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Laissez-vous transporter au cœur de l'univers des gangs latinos américains. Des individus disparaissent, des bâtiments partent en fumée, des trahisons éclatent mais le véritable amour, lui, est éternel. Prenez garde à ne jamais ne serait-ce que tenter de nuire aux rêves d'un homme car l'univers vous condamnera à ne jamais réaliser les vôtres.
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Seitenzahl: 248
Veröffentlichungsjahr: 2023
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© 2023 novum maison d’édition
ISBN Version imprimée:978-3-99146-133-3
ISBN e-book: 978-3-99146-134-0
Relecture:Kathleen Moreira
Photographie de couverture:Thomas Rivera
Création de la jaquette: novum maison d’édition
Illustration:Thomas Rivera
www.novumpublishing.fr
La sombra con la luz
« L’obscurité ne peut pas chasser l’obscurité ; seule la lumière le peut. La haine ne peut pas chasser la haine ; seul l’amour le peut. »
Martin Luther King (1929–1968)
« La oscuridad no puede ahuyentar la oscuridad ; solo la luz puede. El odio no puede ahuyentar el odio ; solo el amor puede. »
Martin Luther King (1929–1968)
À toi mon unique amour car tu es et resteras la seule lumière qui inonde mon cœur et mon âme chaque jour.
A ti mi único amor porque eres y seguirás la luz que inunda mi corazón y mi alma todos los dias.
Le cavalier sur le cheval blanc
« J’ai vu, et regardez ! Un cheval blanc ; celui qui était assis dessus avait un arc et on lui a donné une couronne, et il est sorti en vainqueur pour mener à terme sa victoire. »
(Révélation 6:2)
Il ne me fallut que quelques minutes pour rassembler le peu d’effets personnels qui traînaient ici et là dans cette chambre que j’avais occupé depuis plus de quatre mois.
Aucune nostalgie ne m’envahissait à l’idée de la quitter. Maria arriva au moment où je tirais la fermeture éclair d’un sac de sport qu’elle m’avait prêté pour l’occasion.
– Tu n’as que ça ? s’étonnait-elle en attrapant le sac.
J’hochais la tête en guise d’affirmation. Ayant passé le plus clair de mon temps dans un sommeil artificiel, je n’avais porté pour ainsi dire que la tenue fournie par l’hôpital. Cette horreur de robe qu’on attache autour du cou après avoir enfilé les bras. Celle-là même qui, ouverte à l’arrière, offrait une vue de choix à tous les spectateurs intéressés par vos fesses.
Je m’arrêtais un instant devant la fenêtre, l’unique vue que j’avais sur l’extérieur depuis des semaines.
– Tu angoisses ? m’interrogeât Maria de sa voix douce et calme.
– Non, lui assurais-je faussement.
– C’est normal tu sais, ça fait des mois…
Je lui coupais la parole en attrapant à la volée le tas de documents renseignant mes divers rendez-vous remis par l’infirmière le matin même de mon départ.
– La seule chose qui m’angoisse c’est le procès de cet après-midi, essayais-je de nous convaincre mutuellement.
Affronter à nouveau le monde extérieur, le regard des autres, probablement un jugement quelconque me stressait. J’avais pourtant évoqué à de nombreuses reprises cette difficulté avec ma psy commise d’office et tentais de surmonter l’épreuve en camouflant mes émotions.
Mes mains tremblantes laissèrent échapper une ordonnance reçue. Je me penchais pour la ramasser mais mon amie me précéda.
– Ça va tu sais, je ne suis pas si grosse, je peux encore me baisser.
Nous éclations de rire, enceinte de presque sept mois, je n’avais pris que quatre malheureux kilos.
Nourrie pendant ce qui me semblait une éternité par baxter, je devais à présent combattre un réel dégoût de la nourriture.
Elle me tendit l’ordonnance après y avoir jeté un bref regard.
– Ils te donnent des antidépresseurs ?
Honteuse, je lui arrachais le papier des mains.
– Je ne suis qu’une suicidée, tu as oublié ? C’est le protocole, soupirais-je.
Ce n’était ni ma profession, ni les circonstances de l’acte qui pouvaient interférer dans leur règlement. Ces étiquettes qu’on vous colle si docilement, sans espérer rencontrer un éventuel mouton qui égaré du troupeau, se serait mis à réfléchir par lui-même et y aurait vu un acte de survie plutôt qu’un acte de détresse.
