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Michel et Bruno Bilquin, père et fils, livrent, d’Amour à Zéphyr, un joli bouquet de thèmes et de mots qui reviennent à plaisir dans l’œuvre chantée de l’illustre Sétois.
Chacune des trente rubriques s’ouvre par quelques strophes contenant le mot choisi, décliné ensuite par les auteurs au fil de leurs vagabondages dans la riche forêt des chansons de Brassens, où ils ont voulu faire partager leur amour pour les arbres remarquables qu’elle abrite.
Tant il est vrai que les arbres de la forêt plantée par le génial chanteur à guitare et à moustache sont « tous de bonne graine, de haute futaie ».
Que le lecteur pénètre joyeusement sous ses savoureuses et frondeuses frondaisons.
Un ouvrage pour les amoureux de la langue et de la chanson françaises !
EXTRAIT
Si une réelle amitié et une admiration réciproque unissaient Brel et Brassens, elles ne furent pas acquises d’entrée de jeu.
En dehors de la scène, Brel était, du moins à ses débuts, plus réservé encore que Brassens, et l’entourage de Jacques n’appréciait que modérément les potacheries et défoulements de la bande à Georges.
D’où le surnom de « L’abbé » que Georges, jamais à court de totemisations, décochait à Jacques à l’aube de leurs relations.
Le surnom disparaîtra bientôt et l’on verra plus d’une fois, par la suite, les deux apôtres en commune guindaille, éclusant de concert force litrons...
À PROPOS DES AUTEURS
Michel Bilquin, né en 1938, est ingénieur et musicien.
Bruno Bilquin, son fils, né en 1966, est juriste.
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Seitenzahl: 108
Veröffentlichungsjahr: 2017
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© La Boîte à Pandore
Paris
http://www.laboiteapandore.fr
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ISBN: 978-2-39009-134-9 – EAN: 9782390091349
Toute reproduction ou adaptation d’un extrait quelconque de ce livre par quelque procédé que ce soit, et notamment par photocopie ou microfilm, est interdite sans autorisation écrite de l’éditeur.
BRASSENSLe dictionnaire piquant
À tous les amoureux
de la langue française,
de la liberté,
de la musique,
de la poésie,
et qui savent lire entre les lignes
du texte et du cœur
Plus de 30 ans déjà
que la trouée du grand chêne abattu
est restée béante dans la forêt.
Que le trou dans l’eau de notre « grand-mare »
ne s’est pas refermé.
Que les nuages, certains soirs,
ont la forme de guitares.
Que le Père éternel a accueilli, c’est sûr, à travers ciel,
en fronçant les sourcils
pour faire semblant de ne pas sourire,
un Georges Brassens pestant plutôt
d’avoir été mené là si tôt,
mais néanmoins heureux, morbleu,
d’y retrouver le vieux Léon,
son accordéon
et toutes les belles inconnues
disparues
de son horizon...
En guise d’hommage, bien modeste,
nous lui adressons ce petit chrysanthème,
une « marguerite des morts »
à 30 pétales.
Que le lecteur l’effeuille sans crainte :
aucun ne tombera sur « pas du tout »,
ni même sur « un peu ».
Michel et Bruno Bilquin
Qu’il soit charnel ou platonique, l’amour est, qui l’ignore ?, l’un des thèmes majeurs chez Brassens.
Il le décline de multiples façons, toujours très poétiquement.
Le plus souvent, usant de la prosopopée et de son goût pour la mythologie, il le personnifie tantôt en Cupidon (ou Eros), avec son arc et ses flèches, tantôt en Vénus (ou Aphrodite) ou encore Psyché...
« Fi des chantres bêlants qui taquinent la muse érotique,
des poètes galants qui lèchent le cul d’Aphrodite »
(Sauf le respect que je vous dois)
« Mais quand, par-dessus le moulin de la Galette,
elle jetait pour vous sa parure simplette,
c’est Psyché tout entière qui vous sautait aux yeux »
(Les amours d’antan)
Vénus occupe une place à part, qui donne son nom à une chanson (Vénus callipyge) et intervient dans de nombreuses autres pour évoquer la femme en ce qu’elle peut susciter d’envies charnelles...
