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Blaze avait prévu de rentrer un jour chez lui à Rockfield, dans le Kentucky. Mais il ne s’attendait pas à ce que ce soit si tôt…
Jusqu’à ce que Badger lui offre une raison de prendre cette direction. Bénévole de longue date pour le sauvetage d’animaux, un jour Blaze entend parler de la détresse de Solo, femelle berger souffrant de graves problèmes dissociatifs datant de ses années dans l’armée. Il sait qu’il doit aller jusqu’au bout.
Camilla, en route pour un événement qu’elle organise, essaie d’éviter de heurter un chien qui traverse la route. Blaze est témoin de l’accident et s’arrête pour l’aider, quand il s’aperçoit que ce pourrait être le berger qu’il recherche.
Camilla est hilarante, et cela fait bien longtemps que Blaze n’a pas eu de raison de sourire.
Cependant, les souvenirs ont la vie dure et les insultes sont profondément ancrées, et leur amitié n’est pas du goût de tout le monde. Qui vaincra à la fin ?
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Veröffentlichungsjahr: 2022
K9 Files : chiens de guerreTome 4
Dale Mayer
Première de Couverture
Page de Titre
À propos du livre
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Épilogue
Lucas
Note de l’auteure
À propos de l’auteure
Tous droits réservés
Blaze avait prévu de rentrer un jour chez lui à Rockfield, dans le Kentucky. Mais il ne s’attendait pas à ce que ce soit si tôt…
Jusqu’à ce que Badger lui offre une raison de prendre cette direction. Bénévole de longue date pour le sauvetage d’animaux, un jour Blaze entend parler de la détresse de Solo, femelle berger souffrant de graves problèmes dissociatifs datant de ses années dans l’armée. Il sait qu’il doit aller jusqu’au bout.
Camilla, en route pour un événement qu’elle organise, essaie d’éviter de heurter un chien qui traverse la route. Blaze est témoin de l’accident et s’arrête pour l’aider, quand il s’aperçoit que ce pourrait être le berger qu’il recherche.
Camilla est hilarante, et cela fait bien longtemps que Blaze n’a pas eu de raison de sourire.
Cependant, les souvenirs ont la vie dure et les insultes sont profondément ancrées, et leur amitié n’est pas du goût de tout le monde. Qui vaincra à la fin ?
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Blaze roulait avec son pick-up sur la longue voie qui menait au Kentucky. L’histoire de Solo le rongeait depuis qu’il avait pris la route. C’était une vraie solitaire, s’il en croyait son dossier très peu fourni. Elle s’était facilement attachée aux humains la première fois, et ça s’était dégradé chaque fois qu’elle changeait de maître ou de dresseur.
Après que son dernier maître avait quitté la division K9, elle avait eu du mal à s’intégrer dans son nouvel environnement. Par chance, Blaze rentrait chez lui, pile dans la zone on l’on avait repéré la chienne pour la dernière fois. Ensuite, elle avait disparu, et personne ne savait ce qui lui était arrivé depuis.
Sa famille adoptive s’était vigoureusement défendue, affirmant que la chienne ne s’était liée avec aucun d’entre eux, même s’ils avaient fait de gros efforts. C’était peut-être pour ça qu’ils n’avaient pas essayé de la chercher très longtemps. Pour autant qu’on sache, elle était absolument seule.
Rien de mieux pour qu’un chien déjà solitaire s’isole encore plus. Blaze en avait mal au cœur. Il ne connaissait que trop bien la solitude.
Il prit son café à emporter et grimaça. C’était plutôt mauvais. Ça avait ce goût de boisson oubliée pendant plusieurs jours, mais ça restait du café, et il essayait de rester éveillé aussi longtemps que possible quand il roulait. Sans trop savoir pourquoi, il avait décidé de ne pas prévenir son père de son arrivée, il avait juste balancé toutes ses affaires à l’arrière du pick-up et pris la route. C’était tout ce qu’il possédait ; n’était-ce pas un sacré choc de ne rien avoir d’autre, à ce stade de sa vie ?
Alors qu’il n’était plus qu’à une vingtaine de kilomètres de sa destination, il s’arrêta près d’un embranchement, gara sa camionnette sur le côté de la route et en sortit. Il embrassa le paysage du regard en souriant. Ça faisait longtemps, dix ans au moins, qu’il n’était pas venu ici en dehors de ses permissions.