Nous quittions la chambre sans lui accorder la moindre dernière attention.
Les couloirs nous séparant du parking me semblaient interminables. Je dû m’arrêter à deux reprises pour reprendre mon souffle.
Je m’excusais auprès de mon amie, incriminant la fonte musculaire octroyée par mon alitement forcé. Mais je n’étais pas dupe, l’agoraphobie à laquelle je me préparais depuis l’annonce de la date de sortie ne faisait attendre, comme une vieille amie d’enfance qui s’invitait sans cri égard me réclamant des comptes après l’avoir oublié au fond d’un placard durant de longues années.
Je restais silencieuse sur le chemin qui me ramenait chez Santina. Ouvrant et refermant la vitre pour inhaler une bouffée d’air à quelques reprises, je priais que la route soit dégagée.
– Pourvu qu’il n’y ait d’embouteillages… pensais-je à voix haute.
Le soleil brûlant inondait l’habitacle de la voiture et le peu d’oxygène que j’arrivais à puiser de l’extérieur accentuait l’atmosphère étouffante du trajet.
– Tu es pressée de rentrée ? m’interrogeait mon amie avec douceur.
– C’est normal, non ? lui rétorquais-je.
Je me rendis compte du caractère glacial de ma réponse lorsque j’entrevis du coin de l’œil son regard craintif se poser sur moi.
– Excuse-moi, j’angoisse un peu, camouflais-je de peur de déclencher une crise de claustrophobie sous les yeux de mon amie qui ne pourrait comprendre le mal qui se rabattait sur moi.
Une enfance difficile m’avait affublé de cette tare que je pensais surmontée depuis longtemps. Quelques minuscules symptômes ressurgissaient par moment. En période d’examens à l’université par exemple. Je les attribuais à une perte de contrôle face à une période stressante et de toute évidence, la situation que je vivais m’échappait complètement.
Santina avait pourtant pris de mes nouvelles régulièrement par téléphone et semblait si heureuse à l’idée de mon retour, je ne comprenais pas pourquoi cette boule à l’estomac ne me quittait pas.
Je fixais ma montre. Il était presque quatorze heures et le procès de Toni débutait dans moins d’une heure.
C’est la seule chose qui avait motivé mon départ de l’hôpital, malgré les vaines tentatives de ma psychanalyste de m’en dissuader.
« Pas prête », me répétait-elle sans cesse.
Depuis l’épisode d’Hector et tout ce qui c’était passé chez lui, je me réveillais en pleine nuit. Des terreurs nocturnes s’étaient immiscées dans ma routine quotidienne.
Le manque de sommeil réparateur m’affaiblissait chaque jour un peu plus. Emprise à de fortes chutes de tension, je devais protéger ma fille d’une éventuelle chute.
Il était également impératif de différencier mon hypotension des malaises vagaux qui survenaient à chaque fois qu’une personne me touchait. Tout aussi invalidants, ils ne brouillaient ni ma vue et ne me provoquaient aucun bourdonnement d’oreille. Le risque de chute, pourtant moindre, restait présent face aux vertiges.
Bien que physiquement je paraissais relativement en bonne santé, je culpabilisais de l’altération de mon état psychique.
« Rien ne doit paraître aux yeux des autres… Tu es forte, bien plus forte que la somme de toutes tes peurs… » me répétais-je en boucle pour m’octroyer du courage. Mais selon ma thérapeute je ne faisais que porter un masque ne solutionnant vraisemblablement le problème.
« Tant que tout passe inaperçu, je suis sauvée », lui soutenais-je convaincue.
J’enfouissais un calmant discrètement sous ma langue, essayant de me relaxer un tant soit peu sur le chemin qui nous restait à parcourir.
Nous arrivions enfin.
– Je me change en vitesse et on repart, avertissais-je Maria.
Santina se levait de son fauteuil à notre entrée. Elle ne pouvait contenir ses larmes en me serrant dans ses bras.
Je ne ressenti aucune sensation désagréable, mais dû toute fois écourter l’instant.
– On doit filer, je ne veux pas être en retard, insistais-je auprès d’elle, l’embrassant sur le front comme Toni en avait si souvent l’habitude.
Je grimpais à l’étage quatre à quatre, attrapant au passage de quoi me vêtir plus décemment.
