoyé au centre d’instruction de Granville. Le 8 mai 1915, il est nommé caporal. Le 22 août 1915, il est envoyé au centre d’instruction des sous-lieutenants auxiliaires d’infanterie de Bayeux. Le 23 octobre 1915, il est de retour au centre d’instruction de Granville, où il est attaché à la 4e compagnie. Il y obtient le certificat d’aptitude de sous-lieutenant le 4 novembre 1915. Le 10 novembre 1915, il est nommé sergent. Le 31 janvier 1916, il obtient le brevet d’aptitude pour sa candidature à l’emploi d’officier auxiliaire d’infanterie. Le commandant qui l’a formé à Granville certifie que le sergent Robert Hallez a commandé un peloton dans son corps d’armée et qu’il est apte à satisfaire à toutes les obligations d’un commandement de cette nature. Le 9 février 1916, il est nommé adjudant-chef de peloton. Le 29 juillet 1916, il obtient le certificat d’aptitude de l’École des grenadiers de l’armée belge. Le 23 août 1916, à sa demande, il obtient d’être rétrogradé au rang de sergent afin de pouvoir être désigné pour le front. Le 24 août 1916, il est affecté à la 7e compagnie du 8e régiment de ligne, il y reste affecté jusqu’au 25 juillet 1918. Il est blessé légèrement le 18 juin 1917 au boyau de Steenstraete, mais refuse d’être évacué. Le 24 août 1917, il reçoit un premier chevron. Le 2 novembre 1917, il est à nouveau nommé adjudant-chef de peloton. Le 24 février 1918, il reçoit un second chevron. Le 25 juillet 1918, il devient assistant de recherche à Calais. Le 9 février 1920, il est décoré de la croix de guerre aux palmes et, le 8 avril 1936, de la médaille du volontaire combattant de 1914-1918.

La scierie mécanique de Gustave Labrique, ayant son siège dans la rue de Robiano, 89, informe le bourgmestre qu’elle tient à sa disposition cinq lots de souscription de la Ville de Bruxelles que l’administration peut vendre afin d’aider les familles nécessiteuses de la ville de Binche.

Le 8, Joseph Leyssens, dépositaire de la maison Ad. Delhaize, dont l’exploitation est installée rue de Mons, 112, offre ses services par un message à l’attention du bourgmestre ; si l’autorité communale avait l’intention d’ouvrir un magasin, il accepterait de vendre au prix d’achat afin d’aider les pauvres de la ville de Binche.

Le 9, l’Empire allemand fait une proposition de paix à la Belgique qui la refuse. L’armée belge est toujours complètement isolée et aucune troupe alliée n’est signalée.

Le 11, la société royale des archers Guillaume Tell informe le bourgmestre que l’assemblée générale de ses membres a décidé à l’unanimité de remettre à l’administration un premier secours de cent francs pour venir en aide aux blessés et aux familles nécessiteuses. Albert Robe, le trésorier, tient les fonds à la disposition du comité de secours de la ville de Binche. En quelques jours, les courriers se multiplient. Ces premières propositions d’assistance témoignent du devoir d’humanité de la population binchoise envers les familles dans le besoin.

RENÉ LEFÈVRE est né à Binche le 27 mars 1894. Il a juste 20 ans quand la guerre éclate. Il est l’un des premiers prisonniers de la Grande Guerre. Dès les premiers jours de la guerre, il participe à différents combats dans la région de Liège au poste de brancardier à la 9e compagnie (23e de ligne). Il est malheureusement fait prisonnier le 6 août 1914 et envoyé dans le camp de prisonniers de Münster en Allemagne. En captivité, il s’inquiète pour son frère, Lucien, qui est sur le front depuis le début du conflit. Il vit aussi beaucoup de moments de terrible angoisse et pense souvent à Binche et à ses parents. Il se demande comment ceux-ci seront avertis – et s’ils le seront – s’il venait à mourir. Il se réfugie aussi beaucoup dans la foi durant cette longue période. Il est libéré le 29 juin 1917.