Devant lui, une Mustang décapotable était rangée sur le bord de la route, cent mètres plus loin. Il fronça les sourcils et s’avança à pied jusqu’à une femme qui fixait son pneu crevé.
— Ça a l’air d’être un sacré merdier.
Puis il attendit sa réaction à la vue de sa cicatrice.
— Évidemment, répliqua-t-elle sans détourner les yeux du pneu.
Elle dégagea de longues mèches blondes de son front avant de poursuivre :
— Tout ce que je fais finit en merdier sans nom. Ça aurait pu être un simple pneu crevé. J’aurais pu avoir une roue de secours dans le coffre. J’aurais pu être accompagnée. Et, imaginons, j’aurais même pu sortir avec un mécanicien, l’appeler, et il serait venu me chercher. Sauf qu’évidemment, la réalité est tout autre.
Elle le regarda sans sourciller et reprit :
— Désolée, je ne suis pas aussi énervée, d’habitude. Mais là…
Elle désigna le pneu du doigt avant de remettre la main sur sa hanche.
— C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase.
Elle n’avait pas réagi à sa cicatrice. Pas d’un iota. C’était si étrange ! Elle lui plaisait déjà. Sans compter qu’elle lui disait quelque chose…
— Alors, que s’est-il passé d’autre dans ta journée pour que ce soit la goutte d’eau qui fasse déborder le vase ?
— Ce n’est même pas la journée qui m’a posé problème. Juste les quinze dernières minutes. Je roulais, je réfléchissais à tout ce que je dois encore organiser pour les festivités de ce week-end, quand un chien a traversé devant moi. Je jure que je fonçais droit sur lui. Alors, j’ai fait une embardée, j’ai écrasé quelque chose, puis j’ai réussi à me garer ici et j’ai découvert mon pneu crevé.
— Un chien ? s’enquit Blaze en l’observant avec intérêt.
— Un berger quelque chose. Un berger croisé, je veux dire. Il doit appartenir à un éleveur du coin et s’être sauvé.
— Je connais un éleveur dans le coin, lui confia-t-il, curieux.
Quelles étaient les chances pour qu’il s’agisse de Solo ?
— Mais il n’élève que des saint-bernards et des terre-neuve, conclut-il.
Elle lui jeta un bref regard et haussa les épaules.
— Désolée. Je vois à peu près de quel type de chien il s’agit, mais je ne connais pas vraiment leurs différences.
— Pour commencer, ces deux races présentent une similitude : la hauteur. Quant à leurs différences… eh bien, il n’y en a que peu, mais la couleur de leurs poils en est une importante. Les terre-neuve sont d’un noir uni et ont une énorme tête. Les saint-bernards ont également une grosse tête, sauf qu’eux ont généralement un pelage blanc et brun.
— Les terre-neuve, ce sont ceux qui ressemblent à des ours, c’est ça ?
— Dans une certaine mesure, oui. Et les saint-bernards, ce sont ceux qu’on voit dans les bandes dessinées avec leur petit tonneau au niveau du cou, qui viennent en aide aux personnes perdues dans les Alpes.
Le visage de la jeune femme s’éclaira en entendant de cette référence.
— D’accord, je vois, répondit-elle. J’en ai vu un paquet en ville.
— Tu es du coin ?
— Oui. Je suis organisatrice d’événements. J’ai créé ma propre entreprise, même si je ne sais pas pourquoi j’ai fait ça.
— Des événements, genre des mariages et tout ?
Elle arbora soudain une expression grave et sinistre tout en le fixant.
— Des événements. Pas des mariages. Sauf sous la contrainte, avoua-t-elle. Tu savais que la plus gentille, la plus douce et la plus belle des femmes peut devenir la pire des ogresses quand elle prépare son mariage ? J’en ai organisé un une fois, pour une amie. On ne l’est presque plus, maintenant. Donc voilà, pas de mariages. Des entreprises en ont fait leur spécialité, pas moi.
— Alors, de quel genre d’événements s’agit-il ?
— Un peu de tout, des festivals de musique aux défilés de mode…
Elle leva les deux mains pour révéler sa frustration et reprit :
— J’imagine que je peux également compter les expositions canines. Personne ne m’a dit que je devais connaître toutes les races de chien qui existent par cœur pour faire ça, en revanche. C’est juste que j’aime bien les chiens, même si je n’ai jamais passé beaucoup de temps avec eux.