Un petit tour devant le miroir de la salle de bain, un maquillage rapide histoire de me sentir moins malade et je redescendais aussi vite.
– Tu es sûre que tu ne veux pas que je t’accompagne ? me demandait Maria sur le trajet du tribunal.
– Ça va aller, la remerciais-je en souriant.
Je m’étais si souvent préparée au pire que je me sentais capable d’encaisser.
Je fixais à nouveau ma montre. Maria était stationnée sur le parking depuis quelques minutes et je pris une grande inspiration avant de descendre du véhicule.
Je la pris dans mes bras, l’étreignant à l’extrême.
– Courage ma belle, je t’attendrai le temps qu’il faut, me réconfortait-elle.
– Merci, lui chuchotais-je, la gorge serrée.
Un courant d’air glacial me transperça au passage du portique de sécurité. Mon corps entier vibrait, hérissant au passage chaque poil de ma peau.
J’arrivais à frissonner par plus de quarante degrés Celsius de température extérieure ressentie.
Hormis les deux gardes de l’entrée, je ne croisais que quelques avocats pressés, chargés de piles de dossiers sous les bras.
Je me dirigeais vers l’accueil, dans l’espoir de ne pas me perdre dans cette immense bâtisse.
Une secrétaire souriante m’indiqua le numéro d’une salle à l’étage.
Je m’aventurais doucement, grimpant marche par marche d’un large escalier en marbre, domptant ma respiration afin de n’éprouver aucun vertige.
Un jeune homme vêtu d’une toge noire s’arrêta à ma hauteur.
Il fixa mon ventre.
– Ça va Madame ? Je peux vous aider ?
Je refusais poliment mais il insista pour me conduire jusqu’à la salle.
Le nom de Toni figurait sur un tableau à l’entrée. Le jeune homme m’abandonna face à une porte en bois vernie déjà fermée. Pourvu que je ne sois pas en retard, songeais-je craintivement.
Je remerciais l’homme pour sa gentillesse. Il me sourit timidement en regardant le panneau.
– La peine de mort pour ce genre d’individu, j’ai étudié le dossier, me dit-il en tapotant le nom de Toni du revers de la main.
Je me pétrifiais à entendre ces mots. Je m’étais préparée à tout mais pas à ça.
– Je n’ai pas entendu que cette peine était d’application ici, gloussais-je.
– Elle devrait, termina-t-il en retournant sur ses pas.
Je regardais mon portable, l’envie de demander à Maria de me rejoindre m’envahit.
La porte s’ouvrit doucement et une dame en sorti une tasse de café à la main.
Elle me tint la porte avant que celle-ci ne se referme. Je m’engouffrais, rangeant mon téléphone dans mon sac.
Un silence de mort régnait dans cette salle où les chaises y étaient disposées de chaque côté d’une allée centrale, comme elles le seraient dans une église.
Je prenais place à gauche de l’allée. Me rapprocher le plus possible de la barrière en bois me séparant de la place qu’il occuperait ne m’était pas difficile.
J’étais pour ainsi dire la seule personne du côté de la défense.
Je sentais de nombreux yeux posés sur moi en provenance de l’accusation. Leurs murmures diffus bourdonnaient brisant le calme et l’espace vaste de l’amphithéâtre. Je fouillais mon sac à la recherche d’une bouteille d’eau. Quelques gorgées m’aidant à hydrater ma gorge asséchée m’empêchaient souvent d’hyperventiler.
Une porte s’ouvrit dans le fond gauche de la salle, captant tous les regards et restaurant le silence de départ.
Toni arrivait, menotté et accompagné de deux gardiens. S’il n’avait pas porté la tenue orange que je lui connaissais lors de ma visite au pénitencier, je ne l’aurais probablement pas reconnu. Il s’avançait lentement, les cheveux lâchés, lui couvrant la moitié du visage, ses traits tirés et presque aussi pâle que moi.
Il avait de toute évidence perdu pas mal de poids et de masse musculaire.
Je ne pus m’empêcher de couvrir ma bouche à cette vision d’horreur.
Il leva les yeux dans ma direction, je ne pus dissocier ses pupilles de ses iris. Deux morceaux de charbon sans aucune expression me fixaient vaguement.
Je me mis nerveusement à mordiller l’ongle de mon pouce.