Le 10 septembre 1917, il réintègre l’armée belge, cette fois au 9e de ligne. René Lefèvre est décoré de la croix de feu (années de reconnaissance 1935-1936) ; son frère Lucien a reçu un an plus tôt (années de reconnaissance 1933-1934) la même distinction au grade de sergent du 23e de ligne.

Les troupes britanniques commencent à traverser la Manche le 12. Le même jour, le général français Lanrezac reçoit l’autorisation de faire garder la Meuse entre Givet et Namur.

Le 14, le Grand Quartier général britannique fait la traversée de la Manche vers Le Havre. Sir John French quitte Londres, débarque à Boulogne et arrive à Amiens. Les troupes britanniques commencent leurs mouvements par chemin de fer pour se concentrer entre Maubeuge et Le Cateau. La cavalerie se trouve dans la zone de Jeumont-Cousolre.

Le 15, le général français Sordet donne l’ordre de gagner l’Entre-Sambre-et-Meuse. Le surlendemain, la 5e armée française se concentre au sud de Charleroi.

Le mardi 18, le général French fait savoir à Joffre qu’il peut compter sur son concours à partir du 21 août avec quatre divisions et sa cavalerie. Ils doivent atteindre Binche au plus tard le 22 août.

Le mercredi 19, toutes les armes – pistolets, fusils, sabres, munitions – doivent être remises à l’administration communale de Binche.

Le 20, alors que la 5e armée française est le long de la Sambre, de Floreffe à Marchienne-au-Pont, le corps expéditionnaire anglais est complètement rassemblé dans la région de Cambrai-Maubeuge. Les premières reconnaissances sont effectuées et la cavalerie anglaise se rend à Binche sans rencontrer d’adversaire. Les Anglais ont fait démolir les trois ponts qui existaient à Binche. D’un point de vue militaire, Binche s’est incontestablement trouvée à un nœud entre Mons et Charleroi.

Position des armées le 23 août 1914. La Sambre est un obstacle insignifiant en raison du grand nombre de ponts qui la traversent. L’ensemble de la région de Mons-Charleroi est très peuplé. L’industrie a connu un grand développement et les maisons succèdent aux maisons. Des terrils s’élèvent par endroits. Ces obstacles de tout genre masquent la vue et facilitent la progression de l’ennemi et l’attaque. L’ennemi utilise mieux le terrain à son profit. Il sait se camoufler et mettre ses mitrailleuses en premières lignes. L’artillerie lourde allemande dicte aussi sa loi. La bataille des frontières est perdue. Les combats ont couté la vie à près de 27 000 hommes pour la seule journée du 22 août : le mois le plus meurtrier de la Grande Guerre.

Comme partout en Belgique, le déclenchement de la guerre a semé l’inquiétude et le désarroi. Péronnes-lez-Binche, commune voisine de Binche, paisible et aimée de ses habitants, n’échappe pas à la règle.

Dès les premiers jours du conflit, le bourgmestre Alphonse Gravis fait preuve de prudence en affichant un avis demandant aux Péronnais de déposer leurs armes à la maison communale.

Il ne s’agit pour la plupart que d’armes de chasse, mais le garde champêtre et les gardes civiques volontaires doivent quand même faire quelques démarches auprès des retardataires. Quelques jours avant l’arrivée de l’occupant allemand, toutes les armes sont rentrées et chaque détenteur a réceptionné un reçu frappé du sceau communal. Alphonse Gravis lui-même a déposé son fusil de chasse.