— Tu en as peur ?
— Oui. J’ai été mordue quand j’étais petite. Et je ne sais pas trop pourquoi, je n’ai jamais vraiment réussi à m’en remettre. Cela dit, je ne les évite pas non plus quand j’en croise dans la rue ou ailleurs.
— Il faut que tu t’entoures de chiens plus souvent pour réussir à surmonter ça.
— Tu as l’air de beaucoup les apprécier.
— Oui. Je travaillais dans un refuge au Nouveau-Mexique. Ce que j’aimais par-dessus tout, c’étaient les jours où nos animaux partaient enfin dans leur nouveau foyer.
— Eh ben, il y a un chien de berger qui se balade dans le coin et qui a l’air perdu !
— De quel côté est-il parti ? s’enquit Blaze en étudiant les bois de l’autre côté de la route.
— À l’opposé de là où tu regardes.
Il posa son regard sur elle avant de jeter un œil dans l’autre direction.
— La forêt s’étend sur des kilomètres et appartient à l’État, non ?
— Il est question de construire un lotissement entre ici et la nouvelle route, de l’autre côté de cette zone boisée. J’espère que ça n’arrivera pas. L’attrait des lieux tient en grande partie à son aspect plutôt pittoresque et reclus. Dès que de nouveaux bâtiments sortiront de terre, on perdra un peu de cette beauté.
— Ça dépend de la façon dont ils font ça, marmonna-t-il. Tu l’as heurté ?
— Je ne pense pas. Je n’ai pas entendu le moindre bruit sourd, mais honnêtement, j’étais bien trop occupée à essayer de ne pas quitter la route.
Blaze traversa la chaussée pour aller voir dans le fossé.
— Je ne vois pas de chien blessé par ici.
— Dieu merci ! murmura-t-elle. Je n’aurais pas été capable de m’en approcher.
— Non, mais tu aurais pu appeler à l’aide.
— C’est ce que j’ai fait. J’ai appelé une dépanneuse.
Il éclata de rire.
— Je pense qu’elle est sur le point d’arriver, alors.
Elle observa la route.
— Oui. Je vais peut-être pouvoir rentrer à une heure à peu près correcte.
— Tu es si en retard que ça ?
— J’étais déjà en retard il y a une heure, répondit-elle, l’air sombre. Je dois apporter tout ce bordel à l’endroit où aura lieu l’événement. On est mercredi, ça commence ce vendredi à vingt heures, et il me reste beaucoup trop de choses à faire.
— Si tu veux, je peux te déposer.
Elle le dévisagea et fronça les sourcils.
— Je suis du coin. Je ne suis juste pas souvent rentré chez moi ces dix dernières années.
Les yeux de la jeune femme s’illuminèrent.
— Ah, je pensais bien que tu me disais quelque chose !
— Je m’appelle Blaze Bingham. Je suis le fils de Dex Bingham.
— C’est l’homme qui dresse des terre-neuve et des saint-bernards, non ?
Il hocha la tête. Elle lui tendit la main et serra la sienne avec enthousiasme.
— Je me souviens de lui. C’est quelqu’un de si gentil !
— Oui. Dans une certaine mesure. Mais comme tous pères et fils, on a eu quelques différends.
— Oh, je comprends tout à fait ! Je me coltine ma mère et deux sœurs aînées. Heureusement, elles vivent à l’autre bout du pays. Comme ça, on continue de s’aimer malgré tout.
Elle lui jeta un sourire si malicieux qu’il s’esclaffa.
— Et tu es ?
— Camilla.
— On s’est déjà rencontrés ?
— Non. Je m’en souviendrais.
Avant qu’il puisse lui demander de préciser sa pensée, la dépanneuse les rejoignit. Blaze regarda le gros véhicule bleu passer, puis reculer ; il n’avait pas vu la personne qui en sortit alors depuis très longtemps. Blaze afficha un énorme sourire tout en attendant de voir si Slim, le conducteur, allait le reconnaître.
Ce dernier lui jeta un bref regard, se tourna vers celle qui l’avait appelé et lui demanda :
— Camilla, qu’as-tu fait ?