Il prit place à côté de son avocat, me tournant le dos.
Que ce soit de notre côté ou de l’autre, nous n’entendions qu’un bruit de feuilles qui se tournaient et se retournaient sans cesse.
Toni se penchât vers son avocat, lui murmurant quelque chose qui lui fit lever les yeux de son dossier qui semblait capter toute son attention.
L’homme d’une soixantaine d’années grisonnant se retourna furtivement vers moi.
Je m’attendais à un échange de parole mais il se leva brusquement à l’arrivée du magistrat.
Toute l’assemblée, y compris moi, emboîtions son geste.
Il prit place et nous permis de nous rasseoir.
L’accusation, d’une voix mielleuse, salua hypocritement le juge en question.
Ce dernier s’empressa de lui demander l’énoncé des chefs d’accusation.
Comme pressé par le temps et semblant n’y porter aucun intérêt, il écouta l’avocat de la partie adverse.
Celui-ci commença :
– Meurtre, premier degré ; Tentative d’homicide volontaire sur la personne d’Hector Cruz ; Voie de fait graves avec récidive ; Agression armée entraînant des lésions corporelles ; Trafic de drogue ; Infractions liées aux armes ; Possession de drogue.
Je pensais qu’il n’allait jamais s’arrêter. Je soupirais, inquiète.
Le magistrat semblait absorbé par le dossier.
Il leva la tête en direction de la défense.
– Que plaide l’accusé ? grogna-t-il en glissant ses lunettes sur son nez.
– Coupable votre honneur, répondit l’avocat de Toni sans prendre la peine de se lever de sa chaise.
Je restais abasourdie. Il n’allait pas se battre, il acceptait la sentence sans broncher, sans même essayer de se défendre. Il n’était de toute évidence plus l’homme que j’avais connu. Il ne restait que l’ombre de lui-même.
Je pestais sur ma chaise, lui et ses belles paroles à notre rencontre, me reprochant de ne m’être jamais battue pour personne. S’il ne le faisait pas pour son amour propre, qu’il le fasse pour sa fille !
– Au vu du dossier qui m’a été remis par les deux parties et de la récidive prouvée aux voies de fait, aucune clémence ne sera accordée par la cour, se prononça le magistrat d’une voix très calme.
Il invita l’entièreté de la salle à se lever. Je sentais mes jambes trembler.
– Monsieur Rivera, comprenez-vous les chefs d’accusation qui vous sont imputés ? ajouta-t-il fermement.
Toni acquiesça.
– La cour vous condamne donc à trente ans ferme. Vous pouvez emmener l’accusé.
Son marteau de bois fracassa la pesanteur de la pièce, raisonnant dans ma tête comme une balle qui m’aurait traversé, mettant un terme à mon insignifiante vie. J’en aurais été presque soulagée. Abrégeant sur le champ mes souffrances d’imaginer toute une vie séparée de l’homme que j’aimais.
Les gardiens emmenèrent Toni. Je me rassis, attendant au moins un regard de sa part qui m’aurait aidé à comprendre sa décision.
Il n’en fit rien, il disparut sans se retourner.
Je regardais la partie adverse se congratuler. Furieuse et triste à la fois, je me levais dépitée.
Son avocat s’approcha de moi.
– Pourriez-vous m’accorder un instant ? me demanda-t-il poliment.
Interloquée, je le suivi silencieuse.
Nous quittions la salle et nous nous enfoncions un peu plus dans le couloir. Galant, il m’ouvrit la porte, m’invitant à entrer dans son bureau.
Il me tira une chaise, mais je restais debout, sur la défensive.
Je sentais l’homme déstabilisé par mon attitude.
Il me tendit une enveloppe.
– Sur la demande de mon client, je vous remets ceci. Pourriez-vous, s’il vous plaît, me signer la réception…
J’ouvrais l’enveloppe remplie de billets. Ne le laissant poursuivre, je saisis la liasse.
– Je peux savoir ce que ça signifie ? lui demandais-je prête à lui faire bouffer billet par billet.
– Monsieur Rivera tient à subvenir à vos besoins, ainsi qu’à ceux de votre enfant.
Je balançais l’entièreté de l’enveloppe sur son bureau.
– Dites à Monsieur Rivera que sa fille a besoin d’un père et non de son fric ! Je me mis à trépigner en riant nerveusement.
