Boomerang - Philippe Malgrat - E-Book

Boomerang E-Book

Philippe Malgrat

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Beschreibung

Une directrice de recherche de l'université de Moscou, un radioastronome ambitieux et transgressif qui se morfond au Nouveau Mexique, une néorurale télépathe frappée d'amnésie qu'un chamane tente de rééduquer et tous ces bureaucrates des agences spatiales en passant par le SETI* et le METI* qui bâtissent leur carrière. "Pourvu que l'on ne découvre rien. Merci Frank Drake de nous assurer qu'aucun être du monde interstellaire ne viendra à notre rencontre".Sauf qu'à bord du vaisseau Pioneer de retour de Proxima du Centaur, un passager bien encombrant attend... *Search for Extraterrestrial Intelligence, Messaging Extraterrestrial Intelligence.

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Seitenzahl: 154

Veröffentlichungsjahr: 2022

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Nous piétinons éternellement aux frontières de l’inconnu, cherchant à comprendre ce qui restera toujours incompréhensible.

Et c’est précisément cela qui fait de nous des hommes.

Isaac Asimov

Sommaire

Préambule

Radiotélescope VLA - Nouveau Mexique

Cirque de Navacelles – France, région des Causses

Washington

Agence spatiale Européenne – Base d’entrainement de Cologne

Cirque de Navacelles

Moscou

Albuquerque

Hermosillo – Mexique

Cité des Etoiles - Chtchiolkovo

Cirque de Navacelles

Nasa GFSC – Washington

A bord de Crew Dragon

Camping sauvage – Khazakstan

Oracle - Arizona

CNN center - Atlanta

Préambule

Nous ne mesurons pas à quel point les scientifiques sont embarrassés par la confrontation avec une civilisation extraterrestre et plus encore, d’en accueillir un représentant sur notre Terre. C’est le propos de ce roman.

La présence à son bord d’un humanoïde, lors du retour accidentel d’un vaisseau interstellaire dans la ceinture de Kuiper 1, est loin de susciter l’enthousiasme des autorités spatiales telles que la Nasa et l’Esa. Après s’être assurées qu’il ne s’agissait pas d’une comète ou d’un astéroïde, elles se réfugient d’abord dans un mutisme prudent. Plus tard, l’intention des Russes de le faire atterrir provoque la plus vive hostilité des pouvoirs occidentaux. Surgissent les craintes d’une pandémie et les peurs d’une confrontation avec une créature qui pourrait être hostile, ce qu’exprimaient déjà des personnalités de renom comme l’astrophysicien Stephen Hawking et le physicien de la théorie des cordes Michio Kaku. « Une fausse bonne idée voire une idée terrible ! ».

1 Zone du Système solaire se situant au-delà de l’orbite de Neptune analogue à une ceinture d’astéroïdes.

- 1 –

Radiotélescope VLA - Nouveau Mexique

Il faisait encore nuit lorsque Jeff Magnus quitta sa chambre du Monterey Motel. Pensif, il venait d’avaler une demi-boîte de brownies, abandonnée là entre ses affaires. Il traversa une vaste étendue balayée par le vent, guidé par la lumière de la cafète, pour prendre place au comptoir, histoire d’échanger quelques mots avec Mary, la patronne, ainsi qu’avec les rares voisins qui se levaient à l’aube. Il avait besoin de la clé du hangar où elle entreposait pour rendre service, toutes sortes d’antiques guimbardes illicites fonctionnant au « gas ». Il y avait longtemps que la police ne prêtait plus attention à la circulation, depuis longtemps interdite, de ces engins thermiques pétaradants. Son casque à la main et son blouson râpé trahissaient ce matin-là, les intentions de Jeff.

–– Alors, un trip easy rider, Jeff ? Ça fait longtemps ! demanda Mary, tout en lui servant son café avec un léger dodelinement de la tête.

–– Ouaip, répondit-il, tout en lui faisant comprendre d’un geste de la main, pouce tourné vers le bas, qu’il avait besoin de quelques gallons.

–– Bien sûr, sers-toi. Tu me diras ce qui reste.