— Moi ? s’écria-t-elle, indignée. Moi ? Je n’ai rien fait. Un foutu chien a traversé la route, j’ai essayé de l’éviter et j’ai dû rouler sur quelque chose. Regarde-moi ça ! Le pneu est à plat.
Blaze s’empêcha de lui dire que c’était plus grave que ça. Même la jante était déformée. Ça signifiait qu’il lui faudrait au moins acheter un nouveau pneu.
— Eh bah ça, ça va te coûter cher ! lui apprit Slim.
— Pourquoi ? demanda-t-elle, méfiante.
Il leva les yeux au ciel.
— Ce n’est pas juste un pneu à plat, cette fois. Là, faut carrément changer la roue.
Elle se contenta de le fixer, bouche bée.
— Oh, non ! lâcha-t-elle. C’est hors de prix, ça.
— Peu importe, reprit Slim en remontant un peu son chapeau sur sa tête. Tu as une voiture. Donc tu as besoin de quatre roues. Pour l’instant, tu n’en as que trois. La bonne nouvelle, c’est que tu peux quand même payer tout ça.
— Peut-être, mais j’ai aussi d’énormes dépenses à réaliser, et personne ne s’arrache les services de mon entreprise depuis les quatre coins du monde, rétorqua-t-elle avec un air mutin. Mais bon, si j’en ai besoin, trouve-m’en donc une quatrième, termina-t-elle sur un ton neutre.
Slim baissa les yeux vers elle et reprit :
— C’est ce que je dis, tu dois remplacer la roue entière.
Blaze était amusé par sa réaction, mais il réfléchit ensuite à la potentielle anxiété financière qui se cachait derrière tout ça.
— Y a-t-il une chance pour qu’elle puisse en avoir une d’occasion ? Ou plutôt une paire ?
Camilla se retourna pour lui lancer un regard plein de gratitude, puis reporta son attention vers Slim.
— Alors, ce serait possible ?
Celui-ci se gratta le front, puis ses yeux passèrent du pneu à Blaze plusieurs fois d’affilée.
— Peut-être, fit-il avant de se taire et de se mettre à sourire. Oh ben dame, ça alors !
— Tu parles toujours comme un bon vieux gars de la campagne, lança Blaze en tendant la main à son vieil ami.
— Je suis un gars de la campagne.
Slim le regarda de haut en bas et reprit :
— Eh bah, ça me fait plaisir de te revoir ! Ton père va être si content de voir que tu es rentré, mec !
— Oh, je n’en suis pas si sûr ! Je ne l’ai pas encore prévenu. C’est censé être une surprise.
— Et une bonne, de surprise ! Tu le sais bien. Ça fait bien cinq ans qu’il espère ton retour.
— Je suis là, maintenant, répondit-il. J’étais sur le point de proposer à Camilla ici présente…
Il s’arrêta lorsqu’elle se retourna et leva ses grands yeux bleus de biche vers lui.
— … de la déposer en ville avec toutes ses affaires.
— Ça va te faire passer devant chez toi, puis rebrousser chemin, nota Slim avec pragmatisme. Ce serait mieux si je m’en occupais.
— Le souci, c’est que j’ai beaucoup de bordel à transporter. Tu penses pouvoir tout mettre dans la dépanneuse ? Et puis j’ai besoin qu’on me dépose dans le centre-ville.
Slim eut l’air un peu dubitatif, soudain.
— Écoute, ça ne me dérange pas, intervint Blaze. Il y a beaucoup de place dans mon pick-up. On n’a qu’à tout mettre dedans. Slim va prendre ta voiture en charge et il te préviendra dès qu’il aura des pneus d’occasion ou peut-être même des jantes pour toi.
Elle acquiesça.
— Tu vas bien t’en occuper, hein, Slim ? J’ai vraiment besoin de nouvelles roues.
— Je vais voir ce que j’ai au garage, assura-t-il, mais vaudrait mieux pas que tu conduises avec un pneu dépareillé.
— Comme tu viens de me le faire remarquer, ce ne sera pas le cas, rétorqua-t-elle sur un ton un peu acerbe. Je roulerai sur mes quatre roues.
Blaze eut toutes les peines du monde à retenir un petit ricanement, mais lorsqu’il croisa le regard de son vieil ami, qui levait les yeux au ciel, il se décida à expliquer :
— Ce que Slim veut dire, c’est que même si tu ne peux pas te permettre d’acheter quatre nouveaux pneus, il faut au moins que tu en remplaces deux, pour que ce soit équilibré, soit à l’avant, soit à l’arrière.