L’homme me fixait, bouche bée.
Me dirigeant vers la sortie, je me retournais, achevant cet abruti incompétent de la dernière dose de venin qu’il me restait.
– Qu’il utilise son argent pour se payer un meilleur avocat !
Des larmes de rage me coulaient sur les joues. D’un pas décidé, poussée par l’adrénaline je m’encourais, reprenant le long couloir dans le sens inverse.
Mon empressement me fit entrer en collision frontale avec un homme de petite taille et assez trapu. Le choc fut assez violent pour me faire reculer d’un pas.
– Pardon Monsieur, m’excusais-je de mon inadvertance.
J’essuyais mes larmes du revers de la main. Elles étaient très probablement la cause de mon aveuglement et de cet incident malheureux.
– Ce n’est rien, Docteur. J’étais entre bonne main si vous m’aviez blessé, me déclarait ma malheureuse victime en souriant.
Je le fixais, interrogative. Il y avait des mois que personne ne m’avait appelé par mon titre.
J’essayais discrètement de me remémorer un éventuel contexte de rencontre. Son habit cérémonial de juge me fit douter.
– Ça ne va pas, Docteur ? s’inquiétait-il en me voyant pleurer. Venez donc prendre un café.
Nous entrions dans un bureau nettement plus spacieux que celui de l’avocat.
– Vous ne me remettez pas, n’est-ce pas ?
– Je suis désolée, je viens de passer une des pires journées de ma vie.
Il me servit un café.
– Le tremblement de terre.
Je lui souris, effectivement.
– La crise cardiaque, confirmais-je en déglutissant le breuvage brûlant.
Il ôta sa toge et l’accrocha sur un porte manteau. Il déboutonna sa chemise, me laissant entrapercevoir le début d’une cicatrice sternale.
– Pontage ? m’informais-je en connaissance de cause, histoire de combler la discussion.
– Triple pontage coronarien ! Grâce à vous Doc ! Ils me l’ont dit à l’hôpital, sans vous, ma femme aurait été veuve prématurément. Maintenant, elle sera obligée de me supporter encore quelques années.
Il se flanqua à rire, tandis que submergée de souvenirs j’explosais en sanglots.
Je me revoyais suturer la main de Toni ce jour-là, plongée dans son regard. À ce moment, j’aurais donné ma vie pour ressentir une dernière fois cette sensation.
– Si vous m’expliquiez ce qui vous amène dans l’antre du diable et ce qui vous met dans cet état, ce conseillait-il en me tendant une boîte de mouchoirs en papier.
Je me camouflais le visage derrière mes mains, épongeant au maximum les traces de mon désarroi.
Il me demandait de résumer des mois de torture, en quelques mots, je ne savais par où commencer.
Je choisis de débuter mon récit après son départ en ambulance. Je passais du rire aux larmes lorsque j’évoquais mes débuts de relation avec Toni.
Je dû me ressaisir pour aborder l’épisode de séquestration chez Hector, ma tentative de suicide. Les mots semblaient bloqués au fond de ma gorge et douloureux à prononcer.
Il m’écouta attentivement.
– Je suis perdue, jamais je ne pourrai vivre sans lui.
J’en voulais à la terre entière. Pourquoi Dieu, dans son infinie miséricorde, avait-il permit un tel amour et nous le reprendre aussi vite ?
Il se leva pour verrouiller la porte.
Il s’accroupi à ma hauteur et se mit à parler à voix basse.
– Vous n’attaquez pas le problème dans le bon sens Docteur.
Il attrapa ma main, et poursuivi.
– La famille Cruz est très influente et ils n’accepteront jamais que leur nom soit sali, poursuivez-les !
Je soupirais.
– Mais comment ?
– C’est de leur domicile que vous avez été emmenée en ambulance, tout doit être cosigné dans votre dossier médical.
Je ne me sentais la force de pouvoir mener cette guerre seule.
– Pourriez-vous m’aider ? implorais-je mon interlocuteur.
Il se releva brutalement et s’éloigna.
– Je vous l’ai dit, ils sont très influents, je suis désolé Docteur.
Tout ça pour rien. C’est encore plus démuni que je me dirigeais vers la sortie de son bureau.