Il eut quelques difficultés à ouvrir le cadenas. En pénétrant dans l’antre sans éclairage, il se dirigea au jugé, lorsqu’il reconnut tactilement la selle et le guidon de sa vieille Harley. Il la chevaucha, branla la machine de gauche à droite pour se confirmer, au bruit du clapot dans le réservoir, qu’il avait besoin de carburant. Oh quel vilain mot : carburant, depuis longtemps banni ! Ce liquide poisseux et nauséabond n’était-il pas la cause de toute cette pollution au carbone ?

Depuis trois ans déjà, il empruntait quotidiennement la route depuis Albuquerque jusqu’au VLA 2. Mais en ce début de printemps, il avait espoir d’admirer enfin le lever du soleil sur la chaîne San Andres, dont l’éclat sur la neige au travers de la trouée du col de San Augustin avait quelque chose de féerique, tout autant que ces exhalations d’essences de saguaros et de plantes grasses du désert que l’on ne respire qu’à moto. Cela romprait la monotonie du trajet… et de son quotidien de radioastronome, songea-t-il. On pourrait croire les journées de Jeff au VLA, oniriques, glorieuses, parce qu’émaillées sans cesse de découvertes passionnantes, de mystérieuses comètes venues des confins de l’univers, ou de nouvelles planètes telluriques et, pourquoi pas un jour, d’indices d’une vie extraterrestre intelligente.

Bercé par les vibrations du V-Twin et par les airs entêtants de Courtney Barnett, rockeuse néo soixante-huitarde, il rassembla ses pensées sur la route déserte et rectiligne pour se représenter mentalement l’emploi du temps de sa journée. Qu’allait-il imaginer pour en rompre l’uniformité ? Curt, son collègue malade depuis peu, avait sans doute consigné ses observations du vendredi précédent. Une habitude qu’il affectionnait lorsqu’un scrutateur venait à manquer, même s’il n’y avait rien de remarquable à signaler. Il trouvait ça si désuet ! Un échange verbal aurait fait tout aussi bien. L’aube se levait sur la grande plaine, dardant ses rayons fauves. Déjà, on devinait l’alignement à l’horizon des premières antennes du réseau en « Y » de l’observatoire. Cette disposition, apportait au VLA, en combinant l’observation de chacune des antennes, une résolution record d’un centième d’arc. On n’avait jamais fait mieux depuis.

Mais l’époque n’était plus aux radiotélescopes géants et au SETI 3, institut chargé de la détection d’ondes radio électriques émises par d’éventuelles civilisations extraterrestres. En fait, depuis déjà plus d’un siècle, aucune émission d’ondes autres qu’humaines n’avait été enregistrée.

On avait alors recyclé les radiotélescopes existants en sentinelles d’observation des météorites et des comètes géantes traversant le nuage de Oort, au-delà de l’orbite de Pluton, qui risquaient un jour de percuter la Terre.

Après la traversée du parking, Jeff s’appropria une place au pied de l’entrée de l’observatoire. Il s’extirpa de la selle de sa monture chromée, non sans remonter son pantalon qui lui arrivait maintenant à mi-fesses. Sans doute un des effets vibratoires du V-Twin ? Il salua les trois personnes de l’équipe présente ce matin autour de la machine à café, où il prit soin de demander des nouvelles de Curt. Ce n’était pas grave selon eux, une sorte de crise de foie sévère, mais la convalescence serait longue, peut-être deux à trois semaines.

–– Il t’a laissé des instructions sur son cahier bleu, tu verras, avertit l’un d’eux en le dévisageant, non sans un clin d’œil amusé.

–– Pourquoi il ne m’a pas appelé ? déplorait Jeff en haussant les épaules.

–– Pas dans son assiette vendredi dernier. Il a sans doute préféré griffonner les idées comme elles venaient, plutôt que de t’appeler.