— Pourquoi je ferais ça ?
Elle lui jeta un air indigné.
— Il n’y en a qu’un seul à plat.
Blaze fit alors quelque chose qu’il n’avait pas fait depuis très longtemps. Il se mit à ricaner, petit bruit de gorge qui se transforma en véritable éclat de rire, et avant qu’il n’ait eu le temps de dire ouf, il se retrouva plié en deux… Jusqu’à ce que, tout à coup, quelqu’un se mette à lui taper les épaules. Camilla avait attrapé son sac à main sur le siège avant de sa voiture et le frappait avec.
Il fit un pas en arrière, leva son bras pour se défendre, tout en essayant désespérément de reprendre son souffle.
— Désolé, hoqueta-t-il. C’était juste terriblement drôle, pour moi.
— Tu n’es pas très gentil, dis donc ! riposta-t-elle en le fixant.
— Je ne me moquais pas de toi.
À côté, Slim souriait de toutes ses dents, attendant de voir si Blaze arriverait à se sortir de ce mauvais pas.
— C’est juste que Slim ne t’a pas bien expliqué les choses, reprit-il. Il ne faut pas conduire avec un pneu qui diffère des trois autres. Il faut les remplacer par paire, même si l’un des deux est encore en bon état.
Elle mit les mains sur ses hanches et le fixa. Puis elle pivota vers Slim.
— Et quand allais-tu me parler de ce léger détail ?
Sa voix s’assombrissait de seconde en seconde.
— Oh, Camilla, ne commence pas ! rétorqua le mécanicien. Je vais même vous aider, Blaze et toi, à décharger ta voiture et à tout balancer dans son pick-up, OK ?
— Je vais rapprocher ma camionnette. Je reviens tout de suite.
Camilla hocha la tête en silence, et tous trois se mirent en action. Une fois le transfert terminé, Slim rejoignit sa dépanneuse et en abaissa le treuil.
— Je vais récupérer ta voiture. Je la rapporte au garage et là, je verrai. Mais je ne peux te donner aucune garantie. Et oui, Blaze a raison. Il te faudrait quatre nouveaux pneus, ou minimum deux. Plus une roue de secours. Je sais que les affaires ne se portent pas très bien pour toi ces derniers temps, alors je vais voir ce que je peux faire, mais prévois quand même ça dans ton budget. Parce que tes autres pneus, fit-il avant de s’arrêter pour appuyer sa déclaration, ils sont presque foutus eux aussi.
Elle grommela et se dirigea vers le pick-up de Blaze. Celui-ci se dit qu’à bien y réfléchir, il était peut-être le meilleur des deux choix, après tout. Il réussit à contenir ses ricanements, mais tapa sur l’épaule de Slim en passant devant lui.
— Il faut qu’on se retrouve autour d’une bière pour rattraper le temps perdu.
— Tu m’appelles, répondit son vieil ami. Ça fait vraiment plaisir de te revoir en ville, mec.
Puis il se retourna pour récupérer la petite voiture.
Blaze démarra son pick-up et se dirigea vers la ville. Il balisa mentalement l’endroit et vit alors la borne kilométrique 26 devant lui.
— Que regardes-tu ?
— La borne kilométrique, là, pour pouvoir revenir et partir à la recherche de ce chien de berger.
Elle le fixa, les yeux écarquillés.
— Tu vas vraiment faire ça ?
— Absolument !
Camilla Channing l’observa, l’air surpris.
— Wouah ! D’accord. Je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui ferait ça pour un animal.
— Mon père le ferait aussi, et si tu en parlais à Slim, je parie qu’il te répondrait la même chose.
— Je n’ai pas côtoyé d’animaux très souvent, avoua-t-elle, alors ils sont tous un grand mystère pour moi. Ma mère ne nous a jamais laissé en adopter un. Que ce soit un chat, un chien, un cochon d’Inde ou même un hamster, ils étaient tous dégoûtants et demandaient trop d’attention à ses yeux.
— Tu aurais dû lui rapporter des araignées. Elle aurait considéré les hamsters comme des animaux de compagnie très simples d’entretien après ça.