Né à Moor Park, Farnham (Surrey), le 13 septembre 1886, HAROLD MARTIN SOAMES étudie au collège de Eton et entre au régiment du 20th Hussars en 1908. Promu lieutenant en 1911, il épouse Ruth Colleen en octobre 1913. Le lieutenant Harold Martin Soames quitte Colchester le 15 août 1914. Le 16, il est à Southampton. Il arrive en France au Havre le 17 août. Cinq jours plus tard, le 22 août 1914, il est à Binche. Son régiment est composé de 24 officiers et de 519 hommes de troupe. Le 23 août, il reçoit l’ordre d’effectuer une patrouille de reconnaissance vers Vellereille-lez-Brayeux et Buvrinnes. Sur la route du retour, son escadron est pris sous le tir de uhlans dissimulés à l’orée du bois de Pincemaille. Harold Martin Soames est le seul touché. Blessé à la poitrine, il aura encore la force de commander la retraite avant d’être amené à l’abbaye de Bonne-Espérance, où il est pris en charge par les sœurs du monastère. Un médecin est appelé, mais ne peut rien faire pour le sauver. Il décède en début de soirée. Le lendemain, un cercueil est fabriqué sur place et le lieutenant Soames est inhumé une première fois dans le carré des moines. En 1918, le commissaire aux affaires civiles allemand fait transférer son corps dans le cimetière militaire de Collarmont avec cinq autres soldats anglais. Quelques années plus tard, il est de nouveau transféré ; au cimetière militaire de Hautrage cette fois, où il repose toujours actuellement. Son nom figure sur la liste du War Office du 1er septembre 1914 qui reprend les tout premiers officiers anglais de la Première Guerre mondiale, tués au combat. Le jour de son décès, Harold Martin Soames était papa d’une petite fille âgée de 17 jours. Celle-ci est décédée en janvier 2014 à l’âge de 99 ans et demi. La famille Soames était présente à Binche lors des célébrations du centenaire de la Grande Guerre en août 2014. Après les hommages célébrés lors des journées de commémorations, les membres de la famille ont eu l’occasion de visiter le musée international du Carnaval et du Masque de Binche.

Le vendredi 21, l’armée française achève son déploiement. La 5e brigade de cavalerie anglaise, commandée par le général Sir Philip Chetwode, prend ses quartiers à Binche. Cette cavalerie est renforcée par quelques escadrons de la brigade du général Allenby. De son côté, la IIe armée allemande de von Bülow aborde la Sambre à l’est de Charleroi. Elle occupe les passages de la Sambre de Charleroi à Namur.

L’après-midi, deux cents soldats anglais, accompagnés de quelques dragons français là comme interprètes, barrent le pont de la rivière la Princesse et occupent la sucrerie de Péronnes et ses environs immédiats. Le bourgmestre, M. Gravis, a pris les mesures indispensables pour leur ravitaillement. Cette cavalerie, renforcée par des escadrons de la brigade du général Allenby, fait une reconnaissance jusqu’à Soignies, où elle a à soutenir un certain nombre de rencontres. Quelques cavaliers s’avancent même jusqu’au passage à niveau d’Haine-Saint-Pierre, qu’ils quittent le samedi matin, après avoir tiré sur des Allemands à bout portant.

Une partie de ce détachement vient à Binche tenir la Samme à hauteur des ponts à Bouzarte et de la rue de Mons, qui ont été démolis la veille. À cet endroit, les Anglais ont creusé des tranchées assez profondes et tiennent dans le champ de tir la rue de Mons, où il n’y a qu’une barricade de pavés et de véhicules culbutés.

PHILIP CHETWODE est né à Westminster le 23 septembre 1869. Il est rapidement promu au grade de lieutenant (le 6 août 1890). Il participe à plusieurs campagnes en Birmanie et est promu au grade de capitaine le 7 février 1897. Il sert dans la seconde guerre des Boers où il se distingue deux fois. Promu major le 21 décembre 1906, il reste en Afrique du Sud jusqu’à la fin des hostilités. Il devient le secrétaire militaire adjoint du maréchal Sir John French. Promu au grade de brigadier-général temporaire le 15 mai 1914, il reçoit le commandement de la 5e brigade de cavalerie en août 1914. La 5e brigade de cavalerie, sous ses ordres, aide à la couverture des armées et à la retraite de Mons. Il est nommé commandant de la 2e division de cavalerie générale avec la promotion de major-général le 1er janvier 1916. Après la Grande Guerre, il est nommé lieutenant-général. Ensuite, Chetwode part en Inde, où il devient successivement chef de l’état-major général, puis commandant en chef. Il est promu maréchal le 13 février 1933. Il est anobli baron de Chetwode dans le comté de Buckingham le 10 juillet 1945 et meurt à Londres le 6 juin 1950.