Cette manie de tout consigner par écrit, c’était la marotte de Curt. Au VLA, mais sans doute aussi partout ailleurs, il était le seul à noter à la main, sans compter ses nombreux petits croquis, voire de graffitis, toutes ses observations du jour sur d’antiques cahiers d’écolier à petits carreaux qu’il avait chinés, ainsi qu’un traceur à encre de Chine qui écrivait très fin : une rareté. Ces cahiers annotés, il en avait accumulé une vingtaine, constellés de pattes de mouche, en presque vingt ans de carrière au bureau des scrutateurs. Chacun était daté sur la couverture.

Jeff déplia la feuille de consignes posée là devant son écran et compulsa la liste de ses observations de la semaine. Une litanie de banalités excepté à la fin, entre deux ratures, un triangle et son point d’exclamation pointaient les coordonnées d’un des astres observés, comme pour attirer l’attention sur quelque chose d’anormal.

Curt indiquait qu’il avait remarqué cet objet céleste, il y avait déjà six mois. Qu’il était à peine détectable car, nettement plus petit qu’une comète. Curt semblait divaguer : il alla jusqu’à affirmer dans ses notes que l’objet ralentissait et qu’il se dirigeait probablement droit vers la Terre. Il invitait Jeff à examiner tout cela, comme l’inclinaison de sa trajectoire par rapport au plan de l’écliptique et surtout, à déterminer si l’axe des nœuds passait ou non par la Terre. « Quelle bizarrerie y avait-il dans ses intuitions ? » se demanda Jeff lorsqu’il estimait que l’objet décélérait et que son déplacement n’obéissait pas à la loi des aires. C’était un non-sens en astronomie !

Les vérifications demandaient de fastidieux calculs. Jeff se trouvait devant un dilemme. Soit ses élucubrations reflétaient déjà les symptômes du malaise de Curt soit était-il confronté à La découverte de sa carrière ? La radio astronomie a toujours été considérée comme subalterne, devant toutes les autres sciences d’observation de l’Espace. Il suffisait de comparer les budgets et surtout l’âge des installations. Face aux gigantesques télescopes construits depuis moins de dix ans au Chili, le VLA n’avait pas moins de quatre-vingts ans. Souvent, les antennes s’arc-boutaient sur leurs rails de positionnement. Par manque de maintenance ? Sans doute. Ou était-ce plutôt le signe d’une déconsidération ?

Armé d’un énorme paquet de donuts au chocolat et d’un deuxième café, Jeff commença ses calculs. Il avait remarqué que l’objet… comment allait-on le baptiser ? Était déjà mentionné dans le cahier précédent.

Une fois déterminé le plan de la trajectoire, il constata que la décélération était constante et proche de « g », soit celle de la pesanteur terrestre. Il n’y avait que quatre données enregistrées, c’était très peu bien sûr, mais la coïncidence n’était-elle pas troublante ? Aucun objet céleste naturel ne décélère de la sorte !

Une autre particularité : l’axe des nœuds passait bien par la Terre. C’en était trop ! Qui pouvait bien venir à notre rencontre de si loin !

Cathy, une jeune étudiante chercheuse à la chevelure rousse des plus exubérante s’approcha tout sourire de son bureau. Elle usa du stratagème de lui chiper un de ses derniers donuts, pour faire connaissance. Il lui semblait que ce radioastronome d’apparence ténébreuse avait autre chose à offrir. Il fallait juste le dérider, le découvrir.

–– T’es plus disert d’habitude. Qu’est-ce qui te plombe aujourd’hui ?

–– Curt et ses lubies, répondit-il, légèrement agacé.

Il hésita à appeler Curt pour qu’il lui confirme son intuition ou bien préfèrerait-il garder tout ça pour lui et pourquoi pas, se voir attribuer seul, la primeur de la découverte. Il releva la tête, le visage radieux devant elle pour affirmer à haute voix : « Oui, cet objet, je le baptise Magnus ! » qu’il inscrivit sur le cahier de Curt. Elle ne posa aucune question à propos de cette fulgurance.

–– Dis donc Jeff, elle est superbe ta Harley ! Tu m’emmènes un de ces quatre ? lança Cathy.

Elle savait que Jeff vivait sans copine attitrée.