« Et la moindre amoureuse avait tout de Vénus »
(Le grand Pan)
...voire causer certains maux pas trop avouables:
« Certes, il m’arrive bien, revers de la médaille,
de laisser quelquefois des plumes à la bataille ;
(...) Vénus parfois vous donne
de méchants coups de pieds qu’un bon chrétien pardonne »
(Le bulletin de santé)
Mais c’est Cupidon qui entre en scène le plus souvent, sans doute à cause de ses « ustensiles », qui permettent de varier les images :
« Mon Cupidon, qui avait la
flèche facile en ce temps-là »
(Le fantôme)
Cupidon n’est pas toujours, loin s’en faut, présenté à son avantage :
« Se consacrant à d’autres imbéciles,
il n’eut pas l’heur de s’occuper de nous,
avec son arc et tous ses ustensiles.
Il est des jours où Cupidon s’en fout »
(Cupidon s’en fout)
Il en prend même parfois plein la figure, ce ‘Sale petit bonhomme’ (titre d’une chanson éponyme), venant, habillé en huissier, ramasser ses flèches et remettre en place les pétales de la marguerite que l’on avait effeuillée.
Ou encore :
« En l’occurrence, Cupidon
se conduisit en faux-jeton,
en véritable faux témoin »
(Histoire de faussaire)
Brassens semble opposer l’amour éternel, platonique, plutôt de l’ordre de l’inaccessible, à l’amour charnel, plus éphémère, mais plus à la portée des humbles mortels.
Dans le couplet final du « Grand Pan », il ose même une parodie de « L’azur », de Mallarmé.
Le vers mallarméen : « Je suis hanté. L’azur! L’azur! L’azur! L’azur! » devient :
« Je suis hanté : le rut, le rut, le rut, le rut! » (et il est vrai que le rut finit ‘en T’)
Mais loin de ces provocations, ce sont souvent les amours d’antan qu’il chante, en les empruntant parfois à d’autres poètes : François Villon (Ballade des dames du temps jadis), Paul Fort (Si le bon Dieu l’avait voulu) ou encore Aragon (Il n’y a pas d’amour heureux).
Comme dans toute son œuvre, il affectionne les tournures anciennes et donne à ses conquêtes- ou à ses espoirs- des prénoms désuets autant que charmants : les Mimi, Lison, Lisette, Bécassine, Clairette, Marinette, Suzon, Ninon et autres émaillent nombre de ses chansons...pour ne pas même parler de... la femme d’Hector (qui était Andromaque, une autre Pénélope en quelque sorte).
Il chante aussi souvent les amours vénales, celles qui s’échangent, soit contre argent :
« Elle me fit faux bond
pour un vieux barbon,
la petite ingrate,
un Crésus vivant,
détail aggravant,
sur la rive droite »
(Les ricochets)
soit contre bijou et/ou particule :
« Sabine, un jour,
a tout vendu, sa beauté de colombe,
tout son amour
pour l’anneau d’or du comte de Saldagne,
pour un bijou »
(Gastibelza)(poème de Victor Hugo)
Néanmoins, Brassens vouait un réel respect aux professionnelles de l’amour tarifé, au point de leur consacrer une chanson, « La complainte des filles de joie », qui lui valut une lettre de reconnaissance émue de la corporation en question. Il en fut très touché.
Pour beaucoup d’amoureux de son œuvre, la plus belle déclaration d’amour qu’il ait mise en chanson est celle de « La non-demande en mariage », qui se termine par :
« Qu’en éternelle fiancée
à la dame de mes pensées
toujours je pense »
Loin de cette superbe déclaration d’amour, Brassens a aussi souvent chanté l’amour déçu, les amoureux et amoureuses trahis.