– Je sais maintenant pourquoi Dieu nous reprend l’amour qu’il nous donne, parce que nous ne le méritons pas ! Une vie pour une vie, j’aurais pu vous laissez gisant au sol mais je ne l’ai pas fait !
Il me regardait sortir sans dire mot.
– Je vous souhaite encore beaucoup d’années de bonheur avec votre épouse, terminais-je en quittant la pièce.
Je m’empressais de rejoindre Maria qui m’attendait depuis des heures. Je culpabilisais, elle devait s’inquiéter.
Quelques jours s’étaient écoulé et je reprenais doucement mes marques chez Santina. Maria et moi avions décidé ensemble de ne pas lui divulguer la sentence de Toni. C’était un peu comme lui annoncer qu’elle ne le reverrait plus jamais, compte tenu de son âge avancé.
Bien que fort reconnaissante de continuer à m’héberger, je ressentais de plus en plus le besoin de m’isoler.
Dormir seule dans le lit de Toni assassinait toutes mes nuits. Je pouvais presque sentir son corps m’appeler et percevoir la chaleur de ses mains sur ma peau.
Je m’éveillais chaque nuit vers trois heures du matin. Me pensant bifurquer doucement vers la folie liée au manque de sommeil, je me bourrais de calmants. Annihiler chaque émotion me raccrochant à lui devenait indispensable à ma santé mentale.
J’utilisais mon temps libre à bouquiner de la physique quantique, peu importe l’ouvrage qui expliquerait de près ou de loin cette connexion mystique que je ressentais.
Je priais pour lui, que Dieu le protège et nous permette de nous retrouver. Parfois je me résonnais : « tu as fait médecine Malau ! Tu sais comment fonctionne le cerveau humain ! »
Un éveil chaque nuit à trois heures, ne dénote qu’une tendance à un état dépressif. Mais rien n’y faisait, pas même les saletés de pilules qu’on me faisait avaler. Je passais mes jours à le ressentir et mes nuits à le désirer.
Une petite supérette à deux rues d’ici où j’allais souvent nous ravitailler en fruits et légumes avait affiché la location d’une chambre meublée. Elle possédait un petit coin cuisine et sa propre salle de bain. Le propriétaire acceptait de renouveler le bail de semaine en semaine.
Reprendre des forces m’était devenu vital et je sautais sur l’occasion.
La nouvelle ne passa pas très bien auprès de Santina.
– Tu as besoin de voir d’autres hommes ? m’agressait-elle suite à ma décision.
– Non, ça ne m’intéressait pas avant, mais encore moins maintenant. La rassurais-je, quelque peu choquée par ses propos.
Comment lui faire comprendre l’étouffement qui m’envahissait lorsque je devais me cacher pour pleurer, et pire… angoisser de croiser son médecin traitant qui venait lui injecter son insuline. L’humiliation qu’il m’avait fait endurer chez Hector le soir de mon suicide hantait chaque jour de mon existence.
L’entendre me réconforter à chaque fois qu’elle me surprenait à sangloter devenait insupportable.
– Ne te tracasse pas, il rentrera bientôt à la maison, chaque jour je prie. Dieu ne reste jamais insensible aux prières sincères.
À ce moment, ma culpabilité de lui cacher la peine infligée à son petit-fils refaisait surface.
– J’ai juste besoin d’être un peu seule, lui confiais-je, frustrée par tout ce refoulement émotionnel.
Ma première nuit là-bas fut réparatrice, je dormais d’un sommeil de plomb. Mais ce fut la seule. Mon besoin de le sentir à mes côtés se faisait plus fort que jamais. C’était devenu un besoin, une addiction à laquelle je succombais maladivement.
Je prenais l’excuse des emplettes pour en fin de compte, passer mes journées chez lui.
Je ne me sentais nulle part à ma place, excepté la nuit où j’hallucinais ses bras comme havre de paix.
Il devait être quatorze heures, nous avions dîné et je regardais Santina s’assoupir dans son fauteuil, affalée sur le canapé.
La sonnerie de mon portable retentit.
– Bonjour Docteur, Monsieur Martinez.
Bien que la voix me semblât familière, je restais muette d’hésitation.
– Excusez-moi, qui me dites-vous ? formulais-je poliment.
– Nous nous sommes entrevus au tribunal la semaine dernière, concernant votre plainte.
Je triturais mon cerveau à essayer de comprendre, mais mon interlocuteur poursuivi.