–– Ok, fit-il. Plus tard, plus tard… J’ai encore des trucs à vérifier.

Sur quelques feuillets, il décrivit la trajectoire de la comète singulière, et envoya le tout par courrier postal au M.W. Jackson building à Washington, siège de la Nasa. Un courrier postal avait dans son inconscient, infiniment plus de valeur qu’un mail. D’ailleurs, à la Nasa, à qui s’adresser ?

Le lendemain, Cathy, ravie, remarqua que Jeff avait apporté un casque supplémentaire. Curt, lui, était toujours cloué au lit.

Dès la réception du pli en provenance du VLA, Washington se chargea de vérifier les hypothèses et les calculs de ce Jeff Magnus. La Nasa se méfiait naturellement du SETI, avec lequel elle partageait les budgets alloués à l’exploration spatiale. À Albuquerque, de fil en aiguille, Cathy avait pris goût à ses tours à moto dans le désert. Curt s’était remis de sa jaunisse et revint se plonger dans ses cahiers. Il faillit s’étrangler lorsqu’il constata le vol de sa découverte par son proche collègue en qui il avait entière confiance. L’équipe des scrutateurs le dissuada de se faire porter pâle à nouveau pour cause de « burn-out ». Il en fut quitte pour faire aménager chez lui une ligne directe sécurisée au nom de Curt Roy. Il pourrait ainsi récupérer toutes les données d’observation du centre, depuis son domicile et même orienter et déplacer lui-même à distance les antennes du radiotélescope pour ses besoins exclusifs. L’évènement le plus inattendu de cette histoire, c’est qu’un jour, l’objet « Magnus » était devenu quasi immobile, stoppé là, à une distance respectable de 8 unités astronomiques, soit à 1,2 milliard de kilomètres de la Terre.

Jeff profita du courrier retour de la Nasa qu’il avait intercepté sans en faire part à Curt, pour noter le nom de son correspondant : Archie Dickens. Il prit aussitôt un billet pour Washington, jugeant que, comme découvreur de cette comète à la trajectoire si singulière, toute action, toute décision à son sujet devait passer par lui. Il appela Archie pour l’informer qu’il allait le rencontrer sans tarder au siège de la Nasa. Jeff Magnus, scrutateur au VLA, les yeux malicieux, le bouc taillé en pointe, les groles usées, tout comme sa veste râpée qu’il n’avait pas renouvelée depuis qu’il avait quitté l’université, n’avait aucune publication à son actif. Aussi, sentait-il avec « Magnus », poindre son heure de gloire. Son bronzage et son début de quarantaine presque juvénile le déconsidérait. Il décida de changer d’apparence. Il rasa sa barbe et domestiqua sa chevelure, en se faisant passer pour plus âgé qu’il n’était. Cathy le briefa sur le « dress code » en vigueur chez les directeurs de laboratoire ; cravate noire unie, chemise blanche infroissable et lunettes en écaille. Il remisa sa Harley au garage. Comme il voulait en remontrer à ses ex-copains de fac de Washington ! A ceux qui avaient déjà gagné une certaine notoriété pour avoir publié sur le sujet porteur du moment : les signes de présence d’une vie intelligente sur quelques exoplanètes telluriques. Ils étaient fort bien considérés par la communauté scientifique et tellement mieux lotis avec leurs budgets qui faisaient pâlir d’envie ses collègues du VLA !

S’il venait avec Cathy ? Ça poserait son homme. Il la présenterait comme son assistante thésarde. La comète « Magnus » qui avait rejoint le Système solaire d’une manière si atypique en décélérant, ne serait-elle pas assimilable à un vaisseau spatial ? Rien ne pouvait s’expliquer autrement ! Il ne fallait pas manquer le coche et laisser échapper la paternité cette découverte entre les serres des prédateurs de la Nasa.

Ils avaient rendez-vous le mardi suivant avec Gérald Janksy, PhD, une pointure de l’astronomie de la Côte Est. Cathy l’identifia sur le trombinoscope de la grande agence spatiale. Ce WASP brillant, archétype du carriériste, la mâchoire large et carrée, le sourire conquérant, l’assura par son intuition que ce rendez-vous allait se révéler inutile.