Camilla le regarda avant de glousser.
— Il se trouve que j’aime bien les araignées, chuchota-t-elle.
Il s’esclaffa.
— Je dois te dire que tu ne ressembles pas à quelqu’un qui aime les araignées.
— Eh ben, je n’aime pas celles qui sont répugnantes et qui se déplacent à toute vitesse sur le sol ! précisa-t-elle, l’air tranquille. L’un de mes amis avait des tarentules. Celles-là, elles sont incroyables !
Elle sut que ce commentaire l’avait soufflé lorsqu’il se contenta de marmonner quelque chose dans sa barbe sans quitter la route des yeux. Elle ricana.
— Tu ne devrais pas juger les gens, tu sais. Parce qu’on est tous différents.
— Je ne voulais pas te juger, mais tu as raison, tu es vraiment très différente de ce que j’imaginais.
— Parfait, répondit-elle. Je ne veux pas que les gens soient trop confiants avec moi. Parce qu’après, ils nous enferment dans des cases et partent du principe qu’il nous est impossible d’en sortir.
Elle grimaça, réalisant qu’elle lui en disait probablement trop sur elle-même. C’était juste que toutes ces années à s’entendre dire qu’elle était trop jeune, que son entreprise était trop petite ou qu’elle n’avait pas les compétences nécessaires pour faire du bon travail l’avaient rendue un peu sensible à ce sujet.
— Alors, qu’est-ce qui t’a empêché de rentrer, ces dix dernières années ?
— La marine. Puis un accident, une opération, de la rééducation, le tout suivi d’un moment à essayer de comprendre à nouveau ce que je voulais faire de ma vie.
Elle prit une vive inspiration, compatissante.
— Oh bon sang, ajouta-t-elle, ça a l’air terrible !
— Je revenais chaque fois que j’avais une permission et la possibilité de faire la route jusqu’ici. Le truc, c’est que mes parents voyageaient beaucoup également, pour les concours canins. J’ai perdu ma mère il y a deux ans et je sais que la vie a été bien plus dure pour mon père, depuis.
— Et pour toi, fit Camilla d’une petite voix. Surtout si tu es encore en rémission.
— Exactement, répondit Blaze comme s’il était surpris par sa perspicacité. J’avais prévu de venir leur rendre visite dès que j’aurais été suffisamment rétabli, mais elle est morte dans un accident de voiture avant que j’y arrive.
— Et tu n’es pas allé à l’enterrement ? s’enquit-elle avec hésitation.
Elle changea de position sur son siège, ne sachant pas trop quoi dire. Impossible d’imaginer la douleur de toute une famille.
— Je suis désolée, reprit-elle. J’ai probablement déjà rencontré ta mère, mais je ne me souviens pas de la femme de ton père, si tu comprends ce que je veux dire par-là.
— Si, je vois tout à fait. Et puis si tu n’aimes pas les chiens, tu n’as probablement jamais croisé ma mère. Elle en était folle. Elle s’occupait des chiens de concours, du toilettage des chiens et de l’élevage, elle avait toujours quelque chose à faire.
— Ton père se charge toujours des chiens ?
— Je crois, du moins dans une certaine mesure. J’en saurai plus quand je serai chez moi.
— Et au lieu de rentrer, tu m’amènes en ville, alors que tu pourrais déjà être chez toi, avec ton père. Je suis désolée.
— Le jour où je laisserai quelqu’un dans le besoin se débrouiller seul, je mériterai qu’on me frappe à coups de crosse, déclara-t-il.
Camilla sourit.
— Je pense surtout que tu crois encore à la galanterie.
— Tout à fait, rétorqua-t-il d’une voix forte. Tout comme à l’honneur, à la loyauté ou à l’éthique.
— Wouah ! D’accord.
Au même moment, ils arrivèrent dans le centre-ville.
— Tu pourrais t’engager dans ce parking ?
Il suivit docilement ses instructions et recula jusqu’à la double porte d’un bâtiment. Elle bondit hors du pick-up, son téléphone portable à la main, pour appeler son assistante afin qu’elle ouvre les portes.
— Je te revaudrai ça, merci, lui lança-t-elle avec sincérité.
Blaze descendit de la camionnette, la contourna, en baissa le hayon et répondit :
— Aucun souci.