– Je suis en ce moment même avec Monsieur Cruz, qui souhaiterait un accord par consentement mutuel. Je pourrais vous proposer une médiation pénale.
Rêvais-je ? Cet homme ressuscité de mes mains, avait-il décidé de m’aider ?
Je me relevais brusquement, ignorant un vertige orthostatique.
– Ce qui implique ? m’empressais-je de demander.
– Je viens juste de finaliser le contrat, si vous renoncer à votre plainte, Monsieur Cruz s’engage officiellement à lever les charges qui pèsent sur Monsieur Rivera.
C’était bien trop beau pour être réel.
– Puis-je vous envoyer le document par mail pour que vous puissiez le contresigner ?
– Oui, répondis-je suspicieuse.
– Bien évidemment, toutes les charges ne seront pas abandonnées.
Je soutenais mon front, mon cœur battait la chamade.
– Il y a toujours un hic, soupirais-je pensive.
J’entendais de l’autre côté du combiné un bruit de feuille s’engouffrant dans un scanner.
– Pourriez-vous m’en dire plus sur la diminution de peine ? risquais-je, terrorisée à l’idée d’un nouveau procès.
La notification d’un mail apparut sur la barre de recherche de mon smartphone.
– Je pense que compte tenu du temps déjà effectué par Monsieur Rivera au sein de notre structure, il pourrait bénéficier d’un sursis et d’une amende.
Je n’en revenais pas, mes larmes montaient. J’allais m’empresser de lui demander quand pensait-il le libérer, mais il me devança.
– Par contre, pour des raisons administratives, la libération ne se fera pas avant demain onze heures.
Je pleurais, je riais, bouleversée d’une joie incommensurable.
– Merci, merci.
Je dû le répéter au moins dix fois sans m’en rendre compte.
– Ne me remerciez pas, comme je disais à Monsieur Cruz, n’oublions pas qu’un jour viendra où Dieu nous jugera tous. Méritons son amour, jour après jour.
Je souriais à cette petite parenthèse qui ne m’était pas inconnue.
Je dormis comme un bébé cette nuit-là malgré l’excitation qui m’habitait.
Je me revoyais la veille téléphoner à tout le monde, bondir sur Santina la réveillant en sursaut. J’insistais auprès de Fernando pour fermer exceptionnellement le garage.
Nous organisions un barbecue surprise pour l’occasion. Maria et Santina m’aidaient aux préparatifs tandis que Miguel et son frère, en plus de gérer les courses étaient préposés à me ramener Toni.
Je composais diverses salades, et voulais à tout prix me lancer dans la réalisation d’un gâteau au chocolat.
– Tu n’en fais pas trop ? s’amusait Maria.
– Le gâteau, c’est pour le bébé, affirmais-je en me léchant les doigts.
Maria se flanqua à rire en fronçant les sourcils.
– Contente que tu retrouves l’appétit, pouffa-t-elle en s’appuyant sur mon épaule.
Le reggaeton refaisait surface dans ma vie et baignait l’atmosphère festive de la maison. Des mois que je ne pouvais plus écouter de musique sans me morfondre. Même les albums de Tony Dize étaient boycottés. Chacune de ses chansons appuyant à un endroit douloureux de ma mémoire.
Il avait pourtant sorti une nouvelle mélodie depuis, encore plus empreinte d’émotion qu’à son habitude, comme si lui aussi avait fini par trouver l’amour. Le vrai, celui qu’on ne rencontre qu’une seule fois.
Je regardais l’heure avancer et décidais de monter me préparer. Maria me rejoignit.
– Tu en mets du temps, me fit-elle remarquer.
– Il faut absolument camoufler ces horribles cernes, m’énervais-je en appliquant une seconde couche de crème.
Il allait arriver, ce n’était plus qu’une question de minutes et mon estomac me tiraillait.
Nous redescendions à toute vitesse. Faisant les cent pas entre jardin et cuisine pour m’assurer que rien n’était oublié, j’ouvrais inconsciemment le frigo. Maria le referma avec la pointe de son pied. Je la regardais intriguée.
– Ça fait trois fois que tu ouvres ce réfrigérateur.
Je filais dans le jardin.
– Relaxe-toi, respire profondément, me conseillait-elle en me pourchassant.
– J’ai un mauvais pressentiment, soupirais-je.
