C'est pas la taille qui conte - Simon Lecomte - E-Book

C'est pas la taille qui conte E-Book

Simon Lecomte

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Beschreibung

Pourquoi acheter ce livre ?
Parce que le titre vous a fait rire.
Parce qu’il contient 114 histoires terrifiantes, drôles, cruelles, poétiques ou mélancoliques dans tous les univers imaginables.
Parce qu’il fait un très joli cale-porte.
Parce que vous n’avez jamais le temps de lire et que c’est l’occasion de vous rattraper.
Parce qu’on vous a interdit le téléphone aux toilettes.
Parce que vous ne supportez plus les longueurs dans les romans.
Parce que le jour où la micronouvelle deviendra LE genre littéraire du vingt-et-unième siècle, vous pourrez prouver à tout le monde que vous avez vu venir la tendance.
Ou alors, simplement, par curiosité.


À PROPOS DE L'AUTEUR


Simon Lecomte est agrégé de grammaire, professeur de Français et de Latin au collège Arsène Bonneaud à Nexon. Il est l’auteur de deux pièces de théâtre mélangeant comédie, tragédie et mythologie grecque, éditées dans la collection Entr’Actes des éditions Ex Æquo. Il aime la littérature, les films d’horreur et les blagues nulles. 

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Seitenzahl: 72

Veröffentlichungsjahr: 2022

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Simon Lecomte

C’est pas la taille qui conte

Micronouvelles

ISBN : 979-10-388-0496-8

Collection Atlantéïs

ISSN : 2265-2728

Dépôt légal : décembre 2022

© couverture Ex Æquo

© 2022 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays. Toute modification interdite.

Éditions Ex Æquo

6 rue des Sybilles

88370 Plombières Les Bains

www.editions-exaequo.com

1

Il avait pris sa résolution : cette année, il écrirait enfin ce grand livre qui chamboulerait le monde. Une lamelle de cœur et une de cerveau servies saignantes, sur l’assiette froide de son existence. Il avait vécu tant de choses que tout l’invitait à écrire ses mémoires. À partager ses vérités avec le monde entier. Il prit la machine à écrire de son grand-père et commença à taper :

« Elle s’appelait Sylvie. Elle était grande, nerveuse, d’une blondeur stupéfiante. Si je ferme les yeux, je la vois encore parfaitement. Elle m’a marqué, au fer rouge. C’est souvent ça, les premières fois. Car Sylvie est la première femme que j’ai tuée. »

2

Cela faisait trois jours qu’elle attendait son retour. Marie Madeleine n’avait pas faim. Elle ne ressentait ni la soif, ni le froid, ni la dureté du gravier qui lui servait de couche. Elle priait. Et sa foi lui donnait la force d’attendre. Seule la fatigue de longues journées de dévotion avait raison d’elle, aussi lui arrivait-il de s’endormir pendant quelques heures. C’est à cette occasion que le miracle s’accomplit. En ouvrant les yeux, elle vit que la pierre avait été déplacée, que le caveau avait été ouvert. Elle se redressa d’un bond. « Seigneur, appela-t-elle, où es-tu ? ». Elle regarda à droite. Elle regarda à gauche. Elle erra sur les chemins, à la recherche du Sauveur. Enfin, elle aperçut… était-ce bien lui ? Sa démarche était étrange, sa posture maladroite. Pourtant, il lui semblait reconnaître sa figure. Il fallait qu’elle soit sûre : elle s’approcha en tremblant, la main tendue pour le toucher. Mais avant que ses doigts ne puissent l’effleurer, le zombie se jeta sur elle et lui déchira la jugulaire de ses dents pourries.

3

Amandine prit sa lampe-tempête et descendit sur la grève, comme chaque soir. Elle entendait à peine les protestations de ses enfants. Voyons, à ton âge, grand-mère, ce n’est pas raisonnable. Comme si, passé un certain stade, votre corps était trop fragile pour l’utiliser comme vous le vouliez. Qu’il fallait le protéger du monde et de votre inconscience. Enfin, maintenant, ils la laissaient faire. Ils s’imaginaient qu’elle communiait avec son mari disparu en mer. Ça l’amusait. Il semblait que la seule forme d’amour autorisée pour une vieille dame était cette romance triste et désincarnée. Qu’on ne pouvait aimer que les fantômes. Elle s’imaginait leur tête si elle arrivait avec un amant et faisait craquer le lit toute la nuit. Malheureusement, les hommes ne s’intéressaient plus à vous, passé cinquante ans, et se tournaient vers des poupées lisses sans expérience.

Elle en était là de ses rêveries quand ses pieds foulèrent le sable. Elle posa la lanterne bien en évidence, puis attendit.

La lune caressait les vagues nerveuses.

Une bande d’hommes-poissons émergea des eaux. Les tritons avançaient avec une détermination sauvage. Quiconque les aurait vus ainsi aurait tremblé d’effroi. Mais Amandine se contenta de sourire.

— Eh bien, leur dit-elle en écartant les cuisses, j’ai failli attendre.