Camilla le regarda décharger ses affaires du pick-up, et pas juste pour les laisser dehors : Blaze les porta pour les placer exactement là où elle le souhaitait. Elle se sentait mal à l’aise, maintenant. Elle ne savait pas si elle devait le rembourser pour l’essence ou lui offrir quelque chose en échange. Enfin, elle ne voulait pas non plus l’insulter en faisant ça.
— La prochaine fois que tu seras en ville, fais-moi signe et je te paierai un café, proposa-t-elle chaleureusement.
Il hocha la tête.
— Seulement si tu me laisses t’offrir à déjeuner.
Elle haussa les sourcils.
— Tu me proposes un rendez-vous alors que tu viens d’arriver en ville ? Wouah, tu vas vite en besogne !
— Ça ne veut pas dire que ça fonctionne bien, non ? sourit-il. Alors, c’est oui ou non ?
Il posa ses avant-bras sur la partie ouverte de la camionnette, cerclée par une bordure métallique argentée. Elle acquiesça.
— Oui, bien sûr, va pour un déjeuner.
— Parfait.
Il se dirigea du côté conducteur et se tourna de nouveau vers elle.
— Quand ? Je ne sais même pas comment te contacter.
— Oh !
Elle ouvrit le sac à main avec lequel elle l’avait frappé.
— Vu que je t’ai tapé plutôt fort avec ça, je vais t’en donner plusieurs, dit-elle en lui tendant deux cartes. C’est ma carte de visite.
Il en regarda une recto verso et remarqua le nom de son entreprise, imprimée en gras dans une large police, mais le nom de Camilla ne s’y trouvait pas. Il n’y avait aucune adresse professionnelle non plus. On pouvait seulement y lire : Contactez Blyth au-dessus d’un numéro de téléphone.
— Pourquoi ton nom n’est pas dessus ? La plupart des entrepreneurs sont suffisamment égocentriques pour imprimer leur nom partout.
— Pas moi. En plus, c’est à mon assistante, Blyth, de traiter tous les appels téléphoniques et de se taper les maux de tête qui vont avec. J’ai bien assez d’autres choses à faire. Et ne pense même pas à me contacter avant la fin de l’événement que j’organise, dimanche soir.
— De quoi s’agit-il ?
— L’une de ces choses dont j’ai dit que je ne m’en occuperai jamais, gémit-elle. Mais quand on a beaucoup de copines, c’est dur d’y échapper.
— Alors tu vas devoir gérer une ogresse en robe de mariée ?
Elle jeta des coups d’œil tout autour d’elle, posa un doigt sur ses lèvres et murmura :
— Chut ! Personne ne doit jamais t’entendre dire ça.
Il éclata de rire, remonta dans le pick-up, et après un coup de klaxon, il s’en fut.
Un sourire aux lèvres, Camilla retourna à l’intérieur et tomba sur son assistante, Blyth, qui secouait la tête, un doigt accusateur pointé sur sa patronne.
— Quoi ? Un de mes pneus a crevé. Que pensais-tu que j’allais faire ? demanda-t-elle en se hâtant.
— Rien à voir, je viens juste de t’entendre accepter un rendez-vous. C’était quand, la dernière fois que tu en as accepté un ?
— Il y a bien trop longtemps. Pourquoi ? Ça aussi, ça va me causer des ennuis ?
— Tu sais avec combien d’hommes j’ai essayé de te caser ? Chaque fois, tu m’as ignorée. Tu ne me laisses pas t’organiser de rendez-vous avec qui que ce soit, et pourtant, je connais tout le monde ! lança Blyth en levant les yeux au ciel.
Vu que Blyth arborait des pointes violettes sur le crâne et des tatouages sur tout un bras, Camilla n’était pas convaincue de s’intéresser à quelqu’un qui ferait partie de son cercle d’amis.
— Ce n’était pas le bon moment, expliqua-t-elle en se dirigeant vers les cartons que son assistante avait défaits.
— Intéressant, rétorqua cette dernière. Alors, c’est qui, ce type ?
— Un gars du coin. Il s’appelle Blaze. Son père dresse des terre-neuve et des saint-bernards, lança-t-elle sans trop y faire attention. Du moins, il me semble que ce sont les races dont il m’a parlé.
— Oh bah merde, alors ! C’est le fils de Dex.
Elle se tourna à nouveau vers les portes ouvertes, mais la camionnette n’était plus là.