Les nouvelles ne sont pas bonnes. Venant de Nivelles, les Allemands ont déjà été signalés dans les environs de Seneffe et Feluy. Les bruits les plus divers circulent dans les communes de Péronnes et de Binche. La journée du 21 se passe néanmoins sans incident notable, mais une nervosité bien compréhensible a gagné la population. Paul Humbled, boulanger binchois, précisera ces quelques souvenirs : Lors de la soirée du 21 août, il y eut soudain un vent de panique. Les habitants de Péronnes-Charbonnage fuyaient en criant : “Binchous, sauvez-vous ! Binchous, sauvez-vous !” Sans doute, avaient-ils été informés de l’arrivée imminente des troupes allemandes alors que les Anglais étaient là. »

La journée noire du samedi 22 août 1914 :

la bataille de Péronnes-lez-Binche

À Binche, les rassemblements de plus de cinq personnes sont interdits et les habitants sont obligés de fermer les volets et fenêtres.

Un peu avant cinq heures du matin, deux soldats anglais réveillent le bourgmestre de Péronnes, qui habite à deux pas de l’église du village. Ils veulent de l’avoine pour leurs chevaux. Alphonse Gravis leur conseille de s’adresser à la ferme de M. Hulin.

À la sortie de la messe, vers sept heures trente, Léon Gravis, frère du bourgmestre, rejoint ce dernier. Ils sont terriblement inquiets. Les Allemands ne sont plus loin et un combat est inévitable si le détachement anglais ne quitte pas le village. À ce moment, une colonne de trois cents cuirassiers français passe à Péronnes en se repliant. Ils sont fatigués. On leur offre de la bière, du café et du tabac. Ces cuirassiers français viennent de Haine-Saint-Paul et se dirigent vers Binche. Les soldats français préviennent les Anglais que l’arrivée de l’ennemi est imminente.

Les soldats anglais maintiennent leur position dans la sucrerie ainsi que derrière la Princesse. Six d’entre eux sont couchés dans un chariot vide sur l’accotement de la chaussée.

Les troupes allemandes – avec infanterie, cavalerie, cuisines roulantes, matériel d’ambulance… – viennent de Manage et passent par Fayt, Jolimont et Haine-Saint-Pierre. C’est un défilé de près de vingt-cinq mille hommes habillés de gris.

Vers huit heures, l’ennemi est à Saint-Vaast et arrive sur Péronnes. Le commandant allemand s’installe au château Marcq alors que les Anglais occupent encore Péronnes.

Vers neuf heures, un fermier descend l’avenue Léopold III en conduisant sa charrette remplie de paille. Quelques cavaliers allemands, des éclaireurs armés de lances (appelés uhlans), en profitent pour se camoufler en suivant ce convoi agricole. Mais, arrivé près de son domicile, le fermier tourne brusquement à droite pour rentrer chez lui et laisse ainsi les Allemands à découvert.

Des coups de feu éclatent. Un cheval allemand est abattu près de la ferme Harvengt qui se situait au croisement de l’actuelle avenue Léopold III et de la rue Albert-Élisabeth. Des uhlans sont blessés, un éclaireur allemand est tué et reste étendu sur la route tandis que le groupe reflue précipitamment vers Haine-Saint-Paul.

M. Maurage, un Péronnais inconscient du danger, se précipite vers la chaussée, ramasse la lance d’un uhlan et se met à sautiller au milieu de la rue en brandissant l’arme. Des coups de feu sifflent aux oreilles de l’audacieux et téméraire Péronnais. M. Camille Moreau va le chercher et l’oblige à se mettre à l’abri.

Il n’y a plus de doute, Péronnes sera le champ de bataille.

Tous les Péronnais sont terrés chez eux. Le village est désert.