2 Le Very Large Array ou VLA. Le très grand réseau, est un radiotélescope situé dans la plaine de San Augustin, rattaché au National Radio Astronomy Observatory, Il est formé de 27 antennes paraboliques identiques, larges de 25 m chacune, qui se déplacent sur des voies de chemin de fer disposées selon un tracé formant un immense Y.

3 Search for Extra-Terrestrial Intelligence, généralement désigné par son acronyme SETI, regroupe des projets scientifiques essentiellement américains dont l'objectif est de détecter la présence de civilisations extraterrestres avancées.

- 2 –

Cirque de Navacelles – France, région des Causses

Quelques années auparavant

Déjà un mètre de neige ce soir, déplora Carole. Elle exhorta sa fille Céline, de rester, de ne pas aller passer la soirée chez son copain Anton.

–– Tu sais, c’est loin Soubès et avec cette tempête, je ne serais pas tranquille de te savoir bloquée sur cette piste.

–– C’est déneigé maman ! lui répondit Céline. Et puis Anton a trouvé une vieille cassette de film à la déchetterie. Il voudrait la visionner avec moi. Ça s’appelle « Soleil vert ». Tu connais ?

–– Oui, je crois que je l’ai vu à la cinémathèque quand j’étais étudiante.

Carole rassembla ses souvenirs à propos de ce film emblématique pour des générations d’écolos : une illustration parfaite des stigmates de la fin du monde provoquée par le réchauffement climatique sur une population exsangue de quarante millions d’habitants subsistant dans un Manhattan insalubre. Mais cinquante ans plus tard, la vision prémonitoire de ces militants ne s’est pas vérifiée : le prix inabordable des logements et la prohibition progressive des voitures individuelles en étaient les raisons majeures. Partout, les mégapoles occidentales se sont muées en citadelles luxueuses inaccessibles. Elles n’ont pas subi l’engorgement imaginé par Edward G. Robinson au siècle dernier, loin de là !

L’apitoiement des Américains sur une époque révolue de la consommation débridée, lui revenait en mémoire : la fin du consumérisme, la pénurie d’énergie, d’eau, de viande, de nourriture végétale, sauf pour les privilégiés du quartier de Chesley. Ils louaient de somptueux appartements dotés chacun d’une femme de plaisir dénommée « mobilier ». Cette marchandisation des femmes, la façon de neutraliser des émeutiers en les pelletant comme des gravats et enfin la démesure : telle la production à l’insu des habitants d’une nourriture artificielle à partir de cadavres de vieillards. Une exagération qui dénotait d’un déclin extrême de la société humaine, au-delà de celle du climat.

–– Je me souviens, reprit Carole. Les habitants affamés de New York en étaient réduits à consommer, sous forme de biscuits verts, de la chair humaine !

Ils étaient prêts à tout pour obtenir des soleils verts.

–– Ça s’est produit ? demanda Céline, inquiète.

–– Non. Tu sais, c’est juste un film. Les grandes villes ont une image invivable et dangereuse, c’est connu, mais pas au point de devenir anthropophage ! Tout ça, ce sont des histoires !

Céline resta songeuse, partagée entre la curiosité et son affection pour sa mère.

–– D’accord maman. Je reste là mais à condition que tu m’expliques encore ce qui nous a conduits à vivre ici.

–– Bien sûr ! Assieds-toi à côté de moi.

« D’abord j’ai été licenciée pour avoir manifesté. On m’a filmée alors que je me tenais sous une banderole Trotskiste. C’était un parti politique de gauche, très mal vu à l’époque. Alors dans la banque où je travaillais, tu peux imaginer !

Nous avons quitté ensemble, avec toi et ton père, la rue Oberkampf pour habiter ici à Saint Pierre. C’était en 2055, je crois. Le changement climatique s’accélérait. Il n’y avait plus de glaciers, la Camargue était recouverte. Il y avait beaucoup de manifestations en ville. Les politiques