4

Ma machine temporelle était fichue, hors d’usage. J’avais manqué de prudence et atterri par hasard au milieu des flammes qui dévoraient la bibliothèque d’Alexandrie. J’aurais dû repartir aussitôt, mais la tentation fut trop forte. Je n’aurais peut-être pas d’autre occasion. Alors j’avais bondi sur un rayonnage et extirpé l’un des précieux rouleaux. J’aurais voulu les prendre tous. Hélas, l’incendie s’étendait, et je dus me contenter de ce seul parchemin. Il m’avait coûté ma machine, le fruit de longues années de recherches. Et je n’avais pas les moyens d’en construire une nouvelle, à moins que ma découverte ne fût suffisamment importante pour m’octroyer un financement. Je me pris à rêver : pourquoi pas, après tout ? Un rouleau perdu de la bibliothèque d’Alexandrie, c’était inestimable. Peut-être avais-je déniché une tragédie perdue de Sophocle, un des livres d’Hypatie, ou encore, je n’osais l’espérer, le troisième tome de la Poétique d’Aristote. Je l’envoyai aussitôt à l’un de mes amis linguistes pour qu’il m’en fasse la traduction. Au bout de quelques semaines, il me revint et je pus observer le titre de ma découverte : des preuves irréfutables que notre Terre est plate.

5

6

Je chipotais dans mon assiette d’œufs brouillés. J’ignorais ce qui m’avait pris de commander ce copieux petit-déjeuner alors que mon estomac était aussi noué. J’avais agi par réflexe, malgré moi, en somnambule. Je n’arrivais toujours pas à digérer la mort de Brightman.

Je me souviens de ces années passées à combattre le crime ou, plus exactement, à combattre des super-vilains aux pouvoirs et costumes invraisemblables. J’avais vécu toutes ces années dans un état d’euphorie et d’ivresse. J’avais l’impression de changer le monde, de faire la différence. Nous en avions tous l’impression. Le public nous adulait, nous remportions victoire sur victoire, nous sortions in extremis d’aventures rocambolesques. Je me souviens du combat contre les requins de l’espace. De mon duel avec la reine du peuple de lave. Des négociations de paix avec le Seigneur du Multivers. Chaque jour, un nouveau défi, dans un tel maelström que nous n’avions pas le temps de réfléchir. Nous intervenions sans nous poser de questions. La réponse était toujours nos poings dans leurs gueules.

Et puis, après quelques années d’insouciance, je me suis demandé ce que nous faisions vraiment. Quels changements apportions-nous, concrètement ? En quoi permettions-nous que le monde soit meilleur ? Que faisions-nous contre la pauvreté, la maladie, l’oppression ou la famine ? J’ai fini par perdre espoir dans ce que nous faisions. J’ai rangé les collants, la cape, les gants. Adieu, Thunderbird. Bonjour Richard Lesser, enseignant dans une petite ville du Minnesota. Je n’étais ni le premier ni le dernier à arrêter. Nous étions plusieurs à perdre la flamme, la foi, à se dire « à quoi bon ? » quand nous gagnions un combat. Brightman, lui, n’a jamais arrêté. Pas avant que le cancer ne l’y oblige. Des métastases causées par ses pouvoirs radioactifs. J’y pense depuis hier soir, depuis que j’ai reçu l’invitation pour son enterrement. Un mail qui m’a frappé plus fort qu’aucun super-vilain de toute ma carrière. Oui, je pense au cancer qui se développait chaque fois qu’il luttait pour ce en quoi il croyait. Et je pense à moi qui ai arrêté par... quoi ? Lassitude ? Confort ? Facilité ? Par lâcheté, peut-être ? Ai-je eu raison d’arrêter, n’avions-nous aucun effet positif ? Ou est-ce le doux mensonge que je me répète pour échapper à mes torts ?

Soudain, le mur du diner explose. Deux Masqués viennent finir leur bagarre parmi les tables. Lui, c’est Bulletproof, une petite frappe médiocre à la peau impénétrable. Elle, c’est Lady Hawk, la chouchoute de l’Amérique. Jeune, inexpérimentée, mais avec cette fougue prometteuse qui n’appartient qu’aux grands. L’affrontement est inégal : elle assomme son adversaire sans même avoir l’air d’y penser. Puis, elle adresse à la cantonade un sourire contrit :

— Navrée pour le dérangement, j’ai fait aussi vite que possible.

Elle s’envole, le malfrat sous le bras. Son intervention a suscité quelques applaudissements. Deux types ont maugréé ; ça arrive tout le temps. Moi, je n’ai rien dit. Je baisse les yeux sur mon assiette et contemple les dégâts. Le plâtre s’est mélangé aux œufs brouillés devenus immangeables. Je pousse un profond soupir. Jette quelques billets sur la table puis retourne à ma voiture. Je ne veux pas être en retard à l’enterrement.

7

8

— Papa ?

— Chut, Tommy. Observer les oiseaux nécessite du silence.

— Mais Papa…

— Chut, enfin !