— Pourquoi tu ne me l’as pas présenté ? s’écria-t-elle.
Comprenant que tout ça avait de l’importance même si elle ne savait pas pourquoi, Camilla fronça les sourcils, se redressa, pivota vers son assistante et lança :
— Tu m’emmerdes parce que j’ai accepté son invitation. Et maintenant, tu me fais des reproches parce que je ne vous ai pas présentés ?
Elle secoua la tête.
— Tu es un peu lunatique.
— Peu importe, reprit Blyth. Sa mère était une très belle femme. Ce qui lui est arrivé est tellement triste !
— Je ne me souviens pas d’elle, avoua Camilla avec tristesse. Il m’a dit qu’elle était morte dans un accident de voiture il y a deux ans.
— Elle ne s’occupait pas seulement des chiens de concours, elle était également mannequin. Elle apparaît sur toutes sortes de posters en ville. Elle n’a jamais demandé d’argent en contrepartie de son image, donc beaucoup en ont profité. Elle ne demandait qu’une chose : si c’était possible, elle voulait qu’on la représente aux côtés d’un chien. Elle voulait être connue pour ça, et pour être la femme aux chiens.
— Oh, wouah, c’est incroyable ! Maintenant que tu le dis, je pense voir de qui il s’agit.
— C’est certain, tu l’as déjà vue, insista Blyth sur un ton rassurant. Et souvent. On la voit sur le panneau d’affichage de la bibliothèque parce qu’elle en était cliente. Il y a un poster dans la salle de danse car son mari et elle adoraient danser. Je ne me rappelle pas tous les endroits où on croise son visage, mais tu l’as forcément déjà vue quelque part en ville.
— Ce qui est sûr, c’est que je vais y faire particulièrement attention, maintenant, promit Camilla. Mais pour le moment, revenons-en au travail. Où on en est ?
Blyth sortit son iPad et se mit à cocher des cases.
— On a les couverts et les assiettes. Les centres de table. Les nappes. Les bougies. On attend encore les fleurs.
— Elles ne seront pas livrées aujourd’hui, c’est ça ?
— Non, mais on a la répétition générale demain soir et on a besoin de fleurs pour les installer à l’entrée. Par contre, il y a un problème avec les bouquets, annonça Blyth en grimaçant et en levant les yeux vers sa patronne.
Évidemment, il y avait toujours quelque chose qui n’allait pas. Camilla regarda son assistante avec horreur.
— Il peut y avoir un problème avec les fleurs de l’autel. Avec celles prévues pour la répétition générale. Mais il ne peut pas y avoir de problème avec les bouquets.
— Je sais bien. J’ai reçu plusieurs coups de fil. On essaie de voir si on peut se faire livrer quelque chose, mais Lizzie voulait ces petites gypsophiles roses. Et apparemment, celles-ci ne sont pas arrivées, la fleuriste n’en a plus que des blanches.
Camilla se frotta lentement la tempe, sentant un mal de tête arriver.
— Je dois l’appeler, alors. Ça ne va pas le faire. Il nous faut du rose. Tu te souviens ? Lizzie nous l’a dit : c’est la seule chose sur laquelle elle n’acceptera aucun compromis.
— Un élément non négociable pour la mariée, c’est une chose, mais un élément non négociable que l’on ne peut pas obtenir d’ici deux jours, c’en est une autre, c’est même totalement différent, déclara Blyth.
— Je sais, gémit Camilla, les yeux rivés au plafond.
Elle ouvrit les bras comme pour dire : « Pourquoi ? » puis reprit :
— Laisse-moi parler à la fleuriste. Il y a peut-être un moyen.
— C’est toi qui l’appelles. Moi, je vais commencer à défaire tous ces cartons.
Camilla acquiesça, sortit son téléphone et appela la fleuriste.
— Je sais ce que tu vas dire, Camilla, lança Wanda. Mais je ne peux rien faire pour ça. Impossible d’en avoir des roses. Je ne peux pas les avoir aujourd’hui. Ni demain et encore moins dimanche.
— En d’autres termes, c’est impossible. C’est ce que tu es en train de me dire ?
— Exactement.
— Et si on utilisait des bombes de peinture… ? demanda Camilla.
Après un moment de silence à l’autre bout du fil, Wanda éclata de rire.