La chanson « Sauf le respect que je vous dois » vient ainsi comme un contrepoint du célèbre « Parlez-moi d’amour » que Lucienne Boyer chantait dans les années 30 :
« Parlez-moi d’amour, redites-moi des choses tendres »,
susurrait l’interprète du premier tube mondial en langue française.
Brassens a répondu, en écho dissonnant, également en treize syllabes, prenant la posture de l’homme trompé :
« Parlez-moi d’amour, et j’ vou’s fous mon point sur la gueule ».
Mais l’homme n’a pas le monopole du cœur... brisé. Ainsi :
« Ni cette autre et sombre voix
montant du plus profond d’elle,
lui rappelant que parfois
il fut infidèle »
(Bonhomme)
Brassens a su jouer toutes les notes, bémols inclus, sur les gammes de l’amour.
« Que faisiez-vous, mon cher, au temps de l’Algérie,
quand Brel était vivant, qu’il habitait Paris ?
Je chantais, quoique désolé par ces combats,
La valse à mille temps et Ne me quitte pas »
(Honte à qui peut chanter)
Si une réelle amitié et une admiration réciproque unissaient Brel et Brassens, elles ne furent pas acquises d’entrée de jeu.
En dehors de la scène, Brel était, du moins à ses débuts, plus réservé encore que Brassens, et l’entourage de Jacques n’appréciait que modérément les potacheries et défoulements de la bande à Georges.
D’où le surnom de « L’abbé » que Georges, jamais à court de totemisations, décochait à Jacques à l’aube de leurs relations.
Le surnom disparaîtra bientôt et l’on verra plus d’une fois, par la suite, les deux apôtres en commune guindaille, éclusant de concert force litrons...
Tout comme Patachou, la première à lui avoir donné (presque malgré lui!) vraiment sa chance, Brassens savait flairer les bons artistes et les distinguer des autres.
On ne trouvera aucune ivraie dans le bon grain de ses amis.
Citons, dans une liste alphabétique loin d’être complète, les noms de Salvatore Adamo, Marcel Amont, Barbara, Guy Béart, Maurice Chevalier (mais oui!), Raymond Devos, Jean Ferrat, Léo Ferré, Serge Gainsbourg, Juliette Gréco, les Frères Jacques (avec lesquels Brassens partagea tours de chants aux Trois Baudets et tournées en voiture dans la France profonde- voiture qu’il adorait conduire d’ailleurs, sauf à l’entrée des grandes villes, histoire de ne pas être reconnu, modestie oblige), Bobby Lapointe, Maxime Leforestier, Moustache, Patachou, bien sûr, Catherine Sauvage, Anne Sylvestre, Charles Trenet, Boris Vian...
Prestigieuse autant que diversifiée constellation !
« Mais c’étaient mes amis, excusez-moi du peu ! », pourrait-on parodier.
Ceci sans compter quelques grands talents de la scène ou du 7ème Art, tels Pierre Brasseur, Michel Simon, Lino Ventura (lui aussi un grand copain de Brel, avec qui il tourna L’emmerdeur et L’aventure c’est l’aventure), Jean-Pierre Chabrol et bien d’autres.
Tous lui vouent une admiration sans bornes, qu’Adamo a su joliment exprimer lors d’une interview :
« Georges Brassens, un artiste devant lequel chaque artiste se sent tout petit ».
Quant à Brel, il disait de Brassens : « C’est un péché mortel de ne pas écouter les chansons de Brassens ».
Les deux ont eu, à leurs débuts, le même producteur, Jacques Canetti, également propriétaire de la salle « Les trois baudets » et directeur artistique chez Polydor.
