Ni plan-séquence ni montage impactant - Simon Lecomte - E-Book

Ni plan-séquence ni montage impactant E-Book

Simon Lecomte

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Beschreibung

Pierre est un passionné de cinéma qui adore s’écouter parler, mais ne dit rien de lui.
Lucille est une femme réservée, hantée par la culpabilité de n’avoir pas su aimer son fils dès la naissance.
Hugo leur ressemble un peu à tous les deux. Entre la peur d’être jugé et la difficulté à reconnaître ses émotions, il cherche encore sa voix. Il peine à avouer son amour à Christopher et ne parvient pas à parler de ses sentiments à son père. Si Lucille se montre attentive à ce que traverse son fils, Pierre, lui, semble incapable de partager autre chose avec lui que leurs soirées films. Ce rituel, qui a toujours été un moment de complicité, devient source de tension. Alors que Pierre cherche à transmettre sa culture et son amour du cinéma, Hugo se montre de moins en moins enthousiaste, de plus en plus critique. Un fossé se creuse douloureusement entre eux. Que faire quand on découvre qu’on n’a plus rien à dire à son père ? Que peut-être, au fond, on n’a jamais rien partagé avec lui ?Pièce en cinq scènes
Durée : 35 minutes
3 personnages


À PROPOS DE L'AUTEURQuand il n’essaie pas de transmettre son amour de la littérature et de la culture antique à des collégiens captifs plutôt que captivés, Simon Lecomte s’enferme pour lire ou se réfugie dans les salles obscures pour regarder des films. Ni plan-séquence ni montage impactant est sa troisième pièce.

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Seitenzahl: 35

Veröffentlichungsjahr: 2023

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Simon Lecomte

Ni plan-séquenceni montage impactant

Théâtre

ISBN : 979-10-388-0700-6

Collection : Entr’Actes

ISSN : 2109-8697

Dépôt légal : juin 2023

© couverture Ex Æquo

© 2023 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservée pour tous pays

Toute modification interdite

Éditions Ex Æquo

Personnages

PIERRE

Le père

Scène 1

(Pierre est assis devant la télévision. Il semble très ému. Au-dessus de la scène, un écran géant montre Hugo, âgé de trois ans, jouer aux petites voitures avec sa mère. Pierre éteint la télévision et l’écran géant s’éteint. Il se lève, essuie une larme et fait quelques pas vers l’avant de la scène.)

PIERRE

Je verse toujours une larme quand je revois La Fureur de Vivre. Tout y est : la terreur du passage à l’âge adulte, la difficulté d’être un homme, la révolte contre les valeurs parentales. Et James Dean, bien sûr. (Jouant.) You are tearing me apart ! (Normal.) Quel acteur ! Quel gâchis ! Disparu dans un bête accident de voiture quand sa carrière commençait. On ne peut pas s’empêcher d’y penser, quand on le voit à l’écran. Comme si la mort répétait en écho ses répliques. (Un temps.) Non, ce n’est pas ça. C’est moins lugubre. En fait, savoir qu’il est mort si jeune éclaire ses performances du feu des météores. On a l’impression dans sa façon de jouer, dans ses tonalités, dans son intensité qu’il a déjà conscience de sa fin prochaine, qu’il est pris d’un sentiment d’urgence, d’une intensité tragique. Il lui faut tout donner avant de disparaître.

(Lucille et Hugo entrent sur scène et sonnent à la porte. Pierre s’interrompt et va leur ouvrir.)

PIERRE

Bonsoir, Lucille.ญ

LUCILLE

(Lui tendant les affaires de son fils.)

Bonsoir, Pierre. Je me dépêche, je suis garée en double fil. Hugo a un DM à faire, en maths, et une rédaction de français ; si tu pouvais t’assurer que ce soit fait avant que je vienne le chercher, ce serait bien. Bon, Hugo, passe un bon week-end.

(Elle l’embrasse. La porte se ferme, plongeant Hugo et Pierre dans le noir en ne laissant plus que Lucille. Un temps.)

LUCILLE

Chaque fois que je dépose Hugo chez son père, je repense au jour où il est né. Quand mes yeux se sont posés pour la première fois sur cette petite chose fripée que j’avais nourrie dans mon ventre pendant neuf mois, je me suis sentie incapable de l’aimer. (L’écran géant s’allume. On y voit Lucille, juste après l’accouchement. La caméra, intrusive, se rapproche au plus près de son visage, enchaînant les gros plans malaisants. Elle sourit, mais semble épuisée et incommodée par la caméra.) J’essayais, pourtant, je me répétais que c’était mon fils, que je l’avais voulu, que c’était la plus belle chose qui me soit arrivée et que l’amour d’une mère est un sentiment naturel. Mais rien. Et plus j’essayais, plus j’avais honte de moi. J’avais peur, aussi, que quelqu’un le remarque. Je souriais, à m’en fendre le visage. Je répétais les mots d’amour que je pensais devoir dire. J’étais épuisée. Les premières semaines ont été un cauchemar. Entendre, toute la journée, les hurlements d’un enfant qu’on n’arrive pas à aimer relève de la torture. Je faisais tout pour y échapper. Je courais au-devant du moindre de ses désirs, juste pour profiter d’une minute de calme. Parfois, ça ne marchait pas. Parfois, j’avais beau le bercer, lui chanter des chansons, donner à boire, à manger, la tétine, rien ne semblait pouvoir stopper les cris. Il m’est arrivé d’avoir des pensées... horribles. Vraiment horribles. Maintenant, ça va mieux. La psy m’a expliqué que j’avais trop projeté, que j’attendais un fantasme, un être parfait, impossible, et que le choc du réel m’avait désarçonnée. C’est le mot qu’elle a dit, « désarçonnée », pour expliquer qu’il m’avait juste fallu un peu de temps pour me remettre en selle, mais que c’était normal et que ça passerait. Je n’aurais pas dit « désarçonnée ». Ça me semble un mot trop faible. Et puis, je n’ai pas l’impression que ce soit passé, pas vraiment. (Un temps.