Je l’occultais depuis le matin, active aux préparatifs, mais il noircissait mon esprit au fur à mesure que les minutes s’écoulaient.
Une sensation étrange, ressemblant à l’appréhension ressentie dans la salle d’attente d’un dentiste.
– Tu crois qu’ils vont annuler sa sortie ?
– Non, pire…
Mettre des mots sur ce qui me chagrinait semblait complexe même face à ma seule amie.
– La dernière fois qu’on s’est parlé, il m’a demandé de partir. Je me sens mal à l’aise. Que ses amis soient présents, c’est normal. Sa famille… Mais moi ?
Maria éclata de rire.
– Et moi qui pensait à quelque chose de grave ! se moquait elle.
Sa réaction me laissa sans voix et me rassurait un tant soit peu.
– Tu t’es battue comme une lionne depuis le début pour le faire sortir. Personne n’aurait jamais pris ce risque pour lui. Rien que ça, il te doit d’être reconnaissant.
Je me revoyais allongée sur la civière, le jour où même la mort n’avait voulu de moi. Je l’avais senti à mes côtés. J’entendais sa voix prononcer le « Je t’aime » auquel je m’étais cramponnée tous ces mois d’hospitalisation.
Avais-je rêvé ?
De nombreuses personnes, le moment venu de quitter ce monde, se raccrochent toujours à un être, une divinité ou une pensée.
Son visage restait la seule image que j’aurais voulu emmener avec moi de l’autre côté. L’avais-je imaginé ?
Le bruit du moteur de la mustang s’arrêta devant la maison, s’en suivit de claquements de portières.
– Reste près de moi, suppliais-je Maria.
– Tu rêves, vous allez vous sauter dessus. Que Dieu me protège de cette vision, s’esclaffa-t-elle.
Au bout de quelques minutes, Toni fit son apparition dans le jardin, stoïque face à moi. Il glissa un papier dans la poche de son jean.
Je scrutais son langage corporel pour adapter mon comportement. Il me fixait sans aucune expression. Ses cheveux détachés m’empêchaient de visualiser son regard.
– Salut, tentais-je craintivement.
Maria s’éloigna, nous laissant seuls.
– Super la coupe de cheveux Toni, c’est la mode en prison ? plaisanta-t-elle en le contournant.
Il ignora tant sa boutade que sa présence, ne bougeant d’un millimètre.
– Je suis contente de te voir, ajoutais-je maladroitement.
Son silence commençait à m’angoisser.
– Je vais chercher à boire, m’avançais-je, tentant de prendre la fuite.
Il me saisit par le poignet.
– Et c’est tout ? grogna-t-il en me maintenant.
Je baissais les yeux.
– Tu dois avoir soif, tremblais-je.
Il repoussa mon poignet, me laissant m’échapper.
J’allais vers le réfrigérateur attraper quelques bières. Maria me fixait les yeux écarquillés, j’haussais les épaules et me pinçais les lèvres lui signifiant mon incertitude face à la situation.
Tous sortirent le rejoindre. Je soupirais de soulagement de ne pas me retrouver seule face à lui. Je déposais les bouteilles sur la table. Il en attrapa une et l’engloutit en deux gorgées. Il me lança un regard furieux et se leva brutalement.
– Je vais prendre une douche, marmonna-t-il en s’éloignant.
J’attendis qu’il disparût de mon champ de vision pour grappiller des informations auprès de ses deux compères.
– Il semble contrarié, il a dit quelque chose durant le trajet ? m’empressais-je de demander à Fernando.
– Non, on a plaisanté, il a parlé du garage, rien d’autre.
Tous deux occupés à cuire la viande, je rejoignais Maria et Santina à la cuisine. Cherchant du réconfort auprès de mon amie je me saisis au claquement violent d’une porte à l’étage.
– Où sont les serviettes bordel ? hurlait-il en haut des escaliers.
– Vas-y, me dit Maria. Autant crever l’abcès tout de suite, me conseilla-t-elle.
Je le rejoignis. Il était appuyé contre la porte de sa garde-robe, torse nu, le jean déboutonné.
– Je les ai rangé dans l’armoire de la salle de bain.
Il fixait les étagères vides de l’armoire.
– Où as-tu mis tes affaires ? me demandait-il d’un ton relativement calme.
– J’ai loué une chambre à deux rues d’ici.