Très différents en style et en écriture, les deux chanteurs, en revanche, ont souvent traité des mêmes thèmes universels : l’amour, l’amitié, les femmes, la tromperie (des dames et aussi des messieurs), les cocus, les bourgeois et bien-pensants, la perte de l’innocence, la mort, les parents, la guerre, l’enfance... Chez Brel, c’était sur un ton toujours grave, à la limite du désespéré, loin du style léger et enjoué de Brassens ; les chansons d’amour de Brel, par exemple, sont généralement profondément tristes, là où Brassens fait le plus souvent surnager, du même fond mélancolique, un enthousiasme, un sourire, un quiproquo amusant, une situation cocasse où la gaudriole et le goût de la bagatelle ne sont jamais loin.
Dans « Ne me quitte pas », paradigme de la chanson d’amour chez Brel, on a un amant qu’on imagine pleurer à genoux devant la femme aimée et qui le quittera inexorablement ; un amant pathétique d’humilité et de tristesse extrême, une première sans doute dans la chanson française, où jusqu’alors le beau sexe est aussi le seul faible.
Chez Brassens, l’homme quitté, s’il est toujours cocu (voire veuf), n’en prend généralement pas trop, ou pas trop longtemps, ombrage, et trouve vite une remplaçante :
« J’en pleurai pas mal ;
le flux lacrymal
me fit la quinzaine »
(Les ricochets)
Lorsque, par exception, Brassens envoie, sur toute la longueur d’une chanson, une bordée d’insultes à la compagne fugueuse, il n’a nullement l’intention d’attendre indéfiniment son retour :
« Je l’attendis un soir, je l’attendis jusqu’à l’aurore,
je l’attendis un an, pour peu, je l’attendrais encore »
(Sauf le respect que je vous dois)
Il est, également, frappant de constater combien les auteurs respectifs du « Plat pays » et de la « Supplique pour être enterré sur la plage de Sète » partageaient aussi bien la fierté de leur lieu d’origine que la détestation d’un patriotisme excessif et belliciste.
Et ce, tout en brocardant l’un et l’autre les « pacifistes bêlants ».
Les mots de Brel dans « Les bonbons » (2e version de 1967) : « J’défile criant : Paix au Vietnam, pasqu’enfin, enfin, j’ai mes opinions » font écho à ceux de Brassens :
« Lui, le pacifiste bêlant,
qui fabriquait des cerfs-volants
avec le drapeau tricolore »
(Lèche-cocu)
Et, bien sûr, il y a ce fameux cliché immortalisant, le 6 janvier 1969 à Paris, l’interview de « trois monstres sacrés de la chanson française » (ainsi qu’ils auraient détesté se faire appeler), Brassens, Brel et Léo Ferré.Interview dans laquelle les trois compères parlent notamment de la poésie, de la chanson, du cinéma, de la solitude, de la mort, de l’argent, du succès, de l’anarchisme, de Dieu, des femmes (pour ces dernières, dans des termes qui, aujourd’hui, pourraient passer pour plutôt machistes, bien qu’en l’occurrence, la langue de Brassens n’ait pas été la plus dure).
Evoquons enfin l’interview de Brassens, peu après la mort de Jacques Brel, où il dévoile l’admiration et la tendresse qu’il lui portait :
« Je ne pense pas qu’il soit mort, Brel, avec ce qu’il a fait, ce qu’il a écrit, avec ses qualités d’auteur, d’écrivain. (...) On s’y attendait évidemment un petit peu, à sa mort, puisqu’il avait ce fameux mal dont on n’ose pas dire le nom. (...) Mais on croyait que ça allait mieux, puisqu’il y a quinze jours, Lino Ventura voulait qu’on déjeune ensemble ».
Ce même « mal dont on n’ose pas dire le nom » devait emporter Brassens le 29 octobre 1981, trois ans après Brel.
Solidarité dans la maladie et la mort, comme dans la vie.
« Mais il y a peu de chances qu’on
détrône le roi des cons »
(Le roi)
Difficile, si l’on veut rendre hommage, même brièvement, à Brassens, de ne pas citer ce petit mot qu’il affectionne et utilise tout particulièrement.
